~oO0°CHAPITRE VIII°0Oo~

Appuyé sur la balustrade de son balcon personnel, Yunho contemplait l'horizon d'un air pensif. Tout autour de lui, dans les rues des lumières chaleureuses resplendissaient, baignant la ville entière dans une aura festive. Le vingt-quatre approchait et chacun attendait la veillée de Noël, bercé au son des comptines de l'hiver. Yunho, lui, prenait son mal en patience avec langueur.

Depuis la semaine précédente, une fois encore, Junsu s'était fait discret. Désormais, Yunho avait remarqué que ces silences répétés reflétaient ses propres actions. Plus il se rapprochait de Junsu, plus le jeune homme semblait s'éloigner dès l'instant où il le quittait du regard. Lorsqu'ils étaient ensemble, tout semblait parfait. Junsu était un véritable rayon de soleil et Yunho se sentait bien à ses cotés. Pendant leurs rencontre, Junsu agissait normalement, il était parfois bavard, parfois moins, mais quasiment toujours souriant et rien dans son comportement ne trahissait la moindre réticence aux avances de moins en moins discrètes faites par Yunho.

En revanche, dès qu'ils se séparaient, sans qu'il ne sache pourquoi, Junsu semblait faire de son mieux pour s'effacer du monde de Yunho. Il plaçait cette distance presque palpable qui lui était aussi incompréhensible que désagréable.

Loin de se décourager, Yunho n'en était que plus décidé à mettre tout en œuvre pour se rapprocher de Junsu.

Il savait qu'il lui faudrait du courage pour affronter ce mur que Junsu semblait parfois ériger entre eux. Il le savait, mais il avait l'intention de se battre. Pour lui, mais aussi pour Junsu. Peu à peu, il le voyait tiraillé, mis à mal par des tourments dont il ignorait l'origine.

L'enthousiasme et la joie de vivre de Junsu qui avait tant réchauffé le cœur de Yunho lors de leurs premières rencontres semblaient se dissiper peu à peu. Plus pensif, il semblait tracassé et perturbé par un mal qu'il cherchait à taire.

Yunho savait qu'il était peut-être un peu tôt pour lui demander de se confier, mais il voulait lui prouver qu'il pouvait lui faire confiance. Il voulait le soulager de ce fardeau qu'il semblait porter, comme son petit ange avait peu à peu allégé le sien.

Avec cette idée en tête, Yunho se redressa et retourna dans sa chambre. Un frisson l'enveloppa lorsqu'il entra, mais son esprit était ailleurs. Noël approchait et c'était peut-être l'occasion pour lui de partager un peu plus de temps avec Junsu. Depuis son anniversaire, il ne l'avait pas revu. Cela faisait seulement quelques jours, mais Yunho cherchait désespérément une raison de rappeler Junsu et renouveler son invitation. Jamais il n'osait appeler ça « rendez-vous », mais pour lui, s'en était un.

Il mit la main dans sa poche et en tira son téléphone. Il en contempla l'écran pendant un long moment et se décida à l'allumer avec un soupir d'auto-encouragement. « Es-tu libre après-demain ? », envoya-t-il rapidement, sans prendre la peine de se relire, de crainte de perdre le courage qui le motivait.

Quelques trop longues minutes plus tard, son portable vibra et Junsu lui répondit un simple « Rien de prévu ».

Avec la joie et l'enthousiasme d'un adolescent, il se félicita de cette réponse. A nouveau, il tenta sa chance, gonflé d'espoir. « Accepterais-tu de passer la soirée de Noël en ma compagnie ? »

L'attente lui sembla interminable, mais elle fut récompensée par un message aussi concis qu'explicite qui manqua de le faire sauter sur place. « Sans problème. »

Toute la journée, Yunho avait été une véritable pile électrique.

Dès son réveil, il avait été incapable de tenir en place. Que ce soit pour travailler, pour se reposer ou pour simplement discuter avec ses proches, il n'avait pas pu rester tranquille plus de cinq minutes. Yoochun lui avait vaguement fait remarquer qu'il ressemblait à un gamin qui attendait le père Noël, mais il n'avait pas pu s'en empêcher.

Il avait tout prévu pour que la soirée soit parfaite, mais il craignait encore que quelque chose ne contrevienne à ses plans. Plus que cela, il craignait de faire quelque chose qui déplairait à Junsu, même si rien ne le laissait présager. Cette soirée, il l'avait décidé, ne serait pas une énième rencontre comme ils en avaient déjà eu des dizaines.

