Chapitre 9 : Le légendaire Sabré

Andrew passa trois jours à Philadelphie seulement, afin de faire quelques recherches à la bibliothèque. Pline avait retrouvé le moral et l'avait discrètement remercier.
Il pensait repartir demain soir à son chalet. Mais ce soir là, il était tranquillement assis dans le bureau de sa minuscule chambre miteuse. Il s'intéressait à une rune de transfert qui lui permettrait de relier la porte de son chalet à n'importe qu'elle autre porte dans le monde. Cela pourrait s'avérer très intéressant lors de ses voyages… Surtout qu'il pensait de plus en plus à ses prochaines escales.

Il tentait de dessiner quelques vagues formes quand quelqu'un toqua à sa porte : c'était Brenna. Elle n'avait pas l'air au meilleur de sa forme. Andrew lui fit signe de s'asseoir sur le lit. Son regard était triste mais déterminé :

— Tu repars ?

Il s'agissait plutôt d'une constatation que d'une question

— Je devrais partir demain soir, pourquoi ?

— Tu y resteras longtemps ?

— Deux ou trois jours…

Son ton était morne, son regard se faisait davantage triste. Mais Andrew ne posa pas de question et la laissa parler :

— J'en ai marre que tu passe toutes tes journées à étudier pour je ne sais quelle raison absurde…

— C'est assez compliqué Brenna…

Il ne se voyait pas lui expliquer que devenir plus puissant était sa seule chance de survivre à un mage noir et de venger ses parents et Maître Liang….

— C'est toujours compliqué avec toi Andrew.

Alors que d'habitude, elle aurait été en colère, aujourd'hui elle était simplement lasse. Au lieu de lancer des éclairs, ses yeux noisette brillaient, mais plus à cause des larmes que de la joie. Andrew devina où elle voulait en venir :

— Je ne peux pas continuer avec toi. C'est trop dur, tu n'es jamais là. Tu passes tellement de temps dans tes études que j'ai l'impression de ne pas exister pour toi… C'est fini.

Andrew ne trouva rien à répondre. Il resta simplement là, interdit, le visage impassible comme il en avait pris l'habitude. Constatant cela, Brenna se leva, les larmes coulant abondamment sur son joli visage, et sortit précipitamment de la pièce.

Andrew se perdit dans ses pensées un instant : il ne pouvait pas vraiment dire qu'il était attristé par cette nouvelle. En fait, à bien y réfléchir, cela ne l'affectait pas vraiment. Peut-être qu'il ne l'avait jamais considéré comme autre chose qu'une amie ? De tout façon, sa vie n'était pas propice à de longues relations amoureuses… Du moins c'était ce qu'il croyait. Et si il avait tort ?

Mais alors qu'il réfléchissait et se torturait l'esprit, il lui semblait de plus en plus évident qu'il n'avait pas de raison de rester ici. Il se leva et contempla sa chambre minuscule : alors lui apparut comme une vérité flagrante qu'il était resté trop longtemps ici… Peut-être à cause de Brenna justement !

Mais il ne pouvait pas partir, pas avec ce pays en guerre, pas avec l'assaut de l'armée de libération qui se préparait ! Mieux valait se rendre dans son chalet pour réfléchir.

Il sortit sa baguette et rangea toutes ses affaires éparpillées dans son sac en bandoulière noir. Il sortit d'un tiroir deux petits miroirs à double sens qu'il avait 'emprunté par mégarde' à un passant dans le secteur riche d'Eddletown. Il écrivit un petit mot et alla le déposer avec le miroir devant la chambre de Pline. Ainsi la guilde pourrait le contacter rapidement.

De retour dans sa chambre, il actionna la rune de téléportation et disparut dans une petite fumée grise et un bruissement de cape.

Il se retrouva devant son chalet. Curieusement, le froid mordant de cette fin d'hiver lui fit réaliser ce que signifiait sa rupture avec Brenna. Une profonde frustration monta en lui. Il fallait la calmer avant que la manticore ne se réveille. Andrew avait développé une technique singulière pour cela. Il ouvrit la porte du chalet, se débarrassa son sac et revint sur ses pas. Il se plaça devant le lac et sortit ses deux sais. Il les dota ensuite chacun d'une longue lanière de feu et commença à les faire tourner. Les lanières virevoltaient parfois très près de son visage mais il appréciait cette dangerosité. Il leur faisait faire toute sorte de figures plus destinées à l'art qu'au combat. Cela avait tendance à le relaxer, à le déstresser… C'était comme si la présence des flammes, le fait de les contrôler, le fait qu'elles puissent le brûler, calmait la manticore. Les moldus appelait ça les bolas !

Après une heure passée comme cela, il remonta dans son chalet. Dés qu'il eut mit un pied à l'intérieur, la lumière s'alluma, un feu ronfla dans la cheminé et une douce chaleur se propagea : très pratique ses sortilèges domestiques ! Très dur à pratiquer aussi !

Depuis qu'il en avait fait l'acquisition, son chalet avait subi quelques modifications. Le rez-de-chaussée était toujours composé d'une salle pour vivre avec des canapés, une belle cheminée, télévision grand écran et stéréo moldus légèrement modifiés et une petite cuisine caché derrière un bar. A côté du bar, il avait placé une grand baie vitrée donnant sur le lac : un endroit magnifique pour observer le coucher de soleil. A droite de l'entrée se trouvaient deux portes. La première donnait sur une assez grande chambre accueillante simplement meublée accolée à une petite salle de bain. La deuxième était une bibliothèque où se trouvaient tous les livres qu'il avait copié à la bibliothèque de Philadelphie. Mais il en avait copié tellement qu'il avait dut créer un deuxième étage : la pièce était désormais assez haute donc, seule une petite rampe d'un mètre et demi de large permettait de se déplacer le long des murs du deuxième étage. Il avait placé un escalier tournant dans un coin pour pouvoir monter. Au deuxième étage de trouvait également une porte. Puisqu'il avait créé un deuxième étage (avec beaucoup de difficultés, il faut l'admettre : cela lui avait pris facilement un mois pour modifier son chalet, sans parler des recherches…), il avait conçu, à peu près au dessus de sa chambre, une salle d'entraînement : elle était assez grande. Deux des mûrs était recouverts d'une glace, un troisième était un mûr d'armes rempli, et le quatrième comporté deux larges fenêtre qui éclairait fortement la pièce dans la journée. Toutes ces modifications avaient étaient faîtes en grande partie grâce à divers runes : mais si ses connaissances dans ce domaine l'avaient beaucoup aidé, la tâche s'était révélée très ardue !

