LifeRissa : J'attends avec impatience ta grande review des vacances ^^ J'espère que Nessie apparaît dans presque toutes les scènes du film, comme ça je serai sûre de ne pas m'ennuyer ! La Mackenzie Foy adulte correspond plus à la Renesmée du livre que quand elle est enfant je trouve, en fait ce qui est vraiment dommage c'est de lui avoir rajouté cinq ans d'âge physique et d'avoir oublié ses boucles cuivrées (je sais je chipote ^^).

Katiedu946 : Bon ben pour la réaction d'Allie tu seras servie dans ce chapitre ^^

Chattoncharmant : tu as raison, celle qui souffriras toujours le plus de ces imprégnations, c'est Lily, qui est de loin le personnage le plus malheureux de l'histoire pour l'instant.


Chapitre 6

PDV de William Black

21 septembre, 11 h 17

Phase 1 : Faire que Madison arrête de me détester comme elle persiste à le faire depuis une semaine. Ne pas hésiter à utiliser mon charme ravageur. Tous les moyens sont bons, chantage et menace compris.

Phase 2 : Faire que Madison jette son copain, qui est probablement un imbécile prétentieux même si je ne l'ai jamais rencontré. (Et pourquoi pas lui casser la figure au passage.)

Phase 3 : Annoncer mon imprégnation au reste de la famille (à savoir Maman, les jumelles et tous ceux qui ne font pas partie de la meute).

Phase 4 (facultative, peut être reportée de plusieurs mois) : Annoncer mon imprégnation à Lily et Allie et les réconcilier avec Madison.

Phase 5 (peut être activée avant la phase 1, le plus tôt sera le mieux) : Embrasser Madison.

Assis sur une table au dernier rang de mon cours de chimie, je relus ma liste de phases avec satisfaction et me félicitai moi-même : je n'avais rien oublié, mon plan ne pouvait que fonctionner.

La sonnerie retentit, me tirant du semi-coma dans lequel j'étais plongé. J'écrivis à toute vitesse « phase 1 activée » sur ma feuille de classeur, attrapais mon-sac-mon-blouson-ma-liste et me ruai vers la porte pour être le premier à sortir. Dans le couloir encore vide, je fermai à moitié les yeux et inspirai profondément pour repérer l'odeur de Madison, qui m'était tellement familière que je pouvais la sentir au milieu de celles de centaines d'autres lycéens.

Déodorant à la vanille, shampoing à la fraise, parfum à je-sais-pas-quoi, légère odeur de sueur (elle avait eu sport en première heure)… Bingo ! Madison était là, dans une salle juste à côté de la mienne.

Je me précipitai vers la porte de la salle 312 au moment où un élève en sortait. Je m'adossai au mur jouxtant la salle, imitant la posture nonchalante qu'Elliot empruntait tout le temps, histoire de dire « Moi, te suivre ? Non pas du tout, je passais dans le coin juste par hasard… ». Les gens s'extirpaient de leur cours à une lenteur abominable –à croire qu'ils étaient passionnés par l'anglais !- et je me retins de taper du pied sur le sol, craignant que ça brise mon expression blasée.

Enfin, Madison franchit elle aussi la porte de sa salle de classe. Mes lèvres s'étirèrent en un sourire idiot qui ressemblait un peu trop à mon goût à celui de Papa quand il voyait Maman ou à celui de Matthew quand il voyait Allie.

Madison était la plus belle fille au monde, à tel point que je ne comprenais même pas comment j'avais pu un jour regarder les autres. Ses yeux étaient de la couleur de l'océan, ses lèvres étaient évidemment de la teinte de son gloss et ses cheveux ressemblaient à ceux d'Ariel dans La Petite Sirène (dessin animé préféré de Sarah et Liza). En bref, Madison ressemblait à une princesse de conte de fée –en plus maquillée, bien sûr.

Comme elle passait devant moi en faisant semblant de ne pas me voir, je bondis en avant et me postai à côté d'elle.

-Salut Maddie !

-Encore toi ? cracha-t-elle. Mais combien de fois est-ce qu'il faudra que je te le répète ? Je n'ai pas envie d'être suivie nuit et jour par un gamin ! Et d'abord, je t'interdis de m'appeler Maddie.

