Edward ouvrit la porte de l'appartement, envoya valser ses clés sur le meuble dans l'entrée. Il se passa la main dans les cheveux, hésita à se retourner, mais prit la direction de la chambre.

Derrière lui, Bella enleva son manteau doucement. Elle avait envie de se faire toute petite, de disparaître. Edward n'avait pas dit un seul mot sur le trajet du retour. Elle savait juste qu'il était en colère et elle ne savait pas pourquoi. Elle aurait aimé comprendre, mais pour rien au monde, elle ne se serait aventurée à lui demander. Elle n'avait aucune envie qu'Edward se mette en tête de passer sa colère sur elle.

Elle se sentait également mal à l'aise, parce qu'Edward ne savait pas qu'elle était au courant d'autant de choses sur lui. S'il ne lui avait pas raconté lui-même son passé, cela voulait dire qu'il ne souhaitait pas qu'elle soit au courant. Avec une telle pensée, comment pourrait-elle le rejoindre dans la chambre ?

Elle s'arrêta dans l'embrassure de la porte de la chambre. Edward était dans la salle de bain attenante. Elle n'osa pas rentrer. Elle regarda le lit. Le lit qu'il avait peut-être occupé avec Tanya. Elle soupira et entra dans la pièce pour prendre un oreiller et une couverture.

-Je vais dormir sur le canapé.

Elle eut à peine le temps de se retourner qu'Edward était sur elle. Elle fut tellement désarçonnée qu'elle lâcha ce qu'elle avait dans les mains. Il la prit par les épaules et plongea son regard dans le sien. Elle s'était attendue à rencontrer ses yeux durs et froids, mais elle ne rencontra que son expression perdue et implorante.

-Comment ça, tu veux dormir sur le canapé ? Pourquoi ne veux-tu pas dormir avec moi ?

-Je… Tu n'avais pas l'air de très bonne humeur, alors je me disais que peut-être…

-Bella, je suis désolé de m'être comporté comme ça. Je… J'ai juste appris une mauvaise nouvelle tout à l'heure, c'est tout. Il n'y a vraiment aucune raison pour qu'on ne dorme pas ensemble.

Avait-il appris que Tanya était de retour ? Etait-ce pour cela qu'il était d'aussi mauvaise humeur ?

Sur son visage s'afficha un sourire doux et réconfortant, elle le lui rendit.

-Désolée, d'avoir voulu dormir sur le canapé.

-Ce n'est pas grave.

Il la prit contre son torse et elle se colla à lui, respirant sa délicieuse odeur. Son cœur battait follement et elle sentait une douce chaleur l'envahir.

Il l'écarta un peu de lui et lorsqu'elle releva la tête, il prit ses lèvres et l'embrassa tendrement. Elle lui rendit son baiser et l'onde de chaleur dans son corps se fit plus forte.

-N'avions-nous pas prévu quelque chose pour la fin de la soirée ?

-Oh, c'est possible…

Elle passa ses bras derrière son cou et l'attira vers elle pour reprendre leur baiser. Quel bonheur de le retrouver ! Retrouver son magnifique corps, retrouver cette promesse d'être satisfaite avant la fin de la soirée.

Il fit glisser ses mains sur son corps, de ses épaules à ses hanches. Il caressa ses fesses, ce qui poussa Bella à l'embrasser plus passionnément encore. Il passa ses mains sous sa robe et la lui enleva. A peine, en fut-elle débarrassée, qu'elle se retourna dans ses bras, l'embrassant dans le cou. Elle ne pouvait plus supporter la distance entre leurs deux corps. Elle avait besoin de sentir sa peau contre la sienne, besoin de ce contact qui pourrait tout lui faire oublier.

Il défit les boutons de sa chemise, tandis qu'elle ouvrait son pantalon. Ils se retrouvèrent en sous-vêtements à se parsemer la poitrine de baisers et le torse de caresses, témoignages d'une tendresse qu'ils ne savaient s'offrir autrement.

Il semblait plus détendu, savourant sans retenue le corps de Bella. Il lécha ses seins, lui tirant des gémissements de plaisir. Il fit glisser sa main vers son entrejambe, effleura délicatement ses lèvres jusqu'à trouver son centre de plaisir. Il entreprit alors de lui tirer ses cris de plaisir qui apaisaient ses angoisses, faisaient taire ses doutes.

