Démons, 3e opus
La Prophétie
« Le chiffre quatre possède une symbolique
particulière. On parle souvent du chiffre trois.
La perfection du triangle… Que serait le carré
alors ? Une imperfection ? Ou plutôt une
sur-perfection ? Le chiffre quatre a bien des
mystères. Peut-être est-ce lui qui fonde
notre monde en réalité. »
Dendé, ou la parole du Jeune Dieu
Chapitre 9 : Les quatre seigneurs
Quand il sortit à l'extérieur ce matin-là, Végéta se demanda une fois de plus ce qu'il trouvait le plus désolant : le paysage ou ses compagnons d'infortune. Ils étaient arrivés sur cette planète après quelques jours de voyage à travers l'espace. Douze jours pour être précis, à éviter les vaisseaux lancés à leur poursuite et les balises voguant çà et là, qui marquaient, il l'avait appris un peu plus tard, les différentes zones de juridiction du Tribunal Suprême.
Végéta fit quelques pas sur le sol rocailleux, soulevant de petits nuages de poussière. Il n'y avait pas grand-chose d'autre que des pierres et de la poussière, sur cette planète. Un petit cours d'eau qui vivotait on ne sait comment s'écoulait à quelques mètres des baraquements qu'ils occupaient.
La planète sur laquelle se trouvait visiblement le centre névralgique de ce Front des Saiyens Libres, à savoir six bâtiments de taille moyenne dont un laboratoire, était peu peuplée. Quelques tribus pacifiques et nomades s'égrainaient dans un désert sans fin de poussière et de rocailles.
Après avoir fait quelques pas, Végéta se dirigea vers l'aire de combat sur laquelle s'entraînaient pour l'heure deux guerriers. Le plus puissant des deux, et largement, était aussi le plus vieux. Cette différence de puissance n'apparaissait qu'à Végéta. Les autres Saiyens semblaient être persuadés que le jeune était meilleur combattant. Simplement, le plus vieux des deux, qui était aussi leur chef, savait cacher son potentiel.
Il s'appelait Navitz. Il avait plusieurs années de moins que Végéta. Il aimait à répéter qu'il était né le jour même de la destruction de la planète par le Tyran. Seulement, il était à des milliers de kilomètres de la planète à ce moment-là, avec sa mère et ses tantes exilées. Navitz, fils de Thyma, disait-il.
Totalement inconnus, pour Végéta. Comme tous les autres. Celui qui s'entraînait avec Navitz s'appelait Tomaz. Il était d'un naturel joyeux, et c'était lui qui avait lancé le message de libération lors de l'attaque du tribunal. Un bandeau maintenait sa chevelure noire et hirsute, qui avait tendance à retomber devant son visage. Une belle cicatrice ornait sa joue gauche, qui prenait la forme d'un croissant de lune quand il riait, à savoir presque tout le temps.
« Tiens ! Voilà notre Prince ! » s'écria-t-il en le voyant arriver. Ce qui lui valut de recevoir un sévère coup dans la nuque, qui le projeta au sol.
« Pour t'apprendre à être inattentif », lui jeta Navitz. Le chef était bien plus taciturne que ce joyeux drille de Tomaz. Il semblait presque déçu par Végéta. À quoi s'attendait-il ? À un roi cruel et sanguinaire ? Végéta n'était pas comme son père. Il avait mis des années à l'apprendre.
Navitz atterrit devant Végéta et s'inclina : « Prince. »
Il était peut-être déçu, mais possédait le sens du respect des anciens Saiyens. Kelri également marquait scrupuleusement les anciens honneurs réservés au Prince des Saiyens. Les autres étaient moins formels. Sauf Tiyatz. Le doyen de leur équipe, quatre-vingt ans passés. Celui-là fuyait Végéta comme la peste. C'était lui qui dirigeait le laboratoire. Il était à l'origine des innovations techniques qui avaient permis à leur vaisseau de semer tous les autres sans problème, puis de brouiller les radars et de tromper les sondes de recherche.
