Hello,

Toutes les bonnes choses ont une fin ... Je vous laisse découvrir le fin mot de l'histoire en espérant que vous ne serez pas déçus.

Bonne lecture

Y&A


Jour 6

Jour 6 – FBI, bureau de Peter Burke, 8h00

Peter eut à peine le temps de s'installer à son bureau que son téléphone sonna.

"Bonjour Peter, c'est l'inspecteur Riley. Comment vont votre femme et votre fils ?"

"Bonjour. Bien, ils vont bien. La nuit a été un peu agitée, mais ça va mieux," répondit Peter, un peu surpris par la question.

"J'ai pas mal d'éléments pour vous," enchaîna John.

Peter prit un stylo, prêt à noter ce que l'inspecteur avait trouvé.

"Normalement, vous devriez avoir une enveloppe sur votre bureau," commença par dire John.

Peter prêta attention aux éléments sur son bureau et aperçut effectivement une petite enveloppe. Il s'empressa de l'ouvrir.

John se remit à parler.

"Vous y trouverez l'adresse du container où sont cachés les tableaux, sauf si M. Highsmith nous a fait une mauvaise blague. Le numéro du box est noté sur la clé permettant de l'ouvrir," commença par dire John.

"Vous avez déchiffré le code ?" s'exclama Peter. "Je… heu… bravo, et merci," balbutia Peter pris de court.

"Cela était la première chose," enchaîna John comme si cela n'avait pas grande importance. "Le reste concerne l'agent Kramer."

"Qu'avez-vous trouvé ?" demanda Peter, soudain très intéressé.

"Comme cela ne fait pas vraiment partie de mon enquête, je vais seulement vous donner les pistes à suivre," dit John.

"Je vous écoute," répondit Peter, se moquant éperdument que John ait enquêté sur un membre du FBI.

"Je vous conseille de demander le dossier complet de l'agent Kramer," suggéra John.

Peter regarda à nouveau sur son bureau.

"Je l'ai déjà," répondit Peter. "J'avais demandé aux agents présents à mon domicile de le sortir pour ce matin. Je voulais le lire avant l'interrogatoire."

"Parfait," dit John. "J'espère que vos agents vous ont également imprimé le fichier annexe, pas seulement la partie avec son parcours au sein du FBI. Vous devriez trouver un acte de naissance avec le nom du père de Kramer. Suivez la piste au FBI, vous verrez, c'est une véritable encyclopédie."

"Comment avez-vous eu accès à ce genre d'informations ?" demanda Peter, ne sachant pas trop quoi penser. La police de New York n'était pas censée avoir accès à la base du FBI. Bien évidemment, "l'inspecteur" Riley n'appartenait pas vraiment à la police non plus, ce qui impliquait des sources encore plus obscures. Il n'arrivait pas à décider quelle hypothèse était la pire.

"Ne posez pas une question dont vous ne voulez pas vraiment connaître la réponse," lui répondit John. "Peut-être pourrez-vous utiliser ces éléments durant l'interrogatoire, pour faire parler l'agent Kramer car pour l'instant, nous cherchons toujours l'élément de preuve qui relierait Kramer avec les voleurs ou le commanditaire. Bonne chance."

Ainsi donc Mozzie n'était pas le seul à avoir envisagé que Kramer était mêlé au vol initial. Ils n'en avaient pas parlé après l'intervention de John chez lui la veille, il avait donc tiré cette conclusion par lui-même. Peter, le téléphone toujours à la main, était abasourdi par l'efficacité de l'inspecteur Riley et de son associé. La nuit avait dû être longue.

Avant de se plonger dans le dossier de Kramer, il appela l'agent Markle qui venait d'arriver. Il lui dit qu'il avait enfin l'adresse du container et lui demanda de contacter le conservateur du Stewart Gardner Museum. Peter tenait à ce qu'il soit là pour l'ouverture du dit container et qu'il donne d'éventuelles instructions à suivre pour ne pas risquer d'abîmer les chefs d'œuvres qui n'avaient pas vu la lumière depuis longtemps.

