Ça n'avançait pas assez vite ! Minerva s'en serait presque arraché les cheveux en faisant les cent pas dans son bureau si ça avait pu faire passer les jeunots à la vitesse supérieure. Elle avait bien vu qu'Hermione était plus que réticente à jouer cette mascarade et que sa punition marchait parfaitement bien sur la Gryffondor.

Mais Malfoy ! Môssieur Malfoy s'amusait de la situation et en vrai Serpentard la tournait à son avantage. Môssieur Malfoy n'était pas du tout gêné de devoir effectuer ce rapprochement avec Hermione. Non ! Môssieur Malfoy s'en arrangeait tout à fait.

La directrice ne savait pas dans quels tourments était plongé le jeune professeur. Elle se serait alors régalée de la situation. Mais Minerva McGonagall n'en avait pas assez. Ce baiser spectaculaire au déjeuner avait chamboulé tout le Château. Elle avait vu les yeux de Rita briller comme jamais et ses doigts se crisper sur le déclencheur de son appareil photo magique. Ah, ce serait un cliché magnifique, à n'en pas douter.

Cependant, comme Minerva était bien frustrée de la façon que Draco semblait prendre les choses, elle se décida à monter les enchères elle aussi. Bien sûr, Draco entraînait toujours Hermione dans sa chute mais la directrice de Poudlard considérait ça comme un de ces petits dommages collatéraux qui pouvaient parfois arriver et qu'on ne pouvait pas éviter.

Quand dix-huit heures sonnèrent, elle était fin prête. Les elfes avaient réarrangé le nouvel appartement du couple numéro un de l'établissement. Draco Malfoy allait comprendre la panade dans laquelle il s'était englué ! Et il allait crier grâce ! … Ou se mettre en couple avec la Gryffondor… C'était difficile à prédire vu l'attitude de la jeune fille qui paraissait complètement hostile à ce genre de développement.

Elle alla retrouver les deux « tourtereaux » devant les Cuisines où ils l'attendaient. Hermione était plus renfrognée que jamais face à un Draco qui affichait un air bien satisfait. Il lui murmurait à l'oreille un discours qui faisait rougir à vue d'œil le visage de la jeune fille, qui tapait du pied et serrait croisés sur sa poitrine ses bras comme pour les empêcher d'aller valser dans le ventre du Serpentard qui l'agaçait si manifestement. Son énervement était si palpable que la Directrice de Poudlard se dit que le jeune professeur n'avait aucun instinct de survie pour continuer ainsi alors que très vraisemblablement la Gryffondor n'était pas loin de commettre un meurtre.

Quand enfin ils la virent, Hermione poussa un soupir de soulagement et s'avança au-devant de sa Directrice.

« Je vais donc vous montrer, comme promis, votre nouvel appartement. »

Hermione s'arrêta net, ses épaules retombèrent en même temps que sa tête.

Non, Minerva n'était pas son sauveur. Elle était son bourreau qui allait la coller à l'autre petit con, cette espèce de salaud égocentrique qui la saoulait comme jamais, et ce pour toute une semaine.

Elle avait envie de pleurer.

Elle ne voulait plus parler à Draco, elle ne voulait plus l'entendre lui parler de sa réaction « intéressante » lors du baiser de la Grande Salle. Les mots qu'il lui murmurait à l'oreille quand la directrice était arrivée repassaient en boucle dans sa tête : « on voit bien que ça faisait longtemps que personne ne t'avait embrassée… Quelle passion dans tes caresses ! » Hermione ne se souvenait pas l'avoir caressé ou quoi que ce soit.

Même si c'était sa mauvaise foi qui parlait quand elle tenait ce discours. Détails que tout cela !

En remontant les couloirs à la suite de « Mimi la Traîtresse », comme elle avait décidé de l'appeler, le petit groupe se retrouva bien vite au quatrième étage. Juste au-dessus de la classe de Métamorphose.

« Comme vous avez pu le constater Melle Granger, nous nous trouvons juste au-dessus de votre salle de classe. Je ne doute pas que M. Malfoy l'ait remarqué aussi vu le nombre d'années qu'il a passé à vous observer. Par contre, la bâtisse a eu une faiblesse à cet endroit pendant la bataille finale. Les murs ne sont pas aussi épais qu'ailleurs, je vous demanderai donc d'être discrets. En particulier en ce moment. »

« Du moment qu'il garde ses distances, ça devrait aller », bougonna Hermione.