« Vous ne voulez toujours pas vous entraîner, Prince ? lui demanda Tomaz en massant sa nuque douloureuse. Ça ne vous dit rien, un petit combat ? »
« Tomaz, répliqua Navitz d'un ton sentencieux. Le jour où le Prince voudra te mettre une correction, il te fera signe. »
« C'est quoi votre programme, aujourd'hui ? » demanda Végéta à Navitz, ignorant le jeune Saiyen.
« On peaufine l'opération sur Triton V. »
L'opération. Pff… Un attentat de pouilleux. Voilà ce qu'il restait du peuple saiyen. Voilà ce que c'était, leur Front des Saiyens Libres. Une bande de pouilleux et de demi-sang.
Lorsque Oob se posa sur les dalles du Palais Céleste, Dendé était déjà devant lui. Il tenait son bâton à deux mains, et observait le jeune homme d'un air soucieux. Mira, Maron et Plume, un peu à l'écart, attendaient qu'un des deux prononce un mot.
De longues minutes passèrent. Le regard de Oob trahissait une détresse intense, mais aucun mot ne semblait pouvoir sortir de sa bouche, comme s'il était incapable de demander quoi que ce soit à Dendé. Ce fut le jeune Dieu qui brisa enfin le silence.
« Suis-moi, Oob. Je crois que j'ai une solution. Du moins… je l'espère. »
Dendé, suivi du jeune garçon, pénétra dans le palais. Maron observa Mira, haussa les épaules, et entra à son tour. Dans la grande salle, il n'y avait déjà plus personne. Quelques minutes plus tard, Dendé émergea d'une porte sur la gauche. Il sourit en voyant les intruses.
« Ne vous inquiétez pas, les rassura Dendé. Oob a… du travail. »
« Mais… pour les démons… » dit Maron, anxieuse.
« Eh bien… il n'y a plus qu'à espérer que la puissance de nos autres amis suffise. Pour le moment, ils n'ont pas eu à faire face à de trop grands périls. Que veux-tu savoir, Maron ?»
Elle avait beau ne pas être surprise, il lui fallait toujours une ou deux secondes pour s'en remettre.
« Pourquoi… pourquoi mon père n'est pas là ? »
« Hmm… c'est vrai que ni lui, ni Ten Shin Han, ni Chaozu ne sont arrivés. Pourtant, ils ont reçu mon appel, j'en suis certain. Mais ne t'inquiète pas, je ne ressens rien de… » Dendé s'arrêta soudain. Son visage se figea. Son regard, brusquement devenu lointain, s'agrandit d'un coup.
Il se précipita à l'extérieur, sur la terrasse du Palais, suivi de Mira, Maron et Plume. Il s'arrêta à quelques centimètres du rebord.
Devant son silence crispé, Maron finit par demander, l'anxiété transparaissant dans sa voix :
« Qu'est-ce qu'il y a, Dendé ? »
« Je crois que… la famille de Bulma risque d'avoir des problèmes. »
« Je suis le Seigneur des Vents. Et vous êtes dans mon domaine. »
L'étrange homme volant pointa le doigt vers eux, et un curieux rayon en partit. Ce n'était pas une attaque d'énergie, mais plutôt une sorte de flux transparent et tourbillonnant sur lui-même, qui frappa de plein fouet le véhicule, le transperçant de part en part. L'air froid surgit soudain à l'intérieur alors que l'homme lançait déjà un second rayon. Celui-ci dut toucher un des stabilisateurs du vaisseau, qui se déséquilibra d'un coup, renversant tous ses passagers.
Un troisième rayon transperça la paroi et à nouveau, un air glacial tourbillonnant envahit l'intérieur du vaisseau. Encore un ou deux comme ceux-là, et le véhicule perdrait toutes ses capacités. Ne resterait plus alors que la chute libre.
