Valir : Arthur contre le Simba des broussailles... ce combat épique te sera offert ;)
Ma : les aventures d'Arthur en Afrique resteront dans la légende XD
Emelyne35 : oui, un petit changement de décor ! Merlin est prêt à tout pour ranimer son Arthur !
Julie : si, si... Arthur va chasser le lion... j'ai osé, lol
Legend : emmenez Arthur à la chasse, et il revivra ! C'est ça, le remède à tous les maux ;)
Ce chapitre est long ! Vous allez découvrir comment les bonnes idées de Merlin entraînent de nouveaux problèmes... et je pense qu'à la fin, vous commencerez à comprendre où je veux en venir
CHAPITRE 8
Solel se trouvait sur le terrain d'entraînement, à superviser les jeunes chevaliers qui venaient d'entrer au service de Camelot. Depuis son investiture en tant que Prince héritier, ce travail faisait partie de ses attributions. Il le prenait très à cœur, mettant ses pas dans ceux d'Arthur, qui avait tenu ce rôle avant lui, pour enseigner tout ce qu'il savait à leurs nouvelles recrues. Il s'étonnait toujours du manque de talent des novices qui venaient de les rejoindre, allant jusqu'à se demander, si, à une époque, il avait été aussi peu dégourdi qu'eux avec une épée à la main. Mais il s'efforçait, avec eux, de faire preuve de patience, parce qu'il se souvenait bien qu'apprendre n'était pas toujours facile.
Il était en train de faire la démonstration d'un nouvel enchaînement avec un jeune homme répondant au nom de Lionel, sous les yeux amusés de Gauvain et Perceval, lorsque Léon se présenta sur le terrain pour le solliciter.
-Solel ? appela-t-il, depuis la lice. Excuse-moi, mais je vais devoir t'interrompre.
Solel fit signe à son partenaire de suspendre le combat et se dirigea vers Léon, étonné.
-Que se passe-t-il ? Rien de grave, j'espère ?
-De grave ? Non. Mais il y a une audience publique dans la salle du trône, cet après-midi, près de cinquante de nos citoyens font la queue pour présenter leurs requêtes, et nous n'avons personne pour les entendre.
-Arthur n'était-il pas censé présider cette audience ? demanda Solel, surpris.
-Ah. Oui, effectivement, dit Léon, d'un air franchement embarrassé. Mais... Arthur s'est absenté. Je l'ai découvert tout à l'heure en passant le chercher dans sa chambre. Regarde... Il a laissé une note.
Solel prit le billet griffonné à la hâte, et lut :
Je pars avec Merlin. J'ai besoin de me changer les idées. Merci de me suppléer dans mes devoirs en mon absence. Je serai de retour très bientôt.
Arthur.
-Peut-être conviendrait-il de demander à la Reine si elle accepterait de s'en occuper ? demanda Solel.
-C'est ce que j'ai fait, dit Léon. Mais elle est souffrante.
Solel se sentit un peu idiot tout à coup.
-Le Roi est absent, et la Reine est souffrante, reprit Léon. Par conséquent, c'est au Prince héritier qu'il incombe de remplir les devoirs liés à la couronne... et donc... comme c'est toi le Prince héritier...
-Je le suis, techniquement, acquiesça Solel. Mais tu sais bien qu'Arthur n'a pris cette décision pour rassurer les gens... et que je ne suis pas encore formé pour faire un bon suppléant...
-Eh bien, on dirait que c'est quand même à toi qu'il va incomber de rendre justice, aujourd'hui, dit Perceval, avec une grimace pleine de compassion à l'égard de Solel.
-De toutes façons, tu n'as pas le choix, il n'y a personne d'autre, renchérit Gauvain.
Avant de marmonner dans sa barbe : quand je pense qu'ils ont osé prendre la poudre d'escampette sans moi !
-En avant, Votre Altesse, dit Léon, amusé, en pilotant Solel vers les escaliers. Il faut bien une première fois à tout.
Après la dixième requête, Solel commença à se détendre un peu. Les gens qui étaient venus voir le Roi ne semblaient pas s'offusquer de ce que ce soit lui qui le remplace. Les problèmes auxquels il fallait faire face étaient pour la plupart de petits litiges du quotidien : une vache volée, un préjudice causé à un voisin, une dispute sur la délimitation d'une parcelle. Avec un peu de bon sens, il était possible de les régler de manière équitable. Léon qui était resté pour l'aider lui faisait des signes du regard ou de la main pour lui donner des indications quand il hésitait à prendre une décision. Et il avait l'impression de ne pas s'en sortir trop mal.
Ca lui faisait bizarre, toutefois, d'être assis sur le trône d'Arthur, à rendre justice pour lui, et de s'entendre appeler «Votre Altesse» par les citoyens de Camelot. Il avait l'impression de ne pas être à sa place, et il regrettait que Guenièvre n'ait pas accepté de déscendre pour remplir ce rôle à sa place, en tant que Reine. Arthur avait bien mérité une journée de congé, bien sûr, mais la manière dont il était parti, sans avertir personne, en lui déléguant tout son travail sans même prendre le temps de lui parler face à face, le laissait perplexe. Ce n'était pas une attitude très responsable de la part du Roi qu'il avait toujours connu si soucieux de la bonne marche de son royaume...
