Chapitre 8 : Un gallion interdit

Hermione se démenait chaque jour contre le sortilège qui la maintenait prisonnière. Elle se démenait contre son geôlier qui prenait un plaisir malsain à la regarder se débattre quand elle ne savait pas qu'il se cachait dans l'ombre pour l'observer. Elle se démenait contre elle-même pour ne pas sombrer. Pour cela, elle songeait à sa fille, l'imaginait. Elle savait que celle-ci possédait les cheveux et les yeux de son père, mais le reste de sa physionomie provenait sûrement d'elle. Du moins, elle l'espérait, pensait-elle la plupart du temps, amusée.

Elle était certainement magnifique… Avec un père pareil, comment aurait-il pu en être autrement ? Hermione sentit sa gorge se serrer. Ne pas penser à lui. Le faire la plongeait dans un état second, et les images de ses rêves, ou plutôt cauchemars, la submergeait, ne lui causant qu'une douleur plus grande.

Cependant, pour une fois, ce n'était pas contre Ryan, ses sbires ou Drago qu'elle se battait. Mais bel et bien contre Astoria Greengrass.

« Bon sang, répond-moi ! Je sais que tu m'entends. Tu n'es qu'une lâche ! Je sais parfaitement que tu veux protéger ton fils de Ryan, mais ma fille… mais elle compte aussi ! Astoria ! »

Hermione jura. Sa rancune contre Greengrass ne cessait d'enfler dans sa poitrine. Une fois qu'elle serait libérée, elle ferait regretter à Astoria de l'avoir fait taire pendant quinze ans… Rien que pour cela, elle la trouvait pire que Ryan. Après avoir sauvé sa propre peau, Astoria avait constamment ignoré Hermione, malgré que celle-ci l'ait supplié de nombreuses fois de lui apporter son aide.

Elle était restée muette face à sa souffrance. A sa douleur. A sa peur, à sa haine. Hermione n'avait jamais renoncé. Dans les premiers temps, elle avait cru qu'Astoria ne l'entendait pas, que Ryan bloquait toute conversation. Mais celui-ci avait vite fait de la démentir.

— Astoria se plaint de maux de tête, ces derniers temps, avait-il lancé quelques mois après l'avoir kidnappé. Tu devrais arrêter de lui parler, ça l'agace.

Elle s'était figé – enfin, encore plus qu'elle ne l'était déjà – pas certaine d'avoir bien entendu. Ryan, un rictus médisant aux lèvres, s'était approché d'elle.

— Oh pardon, tu pensais sincèrement qu'elle ne pouvait pas recevoir tes messages ? Non, j'ai fait en sorte qu'ils arrivent à destination, ne t'inquiète pas pour ça, avait-il susurré. Néanmoins… Le destinataire ne me parait pas posséder l'envie de les lire !

Il avait éclaté d'un de ces rires sardoniques qui le caractérisait tant avant de disparaitre subitement, la laissant seule avec son désespoir et son incompréhension. Sentiments qui s'étaient rapidement transformés en amertume et rage.

Astoria paierait. Qu'importait ses raisons. Elle avait privé Hermione de quinze ans de vie.

Hermione ferait en sorte qu'elle perde quinze ans de la sienne.

« Ne toucher en aucun cas Scorpius Malefoy » avait été une règle que Rose avait très peu respectée, ces derniers temps. Déjà car elle s'était considérablement rapprocher du jeune homme. Et de plus car Rose n'avait jamais véritablement aimé les règles.

Lorsque lors d'une pause entre deux cours, Scorpius et elle apprirent qu'ils étaient convoqués le soir-même dans le bureau de la Directrice, elle avait senti les ennuis arriver. Ils allaient sans doute être morigénés là-dessus, elle n'en doutait pas une seconde.

Elle soupira en secouant la tête, serrant ses livres de cours contre sa poitrine elle était bien trop pessimiste ces derniers temps. Peut-être parce qu'il ne restait plus qu'une semaine à Poudlard, que dès qu'elle croisait Scorpius il arborait un œil au beurre noir ou un nez brisé, ou parce que vivre avec les Gryffondor étaient à la fois pesants et harassant ? Le tout à la fois, sans doute.