Ces pensées déclenchèrent une panique incontrôlée chez Bra.
« Arrête ! Arrête ! » hurla-t-elle à l'adresse de l'inconnu. Celui-ci restait de marbre, et continuait à frapper encore et encore l'appareil de ses rayons.
Lorsque le vaisseau pencha plus brutalement encore et que la paroi contre laquelle tous les occupants avaient été projetés menaça de céder, une lumière intense envahit l'intérieur de l'appareil et réchauffa l'atmosphère.
Les cheveux de Bra, à présent relevés au-dessus de sa tête, miroitaient d'un jaune doré intense. La petite Super Saiyen défonça le pare-brise et se jeta sur le Seigneur des Vents. Celui-ci, surpris, ne put éviter le premier coup qui lui figea l'estomac. Lorsque le pied de la petite fille, qui avait pivoté sur son côté gauche, arriva à proximité de son visage, il souffla un grand coup, et Bra tournoya sur elle-même dans le sens opposé.
Le Seigneur de Vents lui envoya alors un coup de poing fulgurant en plein visage et, sans même toucher la petite fille, la projeta à plusieurs mètres de là, ce qui n'arrêta pas pour autant Bra. Elle revint à la charge, encore et encore. Chaque fois, son adversaire la projetait au loin, chaque fois, elle revenait.
Dans le vaisseau, la panique était à son comble. Le professeur Brief ne parvenait pas à redémarrer l'appareil.
« Il a dû toucher le moteur ! Qu'est-ce que… » Un éclair fulgurant venait de passer tout près du vaisseau.
C18, les deux poings en avant, frappa de plein fouet l'étrange adversaire de Bra. Ce dernier, sous le coup de la surprise, se plia en deux et valsa à quelques mètres de là. Le visage de Bra s'éclaira.
« C18 ! »
« Bra, est-ce que tu penses que tu peux porter le vaisseau jusque chez Dendé ? »
« Euh… » Avant que la petite fille ait pu hésiter davantage, une bourrasque d'une violence extrême les balaya toutes les deux. Ayant perdu leurs repères, ni l'une ni l'autre ne virent les deux rayons translucides qui les frappèrent à pleine puissance.
Bra peina à retrouver son équilibre. C18 était déjà en position de défense. Leur ennemi se tenait un peu plus loin, bras croisés, le visage impassible. La cyborg parla pour elle-même.
« Celui-là, il n'est pas comme les autres. » Sans un regard vers Bra, elle fonça à l'attaque. Un premier échange de coup ne put décider de qui aurait l'avantage. Après que leurs poings se soient rencontrés, C18 se projeta en arrière et lança plusieurs boules d'énergie qui touchèrent toutes leur cible.
Du moins elle l'avait cru. Toutes ses boules d'énergie furent brutalement expulsées par ce qu'il convenait d'appeler un mini cyclone. Il n'y avait plus aucun doute désormais, cet être contrôlait la puissance du vent. Et pour le moment, elle ne voyait pas comment en venir à bout. Or il y avait urgence.
« Bra, ordonna C18. Grimpe à bord du vaisseau. »
« Mais… »
« Grimpe à bord du vaisseau ! » hurla la cyborg.
Jamais elle n'avait entendu ce ton dans la bouche de C18. La mère de Maron n'avait jamais l'air très contente, mais elle ne se rappelait pas l'avoir vue une seule fois en colère non plus. Bra jugea plus sage de lui obéir.
Elle rentra dans le vaisseau. Dès qu'elle eut posé les pieds sur le plancher, la transformation cessa. Elle avait encore du mal à contrôler l'état de Super Saiyen, et était encore incapable de se transformer volontairement. Il y avait du boulot…
Chassant vite ces pensées de son esprit, Bra se précipita à l'avant, où son grand-père se démenait à faire repartir l'engin, pour voir la suite du combat.