Et puis, il avait été sincère, tout à l'heure, en affirmant qu'il estimait n'être prince héritier que de nom. Jusqu'ici, il avait, bien sûr, pris la place de bras droit d'Arthur pour l'assister avec l'entraînement des chevaliers, et la conduite des patrouilles, mais il était bien loin de maîtriser les arcanes des affaires de l'Etat, et il n'avait jamais pensé qu'il y serait impliqué à ce point.
La vingt-septième affaire qui lui fut présentée méritait qu'il s'y attarde un peu plus que sur les autres. Il s'agissait d'un cas d'empoisonnement sur un jeune homme, et sa sœur aînée, qui était venue présenter sa doléance, accusait une voisine jalouse d'avoir usé de magie noire sur lui pour le punir de s'être fiancé à une autre. Arthur s'était doté d'enquêteurs spécifiques pour élucider ce genre de cas : Ranilde et Sayamar, un couple de druides qui de part leur maîtrise de la magie étaient tout indiqués pour faire la part des choses entre les accusations fondées et celles qui relevaient du commérage. Solel les fit appeler aussitôt pour leur demander de se rendre au chevet du patient, afin de soulager ses maux et d'en déterminer l'origine.
Il ne reçut son dernier requérant que tard dans l'après-midi, et lorsqu'il eut répondu à sa demande, il était fatigué comme après une séance d'entraînement.
-Tu t'en es très bien sorti, pour une première fois, lui dit Léon, en le gratifiant d'une tape sur l'épaule. J'ai trouvé tes décisions pleines de respect et de sagesse. Arthur lui-même n'aurait pas fait mieux.
-Merci, dit Solel, touché. A propos d'Arthur est-il de retour maintenant ?
Ils sortirent de la salle du trône et se dirigèrent vers la chambre royale, mais lorsqu'ils arrivèrent en vue de la porte, les gardes l'informèrent que leur souverain n'était pas encore rentré.
Il était déjà l'heure de dîner.
-Je me demande où ils sont partis tous les deux, murmura Solel.
-Ils seront sans doute de retour demain matin, répondit Léon.
Le jeune chevalier pensa à Guenièvre qui était enfermée dans sa chambre, et il se sentit mal pour elle.
-Si j'invitais la Reine à dîner, crois-tu qu'elle se joindrait à moi ?
Léon soupira.
-La Reine ne souhaite voir personne ces temps-ci, dit-il. Mais qui sait ? Tu peux toujours le lui demander.
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Plutôt que d'envoyer quelqu'un à sa place, Solel se présenta en personne à la porte de Guenièvre.
-Ma Dame ? dit-il, après avoir frappé. C'est Solel. Auriez-vous un instant pour moi ?
Il s'attendait à moitié à être éconduit, mais, contre toute attente, la Reine ouvrit la porte.
Elle était vêtue de noir. Ses cheveux étaient tirés en arrière, et ses traits, fatigués. Elle lui adressa un regard amer, qui lui dessécha la gorge. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que c'était à cause de lui si la souveraine juste et généreuse qui avait gouverné Camelot aux côtés d'Arthur n'était plus que l'ombre d'elle-même. Quand il se souvenait des soupçons qu'il avait eus à propos de sa relation avec Gauvain, il sentait la honte lui enflammer les joues. A quoi avait-il pensé ce jour-là, le jour du tournoi ? Comment avait-il pu laisser Morgane le jeter à ce point hors de lui-même ? Guenièvre avait été la victime collatérale d'une situation dont elle n'était en rien responsable. Si seulement il avait pu faire quelque chose pour l'aider...
-Que voulez-vous, chevalier ? lui demanda la Reine d'une voix dure.
-J'ai pensé... que peut-être, vous accepteriez de dîner avec moi, lui proposa Solel.
-Vous n'avez pas à vous sentir responsable de moi en l'absence d'Arthur, lui répondit-elle. Il m'importe peu qu'il soit ici ou ailleurs. Dans un cas comme dans l'autre, je n'ai pas faim.
Solel referma la bouche, ne sachant que dire d'autre après avoir été si vertement éconduit. Non pas que ce ne soit pas mérité.
-Y avait-il autre chose ? demanda Guenièvre, qui semblait impatiente de refermer la porte.
-Non, je... excusez-moi de vous avoir importunée, balbutia-t-il, en baissant les yeux sur ses bottes, totalement confondu.
Il l'entendit soupirer.
-Comment s'est passée l'audience de cet après-midi ? J'espère que vous n'avez pas rencontré trop de difficultés ?
Elle s'était un peu radoucie, et il comprit qu'elle prenait sur elle pour se montrer polie. Cela augmenta encore son sentiment de culpabilité... Si elle avait su qu'il était à l'origine de toutes ses souffrances, à l'origine de la mort du véritable héritier !
-J'ai essayé de faire de mon mieux, ma Dame, lui dit-il, d'une voix blanche. Mais je suis certain que les gens auraient été bien plus heureux de vous avoir comme juge. Peut-être, la prochaine fois, pourriez-vous...
-Quoi, chevalier ? Passer mon après-midi à faire semblant d'écouter les requêtes de mes sujets, alors que mon cœur est ailleurs ? dit-elle, avec ironie. Non. Le peuple de Camelot mérite mieux que cela. Il mérite d'avoir pour juge quelqu'un qui les écoute. Mieux vaut que vous vous chargiez des audiences en l'absence d'Arthur dorénavant.