Andrew, qui était toujours dans la salle pour vivre, lança un coup de baguette négligé et la stéréo laissa échapper un air sorcier assez récent… Il alla se chercher un gros livre et s'assit dans un canapé face à la cheminée : il se sentait vraiment chez lui ici !

&&&

Ayant décidé de passer le moins possible à Philadelphie, il trouva ainsi beaucoup plus de temps pour pratiquer la magie. Il ne revenait dans le quartier d'Eddletown que lorsque Pline le contactait grâce au miroir : il s'agissait souvent d'une petite escapade dans les rues du quartier sorcier afin de harceler le gouvernement. Andrew n'en refusait aucune, trop content de trouver un moyen de s'entraîner sur des cibles dotées d'une vraie intelligence. Ceci dit, il trouva bien vite que ces cibles magiques d'entraînement étaient beaucoup plus intelligentes que les gardes de la Chancellerie.

Un mois passa et Andrew progressa très vite, même si son niveau restait assez 'scolaire'. Il avait revu quelques fois Brenna et fut heureux de constater qu'elle s'en était remise et qu'ils restaient bons amis.

Cela faisait presque deux ans que Andrew était arrivé aux Etats-Unis. Un jour, il décida, sans trop savoir pourquoi, qu'il avait envie de voyager. Il se mit alors à sillonner la pays, toujours muni de son sempiternel sac en bandoulière noir dans lequel se trouvait tout ce dont il avait besoin. En à peine 4 mois, il visita de nombreux lieux comme notamment la vallée de la mort où un certain Grindewald avait tué un autre mage noir, Edamay Scabius et lui avait volé sa baguette pour on ne sait quelle raison. Il observa aussi les têtes des présidents moldus taillées dans le Mont Rushmore par le grand artiste sorcier Adamius Flintay. Il voyagea de ville en ville, d'Etat en Etat à travers tous les Etats-Unis découvrant de nombreuses communautés sorcières. Le seul point négatif était que maintenant il n'hésitait plus à voler pour se nourrir et se loger : c'était une légère progression de la manticore !

Ce fut un voyage très enrichissant qui lui permit d'apprendre d'autres sorciers des choses très intéressantes. Malheureusement il dut également constater que Steadman dominait tout le pays ce qui donna une note plus sombre à son voyage. Les abus de pouvoir du Chancelier étaient flagrants. Ce fut tout de même l'été le plus merveilleux qu'il avait passé depuis longtemps. Mais, quand l'automne fut bien avancée, Pline l'informa que Le Brun voulait le rencontrer : Andrew avait accepté.

Il transplana dans un lieu qu'on lui avait indiqué la veille : c'était un vieux terrain vague dans un bled pommé au fin fond de l'Arizona… Il devait rechercher un portoloin en forme de pneu : le problème était qu'il y avait beaucoup de pneus ici ! Il entra en transe et repéra rapidement le portoloin. Là où un sorcier normal aurait recherché au hasard pendant plusieurs minutes, lui n'avait mis que quelques secondes. Il saisit le pneu et se sentit comme saisi par le nombril.

Il atterrit avec un succès relatif face à un mur gris. Quand il se retourna, il vit qu'il se trouvait dans une pièce sombre sans aucun meuble. Il allait se diriger vers une porte lorsque celle-ci s'ouvrit.

Andrew put apercevoir un homme habillé en noir, plutôt élancé, avec un étrange masque de théâtre blanc. La forme burlesque du masque donnait un air inquiétant à cet homme. Ce dernier lui parla d'une voix rauque :

— Bonjour ! Vous devez être 'le Sabré' ?

— C'est comme ça que certains m'appellent, répondit Andrew sur la défensive.

— Je ne m'attendais pas à ce que vous soyez si jeune.

Un bref instant de silence passa durant lequel Andrew préféra ne rien dire. L'homme reprit :

— Je suis Le Brun, le général de l'armée de Libération, mais étant donné vos activités des deux dernières années, vous devez savoir qui je suis !

— Oui approuva vaguement le jeune garçon. Pourquoi vouliez-vous me rencontrer ?

L'homme sembla hésité un instant

— C'est assez délicat à vrai dire. J'avais espéré que le Soraï que vous êtes pourrait nous aider.

— Je vous aide déjà à Philadelphie, je ne suis qu'un voleur !

Le Brun chassa cette remarque d'un geste de la main !

— Vous êtes bien plus que cela !

Il laissa un temps avant de reprendre :

— Comme vous vous en doutez, l'attaque de l'armée de libération est imminente. Nous avons un plan qui devrait nous permettre de vaincre mais il nous reste un problème…

— Lequel ? demanda Andrew avidement

Le Brun lui désigna une chaise que Andrew ne se souvenait pas avoir vu avant. Il s'assit de même que l'homme en face de lui sur une autre chaise apparue mystérieusement.

— J'ai entendu parler de tes… prouesses en matière de combat, notamment en ce qui concerne le maniement du sabre.

— C'est de là que me viens le surnom du 'Sabré', expliqua Andrew en fronçant les sourcils, ne voyant pas le rapport avec le sujet précédent.