Puis ce ne fut plus le soulagement qui l'envahit, mais le désir. Un désir puissant qui faisait palpiter son sang dans ses veines. Voir Bella étendue sur son lit, la sentir s'abandonner sous lui, à lui, rien qu'à lui, cette vision était follement excitante.

Il retourna Bella, qui semblait toujours perdue dans ses sensations de plaisir, il posa ses mains sous ses hanches et la releva sur les genoux. Il positionna face à ses fesses, lorsque Bella comprit ce qu'il avait l'intention de faire.

-Non !

Elle se mit à quatre pattes, échappa à ses mains et se retrouva à l'autre bout du lit en train de le regarder comme s'il avait perdu la tête. Mais lui aussi la regardait sans rien comprendre, les mains vides, le sexe en l'air, visiblement coupé dans son élan.

-Un problème ?

-Oui.

Elle n'en dit pas plus, et il la regarda interrogativement.

-Je ne veux pas faire ça.

Il lui était difficile de faire la conversation, alors que tout ce qu'il voulait était de l'action.

-Pourquoi ?

-Je n'aime pas.

Il secoua la tête, ne comprenant toujours pas.

-Pourquoi ?

-Je n'aime pas, c'est tout.

-Mais qu'est-ce que tu n'aimes pas?

-Je n'aime pas quand vous le faites par derrière. J'ai besoin de pouvoir voir la personne.

La déception fut intense. Il n'aurait pas ce plaisir ce soir, alors qu'il en avait tant besoin.

-Bien. Que veux-tu qu'on fasse alors ?

Elle avait remarqué la déception dans sa voix et en était désolée.

-Comprends-moi bien, ce n'est pas que je ne veuille pas te faire plaisir, mais…

-Tu n'aimes pas ça, j'ai compris.

Elle n'aimait vraiment pas se retrouver ainsi, dos tourné à un homme qui allait s'enfoncer en elle. Elle avait l'impression d'être totalement à sa merci, sous son emprise, perdant tout contrôle. Elle ne pouvait pas prendre du plaisir dans ces conditions. Et malheureusement, ce soir encore moins qu'un autre, elle n'avait pas envie d'essayer.

Elle avait déjà tant donné à Edward, et qu'avait-elle eu un retour ? Elle n'avait aucune certitude de son attachement pour elle, sans parler d'amour. Il aimait même peut-être toujours cette Tanya… A cette pensée, son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine. Non, ce ne serait pas avec un homme qui lui donnait si peu de certitude, qu'elle arriverait à se laisser aller dans cette position.

Et puisqu'il n'était pas prêt à donner, elle allait devoir prendre.

-J'ai bien une certaine envie par contre.

Il lui sourit de cette façon qui la faisait craquer. Il se rapprocha lentement d'elle, la prit dans ses bras et l'embrassa.

-Je t'écoute.

Elle n'entendit cette phrase que de très loin, car il était en train de pincer ses seins de ses lèvres.

-T'aurais-je déconcentrée ?

Il remonta ses lèvres pour parsemer sa clavicule de légers baisers, lui laissant ainsi le temps de récupérer ses esprits et de lui répondre.

-Je pourrais me mettre au-dessus.

Edward s'arrêta et plongea les yeux dans les siens. Elle eut la désagréable impression qu'il la jaugeait. Que cherchait-il à savoir sur elle ? Elle sentit la colère monter en elle. Comment se faisait-il que c'était lui qui ne lui faisait pas confiance ? C'était lui, qui avait eu une fiancée dont il ne lui avait jamais parlé.

Mais finalement, il hocha la tête.

-D'accord.

Cette réponse lui procura une agréable joie. Elle enfourcha Edward, qui s'était allongé sur le dos. Il posa ses mains sur son dos et la força à descendre vers lui. Elle se baissa vers lui et caressa son torse. Elle lécha puis pinça ses tétons, lui tirant des grognements sourds.

Elle exultait. Elle aimait tellement se retrouver ainsi, procurant du désir à l'homme qu'elle aimait, regardant ses yeux s'obscurcir, écoutant les sons rauques qui s'échappaient de sa gorge.

Jusqu'à ce que les sons rauques se transforment en toussotements gênés. Elle releva la tête du torse d'Edward pour le regarder avec étonnement.

-Un problème ?

-Tu peux juste descendre un moment.

Toujours avec son air étonné sur le visage, elle descendit de lui. Il se redressa, se passa la main dans les cheveux.

