Liz se sentait légère comme une plume. Sa ceinture de sécurité était la seule chose qui l'empêchait de s'envoler hors du pick-up d'Ennis, elle était si légère. C'était un magnifique jour de juin, le soleil brillait et une brise fraîche soufflait, et elle se faisait conduire à une foire de campagne toute simple à travers un des paysages les plus pittoresques du pays. L'homme derrière le volant sifflait faux, le silence entre eux était agréable et plaisant, et elle sentait qu'elle ne se lasserait jamais de sa compagnie.
Elle regarda Ennis de côté. Un mince sourire s'étirait sur son visage et sa peau était lisse avec plus de paix qu'elle n'en avait jamais vu.
- Je suis sûre que vous êtes heureux à propos de Junior, dit-elle.
Il jeta un œil vers elle.
- Heureux n'est pas le mot, city gal.
Il se gratta le menton.
- Je réfléchissais, en fait. Elle aura 19 ans quand elle s'installera ici, à l'automne, et c'est trop âgé pour ne pas avoir son propre espace. Il n'y a rien au sous-sol, mis à part un tas de fondations. Peut être qu'on pourrait le finir et lui aménager un petit appartement en bas.
Liz hocha la tête.
- C'est une idée.
Ennis réfléchit un moment.
- Vous savez, moi et Jack avons beaucoup parlé de démolir ce vieil abri moche et de construire une maison d'invité. Certains de nos associés d'affaires viennent de loin, et nous avons pensé que ça pourrait être bien d'avoir un endroit pour leur faire passer la nuit… mais pour Junior, ça serait encore mieux. Construire un petit pavillon pour elle, deux chambres, sa propre cuisine et tout.
Il remua la tête.
- Ouais, c'est ça. Comme ça, si elle se marie ou un truc du genre, elle pourra rester au ranch. Jack peut appeler le constructeur lundi.
Il recommença à siffler, souriant et content de lui. Liz fut stupéfaite qu'Ennis puisse suggérer si facilement d'entreprendre un si grand projet de construction comme ça. Elle prit note de trouver comment exactement le ranch faisait pour gagner de l'argent à ce point là.
Pour le moment, elle posa à Ennis une autre question qu'elle voulait lui poser dès qu'elle se retrouverait seule avec lui.
- Est-ce que vous déjà rencontré Lureen ?
Il secoua la tête.
- Non. J'ai entendu sa voix au téléphone, suffisamment longtemps pour réaliser que c'est elle qui braille sur Jack.
Il secoua la tête.
- Elle est toujours polie et tout, mais je me demande ce qui se passe dans sa tête.
- Pourquoi ça ?
Il poussa un soupir voulant dire vous-me-faites-parler. Liz retint un sourire. Maintenant, au moins, elle était sûre qu'il allait parler.
- Il y a beaucoup de choses dont elle et Jack n'ont jamais parlé. Je l'ai jamais dit, ce sont pas mes affaires, mais j'ai jamais pensé qu'il avait été juste envers elle.
- Comment ça ?
- Et bien… quand il a entendu parler de mon divorce, il est venu me voir. Il a jamais dit à Lureen ce qu'il espérait qu'il allait se passer, bien sûr. Quand on a décidé de ce qu'on allait faire, il l'a appelé et lui a dit qu'il la quittait, juste comme ça.
Il grogna.
- Ca a dû lui sembler grandement soudain comme fin. C'est Jack. Il peut être réellement impulsif.
Il hésita.
- Pour dire la vérité, je ne comprends pas très bien comment ça a pu être aussi facile pour lui d'abandonner Bobby. Il n'est pas aussi paternel que moi, il n'a jamais voulu une famille comme je l'ai voulu. C'était la chose la plus importante qui me tenait éloigné de lui. C'était mes filles. Je vais vous dire, en fait, je n'aurais jamais pu quitter aussi rapidement une femme avec laquelle j'étais resté pendant 12 ans. Elle en a pas fait toute une histoire… pour dire vrai, je pense qu'elle était à moitié contente d'être débarrassée de lui… mais il l'a pas vu plus de deux fois avant qu'ils signent les papiers et il l'a pas vue depuis.
- Il n'est jamais retourné au Texas ?
- Non, répondit Ennis rapidement. C'est pas sûr.
- Pourquoi ?
- Les gens parlaient sur lui là bas avant qu'il parte. Il est pas aussi bon que moi pour garder des secrets. S'il devait retourner là bas, il y aurait sûrement des problèmes. Sinon, Bobby vient toujours nous rendre visite ici. Donc il a jamais vu Lureen depuis qu'on a emménagé ici. Ils parlent de temps en temps, généralement à propos de Bobby.
- A quoi ressemble-t-il ?
- C'est un bon garçon. Il bosse dur. Il me regarde comme s'il s'attendait à ce que j'essaye de lui attraper les couilles à tout moment.
Ennis soupira.