— Steadman a un garde du corps assez particulier qui a fait échouer toutes nos attaques. Il semblerait qu'il soit invulnérable à la magie, ou alors simplement à certains types de magie. Quoiqu'il en soit, on ne sait presque rien sur lui, si ce n'est qu'il a tué vingt de mes hommes en à peine quelques minutes. Il n'utilise pas la magie, il se bat avec une épée simplement. En fait cet homme est aussi dangereux à lui tout seul qu'un bataillon entier de garde de la chancellerie. Il est la défense de Steadman la plus difficile à abattre : personne dans cette armée ne sait réellement manier l'épée, du moins pas à son niveau, c'est pour ça que nous avons besoin de toi…

Andrew laissa un petit moment passé durant lequel il réfléchit intensément. Puis il répondit :

— Vous me demandez de tuer cet homme ? Vous ne savez même pas si je suis de taille à le vaincre !

— Comme je l'ai dit, c'est assez délicat. Nous avons surtout besoin qu'il soit occupé à un certain moment, le temps pour nous de neutraliser Steadman. Là nous pensons qu'il ne ferra plus d'histoires. Bien sûr, je pourrai mettre une compagnie entière sur lui, mais cela limiterait mes options pour la bataille…

— En somme vous voulez que je fasse diversion ?

— Oui. Je n'aime pas te demander ça, mais je n'ai pas le choix non plus. Acceptes-tu ?

Andrew réfléchit longuement : c'était évidemment l'acte le plus dangereux qu'il aurait à faire jusqu'à présent. Il ne connaissait rien de cette homme, ni de son niveau. Cela ne lui disait rien qui vaille, mais quelque chose indéfinissable au fond de lui l'adjurait d'accepter. Peut-être était-ce juste et que la pièce des Soraï lui faisait savoir ce qui était juste. Peut-être l'instinct de la manticore l'y poussait. Quoiqu'il en soit, si cet homme était invulnérable à la magie, Andrew était le seul à pouvoir quelque chose contre lui, à supposer qu'il soit assez fort.

Très bien, j'accepte !

Il regretta illico de l'avoir dit, pestant contre son manque de sagesse et de pragmatisme ! Il allait peut-être droit à la mort ! Pourquoi l'avait-on laissé sortir du temple si jeune ? Mais son instinct lui intimait de le faire, pour des raisons obscures à son discernement.

Je voudrais le plus d'informations possibles sur cet homme, et je dois m'entraîner aussi. Peut-être pourrais bénéficier de l'entraînement de vos hommes ?

On ne pouvait voir l'expression de Le Brun sous son masque de théâtre, pourtant Andrew devina qu'il était troublé par une réponse aussi rapide.

C'est… C'est entendu. Vous pourrez vous installer dans les baraquements.

Alors une porte s'ouvrit dans un mûr qui n'avait pas d'ouverture la minute d'avant. Le Brun sortit de la salle, vite imité par Andrew.

&&&

Il faisait tourner ses sais, munis de grande lanière de feu, de façon artistique, dans une piètre tentative de se calmer. Devant lui se tenaient les ruines fumantes de la caserne des gardes de Los Angeles.

C'était enfin arrivé.

L'armée de Libération était passée à l'action. Andrew ne connaissait rien des projets, il n'était qu'un simple soldat. Mais c'était déjà beaucoup demandé pour un enfant d'à peine 13 ans. Il venait de participer à un véritable combat. Il s'était montré digne de ses frères Soraï. Mais en son fort intérieur, il était effrayé.

Lors du combat, la manticore avait prit le dessus. Il était devenu un guerrier surpuissant, plus rapide, plus agile, et plus fort que tous ses adversaires. Ses lames aiguisées avaient tranché la chair de ses ennemis sans la moindre pitié, et quand il fut, à plusieurs reprises, séparé de ses armes, il combina magie des éléments et runes pour venir à bout de ses adversaires.

Il avait passé trois mois avec l'armée en formation. Il s'était entraîné avec ces hommes depuis le lever du soleil jusqu'à tard après que l'astre se soit couché. Il n'avait pas appris de nouveaux sort, ou presque pas, mais sa technique s'était affinée. Il avait appris comment se comportaient des sorciers en duel, et donc comment les vaincre. Il avait étudié leurs forces et leurs faiblesses. Ses manques furent rapidement comblés, ses avantages renforcés. Pour survivre. Toujours.

Et maintenant, il en état là. A peine quelques heures plus tôt, l'armée avait subitement prit le contrôle de Los Angeles. Et déjà quelques compagnies poussaient vers tout l'Etat de Californie qui devrait bientôt être sous le contrôle de la résistance.

Andrew effectua un demi tour faisant tourné ses lanières toujours plus vite, toujours plus dangereusement. Quelques soldats le regardaient faire, cela leur occupait l'esprit.

Andrew se souvenait de quelques visages d'hommes qu'il avait tué, ou vu tuer. Son esprit meurtri d'enfant n'était pas prêt à voir un tel gâchis de vies humaines. Il avait rendu son déjeuner, et à plusieurs reprises. Aussi puissant guerrier qu'il fut, son esprit restait choqué par ces horreurs. D'autant plus que ces ennemis n'étaient pas tous « de grands méchants » comme dans les contes de fées moldus. Non, certains étaient d'anciens membres des aurors qui s'était engagé envers la chancellerie par ignorance ou par peur. Et pouvait-on vraiment leur en vouloir pour cela ? Peut-être eux-mêmes étaient les victimes de la chancellerie de Steadman. Steadman ! Un homme qu'il n'avait jamais vu, dont il ne connaissait le visage que par les affiches dans la rue ou les photos des journaux. Il le croyait mauvais, mégalomane et cruel. Mais peut-être était-il simplement un fou, un homme manipulé par ses émotions.

Inconsciemment, Andrew comprit qu'il avait appris une grande leçon de la vie. Rien n'était entièrement blanc ou noir. La vie était faite de nuances et il les avait brutalement découvertes. Trop tôt peut-être ? Ou trop violement ? Pourtant Soraï de formation, il ne fut nullement ravi de cette nouvelle sagesse.

