Alors mesdames, puisque vous avez été nombreuses à répondre à ma supplique, voici la suite. Merci à Gridaille (je suis très contente de te savoir là à nouveau) et à Anneaux Nym. La suite demain si vous me gâtez à nouveau... Merci à toutes les fidèles aussi et à celles qui restent encore silencieuses... Bonne lecture. Miriamme

Neuvième partie

-Et que dire de la facilité avec laquelle tu résistes à toutes les femmes ? Se moqua Charles en levant son verre dans la direction de son ami.

-C'était avant ça…. Ce détail n'est plus d'actualité Charles, protesta William en posant brusquement son verre de bière devant lui sur la table.

-Euh, qu'est-ce que tu veux dire au juste ? Ne me dis pas que tu as rencontré quelqu'un, je ne te croirais pas… Compte tenu de l'étrange manière dont William inclina légèrement la tête sur le côté, Charles se laissa mener par la curiosité, alors parle, je t'écoute…

-Je ne sais pas comment… évaluer ce qui m'arrive…

-J'aime ce début-là, ricana Charles avant de lui faire signe de continuer en tournant deux fois son poignet sur lui-même.

-Je me trouve dans une drôle de position… je la qualifierais même de très inconfortable…

-William, arrête de tourner autour du pot, s'impatienta Charles un sourire dans la voix.

-Il se pourrait bien que je sois amoureux d'Élisabeth Bennet, lâcha finalement William à voix basse.

-Oh !

-Ouais… c'est ce que je me dis aussi… et c'est aussi comme ça que je me sens…

-Mais elle est déjà avec quelqu'un… elle a un petit ami, non ?

-Oui, je sais… C'est d'ailleurs l'une des nombreuses raisons qui rend toute cette histoire encore plus complexe…

-Parce qu'elle a un petit ami ? Voulut s'assurer Charles qui avait un peu mal à le suivre.

-Non… parce que son petit ami est mon patient, lui apprit William en haussant les sourcils.

-Oh ! S'appesantit Charles.

-C'est exactement ce que je me dis ?! Commenta William avant de prendre une gorgée de bière.

-Will… j'ai une idée, inversons la situation. Qu'est-ce que tu me conseillerais si c'était moi qui me retrouvais dans ta situation ? Improvisa Charles en se redressant sur sa chaise.

-Je veux bien me prêter à ce jeu. Car après tout, tu sais très bien que suis toujours beaucoup plus raisonnable pour les autres que pour moi-même….

-Alors… Je te le demande William… Que me conseilles-tu de faire pour conquérir Élisabeth ?

-Tu pourrais peut-être l'appeler et l'inviter à prendre un verre, suggéra William d'une voix incertaine.

-Très bonne idée, admit-il avant de se pencher vers son ami et lui apprendre sur le ton de la confidence, C'est exactement ce que j'ai fait avec Jane cinq jours après notre première rencontre à Duchesnay…. Mais encore, l'encouragea-t-il à poursuivre, que pourrais-je faire d'autre ?

-Tu devrais lui expliquer ce que tu ressens pour elle… et surtout pour quelle raison tu ne lui as pas fait signe avant ton départ de la station…

-Sans oublier ma fausse identité…

-Elle le sait déjà ça…

-Bon ! Enfin ! Il était temps, s'exclama-t-il joyeusement. Jane et moi, on n'en pouvait plus. Tu nous avais placés dans une position très inconfortable, vis-à-vis d'Élisabeth. J'espère que tu le sais.

-Je suis désolé…

-Cela étant dit William, je crois savoir comment concilier ton désir de la revoir dans un délai pas trop court et nos fiançailles. Jane et moi souhaitons organiser une rencontre entre nos deux familles et nos amis proches afin de fêter cet heureux événement. Puisque j'ai l'intention de faire de toi mon témoin, il va de soi que tu es automatiquement invité…

-Je suis très touché Charles, s'exclama William d'une voix chargé d'émotion.

-Et comme Élisabeth et ses autres sœurs seront demoiselles d'honneur, il est bien certain qu'elle sera présente également, termina-t-il.

-Effectivement, j'aime bien cette idée… même si je sais qu'elle sera sans doute accompagnée, mais bon… je saurai me contenter de ça pour commencer… Quand à toi, promets-moi que tu garderas pour toi ce que je viens de te confier…

-Motus et bouche cousu, promit Charles.