- J'ai abandonné le fait d'être ami avec lui il y a des années. Jack m'a dit que tout ce que je pourrais dire ne pourrais pas enlever toute la merde que L.D. Newsome lui met dans la tête. Merde, il est à peine poli avec Jack. Il vient nous voir juste parce que Lureen l'oblige. Quand il est là, je me fais rare en général.
Ils arrivèrent sur un terrain d'herbe à côté du champ de foire. Liz pouvait voir des tentes éparpillées autour des bâtiments et des enclos d'animaux.
- Bien, on est arrivé. J'espère que vous avez faim, Lizzie. Tous les fromagers et les maraichers de cette partie de l'état vont vouloir vous faire goûter leurs marchandises.
Ils se garèrent et rejoignirent les gens entrant par petits groupes dans la foire depuis le parking. Liz remarqua avec un certain amusement un changement dans l'attitude Ennis à mesure qu'ils approchaient. Son visage passa d'ouvert à impassible, ses épaules se courbèrent légèrement et son menton se baissa un peu. Il fut interpelé de nombreuses fois quand ils entrèrent dans la foire ; Il répondait d'un mouvement de la tête, un doigt sur le bord de son chapeau.
La foire était telle qu'elle l'avait imaginée. Les allées étaient parsemées de foin pour garder la poussière et la boue sous contrôle. L'odeur du pop-corn et des barbecues emplissaient l'air, et tout le monde semblait manger quelque chose. Les exhibitions agri-culturelles et d'animaux d'élevage étaient groupées au sud, où se trouvaient les granges et les étables, et les autres compétitions et exhibitions étaient alignées le long de l'allée centrale jusqu'au nord. Elle marchait à côté d'Ennis, se sentant vraiment comme une fille venant de la ville, regardant les yeux d'Ennis se posant ici et là, cherchant. Elle savait ce qu'il cherchait. Elle se souvenait comment c'était d'être amoureuse et d'avoir des yeux de merlans frits, toujours en train de balayer du regard pour trouver la personne dont le signal créé cette sonorité dans le cerveau. Elle vit ses yeux rapprochés hésiter et s'immobiliser, et un mince sourire apparaître sur ses lèvres. Elle suivit son regard et vit Jack avec un homme et une femme, tenant tous des bloc-notes dans les mains et se déplaçant d'un stand à l'autre dans une des granges à côté d'eux. Elle donna un coup de coude à Ennis.
- Vous voulez aller dire bonjour ?
Il secoua la tête, rougissant un peu et s'éloignant en trainant les pieds avec embarras.
- Nan, il est occupé. Je dois aller voir comment va Rory à son stand.
Il baissa les yeux vers elle.
- Vous n'êtes pas obligée de rester avec moi, si vous voulez vous promener dans le coin. Je suis pas tellement du genre à me mêler aux gens, et vous voulez probablement demander à tout le monde ce qu'ils pensent de nous, non ? dit-il, les yeux brillants.
Liz fit un grand sourire.
- Vous avez déjà mon numéro, Ennis.
Il fit un clin d'œil.
- C'est pas dur, Lizzie.
Il s'éloigna vers l'aile où les fermiers de la foire avaient monté leurs stands de produits, laissant Lizzie regardant alentour, se demandant où aller maintenant.
Elle passa à côté de l'endroit où se tenait le concours de pâtisserie, faisant un signe de la main à Marianne, qui était assise en attendant d'être jugée, et se dirigea vers le centre du champ de foire. De la musique celtique sortait d'un genre de pavillon, et la foule se faisait de plus en plus dense à mesure qu'elle approchait.
Tout à coup, elle entendit son nom.
- Liz ! Hé, Liz !
Elle se retourna.
- Oh, Docteur McGill ! Je suis ravie de voir revoir !
Elle serra la main du vétérinaire.
- Content de vous revoir aussi. Comment trouvez-vous la vie au ranch ?
- Je ne partirai peut être jamais.
Il rigola.
- Ouais, ça m'est arrivé. Liz, je voudrais vous présenter Roger, mon partenaire, dit-il, se tournant vers l'homme qui se tenait à ses côtés.
Roger était grand, avec des cheveux poivre et sel et un bouc bien taillé. Liz lui serra la main.
- Roger est procureur.
- Je sais, Ennis me l'a dit.
- Où sont-ils ces deux là, d'ailleurs ? demanda Roger. Ils sont terriblement courageux de vous laisser seule à poser des questions impertinentes, dit-il, un large sourire sur le visage.
- Oh, ils sont dans le coin, répondit Liz. Jack juge un genre de concours, et Ennis vient juste de partir voir un ami.
Une idée lui traversa l'esprit.
- En fait, puisque vous en parlez… Est-ce que je peux vous offrir un verre ? J'ai besoin de vos lumières.
Ils prirent une bière sous la tente du barbecue et trouvèrent une table dans un coin.
- Est-ce que vous connaissez bien ce ranch ? demanda Liz à Paul.
- Assez bien. Je m'occupe de tout leur bétail et leurs chevaux, donc j'y suis au moins une fois par mois, parfois plus.
