Je me demande s'il y a encore des gens qui lisent cette fic... En tout cas, merci pour les reviews ! Ca m'a beaucoup encouragée à ne pas lâcher !


Des Griffes dans la nuit

Partie 9

Marian Cross n'était pas le genre d'homme à montrer sa surprise. C'était la règle principale au poker, garder un visage neutre, et la vie était une partie de poker : on commençait dans la vie, on ramait encore et encore, on gagnait, on perdait (plus que ce qu'on avait gagné), et on ouvrait enfin les yeux en découvrant le système triche. Dès lors, une fois qu'on avait pigé la méthode, en théorie, on gagnait. Le seul problème, c'est que toute théorie a une faille : la nature humaine.

-Apprendre à utiliser une arme à feu ? Toi ? Lui ?

Cross pointait une fourchette tremblante d'incompréhension vers Allen, lequel avalait tranquillement son petit déjeuner. Bien qu'Anita l'ait prévenu de leur visite au stand de tir de la ville, Cross semblait débarquer de très loin. Elle le lui avait pourtant rappelé, et plusieurs fois.

-Ce gosse ne serait pas foutu de charger des munitions ! Tu veux qu'il tue quelqu'un ? Tu veux qu'il provoque encore une catastrophe ? Tu sais à quel point il attire les accidents mortels !

-Chéri, répondit calmement Anita, qui pliait des napperons à côté de son neveu, nous en avons déjà parlé. J'ai pris le rendez-vous la semaine dernière, je ne vais annuler maintenant parce que tu viens de comprendre ce que je te répète depuis déjà un moment !

-Chérie, renchérit Cross d'un air entendu, il n'est pas…

-Je juge cela approprié aux circonstances, Marian. Et Allen est d'accord avec moi. Tout est réglé. Je tenais simplement à te mettre au courant. Mais comme tu ne m'écoutes manifestement pas…

Loin d'être découragé, Cross brandit son journal et lança avec fierté :

-Bien sûr, que je t'écoute ! Toujours ! Je dois juste dire que cette idée était tellement bizaroîde que je l'ai prise pour une plaisanterie !

Tout en soupirant, Anita posa son dernier napperon et pinça gentiment la joue de son mari.

-Vraiment, tu m'écoutes ?

Tout sourire, Cross l'enlaça et souffla à son oreille :

-Toi et seulement toi, ma beauté.

Allen faillit recracher son jus d'orange. La voix mielleuse de Cross lorsqu'il parlait à une femme lui donnait toujours envie de vomir. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait assisté à tellement de scènes semblables avec tellement de femmes, succombant au charme-à ses yeux- inexistant de son oncle, qu'il avait envie de hurler à la mort. Si même Anita tombait dans le panneau…

-Alors tu seras bien aimable de finir la vaisselle pour moi. Je t'aime.

Sur ce, Anita tapota doucement la joue de son mari, se dégagea de l'étreinte soudain moins enthousiaste et lança :

-Allen, mon chéri, prends ton manteau. Nous ne voudrions pas être en retard.

Sans tarder, le jeune homme s'exécuta. Il bondit dans l'entrée, saisit son manteau et sauta dehors aussi vite qu'il le put pour éclater de rire.

C'était tellement drôle que les larmes se mirent à couler au coin de ses yeux. Cross Marian, prends toi ça ! Aaaah, comme il était heureux que son oncle se soit marié à une telle femme ! Même si elle prétendait lui voir des qualités, elle, au moins, ne cédait pas à tous ses caprices et savait comment le manœuvrer.

Une fois un peu plus calme, Allen tendit l'oreille vers l'intérieur. Anita n'était toujours pas sortie. En entrouvrant la porte, il réussit à saisir quelques brides de phrases telles que « mais ma chérie… », le tout avec des airs de supplication. Si on lui avait un jour dit qu'il assisterait à ce genre de scène, il aurait répliqué quelque chose de méchant au gars, mais franchement, même dans ses rêves les plus fous, il n'avait imaginé voir un jour Cross en train de…

-Yo, Allen !

Allen sursauta violemment et soupira de soulagement en apercevant Lavi s'approcher. Il lui sourit et descendit l'accueillir.

-Bonjour, Lavi. Anita et moi allons en ville aujourd'hui. Tu tombes mal.

-Hum.

Lavi le regardait sans rien dire, sourcils froncés. Allen allait lui demander comment il allait quand il remarqua un détail étrange. Le nez du rouquin frissonnait. Est-ce qu'il le …reniflait ?

