Bonsoir, nous sommes de retour ! (sortez le champagne ou le fusil c'est à voir xd)
Nous vous promettons tout d'abord de ne plus jamais vous faire attendre autant de temps x.x
J'en profite égalemment pour dire qu'un remaniement de la mise en page sur la fic est en cours, rien de bien méchant, les pov seront sous forme de paragraphes comme ci-dessous.
Dernier rappel, John est joué par Ryokushokumaru et Sherlock par moi-même donc. Que dire de plus ? Nous sommes vraiment navrées pour l'attente et espérons que vous apprécierez quand même la lecture de ce chapitre assez conséquent ^^
Chapitre VIII :
Qui a dit qu'une potion réussie était forcément réussie ?
POV John
En entendant les voix des Holmes à travers les portes, j'aurais dû me douter qu'ils étaient en pleine dispute. Que je n'aurai pas dû tendre l'oreille. J'aurai aussi dû me douter que cela ne me concernait pas, histoire familiale, c'étaient des choses communes aujourd'hui. J'étais trop curieux, intrigué par les discours des autres, j'aimais savoir chaque détail de leur vie, qu'elles soient pleines de péripéties, ou ennuyeuses à mourir. Et j'avais malgré mon bon sens qui me hurlait de ne pas le faire, posé l'oreille contre la porte.
J'avais compris qu'il ne s'agissait pas de simple affaire de famille... J'entendis chaque phrase distinctement, chaque parole me brisant le cœur centimètre par centimètre, chaque ton odieux et plein de colère me retournait les tripes.
Mais je me fiche de lui. Exactement comme de tous les autres.
J'étais tel un insecte insignifiant qui se pose sur sa baguette, un autre minuscule grain de sable dans le sablier, invisible, banal, sans intérêt. Alors cette nouvelle complicité entre nous, même si elle n'était pas acquise, n'avait été que mensonge ? Avait-il si bien joué la comédie ? Oh oui il l'avait bien joué, comme je l'avais déjà vu faire, avec ses moues traîtresses et son regard de chien battu, il aurait fait fondre des tas de cœurs.
Mes pensées ne firent que se confirmer quand j'entendis la suite.
Je n'en ai strictement rien à foutre de lui. Il pourrait crever dans une minute, je te garantis que je serais bien mieux portant.
Un boulet que l'on traîne derrière soit, voilà ce que j'étais pour lui.
Ma mort n'aurait été que soulagement. Et si je n'avais pas été en lien avec cette satanée fleur, je serai certainement mort et enterré depuis belle lurette.
Ce n'est rien d'autre qu'un vulgaire parasite ! Un symbiote ! Une sangsue qui me pourrit la vie !
Avais-je été aussi insupportable ? Jamais personne ne m'avait comparé à ça..jamais, j'étais juste un chic type pour les autres.
Tu m'as enchaîné avec un boulet, un poids mort aussi inutile qu'encombrant !
Il l'avait dit, encore une fois. Ses phrase se ressemblaient et se différenciaient toute à la fois, elle disaient toutes « Je te hais John Watson » et pourtant il trouvait toujours d'autres termes à mon insignifiante présence, je n'étais qu'un inconvénient, rejeté, mal-aimé.
Je me fiche de John comme de mon premier sort, ce n'est ni plus ni moins qu'un cafard ! Un pur fardeau et ça ne changera jamais !
Le peu de sympathie que j'avais pu avoir pour Sherlock se désintégra, la tristesse fut remplacée par la colère. Les larmes qui avaient brûlé mes yeux s'en allèrent.
Le sang dans mes veines coula plus rapidement. Mon pouls s'accéléra. Mes poumons se remplissaient d'air aussi vite qu'ils se vidaient. Trahi. Je me sentais trahi.
La porte s'ouvrit tôt.
Je n'avais pas remarqué que la conversation s'était achevée. Sherlock était en face de moi. Le regard assassin. Il ne sembla même pas surpris de me voir, comme s'il avait attendu ce moment, comme s'il savait que j'étais juste derrière cette porte, il avait hurlé sa rancœur au monde entier et pourtant elle n'était adressée qu'à moi.
Mon corps réagit plus vite que ma tête, et je me rendis compte que je fuyais vers les cheminettes. Je couru à toutes jambes dans les couloirs. Mes muscles tressautaient à cause de la colère. J'aurais pu lui asséner un coup de poing pour lui montrer ma haine envers lui, à mon tour ou j'aurais pu faire semblant, mais je n'avais rien fait. J'avais tourné les talons et j'avais couru, couru pour fuir comme je le faisais chaque jour, chaque fois que je rencontrais une situation bouleversante.
J'avais fui l'enterrement de mon père, j'avais fui mes compagne. Je n'avais pas la force pour me battre juste de la colère qui bouillait au fond de moi, mais qui ne sortait pas. Un volcan en repos, mais un volcan qui bouille au cœur, prêt à exploser chaque seconde, mais qui semblait pourtant si calme.
J'entendais le sorcier me courir derrière. Les larmes me brûlaient les yeux. Ce n'était pas ce que je voulais, j'aurais préféré qu'il me laisse fuir, les autres ne m'avaient jamais suivi. J'aurais voulu qu'il reste à sa place, qu'il hausse simplement les épaules, oubliant qui j'étais, ses paroles déjà loin pour lui.
J'attrapai avec maladresse la poudre qui me servirait à transplanter, faisant tomber la moitié par terre. Ma main tremblait et je lançai la poignée de sable dans le feu devenant vert. Pense à la maison, me répétai-je avant de sauter à pieds joints. Là-bas je me sentais en sécurité, chez moi, sur mon vieux fauteuil acheté chez un brocanteur sentant encore l'odeur du vieux et du grenier humide. Je voulais juste me plonger dans un bouquin à l'eau de rose dégoulinant d'amour, quelque chose qui me fasse oublier la colère qui pulsait dans mes entrailles.
Je plongeai dans le feu mais le brun réussit néanmoins à me rattraper et choppa mon épaule alors que nous nous téléportions. J'échangeai un regard noir avec lui avant de me faire avaler par le feu.
Quand je fus recraché par le feu, je pensais retomber les quatre fers en l'air sur ma veille moquette aux couleurs vieillies. Sauf que je tombai, comme prévu à quatre pattes, face à une paire d'escarpins rose bonbon de quinze bons centimètres. Je relevai le regard sur les mollets recouverts par des bas couleur chair, et reconnus le tailleur rose bonbon préféré d'une de mes anciennes petites amies. Comment l'avais-je quitté ? Peut-être parce qu'elle avait eu le don de vider mon compte courant en deux jours ? Toutes mes économies envolées dans une paire de chaussures.
Je me levai difficilement, essuyant la suie sur mes vêtements sales.