- Je meurs d'envie d'en savoir plus sur les finances. Ils vivent assez simplement, mais juste d'après certaines choses qu'ils ont dites… et bien, ils doivent faire un sacré bon profit. Je ne demande pas d'informations confidentielles, je voudrais juste comprendre comment ils font.
Paul et Roger échangèrent un regard.
- Liz, dit Paul. C'est bien plus qu'un sacré bon profit. Vous ne… non, j'imagine que vous ne saviez pas.
- Savoir quoi ?
- Ce ranch rapporte plus d'un million de dollars par an.
Liz resta bouché bée.
- Vous rigolez ? Sérieusement ?
- Si ce n'est pas plus. Vous ne l'auriez pas su en voyant comment ils vivent, mais Jack et Ennis sont des hommes riches. Et cette affaire a beaucoup aidé cette ville.
Elle hésita.
- Est-ce que vous pensez que ça a quelque chose à voir avec le fait qu'ils soient plutôt bien acceptés dans le coin ?
- Peut être un peu. Mais Roger et moi… et bien, je n'irai pas jusqu'à dire que nous n'avons jamais eu de problèmes, mais nous avons été acceptés aussi, et nous sommes des types normaux.
- Comment se fait-il que ce ranch tourne aussi bien ? Il n'est si grand, par rapport à certains autres ranches, non ?
- Non, il ne l'est pas, bien qu'il soit probablement plus grand que ce que vous pensez. Mais vous avez raison, ce ne sont pas les troupeaux qui rapportent de l'argent. Jack ne vous l'a sûrement pas dit, parce qu'il n'est pas du genre à se vanter.
Liz rigola.
- Jack se vante tout le temps, s'exclama-t-elle.
Paul eut un large sourire.
- Sûr. A propos du rodéo, et de l'entrainement des chevaux, et de la chasse aux cerfs. Les choses qu'il aime mais pour lesquelles il n'est pas particulièrement bon. Il peut parler des heures de ça. Mais quand il s'agit des choses pour lesquelles il est vraiment bon, il est étonnement muet. Parfois, je pense qu'il ne veut pas y porter la poisse en disant son nom tout haut.
- De quoi s'agit-il ?
- Jack à un genre de don qui fait froid dans le dos pour l'élevage d'animaux. Il arrive à regarder les animaux et voir comment ils vont se combiner, il arrive à savoir ce qu'il veut et il peut le voir en eux même si ça n'arrive pas avant la deuxième génération. Il a passé les deux premières années au ranch à élever exactement le genre d'animaux dont ils voulaient s'occuper.
- Quels genres d'animaux est-ce ?
- Dès le début, Jack savait que le véritable gain d'argent n'était pas dans l'industrie commercial du bœuf, mais dans ce qu'on pourrait appeler le marché haut-de-gamme de la viande. Leurs bêtes terminent chez des bouchers spécialisés qui vendent aux restaurants de gourmets et aux distributeurs alimentaires qui satisfont les goûts les plus riches. Ils élèvent le genre de viande qui peut facilement se vendre le double du prix à la livre par rapport à la viande normale. Pour réussir dans ce genre de marché, il faut élever du bétail de la plus haute qualité, et pour cela, il faut un œil pour l'accouplement. Et ce que Jack a.
Paul se pencha en avant.
- Ils ont cinq bœufs en ce moment. Quatre d'entre eux sont des champions nationaux. Est-ce que vous avez une idée du genre de prix de saillie qu'ils reçoivent ?
Liz secoua la tête.
- 5000 dollars pour chaque saillie. Chaque bœuf fait dix haltes par mois à travers tout le pays durant la haute saison des accouplements. Ca représente 50 000 dollars par mois, par bœuf.
- Et il y a tant de demandes que ça ?
- Pendant la haute saison, ils ne peuvent pas suivre le rythme. Ils sont obligés de refuser certaines personnes. Et il y a bien sûr aussi la vente de leur bétail, que ce soit aux foires ou aux bouchers. Vous pouvez voir à quel point ça s'ajoute rapidement.
Liz crut rêver.
- Donc… toute cette réussite est due à Jack ?
Elle n'avait jamais eu cet écho de la part des gens au ranch. Paul sourit.
- Pas vraiment. Jack a peut être un talent pour l'élevage, mais il serait perdu sans Ennis, et je ne parle pas seulement sur le plan personnel. Quand ils se sont installés, Jack ne savait pas du tout comment gérer efficacement un ranch. Cet endroit est comme une machine bien huilée, et c'est grâce à Ennis. Jack amène les affaires et s'occupe de la comptabilité, mais Ennis fait fonctionner ce ranch.
- Ca ressemble à un bon partenariat.
- C'en est un. C'est le partenariat parfait, avec des affaires judicieuses. Ils ont eu de la chance, et ils ont prit des décisions intelligentes, et maintenant, ils en récoltent les récompenses.
Ennis arriva près du coin, dévorant quelques bâtonnets de fromage blanc frits dans un cornet en carton.