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-Élisabeth ! Hurla Jackie en passant la tête dans l'entrebâillement de la porte de son bureau, faisant sursauter une dizaine de journalistes, se répandre quatre cafés, partir deux courriels trop tôt, tomber par terre un livreur de pizza et rouler des yeux sa secrétaire.

-Je suis là Jackie ! Répondit la jeune femme et levant la main au-dessus de son écran d'ordinateur afin d'éviter qu'elle recommençât, j'arrive.

-Alors ? J'attends ton rapport, la défia l'éditrice en chef sans la quitter des yeux une fois qu'elles furent toutes les deux bien assises.

-Mon rapport ? Quel rapport ? Bredouilla Élisabeth en écarquillant les yeux.

-Ton entrevue… ou plutôt ton entrevue avec le Conseil de presse, précisa Jackie dont la nervosité se traduisait par sa manie de jouer avec le bout de son stylo sur lequel elle appuyait sans cesse.

-Oh, ça, comprit Élisabeth en laissant échapper un petit rire étouffé. Ils m'ont demandé de leur expliquer ce que j'avais voulu dire par mon article. Ils m'ont écouté sans m'interrompre puis m'ont laissée partir.

-C'est tout ?

-Oui, confirma la jeune journaliste en esquissant un geste pour se lever.

-Tsssss, l'arrêta Jackie en fronçant les sourcils. Si tu veux bien rester assise… il y a un autre sujet dont je veux m'entretenir avec toi, déglutit-elle en rougissant subitement.

-Je t'écoute…

Levant le doigt devant sa bouche pour la réduire au silence, Jackie se leva de sa chaise, contourna son bureau, ouvrit la porte puis appela sa collègue Nouchine en hurlant aussi fort qu'à son habitude. Le cœur d'Élisabeth fit un bond dans sa poitrine. Elle serra les dents et poussa un profond soupir en repensant à ce qui l'avait contrainte à se mettre en colère contre cette même collègue lorsqu'en dînant avec elle la veille, celle-ci avait tenté de discréditer George Wickham.

Levant les yeux vers Nouchine au moment où elle s'asseyait dans le fauteuil à ses côtés, Élisabeth comprit que le même sujet serait évoqué et se renfrogna instantanément.

-Élisabeth, commença Jackie une fois qu'elle fut retournée à sa place, Nouchine et moi avons un sujet plutôt délicat à aborder avec toi…

-Mesdames, épargnez votre salive. Comme je l'ai dit à Nouchine hier, George m'a déjà parlé de ses problèmes. Si c'est de ça que vous vouliez m'entretenir, vous perdez votre temps, les prévint-elle en les couvrant l'une puis l'autre de son regard le plus noir.

Outrée de voir que malgré cette mise en garde, sa patronne et sa collègue se consultaient à nouveau et partageaient un signe, Élisabeth se raidit davantage.

-Lizzie, l'implora Nouchine d'une voix très basse, en sortant avec le patron de George la semaine dernière, Jackie a appris quelque chose de… préoccupant… et dont je n'ai pas voulu te parler devant tout le monde hier…

-Élisabeth, reprit Jackie en fixant la jeune femme directement dans les yeux, pour faire une histoire courte, ce que George t'a raconté n'a rien à voir avec ce que j'ai appris de la bouche de son patron, compléta-t-elle en soupirant.

-Je vous écoute, les intima Élisabeth en croisant les bras.

-Selon monsieur Rochette, George Wickham aurait couché avec deux jeunes femmes, aurait été reconnu coupable de détournement de mineures et aurait accepté de suivre une thérapie pour éviter de faire un séjour en prison. Voilà ce qu'il m'a appris il y a deux jours.

-C'est faux, tempêta Élisabeth en se relevant d'un seul mouvement. Je sais que c'est faux. George m'a expliqué ce qui s'est réellement produit…

Nerveusement, d'une voix haletante et d'un ton plein de rancœur, Élisabeth leur narra l'incident du baiser volé tel que narré par George puis leur fit part de la demande de son patron de taire l'affaire afin de préserver le lien qu'il entretenait avec le père de la jeune femme qui était la fois son principal commanditaire.

Gardant le silence, ne sachant plus à quel saint se vouer, les trois collègues restèrent perdues dans leurs pensées respectives, jusqu'à ce qu'Élisabeth fasse pencher la balance en faveur de son amoureux en leur faisant remarquer, Jackie, tu ne crois pas que monsieur Rochette avait tout intérêt à discréditer son éditeur en chef plutôt que d'admettre à une rivale qu'il avait «noyé le poisson» comme on dit ?

