ÂME SŒUR

Auteur : Angelscythe

Genre : Mystère, policier, noir et peut-être plus

Disclaimers : Tous les personnages appartiennent à Yana Toboso hormis Isaac FitzEmperesse


Chapitre 8 : Plus que ton cœur…

Le Marquis FitzEmperesse s'arrêta alors qu'il dégustait son rôti pour regarder Ciel, toujours poster près de Sebastian. Ce dernier s'assurait que ses Maîtres avaient bien assez de thé, l'assaisonnement demandé voire les resservait à la moindre indication. Aussi, il bougeait de temps en temps alors que le jeune Comte restait docilement sur place à ce moment-là. Il écoutait distraitement leurs conversations qui l'ennuyait profondément mais qui lui affirmait au moins que Lizzy ne subissait pas trop.

Il avait toutefois un tressautement de sourcil dès qu'Isaac l'appelait « Elizabeth » sans qu'elle ne proteste une seule fois. Tout du contraire.

- Maltezer ?

Ciel suivit du regard son valet qui resservait Lizzy d'une salade de carotte aux herbes provençales. Il se pencha pour verser un peu plus de sauce sur ses pommes de terre, à la demande de la Marquise, lorsque le Marquis appela de nouveau le garçon. Il termina donc sa tâche d'un geste élégant et revint près de son vrai Maître.

- Petit frère ? Tu ne veux pas répondre à notre cher Marquis ?

Le jeune démon se rappela soudainement son nom de code et se tourna vers l'homme, gêné.

- Je…

- Mon petit frère vous présente toutes ses excuses. Il ne m'a pas souvent vu travailler et je suppose que ça le fascine.

L'enfant opina.

- J'espère que vous ne lui tiendrez pas rigueur de son comportement.

Ciel savait qu'il s'en serait sorti avec des courbettes comme il s'en infligeait en haute société mais il était ravi que Sebastian s'en soit chargé. S'excuser auprès de cet homme était extrêmement dérangeant.

- Ce n'est rien. Mais tu pourrais te rendre utile Maltezer. J'aimerais que tu prépares le lit. Nous n'y tarderons pas. N'oublie pas la bouillote d'Elizabeth par ce froid.

- Euh… Oui, Monsieur…

Ciel lança un regard paniqué à Sebastian qui tourna la tête pour camoufler un rire. Le jeune Comte quitta la pièce et serra les dents. Ah son valet s'amusait bien de cette situation ? Il lui ferait regretter ! Il avait plus d'un tour dans sa manche.

Il partit vers la cuisine qu'il avait si peu fréquentée, mais dont il connaissait tout de même la position, et y trouva Bard.

- Comment fait-on une bouillote ?

- Jeune Maître ! C'est vous qui vous occupez de Lady Lizzy ?

- Oui… Peux-tu faire la b…

Ciel se tut réfléchissant. Il savait bien que Bard était une catastrophe ambulante pour l'avoir eu plus de deux ans à son service. Devait-il le laisser faire ou lui demander comment s'y prendre ? Il ne savait pas lequel d'entre eux deux serait le plus catastrophique.

- Comment fait-on une bouillote ? Répéta-t-il.

- Il faut mettre de l'eau chaude dans une vessie de porc et la glisser sous le protège-matelas ! Expliqua Bard.

Ciel opina. Ça devait être à sa portée ! Et lorsque Sebastian verrait ce qu'il savait faire, il cesserait de se moquer de lui.

Le cuisinier s'approcha pour lui allumer le poêle, avec son cher lance-flamme bien sûr. Le garçon pâlit légèrement bien qu'il avait évité toute brûlure. Même avec un corps comme le sien, il subirait d'effroyable douleur avec un accident pareil. Il fit couler de l'eau dans un poêlon et surveilla la cuisson.

Bard fouilla dans ses affaires puis revint vers Ciel pour lui tendre une étrange poche dans les tons jaunes où des routes de veines étaient apparentes.

- Qu'est-ce que c'est ? Questionna le garçon en la prenant.

- La vessie de porc !

- Ça ne ressemble pas à ça…

- Vous aviez l'habitude de la voir déjà gonflée. Supposa l'homme.

- Certes.

Ciel observa la poche et la tourna entre ses doigts pour en trouver l'ouverture. Il était tout à coup moins assuré. Il attendit néanmoins que l'eau ne soit bouillante pour tenter de la version dans la vessie. Il loupa l'ouverture et s'aspergea abondamment la main.

- Jeune Maître !

- Ça va…

Il serra les doigts et tint différemment la poche qu'il remplit. Mais la poche légèrement poisseuse lui échappa des mains et tomba sur le sol, giclant sur les deux. Bard poussa un juron mais se précipita vers le garçon.

- Ça va… Ça se régénérera… Dit-il froidement. Tiens-moi plutôt cette poche.

- Oui, jeune Maître. Ne versez pas à côté, s'il vous plaît.

Ciel se concentra, attrapant le poêlon à deux mains. Il attendit que Bard ait ramassé la vessie et que l'ouverture soit bien ouverte pour la remplir de liquide. Il voyait les mains du cuisinier trembler et savait que c'était de même pour les siennes.

L'eau déborda bien vite et l'homme se hâta de faire un nœud avant qu'il ne soit trop tard. C'est avec satisfaction qu'il regarda leur œuvre alors que le jeune Comte reposait le caquelon les mains tremblantes.

- On a réussi ! Cria Bard, fier comme un paon.

- Ça ne ressemble pas à ce que Sebastian mettait dans mon lit.