-A tes ordres, Maddie. Entre nous, tu trouves vraiment que j'ai l'air d'un gamin ?

Mes cent soixante dix-sept centimètres de muscles, de puissance et d'assurance toisèrent ses cent soixante centimètres de mensonge et de méchanceté. Selon la courbe de croissance physique sur mon carnet de santé, j'avais de bonnes chances de faire un ou deux centimètres de plus qu'Elliot quand j'aurais dix-huit ans -pas aussi impressionnant que la taille de Papa mais je m'en contenterai.

-Tu es un gamin, cingla-t-elle, la question n'est pas de savoir si tu en as l'air.

-Ah bon ? fis-je en penchant la tête sur le côté. J'ai pourtant l'impression qu'il n'y a que l'apparence qui compte pour toi.

Un instant, elle parut déstabilisée par l'accusation, comme si elle ne me pensait pas capable de sortir un truc aussi profond et élaboré.

-Et puis, poursuivis-je, tu sors avec le frère de Zoey qui a bien deux ans et demi de plus que toi !

Mentionner cet abruti ne fut pas facile. A chaque fois que j'essayais de prononcer le prénom « Jeremy », ma langue le déformait en quelque chose du style « J'ai-vomi ».

-Va te faire voir, éructa Madison en accélérant le pas. Dégage de là, je ne veux plus que tu t'approches de moi !

Je continuai à la suivre sans m'énerver, ses phrases ne m'atteignant pas. Le premier jour où je l'avais rencontrée au cinéma de Forks, elle m'avait directement envoyé baladé et j'avais cru que mon cœur allait se briser en morceaux.

C'était là qu'Elliot, alias le Grand Spécialiste des sentiments humains, m'avait servi tout un cours de psychologie pour me réconforter. Il m'avait expliqué que Madison, comme Lily, avait probablement vécu un traumatisme dans son enfance, ce qui faisait qu'elle avait du mal à s'attacher aux gens. N'ayant jamais connu l'amour avec un grand A, elle était terrifiée par les sentiments qu'elle ressentait à mon égard et avait un réflexe d'autodéfense pour se préserver de la douleur : me repousser.

C'était pour cette raison que plus Madison m'insultait, plus j'étais convaincu qu'elle était folle de moi et plus je me sentais heureux. Qui aurait cru que s'imprégner serait aussi cool, aussi palpitant ?

-Dis-moi au moins pourquoi tu ne peux pas me supporter, fis-je semblant de me plaindre. Et ne me réponds pas que c'est parce que j'ai un an de moins que toi.

J'étais curieux de voir quelle excuse elle allait encore inventer. Elle avait beaucoup d'imagination. Peut-être qu'on pourrait écrire un bouquin sur notre rencontre dans quelques années.

-Tu es le frère de cette… cette peste d'Allie Black et tu es le cousin de Cullen, lâcha-t-elle.

J'éclatai de rire.

-Elliot l'est aussi et ça n'avait pas l'air de trop te déranger !

-Co… comment le sais-tu ? Tu ne mangeais pas encore avec nous quand nous nous sommes rencontrés ! s'écria Madison avant de rougir brusquement, comprenant qu'elle venait presque d'avouer qu'elle n'avait pas cessé d'adresser des regards langoureux à mon frère depuis la rentrée.

Je ravalais un grondement à ce souvenir. J'avais « rencontré » Madison pour la première fois dans les pensées d'Elliot, un jour de patrouille où il m'avait mentalement raconté sa rentrée. Evidemment, je n'étais pas encore imprégné, et j'avais ricané dans l'esprit d'Elliot en lui disant qu'il avait une touche avec la reine du lycée.

Madison n'était pas aussi idiote que son comportement de porc-épic lui en donnait l'air et elle remarqua ma jalousie :

-Hé bien, laisse-moi te dire que ton frère est beaucoup moins énervant que toi.