Non, cette fois, c'était spécial. Il attendait ce réveillon avec Junsu avec un mélange d'anxiété et d'excitation.

Noël, ça n'avait jamais réellement été fait pour lui. Il n'avait rien contre et il ne détestait pas les fêtes, mais pour lui, ça n'avait rien de spécial. Jusqu'à récemment, en tout cas. Car élevé dans un univers où Noël était signe d'intimité avec ses proches, Yunho avait tout de suite voulu partager cette soirée en compagnie de Junsu.

Il savait que son invitation cachait bien mal ses sentiments. Après tout, partout dans le pays, ce type d'invitation le soir de Noël impliquait plus qu'une simple amitié. Il se doutait ainsi que son comportement risquait de laisser filtrer ses intentions, ce qui le rendait que plus heureux de son acceptation. Il espérait y voir un signe. Un premier pas discret, mais réel, mais aussi un possible retour de ses sentiments.

Après un énième tour de sa chambre impeccable, il attrapa son téléphone. « Veux-tu que je vienne chez toi te chercher ? » envoya-t-il après avoir repassé dans sa tête la formulation de sa question une bonne cinquantaine de fois.

« Ce n'est pas la peine. » reçut-il quelques instants plus tard. Yunho fit la moue, un peu déçu et son portable sonna une nouvelle fois. « Je serai au port dans une heure. » Cela suffit pour transformer la moue du jeune homme en un sourire resplendissant.

Comme convenu, une heure plus tard, Yunho se rendait au port pour y récupérer Junsu. Appuyé contre la portière de sa voiture, il attendait l'arrivée du jeune homme, le regard perdu vers ce paysage qu'il connaissait si bien. Recouvert par la nuit sombre de l'hiver, le port se montrait bien différent. La lune éclairait à peine l'horizon et semblait se baigner dans l'océan.

Non loin, légèrement dissimulé derrière l'ombre des grands bâtiments dont la vue donnait sur le port, une ombre rétrécie semblait s'approcher. Yunho n'eut aucun mal à reconnaître Junsu malgré l'absence de lumière. Il remonta dans sa voiture aussi vite que possible pour rejoindre le jeune homme qui avançait. Pris par surprise, Junsu eut un brusque mouvement de recul en voyant la voiture s'arrêter à ses cotés. Yunho gara maladroitement le véhicule le long du trottoir et en sorti l'air confus. Il se précipita auprès de Junsu et lui murmura quelques mots d'excuses.

« Je suis désolé... je ne pensais pas... »

« Ce n'est pas grave, » répondit Junsu d'un air doux qui fit aussitôt fondre Yunho. « J'ai simplement été surpris. »

« Désolé, » répéta-t-il encore, sa main passant dans ses cheveux, montrant sa gêne.

Les lèvres de Junsu s'étirèrent, amusé par les excuses confuses de Yunho.

« Où allons-nous ? » Demanda-t-il pour détourner la conversation et déstresser un peu Yunho. « Même endroit que la dernière fois ? »

Yunho croisa ses mains dans son dos et tenta de dissimuler ce sentiment d'anticipation qui menaçait de prendre place sur son visage.

« Non, j'ai prévu autre chose, » dit-il tel un enfant devant son cadeau de noël. « Si ça ne t'embête pas, évidemment, » ajouta-t-il rapidement, l'air inquiet.

« Pas le moins du monde, » lui répondit Junsu avec un sourire attendri.

Ravi, Yunho se précipita pour ouvrir la portière du coté passager de sa voiture où Junsu le rejoignit, amusé par tant d'impatience de la part d'un homme tel que lui. Yunho lui-même en était surpris.

Lorsque Junsu arrêta son fauteuil près de lui, Yunho se pencha vers lui d'un air rassurant. D'un regard, Junsu l'autorisa à s'approcher, ce qu'il fit. Avec délicatesse, Yunho passa son bras gauche dans son dos et le droit sous ses genoux avant de le soulever. S'appliquant autant que possible, il prit toutes ses précautions pour le déposer sur le siège passager.

En silence, ils firent le chemin jusqu'à un quartier huppé de la capitale. Les bâtiments étaient tous relativement récents et visiblement bien entretenus. Yunho s'arrêta devant l'un des plus hauts immeubles dont l'entrée était marquée par de grandes portes que surveillaient des gardiens en uniformes.