-Je vais boire quelque chose dans la cuisine.

Il évita son regard et sortit de la chambre, la laissant assise sur le lit, bouche bée.

Non, il ne pouvait pas la laisser faire cela ce soir. Comment était-il sensé accepter qu'une femme qui avait peut-être couché avec Jacob Black lui monte dessus ? C'était hors de question.

Edward posa brutalement son verre d'eau sur la table après l'avoir vidé d'un trait.

Elle ne lui avait jamais parlé de ses collègues. Pourquoi ? Parce que si elle avait commencé à parler d'eux, elle aurait fini par lâcher un mot sur Jacob Black ? Où était-ce simplement parce qu'il n'avait jamais demandé ? Ces questions le rongeaient. La pensée que Bella fréquente tous les jours cette ordure le tuait. A moins que ce ne soit le fait qu'elle le fréquente et qu'il n'en ait rien su avant ce soir qui le torturait.

Mais surtout quelle était leur relation ? Bella le prenait-elle pour un con comme l'avait fait Tanya ? Rigolait-elle de sa stupidité avec Jacob ? Il était vrai que se faire avoir deux fois avait de quoi faire rire. Il serra les poings.

Il ne pouvait pas laisser Jacob Black s'en tirer. Pas cette fois. Qu'il soit parti avec Tanya c'était finalement révélé être un soulagement, mais il ne permettrait pas qu'il utilise Bella pour l'humilier. Et si elle était impliquée avec Jacob Black, il déciderait de…

Il se prit la tête entre les mains. Il ne savait même pas ce qu'il ferait. Il ne fréquenterait plus aucune femme, voilà. Et il passerait des nuits entières à souffrir de cette trahison.

Il sentait déjà le goût de cette trahison. Il remplit à nouveau son verre.

Non, il ne laisserait pas Bella lui faire quoique ce soit avant qu'il ne soit certain qu'elle n'ait rien à voir avec Jacob Black.

Il ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez. Pourvu, qu'elle n'ait rien à voir…

-Edward, ça va ?

Il ouvrit les yeux et vit Bella le dévisager timidement. Elle était tellement différente de Tanya, il n'avait peut-être aucune raison de douter d'elle. Malheureusement, le passé l'avait rendu trop méfiant.

-Oui, oui. En fait, non. Je n'ai plus très envie de la faire, ce soir. Je préférerais me reposer, si tu n'y vois pas d'inconvénients.

-Non. Bien sûr que non.

Elle n'avait pas le choix de toute façon.

-Super. Merci.

Ils retournèrent silencieusement dans la chambre, enfilèrent leurs pyjamas et se couchèrent chacun de leur côté du lit.

.

XXX

.

-Tu ne te lèves pas ?

Il venait de sortir de la salle de bain et Bella était toujours roulée en boule sous la couverture. Elle grommela quelque chose.

-Comment ?

-Je n'ai pas cours aujourd'hui !

-Oh… Alors, je te souhaite une bonne grasse matinée alors.

Il sortit de la chambre en souriant. Bella avait encore grommelé quelque chose qui ressemblait vaguement à « Evidemment, maintenant que tu m'as complètement réveillée…»

Cette journée était une très bonne opportunité pour lui. Il n'avait pas prévu d'en avoir une aussi rapidement, mais puisqu'elle se présentait sur un plateau, il allait en profiter.

.

Il était garé devant le lycée, les mains crispées sur le volant.

Il ne savait pas pourquoi il était là, il se trouvait ridicule. Si Jacob avait décidé de lui rejouer le même tour, alors il n'avait qu'à larguer Bella et tout sera fini. Il l'avait déjà fait avec Tanya.

Pourtant il ne parvenait pas à se résoudre à redémarrer la voiture. Tourner le contact et faire marche arrière l'obligerait à virer Bella de chez lui et apparemment il avait un problème avec cette idée-là.

Ses mains serrèrent encore un peu plus le volant. Comment se faisait-il qu'en quelques jours à peine cette femme avait réussi à prendre tant d'importance ? Le principe de se fiancer avec une inconnue devait pourtant être simple : ne pas éprouver de sentiments, ne pas être attaché, être libre. Eh bien il avait l'impression d'être passé à côté des trois.

Il n'était pas libre de repartir, de tourner le dos à ce lycée. Il devait rencontrer Jacob Black, il devait savoir, il en avait besoin. Il en avait besoin parce que justement il s'était attaché. Il désirait la compagnie de Bella, il ne voulait pas la voir partir.

