Partie Neuf
Processus d'apprentissage
« Le secret du succès est d'apprendre à utiliser la douleur et le plaisir plutôt que de laisser la douleur et le plaisir vous utiliser. »
- Tony Robbins
La journée est chargée, avec Charlotte qui pousse Sean à contrôler ses cordes vocales pour atteindre différents tons, amadoue Hank jusqu'à ce qu'il vienne courir avec elle et laisse Alex mettre le feu au bunker sous-terrain (elle ajoute d'ailleurs mentalement quelques extincteurs à sa liste de courses). Même Raven s'entraîne, à soulever des poids et à parcourir la maison avec un visage différent du sien, en essayant d'imiter les modulations et les manières en plus de l'apparence physique – et Erik... eh bien, Charlotte a une théorie au sujet du pouvoir d'Erik, et elle espère pouvoir la tester un de ces jours.
Tout cela pour dire qu'elle voit clairement le chemin qu'ils doivent suivre pour s'améliorer, pour affermir leur contrôle et augmenter leurs capacités, mais elle ne peut en dire autant pour elle. Après toutes ces années, elle avait accepté que son contrôle était à son maximum. Elle ne pourrait jamais entièrement taire les murmures et les vibrations des esprits qui l'entouraient, et pour ce qui était du pouvoir...
Elle peut effacer des souvenirs ou les soutirer des gens, altérer les perceptions ou les éliminer complètement, forcer quelqu'un à faire quelque chose allant à l'encontre même de sa nature ou bien même prendre le contrôle d'un corps et le manipuler comme une marionnette.
Les seuls domaines dans lesquels Charlotte peut acquérir plus de pouvoirs sont ceux pour lesquels elle refuse catégoriquement de s'entraîner. Il est vrai qu'elle se demande parfois si elle peut provoquer une crise cardiaque ou une attaque, mais elle n'a aucune envie de le découvrir. Une fois, lorsqu'elle était jeune et paniquée, elle avait réussi à mettre une personne dans le coma, un coma qui était toujours d'actualité aujourd'hui elle détestait penser qu'elle puisse en être capable dès maintenant, si elle souhaitait réellement attaquer l'esprit de quelqu'un.
Peut-être devrait-elle se contenter de superviser l'entraînement des autres mutants, mais elle n'en a pas envie : elle ressent cela comme une stagnation. Alors, s'il n'existait aucune réelle façon d'améliorer sa télépathie sans blesser les esprits qui l'entouraient, elle allait devoir choisir un autre moyen d'acquérir de nouvelles compétences. Peut-être pourrait-elle apprendre à piloter un avion ? Ou des techniques de médecine militaire ? Parce qu'aujourd'hui, Charlotte a accepté l'idée qu'ils se dirigeaient vers une bataille, bien qu'elle aurait souhaité le contraire.
Elle a sélectionné quelques ouvrages médicaux pour commencer, et se dirige vers sa chambre pour les lire. Elle vient de passe devant le salon lorsqu'un murmure de colère/haine/indignation/comment ose-t-il ? effleure son esprit. Elle sait qu'il s'agit d'Erik, tous les esprits lui semblent différents, et seul celui d'Erik est aussi bruyant, aussi fort – et elle entre dans la pièce, curieuse de savoir ce qui l'a énervé.
Il se tient devant le manteau de la cheminée, fixant d'un regard mauvais la photo de la mère de Charlotte et de Kurt Marko prise le jour de leur mariage.
Les yeux d'Erik se posent sur elle comme s'il savait qu'elle était là, bien que Charlotte fut certaine de ne pas avoir fait de bruit.
« Ils ont l'air heureux, » dit-il d'une voix monotone et pourtant cinglante.
Charlotte hoche la tête. « Étrange, n'est-ce pas ? Qu'ils aient pu avoir l'air aussi heureux alors qu'ils ne l'étaient pas. »
Erik reporte son regard sur la photo, et Charlotte peut sentir son esprit se question sur la raison pour laquelle sa mère a épousé Kurt Marko.
« Mon père venait de mourir, » dit-elle. « Et je ne crois pas qu'elle ait un jour su comment être seule. De bien des façons, elle avait besoin d'être mariée. »
Mais Kurt l'avait rapidement guéri de ce travers. A la mort de ce dernier, la mère de Charlotte s'était tout simplement penchée sur la bouteille et n'en sortait que pour se montrer en public. Autrement dit pour les fêtes et les œuvres de charité, évidemment, pas pour la remise de diplôme de Charlotte ou encore l'anniversaire de Raven.
Erik observe toujours la photographie, et Charlotte peut sentir sa confusion face à sa présence. Il est surpris qu'elle n'ait pas déchiré ou brûlé toute apparition du visage de Kurt Marko.
