Salut tout le monde!!

J'espère que le dernier chapitre vous a plut, et que celui-là vous plaira aussi. Un grand merci à toutes celles qui reviewent, mais honnêtement, quand je compare le nombre de reviews au nombre de lectrices, je suis un peu déçue. N'oubliez pas que les petits commentaires (même les plus critiques) me donnent envie de poster plus vite ;)

Je voulais aussi vous dire que les chapitres 8, 9 et 10 seront postés assez rapidement les uns des autres (enfin, seulement si j'arrive à plus de cinq reviews par chapitre ). Comme on n'y verra pas Alex, ce ne seront pas ceux que vous attendrez avec impatience, mais j'ai quand même une jolie surprise pour vous !!

Une dernière chose: vous avez sûrement remarqué que mes textes ont une bien meilleure orthographe depuis quelques chapitres. C'est grâce à ma bêta (dont je préserve l'anonymat à sa demande XD)! Un grand merci pour elle et son travail, rapide et excellent!


8. Lonely

Contrairement à ce que j'en ai pensé, il y a quelques semaines, je ne suis pas perdue sans Alex. Je ne pense presque plus à lui. Cela, arrive, je l'avoue, mais si peu… Parfois, en découvrant un mannequin de publicité qui n'en est qu'une pâle copie ou en me laissant embrasser par Spencer, je réalise (bien malgré moi !) qu'il n'arrive pas à la cheville d'Alex. Il n'a pas ce "je ne sais quoi"...Il n'est qu'humain, en fait. En général, je secoue la tête pour chasser ces pensées, et je m'efforce d'apprécier la douce normalité de mon train-train quotidien. C'est ainsi qu'est fait l'humain, non ? Qui n'aime pas se plonger dans le déni quand cela peut panser un cœur ou deux ?

Dans le doux petit monde que je me suis fabriquée, il n'y pas de vampire, ni de contes de fées, ni autres créatures mythiques. Dans mon monde, je suis une jeune femme enceinte –tout ce qui a de plus banal—, qui héberge sa démone adolescente de belle-sœur, qui chérit l'homme de sa vie, qui caresse à la longueur de journée pour s'assurer de la santé de sa progéniture. Je suis aussi une jeune femme qui renoue doucement avec sa mère alcoolique et névrosée et qui a récemment arrêté de travailler pour préserver sa grossesse.

Et je suis là, à balancer des sourire à qui mieux-mieux, à ramasser des fleurs sauvages pour en faire des bouquets colorés que j'expose dans ma cuisine… Je fais à manger, mon ménage, je regarde la télévision… Je sors parfois en amoureux, je pique des crises de nerfs de temps en temps. Il m'arrive même de pleurer à cause des bousculades hormonales. Charmant tableau, n'est-ce pas ? Je suis une femme de vingt ans et enceinte (tout ce qui a de plus ordinaire).

Bizarrement, je ne vous rappelle pas quelqu'un ? Mon ancienne "moi" ! Je suis redevenue celle que j'étais, il y a encore quelques mois. Cette fille passe-partout contre qui je me battais pour qu'elle devienne quelqu'un d'important. J'ai finalement réussi à supprimer chaque parcelle d'amusement et d'aventure de ma vie pour en revenir à ce que je détestais : la monotonie. Je ne la déteste plus autant. Je prends plaisir à effectuer ces tâches courantes, à ce recevoir ces plaisirs simples… Du moins, c'est ce que je fais croire à tout le monde.

Mais vous et moi, nous le savons : ce n'est pas ce que je veux ! Ce n'est pas la vie que j'aime, pas celle qui me vibrer ou bien celle qui me donne le sourire au levé. J'ai besoin d'aventures, de surprises… bonnes ou mauvaises ! Cependant, je veux de quoi faire pulser les battements de mon cœur et bourdonner à mes oreilles. Je dois sûrement être folle, irresponsable ou masochiste, mais suis-je la seule ? Est-ce que –nulle part sur la Terre—, quelqu'un a envie d'être excité, d'être exalté ?

Je sais pertinemment ce qui me manque pour retrouver cette vie –ou, plus exactement, je sais qui me manque—, mais je m'y refuse. Tout est trop complexe, trop effrayant… Toute cette histoire est trop absurde. À un tel point que je ne veux pas y croire. Je m'interdis même à penser à ce mot, cette absurdité qu'il a essayé de me faire avaler. C'est impossible : de telles choses n'existent que dans les vieux Goethe que j'aimais lire, autrefois. Rien de vrai. Rien de possible. Encore ce foutu déni !

