9) Des maux plein la tête

-Et tu as fait quoi pour qu'elle te saute dessus comme tu dis ?

-Bah rien !

-Ron ?

-Bien je ne sais pas mon vieux, on discutait de tout et de rien.

-Tu as bien dû dire un truc en particulier ?

- Je ne sais pas, elle a commencé à me parler de ses projets d'avenir. Elle me disait qu'elle voulait être un membre actif de la communauté sorcière, qu'elle réformerait les lois sur les créatures magiques et tout son discours habituel. Puis je ne sais pas, j'ai dû dire une chose sur le fait que je compatissais avec les elfes de maison ou un truc du genre et là, elle m'a embrassé ! Harry tu te rends compte ?

Voilà Ron qui me raconte ses histoires de cœur à minuit dans la salle de bain.

-Et je n'en suis qu'au cinquième chapitre du livre que les jumeaux m'ont offert, ça marche du tonnerre !

Je devrais y jeter un œil en fin de compte.

-Je te le donne me dit-il comme s'il avait lu dans mes pensées. Je n'en ai plus besoin ! rajoute t-il avec un grand sourire.

Avoir ses deux meilleurs amis qui sortent ensemble ça pose sûrement des avantages, non ? Ils ne passeront plus tout leur temps à se disputer pour des broutilles. Quoi que…ils vont sûrement continuer ce genre de choses ! Ils…laissez-moi réfléchir.

Non mais en fait je me goure complètement à ce sujet, ça ne pose que des inconvénients et pas des moindres. Ils ne vont pas cesser de se bécoter. Ils auront besoin de beaucoup même d'énormément d'intimité, ce qui me laissera sur la touche assez souvent. Ils se chamailleront comme tous les couples et je devrais encore en pâtir, ça aussi ça ne changera pas de d'habitude. Et s'ils se séparent, ça en est fini de notre trio. Enfin, vu comment c'est parti je parlerais plutôt de duo et d'un balai de secours…Et dernière chose non négligeable, ils seront en couple et moi célibataire !

Madame Chourave est à présent derrière moi ce qui me fait sursauter. Elle me regarde de travers et je m'aperçois que tous mes camarades s'exécutent en remplissant leur pot de terre. Je devais sûrement avoir l'air ridicule à ne rien faire. Merci les amis ! Que des inconvénients, j'avais raison sur ce point.

Je sors du cours seul car mes deux amis sont restés dans la serre trop employés à se dire des mots doux à l'oreille pour se préoccuper de moi. Les commérages sur leur relation n'ont pas tardé à faire le tour de tous les élèves car j'écoute Lavande et Parvati qui pouffent devant moi sur le chemin. Derrière moi, j'entends un discours plus sérieux, en effet Ernie et Justin parlent en haussant le ton de l'arrestation de Lucius Malefoy. Ils n'utilisent pas des mots doux eux par contre, ils sont même assez extrêmes dans leurs propos et ils en rajoutent sur sa famille. J'ai bien envie de leur dire de se taire mais Malefoy Sénior ne mérite aucunement cela, alors je me contente de me retourner et de leur jeter un regard noir bien senti. C'est ainsi que je vois une chevelure blonde à leur suite. Avec de grandes enjambées, il les double et pousse Macmillan au passage. Bien oui sans baguette, c'est difficile de menacer quelqu'un et de se faire prendre au sérieux. Nos regards se croisent très rapidement sans que je ne puisse hélas agir. Malefoy impuissant, cela est à vrai dire extrêmement déstabilisant. Que puis-je faire ou dire ? J'ai aussi été à plusieurs reprises et pendant de longues périodes, le pestiféré de l'école ! Et lui, il faisait partie de ces agresseurs. Alors pourquoi aujourd'hui devrais-je prendre sa défense ? Il a des amis pour ça non ? Ah oui j'oublie, il est le seul Serpentard en cours de Botanique.

Bon sang ! Pourquoi ai-je autant envie de casser la figure à ces deux poufsouffle ?

Je me trouve dans la réserve de notre cher professeur de potions. Nous sommes le soir, sanction oblige. On pourrait croire que je suis seul car il règne un silence presque énigmatique. Malefoy est là pourtant en train de remettre des flacons sur une étagère après avoir enlevé toute la poussière qui s'y trouvait. Je n'ose pas parler. Nous sommes là depuis presque deux heures et aucun son n'est sorti de nos bouches, ni menace, ni chuchotement, ni rire sarcastique. Je déplace l'escabeau de l'autre côté de Malefoy pour y remettre les bocaux. Engin qui est à mon avis très instable voire bancal. Le blond me tend les récipients que j'ai laissé sur la paillasse et un « merci » arrive à sortir de ma bouche.

Et ensuite, je ne sais trop ce qui s'est passé, mais pendant qu'il me tendait un flacon, l'objet boiteux s'est mis à pencher un peu trop vers la droite et pour me rattraper dans ma chute j'ai tendu les bras. Par réflexe je me suis accroché au blond et nous nous sommes étalés comme deux idiots au sol.