Il y a des sujets de conversation avec lesquels Charlotte sera toujours mal à l'aise, mais la télépathie est différente. C'est tellement plus intime que le langage verbal, et Charlotte a déjà avoué des choses à Erik via sa télépathie dont elle ne pense pas qu'elle aurait pu les articuler à voix haute.
Je ne le déteste pas, dit-elle calmement à Erik. Je le détestais, quand j'étais plus jeune, mais aujourd'hui...
Elle secoue la tête, avançant pour se tenir à côté d'Erik et fixer le cadre photo.
Le fait qu'il soit mort doit aider, songe-t-elle. Je n'ai plus à m'inquiéter de tomber sur lui dans la rue, ni à l'idée que tu le croises. Et au final, il m'a sauvé la vie.
La confusion d'Erik ricoche sur elle comme un vent frais, et Charlotte lui montre la loge qui se tenait autrefois à l'entrée de la propriété. Haute de deux étages, mais vieille et abandonnée, l'extérieur maintenait les apparences tandis que l'intérieur croulait sous la poussière et les toiles d'araignée. Elle lui montre ses explorations à cet endroit, hésitantes et curieuse, comme elle y dormait, parfois, quand la présence difficile des esprits du manoir était trop pour elle et qu'elle avait besoin de la distance pour les atténuer.
A travers elle, il sait qu'elle s'est réveillée un jour dans une chaleur de braise, une épaisse fumée passant dans les escaliers, causée par un feu qui avait déjà consumé le rez-de-chaussée. Charlotte avait essayé de descendre les marches en courant, mais les flammes l'avaient repoussée, elle avait donc tenté de grimper à la fenêtre, mais l'âge de la bâtisse l'avait coincée.
Charlotte se souvient de la fumée qui l'étouffait, se souvient avoir haleter pour reprendre son souffle bien qu'il n'y avait aucun air sain à inspirer dans ses poumons, mais elle garde une distance sécuritaire de l'esprit d'Erik afin qu'il n'en ressente rien. Elle veut juste lui donner une information, pas l'attirer dans ses souvenirs.
Elle s'était recroquevillée sur le sol, les yeux humides, son esprit se ralentissant à mesure que la fumée s'épaississait et que la maison commencer à craquer, puis... puis Kurt était arrivé.
Elle montre à Erik l'impression brumeuse qu'elle avait eu de Kurt la prenant dans ses bras, utilisant son coude pour casser la fenêtre, appeler en criant les pompiers au sol qui tenait un filet étendu entre eux. Puis le crac menaçant des poutres au-dessus d'eux, la chaleur déformant le bois jusqu'à ce qu'il ne puisse plus supporter le lourd toit. Kurt qui baisse les yeux sur elle, le visage résolu, déterminé...
Puis l'air pur qui la transporte lorsqu'il la jette par la fenêtre et qu'elle atterrit sur le filet pendant que le toit de la loge cède, écrasant Kurt Marko.
Alors je ne le déteste pas, murmure-t-elle dans l'esprit d'Erik. Il m'a sauvé la vie. Et m'a appris une leçon très utile.
« Quelle leçon ? » demande Erik d'une voix rauque.
Qu'il existe une différence entre connaître un esprit et le comprendre. Tout ce que j'avais appris sur Kurt Marko me montre qu'il aurait dû me laisser brûler... mais il ne l'a pas fait. Et je ne saurai jamais pourquoi.
Peut-être est-ce son arrogance qui parle, mais c'est son ignorance qui la dérange le plus. Elle ne porte pas exactement le deuil de Kurt elle ne le détestait sans doute plus, mais elle n'étais pas navrée qu'il fusse mort, mais elle s'interroge parfois sur cette dernière décision.
Les pensées d'Erik sont un fouillis de colère/indignation/haine/ressentiment, et ses sentiments sont vifs et amers comme des éclats de verre, et Charlotte ne sait pas pourquoi une part d'elle en éprouve du réconfort. Peut-être est-ce parce que de personnes ont déjà éprouvé de la colère pour elle, de la colère contre elle oui, mais devant le traitement qu'elle avait reçu de ses enseignants et prétendument-pairs ? La plupart semblait penser qu'elle méritait son sort pour avoir choisi une voie aussi « peu féminine » et « anormale ».
Raven est sa fervente défenderesse, évidemment, mais c'était différent. Elles savaient toutes deux ce que cela faisait d'être négligée, elles avaient dû faire face à aux colère d'ivrogne de la mère de Charlotte et à sa sobriété vicieuse. Et puis, Raven était la sœur de Charlotte, et les liens familiaux ne se brisaient pas facilement.
Erik, cependant, avait vu et souffert bien pire. Pourtant, la simple idée qu'elle ait pu être maltraitée le rend furieux – furieux d'une explosion intense et aveuglante, comme la réplique d'un coup de feu.