« Linda ? » déclarai-je en lui tendant ma main noire. Elle fit la grimace et recula d'un pas. « Linda, je sais que nous ne sommes plus ensemble mais j'aurais besoin de ton aide. » annonçai-je aussitôt et continuai sur ma lancée avant qu'elle ne proteste. « Je reviens d'un monde de sorcier, des cinglés qui voulaient ma peau, il faut que tu m'aides à rentrer chez moi. »
« John ? » demanda t-elle, comme si elle n'avait pas compris. En fait elle n'avait jamais compris ce que je disais, alors lui parler des sorciers n'aurait servit à rien. Je soupirai et voulu me déplacer jusqu'à sa salle de bains – j'avais quand même vécu ici pendant une semaine – quand elle me stoppa avec sa main manucurée. « John...Ne me dis pas que...que tu m'as remplacé par ça ? »
« Ça ? » fis-je curieusement. Je fis volte face pour me découvrir Sherlock noir couvert de suie. « Sherlock ? »
« John, rentrons. »
« Alors maintenant tu veux de ma compagnie ? Va te faire foutre. » dis-je en fronçant les sourcils. Il ne fallait pas que je me mette en colère.
Linda nous interrompit : « John en plus de m'avoir quitté, tu as choisi un homme, un homme sale en plus ! »
« Linda ne te mêle pas de ça ! »
« John tu es gay ?! »
« Bien sûr que non. »
« Qu'est ce qu'il fait là alors ? Ne me dis pas que tu voulais coucher avec lui ici ? »
« Bien sûr que non Linda ! Je veux oublier cet homme ! » criai-je à bout de souffle en pointant le sorcier du doigt.
« Alors tu as été avec ! »
« Non non et non ! »
Soudain, alors qu'elle allait se jeter sur moi pour me gifler, elle se figea, tenant en équilibre sur un talon, et sa bouche recouverte d'un gloss rose foncé laissait apparaître une de ses caries tant elle l'avait ouverte. Je me doutais qu'il s'agissait de Sherlock. Me tournant de nouveau vers lui, je crachais avec médisance : « Qu'est ce que tu veux ? »
« Rentrer à la maison »
« Hé bien vas-y qu'est-ce que tu attends ? Je ne vois pas pourquoi tu me suis, pourquoi tu t'intéresses subitement à moi. Juste au moment où j'entends par mégarde, parce que je n'aurai pas du entendre, tes gentils mots doux à mon égard tout à l'heure. Tu ne peux plus jouer au menteur maintenant ? Tu ne peux plus faussement sourire en me parlant ? Ça a du être dur de se forcer, de me supporter, comme le boulet que je suis. Tu survis au moins ? Le moldu ne t'as pas trop empoisonné l'existence ? Tu arriveras à respirer maintenant ? Tu te sentais écrasé chez toi ? C'est vrai je suis insupportable, je t'ai forcé à manger, à boire mon thé et aussi j'ai bêtement rangé un minimum. Oh pardonne-moi grand dieu Sherlock d'avoir touché à vos précieux biens. »
« On rentre John. »
« Tu rentres seul, tu n'as pas entendu ce que je viens de te dire, je ne veux plus te voir. Maintenant efface-moi la mémoire, et laisse-moi rentrer. »
« John tu as un lien avec la fleur. »
« JE ME FICHE DE CETTE PLANTE VERTE ! »
« Moriarty pourrait t'attaquer ici, tu seras en sécurité à la maison »
« Comment ça ? A la maison ? Tu t'y vois déjà ! Je ne veux pas rentrer CHEZ TOI ! Maintenant fiche-moi la paix, et je me moque aussi de ce que Moriarty pourrait me faire endurer. »
Ses traits se firent plus sévères et il me tira à lui d'une main. « On rentre, et par pitié tais-toi maintenant »
« Va te faire foutre » fis-je me dégageant. Il sortit sa baguette, lança un sort sur Linda qui fut de nouveau mobile. Arrêtée dans sa lancé elle tomba à la renverse et demanda : « M'as tu vraiment laissé pour ça ? »
« Oui maintenant rentrons. » me coupa le brun en prenant cette fois-ci délicatement mon bras.
« Comment ça oui ? »
« Oubliettes ! » ordonna le sorcier à sa baguette avant que nous ne disparitions dans un nuage de fumée.
Le deuxième atterrissage se fit plus doux, et nous arrivions sur nos pieds dans le salon de Sherlock.
Je pensais qu'il allait peut-être s'excuser, mais je m'étais trompé. Comme à chaque fois. Jamais il ne s'excuserait. Son ego en prendrait un coup. Il prétexta juste qu'il avait besoin d'une bonne douche et avant de me laisser partir vers la sortie, il me poussa jusque dans la cuisine où il me tendit un livre de potions pour enfant.
« Fais tes premières potions, ça devrait t'occuper un demi siècle si tu comprends au moins l'incipit. » J'arrachai le livre des mains du sorcier en grognant. « Tu trouveras tout ce qu'il faut dans la cuisine »
« Ouais ! » Connard, n'avait-il pas idée du malheur qu'il venait de me faire subir, non puisqu'il nous avait ramené chez lui, ne s'inquiétant pas le moins du monde de mes états d'âme. Je n'étais que le porte pot de cette satané fleur, et maintenant je me retrouvais dans sa cuisine un livre de recette enfantin dans les mains. Potions pour transformer un glaçon en une glace à la vanille, repeindre de son chat avec sa couleur préférée, ou encore apprendre à faire une soupe de vomi.
Je n'avais pas envie de faire ses potions débiles, oui parce que même si je n'étais pas sorcier hé bien j'étais intelligent, oui monsieur très intelligent. J'avais eu mes diplômes avec brio, j'étais un homme sérieux, j'apprenais vite : je n'allais pas me rabaisser à un niveau de sorcier apprenti. J'étais un homme dans la moyenne, je saurai faire une potion et puis sans me vanter j'étais un très bon cordon bleu.
J'empruntai un autre livre de potions sur la son état, il devait être plus vieux que moi. Voilà ça c'était un livre à ma hauteur, toujours à me rabaisser cet idiot il allait regretté d'avoir ouvert son clapet celui-là. Les pages jaunis sentaient et le papier était devenu sec au cours des années. Je feuilletai au hasard les grands titres, tombant sur un chapitre intéressant : « Potions à effets »
Au moins je pourrai faire l'effet d'être un vrai magicien dans l'âme. Puisque j'étais réduit à rester ici encore un moment, je n'avais qu'à m'essayer à ce monde. Je lu en diagonale la première recette, « Ptre dmur », les autres lettres devenues indéchiffrable avec le temps. Je me saisis d' un grand saladier propre dans lequel j'ajoutai :
- 50ml de jus de framboise (Plutôt jolie comme couleur et bon goût pour une potion.)