C18 avait lancé une série impressionnante de boules d'énergie, qui partaient dans tous les sens et changeaient tout le temps de direction. Le Seigneur des Vents ne savait plus où donner de la tête. D'un geste, C18 orienta toutes ses attaques, qui filèrent droit sur son ennemi. Avant même que les dizaines de boule ne le touchent, C18 était passée sous le vaisseau et tous les passagers passèrent soudain de l'état stationnaire à une vitesse supersonique.
Bra avait l'impression d'être dans un manège à Satan World. Les autres occupants semblaient moins apprécier le traitement. Soudain, par une des vastes vitres du vaisseau, Bra aperçut le Seigneur des Vents. Il volait à une vitesse prodigieuse, juste à côté d'eux. Il regardait à l'intérieur, de son regard transparent, impassible. Il semblait sur le point de faire quelque chose, quand soudain il tourna la tête de l'autre côté. Au loin, un avion traversait le ciel nuageux.
Bra vit le Seigneur des Vents s'éloigner à une vitesse folle et se diriger vers l'avion. Arrivé à quelques centaines de mètres de l'appareil, il fit un ample mouvement des bras, et l'avion fut touché par de violentes secousses, avant de piquer du nez.
Lorsque l'avion s'écrasa dans une gerbe de flammes, Bra fut frappée par un sentiment d'injustice insupportable. Il venait de tuer tous ces gens ! Pour rien ! Ils étaient tous morts et ni elle ni C18 n'avaient rien pu faire.
À nouveau, elle sentit la colère monter en elle, et quand elle s'expulsa hors du vaisseau de son grand-père, elle savait qu'elle était repassée au stade du Super Saiyen. Elle n'avait plus qu'un objectif désormais. Dans son poing serré, il lui semblait sentir pulser la petite clé qu'elle avait sorti de sa poche. Elle entendit vaguement C18 l'appeler, mais elle fonça à travers les cieux sans s'en préoccuper.
« Bra ! Bra ! Reviens ici ! » Voyant que ses appels n'avaient aucun effet, C18 jura. « Espèce de sale petite peste ! »
Elle ne pouvait pas voler après elle et risquer la vie de ceux qui étaient à bord du vaisseau qu'elle portait à bout de bras. Pas après ce que cet individu venait de faire à l'avion qui avait eu le malheur d'entrer dans son champ de vision.
Qui qu'il soit, ce démon était bien plus puissant et bien plus dangereux que les précédents. Il fallait qu'elle amène ce tas de ferraille sain et sauf chez Dendé. Ensuite, elle filerait rattraper Bra. En espérant qu'il ne soit pas trop tard…
Lorsque Ten Shin Han commença à pester violemment, ses deux camarades surent indéniablement que leur situation était plus que préoccupante. Il était rare de le voir s'énerver ainsi.
Mais il y avait de quoi, pensa Krilin. Cela faisait des heures, peut-être même une journée entière, qu'ils volaient au-dessus d'un océan sans fin. Quelque chose n'allait pas, mais ils n'avaient aucun moyen de savoir quoi. Il n'y avait que de l'eau, aucun indice qui pourrait les aider à se sortir de cette course sans queue ni tête.
Ils avaient essayé de se déplacer sous la surface de l'océan. Ils avaient médité pendant deux heures, et étaient tous les trois tombés d'accord sur un fait : il y avait une présence autour d'eux. Rien d'autre.
Quelqu'un ou quelque chose s'amusait visiblement à leurs dépens. Ten Shin Han avait conclu à une manifestation démoniaque. Krilin comme Chaozu pensaient qu'il était dans le vrai. Si Dendé les avait appelés, c'était bien que ce qu'il craignait venait de se produire. La conjonction avait eu lieu, et les forces démoniaques avaient été libérées.
Après une nouvelle manifestation d'énervement, Ten Shin Han s'arrêta brutalement. Les deux autres stoppèrent leur vol à sa hauteur.
« Cette saleté est là, quelque part », dit-il.