Il avait encore du mal à croire que 25 ans après, on avait enfin retrouvé les tableaux. Il avait hâte de se rendre sur place et pouvoir constater par lui-même que les éléments que lui avait transmis l'inspecteur Riley étaient avérés. Il se refusait encore à tout triomphalisme.

Finalement, Peter se saisit du dossier de l'agent Kramer.

POI - WC – POI – WC – POI – WC

Jour 6 – FBI salle d'interrogatoire, 11h00

Peter souffla profondément avant de pénétrer dans la salle d'interrogatoire où son ancien mentor patientait depuis de longues heures. Il appréhendait ce face à face.

"Enfin, tu te rappelles que j'existe," attaqua sans préambule, l'agent Kramer. " Cette situation est tout à fait intolérable, je saurai me plaindre à qui de droit. Quand vais-je pouvoir partir ? "

"Je crois que tu n'es pas en position de poser les questions, Philip," répondit calmement Peter. "As-tu déjà oublié ce que tu as fait hier? Menacer ma femme et mon fils avec une arme après m'avoir accusé de saboter depuis vingt-cinq ans une enquête fédérale ? Tu peux t'estimer heureux de ne pas être déjà derrière les barreaux d'une prison fédérale."

"Je m'excuse, j'ai laissé ma frustration prendre le dessus. Ca te va ? " rétorqua Kramer d'un ton condescendant.

"Ca suffit, Philip, je ne crois pas que tu sois en position de te comporter de la sorte ", répliqua Peter sèchement.

"Je ne répondrais à aucune de tes questions, Peter," annonça l'agent Kramer. "Je suis toujours convaincu que tu as couvert les traces des voleurs au moment de l'enquête de 1990. Je veux parler à notre patron à tous les deux."

Peter était forcé d'admettre que le culot de Kramer était incroyable.

"Cela tombe bien que tu parles de lui," répondit Peter. "J'ai passé plus d'une heure au téléphone avec le Directeur Pollock. Il n'était pas très heureux d'être réveillé en pleine nuit au départ, mais il m'a donné carte blanche pour mener cette enquête. Arrête de croire que c'est toi qui mène la danse. Et commence plutôt à réfléchir à la manière dont tu vas justifier tes actes, si tu le peux. Rien que les données GPS de mon téléphone récupérées sans autorisation et ton irruption chez moi avec une arme au poing vont sonner le glas de ta carrière au FBI."

Kramer se leva et se pencha d'un air menaçant par-dessus la table.

"Tu mens, Peter," cracha Kramer. "Tu n'as pas parlé au Directeur et…"

"Assieds-toi," l'interrompit calmement Peter. "Tu ne voudrais pas que je rajoute un grief de plus. Je te rappelle également que cet interrogatoire est enregistré."

Kramer s'enfonça dans sa chaise. Peter sentait qu'il perdait peu à peu de sa superbe. Il décida d'enfoncer le clou.

"J'ai trouvé une information intéressante dans ton dossier," annonça Peter. "Ton vrai nom, enfin, ton nom de naissance, Philip Glass."

"Oui et alors ? Je ne vois pas ce que cela a à voir avec le sujet," répondit Kramer, un peu hésitant.

"Pourquoi n'en as-tu jamais parlé ?" demanda Peter.

"A quoi bon parler de quelqu'un qui n'a jamais fait partie de ma vie, dont je ne voulais pas porter le nom ?" répondit sèchement Kramer. "Mon père a toujours été aux abonnés absents."

"En fait, ton père était quelqu'un de très occupé. Son dossier au FBI ressemble à une encyclopédie," enchaîna Peter reprenant les propres termes de Riley.

Kramer resta silencieux mais le voile d'inquiétude qui traversa ses yeux donna à Peter la certitude qu'il venait d'aborder un point sensible.

"Ne me dis pas que tu ne connais rien des activités de ton père. Neal Caffrey est un enfant de cœur en comparaison," continua Peter tout en se mettant à feuilleter le dossier qu'il avait apporté avec lui.