Il se prit la tête entre les mains. Comment pouvait-il penser de telles choses alors qu'ils se connaissaient que depuis si peu de temps ? Cette femme aurait dû ne rien représenter pour lui, rien.

Alors pourquoi éprouvait-il des sentiments pour elle ? Parce qu'il était presque sûr qu'il en avait. Il était trop content lorsqu'il la voyait, il savourait trop les moments avec elle, il aimait beaucoup trop lui donner du plaisir. Cependant il aurait été incapable de dire qu'elle était la nature des sentiments qu'il lui portait. Ce n'était pas un domaine où il excellait. Affection était peut-être le bon mot. Cela signifiait qu'il était attaché à elle et qu'il l'aimait bien. Oui, affection.

Il s'arrêta soudainement de respirer. Sur le trottoir, de l'autre côté de la rue, se tenait Jacob Black. Edward se demanda s'il n'aurait pas préféré qu'il ne soit pas là aujourd'hui. Il aurait pu être malade, ne pas donner de cours, et lui, aurait pu échapper à cette confrontation.

Non, cela aurait été lâche. S'il voulait Bella, il n'avait qu'à faire en sorte de l'avoir. Il sortit de la voiture et traversa la rue.

Jacob Black l'aperçut et s'arrêta sur le trottoir, son sourire narquois aux lèvres. Bella ne pouvait quand même pas avoir trouvé du charme à ce type…

-Edward Cullen !

-Jacob Black.

Les deux hommes se jaugèrent un instant, pendant lequel les souvenirs de leur dernière rencontre ressurgirent.

-Je peux te parler un instant ?

-Vas-y.

-Tu sais que Bella est ma fiancée.

-Oui.

Jacob Black ne crut pas bon de se départir de son sourire narquois. Il commençait sérieusement à taper sur les nerfs d'Edward, dont les mains se fermèrent en poings.

-Tu couches avec elle ?

C'était la première question qu'il avait formulée.

-Sans vouloir te vexer, tu n'as pas l'air d'être très sûr de ta fiancée.

La situation semblait lui plaire à lui, ce qui ne fit qu'augmenter la colère d'Edward.

-Ce n'est pas d'elle que je ne suis pas sûr, mais de toi.

-Vraiment ?

Edward ne répondit pas.

-C'est bien ce que je pensais, la confiance ne règne pas. Apparemment ce n'est pas le genre de sentiments que tu leur inspire.

Son poing fila vers la tête de Jacob Black, mais celui-ci se recula et lui attrapa le poignet.

-Qu'est-ce que tu crois, Cullen ? Que tu vas pouvoir foutre une raclée à un prof de sport ? Tu n'es pas prêt d'y arriver.

Leurs têtes n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. L'un avait le regard amusé, celui de l'autre était glacial.

-Réponds à ma question et on en aura fini.

-J'en doute. Parce que même si je n'ai pas encore sauté ta charmante fiancée, elle m'a embrassé.

Un silence s'étira, jusqu'à ce qu'Edward rejette la tête en arrière et rit. Toute la tension qui s'était accumulée dans son corps tendu sembla s'échapper.

-Qu'est-ce qui te prend, Cullen ?

Jacob Black le dévisageait avec méfiance. Edward s'était éloigné de lui et semblait soulagé, même joyeux.

-Tu viens juste de me donner la preuve que tu mentais, c'est ça qui me fait rire ! Je ne m'attendais pas à ce que tu fasses une telle faute !

-Je ne sais pas ce que tu crois, mais je ne t'ai pas menti.

Edward lui sourit.

-Vraiment ? Tu ne m'as pas dit que Bella t'avait embrassé ?

-Si, et c'est la stricte vérité.

-Si tu voulais me faire croire que tu avais encore réussi à me piquer une fiancée, tu aurais dû dire que tu l'avais embrassé.

-Je n'y ai même pas réfléchi, puisque la vérité c'est que ta fiancée m'a embrassé.

-Non.

-Si.

-Non, Bella tient à moi, elle ne ferait jamais une chose pareille.

-Tu es stupide de croire ça parce que ses lèvres ont vraiment capturé les miennes dans un baiser fougueux. Elle embrasse même plutôt bien, ta petite fiancée.

Edward perdit instantanément son sourire.