- 1 cuillerée de gingembre haché menu (J'avais horreur de ça, mais pourquoi pas...)
- 2 gouttes de sang de bœuf (Où allais-je trouver ça ? Je fouillai dans les tiroirs du frigo et trouvai par chance une pochette de sang de bœuf, cela devait être commun au potion non ?)
- Un œil de serpent (mon dieu c'était ignoble ! Pourtant Sherlock avait bien des bocaux aux yeux d'animaux )
Une dent de requin (Oui en effet les potions étaient vraiment inventées par des fous furieux, la dent était rangée avec les couverts et elle se dissolue rapidement dans la préparation, dire qu'il ne s'agissait que de jus de framboise au début...)
Un de mes cheveux (Pour quoi faire ? )
Et enfin des œufs de serpencendre (Qu'est-ce-que c'était ? En tout cas c'était déjà disposé au coin de la table.)
Je refermai précipitamment le bouquin quand le loquet de la salle de bain s'actionna, je n'étais pourtant plus un adolescent mais me savoir pris sur le fait ne m'enchantais guère et je jetai le bouquin sur la chaise qui traînait où Sherlock avait laissé écharpe et manteau.
Effrayé par le bruit sourd que le bouquin fit en s'écrasant, soulevant un tas de poussière avec lui contre le bois du meuble, le hibou s'envola en cercles dans la cuisine. Il tourna en rond plusieurs fois autour de la lampe, et chopa par mégarde l'écharpe dans ses serres, il fit plusieurs tours, perdant ses plumes dans toute la cuisine. J'essayai de l'arrêter avant qu'il ne mette des plumes dans la potion, et quand enfin je le stoppai, ma poigne ferme sur sa patte, l'animal se débattit et lâcha l'écharpe dans la soupe magique. Misère.
Je la sortie avant qu'elle ne soit absorbée par le liquide, même si celle-ci était désormais bien trempée. Je grondais l'animal sévèrement en posant l'écharpe sur la table afin qu'elle sèche complètement. Comme Sherlock ne semblait pas faire son apparition, je repris doucement le livre afin de finaliser ma potion. Mes yeux tombèrent aussitôt sur le petite note d'auteur juste en dessous de la recette.
« Identifiable par sa couleur nacrée caractéristique et sa vapeur qui s'élève en spirales très reconnaissables. Elle a une odeur différente pour chacun, par rapport à ce qui les attire. »
Ce qui attire les personnes ? Ces sorciers étaient vraiment fous. Aucune soupe de grand-mère ne m'avait attirée à elle, c'était plutôt à la table qu'elle m'attirait. Quand soudain la fumée s'envola plus loin dans le salon en forme de spirale. Exactement comme le bouquin l'avait prédit. Elle monta jusqu'au plafond, amassant chaque parcelle d'air autour d'elle, tel un brouillard épais d'automne, la cuisine ressembla bientôt à un sauna surchauffé. L'atmosphère était lourde et humide. Je m'essuyai le front. Je voyais ma potion grouiller tel le volcan en moi, prêt à rentrer en éruption. Je devrais peut-être m'en débarrasser.
Je pris mon saladier en le posant dans l'évier, quand je me retrouvais plaqué contre le mur. Deux mains froides autour de mes hanches m'immobilisaient. Sherlock me tenait fermement par la taille. Depuis quand était-il là ? Je n'avais rien entendu, ni n'avais remarqué sa présence.
« John.. » murmura-t-il langoureusement. Je souris nerveusement. En fait c'était vraiment nerveux parce que la situation n'avait rien de drôle, Sherlock allait encore me sermonner et je pourrais de nouveau entendre ses douces paroles pleines d'amour à mon égard...
« Sherlock, je suis vraiment désolé, j'ai voulu essayer autre chose et je- » Il me coupa en posant son index sur ma bouche, il susurra un chut presque inaudible. Je ne le voyais pas bien avec toute cette vapeur nacrée autour de nous. Sa main caressa ma joue droite délicatement, ses doigts effleurant la peau, me faisant frisonner jusqu'aux chevilles, je tressautais, surpris d'un geste si léger. Précédait-il une violente gifle ?
Juste ses yeux brillants en face de moi, des iris clairs me scrutant, redessinant chaque parcelle de ma peau, et je sentais son nez contre le mien, et son souffle sur mes lèvres. Un souffle qui sentait le thé et la menthe, une odeur particulière qui faisait vibrer mes narines. Son odeur, je n'avais jamais ressenti cette sensation auparavant. Jamais je ne l'avais trouvé aussi fascinant, du moins juste « beau » Je n'arrivai pas à quitter ce regard de bête assoiffée, voulant dévorer sa proie. Le regard du loup prédateur observant sa victime droit dans les yeux avant de se jeter sur elle. Le loup prit son élan et sauta sur sa proie. Il se jeta sur moi, sa bouche humide affamée, dévora mes lèvres, ses dents s'entrechoquant violemment avec les miennes.
Mon dieu qu'est-ce qu'il était en train de faire ?
J'essayai de me débattre, comme l'animal prisonnier des griffes du prédateur, ses mains me bloquant fermement contre l'évier. Son baiser était fougueux, intense, vorace. J'étais tétanisé, apeuré, comme l'agneau qui savait qu'il ne pourrait bientôt plus se battre. Mes muscles se tendirent, mes mains serraient férocement contre ses avant-bras. J'avais peur, peur de ce contact. Je me sentais faible, et soumis face à la terreur qu'il incarnait, le baiser était brûlant. La bouche du brun remua, me faisant comprendre que j'étais le dominé, celui qui devait suivre le mouvement. Et j'obéis, ma bouche cédant le passage à sa langue jouant dangereusement avec la mienne. Il faisait partie de moi, il me consumait entièrement, l'agneau était en train de rendre les armes entre les griffes du loup.
Je me hissais à son cou, le tenant fermement contre moi. Si je m'éloignais je n'étais plus, j'avais besoin de ça. Ses mains de violonistes qui me rapprochaient de lui, encore et encore. J'étais l'agneau en train de mourir sous le corps imposant de l'animal à la cape noire. J'agonisai sous la violence des baisers, mais j'aimais ça il y avait quelque chose de doux, de sensuel dans la valse qu'il menait dans ma bouche. Mais le manque d'air se fit présent, et tel le loup qui laisse le temps à sa proie de se relever, pour mieux la dévorer, je repris connaissance.