Ma mauvaise humeur s'évapora. Madison essayait de me faire sortir de mes gonds, mais j'étais le meilleur au petit jeu de la provocation. Je me penchai vers elle. Elle eut un mouvement de recul et serra le poing comme si elle allait me gifler, mais je me contentai de murmurer à son oreille :

-Peut-être, mais tu sais quoi ? Il préfère les blondes.

Madison devint écarlate et essaya de me frapper du plat de la main avec la rapidité et la légèreté d'une limace. Hilare, je reculai d'un pas et sa main manqua mon visage d'un centimètre. Je croisai les bras pour me retenir de me rouler par terre tellement je riais.

-Ratééé, hoquetai-je.

-Je te déteste ! hurla Madison au beau milieu du couloir.

Elle s'en alla en courant.

Je ne la suivis pas, me contentant de sourire de toutes mes dents. Je ressortis la feuille toute froissée que j'avais rangée dans la poche de mon jean, cherchai un stylo dans mon sac et écrivis « phase 1 réussie ». Ma relation avec Madison était enfin en train de s'épanouir.

Bon, j'allais maintenant pouvoir activer la phase deux qui consistait à écarter de mon chemin Jeremy Miller. J'avais déjà commencé à élaborer un plan : au lieu de perdre mon temps à essayer de convaincre Madison de l'envoyer bouler, j'allais tout simplement lui emprunter son portable et envoyer un message à son futur ex-petit copain. Un message du style : « je te quitte espèce de gros débile ».

J'étais certain que l'amour de ma vie était du genre à rompre par sms.


PDV d'Allie Black

23 septembre, 16 h 38

Depuis le jour où Sarah avait fait tomber une étagère de livres sur Nathaniel Wells, le rêve/cauchemar/vision/avertissement de mes chers ancêtres n'avait pas cessé de me visiter de façon anarchique et irrégulière. Peu à peu, je m'y étais habituée et avais appris à y faire face. Evidemment, je ne pouvais pas modifier le cours des évènements qui s'y déroulaient, mais je réussissais toujours à m'exhorter au calme lorsque le sosie de Wells en version plus effrayante et plus musclée m'entraînait dans l'océan de La Push.

C'était déjà une victoire. Une petite, mais c'en était une. (Et au moins, j'avais appris à me noyer avec dignité.)

Dans la vie réelle, je n'avais toujours pas décidé si Nathaniel (et Hannah avec lui) représentait un quelconque danger, mais je l'avais à l'œil. C'était difficile de se faire une opinion sur lui étant donné à quel point il était bizarre.

De toute façon, j'avais d'autres soucis en tête, des soucis plus importants que Wells et ses sautes d'humeur, et le plus gros de ces soucis s'appelait William. Un dimanche après-midi, je me baladais à La Push avec Matthew et Becca et me laissai sombrer dans un laïus sur le mystère que représentait mon frère :

-Will se comporte de façon étrange en ce moment. Plus que d'habitude, je veux dire. Figurez-vous que Monsieur, qui nous a snobés au lycée pratiquement tout le mois de septembre, a soudainement décidé de manger avec nous le midi. Il participe activement à toutes nos conversations, et devinez avec qui il passe le plus de temps. (Je marquai une pause théâtrale et repris : ) Je vous le donne en mille : il colle Madison Brown comme de la super glue alors qu'il a forcément dû voir à travers les pensées d'Elliot que Lily et moi ne la supportions pas. C'est une trahison. A vrai dire, j'aurais presque cru qu'il est imprégné d'elle si ils ne passaient pas tout leur temps à se disputer –c'est pire que la bagarre habituelle entre Lily et Madison. De toute façon, cette possibilité est d'un ridicule ! Vous imaginez quelqu'un comme William s'imprégner d'une garce comme Madison ?

A côté de moi, Matt passa une main dans ses courts cheveux noirs tout en évitant mon regard, et Becca shoota dans un caillou de la pointe de sa chaussure. Je les connaissais l'un et l'autre par cœur et je savais reconnaître les signes qui montraient qu'ils étaient mal à l'aise.

-Vous ne sauriez pas quelque chose, par hasard ? fis-je en plissant les yeux.

-Si, admit Matthew avec franchise.

Becca fronça les sourcils et lui fila un coup de coude.