-Jusqu'à ce que vous alliez mieux, dit-il, plein d'espoir.
Elle le dévisagea avec froideur, et il sentit un frisson le parcourir sous la noirceur de son regard immobile.
-Lorsque les portes d'Avalon se seront ouvertes pour me rendre mon fils, alors, peut-être serez-vous exaucé, et pourrai-je à nouveau rendre la justice du Roi. D'ici là, chevalier Solel, puisqu'Arthur vous a nommé pour prendre la place de Galaad, attachez-vous donc à remplir les devoirs qui accompagnent cet honneur pour tenter de le mériter.
Elle fit une pause, puis conclut :
-Je vous souhaite une bonne nuit.
-A vous aussi, ma Dame, dit Solel.
Il était très pâle lorsqu'il fit demi-tour, et tout appétit l'avait quitté lui aussi.
Au lieu d'aller dîner avec les autres chevaliers, il s'enferma dans sa chambre. Il n'avait pas l'intention de rester là, à tourner en rond. Il ouvrit un couloir pour se rendre sur l'Ile des Bénis. Il avait vraiment envie de la compagnie de Morgane ce soir. Mais elle n'était pas dans les jardins, et elle n'était pas non plus dans sa chambre.
Alors il revint à Camelot, bredouille.
Et en désespoir de cause, il finit par rejoindre la table où mangeaient Léon, Gauvain et Perceval, pour partager son repas avec les autres chevaliers.
J'espère qu'Arthur sera de retour demain, pensa-t-il. J'espère qu'il trouvera le moyen de consoler Guenièvre.
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Alayo, Moukem et Birja couraient agilement à travers les broussailles. Arthur filait sur leurs traces, le front couvert de transpiration. Dans ce climat infernal, son armure faisait office de rôtissoire, et il avait l'impression de griller sous sa cotte de mailles. Quelle idée de l'avoir enfilée avant de partir ! Mais évidemment, Merlin ne lui avait pas donné la moindre indication de l'endroit où il comptait l'emmener... Arthur n'était même pas certain qu'il ait choisi sa destination à l'avance !
Birja, le plus jeune des trois enfants, s'amusait énormément de l'entendre haleter et souffler comme un balourd. Il ne cessait de se retourner vers lui en pouffant de rire. Alayo, l'aîné, quant à lui, semblait effaré par le vacarme que produisait toute cette ferraille qu'il portait. C'était vrai qu'avec tous ces cliquetis, il n'était pas spécialement silencieux !
Hormis ce détail, maintenant que les présentations avaient été faites, les trois jeunes chasseurs semblaient les avoir acceptés, lui et Merlin, avec beaucoup de spontanéité. Bien sûr, ils écorchaient leurs noms à tous les coups : Arthur devenait Aritir et Merlin se transformait en Mirili dans leurs bouches.
Arthur n'avait pas compris tout de suite pourquoi ça les amusait à ce point-là, mais Merlin l'avait aimablement éclairé :
-J'ai l'impression que dans leur langue, Aritir et Mirili sonnent comme des noms de filles.
Arthur attendait qu'ils mettent la main sur le Simba des broussailles pour montrer à ces petits garnements qui étaient les filles dans cette histoire.
En attendant, il réapprenait l'exercice à la dure en songeant à part lui qu'il allait en perdre, du poids, avec cette partie de chasse.
-Chhh ! fit Alayo, en se retournant vers eux, pour la dixième fois.
Arthur jeta un coup d'oeil mécontent à Merlin, qui venait de se prendre le pied dans une racine.
-Un peu de discrétion, Merlin ! Ce Simba des broussailles m'a tout l'air d'être un animal farouche. Avec mon attirail, je risque déjà de le faire fuir, alors si tu t'y prends avec autant de finesse que d'habitude pour l'approcher, nous n'en verrons jamais le bout de la queue.
-Arthur, ça fait deux heures que nous pistons cette bestiole, et rien ne nous assure que nous en verrons le bout de la queue avant la tombée de la nuit dans tous les cas, lui répondit Merlin, qui transpirait abondamment lui aussi même sans armure. Ne croyez-vous pas qu'il serait grand temps de rentrer à Camelot ?
-Certainement pas, dit Arthur, d'un ton déterminé. D'abord le trophée, ensuite Camelot. Après tout, tu l'as dit toi-même : rien d'urgent de nous attend là-bas.
-Simba ! chuchota soudain Moukem, en mettant un genou en terre.
Ses deux compagnons approchèrent aussitôt, et Arthur les rejoignit pour se pencher lui aussi sur les traces qu'indiquait le jeune garçon, plein de curiosité.
-Oh, fit-il à Merlin, d'un ton déçu. Mais c'est seulement un genre de chat sauvage. Je ne vois pas pourquoi ils font toute une histoire de leur Simba, regarde, Merlin.
Le jeune magicien jeta un coup d'oeil aux empreintes. C'était vrai qu'elles avaient à peu près la même taille, et la même forme, que celles qu'aurait laissées un chat. Il ne put s'empêcher de sourire en pensant à la tête que ferait Gauvain quand il apprendrait qu'ils avaient passé plus de deux heures à courir sous un soleil brûlant pour pister un chat. Il l'entendait d'ici éclater de rire. Pour sa part, il se sentait plutôt soulagé. Au moins, les simbas n'étaient en rien apparentés avec les animaux-montagnes qu'il estimait avoir vus de bien assez près tout à l'heure...