J'étais encore plus apeuré, Sherlock avait posé sa main entre mes cuisses, et ma peau n'était plus que braise. Il allait vraiment finir par me manger entièrement. Et par peur, par instinct, le livre de potions qui était encore posé sur la table me permis d'assommer le sorcier. L'agneau s'enfuit. Je me précipitai dans le salon, où j'essayai d'appeler Mycroft par la cheminée « Mycroft c'est important venez vite ! »
POV Sherlock
Je repris conscience avec un intense mal de tête. J'ouvris à demi les yeux, ma vision aussitôt floutée par un brouillard argenté. J'étais dans mon appartement pourtant, j'en reconnaissais le salon ...pourquoi toute cette fumée ?
Je me rendis pleinement compte de la situation lorsque je voulus me lever du sol sur lequel je me souvenais pas mettre assis. J'étais attaché aux pieds de la table en chêne massif, les mains liées dans le dos par une corde qui râpait la peau tendre de mes poignets. Mes iris s'écarquillèrent. Que se passait-il ? J'étais par terre, ligoté à ma propre table !
Pourquoi ne m'en étais-je pas aperçu tout de suite ? La faute à ce mal de crâne atroce qui comprimait mon cerveau, oui ce devait être ça. Je pris une profonde inspiration pour calmer la colère qui commençait à monter et contre toute attente, ce fut efficace.
L'odeur qui régnait dans la pièce m'apaisa aussitôt, elle était merveilleuse. Merveilleuse je n'avais pas d'autre mot. Une odeur-odeurs. Les parfums se mêlaient, tourbillonnaient autour de moi en une danse fantomatique, se faufilaient au creux de ma tête comme une musique de velours, aérienne et chaleureuse. Elle bruissait lentement ses notes acidulées aux accents boisés. Une partition parfaite.
C'était ma mère dans la cuisine. Il y a longtemps. Un plat tout juste sorti du four entre les mains, un sourire clair sur les lèvres dans l'atmosphère étouffante. Elle s'avançait enveloppée par l'odeur sucrée et acide de la tarte au citron. Je n'aimais pas les câlins, elle le savait. Dans ces moments-là, elle avait le droit, le parfum déposé dans ses cheveux. Du thé fumait sur la table, encadré d'une part de gâteau.
C'était l'odeur de mon violon laissé au soleil. Les rayons chatoyant l'épicéa de couleurs incendie. Les rayons exacerbant le parfum du bois. Essence poivrée.
C'était mes pieds nus sur le parquet craquant, rendu tiède par l'été. Mes pieds nus sur le parquet chaud. La lumière en flots par les immenses fenêtres sur le vieux fauteuil rouge chauffait la couverture du livre, chauffait mon visage sous un pan de ciel. Cire d'abeille et cuir fatigué.
Les volutes de fumée entraient dans mes poumons à chaque inspiration et je les respirais comme un drogué, comme un noyé. Cette odeur résonnait profondément dans les racines de mon âme, dans les battements du sang dans mes veines.
Elle résonnait.
Elle était moi, elle était intrinsèquement moi et à la fois elle était tout ce que je désirais, tout ce que j'aimais. Les deux en même temps. Les deux contenus dans une simple bouffée d'air. Quintessence.
La part lucide de mon cerveau me disait que cette situation n'avait rien de normale, mais pour une fois je n'avais pas envie de l'écouter. Elle insistait pourtant, petite voix perdue dans la plénitude ravie et embrumée de mon esprit. Je soupirai mentalement et finis par appeler John. Pas de réponse.
« John ? » Non cette situation n'était pas normale. Où était ce crétin de moldu ? « John ?! »
« John ?! »
Un œil encadré de mèches blondes apparu brusquement derrière l'encadrement de la porte de la cuisine. « Tu te sens mieux ? » demanda John, soupçonneux et timide.
Je fronçai les sourcils. De quoi parlait-il ? Je répondis sèchement : « Évidemment ! Je vais très bien ! Qu'est-ce que je fabrique attaché aux pieds la table ? »
Un soupir intensément soulagé me parvint. « On dirait que tu as repris tes esprits. » Il ouvrit totalement la porte et passa l'encadrement.
Tout bascula.
Quand je le vis devant moi, entièrement devant moi, ma dernière parcelle de raison...explosa. Toutes les particules d'oxygène à l'intérieur de mes poumons, à l'intérieur de mon sang s'embrasèrent d'un coup. La déflagration se déversa. Il n'y avait plus que John. John. John. John. Tout le reste balayé.
Le moldu s'avança encore, visiblement inquiet de quelque chose. Il fallait que je m'approche. Il fallait que je le touche. Mon cerveau n'était plus capable de formuler autre chose.
John, il faut que je te touche.
Mes poignets secouèrent discrètement la corde. John hésita et s'approcha encore d'un pas, prudent.
« Sherlock ? Tu es sûr que tu vas ...mieux ? »
Je testai mes liens en douceur, l'air de rien. S'il savait ce que je faisais il s'enfermerait dans la cuisine et c'était bien la dernière chose que je voulais. Je tirai encore sur le lien et baissai soudainement la tête en avant. Mes boucles tombèrent sur mon visage, cachèrent mon sourire de loup.
Le nœud était lâche, mal serré. Depuis quand les agents immobiliers moldus savaient-t-ils nouer un bout de ficelle efficacement ? Réponse : jamais. Mes mains firent plusieurs tours jusqu'à ce que l'attache soit assez desserrée pour que je puisse la défaire en contorsionnant mes doigts.
Le lien tomba.
En un instant j'étais devant John. A quelques centimètres de son visage.
Il recula avec précipitation, troublé. J'avançai souplement pour le suivre. Chaque fibre de mon corps criait l'assurance de la réussite. L'autre homme reculait toujours, toujours, butA contre la table avec un bruit mat. Il sursauta à l'impact et rencontra mon regard. Il se savait piégé. Savait que je savais qu'il savait.
« Dommage. » dis-je. Mon sourire s'élargit.
Il faut que je te touche.
Je rapprochai mes lèvres de son oreille et la voix qui sortit de ma gorge n'était plus vraiment la mienne. Plus rauque, plus basse.
Tu ne peux plus t'échapper. « Tu ne peux plus m'échapper. »
Je m'écartai légèrement et tendis ma paume en avant, progressivement, vers lui. Mes doigts s'enroulèrent autour d'une mèche dorée sur sa tempe puis vinrent effleurer l'angle de sa mâchoire. Il tressaillit au contact de ma peau sur la sienne. Ma main suivit délicatement la ligne de l'os et vint déposer une caresse sur sa joue. Elle était douce.
Captivé, j'étudiai le tracé de mes phalanges sur sa chair, inclinant ma tête sans en avoir conscience, confronté au mystère insoluble de cette carnation étrangère. Le moldu avait les paupières étroitement fermées, aussi crispé et rigide qu'une planche de bois. Sa frayeur donnait une saveur métallique à l'air. Je fronçai les sourcils avec mécontentement. Pas assez. Je n'en avais pas assez.