Sans prêter attention à la mauvaise humeur affichée de son étudiante favorite, McGonagall ouvrit la porte et les invita à entrer pour parler plus à l'aise.

Ses anciens étudiants la suivirent sans réussir à voir par-dessus ses épaules à quoi ressemblait l'appartement. Et dès qu'elle dégagea leur vue, tout son sang quitta le visage d'Hermione tandis que Draco perdait toute sa morgue habituelle. Bien sûr, ils avaient deviné un grand espace derrière McGonagall mais ils ne s'étaient pas attendus à ça !

La pièce qui s'étalait sous leurs yeux était grande oui. Un grand espace à vivre, parfait pour un jeune couple. Une grande pièce dans laquelle tenait tout leur appartement à première vue.

« Comme vous pouvez le constater, votre appartement n'est pas divisé par des cloisons. Nous avons choisi pour les murs une teinte assez neutre dans les tons marron pour créer un espace chaleureux que vous pourrez arranger à votre convenance en rajoutant du vert ou du rouge sans problème. Dans votre appartement, deux portes : la porte d'entrée et la porte de la salle de bain. Bien, je vous laisse prendre possession des lieux. »

C'est sur ces mots que la Directrice de Poudlard, qui jubilait intérieurement de voir l'air effaré de ses deux turbulents professeurs, quitta les lieux.

De leur côté, Hermione et Draco n'en menaient pas large.

La Gryffondor voyait tous ses espoirs de s'isoler dans leur appartement s'envoler en fumée tandis que le Serpentard remarquait qu'ils allaient devoir tout partager : le bureau sur le mur du fond et ses deux chaises côte à côte, situés entre les deux fenêtres qui laissaient la lumière pénétrer dans la pièce. Le canapé deux places, à peine assez grand en réalité pour qu'ils y tiennent tous les deux sans être collés l'un à l'autre, juste devant l'âtre dans lequel un bon feu brûlait, à leur gauche. Et dans le renfoncement du mur de droite, il devinait un lit. Un grand lit. Un lit unique. Caché en partie de l'entrée par l'angle que faisait un mur qui s'avançait dans la pièce principale depuis l'entrée et celui le long duquel ce lit était si manifestement placé. C'était sûrement la salle de bain dont leur avait parlé Mimi.

« Alors voilà notre chambre… », commença à récapituler Hermione, les yeux perdus dans le vide.

« Oui, » répondit simplement Draco.

« Et on ne peut pas parler fort à cause de la classe juste en bas… »

« Dans la mesure du possible. »

« On va devoir cohabiter sans faire de bruit, sans se taper dessus, sans donner l'impression que c'est forcé… »

« Ça, c'est mission impossible ! »

« Encore un coup de Mimi la Traîtresse ! »

Hermione se rendit compte de ce qu'elle venait de laisser échapper et regarda Draco. Elle envisagea un court instant de séjourner dans la Salle sur Demande tout en sachant que c'était impossible car si Rita l'apprenait, la mascarade tomberait à l'eau.

Elle regardait toujours Draco. Elle aussi avait remarqué les « arrangements » de l'appartement et elle se disait que les nouveaux rideaux ne seraient pas les seuls aménagements qu'elle pensait indispensables.

Elle ne quittait pas des yeux Draco qui retrouvait le sourire et comme il s'apprêtait à dire encore une connerie, elle se précipita sur la porte pour sortir retrouver Ginny au plus vite.

« Je prends le côté droit du lit, chérie ! », entendit-elle en atteignant le bout du couloir. Elle se retourna un instant, juste le temps de voir Draco, à la porte de leur appartement lui faisant de grands signes de la main, un sourire fendant son visage d'une oreille à l'autre.

Hermione, complètement éberluée par ce qui se passait au Château et découvrant le côté obscur de la directrice de Poudlard, arriva plus échevelée que jamais devant la Bibliothèque. Maintenant qu'elle y pensait, elle ne savait pas où elle pourrait retrouver sa meilleure amie.

Cependant, de la même manière qu'on savait avoir une chance sur deux de retrouver Hermione à la Bibliothèque, il fallait toujours commencer par le terrain de Quidditch quand on cherchait la rouquine. Elle s'y précipita donc.