Voulant instinctivement le réconforter, Charlotte se rapproche et pose sa main sur son bras, son esprit effleurant légèrement le sien à base de réconfort/contentement/c'est du passé maintenant.
Les pensées d'Erik forment toujours un mélange épineux de méchanceté à l'égard de Kurt Marko, mais elles contiennent aussi une touche d'incrédulité/de ressentiment/elle a raison/arriverai-je à la comprendre un jour ?/aurai-je le temps de la comprendre ?
« Qu'est-ce que tu fais avec ça ? » lui demande-t-il en observant le livre d'anatomie serré dans la main de Charlotte.
Il tente de changer de sujet, mais Charlotte le laisse faire.
« Eh bien, tout le monde est occupé à accentuer le contrôle de ses pouvoirs, ses forces... » Elle hausse les épaules. « Je voulais apprendre quelque chose d'utile, et les premiers soins semblent être une bonne idée. »
Erik hausse un sourcil. « Alors tu t'es dit que tu allais commencer par lire un livre d'anatomie ? »
« On doit bien commencer par les bases. »
Erik a un sourire en coin, et elle sent un léger amusement irradier dans son esprit. Puis il disparaît sous un vague de détermination/résolution/il le faut.
« Il y a d'autres talents que du dois acquérir d'urgence, » dit-il d'une voix désormais plutôt grave. « Viens, je vais t'apprendre à utiliser une arme à feu. »
Tandis qu'il finissait sa déclaration, une arme passa la porte dans les airs, attirée par le pouvoir d'Erik. Charlotte aurait habituellement été inquiète à l'idée qu'une arme traverse ainsi le manoir, mais elle suppose qu'empêcher un coup de partir est loin d'être un effort pour Erik.
Elle est plutôt intéressée par ce qu'il vient de promettre. « Vraiment ? » Et Charlotte réalise très vite que c'est exactement ce dont elle a besoin : la défense physique est une compétence qui lui manque cruellement. « Erik, tu es un génie ! »
C'est maintenant au tour d'Erik de la fixer, incrédule, et Charlotte sait qu'il s'attendait à une toute autre réponse de sa part.
Tu ne vas pas me rétorquer que ta télépathie est la seule défense dont tu as besoin ? pense-t-il à son adresse.
Le casque de Shaw a prouvé que la télépathie n'est pas infaillible, répond-elle. Et même si les balles ne marchent pas contre lui, elles marcheront peut-être contre le prochain.
Erik hoche la tête, et Charlotte peut sentir que son esprit a tiré les mêmes conclusions qu'elles : s'il existait un casque, il en existerait bien d'autres.
Suis-moi, dit-elle en reposant le livre sur un coin de la table avant de se diriger vers la porte. Je crois que mon père avait un stand de tir quelque part...
Erik s'était attendu à ce que Charlotte résiste à l'idée qu'on lui apprenne à se servir d'une arme à feu : c'était un outil violent, et Charlotte avait toujours été si farouchement opposée à la violence qu'il avait été certain qu'elle détesterait cette idée. Il n'avait pas eu l'intention de céder, bien sûr, peu importait ce qu'elle disait les balles n'étaient peut-être d'aucune utilité contre Shaw, mais il se devait de savoir qu'elle pourrait au moins contrer le prochain salaud psychotique qui pourrait bloquer sa télépathie.
Mais Charlotte avait défié ses attentes (ainsi qu'elle le faisait depuis leur rencontre), et s'était avérée être une élève très capable. Mais c'était peut-être parc qu'il l'avait poussée à lire dans son esprit pour apprendre comment tirer.
Plus encore, Charlotte semblait apprécier de tenir une arme, et aurait volontiers continué indéfiniment. Mais Erik insiste pour qu'ils fasse une pause lorsqu'il remarque qu'elle contracte inconsciemment son poignée entre chaque essai, comme s'il devenait plus sensible, les muscles et les tendons n'étant pas habitués au poids et au recul de l'arme.
Puis Charlotte décide apparemment que l'embrasser est une façon appropriée d'exprimer sa gratitude. Ses lèvres sont sèches et légèrement craquelée par le vent froid, et il peut sentir son affection éclater en lui comme un feu d'artifices, des éclats de chaleur vibrant dans chaque baiser.
Erik n'est pas télépathe, et il a parfois du mal à interpréter les sentiments et sensations qu'il reçoit de Charlotte. Mais un commentaire ci et là lui apprend que la plupart des gens sont agacés et effrayés par sa télépathie, et c'est probablement la raison pour laquelle elle semble aussi ravie dès qu'Erik l'accueille volontairement dans son esprit.
Lorsqu'il lui avait demandé de baisser ses défenses, elle avait semblé si ébahie, si émerveillée, et presque craintive, comme si elle ne voulait pas réellement savoir à quoi ressemblerait une relation sexuelle télépathique. Et lorsqu'elle avait enfin relâché sa télépathie, elle avait semblé à moitié sidérée, presque droguée, et Erik aurait pu s'en inquiéter s'il n'avait pu sentir son plaisir et son soulagement de ne pas avoir à se retenir et à contenir son pouvoir.