Il faut que je te touche. Que je te touche plus. Plus.
La suite m'échappa, John se retrouva allongé. Dos plaqué au sol, moi au dessus.
Je passai agilement mes jambes de part et d'autre de ses hanches, l'enfermant. En appui sur mes genoux je le surplombai de toute ma taille, mes yeux gris baissés sur lui. Le temps ralentit alors que mon regard erra sur son torse, remonta à sa figure, s'attarda dans l'univers chocolat de ses iris. Le temps se figea alors que mon regard s'aimanta sur sa bouche. S'ancra sur sa bouche.
Je ne parvenais pas à m'arracher de la vision de ses lèvres fines. Elles étaient là. Diablement séductrices. Fascinantes. Hypnotiques.
John dit quelque chose que je n'entendis pas, obnubilé par les mouvements de ses mots. Le souvenir du premier baiser émergea dans la confusion de mon cerveau. Ma respiration s'accéléra, la fumée entra plus vite dans ma poitrine, m'intoxiquant davantage, les cellules de mon corps en ébullition. C'était ça que je voulais. Sentir sa bouche bouger contre la mienne. La posséder.
Incapable de combattre l'appel irrésistible, je me penchai en avant. Mes coudes s'écrasèrent durement des deux côtés de sa tête. Implacables de détermination.
Il faut que je te touche.
Les yeux de John s'élargirent, étrange mélange de panique et d'attente. « Sherlock ! Attends tu- » Je lui coupai la parole en apposant mes lèvres sur les siennes. Impérieusement.
Je les attrapai une fois. Deux fois. Trois fois. Saisissant fiévreusement sa bouche chaude et humide entre mes lèvres, l'invitant à me laisser entrer. Mais John me refusait le passage. Je gémis de frustration et suçotai sa lèvre inférieure, la fis rouler lentement, gémissant toujours contre le refus intolérable. Je surlignai l'arc rose de la pointe de ma langue, l'embrassai avec entêtement, une demande faite de mes lèvres encerclant cette pulpe désirable.
Finalement je sentis le corps dessous moi se détendre d'un cran et le barrage des dents se desserra. Je souris victorieusement et engageai vraiment ma langue. Elle ne tarda pas à trouver sa jumelle et taquina la plus timide. Glissant sur la surface soyeuse, se lovant encore et encore contre sa consœur pour l'inciter à se mouvoir. Allez. Bouge. Bouge.
John inspira d'un coup et passa brusquement ses mains sur mon dos, les releva le long de ma chemise jusqu'à saisir fermement ma nuque. Il m'attira férocement contre lui, toute la tension de ses muscles disparu. La langue brûlante de John s'activa enfin, s'enroulait autour de la mienne, me capturait, me relâchait. Il accélérait le rythme, des frissons crépitaient entre mes omoplates. Cadence désordonnée de nos bouches bousculées l'une contre l'autre. Entrechoquées.
Mon palais fut très vite plein de son goût, mes oreilles pleines de son souffle, mes yeux pleins de son image ; mais je n'en avais pas assez. Je n'en avais pas assez.
Je me pressai plus fort contre lui, collant davantage nos torses, mêlant nos jambes. Mes lèvres heurtaient les siennes, voraces, pressantes. J'étais assoiffé, affamé. Affamé de lui. Affamé de sa chair. Affamé de ses doigts perdus dans mes cheveux. Je voulais fusionner avec sa bouche, ne plus le laisser partir. Jamais. Et John torsadait mes cheveux, torsadait ma langue sous ses impulsions répétées.
Mon rythme cardiaque montait, ma température corporelle déjà élevée ne cessait de grimper grâce à ses baisers, à ses dents picotant ma peau.
Merlin, j'étais absolument fou de la texture de sa bouche, de sa langue. Absolument fou de sa salive mouillant mes lèvres. Il avait un goût de poison. Un suave et enivrant poison. Celui dont vous refusez d'être guéri. Celui qui vous tuera à petit feu. Cruellement exquis.
Dès qu'il voulut s'écarter pour reprendre sa respiration je le poursuivis, lui interdisant énergiquement de se dérober, agrippant sa nuque pour me sceller brutalement sur sa bouche.
Ne bouge pas ! Ma tête n'était plus capable de penser autre chose, ses lèvres étaient mon pôle magnétique. Je ne pouvais pas les quitter. Il fallait que je les touche sans cesse, que je les dévore.
Mes poumons commencèrent à me faire mal, je n'eus malheureusement d'autres choix que de m'écarter. A peine assez pour prendre une pénible bouffée d'air. Mon torse se soulevait à toute vitesse et John haletait contre mes lèvres entrouvertes.
John à bout de souffle. Sa poitrine secouée de soubresauts erratiques. Ses joues devenues rouges. Ses yeux devenus noirs. Et John qui me fixait, moi qui le fixais. Entre nous, un mur de millimètres.
Mon cœur cognait dans mes oreilles, cognait entre mes os. Ne camouflait pas le bruit lourd et déréglé de mes expirations blessées de désir. Sa peau m'appelait et ma peau hurlait en retour. Hurlait la séparation presque douloureuse. Hurlait l'inexorable gravitation. L'incroyable attraction.
J'allais m'emparer une nouvelle fois de sa bouche mais il interposa sa main et me poussa en arrière, appuyant vigoureusement sur mes épaules. Interloqué, j'insistai mais il me repoussa une deuxième fois avec brutalité. « Arrête Sherlock – s'exclama-t-il – tu n'es pas toi-même ! Tu n'es pas dans ton état normal ! » Il commença à se débattre, à essayer de me faire descendre de son bassin mais je resserrai la prise de mes cuisses autour de sa taille.
« Je vais très bien. » dis-je sans perdre mon équilibre alors qu'il se tortillait pour me faire tomber. Il secoua la tête de droite à gauche en protestation. J'ignorai sa réaction et avant qu'il ne puisse réellement me faire basculer, je me couchai à demi sur lui. Barrant son torse de l'un de mes avant-bras pour le maintenir allongé. Ma voix se fit rocailleuse, roulai dans ma gorge quand je plongeais vers son cou :
« En fait...je ne me suis jamais senti aussi bien – je m'immobilisai manquant d'effleurer son oreille – de toute ma vie. » Je soufflai doucement sur une mèche dorée près de son lobe, provoquant un petit tressautement le long de sa colonne vertébrale. Je recommençai, frôlai son oreille et le creux de son cou d'un filet d'air joueur, m'amusant de sa réaction involontaire. Soudain John sembla se secouer, il chassa quelques-unes de mes boucles égarées sur sa joue et détourna la tête autant qu'il le pouvait.
« C'est faux ! » objecta-t-il avec virulence « T'es pas du tout comme d'habitude ! Reprends-toi bon sang !» Mais j'entendais les fêlures dans sa colère. Il n'était pas crédible une seconde.