Elle pénétra dans les toilettes des filles avec soulagement. Ce lieu était devenu son refuge depuis qu'elle n'était plus au Manoir Malefoy au moins, elle pouvait exploser de colère sans vexer un Gryffondor, détruire quelques latrines en ne craignant que le courroux de Mimi Geignarde, et enfin se permettre de respirer, ce qui n'était pas un luxe.

Rentrer dans le moule n'était pas aussi facile qu'elle avait voulu le croire au premier abord Albus lui avait fait juré de garder son amitié avec Scorpius secrète et elle trouvait cela profondément injuste, surtout quand elle devait assister aux moments où il se faisait lyncher et qu'elle s'intimait l'ordre de ne pas réagir.

Un reniflement sonore la fit sursauter elle haussa un sourcil intrigué. Quelqu'un avait décidé de s'installer dans sa cachette, et qu'elle ne fut sa surprise lorsqu'elle trouva Estel Zabini recroquevillée dans une des cabines, le visage enfouie dans ses bras.

Gênée d'assister à une telle scène, elle songea à partir discrètement. Trop tard cependant pour cela : la jeune Serpentard avait relevé la tête vers elle et la fusillait du regard.

— Weasley ? Qu'est-ce que tu fais là ? Aboya-t-elle en essuyant ses joues humides.

— Je… euh… Bredouilla Rose, ne sachant pas quoi répondre.

Elle n'était pas étonnée par l'agressivité d'Estel après tout, elle venait de la surprendre dans un moment de faiblesse qu'elle ne montrait sûrement pas à n'importe qui… Estel pinça l'arête de son nez entre ses deux doigts pour tenter de reprendre son calme puis se leva en rassemblant toute la dignité qui lui restait.

— Parles en à quelqu'un, et je… Commença-t-elle à la menacer d'une voix tremblotante ce qui atténuait nettement sa crédibilité.

— Je ne dirais rien à personne, rétorqua Rose. Et tu peux rester, je m'en allais justement.

Elle allait tourner les talons quand un bruit métallique attira son regard sur une pièce qui venait de glisser de la poche d'Estel. Elle allait se baisser pour la ramasser mais la jeune fille fut plus rapide qu'elle et s'en saisit avec un mélange de peur et de possessivité.

Ce n'était qu'un simple gallion. Pas de quoi en faire tout un plat, songea Rose avec aigreur avant de reprendre son chemin.

Estel serra le petit gallion dans ses doigts comme s'il comptait plus que sa propre vie. Heureusement que cette rousse n'avait pas eu le temps de s'apercevoir de ce que c'était… Elle devait préserver le secret, coûte que coûte. Il le lui avait fait promettre.

Elle jeta un œil rassurant sur les chiffres ciselés sur le gallion c'était leur seul et unique moyen de communication. Il leur permettait de pouvoir se voir dans la Salle sur Demande sans que personne ne le sache. C'était un lourd secret qu'elle portait, mais elle l'assumait pleinement car les rares moments qu'elle passait en sa compagnie étaient les seuls instants où elle se sentait en confiance, dans un endroit qu'elle avait pourtant pris l'habitude de haïr.

Elle fourra le morceau de métal dans sa poche, un sourire flottant sur son visage avant qu'elle ne s'empresse de l'effacer si elle montrait la faille de sa carapace à ses ennemis, ils en profiteraient pour s'y engouffrer et la briser jusqu'à ce qu'elle ne se renferme totalement.

A vrai dire, ils avaient été sur le point de le faire avant qu'il ne la trouve…

Il y avait trois ans, elle aurait craché sur son nom, l'aurait maudit de tous les maux, aurait ricané discrètement s'il était passé près d'elle. Puis il lui avait tendu la main. Et toute cette haine, ces injures prononcées s'étaient soudainement effacé.

Elle traversa la pièce, lança un regard à son reflet qu'elle trouva passable excepté ses yeux rougis qu'elle masqua à l'aide d'un sortilège puis passa la porte, un nouvel espoir naissant dans sa poitrine.