Charlotte vibre toujours de bonheur/satisfaction/fierté lorsqu'Erik lui montre comment démonter une arme.
« Tu es très enthousiaste pour quelqu'un qui épouse les valeurs de la non-violence, » dit-il avec une touche d'amusement et de tolérance en voyant la façon qu'a Charlotte de tenir l'arme : comme s'il s'agissait d'une nouvelle et merveilleuse théorie à propos de la mutation qui devait être étudiée de toutes les façons.
« J'apprends, » lui dit-elle en rayonnant. « J'étais un peu envieuse, tu sais. Tout le monde était occupé à apprendre et à s'améliorer, et moi, qu'est-ce que je faisais ? Je me tenais là à les encourager et a proposer des suggestions pour les aider. Je commençait vraiment à vouloir apprendre quelque chose de nouveau moi-même. »
Erik veut lui demander ce qu'elle croit qu'il apprend lui-même, mais il pense en avoir déjà une vague idée. Et il a l'impression d'apprendre lentement depuis le jour où il l'avait rencontrée.
Du moins se sent-il partiellement satisfait aujourd'hui, une part de lui s'étant apaisée maintenant que Charlotte a appris à tirer. Même si cela ne sera pas d'une grande utilité contre Shaw.
Il est étrange de voir qu'il lui est de plus en plus automatique de l'appeler Shaw désormais, et Erik se demande ce que cela signifie, ou si cela signifie même quelque chose.
Charlotte lui lance maintenant un regard sombre, sérieux, et il soupçonne qu'elle ait eu un aperçu de ses pensées. C'était peut-être un effet secondaire lorsqu'on connaissait un télépathe, mais son esprit semblait constamment ouvert, comme si une partie de son cerveau était attirée par elle comme une radio, ne voulait qu'entrer en contact avec elle.
Il ne peut s'empêcher de se demander comment les choses évolueront lorsque tout cela prendra fin : son esprit lui semblera-t-il constamment vide et désolé, appelant Charlotte bien après son départ ?
« Je voulais te parler d'une chose, » dit calmement Charlotte en se mordant les lèvres déjà légèrement gonflées après son baiser.
L'expression hésitante, presque effrayée qu'elle aborde rend Erik nerveux.
« Je ne sais pas combien Shaw est intéressé par moi, ou s'il sait que nous sommes ici, mais s'il vient, et que nous ne pouvons pas l'arrêter... » Elle prend une profonde inspiration, comme pour se préparer à sa réaction. « Tu dois le laisser m'emmener. »
Erik n'est pas certain de l'avoir bien entendue : il devait avoir mal compris. Elle ne pouvait pas être sérieuse.
Je suis parfaitement sérieuse, insiste-t-elle avec un ferme éclat de détermination/conviction/protection accompagnant ses paroles. En aucune circonstance tu ne dois te faire tuer pour moi.
Mais il serait parfaitement normal qu'elle se soumette à la torture et aux expérimentations afin de le protéger ? La fureur et l'indignation serrent le ventre d'Erik, si vite et si vicieusement qu'il s'étouffe presque.
« Hypocrite ! » crache-t-il.
« Ce n'est pas à négocier, Erik ! » dit Charlotte d'un ton cassant, l'air agacé.
Comme si elle pensait honnêtement pourvoir persuader Erik de s'écarter et de laisser Shaw la prendre en remplacement de Frost afin d'être modelée et brisée comme jouet télépathe et esclave sexuel.
Cela n'arrivera pas. Si Shaw prenait Charlotte, ce serait après la mort d'Erik. C'était aussi simple que cela.
Erik serre les dents et tente de garder un ton calme. « Pourquoi serait-il acceptable que tu sacrifies tout pour notre sécurité, sans que nous puissions en faire de même pour te protéger ? »
« Parce qu'il est logique de retarder la confrontation autant que possible, et si c'est moi qu'il veut- »
« Alors il devra nous passer à tous sur le corps pour t'avoir, » dit-il d'un ton catégorique. « Chacun de nous se battrait pour te protéger, Charlotte, ne fais pas comme si tu l'ignorais. »
Raven défendrait sa sœur adoptive jusqu'à la mort, sans poser de question ou même hésiter. Moira et Charlotte étaient devenues amies, et Erik savait que si quiconque voulait blesser Charlotte, il faudrait d'abord s'occuper de l'humaine. Hank semble un peu impressionné par elle, mais il était honnêtement ravi d'avoir quelqu'un avec qui parler de livres, de science et de la possibilité de reconstruire Cerebro. Alex la respecte parce qu'elle ne se laisse pas emmerder par lui, parce qu'elle sait lui renvoyer ses quelques remarques taquines, et il l'écoute elle, bien qu'il aurait balayé de la main toute autre personne moins déterminée. Sean lui fait confiance, et il est prêt à tester des idées excentriques si Charlotte les garantie, parce qu'il sait qu'elle ne laisserait jamais personne lui faire volontairement du mal.