-Asselete ! Asselete ! (1) dit Alayo, en se tournant vers eux pour leur faire signe de se baisser avant de couper par les herbes hautes.
Ils obéirent, et le garçon les conduisit à travers la friche, courbés en deux. Ils avançaient contre le vent, à la queue leu leu. Après une centaine de pas, ils émergèrent des herbes pour atteindre un espace dégagé, au bord d'une petite mare. Le sol était chaud et poussiéreux, marqué par de nombreuses empreintes de bêtes.
-Simba, murmura Alayo, en leur désignant du doigt un tronc couché.
Arthur plissa les yeux il lui fallut quelques instants pour distinguer les animaux, qui pourtant étaient bien visibles. La couleur sablonneuse de leur pelage se confondait avec celle du sol, les masquant aux regards novices. C'était en effet des chats, à peine plus gros que les chats domestiques qu'on trouvait à Camelot, mais leurs pelages fauves étaient magnifiques. Ils étaient trois, et ils jouaient autour du tronc en se mordillant les uns les autres. Rien qu'à regarder leurs fourrures, Arthur pouvait dire qu'elles feraient de splendides manteaux.
Ne voyant pas ce qu'ils attendaient pour attraper les créatures, le Roi quitta les hautes herbes pour se diriger vers eux, l'épée à la main. Il entendit Merlin chuchoter : «Arthur, non ! » d'un ton inquiet derrière lui, et il se sentit très amusé.
-Ce ne sont que des chatons, Merlin ! s'exclama-t-il en se retournant vers son ami. Il n'y a vraiment pas de quoi s'affoler !
-Itreki na biria ké, (2) dit Alayo, les yeux dilatés.
Arthur regarda Merlin pointer son doigt derrière lui, pâle comme la mort.
-Leur mère est beaucoup plus grosse, articula-t-il.
Arthur se retourna pour faire face, et dit «oh ».
A dix pas de lui, un simba des broussailles qui était résolument plus gros qu'un chat domestique avait émergé des hautes herbes, et le fixait de ses yeux dorés, sa gueule entrouverte sur de longs crocs aiguisés. La créature retroussa ses babines baveuses et sa queue s'agita nerveusement alors que son arrière-train tressautait.
Puis, elle bondit sur lui, toutes griffes dehors.
Arthur eut le temps d'entendre Merlin crier son nom.
Il tendit sa main armée en avant par pur réflexe, dans un geste de défense.
L'instant d'après, il était jeté à terre, à plat dos, écrasé par un poids mort.
Il mit quelques instants à réaliser que le Simba restait inerte parce qu'il s'était embroché sur son épée en se jetant sur lui. Il n'arrivait pas à croire à sa chance!
-Arthur ! Arthur ! Est-ce que vous allez bien ?
-Mmmff ! répondit-il.
Les mains de Merlin le saisirent par les aisselles pour l'aider à se dégager. Arthur réussit de s'extirper de dessous la bête, entraînant une Excalibur ensanglantée dans son sillage. Grave erreur. Merlin vit le sang et en arriva aussitôt à la mauvaise conclusion. Il fondit en larmes et se mit à le déshabiller à la hâte pour chercher sa blessure en s'exclamant : « oh non ! oh non ! ». Arthur lui cria : «Merlin, je vais bien !» mais son ami ne l'écoutait pas.
Le Roi réalisa soudain que la dernière blessure que Merlin avait soignée avait été celle de Guenièvre, le jour de ce maudit tournoi. Il devait avoir sous-estimé le traumatisme que son ami en avait gardé. Au vu de sa panique, Merlin semblait s'attendre à ce qu'il périsse à tout instant entre ses mains.
-Je ne suis pas blessé, triple idiot d'itreki ! rugit-il, empêtré dans sa cotte de mailles qui était à présent rabattue par-dessus sa tête au même titre que sa chemise.
-Oh.
Merlin recula, les deux mains devant sa bouche, le visage strié de larmes. Puis il éclata de rire.
Arthur n'y résista pas, et se joignit à lui, totalement euphorique d'avoir réchappé de justesse à la mort . Cela eut le don de faire bondir Merlin aussitôt.
-C'est vous, le plus itreki des deux ! gronda le magicien, en pointant sur lui un doigt accusateur. Vous précipiter sur tous les animaux sauvages de la région comme ça sans réfléchir ! Où donc avez-vous appris à chasser ?
-N'tsasek Simba, dit Alayo, d'un ton approbateur, en regardant l'épée ensanglantée d'Arthur, puis, le simba mort. E cachuk m'kiri ! (3) ajouta-t-il, stupéfait, en désignant le torse nu d'Arthur.
-Qu'est-ce qu'il dit ? demanda le Roi.
-Je crois qu'il vient de réaliser que vous êtes un homme, en fin de compte, dit Merlin, en tendant une main à Arthur pour l'aider à se relever.
Les trois jeunes guerriers se saisirent de la carcasse du simba, et l'emmenèrent avec eux en chantant.
-Hé ! C'est mon trophée ! s'exclama Arthur. Si je ne le ramène pas à Camelot, personne ne nous croira quand nous leur raconterons à que nous avons chassé le simba!