« Il est sans doute invisible, nota Krilin. Comme les Fazerhs. »
« Hmm, médita Ten Shin Han. Tu as raison, Krilin. Je ne vois que ça. Mon père me parlait parfois de démons qui faisaient perdre tout sens de l'orientation aux voyageurs égarés. »
Ten Shin Han réfléchit un instant.
« Protégez-vous » finit-il par dire aux deux autres.
« Quoi ? » demanda Chaozu.
« Concentrez votre énergie comme un bouclier, leur intima Ten Shin Han. J'ai une idée. »
Krilin et Chaozu s'exécutèrent. Ten Shin Han resta de marbre quelques instants puis, avec un cri sorti du fond de son être, relâcha toute son énergie. Une gigantesque explosion de lumière emplit l'atmosphère. Malgré son bouclier, Krilin fut secoué comme un prunier. La vague d'énergie de Ten Shin Han le brûla légèrement. Il préférait ne pas imaginer ce qu'elle lui aurait fait s'il l'avait prise de plein fouet.
Quand le ciel fut redevenu clair, les trois amis observèrent l'horizon tout autour d'eux. Soudain, Chaozu cria :
« Là-bas ! » Les deux autres regardèrent dans la direction qu'il indiquait, juste à temps pour voir une silhouette dégringoler en chute libre, avant de se perdre dans l'océan sans fond.
« Et maintenant, on fonce. » Krilin et Chaozu suivirent Ten Shin Han sans peine. Ce dernier avait utilisé beaucoup d'énergie, mais Krilin s'aperçut bien vite que cela avait porté ses fruits. En un peu plus d'une demi-heure, ils apercevaient la côte. Sans doute le continent du Sud. Des nuages de fumées s'élevaient à l'horizon.
Quand ils atteignirent le rivage, les trois guerriers s'aperçurent que plusieurs villages côtiers étaient en flamme. Ils atterrirent aux abords d'une cabane de pêcheur ravagé par un incendie. Les habitants semblaient avoir fui. Krilin sursauta en apercevant une silhouette émerger du brasier.
« Qu'est-ce que… »
L'homme était sorti indemne des flammes. Plus étrange encore, ses vêtements n'avaient pas souffert eux non plus. Ils étaient de couleur vive, entre le rouge et l'orangé. Sa peau elle-même avait une légère teinte écarlate, et sa chevelure flamboyante flottait au gré du vent. Ses prunelles étaient d'un rouge pâle déconcertant. Quand il posa ses yeux sur le petit groupe, Krilin frissonna.
« Je suis le Seigneur du Feu, et vous pénétrez dans mon domaine. »
Yamcha était reparti plein nord. Il ne savait pas vraiment ce qui était arrivé à Oob, ni pourquoi le jeune garçon était retourné chez Dendé, mais visiblement, il avait fait un grand ménage sur le continent du Sud. C18 et son frère étant partis à l'est, Yamcha avait choisi de contourner la Tour Karin par l'est et de remonter vers le nord.
Il venait de combattre un essaim de centaines de petites démons verts, équipés d'un dard et d'une paire d'ailes de mouche, qui s'amusaient à tourmenter les habitants d'une petite ville.
Un kaméha de puissance relativement moyenne avait suffi pour se débarrasser de toute la colonie. À présent, Yamcha longeait une grande route qui l'amènerait à la ville suivante. Alors qu'il apercevait un lac, quelques centaines de mètres sur sa droite, Yamcha sentit soudain un brusque changement dans son champ de vision.
Une énorme vague s'était soudain élevée sur le rivage opposé, et balaya les quelques cabanes de pêcheurs. Yamcha stoppa son vol pour examiner l'étrange événement. La vague reflua, emmenant avec elle quelques débris. Et laissant une silhouette sur la berge. Fait étrange, l'homme était debout.