Mais le plus effrayant était l'attitude de la manticore. Lors du combat, elle avait presque entièrement prit possession de lui, le rendant impitoyable et animé d'une colère froide. C'était ce qui faisait sa force. Et aussi la raison pour laquelle tous les soldats de l'armée le respectait et même le louait. Andrew devenait tristement célèbre. Il sentait son âme se durcir peu à peu, devenir froide et insensible et cela l'effrayait…

Andrew pivota légèrement, faisait tourné les lanière de feu au-dessus de sa tête. C'est alors qu'il aperçut Le Tailladé qui se tenait devant lui : droit, immobile et impassible ; il attendait Andrew. Le Tailladé était le capitaine d'une compagnie de l'armée, et on avait placer Andrew sous ses ordres, comme pour moins le désorienté. Philipe avait été nommé à la tête d'une compagnie car il avait, selon les rumeurs, une certaine expériences du commandement. Andrew pensait qu'il s'agissait de ses quatre années passées à la tête de la guilde de Philadelphie.

Leur compagnie était au repos pour le moment : on pensait les blessés, on enterrait les morts, et les survivants se reposaient comme ils pouvaient.

Andrew fit disparaître les lanières de feu et regarda son supérieur hiérarchique. En théorie toute la compagnie devait l'appelait 'Capitaine', mais Andrew continuait de l'appeler Patron, comme tous les membres de la guilde de Philadelphie (qui était désormais sous la responsabilité de Pline).

— Tu te sens mieux ? demanda avec compassion l'homme à la cicatrice sur la joue.

— Un peu, confia Andrew. Toi ?

— J'ai connu des jours meilleurs.

C'était un échange sans grand intérêt : tous deux savait que l'autre tiendrait le coup, mais qu'ils s'en sortiraient changés. S'ils s'en sortaient.

— On lève le camp dans une heure, je vais prévenir les hommes.

— Ou est-ce qu'on va ?

— Seattle

Andrew ne discuta pas plus long. Ils allaient certainement attaquer l'antenne de la chancellerie là-bas. D'après ce qu'il avait entendu, Le Brun voulait contrôler toute la côte Ouest dans les deux semaines : une enclave au Nord serait la bienvenue.

Andrew suivit Le Tailladé alors qu'il prévenait les hommes. La Compagnie tailladée (c'était le nom qu'on leur avait attribué) se réunit près d'une grande tente et écouta rapidement les instructions de leur capitaine.

Puis, les groupes formés, Andrew rejoint une petite équipe massée autour d'un portoloin, qu'il attrapa. Quelques secondes plus tard, il fut accroché par le nombril et disparut.

Il se retrouva avec 9 autres hommes dans un petit parc enneigé. Ils étaient encerclés d'arbres blancs. Un homme plutôt âgé aux cheveux roux, Bryan, le chef de l'équipe, fit signe aux autres de la suivre. Andrew se mit au milieu de la file d'homme qui commença à marché à travers le parc. Il ne connaissait pas beaucoup ses hommes, il n'avait que peu de discussions avec les soldats. Cependant, après avoir combattu ensemble, ils était tous comme lié les uns aux autres. Une certaine solidarité et une camaraderie s'étaient formées.

Bryan mis brusquement son poing en l'air, faisant signe à tout le monde de s'arrêter. Instinctivement tout le monde s'accroupit. Bryan fit quelques pas en avant, se figea quelques instants et revint vers ses hommes.

— Ok les gars, la rue est juste derrière les buissons.

Il sortit une petite montre à gousset de sa poche :

— Tenez vous prêts, on attaque dans une minute.

L'effet fut immédiat. Tous les hommes affermirent leur prise sur leur baguette magique, ils se tenaient prêts à bondir à l'assaut. La garnison de l'antenne locale de la chancellerie n'était pas exceptionnellement grande, mais les gardes de la chancellerie restaient dangereux. A l'inverse des autres, Andrew sortit juste ses deux petits tridents de son dos et les fit tournoyer un bref instant avant de coller les lames le long de ses avant-bras. Il se mit rapidement en transe.

Puis ce fut l'assaut. Andrew courut furtivement avec les autres, passa à travers le buisson, sauta une petite barrière, traversa la rue. Bryan fit exploser une petite porte et toute l'unité s'engouffra dans le couloir ouvert. Le premier garde tomba sous un stupéfix, le deuxième de la même façon, sans avoir eu le temps de comprendre ce qui se passait. Puis ils débouchèrent dans les cuisines à l'instant où l'alarme se mit retentir. Avant qu'ils n'aient put traversé les cuisines, un groupe de 20 gardes de la chancellerie fit irruption. Aussitôt la vraie bataille commença. Andrew courut vers un homme tout en évitant les sorts qu'il lui lançait avec une agilité presque surhumaine : le côté manticore avait du bon ! Une fois suffisamment approché, il planta un sai dans la clavicule de l'homme qui hurla de douleur. Puis, tournoyant sur lui-même, il enfonça un autre sai dans l'abdomen et poussa le corps en arrière. L'homme, qui mourut en quelque seconde, en écrasa un deuxième qui, bloqué, ne put évité un coup fatal venant d'Andrew.

La manticore avait totalement pris le contrôle de ce dernier, en faisant un tueur sanguinaire des plus dangereux.

Un sort fit exploser une cocotte qui bouillonnait joyeusement sur sa droite. Il fut projeté contre un mûr. Par instinct il s'allongea, ce qui lui fit éviter un sort bleu. Se relevant avec une adresse déconcertante, il envoya un sai à travers la pièce qui se figea dans la gorge d'un garde. Un autre garde de la chancellerie se présenta devant lui, il semblait sûr de sa supériorité et presque amusé de « botter les fesses » d'un gamin. Mais Andrew le fit déglutir quand il dota son sai restant d'une lanière électrique. Quelques secondes plus tard, le lasso immobilisa l'homme suffisamment longtemps pour le laisser inconscient quelques heures. Ne s'attardant pas, il prêta main forte à Bryan qui était accaparé par trois gardes. Deux tombèrent avant de comprendre quoi que ce soit avant que Bryan n'immobilise le troisième. Puis le chef de la troupe lança rapidement un sort à travers la pièce qui élimina le dernier ennemi.