"Je n'ai rien à dire sur le sujet," répondit Kramer.

"Pas moins de dix vols lui ont été formellement attribués. Il a fini par être envoyé en prison en 1988, condamné à quinze ans pour un vol de tableaux avec violence," précisa Peter. "Je pense que tu peux comprendre que je m'interroge sur ton choix de carrière. Surprenant de voir que tu as choisi la branche d'activité qui te donnait la possibilité d'intervenir pour ton père ou pour des complices éventuels…"

"Sur ce coup-là, c'est toi qui déraille, Peter," répondit Kramer en rigolant." J'ai dû voir mon père en tout dix fois dans ma vie. Pourquoi aurais-je voulu l'aider, lui ou ses amis ? Cet homme était un étranger et un voleur."

"Mais il n'en restait pas moins ton père biologique, et l'homme que ta mère a aimé. Les liens du sang peuvent être forts. Ou bien sûr, tu as pu tout simplement le faire pour l'argent après tout."

Deux coups frappés à la porte interrompirent la conversation entre les deux hommes, au grand soulagement de Kramer. Sans vraiment le savoir, pensait-il, Peter approchait bien trop près de la vérité à son goût. L'étau se resserrait autour de lui.

Peter sortit de la salle, contrarié d'avoir été coupé dans son élan.

"J'espère que vous avez une très bonne raison de me déranger, Agent Markle," s'impatienta Peter.

"L'équipe a fini d'étudier le dossier de Mark Glass et nous avons trouvé toutes les preuves dont nous avons besoin. L'homme qui est dans cette pièce a bien trahi le FBI," lui répondit l'agent.

"Montrez-moi tout ça," demanda Peter, curieux.

L'agent lui tendit les papiers qu'il avait apportés. Peter en prit connaissance et retourna dans la pièce sans dire un mot.

"Ca y est, tu as enfin retrouvé la raison, on va pouvoir trouver un arrangement entre gens civilisés," attaqua Kramer.

"Tais-toi, Philip !" ordonna Peter. Il n'en revenait pas que Kramer persiste avec sa ligne de défense, elle ne tenait pas la route. Qu'espérait-il ? Il en devenait ridicule.

"J'ai entre les mains toutes les preuves nécessaires pour t'inculper, en plus des charges évoquées en début d'interrogatoire, d'entrave à une enquête fédérale, de complicité de vol et recel d'objets volées. Soit une bonne dizaine d'années derrière les barreaux, avec un bon avocat."

"Tu n'as rien, Peter", répondit Kramer. "Tu bluffes, comme depuis le début de cette affaire."

"Tu penses que je bluffe et bien voyons ça," annonça Peter.

Il se mit à poser des feuilles de papier, une par une sur la table devant Kramer.

"Des transcriptions, très intéressantes, des aveux de ton père lors de sa dernière arrestation qui mentionne un nom bien connu dans l'affaire qui nous concerne : Arthur Winkler, le commanditaire du vol du Gardner Museum."

Kramer se contenta d'un haussement d'épaules.

"Un extrait de ton compte bancaire aux Iles Caïmans, où l'on voit quatre virements avant et après le vol."

"Et pour finir, la preuve que l'émetteur des virements trouvés sur ce compte est la "Fondation des amis des arts" qui s'avère appartenir, après quelques recherches, aux descendants d'Arthur Winkler. La seule chose qui nous manque est le pourquoi. Pourquoi as-tu fait cela, Philip ?"

Au fur et à mesure des révélations de Peter, Kramer avait perdu de sa superbe. Il gardait les yeux fixés sur la table. Peter et son équipe avaient réussi à relier toutes les pièces ou presque.

"J'attends, Philip. Si tu veux espérer négocier un accord, tu dois m'expliquer le pourquoi," réclama Peter.

Kramer le regarda dans les yeux et se mit à parler. Il n'avait plus rien à perdre, il pouvait juste espérer un traitement préférentiel. Même dans une prison pour cols blancs, un agent du FBI n'allait pas être le bienvenu.