- Vous êtes là, dit-il, en prenant un siège. Salut Paul, Roger.
- Ennis, Craig McCutcheon m'a dit de te dire qu'il avait un prix sur quelques équipements, si tu peux t'y arrêter cette après-midi.
Ennis grogna.
- La dernière fois que j'ai parlé à ce type, je lui ai presque foutu un pain.
Roger hocha la tête en signe de sympathie.
- Je te comprends, mon ami.
Liz regarda tour à tour leur visage.
- Quoi ?
Roger leva les yeux au ciel.
- Vous verrez.
Ennis se leva et jeta le carton vide.
- Allez, city gal. Je vais pas faire face à ce crétin tout seul.
Craig McCutcheon se trouva être un vendeur d'équipement laitier. Liz se souvint que le maire lui avait dit qu'Ennis et Jack envisageaient d'étendre leur affaire aux vaches laitières, ce qui lui semblait être une énorme entreprise, mais c'était leur ranch et leur argent. Craig avait un grand stand mettant en avant une nouvelle machine à traire high-tech qui ressemblait à un genre d'appareil de torture médiéval.
Elle sentit Ennis s'armer de courage alors qu'ils approchaient du stand.
- Del Mar !, cria Craig avec un enthousiasme visiblement excessif. J'espérais te voir dans le coin aujourd'hui !
Ennis hocha la tête.
- Bonjour, Craig, répondit-il, ses lèvres bougeant au minimum.
- Comment ça va dans ton merveilleux ranch ?
- Bien
- Les affaires vont bien alors ?
- Super.
- Et euh… donc tout va bien au paradis ? demanda Craig, son sourire renforcé par un clin d'œil.
Liz vit le tableau. Elle eut même le cadre. Le visage d'Ennis restait de marbre.
- Le doc a dit que vous aviez quelque chose pour moi ? dit-il, ne prenant même pas la peine de répondre à la dernière remarque de McCutcheon.
- Bien. Je sais que tu cherchais du matériel d'industrie laitière et je voulais que tu saches que j'avais une touche avec une ferme qui va mettre la clé sous la porte, à côté de Burlington. Toutes leurs machines ont moins de deux ans, tu pourrais tout avoir pour une bouchée de pain.
Ennis hocha la tête.
- C'est vraiment une bonne affaire, Craig. Merci.
- Bien… Tu veux que je te fasse quelques devis ?
- Je voudrais en parler avec Jack avant de faire une offre.
Ennis fit un bref signe de tête et se tourna pour partir. Craig rigola.
- Oh, sûr ! Pas de problème. Je comprends, tu dois aller voir la patronne d'abord. Je te comprends, mon gars !
Il tendit le bras et tapa sur l'épaule d'Ennis. Liz grimaça intérieurement. Le visage d'Ennis s'était endurci, si c'était encore possible. Il fit demi-tour.
- Je ne prends pas de décisions pour le ranch sans en parler à mon associé, répondit Ennis, les lèvres serrées.
Craig leva les mains.
- Pas la peine de te justifier, Ennis ! T'as intérêt de pas décider seul ! Pas si tu veux pas passer une semaine sur le canapé, hein ?
Il gloussa une nouvelle fois. Liz vit les poings d'Ennis se serrer et elle posa la main sur son bras. Il était dur comme du béton.
- Allons-y, lui souffla-t-elle.
Ennis la laissa l'emmener plus loin. Il commença à se détendre à mesure qu'ils s'éloignaient du stand de Craig. Ennis laissa l'air s'échapper entre ses dents.
- Je comprends pas pourquoi ce mec est après moi, murmura-t-il.
- Je connais ce genre de type, et je comprends.
- C'est quel genre de type ?
- Parfois, les gens veulent avoir l'air tolérants alors qu'ils ne le sont pas, donc au lieu de vous traiter de tous les noms ou d'être hostile avec vous, ils le masquent en faisant des blagues. C'est juste une autre manière pour vous humilier, et pour banaliser votre relation.
Ennis baissa les yeux vers elle.
- Et bien, mon dieu. Ca tombe sous le sens. Pourquoi j'y ai pas pensé ?
- Parce que votre esprit ne marche pas comme ça, Ennis. Et j'en suis bien content.
Ils atteignirent l'allée centrale, où Liz fut saluée une nouvelle fois par une autre voix familière.
- Et bien, regardez qui se balade toujours dans le coin ! cria le maire, se frayant un chemin à travers la foule pour lui serrer la main.
Liz sourit, contente de le revoir.
- Je suis ravie de vous voir, Bill.
- Salut, Ennis, dit Bill en lui serrant la main, gagnant en retour ce qui ressemblait à un sourire. Vous devez très bien traiter cette jeune femme pour qu'elle reste aussi longtemps.
Ennis haussa les épaules.
- Vous savez, je pensais que ça la dérangerais de dormir dans l'abri anti-tempête et de curer les étables trois fois par jour, mais elle ne se plaint pas encore.