Un jour, cette guerre futile et puérile s'arrêterait. Tous les deux, ils en étaient la preuve, non ?

Rose s'enfonça dans son siège, dépitée. Le regard courroucé de la Directrice tomba sur elle comme un couperet prêt à lui trancher la gorge. Pourquoi fallait-il qu'elle ait eu raison ?

— Je comprends parfaitement votre désaccord, miss Weasley. Mais n'oubliez pas que vous êtes tous les deux cruciaux pour la mission.

Rose grogna. Mission dont ils ne savaient absolument rien, évidemment ! Et ensuite on leur demandait de respecter des règles absurdes et qui n'avaient aucune raison d'être ! Ne pas se toucher… Quoi, ils avaient peur qu'ils fassent des bébés ensemble, ou quelque chose du genre ? Pas d'inquiétude à avoir sur ce point pourtant !

— Plus de contacts physiques, compris ? Leur intima-t-elle d'un œil sévère.

Le sage Scorpius se contenta d'acquiescer avec conviction tandis que Rose baissait les yeux vers ses chaussures qu'elle trouvait explicitement plus digne d'attention que l'adulte qui lui faisait face.

Elle serrait les dents si fort qu'elle jura les avoir entendu crisser. Pourquoi est-ce que personne ne leur expliquait quoi que ce soit ? Elle avait besoin de savoir ! Elle en avait assez qu'on cherche à l'aveugler, à lui dissimuler ce qui la concernait bien plus que tous les autres.

Elle se leva d'un bond quand la directrice leur indiqua d'un geste de la main qu'ils pouvaient sortir. Elle n'avait pas envie de rester plus d'une seconde dans cet environnement étouffant. Ce qu'elle comprenait, c'était que le professeur MacGonagall avait abandonné depuis longtemps l'idée de faire revenir Poudlard à la normal. En fait, elle comptait sur Rose et Scorpius pour cela.

Elle leur remettait le tout sur les bras, et leur demandait de se débrouiller en leur bandant les yeux pour rajouter un peu de piment.

Harassée après seulement une semaine de cours dans l'école de magie britannique, Rose se demandait surtout comment Scorpius arrivait à tenir. Son teint était si translucide qu'il ressemblait presque aux fantômes qui erraient dans les couloirs. Mais son sourire lui, ne disparaissait pas.

Peut-être qu'en fin de compte, ce n'était pas du pouvoir de Scorpius dont elle était envieuse, mais sa capacité à affronter les nombreux obstacles avec un sourire aux lèvres tout en restant lui-même.

— ça va, Rose ? Lui demanda-t-il en remarquant qu'elle le fixait.

— Ce n'est pas de moi que tu devrais t'inquiéter, Scorp'. Soupira-t-elle en observant les alentours suspicieusement avant de continuer : Oh, tu sais… j'ai croisé Estel dans les toilettes des filles. Celles qui sont fermées, normalement.

— Qu'est-ce que tu faisais là-bas ? L'interrogea-t-il en fronçant les sourcils.

— Peu importe, balaya-t-elle d'un haussement d'épaule. Je crois que…

Un cri l'interrompit. Ils n'hésitèrent pas une seconde avant de se diriger vers la source du bruit. Rose sentit son cœur battre contre ses côtes c'était certainement les cris d'un Serpentard, encore… Mais cette fois-ci, tout cela allait trop loin.

Au sol, une jeune fille, trempée frissonnait en fouillant dans ses poches où elle rangeait sa baguette d'ordinaire, mais elle ne la trouva pas. Un Serdaigle ricana avant de lui montrer le bâton magique qu'il tenait dans ses mains :

— C'est ça que tu cherches, Zabini ?

Estel Zabini ne perdit pas une seconde son sang-froid. Il l'avait peut-être surprise en lui envoyant un sceau d'eau glacé puis en l'envoyant valser par terre, mais elle n'était pas assez stupide pour se jeter dans les bras de cet abruti qui n'attendait que cela, qu'elle réagisse. Elle resta stoïque face aux rires des élèves qui s'accumulaient autour de la scène. Ces idiots de Serdaigle se rengorgèrent en voyant que leur public s'amassait c'était mauvais signe…

Rose et Scorpius arrivèrent à se faufiler parmi la foule pour apercevoir la jeune fille à la peau mate assise sur le sol, le visage de marbre. Rose retint son ami par la manche avant qu'il n'ait pu esquisser le moindre pas.