Oh.

-Qu'est-ce que c'est que cette odeur ? Tu ne sentais pas comme ça hier ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu es blessé ? Que…Quelque chose t'a fait du mal ?

Allen lança un regard par-dessus son épaule. Anita n'était toujours pas là. Il avait tout le temps… Il inspira un grand coup, et raconta tout ce qui s'était passé la veille. Comment il était allé se promener, comment il était tombé sur les deux loups gris, comment il avait failli se noyer, comment Cross avait chassé les prédateurs et au passage comment Link l'avait sorti du lac.

Affolé comme jamais, Lavi ne dit rien pendant quelques secondes, trop occupé à se toucher le visage de ses deux mains, manifestement pour montrer à quel point cela le préoccupait. Pendant un instant, Allen se demanda si cette réaction était due au fait qu'il avait failli mourir ou bien simplement à Kanda, qui avait demandé à son ami de veiller sur lui. Mais enfin, Lavi l'appréciait, et il ne pouvait pas être si égoiste. Allen chassa donc les mauvaises pensées de sa tête et décidé de rassurer le loup-garou. Au moment où il ouvrait la bouche pour dire la première chose gentille qui lui passerait par l'esprit, Lavi murmura d'une voix blanche :

-Kanda va me tuer ! Me tuer, me réduire en charpie et éparpiller mes restes aux quatre vents !

Hum. Il allait sérieusement devoir réviser ce qu'il savait vraiment du rouquin.

Sans prévenir, Lavi le saisit pas les épaules et le regarda droit dans les yeux. Enfin dans l'œil.

-Faut que tu prennes un bain. Un lonnnnng bain. Avec pleins de savons différents. Des huiles essentielles. Des trucs comme ça. J'insiste. Jusqu'à ce que Kanda reviennes, tu te laves à fond, cinq fois par jour !

-Cinq fois ? répéta Allen sans y croire. Mais j'ai pas que ça à faire de mes journées !

-Et tu sors plus ! Ni seul, ni avec d'autres personnes ! Tu restes chez toi et tu t'enfermes dans la salle de bain !

-Ouais, c'est ça, répondit-il.

-Bon sang, j'ai bien cru que tu allais refuser ! Merci mon pote, sourit Lavi.

Derrière eux, la porte s'ouvrit et Anita sortit, suivie de près par Cross, qui n'avait toujours pas abandonné.

-On y va, mon chéri. Oh, bonjour, dit-elle en apercevant le rouquin. Un ami ?

-Oui, confirma Allen. Voici Lavi. Il allait justement s'en aller.

-Et bien bonne journée, jeune homme !

Sur ce, Anita rentra en vitesse dans la voiture, imitée par Allen. Ainsi, la tante et le neveu partirent, laissant en plan deux ahuris à la chevelure rouge sur le palier.


La leçon avait duré deux heures. C'était plus une séance de prévention que de tir. On leur avait passé un diaporama assommant sur les responsabilités qu'incombait la possession d'une arme à feu (et quand on avait rencontré Cross, on savait que cette partie de l'apprentissage ne servait pas à grand chose), ils avaient signé un tas de papier, ou plutôt Anita avait signé un tas de papiers. C'était l'un des seuls avantages à être mineur, se disait Allen. On ne signait pas les papiers officiels. Et on bénéficiait de tarifs sur les moyens de transport, parce que les radins du gouvernement insistaient pour faire payer le bus à des gens qui légalement ne pouvaient pas recevoir de salaire.

En tout cas, il aurait une bonne blague à raconter à son oncle : il avait eu un revolver entre les main pendant près de vingt minutes, et personne autour de lui n'était mort !

-Ouh, siffla Anita, quel froid !

Ils sortaient du stand de tir. La voiture n'était pas garée loin. Il faisait encore un peu jour. Au coin de la rue, les lumières chaleureuses de la librairie brillaient. A l'intérieur, on apercevait des gens, sans leurs manteaux. Comme il devait faire bon à l'intérieur…

-Chéri, va m'attendre dans la librairie. Je vais chercher la voiture. Il fait vraiment trop froid.

Allen obéit sans rechigner. Il courut se réfugier à l'intérieur et sentit sa peau frémir de bonheur au contact du chauffage. Il épousseta la neige sur son manteau et souffla sur ses mains.

-Froid, hein ?