"Crois-le ou non, mais je n'ai eu connaissance des activités auxquelles se livrait mon père que tardivement. Un jour, deux hommes m'ont approché, me demandant de les suivre au Pacific Union Club. C'est ce jour-là que j'ai rencontré Arthur Winkler pour la seule et unique fois de ma vie. Il m'a résumé l'activité de mon père, qui était visiblement un des voleurs les plus côtés de son époque. Il m'a ensuite raconté que mon père s'était joué de lui lors d'un contrat et qu'il entendait donc obtenir réparation du préjudice. Sa première action avait été de faire tuer mon père en prison après avoir toutefois appris qu'il avait un fils au FBI. Il faut croire que mon paternel avait suivi ma vie de loin. Je n'avais pas les mêmes talents que lui mais ma position au sein du département des cols blancs intéressait Winkler encore davantage. Ma première réaction a bien évidemment été de refuser de répondre à ses demandes. Des hommes m'ont harcelé pendant des semaines, puis ils ont menacé ma femme. J'ai fini par céder quand il m'a proposé un million de dollars pour couvrir les traces d'un vol à venir si les enquêtes se rapprochaient trop de la vérité. Je pensais m'en tirer à bon compte. Les chances que je sois affecté au dossier de son vol étaient minces."

"Pourquoi n'as-tu rien dit ? Pourquoi n'as-tu pas été voir notre patron de l'époque ? Tu t'es juste laissé corrompre. Je te pensais au-dessus de cela, Philip. Tu es bien loin du professeur qui m'a tout enseigné," dit Peter.

"Laisse tomber la leçon de morale, Monsieur Parfait," cracha Kramer. "Tu as autant sinon plus de squelettes dans ton propre placard." Il fustigea Peter du regard. "Cette somme était un moyen de préparer ma retraite après tout, nos salaires de fonctionnaires sont très en-dessous du danger auquel nous faisons face au quotidien."

"Sauf que rien ne s'est finalement passé comme prévu," continua Peter, espérant que Kramer livrerait tous les détails de l'histoire.

"Au départ, si. J'ai parfaitement réussi à noyer l'enquête malgré ton acharnement synonyme de sueurs froides pour moi. J'ai dû revenir de nombreuses fois la nuit au bureau pour 'griller' tes avancées," dit Kramer avec un sourire presque fier. "Tu étais déjà un excellent agent. J'ai donc touché mon million de dollars mais la source s'est immédiatement tarie avec la mort de Winkler dans un accident de plongée. En fait, à ce moment-là, j'ai pensé que j'avais vraiment gagné le gros lot. J'avais un bon pactole pour ma retraite et la seule personne qui aurait pu m'impliquer, était morte. Je pensais avoir réussi le coup parfait. J'estimais que c'était une juste revanche pour le fait que mon père m'ait abandonné."

"Et tu as réussi à vivre avec ça toutes années. N'as-tu jamais eu de remords ?" demanda Peter, qui avait passé bien des nuits blanches pour des coups beaucoup moins tordus, généralement initiés par Neal...

"Les remords sont pour les faibles. On m'avait forcé la main, mais une fois ma décision prise, je n'avais aucune raison de le regretter. Je me pensais à l'abri, je n'ai pas touché un centime de cet argent pour ne pas attirer l'attention," conclut Kramer.

"Pourquoi es-tu venu pour l'enquête ? Si tu étais resté en dehors, nous n'aurions sûrement jamais fait le lien avec toi. Tu as fini par te trahir toi-même," enchaîna Peter.

"Je voulais m'assurer que tu ne trouverais pas. Réussir à berner le grand Peter Burke une nouvelle fois était ma façon de te faire payer pour Neal. Je le voulais à Washington et tu as été jusqu'à l'aider à s'enfuir pour le garder à New York. Je n'ai plus jamais abordé cette question, mais ne crois pas que j'ai oublié pour autant."