-Elle marque un point, admit Nouchine en lorgnant du côté de leur patronne.

-Ouais, j'imagine qu'il devait avoir peur que cette histoire se retrouve à la UNE de LA PRESSE…. Convint Jackie en se mordant la lèvre inférieure tout en recommençant à jouer avec son stylo.

-Lizzie, j'espère que tu ne nous en veux pas trop ? Tu sais que c'est parce qu'on tient à toi qu'on a osé t'en parler ? Dis-moi que tu l'sais ? La pria Nouchine en lorgnant tristement dans sa direction.

-Ça va les filles. Mais je vous prie de me croire quand je vous dis que je sais à quoi m'en tenir avec George. Et puis, sachez que je prends des cours d'autodéfense depuis deux semaines alors, gare à vous si vous m'embêtez encore une fois, les prévint Élisabeth, le doigt levé dans leur direction, mais les yeux aussi rieurs que son doigt était sévère.

-Oh, tandis que je vous ai toutes les deux ici, j'en profite pour vous prévenir que vous aurez à travailler ensemble dans deux semaines, reprit Jackie après avoir jeté un œil sur l'écran de son ordinateur où un message venait tout juste d'émettre un son distinctif.

-Parles-tu du gala annuel organisé par la PRESSE ? S'informa Élisabeth les mains déjà jointes en une prière muette.

-Tout juste, confirma Jackie.

-Wow ! Commenta Nouchine.

-Il va de soi que vous serez toutes les deux à la conférence de presse de même que vous assisterez aux différentes conférences, dont voici une liste préliminaire, mentionna-t-elle tout en leur présentant une feuille sur laquelle quelques noms étaient écrits à la main.

La parcourant rapidement, Élisabeth blêmit en décodant le nom de l'homme qu'elle ne souhaitait pas revoir, bien qu'elle ait conservé ses coordonnées dans son porte-monnaie, s'amusant à croire qu'elle détenait ainsi un certain pouvoir sur lui, ce même pouvoir dont il avait bénéficié pendant toutes ces semaines où il était resté volontairement silencieux.

-Vous devrez assister aux conférences données par ces différentes personnes et vous préparer à les interroger à tour de rôle.

-Merci. Merci Jackie d'avoir pensé à nous deux. C'est vraiment un honneur et un plaisir, s'émerveilla Nouchine.

-J'imagine que Nouchine et moi pourrons nous partager certains conférenciers ? Opina Élisabeth, déjà déterminée à ne pas assister à la conférence donnée par celui qu'elle serait de toute façon contrainte de revoir bientôt en raison des fiançailles de sa sœur.

-Euh non. Je tiens à ce que vous assistiez à chacune d'elles ensemble. Votre papier n'en sera que plus intéressant, les somma Jackie qui avait subitement repris son air dictateur d'éditrice en chef.

«Une chance qu'elle ne soit pas maîtresse d'école, songea Élisabeth, ses élèves auraient été bien à plaindre, susurra-t-elle à l'oreille de Nouchine tout en sautillant avec elle en direction de la porte.

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-Lizzie, as-tu parlé à George de notre soirée ? L'as-tu invité ?

-Pas encore, soupira Élisabeth en fermant la télévision qu'elle ne regardait que d'un œil toute occupée qu'elle était à passer en revue la liste des conférenciers qui prendraient la parole durant le gala annuel de la PRESSE.

-Mais…. c'est dans deux jours Lizzie, s'inquiéta Jane.

-Jane, je n'ai même pas encore décidé si j'allais l'inviter…

-Tu ne veux pas être accompagnée?

-Je ne sais pas… je ne sais pas si j'ai le goût que George soit là… je pense que j'ai besoin d'une pause…

-S'est-il passé quelque chose dont tu ne m'as pas parlé ?

-Non, protesta-t-elle plutôt mollement avant de se reprendre, en fait oui… En vérité, ces derniers temps, George insiste un peu trop pour qu'on couche ensemble…

Se laissant définitivement tomber à côté de sa sœur sur le divan, Jane exhala un profond soupir avant de suggérer, pourquoi ne lui racontes-tu pas ce qui t'es arrivé ? Il me semble que ça lui permettrait de te comprendre mieux, tu ne crois pas ?