Ils tiennent tous à elle, et s'ils devaient en arriver là, chacun d'eux s'interposerait entre elle et Shaw, sans hésitation.
Charlotte a l'air dévasté, et Erik sait qu'elle suit chacune de ses pensées. Seul Charlotte aurait l'air aussi bouleversée à l'idée que des gens soient prêts à la protéger d'une menace tout ce qu'il y a de plus réelle et de dangereuse.
Au moins Erik sait-il un peu aujourd'hui d'où lui vient cette attitude de martyr. La mère de Charlotte ne l'avait pas défendue ou protégée lorsqu'elle était enfant, et jusqu'à un certain point, Charlotte semblait toujours se croire indigne de la protection qu'elle mérite.
Pour rien au monde je ne voudrais que l'un de vous soit blessé à cause de moi, avoue-t-elle.
Et nous ne voulons pas que tu dois blessée, répond Erik en posant sa main sur sa joue et en la pressant de le regarder dans les yeux. Ne nous refuse pas le privilège de protéger une personne à laquelle on tient.
Charlotte a l'air étonnée, et rien n'est cohérent dans son esprit : il n'y a qu'une vague d'émerveillement/de gêne/de surprise/d'affection/de désir.
Cela met presque Erik mal à l'aise, comme s'il venait de révéler son jeu, et il se recule, laissant tomber ses doigts de sa joue.
Charlotte sourit légèrement, et son sourire semble dire qu'elle comprend et accepte les choses, et même les chérit. Ce sourire met toujours Erik mal à l'aise, parce ce qu'il n'est pas ce qu'elle croit, et qu'il ne comprend pas pourquoi elle ne le réalise pas. Un jour, probablement proche, il la décevra ou lui brisera le cœur, puis elle cessera de le regarder ainsi et l'absence de ce sourire lui donnera l'impression d'avoir la peau à vif sur le bitume, mais bon sang, il ne lui avait pourtant jamais demandé de lui sourire ainsi !
Avec la plupart des gens, on devait mériter la confiance. Charlotte vous faisait d'abord confiance, puis vous vous sentiez obligé de céder.
« Eh bien, maintenant que je sais tirer, » commence Charlotte dans ce qu'Erik soupçonne être une tentative de lui changer les idées. « Tu pourrais peut-être m'apprendre quelques techniques de combat à mains nues ? J'ai bien peur de n'avoir jamais appris cela non plus. Je dépendais un peu trop de ma télépathie. »
Il devrait dire non : peut-être s'il rationnait le temps qu'il passait en la compagnie de Charlotte les choses ne seront pas aussi douloureuses lorsqu'il finirait par être en manque. Mais elle a l'air si sacrément pleine d'espoir...
« Bien. »
Son sourire est si large et brillant que c'en est douloureux.
Charlotte n'était peut-être pas à proprement dit entraînée, mais elle était assez bagarreuse, apportant la même détermination dans le combat que dans tout autre aspect de sa vie.
Erik a passé la majeure partie de l'après-midi à lui montrer des prises, des blocages, des coups et des techniques d'immobilisation, en insistant bien sur ce qui marcherait le mieux contre un adversaire plus grand et plus lourd. Et maintenant, ils se roulent sur le sol de ce qu'il pense être l'ancienne salle de dessin tandis que Charlotte essaie de mettre en pratique tout ce qu'elle vient d'apprendre.
Erik aurait pu apprécier d'avoir la chance de trouver une solution à une partie de sa frustration, si une nouvelle source de frustration n'avait pas justement réclamé son attention en plein combat. Il se retrouvait rarement dans une proximité physique aussi importante avec quelqu'un, à moins qu'il ne s'agisse d'une personne qu'il essayait de tuer ou avec laquelle il couchait. Et puisqu'il n'essayait sûrement pas de tuer Charlotte, le bas de son anatomie avait décidé, de son propre chef, que tout cela se finirait sexuellement.
« Tu vas bien ? » demande Charlotte lorsqu'ils se séparent, tout en lançant un regard appuyé sur son aine. « Tu veux faire une pause ? »
« Ça va. » Il se devait d'être capable de se battre quelques soient les distractions présentes, et bien que cette distraction en particulier s'avérait être un problème pour la premier fois, il se devait d'être suffisamment discipliné pour ne pas entacher sa concentration.