-Hé ! protesta-t-il. Elle aurait fini par le savoir !

-Tu manques tellement de bonne volonté, Uley, soupira ma meilleure amie. Je te préviens Allie, ce n'est pas la peine de nous harceler pour connaître la vérité, parce que ton grand Alpha de père nous a aimablement conseillé de laisser Will se débrouiller tout seul pour faire sa révélation.

Je pilai net, alertée.

-Papa vous adonné un ordre direct ? Mais il ne le fait presque jamais ! Ca doit vraiment être grave pour qu'il ait utilisé sa voix d'Alpha.

-Ne t'en fais pas, il ne nous a contraint à rien, me rassura Matt. Jacob ne nous forcerait pas à faire quelque chose qui va à l'encontre de notre volonté si ça n'a pas de rapport direct avec la sécurité de la meute. Mais les bonnes vieilles habitudes ne changent pas et lorsqu'il fait une recommandation, on la suit.

-Cela dit, poursuit Becca, une lueur malicieuse dans ses yeux dorés, je suis sûre que si tu suppliais Matt il ne tarderait pas à tout t'avouer.

-Je ne me rabaisserai pas à ça, grommelai-je. Tu sais très bien que je préfère la torture, et je vais l'appliquer sur Will en premier. Bon sang, qu'est-ce qu'il a encore fait comme bêtise ?

-Une grosse, précisa Matthew.

Je laissai échapper un soupir, certaine que si ça ne plaisait pas à mon imprégné, ça ne me plairait pas à moi. Cinq minutes passèrent, durant lesquelles nous changeâmes de sujet et parlâmes de tout et rien, mais je bouillais littéralement d'impatience.

-Dites, m'enquis-je, ça vous ennuie si je rentre à la maison ? Will termine sa patrouille à cette heure-ci et je pense pouvoir le pincer.

-Je savais que tu ne tiendrais pas longtemps, commenta Becca, hilare. J'aimerais bien assister au spectacle parce que ça va chauffer.

J'ignorai le double sens de la phrase.

-Eh bien, je suis sûre que vous pouvez m'accompagner au chalet à condition de vous faire tous petits.

-A moins de nous rouler en boule, je ne vois pas comment on ferait rigola Matt, dont le mètre quatre-vingt quinze n'avait rien à envier à Papa, pas plus que Becca qui devait bien faire cinq centimètres de plus que moi.

-Allons-y ! s'exclama ma meilleure amie avec impatience. Le premier arrivé aura le droit de taper Will !

La seconde d'après, elle se transformait en loup-garou au pelage cendre. Contrairement à Elliot dont les poils gris étaient tachetés de noir, les siens étaient de couleur uniforme. Elle était aussi plus élancée et moins massive que les autres modificateurs.

Matthew muta lui aussi, et je fus surprise de constater à quel point la vision de l'immense loup noir m'offrait une sensation d'apaisement et de sécurité. Il me manquait depuis que nous n'allions plus courir ensemble à l'aube, mais j'avais la ferme intention de contourner les règles très prochainement.

Les deux loups-garous jappèrent et détalèrent en direction de l'Est -la maison, Forks.

Je leur laissai une avance symbolique de quelques mètres et démarrai à mon tour. En quelques secondes, je les avais rattrapés et courrais à leur hauteur. Becca, qui n'avait pas spécialement l'habitude de jouer selon les règles, me poussa contre Matthew pour nous ralentir tous les deux. Nous roulâmes l'un sur l'autre ; ce fut un miracle que je ne finisse pas écrabouillée ou asphyxiée sous l'animal lourd et imposant.

-Elle va me le payer, éructai-je en me redressant.

Matt secoua la tête avec indulgence, gueule béante et langue pendante. Je me relevai en agrippant une de ses touffes de poils et il attendit que je l'ais lâché pour bondir en avant.

Je fis tout mon possible pour rattraper Becca, mais elle était presque aussi rapide que tante Leah et ces quelques secondes de retard me furent fatales : lorsque Matt et moi arrivâmes dans la clairière, ma cousine était sous forme humaine, assise sur les marches du perron, son menton reposant sur sa main.