Par la fenêtre, Yunho tendit ses clés de contact à un valet de parking qui se pressait déjà à la portière pour lui ouvrir. Avec une révérence polie, Yunho le remercia et sortit. D'un signe de la main il fit signe au personnel tandis qu'il faisait le tour du véhicule. Quelques secondes plus tard, l'un des employés dépliait le fauteuil de Junsu et Yunho se fit un plaisir d'y installer son précieux invité.

Ensemble, escorté par deux hommes en uniformes qui leur tenaient la porte, ils entrèrent. L'un d'eux les précéda d'un pas rapide pour les guider jusqu'à l'ascenseur. Ils montèrent ainsi jusqu'au dernier étage du bâtiment dans ce qui, d'après le nom écrit sur la plaque argentée, devait être un restaurant de cuisine française. A l'entrée, une femme en tailleur les attendait, menu en main qui leur fit signe d'entrer. Yunho la remercia d'un signe de la tête, ne manquant pas le regard de compassion qu'elle lança à Junsu tandis qu'elle l'accompagnait jusqu'à leur table. Leurs couverts étaient dressés dans un coin en retrait, à la vue magnifique sur la ville et qui ne donnait qu'une faible vue sur la grande salle du restaurant. Tout était si bien organisé que Junsu n'eut aucun doute que Yunho avait tout planifié en détail pour leurs venues.

Yunho n'était pas du genre à se montrer dans les restaurants de luxe ou à impressionner ses invités qui n'en avaient que rarement besoin. Mais avec Junsu, c'était différent. Il voulait lui faire plaisir. Plus, il voulait lui plaire.

D'une certaine manière, il voulait aussi exprimer ses intentions, montrer à Junsu que l'attention qu'il lui portait était bien plus que de la simple compassion. Il avait lui-même mis du temps à véritablement le comprendre, mais il savait désormais que ce n'était pas un sentiment si simple. Les sursauts de son cœur à chaque sourire, l'anticipation de chaque rencontre et cette envie irrépressible de garder Junsu contre lui pour ne plus le lâcher, il savait que c'était bien plus. Peut-être pas encore de l'amour, mais une attraction qui dépassait ce qu'il avait connu jusqu'à lors.

La soirée se passa avec douceur, bercée au son des cantiques d'hiver. Dans l'atmosphère apaisée du restaurant, l'intimité était réduite, mais suffisante pour permettre aux deux jeunes hommes de se laisser aller. Entre anecdotes et confidences, cela ressemblait à un rendez-vous parfait, selon Yunho.

C'était quelque peu cliché et Yunho s'en voulait presque de reproduire cette caricature de rencontre romantique, mais il voulait voir Junsu heureux. Il espérait le garder près de lui. D'une certaine manière, il voulait le charmer, autant que lui l'était et peut-être, voir ses sentiments réciproques.

Peu à peu, le restaurant se vida et les lumières se tamisèrent. L'heure était déjà tardive et la soirée approchait de sa fin, mais Yunho ne pouvait décemment pas l'interrompre ainsi.

« Veux-tu contempler la vue de plus près ? » offrit-il, leur repas terminé.

Junsu accepta et Yunho ouvrit la marche vers l'autre partie de la pièce qui offrait une vue panoramique sur la ville entière. A travers la baie-vitrée, ils virent le ciel dégagé, à peine couvert de quelques nuages qui éclipsaient par moments quelques pans de la lune.

« On dirait bien que nous n'aurons pas de Noël blanc cette année encore, » remarqua Yunho en observant le ciel à travers la bulle vitrée.

« En effet, » confirma Junsu qui regardait aussi la vue qui s'offrait à eux.

Profitant de l'occasion, Yunho se baissa près de lui et fixa son regard sur son visage rêveur. Sentant ce regard sur lui, Junsu se tourna vers lui pour l'interroger en silence. Mais l'éclat dans les yeux du jeune patron ne laissait que peu de doute.

Doucement, Yunho glissa sa main à l'arrière de sa nuque et son pouce caressa délicatement la peau qui s'offrait à son toucher. Il s'inclina vers lui, lui laissant tout juste le temps de s'éloigner s'il le souhaitait. Junsu se sentit frissonner, mais ne repoussa pas ce geste intimiste. Yunho exerça alors une légère pression à l'arrière de sa tête pour le rapprocher et joignit leurs lèvres en un baiser délicat. Leur baiser était chaste et pourtant tous deux se sentirent comme pris de bouffée de chaleur en moins d'une seconde.