Elle sourit et prend une expression taquine. « Tu es sûr de ne pas vouloir déclarer forfait ? Ça a l'air douloureux, et je pourrais te donner un coup de main. » Son sourire s'accentue et une note de malice prend vie dans ses yeux. « Ou de bouche, si tu préfères. »
Erik se lance sur elle, déterminé à la plaquer contre le tapis en moins de deux minutes. Parce qu'elle doit apprendre à ne pas baisser sa garde, bien sûr, et sûrement pas parce que ses paroles et la courbes de ces lèvres rouges lui envoient des images pornographiques en tête.
Charlotte se fait avoir facilement : elle n'est pas de taille contre Erik lorsqu'il essaye de la faire tomber au lieu de la faire courir sur le tapis tout en lui laissant délibérément autant d'ouvertures que possible, et elle rit trop fort pour ne serait-ce qu'essayer de se défendre. Il y a un peu de méchanceté dans la façon dont il lui plaque les poignets de chaque côté de sa tête, se met à califourchon sur ses hanches et utilise son poids pour la plaquer au sol pendant un instant, il lui en veut un peu d'être aussi à l'aise avec cette situation, avec le fait qu'elle puisse l'embrasser, rire avec lui ou faire des plaisanteries d'ordre sexuel pendant que ses intestins semblent noués et qu'il ne sait absolument pas quoi faire ou dire la moitié du temps.
Mais peut-être Charlotte est-elle ainsi : elle aime l'imprévu et l'inattendu, alors qu'avec Erik, les choses imprévues et inattendues se terminent généralement dans le sang.
« Tu as gagné, » cède-t-elle, toujours haletante de rire. « Tu as gagné. »
Erik se prépare à lui lancer une remarque sarcastique pour se reprendre lorsque Charlotte arque le dos sous lui, de façon délibérée, provocante, pressant son bassin contre son érection.
« Le butin va au gagnant, non ? » Sa voix est si saturée d'une invitation qu'il n'a pas besoin du désir/du frisson/de l'audace qui vibre dans son esprit comme de la fumée, et l'irritation d'Erik est repoussée si facilement que, pendant un instant, il se retrouve à la fixer sans savoir quoi faire ensuite.
Il lui serre toujours les poignets de ses mains, et toute autre personne aurait été nerveuse, d'être ainsi tenue par lui, mais Charlotte lui fait si entièrement confiance qu'elle ne fait pas que repousser l'idée qu'il puisse lui faire du mal, une telle idée ne lui a même jamais traversé l'esprit. Il n'y a ni question, ni doute ni inquiétude : son esprit reste accueillant, audacieux et vibre d'un oui, oui/vas-y, Erik/joue avec moi.
Erik sait qu'il ne pourrait rien faire à Charlotte qu'elle ne désire pas : s'il lui fait peur ou mal, elle peut tout simplement atteindre son esprit et l'arrêter dans son élan. Peut-être ne devrait-il pas trouver cela rassurant, mais c'est le cas. Il n'existe littéralement aucune façon de surpasser Charlotte Xavier.
Du moins, pas si elle n'a pas envie qu'il le fasse.
Il n'avait pu la faire tomber uniquement parce qu'elle n'avait pas utilisé sa télépathie pour l'arrêter. La seule raison pour laquelle il la plaquait toujours au sol était parce qu'elle le laissait faire, ce qui est déconcertant, incroyable... et d'une certaine façon très, très excitant.
Il ne lui faut qu'un instant pour utiliser ses pouvoirs et verrouiller la porte.
Le sourire de Charlotte est différent maintenant, sensuel et un peu lascif, et il ne fait que s'accentuer lorsqu'Erik tord un morceau de métal et l'enroule autour de ses poignets. Il est d'abord hésitant : il ne sait pas très bien ce qu'elle veut, mais elle revient ensuite dans sa tête et son désir/ son affection/sa confiance est recouvert d'une vif encouragement.
La nuit dernière, le sexe avait été presque désespéré, puisqu'une part de lui n'était pas entièrement convaincu qu'elle n'allait pas changer d'avis et le repousser. Mais maintenant, elle est plaquée sous lui, les poignets attachés au-dessus de sa tête, et elle allait y rester pendant un instant. Maintenant, Erik est tout à fait satisfait à l'idée de prendre son temps.
Il ouvre lentement sa chemise, laissant ses doigts frôler sa peau découverte avant de se diriger vers le prochain bouton, et il regarde sa peau frissonner sous son toucher. Il abandonne le vêtement sur le sol, et pendant un instant, il ne fait que la regarder. Il savoure la peau nue de Charlotte, comme ses seins tracent la courbe de ses côtes, et comme ses tétons sont durs et tendus sous le tissu uni de son soutien-gorge.
Erik effleure rapidement sa poitrine de ses mains, puis descend le long de la peau douce de son ventre, tout en observant les muscles se tendre sous sa paume.