Bataillant avec son armure pour se redresser, il fonça sur les traces des enfants.
Merlin le suivit en courant.
-Arthur, il est temps de rentrer ! lui cria-t-il. La nuit sera bientôt là !
-Je veux mon simba d'abord !
Arthur contourna les trois jeunes chasseurs puis se planta devant eux, leur barrant la route.
-C'est à moi, dit-il, en désignant la carcasse.
Alayo plissa les yeux et planta ses mains sur ses hanches.
-N'te mili ké, Itreki ! (4)
-Pas Itreki ! Arthur ! E cachuk m'kiri ! Et donne-moi ça, maintenant, dit Arthur, en attrapant la tête du simba mort.
-Arthur ! dit Merlin, indigné.
-M'pebe sakura mili tor, (5) gronda Alayo en tapant sur les doigts du Roi pour lui faire lâcher sa prise.
-Ouille ! fit Arthur en retirant sa main. Voleur de simba, va !
Merlin ouvrit la bouche, mais avant qu'il puisse dire un mot de plus, une grande main noire vint le baillonner. Il écarquilla les yeux. Une dizaine de chasseurs adultes venaient d'émerger des broussailles en silence, portant de grandes lances et des boucliers de cuir. Ils entourèrent Arthur, pointant sur lui leurs armes avec l'air d'être parfaitement prêts à s'en servir contre lui.
-N'tari simba, (6)dit le plus grand des hommes.
-Simba n'sele, (7) s'exclama Alayo en allant se réfugier auprès de lui.
Le géant lui tapota la tête.
Le jeune chasseur darda sur Arthur un œil triomphant.
-N'bili sama (8), dit le géant noir, les sourcils froncés, en faisant un geste menaçant avec sa lance, en direction du Roi.
-D'accord, dit Arthur, en avalant sa salive. Pas de problème. Nous n'allons quand même pas nous fâcher pour ça.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
-Où nous emmènent-ils comme ça ? demanda Arthur.
-Si je le savais ! lui répondit Merlin.
A l'horizon, le soleil déscendait rapidement sur la plaine, jetant sur le ciel ses couleurs incandescantes.
La nuit serait levée d'ici moins d'une heure.
Après les avoir capturés, les chasseurs leur avaient lié les mains derrière le dos. Trois d'entre eux les poussaient résolument en avant avec leurs lances, tandis que les autres suivaient, portant la carcasse du simba en chantant. Alayo menait la marche, tenant fièrement Excalibur à bout de bras. Moukem et Birja marchaient à ses côtés encombrés de l'armure d'Arthur, dont ils avaient désassemblé les morceaux après que le Roi ait été fait prisonnier.
-C'est le bon moment pour faire un peu de magie, tu ne crois pas ? souffla Arthur avec un regard appuyé à son serviteur.
-S'ils prennent peur, je risque d'écoper d'un coup sur la tête avant d'avoir conjuré mon couloir, répondit Merlin, qui n'était pas très motivé. Et une fois que je serai assommé, nous ne seront pas beaucoup plus avancés. Ils ont l'air de vouloir nous garder vivants pour l'instant. Attendons de voir où ils nous emmènent, et nous aviserons à ce moment-là.
-Ils ont pris mon simba, mon armure et mon épée, maugréa Arthur. C'est toi qui devrais les assommer pour la peine !
-Rappelez-moi comment vous avez réussi à unifier Albion avec votre talent pour la diplomatie ? ironisa Merlin.
-C'est Guenièvre qui s'en est occupée, répondit Arthur.
Un peu après la tombée du jour, ils atteignirent le village. Il était formé de tentes de peau rondes tendues sur des arceaux de bois. Des centaines de bœufs à longues cornes étaient assemblés à proximité. En voyant arriver les chasseurs avec leurs prisonniers, tout le village se précipita à leur rencontre. Arthur et Merlin se retrouvèrent assaillis par des dizaines de mains avides de toucher leurs vêtements et leurs cheveux tandis qu'ils étaient dévisagés par des centaines de paires d'yeux curieux. Les chasseurs dispersèrent les habitants avec des cris menaçants.
Les prisonniers furent amenés en grande pompe devant un vénérable vieillard qui siégeait assis sur une chaise de bois, à côté du feu, et ils furent jetés à genoux devant lui.
Le grand guerrier noir qui était sans nul doute le père d'Ayalo prit la parole et se mit à lui expliquer la situation à grands renforts de gestes. Le vieillard se retourna vers Alayo et lui posa une question. Alayo désigna la carcasse du simba, puis se frappa la poitrine d'un air déterminé.
-Le petit menteur ! dit Arthur en plissant les yeux. Je suis sûr qu'il raconte à tout le monde que c'est lui qui l'a tué. Si nous étions à Camelot, je l'enverrais faire un tour au pilori !
-Arthur ! Ce n'est qu'un enfant, lui rappela Merlin.
-Peut-être, mais il n'y a pas d'âge pour apprendre les bonnes manières... aïe !
Arthur venait d'écoper d'une tape sur l'arrière de la tête pour avoir ouvert la bouche quand personne ne lui demandait son avis.
Le vieux chef posa quelques questions de plus et écouta attentivement les réponses des deux autres enfants, et des chasseurs adultes.
Puis il étendit les bras vers le ciel pour réclamer le silence avant de prendre la parole.