Andrew jeta un coup d'œil à travers la pièce : Ils n'étaient plus que 9, dont un trop grièvement blessé pour continuer. C'est donc une escouade de huit qui s'engouffra dans un autre couloir. Il passèrent une double porte et se retrouvèrent dans une immense salle de réception qui subissait actuellement une véritable bataille rangée. Sur leur droite, les gardes de la chancellerie, sur leur gauche, une vingtaine d'hommes de l'armée de libération. Les deux camps avaient formé des barricades avec des chaises et des tables. Rapidement, l'unité de Bryan fit de même. Andrew rangea ses armes et sortit une baguette à la place. Il commença à canarder les gardes lorsque Bryan s'exclama :

— Ils nous retiennent ! On doit absolument faire tomber ce bâtiment le plus vite possible avant qu'ils n'obtiennent des renforts.

Andrew regarda Bryan droit dans les yeux avant de lui dire :

— Couvre moi d'un « protego » et le plus puissant que tu es !

— Mais qu'est-ce que….

Mais Andrew s'était déjà levé et Bryan l'avait placé sous protection par instinct.
Andrew se dirigea tranquillement vers le centre de la pièce, se maudissant pour sa folie. Au début, aucun sort ne le percuta, personne ne devait croire à ce qu'ils voyaient tous : un gamin en plein milieu d'un champs de bataille. Puis, les gardes se déchaînèrent sur lui, mais le protego de Bryan tint bon.

Une fois au centre de la pièce, Andrew s'agenouilla et pointa sa baguette vers le sol. Aussitôt une rune apparut et il fut protégé sous un dôme de protection dorée. Ce n'était pas une grosse défense, mais elle était plus solide qu'un protégo et suffisamment puissante pour ce qu'il avait besoin… Enfin il espérait.

Andrew leva ensuite ses bras vers ses adversaires, tenant sa baguette dans une main. Il se concentra un bref instant et soudain une énorme bourrasque s'écrasa sur la barricade des gardes de la chancellerie. Tous furent projetés contre les murs, en dépit des protections magiques sur la barricade. Le peu de gardes qui étaient restés conscients furent mis à découvert et rapidement neutralisés.

Andrew chancela un instant avant de se reprendre : malgré l'énergie dépensé, il ne devait pas fléchir lors un combat sinon, c'était la mort assurée.

Les deux troupes se rejoignirent rapidement. Tous les hommes jetèrent des regards intrigués à Andrew alors qu'ils reprenaient leur course. Etant maintenant environ 25, ils triomphèrent rapidement des quelques foyers de résistance qui avaient à peine eut le temps de s'organiser tellement l'attaque avait été soudaine.

Après quelques minutes qui semblèrent des heures à Andrew, une voix amplifiée par sonorus annonça la victoire.

Mais les hommes ne se reposèrent pas. Certaines équipes commençaient à barricader le bâtiment en cas de contre-attaque. Les rumeurs disaient qu'ils avaient perdu moins de 10 hommes sur les 100 engagés dans la bataille.

Tout un tas de protections furent mise en place. Et les hommes de la libération se mirent en place, prêt à défendre le bâtiment. Mais l'attaque ne vint jamais. Une heure plus tard, une deuxième compagnie arriva et s'élança dans les rues. Il n'y eut que très peu de résistance de la part des quelques gardes qui étaient en patrouille et toutes les poches de résistance des gardes furent mises en déroute par la guilde des voleurs locale. Au final, l'armée de libération avait repris le contrôle de la ville en moins de 3 heures, et déjà, les sorciers endormis sortaient dans les rues du quartier sorcier pour fêter leur enthousiasme.

Andrew venait d'écouter les nouvelles de Bryan : la seconde compagnie restait en place ici tandis qu'eux repartait au camp en attendant la prochaine attaque. Andrew était triste : il avait encore tué, et le pire était qu'il s'y habituait. Oh il n'avait pas envie de tué, mais sa main ne tremblait plus du tout et d'ailleurs, il lui semblait que son esprit le tourmentait moins qu'avant. C'était comme si les dieux l'avaient confronté à cette guerre pour qu'il comprenne ce que c'était qu'être un guerrier.

Il se trouva un endroit dans un couloir pour dormir tranquillement avant de repartir demain matin : Décembre arrivait déjà et l'hiver pourrait être long, très long…

&&&

Les réveillons furent bien ternes cette année. Les soldats avaient eu le droit à quelques jours d'un repos tout relatif et une nourriture de meilleure qualité. Mais rien qui ne pouvait remplacer la chaleur, tant physique qu'humaine, que pouvait représenter un foyer. Andrew aurait préféré les passer dans son chalet, mais il aurait été incapable de rejoindre sa compagnie à cause des protections autour des villes « libres ».

En effet l'armée formée par Le Brun avait réussi, au terme d'un certain nombre de combats, à prendre le contrôle de toute la zone à l'Ouest des Rocheuses. La zone était surprotégée et il était presque impossible, même pour un sorcier, d'y pénétrer sans se faire remarquer. Mais les Rocheuses pourraient être très dures à franchir, d'autant plus que l'ennemi ne serait plus pris par surprise.

Andrew avait lors du mois de décembre fait partie d'une demie douzaine de batailles. Le Brun protestait, voulant absolument qu'il reste en vie pour affronter le « garde du corps » de Steadman mais Andrew arguait qu'il préférait s'entraîner. Les 'pirouettes du Sabré' devenaient légendaires. Le Tailladé était venu lui confié qu'Andrew, par sa simple présence, donnait confiance aux hommes. Simplement parce qu'on savait que croisé son regard lors d'un combat, c'était finir inconscient, mutilé… ou mort. Andrew n'était pas spécialement enjoué qu'on apprécie qu'il tue des gens. Malheureusement il devait lui-même avouer qu'il s'y faisait, et c'était là le plus effrayant. Tuer ne le choquait plus, il s'était… habitué. Toutefois Le Tailladé l'avait convaincu que ses « pirouettes » améliorait le moral des hommes, et donc il avait finit par accepté cette triste célébrité. Mais il restait toujours solitaire. Il ne parlait réellement qu'à ses supérieurs : Byran et Philipe.