Ginny filait dans les airs, laissant le vent froid des hauteurs rougir ses joues, oublieuse de ce qui l'entourait. Elle ne voulait plus penser à rien l'espace de quelques minutes, ni ce salaud de Serpentard qui en voulait à son frère ni à l'autre connard qui en faisait baver à sa meilleure amie.

Meilleure amie qui lui faisait depuis le sol de grands gestes pour la faire descendre sans réussir à attirer son attention.

Quand la professeure comprit qu'elle ne réussirait pas à capter l'attention de la rouquine, elle envisagea un court instant de lancer un sort de catapultage à son balais. Elle sortait déjà sa baguette magique quand elle se rappela, juste à temps, que la jeune femme qui se prenait pour une Walkyrie des airs était enceinte et surtout que ce n'était pas la meilleure approche pour la garder comme alliée.

La baguette à la main, elle se résigna à simplement amplifier sa voix d'un Sonorus pour l'appeler, le plus simplement du monde.

« Ginny Weasley », beugla-t-elle de toutes ses forces. « Descends de là tout de suite ! »

Devant le sourcil relevé de Ginny qui la regardait très littéralement de haut, elle ajouta en bougonnant le « s'il te plaît » qui fit atterrir sa meilleure alliée. Ayant arrêté le charme du Sonorus, elle continua ainsi :

« Réunion de crise ! Je viens de découvrir notre appartement. Il va falloir la jouer subtile… »

« Je dois comprendre quoi par là ? »

« L'appartement, c'est une pièce à vivre et une salle d'eau. Pas d'intimité. Que dalle. Mimi nous a foutu dedans. »

« Ok, ce sera serré mais faisable. Tu veux vraiment te venger de lui ? Continuer votre guerre ? »

« Il vient d'annoncer au Château qu'il prenait le côté droit de notre lit. Je veux me venger, oui ! Et pas qu'un peu ! Marre qu'il s'amuse de tout ça. »

« J'ai pensé à quelque chose. »

« Moi aussi. »

« Tu veux faire quoi ? »

« Le petit chéri m'a bien saoulée jusqu'à présent et tout à l'heure, pendant que les Poufsouffles composaient, j'ai repensé à la lettre de Harry. Et je suis sûre que c'est toi qui lui as soufflé cette idée. Tu vois où je veux en venir ? »

Hermione regarda le sourire de Ginny s'élargir considérablement.

« Tu veux… » commença-t-elle.

« Le faire chanter ! » achevèrent-elles en cœur, les yeux brillants d'excitation.

Elles réfléchissaient toutes les deux de la même manière quand il s'agissait de faire des farces. C'était les fausses jumelles Weasley, le revival, ou quelque chose dans ce goût-là et George était vraiment fier d'elles.

« Je m'en suis rappelé moi aussi », dit Ginny. « Alors, j'ai déjà contacté George par Poudre de Cheminette et il est très heureux de pouvoir nous aider. … Surtout qu'il manquait de cobaye pour cette nouvelle invention » ajouta-t-elle après un petit instant de silence. « Enfin bref, je lui en avais touché un mot quand je l'ai suggéré à Harry parce que c'est une farce qui pourrait bien marcher et donc bien se vendre. »

Elle s'assura qu'Hermione la suivait toujours et quand la brunette commença à froncer les sourcils, Ginny sourit et continua.

« Pour l'adapter aux couillons comme Malfoy, qui se méfient bien trop des pralines, George et moi avons développé ce nouveau… comment dire… »

« Médicament contre la connerie naturelle ? »

« Un peu long mais c'est l'idée. Bref, on l'a développé sous forme de pommade. On le met où on veut comme ça : dans les gâteaux, dans le thé, dans tout et n'importe quoi. Même sur les plumes en sucres. Faudrait voir maintenant si c'est efficace. George est ravi que tu aies choisi Malfoy. Et il aura même droit à une version améliorée du produit parce que rien n'est trop beau pour notre Hermy d'amour ! »

« Tu vas me faire rougir ! C'est quoi la version améliorée ? »

« Une petite touche girly qui fait que si Malfoy ingère ce produit et que tu es la première fille qu'il voit, il se mettra à chanter pour toi, les plus 'belles' chansons d'amour. Il faut dire aussi qu'il ne pourra pas s'empêcher de chanter quand il pensera à toi ou quand tu seras en sa présence ou à une distance de dix mètres de lui. »

L'anticipation tendait déjà tous les membres d'Hermione. Elle ne pouvait pas attendre plus longtemps. Elle avait tellement hâte. C'était le produit parfait. Cette pommade, c'était le remède qu'elle attendait depuis toujours et surtout le remède idéal dans leur situation. Et elle savait comment le faire ingurgiter à Draco. Oh, ce serait si facile. Elle s'en frottait déjà les mains.