« Erik ! » Son nom résonne en stéréo, avec un léger halètement et un éclat de chaleur dans son esprit, accompagnés de désir/d'anticipation/de joie/s'il te plaît, s'il te plaît.
Il ne détache pas vraiment son soutien-gorge : il le relève simplement jusqu'à sa gorge pour dénuder ses seins afin de les prendre en mains, de sentir leur poids entre ses paumes, de tracer de petits cercles autour des auréoles rosées. Charlotte pousse un soupir tremblant et ferme les yeux en arquant le dos, comme pour essayer de se presser entre ses mains.
Ce n'est que la deuxième fois qu'ils couchent ensemble, mais la télépathie rend la chose incroyablement facile Erik connaît tous les points sensibles sur le corps de Charlotte, sait quand il doit être doux et quand elle aime qu'il soit dur.
Et ce va-et-vient sensoriel semble moins désorientant cette fois, comme si son esprit le comprenait. Il serre les dents autour du bout de son sein et ressent un frisson de plaisir, mais une part de lui sait que ce n'est pas lui qui frissonne. Peut-être est-ce parce que Charlotte ne peut pas le toucher : puisqu'il sait qu'on ne peut pas le toucher, toutes ces sensations physiques doivent provenir de Charlotte uniquement.
Il déboucle sa ceinture et baisse son pantalon : Charlotte se tord et se tend en tendant de l'aider, sa confiance/son excitation/son désir/son affection/oui Erik oui vibrent dans son esprit.
Mais il évite délibérément l'endroit où elle le veut et choisit plutôt de tracer de petits motifs sur la peau sensible de l'intérieur de ses cuisses et de son bassin. Il fait courir ses doigts entre ses poils pubiens comme pour caresser un chat, et il ressent un élan de reproche dès que cette idée l'effleure.
Je te mets au défi de faire une blague féline !
Erik éprouve une vague d'amusement et presse son visage contre son ventre pour retenir son sourire. Mais la joie se Charlotte qui vibre dans sa tête ne l'aide pas à se calmer, et il se retrouve à rire doucement contre sa peau et à la sentir frissonner à chaque vibration.
Il fait passer sa langue contre sa peau et dans le creux de sa hanche, et il la maintient en place lorsqu'elle se tend et se tortille, ses sentiments formant un mélange de frustration/envie/venons-en au fait !/s'il te plaît !/Erik !
Il a déjà attaché des personnes avec lesquelles il couchait, mais il s'agissait habituellement de personnes en qui il n'avait pas confiance ou qu'il voulait sauter sans être d'humeur à être touché. Ça n'avait jamais été ainsi : une excuse pour explorer, taquiner et faire de son mieux pour rendre Charlotte totalement folle.
Il reprend un sein en bouche, parce qu'il aime les sons qu'elle produit dans ces moments-là. Le plaisir léger et presque insuffisant éclate dans son propre corps, mais Erik est loin d'en avoir terminé.
Le fait qu'il aime la voir piéger, impuissante et uniquement en mesure d'accepter ce qu'il choisit de lui donner révèle probablement quelque chose de dérangeant sur sa psyché. Mais le fait qu'elle ne soit pas réellement impuissante rend les choses encore meilleures : il n'a pas à constamment faire attention, et il est sûr de se rendre immédiatement compte de sa gêne s'il fait quelque chose qu'elle n'aime pas.
Je ne pense pas que tu sois en mesure de faire quoi que ce soit que je n'aime pas, songe Charlotte. Mais je t'en prie, tu es libre d'essayer.
Avec l'impression qu'on lui donne la permission de repousser et de tester ses limites, Erik devient un peu plus violent. Les baisers qu'il dépose sur son corps deviennent des morsures, laissant des marques rouges dont il sait qu'elles deviendront de légers bleus, et pourtant seuls des oui/plus/s'il te plaît/je ne vais pas me briser/ Erik ! Résonnent dans son esprit.
Il glisse deux doigts en elle et les presse de façon a exciter chaque muscle de son corps, et il aime la voir tenter de serrer les jambes par réflexe, comme pour essayer de maintenir sa main en place. Son pouce caresse son clitoris tandis que sa main prend délibérément un rythme plus lent et régulier que Charlotte ne le voudrait. Ses poids se serrent et se tordent avec impuissance entre ses liens, et elle serre les dents comme pour se retenir de faire le moindre bruit, bien que de faibles gémissements lui échappent.
Erik veut retirer ses doigts et les remplacer avec sa bouche, la sentir se tendre et frissonner contre sa langue, mais ce serait sacrifier à sa vue. Et voir Charlotte Xavier perdre le contrôle sous lui n'est pas une chose qu'il sacrifierait, alors il continue de boucher sa main et essaye d'ignorer le besoin désespéré qu'il a de se toucher.