— Non Scorpius, non. S'il te plait, le supplia-t-elle d'un murmure.

Il détourna ses yeux du regard incandescent de Rose pour observer le déroulement de la scène. La Serpentard ne broncha même pas lorsqu'un Gryffondor la gifla violemment, agacé qu'elle ne réponde pas à ses insultes. Elle essuya d'un geste quelque peu tremblant la goutte de sang qui perlait sur sa lèvre inférieure, et n'opposa pas de résistance face aux mots durs qui suivirent.

Seule la pression qu'exerçait la jeune fille sur Scorpius l'empêchait de s'avancer pour prendre la place d'Estel. Il frémissait à l'idée de la laisser se faire humilier ainsi devant la moitié des élèves de Poudlard.

— Eh, qu'est-ce qu'il se passe ici ? S'éleva une voix.

Le groupe de Serdaigle et de Gryffondor abandonnèrent un instant des yeux la jeune fille pour se tourner vers la personne qui s'avançait à travers la foule. Celle-ci se divisait volontairement et craintivement pour lui faire un chemin jusqu'au centre. Rose relâcha sa poigne sur Scorpius en découvrant son cousin, James, et son expression dédaigneuse. Lui… ? Alors il était véritablement comme elle l'avait imaginé ? Il allait prendre part à cette comédie grotesque ?

— Tiens donc, Zabini, cracha-t-il sèchement en baissant les yeux vers elle.

La jeune fille perdit automatiquement son assurance et ramena ses genoux contre elle dans un geste apeuré tandis qu'il se penchait vers elle pour attraper une mèche de ses cheveux. Merlin seul sait ce qu'il lui aurait fait subir si Albus n'avait pas surgit derrière lui en un coup de vent, avait aidé Estel à se relever pour crier à tout le monde que le spectacle était fini – en jetant un regard noir à son propre frère qui avait perdu son sourire moqueur et victorieux.

Scorpius décida de l'accompagner à l'infirmerie où ils emmenaient Estel mais Rose tint à rester pour avoir une conversation avec James. Elle attendit que tout le monde soit parti pour se tourner vers lui. Il semblait furieux, et tournait comme un lion en cage.

— Il va me le payer ! S'exclama-t-il d'un ton empli de rage.

— Il a fait ce que nous aurions dû faire, rétorqua Rose doucement pour ne pas attiser sa colère.

Il releva la tête vers elle puis se mit à rire.

— Bon sang, tu ne comprends vraiment rien, n'est-ce pas ?

— Qu'est-ce qu'i comprendre, excepté le fait que tu allais la tyranniser et qu'Albus a été le seul à venir l'aider ? L'accusa-t-elle en plissant les yeux.

— La tyranniser ? Non mais regarde-toi, Rose ! Est-ce que tu as fait quelque chose, toi ? Tu n'as pas bougé le petit doigt pendant qu'eux étaient en train de la tyranniser ! S'énerva-t-il. Ne viens pas me voir pour me faire ta morale de petite sainte, alors que tu n'es pas mieux que moi.

Elle vacilla sous l'insulte et grimaça pour reprendre contenance.

— Je le sais parfaitement. Mais tu es un Gryffondor, James. Pas un tyran ! Pourquoi continuer ce cinéma ? A quoi cela te mène-t-il ?

— Un Gryffondor ? Railla-t-il. Est-ce que tu me parles de ces Gryffondor dont la principale valeur morale était le courage ? Crois-moi, nous n'avons plus rien en commun avec eux, Rosie. La moitié d'entre nous sont des Serpentard refoulés. Le courage ? Disparu, envolé. En fait, ce sont maintenant ceux qui subissent les moqueries et les coups qui le possèdent. Les Gryffondor, ce sont eux, pas nous.