Pour la deuxième fois de la journée, Allen sentit son cœur s'arrêter. Il se retourna sans respirer et expira de soulagement en reconnaissant Kazana Reed. Le jeune homme était installé au comptoir, ses écouteurs dans les oreilles, un chocolat chaud fumant à côté de lui. Il tenait un guide touristique ouvert devant lui. Allen s'installa à coté de lui, toujours en se frottant les mains.

-Et encore, ce sera pire dans quelques semaines, quand on n'aura plus du tout de soleil.

Kazana lâcha un petit rire.

-Mes vêtements d'hiver sont prêts et bien pliés dans mon armoire.

Il se retourna complètement vers lui et lui lança un grand sourire moqueur.

-Alors comme ça, paraît qu'on va avoir le plaisir d'écouter ton groupe au concert ? Elle est déterminée, Lenalee Lee !

Allen leva les yeux au ciel sans même s'en rendre compte.

-Je ne te le fais pas dire.

-J'imagine que t'as échafaudé un plan tordu pour te sortir de cette magouille ?

-J'y travaille, répondit-il très sérieusement. Il est hors de question que je pose un seul pied sur scène.

-Je suis d'accord. Mon pantalon se souvient encore de la dernière fois où tu es…

-Oui, je sais. Moi aussi, je m'en souviens. Je t'ai déjà remercié, et je me suis déjà excusé pour ton pantalon.

Le ricanement à côté de lui ne faisant pas mine de s'arrêter, Allen jeta un coup d'œil au guide touristique.

-Tu vas à Rome ? demanda-t-il avec étonnement.

Kazana arrêta soudain de se moquer inspira une grande bouffée d'air. Allen ne l'avait pas remarqué jusqu'ici, mais il semblait anormalement heureux.

-Tu as devant toi, dit-il solennellement, la personne qui a décroché une putain de bourse pour deux ans en Italie.

Il plaqua ses deux mains sur son visage et commença à rire tout seul.

-Non ? souffla Allen.

Il n'y avait qu'une seule bourse disponible à Inuvik. La personne qui l'obtenait pouvait partir de deux à trois ans faire ses études à l'étranger, après le lycée.

Et là, c'était Kazana qui l'avait eu.

Kazana Reed, président du club vidéo de son lycée, sans doute l'élève le plus travailleur et le plus acharné de l'école. Allen sentit ses jambes trembler. La joie était contagieuse.

-Je le crois pas ! s'exclama-t-il. Je le crois pas ! Bravo, Kazana ! Franchement, bravo ! Tu l'as mérité ! Je suis tellement content que tu l'ais eue ! Bon sang, j'en suis même fier ! Le gars qui m'aidait à servir le thé et à faire la vaisselle va étudier en Europe !

-Haha ! Je ne me suis jamais senti aussi vivant de toute ma vie !

Kazana essuya quelques larmes qui émergeaient du coin de ses yeux.

-On m'a téléphoné ce matin pour me le dire. Je crois que je n'ai jamais vu mes parents aussi heureux. Maman a passé la journée à nous cuisiner un festin. Et mon père, je te raconte pas. Il s'est carrément mis à pleurer, j'ai dû lui passer des mouchoirs ! Franchement, c'est moi qui devrais pleurer !

Les parents de Kazana Reed n'étaient pas riches, loin de là. Allen avait toujours eu conscience que sa situation n'était pas enviable, mais celle de son ami ne l'était pas non plus. Peu après son accouchement, sa mère avait fait une dépression et tenté de se suicider. Elle prenait toujours des médicaments. Quand à son père, il avait appris quelques années plus tôt qu'il était atteint d'un cancer. Il avait dû arrêter de travailler. Comme Allen, Kazana avait passé sa vie à jongler entre les petits boulots et les études. Ce garçon là avait supporté sa famille et avait continué à tracer son chemin malgré les difficultés. Du point de vue d'Allen, c'était une personne admirable, qui lui ressemblait sur de nombreux points. Aujourd'hui, il faisait la fierté et le bonheur de sa famille. Personne d'autre n'aurait pu mériter plus que lui cette bourse.

Un klaxon retentit à l'extérieur. La voiture d'Anita était devant la librairie.

-Je dois y aller, dit Allen. Encore bravo, Kazana. Je suis vraiment content pour toi. Régale-toi ce soir !

-Merci, mon ami !