-J'ai cru que j'allais m'endormir, déclara-t-elle d'une voix volontairement trainante.

-Tu n'es pas rentrée dans le chalet ? m'étonnai-je, sachant qu'elle se considérait comme chez elle ici.

J'identifiai la raison de son attente à l'extérieur lorsque je vis Matt froncer le museau et que son corps entier se tendit, réaction instinctive à chaque fois qu'il percevait une odeur de vampire.

-Je suppose que vous ne rentrez plus, hein ? m'enquis-je.

-A moins que tu ne mettes les yeux jaunes dehors, non, répliqua Becca sans animosité mais avec un air légèrement dégoûté.

Matthew transféra son poids d'une patte à l'autre, comme s'il voulait rester avec moi tout en souhaitant mettre le plus de distance possible entre lui et les vampires. Après tout, son père avait été tué par l'un d'entre eux. Je mis fin à son dilemme en ordonnant doucement :

-Rentre à La Push. On se voit plus tard.

Il acquiesça du museau, puis je l'embrassai sur la truffe. Becca se redressa souplement et mes deux amis s'éloignèrent aussitôt. Sans plus tarder, j'entrai dans le chalet.

-Cette Becca est toujours aussi agaçante même quand on ne la voit pas, commenta une voix pincée.

-Merci pour cette remarque constructive, tante Rose, soupira-je en pénétrant dans le salon.

Je parcourus la pièce du regard. Sarah et Liza jouaient du piano en duo dans un angle, se comportant à leur habitude comme si elles n'étaient que toutes les deux. Maman était perchée sur l'accoudoir d'un fauteuil, Lily se tenait elle aussi sur un accoudoir, cette fois celui du canapé et Rosalie et Emmett, l'oncle et la tante de ma mère, étaient installés sur ledit canapé.

Rose était une version vampirique de Lily plus glacée, plus majestueuse et plus impressionnante. Dans la catégorie statue de la Grèce antique, il n'y avait personne pour rivaliser avec elle. Quant à Emmett, c'était un vampire à la musculature presque aussi impressionnante que celle des Quileute, mais ses cheveux noirs et son humour constant le rajeunissaient.

-Salut gamine ! me salua-t-il de sa voix tonitruante.

-Will n'est pas encore arrivé ? Demandai-je, contrariée.

-Non, mais il m'a envoyé un message pour me dire qu'il rentrait avec Elliot et Jacob, annonça Maman. Apparemment, ils ont quelque chose de très important à me dire.

-Ah bon ? Tant mieux, je n'aurais pas à lui tirer les vers du nez comme ça, dis-je en me laissant tomber sur le sofa à côté d'oncle Emmett.

-Toi aussi tu as remarqué son comportement étrange ? s'enquit Lily. (Rose et Emmett ne manifestèrent aucun étonnement à cette nouvelle. Leur fille leur racontait pratiquement tout.) Ca a commencé le jour où on était au cinéma, tu sais ? Le pire, c'est que j'ai l'impression qu'Elliot le couvre, parce qu'il m'a bloquée dans les toilettes des filles pour m'empêcher de...

-Elliot t'a bloquée dans les toilettes ? s'exclamèrent les vampires paranoïaques qui lui servaient de parents.

Maman, qui avait une confiance aveugle en Elliot, leva ostensiblement les yeux au ciel pour leur signifier qu'ils en faisaient trop. J'eus l'impression que Lily rougissait de l'intérieur.

-Enfin bref, tout ça pour dire que Will nous cache quelque chose.

-J'espère pour ce petit chenapan que ça n'implique pas une fille et un lit, gloussa Emmett.

Dégoûtant. Comme d'ordinaire quand il sortait une ânerie d'ordre sexuel, tante Rose lui administra une claque sur la nuque.

-Emmett ! s'exclama Maman d'un air scandalisé. Tu pourrais éviter de faire ce genre d'insinuations sur mon fils de quatorze ans, surtout devant les enfants !

-Nous sommes très choquées, claironna Sarah par dessus le bruit de la musique alors qu'elle ne savait probablement pas de quoi nous parlions.