Yamcha s'approcha, amorçant sa descente au-dessus du lac. Alors qu'il arrivait à dix mètres à peine, la silhouette, restée immobile à contempler l'horizon, se tourna soudain vers lui. L'homme portait une large tunique bleu turquoise, dont les tons se mêlaient du plus clair au plus sombre. Ses longs cheveux, noués dans son dos, avaient des éclats turquoise eux-aussi.
Mais ce furent ses yeux qui frappèrent Yamcha. Une étrange transparence bleutée, comme un océan sans fin et sans fond. Avant même qu'il ait pu absorber totalement ces émotions, Yamcha se sentit projeté en l'air, entraîné par un surpuissant geyser qu'expulsa le lac.
Happé par la puissance de l'eau, Yamcha ne reprit ses esprits que pour s'apercevoir qu'il était sous la surface du lac. Il chercha à retrouver le sens du haut et du bas, et émergea finalement au bout de longues minutes. Il se trouvait à plusieurs dizaines de mètres du rivage, et l'homme lévitait juste au-dessus de lui.
« Je suis le Seigneur des Eaux, et ceci est mon domaine. »
Ani descendait du premier étage où elle venait d'embrasser sa fille endormie. Depuis que Videl lui avait trouvé un job de serveuse, la jeune femme rentrait lors de la sieste de sa fille. Heureusement, Chichi avait une incroyable faculté à mener de front toutes les activités d'une femme au foyer dynamique.
Toutefois, en arrivant dans le salon, et pour la première fois depuis qu'elle était arrivée dans la maison de Sangoku, Ani surprit sa belle-mère devant la télévision. Videl était assise à côté d'elle dans le canapé.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle aux deux femmes.
« Ah, Ani… répondit Chichi. C'est un bulletin spécial. Il se passe des choses très bizarres un peu partout… Videl dit que c'est sans doute ce que craignait Dendé. »
« Des… choses bizarres ? » Ani avait encore en mémoire l'attaque d'un démon de Piccolo, et surtout la tornade qui avait ravagé la maison quelques semaines plus tôt. Sangoten, son frère et son père avaient mis la main à la pâte pour tout reconstruire avant de partir dans l'espace. Ce fut Videl qui apporta un début de réponse.
« De nombreuses villes et villages rapportent des attaques étranges. L'armée a été envoyée dans toutes les capitales. J'ai bien l'impression que ces attaques sont le fait de démons, d'après les descriptions qui sont faites. »
« Et vous pensez que… qu'on est en danger ? » questionna Ani.
Les deux femmes la regardèrent, sans oser répondre. Puis Chichi prit la parole.
« Si nous étions vraiment en danger, Dendé aurait pris des mesures. Il aurait envoyé quelqu'un. » Chichi augmenta un peu le son de la télévision.
« … tremblement de terre de très forte magnitude qui a secoué les grandes îles du Sud. Comme vous pouvez le voir sur ces images, qui nous arrivent en direct d'un des hélicoptères de notre chaîne, les dégâts sont très importants. Je laisse la parole à notre reporter, envoyé sur place. »
« En effet, on ne compte plus ici les maisons écroulées et les routes défoncées, qui ralentissent l'exode massif qui semble se profiler. L'armée tarde à arriver, une grande partie des effectifs ayant été envoyée dans les grandes capitales pour faire face aux nombreuses attaques. Le monde semble avoir sombré dans le chaos, et… mais, qu'est-ce que c'est ? »
Un gros plan montrait une silhouette immobile au sol, qui regardait droit dans la direction de la caméra. Ani déglutit. Chichi et Videl restaient silencieuses. Les trois femmes avaient eu le même frisson.
L'homme portait une toge brune. Ses cheveux, châtain sombre, lui tombaient librement sur les épaules. Mais c'était son regard qui était la cause du malaise des trois femmes comme des reporters présents dans l'hélicoptère. On aurait pu s'attendre à un brun profond. Au contraire, ses yeux étaient étrangement translucides, à peine voilés par une légère teinte brunâtre.