-Peut être… je ne sais vraiment pas quoi faire Jane, se décomposa Élisabeth tandis que sa mâchoire se mettait à trembler et que les larmes se mettaient à perler au coin de ses yeux.

-Qu'est-ce qui se passe Lizzie ? Parle-moi… dis-moi ce qui te tracasse…

Comme un barrage qui cède devant une trop forte pression, Élisabeth éclata en sanglots, s'épancha quelques instants puis reprit finalement la parole d'une voix hachée.

-J'aimerais tellement avoir une vie sexuelle normale… ne plus avoir peur, hoqueta-t-elle en s'essuyant les yeux. Et si George me quittait… une fois que je lui en aurai parlé ? S'il disparaissait de ma vie sans explication, sans me dire au revoir, suggéra-t-elle en se blottissant dans les bras de la douce Jane.

Comprenant sans qu'elle ait besoin de le préciser qu'Élisabeth faisait référence à William Darcy et plus particulièrement à la manière dont il s'était éclipsé ou plutôt était sorti de sa vie le lendemain du jour où elle lui avait confié son drame, Jane se contenta tout d'abord de la bercer contre elle, lui prodiguant caresses et baisers.

-Lizzie, s'attendrit-elle ensuite, émue de la sentir aussi fragile, on en a déjà parlé en long et en large toi et moi… Je sais de source sûre que William ne t'a pas abandonné et si tu acceptais de le rencontrer comme il le souhaite, il serait bien heureux d'avoir l'occasion de t'expliquer tout ça de vive voix, plaida Jane en usant d'autant de patience que de douceur.

-Ah oui ? Vraiment ? S'opposa Élisabeth en redressant la tête pour dévisager sa sœur, il a réponse à tout n'est-ce pas ? Il va aussi me dire pourquoi il n'a même pas envisagé de me prendre comme patiente ? Car c'est bien davantage cela que j'ai sur le cœur en ce qui le concerne.

-Euh… Eh bien, ça aussi, je crois qu'il pourra te l'expliquer… quand tu seras prête à l'entendre, évidemment, fit valoir Jane avec un peu moins de conviction.

-Et bien, tu lui diras, s'enflamma Élisabeth, en passant par le même chemin rempli de cachotteries que Charles et toi vous avez utilisé pendant des semaines, que je ne serai prête que lorsque les poules auront des dents !

-Lizzie, s'étouffa Jane, horrifiée, tu ne penses pas ce que tu dis….

-Tu te trompes Jane… c'était avant que je ne disais pas ce que je pensais, l'intima-t-elle en ramassant ses papiers et en se dirigeant vers sa chambre où elle s'enferma.

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-Je lui ai tenu tête. J'ai enfin réussi à lui tenir tête, hoqueta William Collins, la main levée à la hauteur de sa bouche, cachant le sourire éclatant que l'émotion faisait naître.

-Comment a réagi la Mairesse ? S'informa le psychologue.

-Plutôt mal, se décomposa-t-il aussitôt. Elle est devenue toute rouge, a levé son index dans ma direction et m'a sommé d'aller l'attendre dans son bureau.

-Y êtes-vous allé ? S'informa William.

-Oui, mais en l'attendant, j'ai utilisé votre technique. J'ai essayé de visualiser notre altercation… notre entretien devrais-je dire et je dois dire que ça a plutôt bien marché. Aussitôt qu'elle est entrée, je lui ai dit ce que j'avais sur le cœur et lui ai fait comprendre que désormais je n'accepterais plus qu'elle me dénigre ainsi devant autrui…

-Je suis très fier de vous monsieur Collins. Comment vous sentez-vous maintenant ? S'enquit William en l'examinant plus attentivement, cherchant ce qui avait changé chez lui.

-J'ai l'impression de tout faire pour la première fois. Je respire mieux, j'ai plus d'énergie, j'ai même le sentiment que tout ce que je mange a davantage de goût, plus de saveur, énuméra-t-il en se redressant.

-Sans oublier votre posture, mentionna William, réalisez-vous que vous êtes plus grand… que vous vous tenez plus droit qu'avant ?

-Vous avez raison. C'est vraiment extraordinaire. Quand je pense à tout ce que cette femme me faisait faire ou dire… Je ne vous en ai pas parlé je crois, mais, il n'y a pas si longtemps… alors que nous évoquions ma condition de célibataire… et bien la Mairesse DeBourg a commencé à me dresser la liste des qualités que je devrais rechercher chez une femme, confessa-t-il.