« Quand George pourra-t-il nous amener la pommade miraculeuse ? »

« Il est à Pré-au-Lard en ce moment-même et nous attend aux Trois-Balais. »

« On attend quoi ? »

« Que McGo donne l'autorisation pour une rapide sortie en dehors de l'enceinte du Château. »

« Pas besoin de ça. On va passer outre l'autorisation de Mimi la Traîtresse. Etre professeur présente l'avantage d'entrer et sortir du Château comme on l'entend. »

C'est à bonnes enjambées qu'elles firent l'aller-retour jusqu'aux Trois-Balais sans être inquiétées par qui que ce soit et en riant d'avance du spectacle qu'elles auraient bientôt.


De retour à Poudlard, Hermione se fit violence pour demander aux elfes de préparer un plateau de thé et quelques gâteaux secs pour l'accompagner.

Elle entra dans leur nouveau chez eux où Draco s'était retranché pour travailler et s'installa à leur bureau juste à côté de l'homme qu'elle voulait piéger. Elle commença gentiment à boire son thé et à manger quelques-uns des gâteaux. A côté d'elle, Draco étendit sa main pour prendre un gâteau lui aussi et déguster ce qu'il prenait pour une offre de paix de sa complice du moment, trop occupé par les copies qu'il corrigeait pour se méfier.

« Draco, » commença-t-elle, sitôt qu'il eut mordu dans le premier gâteau, « il faut qu'on parle. »

Un peu éberlué par cette entrée en matière si solennelle, Draco s'en trouva coi.

Devant le silence du jeune homme, Hermione reprit.

« Je veux le côté droit du lit ! Et que tu arrêtes de flirter avec Mme Bibine. Je trouve ça indécent surtout maintenant qu'on doit faire semblant d'être ensemble. »

« QUOI ? », s'étrangla le Serpentard. « Je… Je ne flirte pas avec Rolanda ! »

« Ah parce que c'est Rolanda maintenant ? Ecoute, ça ne me regarde pas vraiment mais juste pour cette semaine tu pourrais faire un effort je trouve. »

« Mais j… Mais non ! Mais c'est pas du tout ça… Elle ne m'intéresse pas comme ça ! »

« Je comprends. » Hermione attendait qu'il reprenne une autre bouchée. Et pour ça, il fallait qu'il se calme, n'est-ce pas ?

Draco la regarda un instant, une seconde peut-être et, satisfait de voir qu'elle n'objectait rien, reprit un peu de son gâteau.

« Tu n'es pas prêt à l'assumer », lança Hermione au moment où ses dents mordaient dans le biscuit.

Draco se tourna vers elle si brusquement et fut en fait si choqué qu'il en avala de travers et se retrouva à s'entrucher comme un pauvre diable.

« Oh, Draco, ce n'est pas grave. Chacun ses goûts j'ai envie de dire. » Et en même temps qu'elle prononçait ces mots et qu'elle s'empressait autour de lui, elle lui prépara sa tasse de thé.

Oh, elle se souvenait avec amusement de la tête qu'avaient fait les elfes, quand, après avoir demandé une tasse verte et une tasse rouge, elle avait immédiatement pris la verte pour en enduire l'intérieur d'une pommade incolore et inodore. En un mot, une pommade indétectable.

C'est précisément cette tasse qu'elle tendit à Draco après y avoir versé du thé pour aider le jeune à se débarrasser du biscuit coincé dans sa gorge.

S'il avait fait plus attention, Draco aurait vu dans l'expression d'Hermione le piège et aurait refusé la tasse fatidique. Mais comme il était en train de s'étrangler, nous lui concèderons des circonstances atténuantes…

De son côté, Hermione ne désirait qu'une chose maintenant que Draco buvait à grandes gorgées son thé. Penché vers lui, les yeux fixés sur le visage du pauvre jeune homme, elle attendait avec impatience qu'il ouvre les yeux. Qu'elle soit la première qu'il vit.