Il tenta encore de m'éjecter, sans succès : je faisais pression de tout mon poids sur son torse. En désespoir de cause, il haussa le ton, s'agitant en vain : « Tu vas le regretter plus tard, quand tu te réveillera, alors arrête ça tout de suite ! »
Je m'approchai, les yeux plissés « Pourquoi arrêter ? »
Il inspirait vite « Je te l'ai dis – la panique imprimait des trémolos dans sa voix à mesure que je m'avançai– quand tout sera terminé tu vas détester chaque...chaque ….seconde de de ...ça. »
Je n'étais plus qu'à une phalange de son visage. Je répétai ma question d'une voix sourde : « Pourquoi devrais-je arrêter, John ? »
John inspira, balbutia, conscient de notre proximité. Sa respiration rapide caressait sensuellement ma bouche à chacun syllabe. « C'est...c'est pas une bonne idée...vraiment merdique ...arrête...Sherlock... »
Mes iris quittèrent les siens, tombèrent sur ses lèvres. Il déglutit bruyamment. Je suivis distraitement le dessin des tendons le long de sa gorge. Motif fugace et coupant, aussitôt absorbé par l'épiderme hâlé.
« Sherlock, je t'en prie... » murmura-t-il, l'inflexion suppliante de son ton me focalisa à nouveau sur l'objet premier de mon attention. Objet que j'effleurais sans m'accaparer, appréciant simplement sa douceur tiède.
« Je n'ai pas envie d'arrêter. » avouai-je, tout contre sa bouche. Et même à mes propres oreilles, mon timbre parut râper mon larynx tant il était rêche.
John débuta précipitamment : « Non ne- !»
Trop tard.
Mes lèvres recouvrir leurs semblables, se laissèrent fondre avec délice contre leurs courbes bouillantes. Je chuchotai sa lèvre inférieure entre les miennes, sa chair glissante de ma salive était gonflée. Rouge. Belle. Une groseille appétissante dont je me délectait jusqu'à l'imprégnation, jusqu'à l'overdose. Je surlignait l'arrondi de mes dents, le happant pour le presser sur mes lèvres, le façonnait sur ma bouche. Que cette peau souple se souvienne l'ardeur, se souvienne le plaisir, la forme et la saveur que j'y imprimait.
Trop tôt, beaucoup trop tôt John s'arracha à moi hoquetant, peinant à faire entrer l'air embrumé dans ses poumons. « Sher...lock...stop...stop... »
Je passai mon pouce sur le coin du sourire mutin qui étirait mes commissures « Tu voudrais que j'arrête...mais tu as l'air d'apprécier pourtant. »
Les joues de l'autre homme se teintèrent d'un écarlate plus vif, il dévia son regard : « Non pas du tout. Je ne vois pas ce qui tu fais dire ça – il éleva soudain le volume, comme à son habitude dans les situations gênantes d'après ce que j'avais constaté – J'ai rien demandé moi ! Rien du tout ! Je suis la victime dans tout ça, la victime ! » Il ponctua le tout d'un regard faussement furibond et de gesticulations peu convaincantes.
Mon sourire coquin se fit un peu plus prédateur. « Tes protestations sont un peu faiblardes, monsieur la victime. » Le sourire s'accentua quand mes doigts effleurèrent la bosse à l'entrejambe de son jean « Cette partie là n'est pas d'accord avec toi, tu es tellement mauvais menteur. » Je haussai un sourcil éloquent, susurrant la dernière phrase « Alors, syndrome de Stockholm, monsieur la victime ? »
Je coupais ce que John s'apprêtait à dire d'un baiser court mais gourmand, enfiévré. Ne parle pas. S'il te plaît ne parle pas. Je scindai nos bouches jointes et murmurai d'une voix cassée. « Tu ne comprends pas. » Il ne comprenait pas. Ne comprenait pas. Le besoin lancinant qui pulsait dans mes lèvres. Le besoin de le toucher, le besoin de le goûter, le besoin de le respirer. Le besoin.
Mes mains se posèrent sur ses sensation immense me débordait lentement. J'embrassai ses joues, son nez. « John. » Multipliai les contactes rapides et légers sur sa peau embrasée.
Il lâcha avec surprise un « Qu'est ce que tu-?! » qui mourut dans un bruit étranglé. Ses pommettes, ses mâchoires « John. » Le coin de ses yeux, son front. « John. »
« John. John. » Je parsemai son visage tout entier, me contentant parfois d'une simple caresse. « John. » J'aimais comment son prénom vibrait dans ma gorge. Comment son prénom vibrait dans l'air entre nous. J'aimais tellement l'entendre. Au moins autant que j'aimais mon nom dans sa voix.
Il était parfait. John était parfait. Comment ne l'avais-je pas vu plus tôt ? Comment ne m'en étais-je pas aperçu ? Étais-je aveugle ? Étais-je stupide ? Les deux à la fois ? Je posai un baiser éthéré sur le coin gauche de ses lèvres. Le coin droit. Et cette fois c'est John qui me chercha, qui me trouva. Il entrelaça nos langues avec autorité et le tango de nos lèvres reprit. Nos bouches se chassaient. Nos bouches se quémandaient. Nos bouches se savouraient. Lascivement. Aveuglement.
Sa langue se coulait autour de la mienne, me rendait ivre. Sa langue goûtait la liqueur. Sa langue goûtait la luxure. Sa ferveur accrut ma faim. Faim charnelle. Faim avide.
Pas suffisant. Plus de contact.
Contact.
Besoin. Besoin. Besoin.
Ma main droite vint pendre place sur sa hanche et s'introduire sous les vêtements, tout contre son épiderme chaud et lisse. Mes doigts glissèrent sur la ligne de son flanc. La peau frémit, les lèvres de John se figèrent. Ils redescendirent sur le ventre. John se pétrifia totalement. Ils descendirent encore. Johns'extirpa de mes lèvres et me propulsa en arrière en hurlant « Non ! »
Je manquai tomber mais me rattrapai in extremis. Mes sourcils s'arquèrent d'incompréhension « Qu'est ce qu'il y a ? », ma main droite encore accrochée à la bordure de son pull.
Il inspira profondément, l'air de ne pas en croire ses oreilles. Choqué et scandalisé. « Tu demandes ce qu'il y a ? Tu demandes ? Est-ce que tu es seulement conscient de ce que tu es en train de faire bordel de merde ?! Et vire tes mains, putain ! »
Évidemment je n'obéis pas. Une petite voix dans ma tête m'assurait qu'il mentait. Mes doigts se faufilèrent sous ses vêtements. Il attrapa mon poignet, vif comme l'éclair « Sherlock ! Arrête ça tout de suite ! »
« Tu n'aimes pas ? » interrogeai-je.