Surprise par autant de maturité chez James alors qu'il semblait pourtant si violent, elle resta coite. S'il pensait ainsi, pourquoi continuait-il ce massacre ? Il cachait forcément quelque chose. Ses larges épaules de batteur s'affaissèrent quand il se laissa glisser au sol. Comprenant qu'il voulait rester seul, elle tourna les talons, et eut tout juste le temps de le voir jouer avec un gallion avant d'obliquer dans le couloir.

L'infirmerie n'était pas vide, y résidait déjà quelques Serpentard et une poignée de Gryffondor/Serdaigle. Rose s'y était attendu. Ce qu'avait vécu Estel n'était pas seulement réservé à elle. Sauf que les autres n'avaient pas d'Albus pour les sortir de ce pétrin… D'où les blessures de plus en plus importantes.

Pourtant, les Lions et les Aigles semblaient avoir pris cher, cette fois, songea Rose avec joie. Les Serpentard commençaient à se révolter. Etait-ce une bonne nouvelle ? Sûrement pas.

Elle rejoignit Albus et Scorpius qui se tenaient près d'Estel et chuchotaient entre eux.

— Tu vas bien ? S'enquit la rousse auprès de la Serpentard en ignorant les deux garçons.

Pour toute réponse, elle se contenta d'un vague hochement de tête.

Rose se racla la gorge avant d'annoncer :

— Je crois que James t'a pris ton gallion.

La réaction d'Estel ne se fit pas attendre, attirant ainsi l'attention du Serpentard et du Gryffondor. Elle écarquilla ses grands yeux noirs, fouilla dans ses poches et, les trouvant vide, poussa un gémissement désespéré.

— J'ai dû le laisser tomber… Quelle idiote ! Se maudit-elle.

— Je pourrais demander à James de te rembourser, ne t'inquiète pas, la rassura Albus en ajoutant à sa phrase un sourire convaincant.

Elle tergiversa un instant avant de répondre :

— Non, c'est bon Albus. Ce n'est pas important. C'était seulement un gallion.

Le jeune homme, peu convaincu, allait rétorquer mais Rose ne lui en laissa pas le temps :

— Pourtant, je croyais qu'il était important pour toi, objecta-t-elle, curieuse, en se remémorant la possessivité qu'avait montré Estel à l'égard du petit morceau doré, quand elle l'avait fait tombé dans les toilettes des filles.

Estel lui lança un regard noir.

— Tu t'es trompé, répondit-elle d'une voix sèche.

Albus lui promit néanmoins qu'il trouverait un moyen pour que James le lui rende, et la jeune Serpentard le remercia d'un bafouillement inaudible en lui rappelant qu'il n'était vraiment pas obligé. L'infirmière Londubat finit par les mettre dehors, les trouvant un peu trop bruyant à son goût et Albus arbora une mine déçue qui n'échappa pas à Rose bien qu'il la dissimula rapidement.

— Vous pourrez venir la voir demain, je la garde cette nuit juste au cas où, souligna-t-elle au moment où elle refermait la porte derrière eux.

Le petit groupe se retrouva plongé dans l'obscurité du couloir, et ils décidèrent d'un commun accord de se rendre à la Grande Salle pour manger.

L'atmosphère qui régnait dans la pièce était glaciale. Les Gryffondor lançaient des regards peu amènes à Albus, notamment son frère James dont il émanait une aura si noire qu'elle contaminait ceux présents autour de lui.

— ça y est, je suis le paria maintenant… Murmura le jeune Potter pour lui-même.

— Peut-être, dit Rose qui l'avait entendu. Mais au moins, tu peux être fier de ce que tu as fait, contrairement à eux.

Il haussa mollement ses épaules, peu rassuré. Il n'était pas habitué à être ainsi rejeté par sa maison. Après tout, les élèves le respectaient jusque-là grâce à sa famille. Son père, Harry Potter, était un des plus grands sorciers de son époque, et son frère, James, avait toujours été un membre vénéré des Gryffondor, capitaine et batteur de l'équipe de Quidditch doté d'un charisme infaillible.