Kramer le regarda droit dans les yeux. "Tu tiens enfin ta taupe, mais les tableaux sont toujours dans la nature. Tu dois être bien amer, n'est-ce pas ? Sans compter que tu ne peux révéler qui t'a aidé... Un jour Peter, tu seras exactement à l'endroit où je me trouve maintenant et tu comprendras tout le sens de mes actes."

"Ca suffit maintenant," le coupa Peter. "Si tu crois que continuer à porter des accusation va aider ton cas. Etant moi-même victime d'une partie des actes dont tu es accusé, je vais laisser un autre agent prendre le relais." Peter se dirigea vers la porte, puis se tourna en l'ouvrant. "J'espère que le jeu en a valu la chandelle tant que ça a duré, Philip. Au-revoir."

Une fois hors de la salle, Peter s'appuya sur le mur et ferma les yeux. Philip n'avait pas tout à fait tort. Leurs parcours étaient différents, mais garder de tels secrets était un fardeau bien lourd à porter. Son ex-mentor avait aidé à cacher un butin d'un demi-milliard de dollars. Le trésor de Neal valait sans doute beaucoup moins, mais dans son cas Peter cachait en plus qu'un repris de justice était toujours en cavale…

POI – WC – POI – WC – POI - wc

Jour 6 - Appartement au coin de la 3ème et la 46ème, 13h00

"Pour quelqu'un qui nous a fait une scène parce que nous mangions des donuts, remporter de la crème de marshmallows à Paris me semble presque provocateur…" commenta John, nonchalamment appuyé à l'encadrement de la porte.

"Tu devrais peut-être signaler à la police que cet appartement n'est pas vraiment sécurisé. Apparemment on peut y entrer comme on veut," répliqua Neal en se tournant, un sourire aux lèvres.

"Tu repars ?"

La question était purement rhétorique, le sac de voyage de Neal posé sur le lit était plein et les quelques objets personnels sur les étagères avaient été débarrassés.

"Je n'aurais jamais dû venir…"

"Peter te doit néanmoins une fière chandelle. Tes recherches ont été déterminantes."

"Il aurait sans doute fini par trouver même sans moi."

Neal quitta la chambre et s'installa sur l'un des fauteuils.

"Je n'avais pas prévu de le rencontrer." Il eut un sourire amusé. "Si tu ne m'avais pas attrapé, je me serais sans doute contenté de lui transmettre des informations de façon anonyme."

John s'installa sur le canapé. "Tu regrettes ?"

"Non !" s'empressa de dire Neal. Il poussa un soupir. "C'était fabuleux de retravailler avec lui. Cela m'a rappelé les années de notre collaboration."

Neal resta silencieux quelques instants. "Il y a quelques jours je me disais que j'avais idéalisé le temps que j'avais passé à travailler pour le FBI. Sans doute parce que cela était largement préférable aux murs d'une prison. Mais il avait plus que cela. Il m'a…" Il haussa une épaule hésitante, à la recherche des bons mots.

"… sauvé de toi-même ?" suggéra John à voix basse.

Neal ouvrit la bouche pour répondre puis eut un petit rire. "Pourquoi ai-je l'impression que cette phrase ne s'applique pas qu'à moi ?"

John eut un sourire en coin. "Parce que tu es effectivement quelqu'un de brillant ?"

"Je ne crois pas que tu m'aies jamais raconté comment vous vous étiez connus toi et Finch…" Il observa le visage de John resté impassible. "Avoue que votre alliance est pour le moins surprenante. L'ex-agent-espion secret et le génie des ordinateurs alliés dans une bataille mystérieuse pour aider les gens."

Neal ferma les yeux une demi-seconde et reprit. "Une source d'information tout à fait digne de confiance m'a informé que vous étiez en danger. Mon but est simplement de vous protéger et empêcher quoi que ce soit de vous arriver. C'est ce que tu m'as dit lors de notre première rencontre."

"Quelle mémoire," plaisanta John.

"Pas aussi bonne que celle de Mozzie, mais ce n'est pas tous les jours qu'un inconnu te suit toute une journée pour te dire finalement que c'est pour ton bien."