Maman pivota gracieusement pour se tourner vers les jumelles :

-Vous vous rappelez ce que je vous ai dit à propos d'Emmett ?

-Ne jamais le prendre au sérieux, récita calmement Sarah sans cesser de jouer.

-Et toujours faire l'inverse de ce qu'il nous dit, compléta Liz. Désolée, tonton Emmy.

-Pauvre tonton Emmy ignoré de tous, me moquai-je.

Le colosse croisa ses bras massifs, une expression boudeuse sur le visage, et se renfonça dans le dossier du canapé.

-Oh ça va hein ! Puisque c'est comme ça, je me tais !

-Tant mieux, lança Maman. Est-ce que quelqu'un veut de l'O négatif ? Il m'en reste un peu.

Depuis que le sang de synthèse s'était répandu, Carlisle avait beaucoup moins de remords lorsqu'il dérobait des poches à l'hôpital. Cela permettait aussi de réduire les meurtres humains. Les Cullen conservaient cependant leurs yeux dorés car ils persistaient à se nourrir majoritairement de sang animal pour conserver un meilleur contrôle de leur soif.

Je regardai avec un peu de répugnance Maman verser le contenu de deux poches de sang dans des verres à eau transparents qu'elle tendit ensuite à son oncle et sa tante.

-Ne prends pas cet air, Rosalice, soupira celle dont j'avais à moitié hérité du nom tout en goûtant le liquide couleur rouille du bout des lèvres. Tu ressembles à ton père et, crois-moi, ce n'est pas un compliment.

-Génial, Blondie est ici, grommela une voix grave qui venait de l'extérieur.

Dans la pièce d'à côté, une porte claqua et de gros bruits de pas résonnèrent, annonçant l'arrivée de Papa et de mes frères. Ils entrèrent dans la pièce. Papa s'installa sur le fauteuil dont Maman occupait l'accoudoir et elle s'appuya contre son épaule. Elliot s'assit à côté de moi alors que William restait debout face à nous, manifestement mal à l'aise.

-Heu, d'abord, ce n'était pas prévu qu'Allie et Lily soient là, commença-t-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux châtain cuivré.

Notre cousine fronça les sourcils, vexée d'être tenue à l'écart.

-Nous pouvons tout entendre, tu sais.

-Tant que tu ne t'es pas imprégné de cette affreuse péta… peste qu'est Madison Brown, rigolai-je pour détendre l'atmosphère.

Il se passa une seconde durant laquelle personne ne dit rien. Après une brève tentative pour contrôler son hilarité, Papa rompit un silence gênant en éclatant de rire, faisant vibrer le fauteuil sur lequel il était installé. Elliot et Will échangèrent un regard atterré. Le second sembla pesait le pour –avouer une vérité qui paraissait de plus en plus évidente- et le contre –nier tout en bloc.

-Ne parle pas de Maddie comme ça ! finit-il par s'écrier.

Le pour l'avait emporté. Maman et Lily hoquetèrent, la première de surprise, la deuxième d'horreur. Au piano, les jumelles enchaînèrent fausse note sur fausse note avant de s'arrêter de jouer et de se retourner pour dévisager notre frère.

Catastrophique. Epouvantable. Horrible.

-QUOI ? braillai-je.

-Tu… es… imprégné… de … Madison, balbutia Lily, blanche comme un linge.

-Ouaip, fit Will, sibyllin, en tentant de contrôler son enthousiasme manifeste pour de pas la heurter.

Tante Rosalie le fusilla du regard comme s'il était responsable de ce phénomène et passa un bras protecteur autour des épaules de sa fille. Pendant ce temps, Sarah s'était levée et sautillait, excitée comme une puce :

-C'est trop cool ! Will est amoureux !

-Pourquoi est-ce que tout le monde semble détester cette Madison ? s'enquit Maman, qui avait l'air non seulement inquiète pour Lily mais aussi pas spécialement ravie de découvrir que son fils adoré s'était imprégné.

-Tu verras bien quand tu la rencontreras, gémis-je en prenant ma tête entre mes mains.

-D'après ce que j'ai vu, cette fille est un sacré morceau, rajouta Papa avec quelque chose dans la voix qui ressemblait à de l'admiration.