Il fulmina me rejetant de quelques crans en arrière. « Tu te fous de moi ?! »
Je ricanai doucement, un sourire rapace sur mon visage. « Oses dire que tu n'aimes pas John. Dis le, et…je ne te croirai pas. »
« Bon sang, mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ! » hurla-t-il encore en immobilisant mon autre poignet.
J'allais répliquer quand un courant d'air chaud inattendu balaya mes cheveux et qu'un ton policé tout aussi inattendu emplit brusquement la pièce. « J'espère qu'il s'agit une affaire d'impor- » La voix se coupa d'elle-même et l'homme à laquelle elle appartenait se racla la gorge. Avec insistance. Insistance.
Je daignai enfin me tourner vers la tête de Mycroft plongée dans le feu, d'un mouvement si rapide que ma nuque craqua. Ma voix trancha l'air comme un poignard et si mon regard avait pu l'éviscérer sur place je l'aurais fait sans hésiter. « Dégage. Tu. Gênes. »
Je n'étais pas agacé comme j'aurais simplement dû l'être. J'étais en rage. En rage contre le perturbateur. Mycroft haussa un sourcil narquois « Hé bien Sherlock, tu es d'une politesse rare et précieuse, de nos jours ce sont des qualités qui se perdent, heureusement que je peux compter sur mon petit frère pour me rappeler les hautes valeurs de notre société. Pour quelle obscure raison m'as-tu appelé ? Je suis sur une affaire capitale pour le Ministère. »
« J'ai rien demandé. Retourne-y! » crachai-je avec morgue.
Il voulait s'immiscer entre nous chuchotait la voix. Il voulait nous séparer, il voulait me le prendre !
La rage enflait dans ma poitrine et John gigotait sous mon corps, se tordant le cou dans tous les sens possiblement humains. La colère m'empêcha de voir son bras se tendre subrepticement sur le côté alors qu'il appela de toute la puissance de ses poumons : « Mycroft ! Mycroft, c'est moi qui vous ai appelé ! Il est pas dans son état normal ! S'il vous plaît venez ! Vit- » je le bâillonnai de ma paume sur sa bouche.
« Seigneur... » marmonna précipitamment Mycroft « ce n'est donc pas une autre de ses excentricités... » et il disparut de l'âtre en un grésillement.
Je me tournai vers John mais je n'eus pas le temps d'esquisser le moindre geste. Juste celui de regarder les mille six cents cinquante trois pages et la couverture violette du « Petit précis utile, guide de prise en main rapide et frappant à l'usage des sorciers fatigués et migraineux de lire les puits d'âneries sans fonds dans les stupides manuels concurrents. » s'écraser droit sur mon crâne. Les noms des auteurs gravés en lettres d'or dansèrent devant mes yeux. « Avec les chaleureux remerciements de Jenny E. Tula et de son collaborateur Sire Phellay. D. Hubo-Khäll pour votre soutien. »
Trou noir.
J'émergeai lentement, aussi sonné que si quelqu'un avait essayer de m'assommer avec un sac de briques. Deux voix filtraient à travers la douleur qui lançait dans mon crâne. J'ouvris les yeux avec difficulté, ébloui par la lumière.
Mycroft était nonchalamment assis sur un fauteuil en face de John, ils discutaient.
« L'Amortentia est une potion extrêmement dangereuse – disait mon frère d'un air pensif – c'est le plus puissant des philtres d'amour que les sorciers aient jamais pu inventer. Ceci dit, comme tu le sais parfaitement, tu n'es pas un sorcier et Sherlock n'a fait qu'en respirer les vapeurs. S'il en avait ingéré la situation aurait été beaucoup plus problématique. » Il lissa sa manche avec une moue empesée. « Je pense que les effets devraient se dissiper relativement rapidement, maintenant que j'ai fait disparaître la potion et que les toutes les fenêtres sont ouvertes. Le temps que son organisme se purge des molécules parasites. »
J'entendais chaque mot. Mais les mots glissaient sur moi, n'avaient pas de sens. Je ne voyais que John. John qui était loin de moi. Beaucoup trop loin.
Je tentai de me lever. Impossible. Mes poignets étaient enchaînées dans mon dos. Le métal cliqueta furieusement alors que je remuai dans tous les sens pour me libérer. Le vacarme attira l'attention des deux hommes sur moi.
« Navré Sherlock, tu ne pourras te défaire de ces attaches cette fois – dit Mycroft et il avait l'air tout sauf navré – n'essaye pas non plus de renverser la chaise, j'ai augmenté la force de pesanteur sur sa masse. » Sourd à ses phrases je tentai ma chance et me retrouvai aux prises avec un objet qui n'avait définitivement plus grand-chose à voir avec le poids d'une chaise mais plutôt avec celui d'un coffre-fort blindé de grande taille. Malgré mes efforts désespérés je ne parvins pas à la déplacer ne serait-ce que d'un pauvre millimètre.
Je renonçai bientôt et rivai mon regard sur John qui me scrutait en silence. Son absence se faisait sentir avec de plus en plus de force. L'absence de ses lèvres. De son corps contre le mien.
« John. Détache-moi. »
« Non. » dit-il sèchement.
Je haussai un sourcil. « S'il te plaît ? »
Il secoua fermement la tête. « Crois-moi, ça vaut mieux pour tout le monde. »
« Mais John, je ne te ferai jamais de mal. Détache-moi. Je ne te ferai rien, comment abîmer la représentation vivante de l'idéal occidental masculin du vingt-et-unième siècle que toute personne saine d'esprit et normalement constituée rêverait d'avoir pour elle toute seule ? »
La sus nommée représentation vivante de l'idéal occidental masculin du vingt-et-unième siècle lâcha un « hein ? » des plus ahuris mais qui me parut la phrase la plus intelligente et élégante du monde.
Mon enthousiasme débordait de manière très inhabituelle « Partons en voyage ! Je t'amènerai où tu voudras. Hawaï, Polynésie, Indonésie, Chine. Ou pourquoi pas les Maldives ? La mine aux cristaux du Mexique ? Le lac Moraine au Canada ? Paris ? Le château de coton en Turquie ? Non je sais ! L'ile Santorin ? Non non que dis-tu de Venise ? On déguisera Mycroft une perruque à bouclettes et une marinière pour qu'il conduise notre péniche. Pas trop courte la marinière...[...]