-Relayo, iké saba Mirili sari ! Sako pi tu larita bo sa. Artiri e cachuk m'kiri se hurati sili. Saba ké ikdal sar. Misiri kudal ko (7)
Les villageois applaudirent tous en choeur cette décision à laquelle Arthur et Merlin ne comprenaient goutte.
Le père d'Ayalo eut un vaste sourire.
L'instant d'après, il attrapait Merlin par les poignets, et l'entraînait résolument en direction de la tente la plus proche.
-Hé-là, où croyez-vous m'emmener ! dit Merlin, en s'opposant à lui.
Le chasseur le dévisagea avec étonnement et tira un peu plus fort pour le faire bouger.
Merlin ramena ses poignets vers lui dans un geste sec pour empêcher l'homme de le tirer à lui et la corde qui les reliait entra en résistance.
Le chasseur hocha la tête d'un air admiratif.
-Mirili sari, suta koi, suta sari. M'sili ka soi cachuk eti, (8)dit-il.
Merlin jugea son ton un peu trop familier à son goût, et il sentit un horrible doute s'insinuer en lui.
-Arthur ? dit-il, d'une voix hésitante.
-Je serais toi, je ne me laisserais pas emmener ! lui lança Arthur, qui se trouvait toujours devant le chef. Il m'a tout l'air d'avoir des idées derrière la tête. Peut-être qu'il ne s'est pas rendu compte que tu n'avais que la peau sur les os, et qu'il a l'intention de te mettre à bouillir pour te dévorer en guise de dîner...
-Ce n'est pas drôle, dit Merlin, inquiet.
Le cœur battant, il regarda le chasseur s'approcher de lui. A sa grande surprise, celui-ci lui adressa un sourire... charmeur ? et lui caressa la joue dans un geste sans équivoque.
-Je ne crois pas qu'il ait l'intention de te dévorer en fin de compte, dit Arthur, hilare. J'ai plutôt l'impression qu'il a prévu de te considère comme sa petite fiancée !
Le chasseur saisit le lobe de son oreille entre ses deux doigts. Le sang de Merlin ne fit qu'un tour. Ses yeux brûlèrent comme l'or et les cordes qui entravaient ses poignets se volatilisèrent dans un nuage de fumée. Un instant plus tard ses mains étaient libres et il giflait le malotru qui s'était permis de toucher son oreille en s'écriant de sa plus grosse voix :
-Je ne suis pas une fille !
Le chasseur recula d'un pas, en se tenant la joue, et Merlin le vit presque rougir de confusion face à sa méprise.
Tous les habitants du village poussèrent un « oooo » de surprise.
Birja s'écria soudain d'une voix surexcitée:
-Merili soi silisaï ! (11)
Et les habitants s'inclinèrent devant Merlin, en signe de respect. Profitant de ce qu'il avait l'avantage, le jeune magicien se dirigea tout droit vers Alayo médusé, lui prit Excalibur sans rencontrer de résistance, puis revint vers Arthur, qu'il libéra de ses liens. Il lui tendit l'épée en s'exclamant :
-Artiri n'tari simba.
Il espérait que cela signifiait bien, comme il le croyait : Arthur a tué le simba et non une quelconque idiotie dénuée de sens.
Le chef le dévisagea pensivement, puis, regarda Alayo, qui s'écria :
-Sili atra ! Simba n'seme ! Dijilia n'seme ! Itreki si s n'tari simba n'seme ! Sili atra ! (12)
L'enfant s'enfuit en courant sur ces mots, et le chef soupira.
Se retournant vers Arthur et Merlin, qui se trouvaient toujours face à lui, il porta une main à son cœur dans un geste de contrition.
-Te beko te me, soi silisaï yadun, soi yekeltek yadun. N'tari simba, es'eme. Da ita pora su ka mili to.(13)
-Ils ont de la chance que je ne suis pas rancunier, répondit Arthur, en haussant un sourcil.
Le chef frappa dans ses mains et aussitôt des femmes arrivèrent, portant des assiettes de terre cuite, remplies de bouillie baignant dans le lait. Le visage d'Arthur s'éclaira aussitôt. Il n'avait rien mangé depuis le matin, et il était affamé. Voilà qui était bien assez pour gagner son pardon ! Il se retourna vers Merlin d'un air enchanté et il s'exclama :
-Je ne sais pas ce que tu leur as dit, mais visiblement, ça a marché ! Bravo, Merlin.
Le Roi prit une bouchée de la nourriture, puis, son visage s'éclaira d'un gigantesque sourire alors qu'il ajoutait :
-Quand je vais raconter à Gauvain que tout le village t'a pris pour une fille !
ooOOoo
(1)Baissez-vous
(2)Cet idiot cherche vraiment à mourir
(3)Il a tué le lion ! Ce n'est pas une femme !
(4)Pousse-toi de là, idiot !
(5)Enlève tes vilains doigts blancs de ma prise !
(6) Qui a tué ce lion ?
(7) C'est moi, Père
(8) Dépose ton arme !
(9) Relayo, tu peux prendre la belle Mirili pour épouse comme tu le désires ! Emmène-la sous ta tente et rends-la heureuse. Il semblerait qu'Artiri soit un homme malgré ses longs cheveux. Personne ne peut donc l'épouser, mais nous l'enverrons garder les vaches.