"Et ça fait de moi un, comment as-tu dit déjà, 'ex-espion-agent secret' ?"

"Non, ça c'est plutôt tes méthodes," s'esclaffa Neal. "Ta passion pour les cagoules et les attaches plastique."

"Si ma mémoire est bonne, tu t'étais défait des menottes que je t'avais mises en moins de deux secondes…" riposta John.

Neal se mit à rire franchement. "La tête que tu avais fait !"

John ne put s'empêcher de sourire. Même s'ils n'avaient jamais eu l'occasion de se revoir, Neal Caffrey aurait fait partie des numéros dont il se serait souvenu longtemps.

"Seigneur, ça semble si loin tout ça," soupira Neal. "Mais tu n'as pas changé, tu esquives toujours mes questions. Dire que Peter trouve que je suis doué ; tu me bas à plates coutures."

"Les enjeux ne sont pas les mêmes. Tu es le champion de la manipulation par jeu, pour attraper ton 'pigeon'. Dans mon cas, bien souvent il est question de vie et de mort," répondit John, le visage fermé.

"Je suis déjà mort, John…" précisa Neal.

"Et comme de toute évidence ça te réussit plutôt bien, je ne vais pas te faire des révélations qui pourraient changer ce fragile équilibre."

"C'est si énorme ?" demanda Neal à voix basse.

"Tu n'as pas idée," répondit John sur le même ton.

Il plongea la main dans sa poche.

"Au fait, j'ai quelque chose qui t'appartient." Il lui tendit une petite enveloppe. "La clé et l'adresse du nouveau lieu où se trouve ton butin."

"Comment fais-tu pour avoir toujours un coup d'avance ?" Neal fronça les yeux, "je détesterais jouer aux échecs avec toi. Tu dois être redoutable."

"Je préfère le Xiangpi."

"Et tu te demandes pourquoi je pense que tu as été espion ? Qui sait jouer aux échecs chinois ?" Il secoua la tête. "Quant à la clé, le container ne m'appartient pas. Je l'ai laissé à Peter."

"Il y a une petite fortune en œuvres d'art !"

"J'ai ce qu'il faut pour vivre décemment. Et en plus mes toiles se vendent plutôt bien à Paris," ajouta-t-il. "Donne la clé à Peter, il saura quoi en faire."

"Donc tu as pris ta décision, tu disparais à nouveau ?"

"Pour de bon cette fois. Peter et Elizabeth ont leur bébé et leur vie. Mozzie est dans le fond un solitaire. Je n'ai plus vraiment ma place… On pense toujours que l'on ne se remettra jamais de la mort de ceux qu'on aime, mais les gens meurent depuis la nuit des temps et ça n'a jamais empêché le monde de continuer à tourner."

"Fais attention à toi."

"'Evite les problèmes', oui, promis, je ferai de mon mieux. Je ne pense pas que ta source te prévienne depuis Paris," plaisanta-t-il.

"En admettant qu'elle soit capable de recommencer à nous prévenir," marmonna John dans un surprenant moment de faiblesse.

"La situation 'compliquée' dont tu me parlais le jour où tu m'as trouvé ?"

John se contenta de hocher la tête.

"Mon appartement n'est pas grand, mais si tu passes à Paris, je serais ravi de te faire une place."

"Tu vas quand même dire au-revoir à Peter ?" demanda John pris d'un doute.

Neal secoua la tête, ses yeux s'embuant soudainement. "Non, ce serait bien trop dur."

John fit une légère grimace. Etre mort n'était pas toujours facile, surtout quand on était en vie…

Il se leva et lui tendit la main. "Bonne chance."

Neal lui serra la main chaleureusement. "Vous aussi."

POI – WC – POI - WC – POI – WC

Jour 6 – 930 Grand Street, Brooklyn, 16h00

Le conservateur du Stewart Gardner Museum à ses côtés, Peter se tenait maintenant devant le box appartenant à James Highsmith. Il se tourna vers le conservateur pour lui dire "à vous, l'honneur", en lui tendant la clé.