Dans une position plutôt inconfortable cela va s'en dire, je me retrouve allongé sur le blond qui a l'air un peu sonné, sa tête a heurté le plancher. Je me penche vers le lui, il rouvre les yeux. Il relève légèrement la tête vers moi et je peux sentir l'air expiré de ses poumons ressurgir sur mes lèvres. Son souffle est de plus en fort et je sens l'air chaud caressé mes joues. Il m'observe assez bizarrement je l'avoue, il est réellement groggy, ses yeux clignotent à tout allure et bon sang par Merlin il rapproche son visage encore plus du mien. Je m'immobilise lorsque je commence à sentir le frôlement de ses lèvres sur ma lèvre inférieure.

-Malefoy, Potter ! qu'était-ce tout ce bruit ? braille Rogue en entrant dans la pièce.

Malefoy me pousse l'épaule.

-Potter tu es en train de m'étouffer avec ton coude, abruti dégage ! crie Malefoy aussi fort que Rogue.

Je le libère troublé. Rogue questionne Malefoy pour voir s'il va bien. Il est encore plus pâle que d'habitude, oui c'est possible. Et moi je me demande si je vais bien ! Mon camarade se touche le haut du crâne et se tapote les joues.

-Oui tout va bien Professeur Rogue, répond Malefoy. C'est juste que mon camarade ici présent est un peu maladroit, mais ne vous inquiétez pas nous allons nettoyer les dégâts occasionnés, rajoute-t-il avec son ton narquois habituel qui m'a presque manqué.

Que vient-il de se passer exactement ? J'essaie de me rejouer la scène à l'envers, j'ai cru que Malefoy voulait m'embrasser alors qu'en fait, j'étais juste en train de l'écraser et de l'empêcher de respirer, il voulait juste me repousser en réalité. Quel nigaud suis-je donc ? J'ai peut-être été assommé d'une autre manière par cette chute, oui j'ai juste eu peur voilà tout.

Je redresse l'escabeau qui est en équilibre précaire contre les étagères. Je n'ose regarder le blond. Je l'entends juste, il relève apparemment les ingrédients tombés par terre. Je me place devant la paillasse pour récupérer quelques bocaux, Malefoy se met à côté de moi. Je me retourne enfin vers lui et prend une grande inspiration.

-Tu n'as pas eu trop mal ? quémande-je.

-Je vais juste avoir une bosse sur la tête demain, chuchote t-il.

Il se met à sourire.

-Quel idiot tu fais Potter vraiment !

-Ca serait tellement plus facile avec une baguette, exprime-je comme si cela expliquait tout.

-Avec du matériel un peu moins branlant également, renchérit-il en me regardant enfin.

Je baisse la tête. Je la tourne de l'autre côté car je sens mes joues en train de rougir ! Que m'arrive t-il ce soir ? Je reprends contenance. Je suis avec Malefoy par Merlin, pourquoi j'ai l'impression d'agir comme une fille mijaurée?

-C'est bon, j'ai tout récupéré, rien n'a été cassé, murmure t-il en remettant précautionneusement l'ellébore dans le bocal.

Et comme pour me sentir un peu moins mal à l'aise je n'énonce une stupide demande anodine.

-Ce sont les elfes de maison qui font ce travail tu crois d'habitude ?

Malefoy m'observe d'un drôle d'air comme si ma question était bizarre.

-Tu te poses vraiment des questions étranges Potter ! Ca cogite plus que je ne le pensais dans ton cerveau, définitivement pas dans la bonne direction, mais quand même.

-Malefoy tu sais que ton humour n'a d'égal que ton éloquence !

Il fait la moue.

-Je ne vois pas Rogue faire ce genre de besognes, donc oui pour répondre à ton interrogation ça doit être nos amis les elfes qui doivent ranger cette réserve. Ils doivent même des fois être obligés de la remplir. Cela fait partie de leurs prérogatives en somme ! décrit le blond d'un ton complaisant.

-Chez les moldus, ça peut être comparé à de l'esclavagisme, tu savais ?

-Oui et alors c'est quoi le problème avec l'esclag..lagisme ?

-C'est un terme moldu qui désigne les gens qui ne sont pas payés pour travailler ! Et la plupart du temps ils sont également maltraités !

-Les elfes de maison sont nés pour ça et pour eux le mot maltraitance n'a sûrement pas la même signification que pour tes moldus !

-C'est le genre de sujet que je n'aurais pas dû aborder avec toi, tu es insensible au sort des créatures magiques.

-J'hallucine Potter tu t'apitoies sur le destin cruel des elfes de maison !

Il commence à devenir un peu moins sympathique tout à coup. Bon sang ! Compatir avec les elfes de maison…Est-ce vraiment la technique de drague approuvée par Ron que j'ai employée? Que m'arrive t-il ? Quelle idée j'ai eu de parler de ça ?

-Laisse tomber, dis-je pour clore le sujet. Monte plutôt sur l'escabeau pour mettre ces bocaux avant minuit.

Il me regarde d'un air « tu te prends pour qui à me donner des ordres ? ».

-Tu veux que je m'écroule une deuxième fois sur toi ce soir ?

Il pique un fard et s'exécute. Il est docile quand il veut !