Leur connexion fait en sorte qu'il puisse sentir le moment exact où les battements de son cœur commencent à s'accélérer, où sa respiration devient plus laborieuse, où ses muscles commencent à ses tendre, et il écarte sa main juste avant que l'orgasme ne la saisisse.
La frustration et le désir pur le réprimandent dans son esprit, et pendant un instant, Charlotte se plaint sous lui, dans un vif gémissement de désespoir.
Erik se sent ridiculement fier de pouvoir mettre la oh-si calme et impassible Charlotte Xavier dans cet état. Il n'était peut-être pas quelqu'un de bien, il ne pouvait pas être ce qu'elle méritait, mais ça... ça il en est capable. Le plaisir physique est probablement une maigre récompense pour tout ce qu'elle lui a donné (l'acceptation, la compagnie, une confiance absolue en lui, une connexion si profonde et aveuglante que tout ce qu'il connaîtra ensuite lui paraîtra bien pâle en comparaison), mais c'est tout ce qu'il peut lui offrir.
Tu ferais mieux de finir ce que tu as commencé ! résonne dans son esprit la voix aussi bourdonnante que les battements des ailes d'un insecte de Charlotte. Celle-ci lui lance un regard noir tandis que son corps frissonne sous l'effet du précipice devant lequel il l'a poussée.
Techniquement, c'est toi qui a commencé, fait-il remarquer en la pénétrant une fois encore de ses doigts et en savourant la façon qu'a son esprit de se délier et de se disperser tandis que le plaisir se glisse entre eux comme les répliques d'un séisme.
Malheureusement, à cause de la télépathie, il joue autant avec lui-même qu'avec Charlotte, et la volonté d'Erik a ses limites. Il parvient à répéter le processus une fois de plus avant de céder (et il doit bien penser à 'processus', parce qu'il pense au fait qu'il est en train de doigter Charlotte jusqu'à l'amener aux portes de l'orgasme, c'en serait fini d'autant plus vite).
Il la fait rouler et utilise sa main posée contre son ventre pour la pousser à quatre pattes. Le métal se détache de ses poignets, libérant ses bras afin qu'elle puisse se maintenir contre le sol (ou peut-être est-ce parce qu'il est assez méfiant face à son contrôle, et ne se fait pas tout à fait confiance pour ne pas lui casser accidentellement un poignet ou lui faire du mal, et il ne serait jamais à l'aise à l'idée de risquer de blesser Charlotte).
Il réalise qu'il leur manque quelque chose au moment exact où Charlotte lui envoie l'image mentale d'un préservatif enfoui dans sa poche.
Le petit bout de plastique est assez facile à trouver. Le pantalon de Charlotte est toujours baissé sur ses doigts et elle porte toujours ses chaussures, avec les lacets bien attachés, et tout ça pourrait paraître ridicule si Erik n'était pas aussi excité.
Prévoyante ? lui demande-t-il en se demandant si elle avait tout planifié.
Optimiste, lui renvoie Charlotte avec désir/frustration/arrête de me taquiner. Et je ne voulais pas avoir à refouiller dans mon sac à main.
Il peut la pénétrer plus profondément dans cette position, et lorsqu'il se glisse d'un seul coup, Charlotte se tend et gémit d'un air ravi, ce qui fait vibrer Erik jusque dans ses os. Une impulsion qu'il ne comprend pas très bien et qu'il ne prend pas la peine d'analyser le fait se pencher sur elle et passer son bras autour de son corps pour l'attirer plus fermement contre son torse, les maintenant ensemble tandis qu'il presse sa bouche contre la courbe de son épaule, l'embrassant et la mordant alternativement, ses lèves, ses dents et sa langue caressant sa peau à la fois lisse et marquée.
Charlotte penche la tête en arrière et ses cheveux se glissent contre le cou d'Erik et se mêlent à la légère barbe qu'il porte sur le menton. Elle est humide et chaude autour de lui, ses muscles se tendent, et il ne parvient qu'à faire quelques va-et-vient avant qu'ils ne jouissent tous les deux.
Lorsqu'il retrouve la vue (c'est sa télépathie qui doit rendre tout ça aussi intense – Erik n'a jamais eu d'orgasme qui le rende temporairement aveugle), il aurait pu être irrité par son manque d'endurance s'il n'avait pas ressentir le plaisir/la satisfaction/on va attendre un peu avant de recommencer/tu vas me tuer/je croyais avoir une crise cardiaque sur la fin/je crois que tu a endommagé mon cerveau de Charlotte.
Il devrait se lever : ils sont tous deux en sueur et à moitié nus, recroquevillés sur le côté dans un mélange de vêtements peu digne, mais il préfère attirer Charlotte à lui. Il préfère savourer la sensation des battements désordonnés de son cœur contre sa paume, le son de sa respiration qui se calme graduellement, l'odeur de ses cheveux lorsqu'il presse son visage dans son cou.
Il préfère en profiter encore quelques minutes.