(10) Belle Mirili, tu es aussi vigoureuse que tu es charmante ! Tu vas assurément faire de moi un homme heureux.
(11) Mirili est une sorcière !
(12) Ce n'est pas juste ! C'était mon lion ! C'était mon initiation ! Cet idiot est arrivé, et il a tué mon lion !
(13) Ne vous fâchez pas, sorcière blanche, guerrier blanc. Vous avez tué le lion, il est à vous. Pour vous présenter nos excuses, nous vous invitons à partager notre repas de ce soir.
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Un peu plus tard, sous le clair d'étoiles, après que le village se soit endormi, Arthur se retourna vers Merlin avec un sourire et lui dit :
-Merci pour cette journée.
-Oh, mais de rien. Nous avons seulement failli mourir trois fois, lui répondit Merlin, en plissant les yeux.
-Sans compter celle où tu as failli servir de mariée à un chasseur, dit Arthur, hilare.
-Je ne trouve pas ça drôle, s'indigna Merlin, en fronçant les sourcils. Je ne vois vraiment pas ce qui l'a induit à penser ça.
-Peut-être le moment où tu t'es jeté sur moi pour me déshabiller après que j'aie tué le simba ? Vu de l'extérieur, c'est sûr que ça devait prêter à confusion...
-Oui, eh bien, je croyais que c'était le simba qui vous avait tué ! rétorqua Merlin, indigné.
Arthur rit, et secoua la tête.
-Ca l'était, murmura-t-il. Drôle.
Il jeta un coup d'oeil reconnaissant en direction de son ami, et il ajouta :
-J'avais presque oublié ce que c'était de rire.
Merlin soupira.
-J'aime le son de votre rire, confessa-t-il. Ca me manque affreusement quand je ne l'entends pas.
Arthur ne répondit pas tout de suite.
Quand il le fit, ce fut avec un soupir...
-Il va falloir rentrer maintenant, n'est-ce pas ? demanda-t-il.
-Je crains que oui, acquiesça Merlin.
-Tu sais comment nous ramener à Camelot, au moins ? insista Arthur, les sourcils froncés.
-Je devrais arriver à faire ça, répondit Merlin, amusé.
Ils se levèrent tous les deux, et le jeune magicien conjura un couloir de déplacement instantané.
-Prêt ? dit-il en tendant la main à son Roi.
-Prêt, dit Arthur en la prenant.
Et ils sautèrent.
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C'était le matin à Camelot, et le château était en train de se réveiller lentement. Alors qu'ils se glissaient furtivement dans les couloirs, en direction de la chambre royale, Arthur et Merlin tombèrent nez à nez avec Gauvain qui semblait en revenir, l'air particulièrement mécontent de n'avoir trouvé personne pour l'accueillir.
Lorsqu'il les vit, le chevalier leur sauta dessus sans leur laisser le temps de s'esquiver.
-Arthur ! Merlin ! Où étiez-vous passés au juste ?
-Eh bien... dit Merlin, d'un air embarrassé.
-Vous avez osé partir sans moi, encore une fois ! s'indigna Gauvain. Pourquoi ne pensez-vous jamais à m'emmener quand c'est le moment de s'amuser un peu ? Peu m'importe quand est prévue votre prochaine escapade... je veux en être.
-Je vais aller voir Guenièvre, souffla Arthur, à l'oreille de Merlin. Occupe-toi de Gauvain.
-Sire, attendez... dit Merlin, en essayant de retenir le Roi.
Mais Gauvain l'attrapa par le bras en le sermonnant :
-Ah non, hors de question ! Tu ne t'éclipseras pas avant de m'avoir tout raconté. A commencer par le plus important : est-ce que la bière était bonne ?
Merlin regarda avec inquiétude Arthur qui s'éloignait, en direction de la chambre de la Reine.
Pourquoi avait-il la sensation que cette visite matinale n'était pas une bonne idée ?
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En remettant les pieds au château, Arthur s'était immédiatement senti saisi à la gorge par un sentiment de culpabilité. Sur la plaine giboyeuse où l'avait entraîné Merlin, en pleine aventure, loin de Guenièvre, il s'était senti renaître et rajeunir, il avait retrouvé son entrain et sa bonne humeur. Pour la première fois depuis dix longues semaines, il avait cessé d'être triste, apathique ou impuissant.
Mais à présent qu'il était rentré, toute la joie de cette journée extraordinaire semblait avoir disparu pour laisser place à la réalité qui l'oppressait.
Il avait perdu son fils. Il était en train de perdre sa femme.
Ces deux pensées lui étaient insupportables.
Il n'avait qu'une envie, à présent, retrouver Guenièvre, la serrer dans ses bras, la ramener auprès de lui et effacer avec sa tristesse tout le chagrin qui s'amassait peu à peu entre ces murs de pierre pour que tout redevienne comme avant.
Il arriva à sa porte pressé par cette nécessité, et il frappa avec vigueur.
-Guenièvre, c'est moi. C'est Arthur. Ouvre, s'il te plaît.
Seul le silence lui répondit.
-Guenièvre, je ne partirai pas d'ici avant que tu ne viennes m'ouvrir, menaça-t-il, d'une voix forte.
Il avait peut-être bu un peu trop de cette bière que le clan des chasseurs noirs lui avait offert pour arroser le repas...
Quelques secondes s'écoulèrent avant que la porte ne s'entrebaille.
