Bonjour/bonsoir ! Voilà un nouveau chapitre (pas relu par manque de temps :/) !

Merci à Rosy23 et Toutouille pour leur review

Enjoy !


Ils avaient fui toujours plus vite vers l'ouest et se rapprochaient lentement mais sûrement d'Edoras. Les chevaux étaient exténués, mais l'urgence de la situation ne leur permettait pas de faire une pause avant d'être sûrs d'avoir mis assez de distance entre eux et les assaillants du village qui devaient ne pas être bien loin. Ils avaient galopé toute la matinée au rythme de la monture de la jeune femme qui n'était pas aussi rapide que les destriers de ses compagnons. Ils n'échangèrent aucune parole, aucun regard.

Nelliël s'accrochait du mieux qu'elle pouvait à Suie, sa jument, de peur de tomber à cause de son corps qui n'avait pas encore assez récupéré malgré la nuit agréable qu'elle avait passée, mais elle n'avait cure de sa douleur. Dans son esprit, elle revoyait encore et encore l'image de ce corps brûlé, inerte. Elle n'arrivait pas à s'en défaire, ne faisait que fixer un point à l'horizon, le regard vide, emprisonnée dans ce qu'elle aurait aimé n'être qu'un cauchemar. Malheureusement, ce qu'elle avait vu était bien réel. Elle s'était préparée à voir beaucoup de choses pendant son voyage, mais arrivée devant le fait accompli, elle n'arrivait tout simplement pas à l'encaisser. C'était donc ça la guerre ? Des ruines, des cendres, le chaos et la désolation ? Plongée dans ses livres, elle s'imaginait des batailles épiques, des héros triomphant du mal, au secours des plus démunis, et elle avait trouvé ça merveilleux. Maintenant qu'elle constatait les ravages que la guerre laissait dans son sillage, elle se trouvait honteuse d'avoir pu croire à travers de simples histoires qu'une telle chose pouvait être admirable.

Ils s'arrêtèrent en milieu d'après-midi, Théodred jugeant la menace assez éloignée à présent. Ils n'étaient bien sûr pas à l'abri d'une autre attaque et devaient continuer à faire profil bas jusqu'à rejoindre Edoras, mais ils avaient au moins gagné du terrain. Lentement, Nelliël descendit de sa monture et alla s'asseoir dans l'herbe humide. Elle exécutait ses gestes d'un tel automatisme qu'on aurait dit une poupée. Elle se saisit du pain et du fromage que Wine lui tendait et les mangea machinalement, fixant loin devant elle.

Théodred soupira. Il ne pouvait la laisser dans un tel état, elle deviendrait un poids s'ils subissaient une attaque ennemie. Il devait la faire réagir avant qu'elle ne perde complètement pied. A cet instant, il regrettait de lui avoir proposé de les accompagner, mais se tempéra avec la pensée que l'expérience aurait été encore plus traumatisante si elle s'était aventurée seule sur ces terres.

« Eared, occupe-toi d'elle, elle est en état de choc. »

Le garde s'approcha de la jeune femme et s'accroupit pour se mettre à sa hauteur. Hésitant, il commença par l'appeler par son prénom et, ne voyant aucune réaction, il empoigna ses épaules et la secoua doucement. Il n'avait aucune idée sur la manière de procéder puisque, quoiqu'il fasse, elle ne réagissait pas.

« Pousse-toi. » lui ordonna Théodred.

Le garde se releva, laissant la place au prince. Il s'accroupit à son tour. Sans attendre, il la baffa sans douceur mais sans disposer de toute sa force non plus pour ne pas trop lui faire de mal. Cela eut l'effet escompté puisqu'elle se releva d'un bond, un air outré sur le visage.

« Non mais ça va pas ?! cria-t-elle.

- Je pensais qu'une baffe te ferait réagir, et ce fut le cas. Maintenant, baisse d'un ton, nous ne sommes pas encore hors de danger. »

Se faire gronder avait un instant complètement effacé les horribles images dans son esprit. D'abord honteuse pour le raffut qu'elle venait de faire et pour s'être laissée emporter dans ce qu'elle appelait son cauchemar éveillé, elle se reprit bien vite et se surprit même à sourire. Elle ne pouvait en vouloir à Théodred pour son geste, il avait fait ce qu'il devait faire pour qu'elle puisse se libérer et être en pleine possession de ses moyens.

La pause dura une bonne trentaine de minutes. Ils l'auraient écourtée si possible, mais les chevaux étaient à bout. Ils les laissèrent donc brouter l'herbe et s'abreuver dans un petit point d'eau plus loin. Toujours dans le silence, ils se remirent en route, alternant leur vitesse pour rendre le voyage plus supportable à leur monture. Maintenant qu'elle avait de nouveau conscience du monde qui l'entourait, son corps entier lui rappelait qu'il ne s'accommodait pas au voyage. Elle essayait tant bien que mal de synchroniser ses mouvements à ceux de Suie, de bouger le moins possible, mais la douleur était omniprésente. Cependant, elle ne se plaignait pas. Elle ne pouvait se le permettre. Concentrée sur le paysage qui défilait, elle serrait les dents, attendant patiemment qu'ils montent le camp pour la nuit.