Le jour de l'an était passé depuis 7 jours et le pays était recouvert d'un manteau de neige. L'armée ne bougeait plus depuis deux semaines. Trois compagnies attendaient, n'ayant aucune tâche définie. La compagnie Tailladé en faisait partie. Depuis deux semaines, ils se limitaient à leurs exercices d'entraînement quotidiens. Et ce calme ne pouvait être que le calme avant la tempête. Et Andrew redoutait que les éléments ne se déchaînent. Aussi il avait lourdement intensifié ses entraînements. Les Rocheuses passées sous le contrôle de la résistance, Steadman allait réunir son armée dans le coin, et donc dégarnir l'Est, facilitant une attaque dans cette zone.

Et en effet trois jours plus tard, la nouvelle tomba. Le Brun avait convoqué Andrew et lui avait expliqué son plan. Puis Philipe l'avait annoncé à toute la compagnie. Il attaquait la chancellerie même, le cœur du pouvoir de Steadman. S'il réussissait, la guerre serait finie !

Andrew suivrait Bryan et une troupe de 25 hommes qui se dirigeraient droit sur le Chancelier Suprême sans se cacher : leur but était clair : amener Andrew jusqu'au garde du corps. L'attaque aurait lieu demain soir, à minuit.

Andrew ne réussi pas à dormir cette nuit-là. Il s'était plongé dans une profonde transe réparatrice. Pourquoi allait-il affronter ce guerrier invaincu ? Pourquoi faisait-il des choses aussi dangereuses alors qu'il cherchait à survivre ? Il se mettrait au vert une fois cette guerre finie ! Par Merlin, il pensait déjà comme un vieux combattant ! Mais pourtant il remarqua quelque chose : c'est en combattant qu'on apprendre à combattre. Ainsi, cette guerre, ce vaste enseignement de la guerre, était une étape de son apprentissage, de sa voix vers la vengeance et la mort d'un mage noir.

La journée se passa rapidement, trop rapidement au goût d'Andrew. Il s'était entraîné comme tous les jours. Et vers 17 heures, on lui prêta une tente du campement pour lui tout seul. Il se mit en transe pendant quelques heures. Puis, vers 22 heures il s'habilla. Il avait décidé de revêtir son manteau de Soraï.

Il plaça précautionneusement ses armes dans leurs fourreaux respectifs. Il vérifia avec attention ses katanas, ses sais, ses shurikens, et même le poignard à son mollet. Il plaça sa baguette dans un porte baguette à sa ceinture. Puis, dans revers de main, il rendit toutes ses armes invisibles et impalpables. Enfin il posa sa main sur l'emblème des Soraï sur son long manteau et l'effaça. Il prit une profonde inspiration et sortit de la tente. Dehors, toute sa compagnie s'équipait. Tous vérifiaient leurs baguettes, mettaient soigneusement leurs vêtements pour ne pas être gênés et plaçaient avec précaution une dague ou un couteau à leur ceinture. Certains même utilisaient des armes moldus : il était plus facile d'appuyer sur une gâchette que de lancer un Avada Kedavra…

Andrew salua quelques personnes et échangea quelques mots avec Philipe avant de se diriger vers Bryan. Son chef de troupe le regarda un long moment : S'attaquer à la Chancellerie était l'acte le plus fou qu'ils n'aient jamais fait. C'était une véritable forteresse, presque imprenable.

Vers 23 heures 30, le signal vint. Tous prirent un portoloin qui les emmenait vers une des plus grandes batailles que ce continent ait connu.

Chose rare : Andrew se réceptionna sur ses pieds à la perfection. Mais son esprit était déjà trop concentré pour le remarquer. A peine ses pieds avaient touché le sol qu'il s'était mis en transe. Sa concentration était maximale. Bryan les guida dans les petites rues de Magitown. Ils se trouvaient dans un quartier assez huppé à en juger par les façades propres et richement décorées des maisons. Ils marchèrent ainsi 10 ou 15 minutes. Andrew avait perdu la notion du temps, il était concentré sur sa mission, et aucun membre de l'escouade n'avait envie de le déranger. Ils s'arrêtèrent brusquement au coin d'une rue, à coté d'une affiche de Steadman qui fut rapidement déchiré par un gars de l'unité.

Andrew vint se placer aux côtés de Bryan et regarda derrière le mur. Il put apercevoir six gardes de la chancellerie faisant le guet devant une double porte de deux mètres de haut, faites dans un bois massif. Le bâtiment était de style colonial, comme la plupart des bâtiments sorcier de la cote Est. Mais celui-ci était particulièrement imposant. Comme le plan que Le Brun leur avait montré, il comportait 3 étages. Les appartements de Steadman était au dernier étage : c'est là qu'ils devaient se rendre. Le garde du corps y attendrait sûrement les agresseurs.

— Il faut qu'on neutralise ses gars puis qu'on fasse exploser la porte : après ça, il devrait y avoir une vingtaine de garde de l'autre côté de la porte. Mais quand les autres attaqueront du côté de la porte principale, à l'opposé du bâtiment, il ne devrait plus être beaucoup.

Bryan se répétait le plan inlassablement. Il était apparemment encore plus stressé que d'habitude, et c'était compréhensif : ce soir se jouait la liberté de son pays.

— Laisse-moi faire, chuchota Andrew, j'ai une idée qui devrait nous simplifier la vie

Deux minutes plus tard, une énorme explosion retentit à l'opposé du bâtiment. Andrew attendit une minute de plus puis il ferma ses poings et ensuite déplia dans chaque main son pouce, son index et son majeur. Instantanément, une boule de feu magique apparut au bout de chacun de ses doigts dépliés. Il leva les mains au ciel, et les petites boules de feu se levèrent avec elles. Puis il abattit ses mains en avant et les boules de feu partirent à une vitesse impressionnante. Avant que les gardes n'aient pu voir quoique se soit, ils s'étaient pris la boule de feu de plein fouet et s'était écroulé au sol, évanouis.