-Monsieur Collins, ne soyez pas trop dur avec vous même. Sachez que lorsqu'on est pris dans un engrenage, il n'est pas rare qu'on perdre de vue tout ce qui nous entoure…

-Il y a tout de même une chose qui m'inquiète, bredouilla-t-il en se ramollissant, et si elle décidait de me licencier ?

-Votre travail est-il en cause ? Lui demanda William en l'étudiant pensivement.

-Jamais de la vie, protesta-t-il vivement.

-Alors, cessez de vous en faire et continuez donc plutôt à vous affirmer. Ça vous va très bien.

-William, cette salle est exactement ce qu'il nous faut, n'est-ce pas Jane ? La consulta Charles en lui serrant la main pour la ramener vers lui.

-Parfaite, confirma Jane. Et toi, Caroline, tu en penses quoi ? L'interrogea Jane en constatant que la demi-sœur de Charles n'avait pas encore osé pénétrer dans la pièce.

-C'est comme vous dites… elle convient parfaitement pour un souper de fiançailles et une petite soirée de danse, opina-t-elle en jetant un œil à droite puis à gauche.

-C'est vraiment pratique d'avoir son appartement, son bureau et une grande salle à portée de main, commenta Jane.

-Effectivement, mais je n'ai pas tout acheté en même temps. Chaque fois qu'un étage de l'immeuble se libérait, je l'achetais, raconta William tout en surveillant Caroline du regard. Il avait beau savoir qu'elle allait franchement mieux, il n'ignorait pas non plus que les moments les plus difficiles pour elle, seraient toujours en lien avec la découverte de nouveaux espaces et donc nécessairement de nouvelles tentations.

-Si vous voulez bien passer dans mon logement, je vais vous trouver les plans de cette salle afin que vous puissiez prévoir la manière dont vous allez l'aménager, leur suggéra William en leur emboitant le pas.

Pendant que Charles et Jane tentaient de répartir les tables et déterminer les places de leurs nombreux invités, William leur préparait un pichet de limonade maison dans sa cuisine.

-J'adore ton appartement William, s'exclama Caroline en pénétrant dans la pièce.

-Ravi que ça vous plaise mademoiselle Whitby, rétorqua-t-il en insistant sur l'emploi qu'il faisait de son nom de famille, comprenant que s'il était un moment où il devait la freiner et l'empêcher de se faire des idées c'était bien là, alors qu'elle se trouvait chez lui. Pouvez-vous aller porter ce plateau et les verres dans la salle à manger, lui proposa-t-il réalisant qu'il venait de trouver là un excellent moyen de l'occuper tout en la tenant à distance. J'en ai encore pour cinq minutes de travail ici après quoi, je vais aller vous rejoindre tous les trois, lui commanda-t-il pour finir.

Lorsqu'il les retrouva une fois sa tâche achevée, Caroline sauta littéralement hors de sa chaise en l'apercevant et lui arracha le pichet de limonade qu'il tenait dans ses mains.

-Je m'en occupe William. Ça me fait plaisir, vraiment, insista-t-elle.

Forcé de céder, William lui laissa finalement faire le service et accorda toute son attention à Charles qui l'interpellait pour lui poser des questions sur les dimensions de la salle et l'emplacement des salles de bains.

-Le traiteur pourra-t-il venir s'installer dans ta cuisine ? Ce serait tellement plus simple pour le service, s'informa Charles.

-Tant que le reste de mon appartement n'est pas utilisé, ça me va, convint son ami.

-Ta sœur Journaliste sera-t-elle accompagnée par le superbe spécimen mâle qu'elle fréquente actuellement ? Lâcha Caroline les faisant tous sursauter.

-Euh, si tu parles de George Wickham et bien oui… il devrait être là. Mais je ne savais pas que tu le connaissais ? S'étonna Charles.

-Caroline l'a rencontré lorsqu'elle est venue faire du shoping avec moi et toutes mes autres sœurs il y a deux jours. George est venu chercher Élisabeth à la toute fin de notre séance de magasinage, relata Jane tout en continuant à inscrire les noms de leurs invités là où elle estimait qu'ils pourraient être assis au moment du repas.

-Il est tellement séduisant, roucoula Caroline avant de se tourner vers William pour l'étudier entre ses cils.