-Arrête de parler d'elle comme ça.

-Je parle d'elle comme je veux, elle m'a quand même embrassé.

-Non.

-Qu'est-ce que tu en sais ?

-Je le sais, c'est tout. Elle tient à moi. Elle n'embrasserait jamais quelqu'un d'autre.

-On dirait que tu essaies toi-même de te convaincre de ce que tu dis.

-Ferme-la.

-Ah ! On dirait que tu commences à douter, c'est bien.

-Je t'ai dit de la fermer !

Cela n'empêcha pas Jacob Black de poursuivre en affichant son horrible petit sourire.

-Mais je comprends que tu ne la crois pas capable d'une telle chose. Elle m'a effectivement dit après m'avoir embrassé que c'était avec toi qu'elle était et qu'elle ne voulait plus me voir. Tu ne crois pas que c'est assez prêt de la vérité, ça ? Et si tu veux vraiment tout savoir, je ne comptais pas lâcher le morceau. Je la trouve sympa, ta petite fiancée, et mon lit sera toujours à sa disposition.

Edward mourrait de lui mettre son poing dans la figure, et pas qu'une fois. Mais il savait qu'il n'aurait pas l'ascendant sur un professeur de sport qui ne se gênerait probablement pas pour lui rendre ses coups. Il n'aimait pas le laisser s'en tirer comme ça, mais il ne voulait pas non plus arriver au travail défiguré.

Il tourna donc le dos à un Jacob satisfait de lui, ravi d'avoir semer le trouble chez Edward.

La journée fut longue. Les paroles de Jacob Black ne cessèrent de tourner dans sa tête. Il en conclut une chose : il devait avoir une discussion avec Bella. Mais avoir deux confrontations douloureuses dans la même journée ne l'enchantait guère. Bella allait sûrement se sentir insultée lorsqu'il lui poserait la question qui fâche. Elle l'accuserait de ne pas lui faire confiance, de douter d'elle, ce qu'il ne pourrait de toute façon pas nier. Cette perspective n'était vraiment pas des plus réjouissantes.

Peut-être pourrait-il repousser son interrogatoire d'une journée ? Ou même deux. Comme ça, il aurait le temps de se préparer à leur discussion et réfléchir à la façon de formuler les choses, ce qui pourrait être utile. Oui, cette solution semblait la meilleure.

.

XXX

.

Malheureusement dès qu'il fut chez lui, il se rendit compte qu'il ne pourrait pas repousser la confrontation à un autre jour. Il avait un besoin viscéral de savoir.

Il déposa ses affaires.

-Bella ?

Il la trouva allongée sur le canapé, plongée dans un livre.

-Bella ?

Elle l'entendit enfin et releva la tête.

-Oh, désolée, je ne t'avais pas entendu entrer.

-J'ai vu ça.

-Comment s'est passé ta journée ?

-Sincèrement ? Pas très très bien. J'aimerais te parler de quelque chose.

-Ah. Ça a l'air sérieux.

-C'est sérieux.

Elle plaça un marque-page dans son livre et le posa sur la table basse. Elle resta assise sur le canapé, levant vers lui ses yeux interrogateurs.

-Oui ?

Il détourna les yeux, soudain gêné. Elle n'allait pas aimer ce qu'il allait faire, et il s'en voulait de ressentir ce besoin de tout savoir. Mais fermer les yeux lui avait joué des tours dans le passé. Il prit donc une grande inspiration et regarda Bella droit dans les yeux.

-As-tu embrassé Jacob Black ?

Son corps répondit pour elle. Ses traits se crispèrent en une expression douloureuse et une lueur désespérée traversa ses yeux.

Edward se retourna. Il avait tellement espéré un démenti ! Cette réponse muette était un coup de poignard qui laissait sa poitrine saignante. Elle l'avait donc fait.

-Je… Je ne voulais pas…

Edward soupira. Il ne voulait pas discuter. Ne pouvait-on pas le laisser seul, gémir sur son sort, se lamenter sur sa capacité à toujours choisir celles qui vont se réfugier dans les bras de Jacob Black ? Qu'on le laisse boire, qu'on laisse sa poitrine se vider de son sang en paix, ça ne devait pas être trop demandé…

-Tu ne voulais pas, mais tu l'as quand même fait. Tu pourrais ramasser tes affaires et partir, s'il te plaît ?