Liz le dévisagea, stupéfaite. Est-ce qu'Ennis venait bien de faire une blague ? Il lui fit un clin d'œil tandis que Bill rigolait. Ennis regarda sa montre.
- Bon, ce concours devrait être fini maintenant. Je vais aller voir si Jack a fini. Je vous rejoins dans un moment, Lizzie. Au revoir, Bill.
Il lui toucha le bras et s'éloigna vers les étables.
- Comment trouvez-vous notre foire, Liz ? demanda Bill.
Elle commençait à avoir une réponse type à cette question fréquente.
- Un petit bout de paradis.
- Et est-ce que cette histoire qui vous excitait tellement progresse comme vous l'espériez ?
Plus que je l'imaginais. En fait, il s'agit peut être plus d'un livre que d'un article.
- Un livre, vraiment ? Je suis surpris qu'Ennis ne vous ait pas mis à la porte à la minute où vous l'avez mentionné.
Liz s'approcha de lui.
- Je vais changer leurs noms, ainsi que ceux des lieux, lui confia-t-elle.
Bill gloussa.
- Oh, bien sûr.
Il ne la regardait pas, mais fixait un homme de l'autre côté de la clairière. Il était charmant, chaleureux, avec des cheveux poivre et sel, et il avait l'air d'être une personne importante.
- Vous voyez cet homme ? demanda Bill à voix basse pour que seule Liz puisse l'entendre.
- Oui. Qui est-ce ? Il est connu.
- Il s'appelle Stan Forrester. Il vient d'arriver en ville. Il vient juste d'ouvrir un restaurant dans le centre et ça marche plutôt bien. On ne parle que de lui depuis quelques semaines, tout le monde veut être son ami.
Liz fronça les sourcils.
- Ca n'a pas l'air de vous réjouir.
- J'ai fait quelques recherches, parce que j'ai une très bonne intuition, et j'ai découvert qu'il vient du Kansas.
Il hésita, puis rencontra les yeux de Liz.
- Où il a été acquitté pour tentative de meurtre sur un homosexuel. Une attaque qui, d'après moi, a certainement été orchestrée par lui-même.
Il avait dit ça d'un ton neutre. Liz regarda l'homme une nouvelle fois. Il n'avait pas l'air d'être une mauvaise personne, mais qui l'était ?
- Ce doit être la raison pour laquelle il a déménagé aussi loin.
- C'est ce que je pensais. Il paraît qu'il était membre d'un groupe religieux extrémiste au Kansas, le genre de groupe qui détourne les paroles de la Bible. D'après eux, tout ce qui va mal dans le monde, c'est à cause des Juifs et des homosexuels.
Bill soupira.
- Pour le moment, il reste tranquille. Il est allé à l'église Méthodiste et il a été très amical. Cependant, d'après mon expérience, personne ne peut cacher ses vrais sentiments trop longtemps. S'il veut monter un groupe comme ça, il essaye peut être de voir qui pourrait se laisser convaincre. Et je suis sûr qu'il a déjà entendu dire que deux de nos plus importants citoyens se placent très haut sur sa liste des gens les plus détestés.
- Au moins, il n'aura pas la chance de trouver des gens qui pensent comme lui ici.
Bill soupira.
- J'aimerais en être aussi sûr, Liz. Les habitants du Vermont sont très attachés à la philosophie du « vivre et laisser vivre », mais parfois, je me demande si une grande partie de leur tolérance n'est pas de l'apathie. C'est juste trop de problème pour faire de la vie des fermiers homos un enfer. Mais avec la voix charismatique d'un leader… ça peut devenir moche, même si n'aviez jamais pensé que c'était possible.
- Je ne crois pas que…
Liz se tut.
- Oh non, murmura-t-elle.
De l'autre côté de la clairière, Jack se dirigeait vers Stan Forrester. Liz ne voyait pas Ennis.
- Se sont-ils déjà rencontrés ?
- Je ne pense pas. Jack a l'air de vouloir remédier à ça.
Liz se fraya un chemin à travers la foule et arriva à côté de Jack juste au moment où il allait se présenter à Forrester. Il tendit la main.
- Vous êtes Stan Forrester, c'est ça ? dit-il.
Le sourire de Forrester, avec ses dents blanches, ressemblait à celui d'un politicien.
- C'est moi, monsieur.
- Bien, je voulais faire votre rencontre, étant donné que vous êtes nouveau et tout.
- C'est très sympathique de votre part, monsieur. D'où venez-vous ? Votre accent me rappelle mon pays.
- Je suis du Wyoming, mais j'ai passé pas mal d'années à Childress, au Texas.
- Charmante région. Et comment vous appelez-vous, monsieur ?