Arrivé à la porte, le garçon l'interpella :

-Allen ! Ne lâche jamais rien, tu m'entends ? Jamais ! Un jour, toi et moi on repensera à tout ça autour d'un café et on se dira : on a fait du bon boulot, tous les deux ! Tu es comme moi, Allen Walker : un jour ou l'autre, tout finit par s'arranger, et alors là, on commence à vivre !

A ces mots, Allen ne répondit rien. Il ne put que sourire. Il laissa ainsi derrière lui un Kazana aux anges et les yeux larmoyants.

Dans la voiture, Anita avait mis le chauffage et l'attendait.

-Tu as eu une bonne nouvelle ?

-Je n'avais pas eu une aussi bonne nouvelle depuis longtemps !

-Tant mieux, alors.

Le trajet, s'il ne fut pas long, lui sembla durer longtemps, aussi longtemps qu'un vol pour l'Italie.

Plus à lui-même qu'à Anita, il dit avec un grand sourire :

-Au final, tout s'arrange !


Allen était sous sa douche quand on sonna à la porte, aussi, n'entendit-il rien de ce qui se passait au rez-de-chaussée. Il ne prêta pas non plus attention aux pas dans l'escalier, et les menaces qui fusèrent tout bas derrière la porte de la salle de bain furent étouffées par la serviette qu'il utilisa pour se sécher cheveux et oreilles.

Il voulait bien faire tous les efforts possibles avec tous les savons de la maison, mais il doutait sincèrement que Kanda remarque quoi que ce soit sur son odeur. Après tout, il lui restait encore un jour avant qu'il ne revienne, et s'il passait ces vingt-quatre heures collé à Link et Lavi, l'odeur des autres loups, qui ne l'avaient pas approché tant que ça après réflexion, disparaitrait surement très vite.

Il enfila son pyjama et remit la serviette sur ses cheveux encore humides. Il n'avait pas envie de s'inquiéter des loup-garous. Pas ce soir. Kazama lui avait donné une excellente raison d'appréhender les choses de façon plus positive, et ce genre de chose était trop rare pour qu'il passe la soirée à ruminer sur ses mésaventures.

Oh, et il fallait absolument qu'il annonce la bonne nouvelle à Lenalee et aux autres ! Ils ne connaissaient pas Kazama aussi bien que lui, mais il s'agissait tout de même de la personne qui avait décroché la seule et unique bourse à des kilomètres à la ronde ! Où était son télé…

-Les garçons, appela Anita depuis le salon, à table !

…Il aurait tout le temps de les appeler après manger !

Des idées culinaires plein la tête, il sortit rapidement en chantonnant de la salle de bain, et rentra en collision frontale avec quelqu'un.

-Non mais…

Allen leva les yeux pour dire au mur humain de se bouger de son chemin de façon plutôt impoli, que ce soit, Cross ou Link.

Manque de bol, ça n'était ni l'un ni l'autre.

Allen en resta scotché. Il eut une pensée navrée pour Lavi.

-Bonsoir, dit froidement Kanda.

Le loup-garou le regardait droit dans les yeux. Il n'avait pas l'air très content.

-Kanda ! Tu es enfin rentré ! Tu m'as manqué !

Peut-être que le regard admirateur et un mélange de soulagement et de joie intense l'amadoueraient-ils ? Le garçon n'avait guère pris le temps de réfléchir avant d'ouvrir la bouche.

Mais le froncement de sourcil du loup lui ôta tout espoir.

-Oooh, d'accord. J'ai fait une bêtise.

-Hum !

-Mais je suis toujours vivant !

Kanda posa un doigt sous son menton et se rapprocha de son visage.

-Tu es vivant et vierge ?

Pris de cours, un silence embarrassant prit place autour d'Allen.

-…Quoi ?

-Rien. Tu ne me dis pas ce qui s'est passé ?

-Hum…

Kanda avait presque pété un plomb quand Link avait débarqué. Son manque de réaction lui faisait un peu peur.

-Euh…En fait…

-Non, laisse tomber, dit-il en le lâchant.. J'ai senti l'odeur à des kilomètres. Je suis passé voir l'abominable crétin avant de venir.

-Tu parles de Lavi ?

Kanda le prit par la main et ils descendirent l'escalier.

-Qui d'autre ? Cet incapable m'a tout raconté. Crois-moi, il regrette.

-Oui, ça je sais. Ce matin il était vraiment…

-Il regrette beaucoup plus que ce matin, fais-moi confiance.