- Chérie? m'appela Spencer. Tu devrais te coucher, mon amour...

- Mmmm...

Sur le canapé, je m'assoupis. La télévision ne m'apporte pas grand chose, ces émissions de téléréalité ne sont bonnes qu'à montrer des filles à la plastique parfaite, et des garçons ultra-sportifs qui jouent de fausse séduction pour enrichir les producteurs. J'acquiesce. Il est vraiment temps que je me mette au lit. Ce soir, Spencer n'a rien à espérer, je suis vraiment morte de fatigue. Dommage pour lui, parce que pour une fois, sa squatteuse de demi-sœur est partie dormir sous un autre toit, celui de sa meilleure copine. Grand bien lui fasse.

En me couchant, comme chaque soir, je ne peux m'empêcher de repenser à cet après-midi, quand Alex m'a avoué ce qu'il était. Je me souviens aussi des jours qui ont suivi, et de moi relisant tous ces vieux bouquins sur ces monstres que j'avais adorés. Salem, de Stephen King… Le petit village rapidement infesté par ces créatures infâmes qui vident les habitants de leur sang et les réduisent à l'état de morts-vivants. Ou pire, ces vieux contes où le séduisant défunt profite d'une jeune vierge naïve...Ces histoires qui me divertissaient me donnent maintenant froid dans le dos.

Et pourtant, dans aucun de ces ouvrages, je ne retrouve des traits communs avec Alex. Il a ce pouvoir de séduction incroyable, et ce physique bien trop parfait, mais il n'attend pas la nuit pour sortir de sa demeure! Et les crocs ne dépassent pas de ses lèvres. Bien que mystérieux, il ne s'est jamais privé d'un sourire, d'un rire, d'une taquinerie… Il ne correspond en rien à cette image morbide que je me fais de ces… bêtes.

Qui plus est, des tas de questions restent sans réponses, pour moi. J'ai fréquenté Alex pendant quelques mois, le voyant régulièrement. Je l'ai vu entouré de ses frères, de sa belle-sœur… Je me suis retrouvée seule avec lui maintes fois, parfois même dans sa propre voiture…Et jamais il n'a cherché à me nuire. Il m'a toujours gratifiée de ces baisers odieusement provocants, mais jamais il n'a exprimé une envie de me blesser… Jamais je ne me suis sentie en danger, jamais je n'aurais cru qu'il pourrait me tuer…

Les muscles engourdis, je me lève lentement du canapé, afin que Spencer puisse le convertir en lit. Il suffit de le faire basculer et d'enlever la housse de coton pour accéder au lit deux places. Il est un peu bancal et la qualité du matelas me promet une belle scoliose dans quelques années, mais je n'ai pas le choix, je m'en contente. Un peu plus réveillée, j'y jette une paire de drap et des coussins, que je prends dans un des placards muraux. Je m'allonge –ou plutôt je m'affale—, à ma place habituelle, la plus proche du mur.

- Tu restes dormir avec moi?

- Erm... Non, pas ce soir, chérie, je me lève tôt demain.

- Ho… À demain soir, alors?

- Oui, je passerais en fin d'après-midi, promis.

Je lui souris faiblement. Il s'appuis sur le lit pour se pencher, et m'embrasse rapidement. Si rapidement que je n'ai même pas le temps de réagir, il est déjà à la porte, clefs en main. Je jette un coup d'œil la pendule: une heure vingt-sept. Le pauvre, il va avoir du mal à se réveiller, demain matin. Je le soupçonne aussi de ne plus supporter mes envies, qui deviennent de plus en plus fréquentes, et pas moins excentriques. Hier soir encore, il a dû aller me chercher un cheeseburger et un soda à l'orange à presque minuit. Je sais que c'est stupide, mais je n'y peux rien, et puis je ne voudrais pas me priver et donner des tâches de naissance à mon fils.