- Jack Twist. Enchanté. Je possède le…
Le sourire s'effaça du visage de Jack et sa voix s'évanouit. Les yeux de Liz passaient de Jack à Forrester. Son visage avait perdu toutes ses couleurs et toute son expression lorsqu'il avait entendu le nom de Jack. Forrester retira brusquement sa main, et avant que Jack ait pu réagir, il se recula et cogna Jack en plein visage, l'envoyant sur le sol jonché de foin. Les personnes se trouvant à côté reculèrent,
haletant de surprise. Liz s'accroupit à côté de Jack. Son nez et sa bouche saignaient et il avait l'air étourdi. Un homme que Liz ne connaissait pas s'agenouilla de l'autre côté de Jack, levant les yeux vers l'assaillant de Jack. Forrester se dressait au dessus de Jack, les poings serrés et le visage rougi par l'outrage.
- Me touche pas, espèce de sale pédé ! grogna-t-il.
Il y eut d'autres halètements venant de la foule. Liz vit de nombreux visages en colère, mais personne ne fit rien pour arrêter Forrester, qui semblait avoir oublié où il se trouvait.
- J'ai entendu parler de vous, qui vivez dans ce ranch avec votre amoureux, dit-il, crachant le mot. Comment osez-vous sortir parmi d'honnêtes Chrétiens ?
Jack se relevait, son étourdissement se dissipant et le regard assombri par la colère. Liz essaya d'étancher le sang qui s'écoulait de son nez mais il la repoussa.
- Ouais, c'est très chrétien de votre part de frapper un homme qui essaye juste d'être sociable.
- Relevez-vous et je recommence, répliqua Forrester en avançant.
Liz recula, mais Ennis apparut alors, sortant de nulle part et s'interposant entre Jack et Forrester.
- Tu vas reculer maintenant, t'entend ? grogna-t-il.
- Ennis, je peux m'occuper de…, commença Jack.
- T'as un problème ? demanda Ennis à Forrester, ignorant Jack. T'as affaire à moi maintenant. Tu touches encore mon mec et je te fais avaler tes putains de dents.
- Vous devez être l'autre, dit Forrester, la voix pleine de dégout. Chez moi, on savait comment s'occuper des suceurs de bite comme vous.
- Fermez votre gueule ! cria une nouvelle voix.
Un homme petit et grassouillet, portant une salopette, sortit de la foule, rouge de fureur.
- Il y a des gens honnêtes ici, des femmes et des enfants. Gardez vos paroles répugnantes pour vous !
- Vous, des honnêtes gens, vous défendez ces pédés ? demanda Forrester.
Liz commençait à se sentir mal. Ca pouvait devenir encore plus moche que ça l'était déjà. Elle gardait un bras autour des épaules de Jack, encore assis sur le sol, une main sur son front, sa chemise tâchée de sang. L'homme à la salopette n'avait pas fini.
- Cette homme que vous avez frappé, il a payé pour les funérailles de mon fils alors que j'avais pas les moyens de lui faire des adieux convenables. Et cet homme là, dit-il, faisant un signe de tête en direction d'Ennis, il a aidé les March à reconstruire leur maison quand elle a été détruite dans une tempête. Ce sont des gens bien et vous avez pas le droit de leur dire de telles choses.
Le maire sortit de la foule, accompagné par le sheriff , que Liz n'avait pas encore rencontré. Il avait environ 50 ans et ressemblait à Clint Eastwood.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Ennis ?
Ennis fixait toujours Forrester, les poings serrés.
- Cet homme a cogné Jack, Walter. Et là, il nous traite de noms ignobles et créé des problèmes.
Le sheriff se pencha par dessus Jack.
- Ca va ?
- Je survivrai, répondit Jack.
Liz le soutenait alors qu'il se relevait. L'étranger qui s'était agenouillé à côté de Jack parla.
- Cet homme venait juste pour se présenter quand cet autre type lui a fait voir des étoiles.
Le sheriff se tourna vers Forrester, qui avait l'air de s'être un peu dégonflé, peut être sentant qu'il ne tirerait aucun applaudissement de cette agression qui s'était faite sans provocation. Il semblait s'être rendu compte qu'il venait juste d'exposer son racisme devant des centaines de clients potentiels.
- Vous passez une mauvaise journée, M Forrester ? Ou est-ce que vous vous mettez en rogne à chaque fois qu'on se présente à vous ?
- Je me met en rogne quand la personne qui se présente est un pédé qui suce des bites. Je pense que c'est une honte, et vous n'avez pas le droit de m'arrêter pour avoir dit ça.
- Non, c'est vrai. Vous pensez ce que vous voulez, M Forrester, et vous dites ce que vous voulez. Nous vivons dans un pays libre. Mais ce que je peux faire, c'est vous arrêter pour agression, et je le ferais avec plaisir.
Il sortit une paire de menottes. Jack leva la main.
- Non, Walter, c'est bon. Je vais pas porter plainte.
Ennis fit demi-tour.
- Jack, ce fils de pute t'a frappé !
- Oui, Ennis, j'étais là. Je ne porte pas plainte.
Liz prit son bras.
- Il ne devrait pas s'en sortir aussi facilement, dit-elle.
Jack la fixa.
- Regardez autour de vous, Liz. Ce ne sera pas le cas.