Bon, Kanda avait du faire mal à Lavi, très mal même. En bas, Link et Cross étaient déjà à table. Le loup leur lançant un regard noir lorsqu'ils entrèrent dans la salle à manger.

-Kanda, dit Anita qui arrivait derrière eux, un plat en céramique entre les mains, tu resteras bien manger avec nous, n'est-ce pas ?

Allen ouvrit grand les yeux et la bouche. Kanda, manger à la même table que Link et Cross, n'était pas du tout une bonne idée. Surtout Cross, avec ses grandes idées sur les mariages arrangés.

-C'est très aimable à vous, madame. Merci.

-Mais de rien. Allen, vas chercher des couverts supplémentaires, s'il te plait. Je vais faire de la place à table.

Elle avait une drôle de façon de lui sourire. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien…

Allen réalisa avec stupeur que Kanda lui tenait toujours la main. Il la lâcha soudain et fonça chercher une assiette et des couverts.

-Qu'est-ce qu'il y a ? souffla une vois à son oreille.

L'assiette lui glissa des mains. Un millier de jurons lui passèrent dans la tête. Aussi rapide que l'éclair, Kanda l'attrapa et le tapa sur la tête.

-Chiffe molle.

-Quoi ? Qu'est-ce que tu as osé dire ?


-Alors, dit Cross, c'est qui, celui-là ?

-Chéri, reprocha Anita, un peu de tenue. Kanda, dit-elle avec un grand sourire, voici mon mari et l'oncle d'Allen, Marian. Marian, voici Kanda.

Kanda inclina légèrement la tête pour le saluer, clairement à contrecoeur.

Cross, lui, se contenta de fourrer sa fourchette dans sa bouche, ignorant royalement le nouveau venu assis à sa diagonale. Ce n'était certainement pas un petit gars à queue de cheval qui allait perturber sa digestion.

-Kanda est le petit ami d'Allen.

-PFFFFFFFFFF !

Si les volcans faisaient du bruit lorsqu'ils entraient en éruption, ce n'était rien à côté d'un Cross en train de s'étouffer et de recracher tout ce qu'il a dans sa bouche, majoritairement dans l'assiette dans face, à savoir celle d'Allen.

Celui-ci lança un regard partagé à son assiette.

-Beurk, déclara-t-il finalement.

-Marian ! s'exclama Anita. Mais qu'est-ce qui te prend ? Allen, donne moi cette assiette, tu ne vas pas mangé ça…Et toi, tu es content ? Tu vois un peu tout ce que tu as gâché ?

Anita repartit en cuisine et revint avec une assiette propre. Cross, lui, ne faisait pas mine de vouloir se lever. Ses yeux effectuaient un va et vient en boucle sur le couple installé en face de lui, de la tête encore dégoutée du récent spectacle d'Allen au regard victorieux que Kanda posait sur Link.

Chouette, comme repas.

-Depuis quand…Comment…J'étais sûr que…

De désespoir, il se tourna vers Link, qui sortait les crocs sans lacher Kanda du regard.

La sonnerie du téléphone retentit, aux oreilles d'Allen, comme une bénédiction.

-Je vais répondre, dit-il.

-Marian, dit Anita, fais un effort ! Nous allons être amené à le voir souvent, maintenant. N'est-ce pas Kanda ?

-Souvent ? Souvent ?

Allen décrocha le téléphone en soupirant, et se félicita d'avoir quitté la table pile à ce moment-là.

-Allo ?

-Allen ? C'est moi. Tu as entendu ce qui arrive aux Reed?

C'était Lenalee. Décidément, la nouvelle avait déjà fait le tour de ses amis !

-Bonsoir, Lenalee ! Oui, je l'ai vu tout à l'heure, il m'en a parlé. C'est vraiment génial pour lui. Je suis très content qu'il…

-Quoi ? De quoi tu parles ?

Il s'arrêta de parler et remarqua la voix tremblante de son amie.

-Toi, dit-il, de quoi tu parles ?

-La maison des Reed est en feu ! Je le vois de ma chambre ! Tout le quartier est dans la rue en train d'attendre les pompiers ! Les gens ont essayé de se relayer avec des sceaux d'eau, mais l'incendie est trop important et toutes les issues sont fermées ! Impossible d'entrer à l'intérieur ! Ils étaient tous dedans !

Allen arrêta de respirer.

Tu es comme moi, Allen Walker.

Un jour ou l'autre, tout finit par s'arranger.

Et alors là, on commence à vivre !


Inspiration soudaine !