Guenièvre le regarda en silence depuis l'autre côté, les yeux cernés, les joues creuses.
-Guenièvre, souffla-t-il.
-Bonjour, Arthur, répondit-elle, implacable. Je t'ai ouvert. Maintenant, dis-moi : qu'est-ce que tu veux ?
-C'est toi que je veux.
Il voulut lui voler un baiser, mais elle détourna la tête, et ses yeux se mirent à lancer des éclairs de colère. Refusant de se laisser repousser, il tenta de l'embrasser à nouveau. Un instant plus tard, il écopait d'une gifle qui le fit reculer d'un pas.
-J'espère que tu t'es bien amusé, à battre la campagne avec Merlin, pendant que je restais enfermée ici à pleurer notre fils ! s'exclama-t-elle, avec une cruauté qu'il ne lui connaissait pas. Deux mois sont écoulés et tu es déjà fatigué de porter le deuil ? Cela prouve au moins à quel point Galaad comptait à tes yeux.
-Comment peux-tu dire ça ? s'écria Arthur, déchiré entre la fureur et le chagrin.
-Parce que c'est la vérité ! répondit-elle, avec colère. Et peu m'importe ! Fais ce que tu veux ! Mais que tu oses venir t'imposer à moi de cette manière... comme un conquérant imbu de lui-même...prêt à fanfaronner ouvertement devant moi sans te soucier de manquer de respect à mon chagrin... alors que tu as visiblement passé la nuit à boire... ça, je ne l'accepte pas, Arthur ! C'est indigne de toi !
Elle baissa les yeux pour cacher son indignation et se força à se calmer.
-Si vraiment tu es incapable de supporter que je pleure Galaad... , dit-elle, d'une voix sourde. Si la vue de ma tristesse te gêne à ce point-là... alors... peut-être que c'est moi qui devrais partir d'ici, parce que je n'y ai plus ma place.
-Non ! dit-il, horrifié. Guenièvre, ne dis pas ça. Tu es ma femme...
-Alors respecte-moi, répondit-elle, en lui adressant un regard brûlant.
-Je ne te dérangerai plus, dit-il en reculant. Je te le promets. S'il te plaît, ne pars pas. S'il te plaît...
Il sentit le mur derrière son dos et souffla :
-Je te demande pardon.
-Très bien, dit-elle.
Et elle claqua la porte.
Arthur sentit les larmes couler sur son visage, et il tituba à travers le couloir.
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-Et ces animaux-montagnes avaient un nez qui leur servait de bras ?
-Et des oreilles qui ressemblaient à des voiles de navire, confirma Merlin à Gauvain.
-Je devrais te tuer pour avoir oublié de m'emmener, gronda Gauvain.
Ce fut à cet instant qu'Arthur reparut au bout du couloir. Il ne marchait pas droit...
-Arthur ? dit Merlin, angoissé.
Il vit le masque de tristesse et de fureur qui était plaqué sur le visage de son ami et s'écarta de Gauvain pour marcher à sa rencontre.
-Par tous les Dieux, Arthur, que s'est-il passé ? dit-il, effrayé. Qu'avez-vous...
-La ferme, Merlin, dit le Roi, en le regardant d'un air courroucé. Je veux repartir. Immédiatement.
-Repartir ? répéta Merlin, affolé. Où ça ? Pourquoi...
-N'importe où, je m'en moque. Si je reste ici un instant de plus, je vais devenir fou, dit Arthur. Rassemble des vivres pour une semaine. Ensuite, nous irons visiter un nouvel endroit.
-Je veux en être ! s'exclama Gauvain, exalté. Je veux voir les animaux-montagnes, les ânes rayés et les simbas géants !
-Gauvain, non ! dit Merlin. Arthur, ce n'est pas raisonnable. Vous ne pouvez pas partir. Vous avez une rencontre officielle avec Bayard et Annis, qui est planifiée pour demain matin. Vous devez...
-Ne me dis pas ce que je dois faire ! tonna Arthur.
Il se calma, et reprit :
-Solel s'occupera de les recevoir. Je vais lui laisser des instructions. Pendant ce temps, rassemble des provisions. Et toi, Gauvain... trouve-nous un tonnelet de bière.
-J'y cours ! s'exclama Gauvain, d'un ton réjoui.
-Arthur, dit Merlin, en posant une main sur son épaule. La fuite n'a jamais rien réglé... Nous avions parlé d'une journée, rappelez-vous ? Quoiqu'il se soit passé avec Gwen tout à l'heure... ce n'est pas en partant maintenant que les choses pourront s'arranger.
Arthur regarda Merlin en silence, puis il dit :
-Elle a dit que c'était elle, ou moi.
Merlin avala sa salive.
-Je suis sûr qu'elle ne le pensait pas, protesta-t-il, déchiré.
-Elle en pensait chaque mot. Je ne peux pas rester ici. Si je reste, je vais devenir fou.
-Mais...
Le Roi lui saisit la main, et plongea son regard bleu, implorant, dans le sien, utilisant toute la force de persuasion dont il était capable.
-S'il te plaît, Merlin, murmura-t-il.
Le magicien jeune sentit sa gorge se serrer. Il était incapable de résister à ce regard-là. Arthur le savait, maudit soit-il. Il connaissait trop bien sa faiblesse.
-Bon, d'accord, céda-t-il.