Qu'était Albus à côté de ça ? Il n'avait jamais rien fait d'extraordinaire. Son physique n'était que banal. Il n'était pas un as du balai comme James ou sa propre mère, il ne maniait pas la baguette comme sa petite sœur, Lily Luna, et il n'était pas un héros, comme son père…

Il ne regrettait pas son choix, loin de là. Avoir sauvé Estel était ce qu'il fallait faire à ce moment-là. Mais maintenant, tout serait différent pour lui. Ses résolutions avaient tout simplement volé en éclat.

Rose et Albus s'asseyèrent à l'écart tandis que Scorpius regagnait sa propre maison. Malgré cela, James ne dû pas supporter la proximité car il se leva brusquement et quitta la Grande Salle. La jeune rousse jeta un regard désolé à son cousin qui piqua le nez dans son assiette, coupable.

La nuit ne tarda pas à déposer son manteau sombre sur le château. Les élèves éteignaient progressivement les lumières et le noir s'installa confortablement à Poudlard. Pas totalement, cependant. Rose, les yeux bien ouverts, fixait le plafond sculpté, une bougie vacillant sur sa table de chevet. Elle n'avait pas l'intention de dormir. Elle attendait…

Quand enfin le bruit du tableau retentit, lui signalant que quelqu'un quittait la salle commune de Gryffondor à cette heure obscure, elle se releva, enfila ses chaussures et prit sa baguette pour pouvoir s'éclairer.

Les couloirs plongés dans l'obscurité ne l'effrayèrent pas pour autant et elle se hâta de retrouver la silhouette indistincte du Potter qui se dirigeait vers l'infirmerie. Il ne l'avait pas remarqué, bien heureusement.

En arrivant à destination, il se plaça devant la porte close de la salle réservée aux blessés/malades, et, au lieu d'entrer, toqua. Puis il fit quelques pas en arrière en jetant des regards nerveux autour de lui, comme s'il pressentait la présence de Rose qui se plaquait contre le mur pour ne pas se faire surprendre.

La porte s'ouvrit sur la tête brune d'Estel Zabini, le stoppant dans son observation. Elle fronça les sourcils en découvrant la personne qui se trouvait en face d'elle.

— Qu'est-ce que tu fais là ? Chuchota-t-elle, une once d'agacement teintant sa voix.

— Referme la porte, lui conseilla le jeune homme, ce qu'elle fit aussitôt.

— Tu réalises que si quelqu'un te trouve là, on va se faire prendre ? Le châtiment sera terrible. Et je ne te parle pas seulement d'heures de colle ! Gronda-t-elle.

— On s'en fiche, Estel. Je m'en fiche ! S'écria-t-il. On a raté le rendez-vous, non ? Alors il faut que je rattrape ça.

Il la prit brusquement par le poignet mais elle se défit de son étreinte, blessée par son attitude brutale.

— Arrête ! Tu sais parfaitement que je ne peux pas m'éloigner ! (Il baissa la tête, serrant les poings.) Tu es étrange, finit-elle par déclarer. Qu'est-ce qu'il y a ? Si tu es venu, c'est que tu avais quelque à me dire, non ?

Rose retint son souffle. Elle n'était pas venue pour assister à leur querelle amoureuse, mais bien pour leur faire comprendre qu'on ne prenait pas Rose Weasley pour une idiote sans en subir les conséquences. Leur ficher la trouille, quoi. Néanmoins, elle attendit encore le bon moment pour surgir.

— Albus. C'est Albus. Je suis persuadé qu'il est amoureux de toi. Marmonna-t-il à contrecœur en enfonçant les mains dans ses poches et baissant la tête, comptant sur les mèches brunes de sa chevelure pour masquer son expression crispée.

Estel laissa planer un silence pesant, attendant qu'il démente, avant d'éclater de rire.

— N'importe quoi ! Se moqua-t-elle.

— C'est la vérité ! S'exclama James, outré qu'elle ne le croit pas. Est-ce que tu as vu comment il a réagi pour te sortir de là ?

— Et alors ? Il voulait m'aider, c'est tout. Il l'aurait fait pour n'importe qui, rétorqua-t-elle en croisant les bras.

James, exaspéré par la ténacité de la Serpentard, leva les yeux au ciel.