Elle regarda autour d'elle et tout ceux qui avaient été témoins de l'incident regardaient Forrester avec dégout. Quelque chose lui disait que son restaurant n'allait plus aussi bien marcher après aujourd'hui.
- Je ne veux pas que quelqu'un aille en prison à cause de moi.
Il fit face à Forrester.
- Tu m'as eu une fois, mec. Mais tu m'auras pas une deuxième fois, compris ?
La lèvre supérieure de Forrester se retroussa.
- Ca ne me dérange pas d'être aussi près de toi une autre fois, pédé.
Ennis s'approcha directement de Forrester, son nez à seulement quelques centimètres de lui.
- Maintenant, tu dis merci à Jack de te laisser partir tranquille, espèce de merde.
Forrester le fixa quelques instants, mais Ennis était le champion des regards inflexibles et il ne fallut pas beaucoup de temps pour que Forrester fléchisse et jette un bref regard à Jack.
- Merci beaucoup, murmura-t-il.
Il se redressa un peu, se tourna et s'éloigna. Quelqu'un cracha sur son passage, mais il ne s'arrêta pas. Le shérif secouait la tête.
- Faites-moi savoir si ce type vous pose d'autres problèmes, d'accord ? dit-il à Jack, puis il s'éloigna. Bien, le spectacle est terminé. Tout le monde retourne à ses affaires.
La foule des spectateurs s'éparpilla un peu. Ennis se tourna vers Jack, qui essuyait son nez ensanglanté avec son mouchoir.
- Ca va, chéri ? demanda-t-il calmement, posant une main sur l'épaule de Jack.
Jack la repoussa d'un mouvement d'épaule.
- Je vais bien, répondit-il d'un ton brusque.
- Seigneur, il t'as bien eu, hein ? Ton nez…
- J'ai dit que j'allais bien, répéta Jack avec fermeté, jetant un regard furieux à Ennis.
- Ben quoi, c'est quoi ton putain de problème ?
Jack jeta un regard alentour et s'approcha d'un pas.
- Tu n'avais pas besoin de te précipiter comme ça et de me sauver, nom de Dieu, siffla-t-il. Je maitrisais la situation.
Ennis resta bouche bée.
- T'étais sur le sol en train de saigner ! Qu'est-ce que tu maitrisais ?
Jack leva les mains en l'air et partit d'un air digne. Ennis secoua la tête, sa bouche ouverte montrant son incompréhension, et partit après lui. Liz n'avait pas tellement envie de suivre, ne voulant pas les écouter se disputer, mais elle avait le sentiment qu'aucun des deux n'allait revenir à la foire et elle n'avait pas envie d'avoir à demander au maire de la ramener au ranch. Ennis avait du mal à suivre les grandes enjambées de Jack alors qu'il marchait vers le parking.
- Jack, attend ! Jack !
Jack sauta sur lui.
- Quoi ? T'as pas été assez macho pour aujourd'hui ?
- Macho ? Mais de quoi tu parles, putain ?
- J'suis pas ta petite femme, Ennis ! cria Jack. T'as pas besoin de te précipiter comme un espèce de chevalier sur son cheval blanc pour défendre mon honneur ! Je peux prendre son de moi, tu sais !
- Qu'est-ce que j'étais sensé faire, rester en retrait et regarder pendant qu'un mec te tabasse ? rétorqua Ennis. J'peux pas faire ça, Jack !
- Mais quand tu le fais pas, j'ai juste l'air d'être une espèce de tapette qui a besoin de son homme pour combattre à sa place ! Et m'appelle pas « chéri » !
Ennis bredouilla.
- Je croyais que tu aimais ça.
- Sûr, quand on est que tous les deux ! Tu le dis devant un tas de gens et c'est juste un autre…
Sa voix s'estompa et il passa une main dans ses cheveux.
- Ennis, t'as jamais remarqué que quand les gens font des blagues ou se moquent de nous, c'est toujours moi qu'on traite de femmelette, ou de tapette, ou Dieu sait quoi encore ? Les gens font des blagues dans lesquelles je suis ta femme, mais t'es jamais la mienne. Tu penses que c'est quoi ça ?
Ennis avait l'air perdu.
- Je sais pas.
Il essaya de sourire.
- Je suppose que c'est parce que t'es plus mignon que moi.
Jack le regarda d'un air absent pendant un instant, puis il battit des mains et partit comme une furie. Ennis resta là, le regardant partir, les mains dans les poches, puis il poussa un soupir patient et profond. Il jeta un regard à Liz, qui essayait de se fondre dans le décor.
- Ouais, je pense pas c'était pas la bonne réponse, dit-il d'un air malheureux.
Ennis s'allongea dans le lit, attendant que Jack sorte de la salle de bain. Ils ne s'étaient pas adressé la parole depuis le fiasco de la foire. Ils étaient rentrés séparément et lorsqu'Ennis était arrivé, Jack avait déjà sellé un cheval et était parti faire un tour. Il n'était pas revenu pour dîner, forçant Ennis à faire des excuses à Junior, qui n'avait aucune idée de ce qui se passait.