Yunho se détacha aussi lentement qu'il s'était approché. Sa tête le rappela à l'ordre et son instinct le poussait à réitérer ce baiser, gouter à ce fruit défendu une fois encore. Il se retint pourtant, par respect pour Junsu. Cette fois, il savait avec certitude que ses sentiments avaient définitivement dépassés le point de non-retour. Le regard perdu sur les paupières à demi-closes de Junsu, Yunho sourit et se rappela à l'ordre.

« Je ne voudrais pas te retenir. »

Les paupières papillonnantes, Junsu prit peu à peu contact avec la réalité. Son cœur battait fort dans sa poitrine, comme réveillé après de longues années d'hibernation. Ces palpitations étranges lui remuaient l'estomac à tel point qu'il avait bien de mal à comprendre les paroles de Yunho.

« Me retenir ? »

« C'est la veillée de Noël, je suppose que tu as prévu de voir ta famille... »

« Mes parents sont en voyage, » dit-il d'une voix détachée.

« Oh... Je vois, » dit Yunho en hochant de la tête, compréhensif. Lui aussi connaissait ces fêtes de famille dont certains membres étaient absent. « Et ton frère ? »

« Pardon ? » s'exclama Junsu d'un air surpris, ne s'attendant visiblement pas à une telle question de la part de Yunho.

« Tu m'as dit que tu avais un frère, n'est-ce pas ? Où est-il maintenant ? Est- ce que tu ne veux pas aller le voir ou passer les fêtes avec lui ? »

Yunho capta le regard de Junsu qui demeurait immobile. Une sorte de masque semblait avoir pris possession de ses traits en l'espace d'une seconde. Sa mâchoire se crispa et ses yeux se tintèrent d'un éclat inconnu. Pendant un court instant, Yunho eut la désagréable impression que ce regard n'appartenait pas à l'ange qu'il connaissait, celui avec lequel il venait de passer une soirée si parfaite. Pour une seconde, il regretta presque d'avoir posée une telle question qui semblait avoir si rapidement transformée la personne qu'il avait face à lui.

« Je ne peux pas rester plus longtemps, coupa brusquement Junsu après un rapide coup d'œil vers la montre qui ornait le poignet du plus âgé.

Sa gorge semblait bloquée et Junsu eut bien du mal à prendre une respiration contrôlée. La main sur la poitrine, il se maudit de sa faiblesse. Il s'agressa mentalement de sa bêtise, de sa trahison. Que faisait-il donc ? Avait-il perdu la tête quelque part sous la chaleur des bougies et des plats de grands cuisiniers français ? Il ne pouvait pas se laisser aller et quelle ironie que fut Yunho qui le rappela à la raison.

« Je dois aller à l'hôpital. » dit-il en reprenant ses esprits.

« Rien de grave j'espère ? » S'inquiéta Yunho, sa question et ses impressions oubliées au profit d'une angoisse nouvelle.

« Simple visite de contrôle, » le rassura évasivement le jeune homme.

« Aujourd'hui ? Maintenant ? » S'étonna le plus âgé.

« J'avais oublié, » se contenta d'expliquer Junsu.

Yunho pensa immédiatement à une visite pour son état et il se sentit mal. L'expression sur le visage de Junsu semblait, en effet, douloureuse, mais quelque chose semblait différent d'une douleur physique. Son regard était fuyant et son visage d'ordinaire si doux étrangement tendu.

« Est-ce que ça va ? » Demanda-t-il tout de même, perturbé par ce soudain changement d'ambiance.

« Je dois vraiment partir, » se contenta de répondre le plus jeune.

Yunho fronça les sourcils et regarda fixement Junsu, son inquiétude augmentant à mesure que ce dernier semblait chercher à s'éloigner. Perturbé, il alla tout de même régler la note rapidement et tout deux prirent l'ascenseur.

« Je suis désolé, si jamais je t'ai mis mal à l'aise... » s'excusa Yunho tandis que les portes s'ouvraient sur le rez-de-chaussée.

Junsu secoua la tête et enchaina.

« Je dois partir, voilà tout. »

« Je t'accompagne ? » offrit-il poliment, sentant pourtant venir le refus de Junsu.

Junsu secoua la tête à nouveau et esquissa une sorte de sourire.