Les mains tremblantes, le conservateur ouvrit la porte. Un ouf de soulagement parcourut l'ensemble des agents présents, il y avait bien des caisses dans le box. Peut-être que ce Highsmith avait fini par faire une chose honnête dans sa vie.

Au bout d'une heure, toutes les caisses étaient ouvertes. Le "Concert" de Vermeer avait enfin revu la lumière ainsi que "la Sortie de Pesage" de Degas, le Manet "Chez Tortoni" et les esquisses de Degas, le vase de la dynastie Shang et un aigle en bronze ayant appartenu à Napoléon. Highsmith n'avait pas menti, toutes les pièces volées étaient là et en parfait état de conservation.

Envahi par la joie, le conservateur prit Peter dans ses bras pour l'embrasser. Celui-ci se laissa faire comprenant parfaitement son sentiment.

Lui-même était d'ailleurs surpris de ne pas être davantage euphorique. Il venait de boucler un dossier vieux de 25 ans. Les éloges allaient pleuvoir de Washington, avec probablement une jolie prime à la clé, pourtant il avait encore un peu de mal à réaliser l'énormité du succès.

Un camion s'approcha. Toutes les pièces allaient être transportées dans un entrepôt sécurisé avant de prendre la route pour Boston.

Peter s'en alla rejoindre sa voiture. Son travail était fini ici. Son équipe allait se charger de superviser le transfert. Il était soulagé d'avoir résolu une affaire vieille de vingt-cinq ans mais perturbé par tout ce qui avait été révélé.

"Bien joué, agent Burke, encore un succès éclatant pour votre équipe," dit une voix sortie de nulle part.

"On ne vous a jamais appris à vous annoncer, inspecteur Riley ?" répondit Peter, qui n'avait pu s'empêcher de sursauter.

"Pas si je peux l'éviter," rétorqua John tout en sortant de l'ombre du container, derrière lequel il avait attendu que Peter quitte ses collègues. "Je voulais vous saluer une dernière fois avant que nos routes se séparent. Cela a été un véritable plaisir de travailler avec vous. Neal m'avait toujours vanté vos compétences."

"Merci, Inspecteur Riley," répondit Peter. "Mais vous avez joué également un rôle essentiel, vous et votre associé. Si vous cherchez une autre affectation, je serais heureux de vous accueillir dans mon équipe."

"J'apprécie la proposition mais vous savez que cela n'est pas possible," dit John. "Mon passé serait encore bien plus dangereux pour vous que celui de Neal. Je crois que vous n'avez pas besoin de cela."

"C'est vrai que j'ai déjà ma dose de soucis avec Neal," répondit Peter, d'un ton amusé.

"En fait, je suis venu vous donner quelque chose," continua John, tout en fouillant dans sa poche. "Voici la clé et l'adresse du box dans lequel sont stockées les affaires de Neal," expliqua John. "Je vous laisse décider ce que vous voulez en faire."

"C'est un cadeau empoisonné que vous me faites là," dit Peter, tout en tendant la main. "Vous ne serez pas toujours là pour nous sauver la mise."

"C'est probable en effet," ajouta John. "Mais je vous avoue que je ne sais pas quoi en faire non plus."

"Peut-être que je devrais jeter tout cela dans le fleuve," dit Peter, d'un ton las.

"En effet ou donner le tout à Mozzie," proposa John.

"Je ne vais pas décider aujourd'hui," conclut Peter, en mettant papier et clé dans sa poche. "Encore une fois, merci beaucoup." Comme il s'éloignait pour rejoindre sa voiture, il se tourna une dernière fois, "pensez-vous que nous nous reverrons ?"

"Qui sait ? Après tout New York n'est qu'une île…" répondit John avec un sourire énigmatique avant de faire demi-tour.

Secouant la tête, Peter se demanda une nouvelle fois comment ce mystérieux individu était apparu dans la vie de Neal.


A tout de suite ... Ce n'est pas tout à fait fini !