— Si tu le dis ! Lâcha-t-il.

Agacé, il fit mine de partir mais abandonna quand il croisa son regard sévère.

— Je rêve ou… Tu es jaloux ? Dit-elle narquoisement en s'appuyant contre le mur, en face de lui.

— Quoi ? Moi, jaloux ? De mon frère ? Pour qui est-ce que tu me prends ? Se défendit-il.

— Pour James Potter, évidemment. Pas le Méchant James Potter qui aime bien torturer les pauvres petits Serpentard depuis sa première année.

James sourit, amusé.

— C'est vrai que j'ai cette réputation.

— Mais le James que je connais, continua-t-elle, lui, est très facilement jaloux, tu ne crois pas ?

— Ça dépend de qui ça concerne, admit-il d'une voix rauque.

Il faisait heureusement trop sombre pour qu'il remarque que les joues de sa camarade s'étaient colorées d'un joli rouge. Elle se racla la gorge, mal à l'aise, et changea de sujet :

— Au fait, sois plus discret à l'avenir, Rose t'a certainement aperçu tenant le gallion. Elle a cru que tu me l'avais dérobé, mais il se peut qu'elle ait des soupçons si elle te voit une nouvelle fois avec...

— Ne t'inquiète pas, cette petite tête rousse ne saura rien. Elle me prend pour le « méchant » tu sais.

Estel se mordit la lèvre inférieure avec hargne, puis fouilla machinalement dans sa poche dans le but de toucher son petit morceau d'or, comme elle en avait l'habitude lorsqu'elle commençait à douter. Sauf que cette fois-ci, ses doigts ne rencontrèrent pas l'habituel froideur du métal, mais seulement le vide de sa poche.

Surprise, elle retira sa main avec empressement et chercha parmi les autres renfoncements de ses habits rien, il n'était pas là. Effarée, elle refusa de s'avouer vaincu et entreprit d'inspecter le sol dans l'espoir de l'y trouver. Peut-être l'avait-elle fait tomber par mégarde, sans s'en rendre compte…

James la regarda faire, fronçant les sourcils, puis éclata de rire en s'approchant d'elle :

— Qu'est-ce que tu fais, Zabini ? S'amusa-t-il en la voyant plaquer ses mains sur la pierre parce qu'il faisait trop sombre pour qu'elle distingue quoi que ce soit. Tu veux aider ce vieux Rusard en nettoyant le sol ? Quelle générosité de ta part !

Elle leva la tête pour lui adresser un regard noir.

— J'ai perdu le gallion !

Le sourire de James disparut et il maugréa, mécontent :

— Quoi ? Et après, tu me demandes d'être prudent !

Elle lui tira la langue, de mauvaise foi. Il se pencha en soupirant, dans le but de l'aider, quand une voix surgit du bout du couloir.

— Si je m'attendais à ça. Mon très cher cousin, un Gryffondor, et une Serpentard, représentante de sa maison qui est plus, ont un rendez-vous à une heure aussi tardive…

James se releva lentement, tandis qu'Estel se figeait, surprise et horrifiée. Ce qu'elle craignait depuis sa cinquième année survenait : ils s'étaient fait prendre.

— Rose ? Demanda James, incertain.

La jeune Weasley s'avança et son anatomie apparut dans la légère luminosité produite par la baguette de son cousin. Elle tenait dans sa paume un objet qu'Estel reconnut aussitôt : son gallion !

— Je te l'ai dérobé, lui avoua Rose, quand j'ai compris que tu mentais. Tu ne l'as jamais perdu, tu y tiens bien trop pour cela. J'ai vu les chiffres dessus, et je me suis souvenu de ce que mon père m'avait raconté à propos de l'Armée de Dumbledore, qu'Harry Potter avait créé avec l'aide de mes parents lors de leur cinquième année.

Estel se releva d'un bond et arracha le gallion des mains de la jeune fille.

— Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-elle agressivement.

Son cœur battait entre ses côtes : et si Rose décidait de tout dévoiler ? Tout serait fini… Sa gorge se noua à cette pensée peut-être qu'elle aimait James encore plus qu'elle ne le pensait, ce qui devenait problématique.