Quelques heures plus tard, ce fut le cas. Nelliël, soulagée, déposa pied à terre avec beaucoup d'enthousiasme et installa immédiatement ses affaires. Cette fois-ci, elle s'occupa des chevaux avec Théodred. Elle avait mal, mais son corps n'était pas à bout de fatigue, elle pouvait encore se rendre utile. Elle pouvait néanmoins sentir le regard que lui lançait le rohir comme s'il attendait le moment où elle s'écroulerait de fatigue, et ça la gênait affreusement. Elle n'en dit mot, consciente qu'elle avait déjà plusieurs fois montré des signes de faiblesse.

Une fois sa tâche accomplie, elle s'installa sur ses couvertures en attendant que ses compagnons aient tous fini leur tâche. Quand on lui tendit son repas, elle l'accepta en soupirant. Le même repas trois fois par jour depuis trois jours, pas particulièrement nourrissant qui plus est. Elle avait hâte d'arriver à Edoras et d'avoir enfin de la nourriture digne de ce nom. Elle se coucha après avoir avalé sa ration, bientôt suivie par ses compagnons. Avant de s'endormir, elle put entendre Théodred annoncer qu'ils n'étaient plus qu'à quelques heures d'Edoras. Soulagée d'avoir presque atteint leur destination, elle passa une nuit très agréable, malgré qu'elle fut courte.

Deux heures avant l'aube, Nelliël fut réveillée en sursaut par l'agitation de ses compagnons. Ils s'étaient tous levés et avaient dégainé leur épée, en garde. Elle comprit immédiatement qu'ils étaient attaqués. Repoussant ses couvertures d'une main, elle se releva d'un bond et attrapa ses dagues, rejoignant le cercle qu'ils avaient formé. Le souffle court, elle attendait, comme les autres. Dans la pénombre, ils n'y voyaient presque rien. Ils n'avaient aucun endroit où se cacher, ils étaient totalement à découvert. Seule la lune leur offrait suffisamment de luminosité pour distinguer la forme d'un éclaireur orque qui s'avançait droit sur leur campement, à quelques mètres.

Sans un bruit, Déor se saisit de son arc, une main sur la poignée, l'autre étirant la corde, attendant le signal de son prince pour décocher la flèche qui visait l'éclaireur. D'un signe de main, il l'autorisa à tirer. Nelliël sursauta en entendant l'armure de l'orque claquer contre le sol. Elle était beaucoup trop tendue. Les nuages avaient recouvert la lune, les privant de sa lumière. Ils n'y voyaient rien. Seule l'agitation des chevaux leur indiquait que quelque chose approchait. L'épée à la main, ils attendaient, tendus, impatients, et ils n'eurent pas à le faire longtemps. Les rayons lunaires réapparurent, éclairant la plaine, dévoilant une horde d'orques des montages blanches courant dans leur direction.

« Ils sont beaucoup trop nombreux ! En selle, nous devons fuir jusqu'à Edoras ! » cria Théodred.

Il la poussa à l'épaule, voyant qu'elle mettait un certain temps à assimiler l'information. Instantanément, elle s'élança vers Suie, manquant de trébucher car ses jambes semblaient s'être transformées en coton sous la tension qui l'habitait, et grimpa sur le dos de sa jument. Celle-ci, comprenant l'urgence de la situation, se lança au galop en même temps que les autres montures, en direction de la capitale du Rohan. Ils laissèrent sur place leurs couvertures et les dernières rations de nourriture qu'ils avaient emportés, une chance qu'ils n'étaient plus très loin d'Edoras.

Les orques les suivirent une bonne heure, courant après eux, suivant leur trace alors qu'ils se faisaient facilement distancer, puis ils abandonnèrent, conscients que la lumière du jour allait les rattraper s'ils ne retournaient pas au fond de leur trou. Nelliël, enfin rassurée de savoir qu'ils n'étaient plus à leur trousse, sentit ses muscles se détendre ainsi qu'un sourire naître au coin de ses lèvres. Elle n'avait jamais senti une telle montée d'adrénaline ! Certes, elle avait eu la peur de sa vie, mais, en cet instant, elle se sentait vivante. Théodred lui sourit, sachant très bien d'où lui venait cette bonne humeur. Lors de ses premiers voyages, il avait connu la même exaltation face au danger, mais, à cette heure-ci, il ne pouvait se réjouir d'être en vie alors que son peuple se faisait massacrer par les alliés du mal.

Après encore deux heures de chevauchée au petit galop, ils purent enfin apercevoir Edoras. La ville se dessinait sur le piton rocheux, illuminée par les premiers rayons du soleil. Tous s'apaisèrent en voyant leur chère cité au loin, se dressant fièrement à travers les plaines du Rohan. D'un coup de talon, ils accélèrent le rythme, pressés d'arriver au terme de leur voyage.