John marmonna à l'intention du sorcier avec inquiétude « C'est normal ce comportement ? » Son interlocuteur haussa une épaule en s'éclaircissant la voix, veillant à ne pas commenter la partie concernant Venise. Immergé dans mon cerveau saturé d'endorphines je déviais maintenant sur John en claironnant à tue-tête, ma voix se fit de plus en plus grave « Je veux sentir la soie d'un kimono ruisseler sur ta peau en tombant. Je te veux nu sur le canapé de la bibliothèque avec la dernière édition non publiée de La magie, quantique des particules. (Mycroft hocha la tête, appréciateur « Très bon choix. ») Je veux caresser chaque centimètre de ton corps avec des plumes en sucre. Je veux t'embrasser. Je veux ton corps sur le mien. Je te veux dans mon lit, je te veux partout. Je te veux gémissant mon nom, la peau luisante de sueur. Je veux que tu ne regardes que moi. »
Les joues cramoisies, John répéta faiblement à l'intention de Mycroft « C'est normal ? »
Je me jetai alors sur la liste des qualités de son corps et j'étais en train de faire un éloge poétique de son visage en détaillant particulièrement la forme et la couleur de ses yeux quand le conseiller du Ministre répondit. « Je vous avez dit que l'Amortentia est le philtre d'amour le plus puissant de l'histoire de la sorcellerie. Sherlock n'en subit que des effets mineurs. »
« Mineurs ?! Mes yeux ne brillent pas comme des morceaux de chocolat éclatés d'étoiles, c'est du grand n'importe quoi ! Il est en plein délire là !Vous plaisantez ?»
« Jamais en public. Vous ne saisissez pas, aucune potion ne peut reproduire le sentiment d'amour. »
« Mais, vous venez de dire que - »
« Ce n'est pas de l'amour, c'est de l'obsession. De l'adulation. De l'adoration. Beaucoup de personnes sont mortes des effets de ce philtre. Ils s'aiment, se jalousent, tuent et en règle générale commettent un certain nombre d'actes regrettables au caractère définitif et ridiculement pompeux incluant la scène finale de Roméo et Juliette. Pour le moment Sherlock s'est sort très bien, il ne vous a même pas demandé en mariage. »
Je faisais les louanges beaucoup moins poétiques de la malléabilité que ses fesses auraient entre mes mains mais à force d'y penser j'avais de plus en plus de mal à me contrôler. L'élastique de son boxer, le tissu filant sur ses cuisses. Un spasme convulsa mes épaules. Et je me fis entièrement déborder. J'étais en manque. En manque de John. Hanté du fantôme de sa chaleur. De son goût toujours sur mes papilles.
« Il faut que je te touche. » soufflai-je.
Je fis tinter la chaîne en essayant de la casser. Je la secouai et haussai le ton avec détresse « Il faut que je te touche. » Un grondement s'échappa de ma gorge. Mes poignets tiraient, tiraient. Les maillons rayèrent la peau. Je m'acharnai sans m'arrêter, je devais la briser.
« Sherlock arrête ! Tu vas te blesser » s'exclama John, il s'avança mais Mycroft s'interposa.
Les maillons entaillèrent la première couche de l'épiderme. Je ne sentais rien. Tout ce que je savais c'était que John était loin, et que c'était la faute de cette entrave. C'était elle. L'ennemie. Je forçais encore et déchirai superficiellement la chair. Du sang perla. Je ne sentais rien. Je tirai encore. Encore.
« Occupez-le. Parlez-lui avant qu'il ne se fasse d'avantage souffrir. » ordonna mon frère en poussant finalement John en avant (après mûre réflexion.)
« Je dis quoi moi ? » John se racla la gorge. « Bon très bien euh..tu sais que je suis furieux contre toi, Sherlock. Tu dis que je suis et je te cite « magnifique » mais il y a trois heures tu m'as insulté. Tu as dis que j'étais un « vulgaire parasite », « un poids mort inutile » – il prit de plus en plus d'assurance et la colère qui filtra sur son visage et dans sa voix ralentit les coups que je donnai dans le vide, m'incita à le regarder dans les yeux – Que j'étais « un cafard » un « pur fardeau » et que tu « n'en avais strictement rien à foutre de moi ! »
Les mots sortaient lentement de ma bouche. « Je n'ai jamais dit ça. »
« Oh si tu l'as fait. » intervint Mycroft, mine de rien.
John poursuivit, sa voix enfla dans la pièce « Que « je te pourrissais la vie » que « si je crevais tu serais bien mieux » ! »
« Ce n'était pas moi. Impossible. » je secouai la tête, niant en bloc.
« Si. C'était toi. Tu ne t'en rappelles pas ? Moi je m'en souviens très bien. » L'amertume aiguisait un pli amer autour de sa bouche.
L'abattement coupa tous mes mouvements. J'inclinai mon visage sur le côté et après un certain temps j'osais prendre la parole. Craintivement. « Tu me déteste ? » demandai-je d'une voix incertaine, apeurée.
John en resta bouche bée.
Mycroft soupira et prit le reliai, utilisant le même air que si j'avais été attardé mental « Il ne te déteste pas, comment peux-tu penser une chose pareille ? »
Mon visage s'éclaira, enchanté. « Vraiment ? »
« Oui vraiment, tu sais bien que je ne te mentirai jamais. Je suis ton frère, tu peux me faire confiance. » Toute l'ironie de la situation me passa très lointainement au dessus, un immense sourire enfantin fleurit sur mes lèvres. Je répétai avec un pur ravissement « John ne me déteste pas. » Mes traits étaient rayonnants, mes iris larges et innocents. Vulnérables.
John ne s'en remettait pas, les yeux exorbités.
Mycroft, fit apparaître un appareil photo magique et me mitrailla avidement. Je ne m'en rendis même pas compte, cependant les flash réveillèrent John qui se tourna vers mon frère. « Qu'est ce que vous faites ? » dit-il d'une voix basse.
Mycroft répondit sur le même ton : « J'immortalise ce moment. Grâce à ces clichés j'ai de quoi le faire chanter jusqu'à la fin de ses jours, il sera tellement mortifié. Mère va être folle de ces photos.» Il gloussa légèrement « Il sera obligé de venir aux fêtes de famille ! »
« Vous êtes diabolique » pouffa John.
Mycroft sourit avec satisfaction « Il faut savoir saisir l'inattendu lorsqu'il se présente. » Il ajouta sur le ton amusé de la confidence « Je vous ferez faire des copies, cela pourra se révéler utile n'est-ce pas ? Il sera particulièrement infect quand il reprendra ses esprits. »
Qu'en avez-vous pensé ? Une horreur ? Un régal ? Une horreur-régal ? xd
Laissez-nous un commentaire nous serions ravies d'y répondre x) Qu'il soit négatif ou positif d'ailleurs ^^
La suite n'est pas encore écrite, le rythme sera irrégulier encore quelques temps à cause de nos périodes d'examens respectifs (les miens commencent à la fin du mois par exemple) mais comme je l'ai déjà dit, nous ferons en sorte de ne plus jamais vous faire patienter autant ^^