Sentant le poids du regard d'au moins deux membres de la même famille se poser sur lui, l'un franchement amical et chargé d'empathie, l'autre carrément intéressé et teinté de quelque chose de complètement tordu voire malsain, William ravala la pique cinglante qui lui était monté à la tête et n'était définitivement pas digne de lui, réalisa qu'il ne gagnerait rien à blesser son ami en s'attaquant à sa demi-sœur et s'obligea à changer de sujet.

-Qui d'autre sera là Jane ? Lui demanda-t-il en s'approchant de la table où les plans étaient exposés.

-À part la famille tu veux dire ? Rétorqua Jane en lui retournant la question.

-C'est ça oui.

-Et bien quelques amis de Charles que tu connais déjà… et quelques amis de notre famille, précisa-t-elle en lui tendant une liste exhaustive qui avait été rédigée par les deux concernés.

-La salle devrait être assez grande pour contenir tous ces gens, se prononça William en lui rendant sa précieuse liste.

Lorsque le jeune homme redevint enfin l'unique occupant de son logement, il commença par ranger les verres et le pichet vide dans son lave-vaisselle, sortit tout ce qui était nécessaire pour se préparer une salade de thon, puis s'arrêta un instant pour penser à ce patient dont le parcours ou plutôt la non-évolution le préoccupait toujours autant. Il avait beau avoir commencé à rédiger son rapport le concernant et n'avoir aucun doute concernant l'échec de la thérapie, la culpabilité faisait tout de même partie de son quotidien puisqu'après cinq mois de rencontres, il n'était pas encore arrivé à surmonter l'aversion que celui-ci lui inspirait.

Tout en jetant l'un après l'autre dans un grand bol les condiments qu'il avait sélectionnés, William repensa, entre autre, à la dernière séance de groupe à laquelle il avait assisté et où la plus jeune de ses patientes – qu'il savait sensible au charme de Wickham - avait admis avoir cédé à ses pulsions et s'être envoyée en l'air avec un homme lors d'une soirée bien arrosée.

Se sentant aussitôt obligé de vérifier la réaction des autres membres du cercle en les observant les uns après les autres, son regard s'était nécessairement arrêté sur George Wickham s'étonnant de lui découvrir un air aussi mauvais.

Rongeant son frein, le psychologue avait alors entreprit de rassurer sa patiente, avait même invité les autres à lui faire part de leurs suggestions pour l'aider à surmonter cette épreuve, nullement surprit que George ne trouve rien de mieux à dire que, le Christ est bien tombé trois fois, lui….

Après avoir avalé sa salade devant son écran d'ordinateur tout en finissant de relire et annoter le rapport préliminaire qu'il devait envoyer à l'avocat responsable de l'application de la sentence du jeune homme, William éteignit son portable, rangea le reste de sa salade, sa vaisselle puis passa au salon où l'attendait son grand fauteuil – sa petite gâterie du soir - et surtout, la télécommande.

-Oh non, pesta-t-il, j'ai encore oublié de jeter un œil sur le texte de ma conférence, se gronda-t-il avant de se pencher pour ramasser la télécommande. Son regard comme son mouvement avortèrent tandis qu'il apercevait l'album qu'il s'était constitué avec le temps et qui contenait tous les articles signés de la main d'Élisabeth Bennet. Celui-ci gisait au centre de la table basse qui se trouvait devant lui, bien en vue et grand ouvert.

«Je croyais pourtant l'avoir rangé» songea-t-il en fronçant les sourcils.

Sa bouche laissa échapper un nom, un seul : Caroline Whitby. Il n'y avait qu'elle pour prendre de telles libertés et Dieu sait à quel point il lui en avait donné l'occasion lorsqu'il l'avait sommée d'aller retrouver les deux autres dans la salle à manger. Voilà pourquoi à son retour dans la pièce elle avait évoqué Élisabeth et avait tant insisté pour savoir si elle serait accompagnée de son petit ami George Wickham.

Quelles conclusions avait-elle tirées de sa découverte ? William n'avait aucun mal à deviner lesquelles. Mais ce qui l'inquiétait davantage, c'était de savoir qu'elle possédait suffisamment d'imagination et de méchanceté pour trouver comment en profiter.

Un seul point positif s'échappait du nuage noir que William voyait se former au-dessus de sa tête : L'album…. Caroline ne l'avait pas volé. Sa patiente était guérie !

À suivre….

Suis-je la seule à ne pas aimer que Caroline ait vu l'album de William, ha ha?