Soudain soupçonneuse, je me redressai :

-Dis donc Will, je n'aurais jamais deviné que tu t'étais imprégné ! Tu as beau coller Madison, vous passez votre temps à vous invectiver et tu n'es pas très tendre avec elle !

Il haussa les épaules, et mes derniers espoirs pour que cette histoire ne soit qu'une mauvaise blague furent réduits à néant.

-Figure-toi que contrairement à Matthew, je n'ai pas l'intention de me plier en quatre pour mon imprégnée, ni de passer mon temps à la suivre la langue pendante, comme un gentil petit toutou qui attend sa récomp…

-C'est bon, on a compris ! aboyai-je, furieuse.

-Voilà une excellente philosophie, Will ! approuva oncle Emmett avant de se faire de nouveau frapper par Rosalie, qui lui rappela vertement qu'il avait fait vœu de silence.

Mon regard se dirigea vers Elliot qui était resté silencieux jusque là. Il contemplait Lily d'un air inquiet que je comprenais tout à fait : les yeux perdus dans le vague, elle avait la même expression que lorsque, quelques années plus tôt, on lui avait annoncé que Matt s'était imprégné de moi.

Même si ce ne fut pas facile parce qu'elle était très pudique sur ses sentiments, je tentais de me mettre à sa place. Si j'avais perdu Matthew peu de temps après notre imprégnation, sans que notre relation ait le temps de se développer, qu'aurais-je ressenti en voyant les membres de ma propre famille profiter du bonheur qui m'était refusé ? J'aurais probablement était folle de jalousie, j'aurais essayé de m'éloigner de tous les imprégnés, et je me serais sentie coupable de réagir comme ça. C'était d'un compliqué…

-Heu, Lily ? l'appela Will. Je sais que j'ai souvent dit que j'aimerais ne plus jamais te voir, que j'avais l'habitude de te tirer les cheveux et de te traiter de poupée Barbie mais… hum, j'espère que tu ne vas pas partir en courant à chaque fois que tu me verras parce que tu me manquerais vraiment.

Maman et Elliot lui adressèrent un sourire reconnaissant pour l'effort qu'il faisait. L'intéressée se défigea, battant des cils avec véhémence. Elle conserva la ruse qui consistait à prétendre que tout allait bien et qu'elle avait déjà mise en œuvre cinq ans auparavant.

-Ne sois pas ridicule, William. Ce n'est pas parce que je déteste Madison que tu dois être victime de notre mésentente. Je ne promets pas de l'apprécier, mais je la tolèrerai.

Atterrée, je vis Lily passer dans le camp ennemi, tout ça parce qu'elle voulait donner l'impression qu'elle n'avait pas problème. Comment Madison allait-elle s'intégrer à une famille si disparate ? Et avais-je envie que Madison s'intègre à ma famille ? J'avais beau ne pas la détester d'une haine viscérale, je n'étais pas certaine de pouvoir retenir ma colère face à sa mesquinerie.

Beaucoup plus heureux que moi, William eut un immense sourire et chuchota pour lui-même quelque chose qui ressemblait à « il ne me reste plus que la phase cinq maintenant ». Emmett claqua ses mains entre elle pour ramener un semblant de bonne humeur dans la pièce :

-Bon, ceci étant réglé, Rosie et moi étions venus ici pour vous annoncer la nouvelle !

-Quelle nouvelle ? marmonna distraitement Papa.

Tante Rosalie prit la parole :

-Carlisle, Esmée, Alice, Jasper, Bella et Edward reviennent dans une semaine !


Comment trouvez-vous cette immersion dans la tête de Will ? Désolée pour celles qui voulaient qu'Allie pique une crise mais ça ne marche pas comme ça, il serait très malvenu de la part d'une imprégnée de prendre mal l'imprégnation de son frère !

J'ai fait un générique pour Buning Moon (lien sur mon profil) ! Bon, c'est pas du grand art mais je l'aime bien ^^

Le prochain chapitre, qui porte le doux nom d'Etat grippal et retour des Yeux Jaunes, arrive le 10 novembre.