J'entends un grondement : la moto presque neuve de Spencer démarre. Je l'entends accélérer, rouler dans ma rue. Puis, le bruit se fait, sinon plus doux, plus lointain, et bientôt, je ne l'entends même plus. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Je n'ai peut-être pas objecté le jour de son achat, mais je suis totalement contre ce genre d'engin. Surtout entre les mains de fous du volant comme Spencer. Si jamais il lui arrive malheur, je ne me pardonnerais jamais de lui avoir donné mon accord pour l'acheter.

Je me saisis de la télécommande. De toute façon, à cette heure-ci, il n'y a plus rien d'intéressant. Je zappe quelques instants, à peine distraite par les images que je vois défiler sur l'écran. Le son est trop fort, les couleurs trop violentes. Tout ça me fatigue plus que ça ne me maintiens éveillée. Je finis par éteindre le poste à distance, sérieusement agacée, et triste de devoir dormir seule. Depuis que Joe habite ici, entre elle et Spencer, je dors tout le temps avec quelqu'un à mes côtés.

Comme souvent, je me mets à me tourner, et me retourner, dans le lit. Un coup j'ai froid et je me remonte la couette épaisse jusqu'aux oreilles, un coup j'ai chaud et je sors complètement des draps. Je ne sais pas si c'est une question d'hormones ou si je suis tout simplement en train de céder à la folie furieuse, mais à chaque soir –que le Bon Dieu fait—, je subis des heures entières de retournements et de mal-être dans ce lit. Encore plus lorsque je m'y retrouve seule, et que quelqu'un a malencontreusement gâché ma nuit déjà bien entamée.

Exaspérée par ce petit manège, je décide de quitter mon lit. J'enfile rapidement une paire de chaussettes, et je me dirige vers ma kitchenette, m'asseyant comme toujours sur le rebord du plan de travail. Étonnant que j'arrive encore à faire cela après huit mois de grossesse… Peut-être même que sans le savoir, je suis en train de précipiter l'arrivée de bébé? Ca ne serait pas une mauvaise chose, en tout cas! J'ai tellement hâte de voir de quelle jolie couleur seront ses yeux… Le seul inconvénient serait qu'on ne lui a pas encore choisi de prénom…

Un verre de jus de fruit, voilà ce qu'il me faut. Heureusement, j'en garde toujours une ou deux briques d'avance dans le frigo. Au début de ma grossesse, c'était la seule boisson que j'acceptais d'ingurgiter… Et encore aujourd'hui, cela reste la plus sûre. Banane, mangue… Je ne pense pas que ces fruits là puissent m'empêcher de dormir, je m'en sers donc un grand verre, généreux et frais. Au lieu de boire le nectar d'une traite, comme je le fais souvent, je prends le temps de le savourer, et surtout de m'apaiser.

Une fois le verre bu, lavé, essuyé et rangé, je peux envisager de retrouver mon pseudo lit. Le vent rafraichissant, quoiqu'un peu humide, qui s'infiltre à travers les voilages devrait pourtant m'aider à trouver le sommeil. Ne perdant pas espoir, je m'allonge à ma place, fermant les yeux. Le mieux est de ne pas penser, et d'attendre Morphée dans le calme le plus religieux. Comme j'en ai l'habitude, je rentre ma main dans la doublure de ma taie d'oreiller, et je me mets en chien de fusil. Je dors toujours ainsi. Tout va bien, jusqu'à ce que sous mes doigts, je sente quelque chose d'étrange, comme un petit bout de papier.

Curieuse, je le sors de mon oreiller. Est-ce que j'aurais été assez idiote pour y cacher une note que Spencer n'est pas censé voir? Ou est-ce lui qui m'y a glissé un mot doux pendant que je dormais? En dépliant le papier, je m'aperçois que ce n'est ni l'un, ni l'autre. Je ne reconnais pas l'écriture dans laquelle est écrit ce mot. Une calligraphie appliquée, noble, comme datant d'un autre siècle. Mon cœur se met à battre la chamade quand je comprends de qui vient ce mot. Alex a dû entrer chez moi pour l'y laisser, pourtant, je ne l'y avais pas invité.

Bethany,
Je suis désolé de t'avoir effrayée,
C'était la dernière chose que je voulais...
Sache que je ne te ferais jamais de mal,
Tu me manques tellement...
Si tu veux encore de moi, il te suffit d'appeler...
Je te promets que je serais là, à t'attendre, n'importe quand...
Je T'aime,

Alex.