Il se dirigea vers la cuisine, sans lui jeter un regard. Il devait bien y avoir de l'alcool dans l'un des placards.

-Quoi ?

Bella l'avait malheureusement suivi.

-Tu veux que je parte ?

Victoire, de la bière ! Il décapsula une bouteille et but une grande gorgée.

-Oui.

-Mais… mais c'est…

-Très compréhensible. Tes affaires ne sont pas dans la cuisine, il me semble.

-Mais Edward, tu ne veux pas vraiment que je m'en aille ?

-Ah bon ? Je t'ai pourtant bien demandé de partir, si tu as besoin que je te le répète.

-Juste à cause d'un malheureux petit baiser ?

Il prit une nouvelle gorgée.

-Oui, juste à cause d'un malheureux petit baiser, que tu as donné.

-Quoi ?

-Si c'était lui qui t'avait embrassée, j'aurais pu croire qu'il t'avait d'une certaine façon forcée. Mais là, tu ne me laisses vraiment pas le choix.

-Bien sûr que tu as le choix ! Tu n'es pas obligé de m'en vouloir pour ça ! Je te promets que je suis désolée, que c'était une erreur, elle ne s'est d'ailleurs pas reproduite !

-Encore heureux…

-Je te jure que je m'en veux de l'avoir fait ! S'il te plaît, pardonne-moi !

Ses yeux l'imploraient, mais il restait là à l'observer calmement.

-Je ne pense pas être capable de te pardonner de m'avoir trompé et de m'avoir menti.

-Menti ? Mais je ne t'ai pas menti ! Je ne te l'ai peut-être pas dit, mais c'était parce que ce baiser n'était rien !

-Tu m'as menti toutes les fois où tu as prétendu tenir à moi, toutes les fois où tu m'as fait sentir que j'avais de l'importance pour toi.

-Mais tu en as ! Je ne t'ai pas menti !

-Vraiment ? Donc tu as embrassé Jacob Black, parce que… tu ne le voulais pas.

-Je ne sais même pas pourquoi je l'ai embrassé ! Je… J'étais perdue ! C'était un moment d'égarement…

-Un moment d'égarement.

Il hocha la tête ironiquement.

-Je… Je commençais à avoir des sentiments pour toi, des sentiments assez forts, mais je ne devais pas ! Ce n'était pas ce qui était prévu. Pas dans le type de relation que nous avions choisi. Mais je n'y pouvais rien, je te désirais, je te désirais et je te désirais ! Mais pas toi…

-Donc ça va être de ma faute.

Son calme contrastait avec l'agitation de Bella, qui se débattait avec ses explications.

-Je ne savais pas quoi faire de toutes ces émotions que je ressentais ! Et il y avait Jacob Black…

-Oui, Jacob Black.

-Il était là, et lui me désirait, il me l'avait bien fait savoir.

-Oui, il aime bien faire savoir les choses aux autres.

-Et puis, il y a eu ce moment.

Les doigts d'Edward se resserrèrent sur la bouteille.

-Je pensais que je ne pourrais jamais t'avoir et il est passé par là, alors je me suis désespérément jetée à son cou.

Le silence s'installa. Bella avait baissé la tête, elle n'osait pas regarder Edward. Mais elle fut bien obligée de jeter un œil dans sa direction car il restait obstinément muet. Elle le vit fixer sa bouteille, d'un regard absent.

-Ça ne change rien.

Le cœur de Bella se brisa une nouvelle fois, comme lorsqu'Edward lui avait demandé si elle avait embrassé Jacob Black.

-Il faut toujours que tu fasses tes valises.

-Mais…

-Mais rien du tout.

Bella se redressa.

-Donc tu ne veux plus rien entendre.

-Exactement.

-Je n'aurais jamais dû accepter cet arrangement.

Le coup sembla porter puisqu'Edward se retourna vivement face à elle.

-Et je n'aurais jamais dû le proposer.

Bella aurait tellement préféré qu'il la contredise. Mais si c'était ce qu'il pensait, alors elle n'avait plus rien à faire ici.

-Bien, je vais aller faire mes valises.

-Merci.

Elle s'arrêta dans l'embrassure de la porte et le regarda boire.

-Tu sais ce que j'aurais dû faire ?

-Ne pas embrasser Jacob Black ?

-J'aurais négocié une clause stipulant que toi aussi tu aurais dû faire des efforts pendant six mois.

-Comment ?