— Elle ne dira rien, dit James, convaincu.

— Elle en est capable ! C'est une Gryffondor… Lâcha Estel avant de se rendre compte de ce qu'elle venait de dire.

Elle se tourna vivement vers James mais son visage était resté neutre néanmoins elle savait parfaitement qu'il savait cacher ses émotions avec un talent presque indécent.

— Je ne dirais rien Estel, je te le promets, jura Rose. Je suis moi-même amie avec Scorpius, je tiens beaucoup à lui. Alors pourquoi est-ce que je dévoilerai votre situation ? Malgré le fait qu'elle soit bien différente de ma relation avec Scorpius, bien entendu.

Les joues d'Estel s'empourprèrent de nouveau quand elle comprit les sous-entendus de Rose elle allait rétorquer que la jeune fille se trompait lourdement lorsqu'elle sentit une main se glisser sur sa taille.

Elle obliqua la tête vers James, qui arborait un air revêche et protecteur tout en la maintenant contre lui.

— Oui, tu as tout compris, c'est ma petite-amie !

Elle poussa un hoquet de surprise depuis quand c'était le cas ? Elle voulait s'échapper de l'étreinte du jeune homme mais son corps refusa tout simplement. Elle ferma les yeux, réprimant un frisson. Elle était… heureuse. Et apeurée. Très apeurée.

Parce qu'il avait mis des mots sur leur relation, et que cela signifiait bien plus que ce dont elle avait tenté de se convaincre depuis tout ce temps.

— Alors éloigne Albus, ok ? Continua-t-il, d'un feulement sourd qui la fit frémir quand elle en ressentit le vibrement, en s'adressant à sa cousine.

Elle avait envie de s'enfuir… De s'arracher le cœur pour qu'il arrête de battre aussi fort. Elle était certaine que James l'entendait. Qu'il savait. Peut-être qu'il savait depuis longtemps, après tout. Sans doute même avant elle… Il était bien meilleur qu'elle à ce jeu-là après tout, même si l'amour était loin d'être une partie facile.

— C'était ça, n'est-ce pas ? ça explique le fait que tu étais si en colère après Albus, c'est parce qu'il est intervenu. Et ça explique même pourquoi tu as participé ! S'exclama Rose, réjouie de pouvoir enfin comprendre.

James hocha de la tête, grave, et son regard croisa celui d'Estel.

— Je fais comme si je la blessais, c'est une très bonne comédienne, alors tout le monde y croit. Je pourrais faire comme Albus, ou Scorpius, bien entendu. Soupira-t-il. Mais…

— C'est hors de question, enchaina Estel d'un ton qui n'admettait pas de répliques. Parce que tu as le Quidditch, parce que tu as des amis à Gryffondor. Si tu le faisais, on te retirerait tout, James. Tu ne peux pas interrompre ta vie seulement pour moi ! En plus, je m'en sors très bien seule.

— Tout à fait ! Reprit-il, grognon. Justement, voilà une très bonne raison pour laquelle Albus…

— Ne doit plus approcher, j'avais compris, Souffla, exaspérée, la jeune fille en croisant ses bras d'un geste comique.

Les voir tous les deux partir dans une conversation sans fin fit sourire Rose. Oui, décidément, ils allaient bien ensemble. En fin de compte, Gryffondor et Serpentard étaient bien plus liés qu'ils ne le pensaient… C'était sans doute cela qui alimentait leur haine réciproque. Le fait de se savoir si semblables et en même temps si différents.

— Bon, les amoureux, ce n'est pas tout, mais je préfère aller me coucher avant que Miss Teigne ne nous trouve. Je sais qu'elle est à moitié aveugle mais mine de rien, il lui reste encore une bonne partie de son odorat, à ce démon !

Ils la saluèrent avant de reprendre leur joute verbale acharnée cependant d'un ton bien plus prudent. Même pour ces deux-là, il était l'heure d'aller se coucher.

Et la dernière vision que Rose eut d'eux, fut lorsque Estel embrassa doucement son ami sur la joue, en guise de « bonne nuit ».


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