« Je vais prendre un taxi. »

Yunho n'insista pas, sachant toute obstination vaine. Depuis la devanture du restaurant, ils arrêtèrent un taxi et avec l'aide de Yunho, Junsu pris place à l'intérieur. Depuis le trottoir, le jeune homme plia le fauteuil et le plaça dans le coffre du véhicule que le conducteur avait ouvert. Le chauffeur vint l'aider à le refermer et Yunho se plaça devant la vitre pour saluer Junsu avec un petit sourire. Un sourire lumineux, éclatant dans l'horizon sombre. Un sourire reflétant le plaisir de cette journée partagée, de ces quelques heures en compagnie du jeune homme pour lequel son cœur avait cédé. L'un des rares vrais sourires qu'il offrait à quelqu'un depuis bien longtemps.

« Merci Yunho, c'était une journée agréable, » dit aimablement Junsu depuis sa fenêtre entre-ouverte.

« Pour moi aussi, » lui répondit chaleureusement le jeune homme depuis l'extérieur.

En peu de mot, Yunho parvenait à lui transmettre toute cette affection qu'il avait pour lui. Cet amour naissant qu'il cherchait à partager. Il lui lança un regard plein de douceur que Junsu fut incapable de soutenir.

« Au revoir Yunho, » dit-il mal à l'aise, cette tristesse poignante perçant à nouveau ses yeux sombres.

« A bientôt, » corrigea Yunho avec une moue presque boudeuse et pourtant joueuse, presque enfantine.

Il espérait faire naitre un sourire sur les lèvres de Junsu et tentait d'étouffer cette once de trouble, ce pressentiment que la voix lointaine de Junsu avait provoquée. La main sur l'estomac, il essaya en vain d'ignorer la crainte que ces quelques mots avait fait naitre en lui avant de se reconcentrer sur le jeune homme.

« Oui, à bientôt, » murmura à demi-mot Junsu, un sourire forcé aux lèvres, avant d'indiquer au conducteur qu'il pouvait démarrer.

Il fit une sorte de clin d'œil amical et referma doucement la fenêtre. Quasiment collé contre la surface en verre, il fit de grand signe à Yunho tandis que le véhicule s'éloignait peu à peu. Lorsqu'il fut à une distance plus raisonnable, il se remit correctement dans son fauteuil et se laissa partir contre le repose-tête.

Les yeux fermés, il pressa ses mains sur son visage, espérant effacer la fatigue qu'il sentait prendre possession de son corps. Le voyage se fit en silence, sa culpabilité tiraillant son cœur douloureux. Après la soirée qu'ils avaient passée, il était perdu. Pendant un instant, il s'était senti si bien, si choyé, qu'il en avait presque oublié tout le reste. Pourtant, il savait que c'était idiot, qu'il ne pouvait pas le croire, mais il avait bien failli. Bêtement, il avait commencé à y croire, à sa sincérité, à son pardon.

Le cœur au bord des lèvres, il soupira et tenta de reprendre un tant soit peu de contenance lorsque le conducteur ralentit le véhicule devant le grand bâtiment blanc. L'homme arrêta la voiture et en sortit pour récupérer le fauteuil.

Homme de bonté, il aida Junsu à s'installer et l'accompagna jusqu'à la porte d'entrée de l'hôpital. Aimablement, le visage pourtant noircit par une tristesse quasi tintée de ressentiment, Junsu le remercia et paya la course. Il n'attendit pas de le voir disparaître dans l'horizon sombre pour entrer dans le bâtiment. Il monta directement au troisième étage, sans prendre la peine de répondre à la jeune réceptionniste qui l'informait de la fin des visites. La gorge serrée par la douleur autant que par sa propre haine, il traversa le couloir jusqu'à l'aile nord. Il ne s'arrêta même pas devant la chambre et entra sans frapper, laissant la porte entrouverte derrière lui. À peine eut-il passé le seuil que des sanglots lui échappèrent tandis qu'il s'approchait du lit. Ses mains tremblantes agrippées aux draps, il se redressa pour s'approcher du corps endormis. Une à une, des larmes de souffrance se mirent à perler.

Pris de désespoir, son cœur se fit douloureux et son corps flancha. Sa tête heurta le matelas et ses jambes atterrirent au sol. A genoux, le corps secoué par les sanglots, il déversa toute sa soul contre les couvertures peu à peu humidifiées par ses larmes.