-Oui, ce n'est pas juste qu'il n'y ait que moi qui n'aie pas eu le droit de fuir avant six mois.

-Cela valait aussi pour moi. J'avais parlé d'un délai pendant lequel nous devions rester ensemble sans possibilité de fuir.

-Donc tu as rompu le contrat.

-Non, seulement si j'avais su, j'aurais créé une autre clause concernant les baisers avec Jacob Black.

-Je ne vois pas les choses comme ça. Tu te contentes de fuir alors que tu aurais pu me pardonner ce malheureux baiser qui a lieu bien avant que notre relation ne devienne plus qu'un simple arrangement.

-Peut-être. Mais quand tu as embrassé cet homme, c'est toi qui fuyais. Toi qui as choisi de fuir tes sentiments au lieu de les confronter et de m'en faire part.

-Tu n'as sûrement pas tort.

Bella alla dans la chambre et boucla sa valise tant bien que mal, la vue brouillée par des larmes qu'elle s'efforçait de retenir.

Lorsqu'elle revint dans le salon avec ses affaires, elle ne s'attendait pas à ce qu'Edward la raccompagne jusqu'à la porte. Il la regardait avec des yeux distants, éteints, qui ne laissaient entrevoir aucune des émotions qu'il ressentait. En espérant que le départ de Bella le fasse ressentir quoique ce soit, ce dont elle commençait à douter.

-Malgré tout, je tiens à te remercier d'avoir accepté ma proposition. Je ne pensais pas ce que j'ai dit tout à l'heure, je ne regrette pas de t'avoir proposé cet arrangement.

-Je ne regrette pas non plus de l'avoir accepté.

Ils s'observèrent un instant, cherchant à percer les pensées de l'autre, cherchant à le comprendre ou à se comprendre soi-même.

-Est-ce que ça va aller avec ta famille ?

-Oui.

-Tu es sûr parce qu'ils me semblaient assez tenir à notre couple…

-Ils n'auront pas le choix, ils devront bien comprendre.

-Tu vas leur dire que je…

Bella sentit la chaleur lui monter aux joues.

-Ce que tu as fait ? Non. Je leur dirai simplement que ça n'a pas marché.

-Merci.

Il hocha simplement la tête.

-Où est-ce que tu vas aller ?

-Chez mon père, je crois.

-Est-ce que ça va aller ?

Elle lui offrit un maigre sourire.

-Il va bien falloir.

Elle s'apprêtait à partir et lui, à fermer la porte lorsqu'elle se retourna soudainement vers lui.

-Et si je te dis que je suis amoureuse de toi, ça change quelque chose ?

Il plongea ses yeux dans les siens, cherchant à tester sa sincérité. Elle espérait qu'il pouvait y voir son amour pour lui et l'espoir qu'elle avait.

-Non.

La porte se ferma à temps pour qu'Edward ne puisse pas voir les larmes couler sur les joues de Bella.

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Message :

Je suppose que vous avez remarqué que ça faisait un petit moment que je n'avais pas publié de nouveau chapitre de L'arrangement… Mais c'est parce que j'étais en train d'écrire un OS pour le concours I LOVE YOU FOR… A LONG TIME, organisé par Demetri's Wife ! (oui, je n'ai pas trouvé d'autres excuses^^)

Merci à toutes celles qui l'ont déjà lu et reviewé ! (Avec un peu de chance, vous passerez aussi par là et vous lirez ce petit mot de remerciement)

J'aimerais beaucoup savoir ce que celles qui ne l'ont pas encore lu en pense. Il s'intitule Deux fous dans un même lit.

En deux mots, je dirais que c'est le rapprochement entre deux voisins, Edward et Bella (rien de très surprenant). J'ai essayé de donner une petite touche de folie à ce rapprochement et j'attends de voir si vous pensez que j'ai réussi !

Sinon merci à toutes celles qui ont reviewé le chapitre précédent de L'arrangement ! Vous êtes formidables pour m'avoir laissé toutes ces reviews =)

Merci à toutes celles que je suis ravie de retrouver à chaque chapitre ! Merci à toutes celles qui viennent de découvrir cette fiction ! Merci à celles qui ne laissent pas beaucoup de reviews et qui me font l'honneur de choisir ma fiction pour en laisser une ! Et bien sûr merci à toutes celles qui me lisent !

Merci aussi à stephd1 pour sa correction !

Bisous, Nelly :)