Jack s'était finalement montré vers 20 heures et était allé directement dans son bureau. Ennis avait abandonné et était monté se coucher vers 23 heures. Une demie heure plus tard, Jack l'avait rejoins, s'était déshabillé en silence et était allé dans la salle de bain. Ennis commençait à se demander combien de temps il allait endurer ce silence.
Jack entra dans la chambre. Il ne regarda pas Ennis, passa à côté de lui et s'assit sur le bord du lit, du côté d'Ennis, le forçant à se pousser pour lui laisser de la place. Il s'assit juste là à regarder ses mains pendant un instant. Ennis posa une main sur la cuisse de Jack.
- T'es toujours fâché contre moi, rodéo ? murmura-t-il.
Jack soupira.
- Je suis désolé de t'avoir sauté dessus comme ça, répondit-il. T'essayais juste de m'aider.
- Je ne voulais pas t'embarrasser, ou quoi que ce soit. Tout le monde sait que tu peux gérer ces situations.
- Vraiment ?
Il se tourna et regarda Ennis.
- Ou ils savent que je t'ai pour gérer ces choses pour moi ?
- Je pense que ça doit être les deux.
Jack se tourna à moitié et posa ses jambes sur le lit pour faire face à Ennis.
- C'est juste que… parfois j'ai l'impression de ne pas être le mâle dominant dans le coin.
- Pourquoi est-ce qu'il n'y en aurait qu'un ? demanda Ennis. On pourrait pas être… je sais pas. Mâles dominants associés?
Jack sourit.
- Et bien, on pourrait essayer, mais la plupart des gens se feront toujours casser la gueule par toi plutôt que par moi.
Il réfléchit un moment.
- Je suis trop souriant, c'est pour ça.
Ennis gloussa.
- Souriant ?
- Ouais. Si tu es trop amical, ça veut dire que tu n'es pas méchant. T'es comme un putain de bloc de granit, Ennis. Les gens nous rencontrent et ils pensent que tu es méchant, un fils de pute coriace et moi, je suis ta petite nénette.
- Je suis sûr que ce n'est pas le cas.
Jack avait l'air d'avoir des doutes. Ennis leva une main jusqu'à la joue de Jack, grimaçant en touchant le bleu qui commençait à se former à cet endroit. Il ressentit une nouvelle vague de colère contre ce bâtard pour avoir laissé une marque sur ce visage.
- Merde, ça doit faire mal.
- C'est pas une promenade de santé.
Ennis sourit.
- Viens là, murmura-t-il, glissant sa main autour de la nuque de Jack et l'attirant vers lui.
Jack ne résista pas. Ennis pressa les lèvres contre la joue bleuie de Jack.
- Ca va mieux ? chuchota-t-il.
Jack s'allongea sur le lit à côté d'Ennis.
- Parfait.
Ennis l'enlaça un moment.
- Liz a dit que ce type, Forrester, était un genre de fana religieux.
Jack leva la tête.
- Comment elle sait ça ?
- C'est Bill qui lui a dit. Il est venu ici pour échapper aux problèmes qu'il avait au Kansas, d'où il vient. Il a attaqué un homosexuel et n'a pas eu de peine de prison pour ça.
- Seigneur, c'était juste ce dont cette ville avait besoin. Un espèce de malade qui se balade de partout en hurlant à propos de ces pédés qui sucent de bites.
Soudain, dans l'esprit d'Ennis apparut l'image d'un Forrester enroulé dans une camisole de force qui battait l'air autour de lui, courant dans tous les sens dans le centre ville en criant « Pédés qui sucent des bites ! Pédés qui sucent des bites ! » à pleins poumons.
Jack le regarda alors qu'il commençait à glousser.
- Qu'est-ce qui est si drôle ? Ouais, c'est super marrant. Ennis ! dit-il vivement, tandis que les gloussements d'Ennis se transformèrent en rire. C'est pas drôle !
- Détends-toi, rodéo. Il ne trouvera pas de personnes intéressées. Et… en fait, c'est assez drôle.
Il se calma et blottit son visage dans le cou de Jack.
- Désolé, chéri, dit-il. Je voulais pas te faire peur.
Il sentit les bras de Jack s'enrouler autour de lui.
- C'était un peu effrayant honnêtement.
- Je m'en doute.
Sa main courrait le long du flanc de Jack.
- Mais honnêtement, je ne pense pas que tu devrais t'inquiéter à cause des gens qui pensent que t'es une femmelette.
Il se recula et croisa le regard de Jack, puis il glissa une main entre ses jambes. Jack prit une longue bouffée d'air, et Ennis le sentit se raidir presque de suite.
- Toi et moi, on sait bien que t'es très masculin, murmura-t-il en lui faisant un clin d'œil.
Jack sourit et poussa Ennis contre le matelas.
- C'est ce que tu vas voir, idiot.