D'un coup, l'homme décolla et fonça droit vers l'hélicoptère. Il s'arrêta à quelques mètres.
« Je suis le Seigneur des Terres. Vous vous trouvez dans mon domaine. »
L'homme leva les deux mains, et l'image se coupa.
Le petit point noir qui était apparu à l'horizon était bien vite devenu une masse difficile à discerner, puis plus clairement une sorte de minibus volant porté par une sorte de super woman.
C18 posa un pied sur le dallage du Palais Céleste, projeta le vaisseau quelques mètres plus loin, prit appui sur son second pied, et se propulsa dans les airs, avant de disparaître aussi vite qu'elle était apparue.
Les passagers sortirent du vaisseau, un peu chamboulés. Le professeur Brief passa une main derrière sa tête.
« Je… je crois que C18 est pressée. »
En effet, la cyborg fonçait à travers les airs avec une seule idée en tête. Retrouver cette idiote de petite peste avant ce soi-disant Seigneur des Vents. Elle espérait que Bra agirait comme elle l'avait prévu. Une drôle de mouche semblait l'avoir piquée, et C18 avait misé sur quelque chose qu'elle voulait récupérer chez elle. Maron avait des lubies aussi étranges au même âge. Elle faisait faire demi-tour à son père pour une peluche ou un journal.
Lorsque C18 atterrit dans la cour de la Capsule Corp, elle fut frappée par le calme qui y régnait. En vérité, le calme régnait sur toute la ville. La cyborg avait aperçu l'armée qui s'approchait de la Capitale. Elle supposait que la population avait dû être évacuée. Et connaissant l'armée des hommes, elle devait retrouver Bra au plus vite si elle ne voulait pas se retrouver prise en étau dans une situation d'apocalypse.
Pas un bruit au rez-de-chaussée. Aucun robot ne s'agitait dans tous les recoins de la pièce, ce qui avait quelque chose de plus dérangeant encore que l'absence de présence humaine. À l'étage, l'entassement de carcasses de machines désœuvrées éclaira un peu C18 sur ce qui avait pu se passer ici, et l'amena à penser que Bra n'était pas passé par-là. Il lui aurait fallu traverser ce couloir, encombré sur une bonne vingtaine de mètres de ferraille de toute sorte.
La maison de Bulma était incroyablement vaste. L'expression « chercher une aiguille dans une meule de foin » n'avait jamais sonné aussi juste aux oreilles de C18. Comme sonna soudain, dans un silence de mort, le coulissement d'une lourde porte de fer. Quelque part en bas.
C18 se précipita dans l'escalier qu'elle savait mener aux laboratoires souterrains de Bulma pour y avoir été elle-même réparée à plusieurs reprises. Elle traversa plusieurs pièces dont les appareils électroniques semblaient avoir échappé au chaos. Sans doute grâce au générateur autonome que Bulma avait fait installer.
Arrivée dans la quatrième et dernière pièce, C18 dû se résoudre. Bra n'était pas ici. Alors qu'elle revenait sur ses pas, elle entendit un petit cliquetis. Pas de doute, le bruit venait de plus bas encore.
Examinant attentivement le sol de la pièce, elle dénicha une trappe qu'elle souleva. Elle reconnut immédiatement le coulissement de gonds mal graissés qu'elle avait entendu auparavant. Elle descendit une petite échelle de fer. Des lampes murales éclairaient faiblement un petit couloir au bout duquel une porte était entrouverte.
Elle pénétra dans une pièce sombre. Un deuxième laboratoire, à en juger par les appareils qui en occupaient la plus grande partie. Tout au fond, une seconde porte. Il y avait des bruits d'agitation derrière.
C18 s'avança doucement, guettant le moindre signe d'une présence autre que celle de Bra. Elle poussa doucement la porte. La petite fille se trouvait là, devant un immense écrin vertical, fermé par un globe de plexiglas.
Lorsque C18 leva les yeux sur ce qu'il contenait, elle resta pétrifiée.