— Puissant ! commenta un jeune homme de l'escouade

— T'as pas encore vu la suite, ricana Andrew

Andrew se déplaça et se mit au milieu de la rue, en face de la porte à faire exploser. Toujours inspiré par la puissance destructrice du feu, il joignit ses mains, et lorsqu'il les écarta, une autre boule de feu, avec des tons plus bleus que la normale, apparut entre ses mains. Plus il continuait à les écarter, plus le feu grossissait. Soudain, une grosse bourrasque de vent souffla dans la rue, et Andrew lâcha sa boule. Elle partit encore plus rapidement que les 6 autres et fit exploser la porte dans une détonation bruyante.

L'escouade s'anima aussitôt. Les 25 hommes et Andrew se précipitèrent à l'assaut de la chancellerie. Lorsqu'ils arrivèrent dans le hall au terme d'une course rapide, Andrew constata que sa boule de feu avait complètement détruit le hall et assommé les gardes encore présents.

— Puissant !!! souffla le même jeune homme

Plusieurs couloirs étaient devenus inaccessibles car le toit s'était effondré mais peu importe, leur troupe grimpait dans les étages. Et justement, il y avait un escalier dans ce hall. Ils s'y engouffrèrent. L'escalier se terminait au deuxième étage, ils devaient se frayer un chemin jusqu'à l'opposé du bâtiment où se trouvaient les seuls escaliers menant aux appartements du chancelier. Mais aux détours d'un couloir, ils manquèrent de peu de mourir sous le feu nourri de plusieurs gardes. La surprise passée, ils les éliminèrent rapidement grâce à leur surnombre et continuèrent leur chemin. Le plan était bien rodé : pendant que le gros de l'armée de libération avançait très peu et ameutait tous les gardes de la chancellerie dans un combat sanglant, deux petites escouades progressait sans trop de difficultés dans le bâtiment. L'une, celle d'Andrew, allait directement vers les appartements privés de Steadman pendant que l'autre allait le cueillir à la sortie d'un passage secret que le chancelier mégalomane ne manquerait pas d'utiliser. Mais il ne l'utiliserait que s'il était directement menacé, et cela n'arriverait que si l'escouade commandée par Bryan arrivait dans ses appartements. Ils n'étaient que 26 : c'était peu, mais un groupe trop important aurait eut des difficultés à avancer rapidement.

Ils rencontrèrent quelques petites patrouilles de 5 ou 6 gardes qui se précipitaient vers le rez-de-chaussée pour empêcher l'intrusion, et ils les neutralisèrent rapidement grâce à leur nombre. Au bout d'un quart d'heure, ils réussirent à trouver les escaliers de ce grand complexe en ne laissant aucun homme. Ils montèrent rapidement les escaliers menant au troisième étage. Ils se retrouvèrent dans une antichambre très faiblement éclairée par des torches donnant sur une double porte décorée d'or et de pierre précieuse. Alors que l'escouade allait franchir les portes, celles-ce explosèrent. Le souffle en assomma beaucoup, Andrew s'était protégé par instinct sous un bouclier mais il fit tout de même une connaissance assez brusque avec un mur. Il se releva en chancelant légèrement et vit que les autres n'étaient pas en état de se relever. Plusieurs hommes gisaient morts, d'autres avaient perdu un membre et souffraient atrocement. Bryan avait perdu une main dans l'explosion et un débris s'était figé dans sa jambe. A côté de lui, un homme dont la jambe avait été broyée tentait de se dégager du cadavre de son ami. C'était sûrement la scène le plus horrible qu'Andrew avait vu jusqu'à aujourd'hui. Mais il se reprit.

Il sortit son sabre, car il savait précisément qui avait fait exploser les portes, et le responsable voudrait sûrement achever son travaille. Andrew marcha à travers la fumée causée par l'explosion et arriva dans une pièce plus grande, richement décorée avec plusieurs bureaux de secrétaire et des étagères où des dossiers s'empilaient. Au centre se tenait un homme, tout de noir vêtu : il était mince mais musclé, très élancé. Il avait des yeux d'un noir aussi intense que ses cheveux mi-long en catogan. Un air effrayant était plaqué sur son visage, accentué par des oreilles pointus, un sourire décharnée et une peau brune.

Il tenait une épée bâtarde entre ses mains et semblait prêt à se battre. Andrew fit quelques pas en avant et se mit en garde : il s'apprêtait à livrer un des combats les plus difficiles de sa courte vie, et peut-être le dernier.

Aucun mot ne fut échangé. Le silence régnait dans la salle, quelque fois perturbé par les gémissements des survivants de l'explosion. Andrew et l'homme se toisaient du regard, ne bougeant pas, ne respirant même plus. La scène était comme figée. Puis, d'un même ensemble, ils s'attaquèrent.

Andrew para un coup sur sa droite et frappa au genou. Il esquiva la contre-attaque et para une autre attaque puis repoussa son adversaire. Il se toisèrent à nouveau du regard, comme s'ils s'évaluaient mutuellement : il ne faisait aucun doute que leur deux camps respectifs avaient tenus des propos inquiétants sur leur adversaire du jour.

Puis ils se réattaquèrent, mais cette fois les coups s'enchaînaient beaucoup plus rapidement. Le bougre était sacrément rapide ! Les lames se frottaient sans arrêt : une fois à gauche, puis à droite, au genou, à l'abdomen… Leur combat devenait une suite mortelle de coups à donner, à parer, à esquiver où la moindre erreur s'avérait fatal. Andrew donnait tout ce qu'il avait. Il para un coup, pivota pour donner de la puissance à sa lame, mais lorsqu'il allait frapper, un puissant coup de pied le désarma alors qu'un autre l'envoyer s'échouer sur un bureau. Il renversa au passage une pile de dossier et eut tout juste le temps de sortir son deuxième sabre. Et le combat recommença.

Mais cette fois, ils étaient encore plus mobiles. Ils combattaient maintenant comme de vrais guerriers, utilisant le moindre élément de l'espace possible. Ils sautaient sur les bureaux, se protégeaient derrière des étagèrent, s'envoyaient des chaises. C'était un combat enragé d'une rapidité inhumaine. Andrew dut esquiver une série de coup : d'abord à son genou gauche, puis à son épaule droite et enfin à son abdomen. Les lames s'entrechoquèrent puis restèrent collé l'une à l'autre dans un concours de forces des deux combattants. Andrew réussit à dégager sa main droite et il appela son katana laissé au sol : à peine celui-ci était dans sa main qu'il entaillait les côtes de son adversaire. Ce dernier recula, apparemment sans souffrir de la douleur, et sortit une dague de son dos : Ils combattaient maintenant avec deux armes chacun.

La lutte devint encore plus dangereuse. La vitesse encore plus impressionnante. Les coups encore plus mortels.

Au terme d'une combinaison risquée, Andrew parvint à entailler la hanche de son adversaire. Mais, déséquilibré par sa manœuvre, son adversaire désarma sa main gauche et l'envoya rencontrer un mur. Andrew se releva immédiatement, bien qu'avec un peu de difficulté : il commençait à souffrir et son adversaire était clairement plus fort que lui.

— Je reconnais en toi le style des Soraï.

L'homme avait parlé avec une voix enrouée et aigue qui ne le rendait que plus terrifiant.

— Au vu de ton âge, tu pourrais très bien être le jeune Andrew, celui dont mon maître récompense la mort !!!

Sa voix prenait des intonations démentes. Mais le plus grave et ce qu'Andrew crut comprendre : cet homme, s'il était bien humain, avait dû rencontrer d'autres soraï, et peut-être même les tuer. Plus grave encore il avait deviné qui il était rien que par son style au combat et son âge ! Et surtout, un seul homme pourrait récompenser sa mort : ce gars travaillait pour le mage noir. Alors qu'il aurait dû être terrifié, la manticore se réveilla, et c'est de rage qu'il cria :

— QUI EST TON MAITRE ?

L'homme rit, d'un rire dément et effrayant.

— Oui, tu es bien Andrew. Tu n'aurais pas réagi comme cela sinon ! Malheureusement, tu ne sauras jamais qui est mon maître, petit Soraï.

Et il attaqua, Andrew qui n'avait plus qu'une lame, combla ce manque avec une force nourrie par la rage de la manticore. Malheureusement, l'homme en face de lui avait deux lames, et donc était beaucoup plus rapide que lui. Andrew ne pouvait que parer et esquiver. Mais plus il attendait, plus sa rage augmentait. Alors que les coups pleuvait sur lui, et que déjà de légères entailles apparaissait sur tout son corps, il réussit à abattre son sabre sur la main de son adversaire : celui-ci lâcha sa dague sous l'effet de la douleur. Mais son audace valut à Andrew une nouvelle rencontre avec le mur.

Il se releva encore plus difficilement, prenant conscience de son corps ankylosé par une douleur énorme. Jamais encore il n'avait combattu jusqu'à un tel niveau. Mais il réattaqua. De nouveau ils avaient chacun une épée et le combat se rééquilibra. Cependant, Andrew se fatiguait beaucoup plus vite. Déjà son adversaire prenait le dessus et menait la danse. Rapidement, Andrew ne fit plus que parer et esquiver. Jusqu'à ce que l'inévitable arrive : son adversaire atteignit son poignet et Andrew lâcha sa lame. Puis l'homme pivota et d'un puissant coup de pied, envoya Andrew s'écraser contre un bureau en bois massif avec une violence inouïe.

Andrew voyait floue à cause de la douleur, mais il put clairement distinguer son adversaire lever l'épée pour l'abattre. Au dernier moment, Andrew s'esquiva et réussit à se relever en dégainant ses sais : l'épée fendit le bureau en deux à peine une seconde après le départ d'Andrew. L'homme dégagea son arme et tenta de l'abattre à nouveau sur un Andrew affaibli. Mais celui-ci, d'une rapidité étonnante, parvint à dévier le coup avec son trident. La lame passa à quelques millimètres de son visage, emportant le bras de l'homme dans son élan. Andrew en profita et planta son sai libre dans le ventre de son ennemi.

Les yeux de celui-ci s'agrandir en sentant le coup fatal. Très vite il s'écroula alors qu'Andrew portait son sai à sa gorge en hurlant :

— QUI EST TON MAITRE ?

Sa seule réponse fut une litanie de mots incompréhensibles. Andrew reposa sa question, mais l'homme parlait dans une langue incompréhensible. Puis le visage de son adversaire se figea dans un sourire narquois et, presque instantanément, il mourut.

Soudain Andrew sentit la magie se rassembler dans le corps du défunt. Mu par un instinct étrange il s'éloigna en courant mais pas assez vite : le souffle d'une explosion lui fit faire un vol planer, il atterrit en glissant sur un bureau et finit par tomber par terre de l'autre côté.

Le souffle de l'explosion s'apaisa rapidement. Ses oreilles sifflaient, et il avait de nombreuses entailles. Il éteignit le feu de ses vêtements par un rapide sort et se releva en toussant. Il put distinguer, au travers de la poussière dégager par un mur écroulé, une énorme trace d'explosion à l'endroit où se tenait le corps de l'homme. Les mots incompréhensibles devaient être un sort « d'autodestruction ». Peut-être de l'ancienne magie ? Mais son adversaire avait emporté avec lui des secrets très importants.

Puis complètement vidé de son énergie, Andrew s'écroula par terre, adossé à un bureau et envisagea d'avoir une vie tranquille.


Désolé pour ce petit délai, j'étais en plein partielles ! Le rythme d'édition va sûrement ralentir étant donné que je me pose beaucoup de questions sur l'histoire. Je suis en pleine remise en question sur les personnages, leur caractère, leur pertinence... et tout ça peut nécessité du temps. J'aimerais savoir ce que vous pensez de l'évolution de l'histoire afin de m'aider pour les prochains chapitres. Merci !