- Mais on a tout de même réussit ! Vous devrez faire attention quand vous le transporterez. Sebastian ne nous laissait jamais faire ! Il disait qu'on était des idiots qui l'éclateraient !

Le garçon serra légèrement la poche extrêmement chaude. Ses mains cuisaient. Il envia les gants de son majordome. Ça ne le gênait pas qu'on voyait ses ongles noirs mais un peu plus le pentacle qui ornait l'oreille de Monsieur Tanaka à présent.

Sans un remerciement, Ciel partit vers la chambre de Lizzy et du Marquis. Ce n'est qu'à mi-chemin qu'il réalisa qu'il aurait dû demander où était May Linn, elle aurait pu lui expliquer comment préparer le lit. Sa haine envers Isaac augmenta immédiatement.

Il poussa la porte et observa l'immense lit où quatre personnes auraient pu s'installer sans le moindre souci et avoir encore largement assez de place pour bouger à leur guise.

Ciel s'en sentit rassuré et il s'approcha des draps. Il posa la vessie sur le bout du lit et tenta de se rappeler les gestes de Sebastian. Si seulement il avait prêté attention… Il défit un peu le lit mais ne réussit qu'à faire des plis dans les draps et à désolidariser le tout. Devait-il reconnaître son incompétence ou persister dans sa mauvaise foi ?

Il tira un peu plus les couvertures et voulu mettre la bouillote sous le protège lit lorsqu'une main gantée se posa sur son poignet.

- Vous auriez tort. En faisant cela, lorsque Elizabeth s'installera, la poche explosera et tout le lit sera mouillé. Vous avez bien trop rempli cette vessie. Il faut préparer une première poche qui sera retirée peu avant que Elizabeth ne s'installe, les draps seront chauds et confortables. Il faut également préparer une seconde bouillote pour le cas où votre Maître ou Maîtresse en désir une.

Ciel tourna la tête et vit son majordome, un sourire aux lèvres. De quelques mouvements habiles, l'homme défit le lien de la poche et versa de l'eau dans une bassine avant de refermer le tout. Il glissa la bouillote à l'endroit le plus optimal puis installa correctement les coussins tout en rajustant le lit qu'il ouvrit légèrement, pliant le bout de telle sorte que s'y glisser se ferait en un tour de main.

Le garçon eut à peine le temps de suivre ses mouvements des yeux que Sebastian posait un genou sur le sol et lui prenait les mains qu'il inspectait.

- Vous vous êtes brûlé.

- Oui.

- Vous n'êtes vraiment pas doué. Commenta-t-il.

Il fit rouler les doigts dans sa main, observant les blessures. Il eut un coup d'œil pour le visage torturé de son Maître à chaque fois qu'il se crispait. Il pencha ses lèvres vers la peau meurtrie lorsque les mains lui furent vivement arrachées et Ciel partit en courant, utilisant toute sa vitesse démone.

Sebastian écarquilla les yeux. Il savait que le jeune Comte pouvait vite être écœuré de gestes trop intimes mais il ne s'était pas attendu à cela ! D'autant plus que, depuis leur retour dans les terres humaines, il avait exagérément cherché sa proximité.

Mais il n'avait pas le temps de s'attarder. Il avait pressenti que son Maître aurait besoin d'aide et avait fait un détour mais il était censé ramené de la sauce pour les pommes de terre. S'il ne se dépêchait pas, il passerait pour un incompétent.

Heureusement, sa vitesse surhumaine lui permettait de passer par la cuisine et de revenir auprès du Marquis. Il ne devait pas être parti bien plus longtemps qu'une personne normale dans une demeure aussi grande.

- Monsieur, votre sauce. Dit-il en versant généreusement.

- Parfait, Sebastian. Avez-vous pu voir si le désert était prêt ?

- Oui, Monsieur. Il n'attend plus qu'à être dégusté.

- Fantastique. Répondit le Marquis.

Lizzy sourit également et bu à son verre de vin. Elle lui adressa un regard qui le laissa interloqué mais auquel il répondit par un sourire de façade. Il devrait en toucher un mot à Ciel. Seul lui pourrait espérer avoir une discussion avec elle. Si tant est qu'ils réussissaient à l'écarter de cet homme. Lequel reprenait sa discussion à propos d'un gala auquel il avait été tout à l'heure.

La porte s'ouvrit et il tourna discrètement la tête pour voir son Maître se glisser dans la pièce. L'enfant se rapprocha et se courba légèrement.

- Le travail que vous m'avez demandé a été fait.

Remarquant que son majordome lui accordait un regard, il mit ses mains dans son dos pour s'incliner une nouvelle fois. Un peu moins distinguée, certes, mais elle lui permettait de tapoter le sceau qui ornait sa peau.

Le valet eut un bref acquiescement du menton.

- Parfait, Maltezer ! C'est du bon travail. Ce sera ta mission à l'avenir.

Ciel pâlit alors que Sebastian pinçait les lèvres pour ravaler un rire.

- Bien, Monsieur. Dit le garçon.

Le repas se poursuivit et se finalisa par un plum pudding aux fruits rouges accompagné d'un thé au lait. Pour la première fois, l'enfant eut un air affamé qu'il réussit à ravaler mais qui ne manqua pas à son majordome.

Finalement, le souper s'acheva et Sebastian s'occupa de débarrasser alors qu'ils laissaient Paula prendre la relève, assistée par Monsieur Tanaka. Le Marquis avait visiblement plus confiance en l'homme qu'en son nouvel employé et ça convenait particulièrement à Ciel. Il suivit d'ailleurs son valet qui repartait vers la cuisine, les bras chargés.

La pièce avait été laissée par Bard, le travail étant fini pour lui, et Sebastian entama la vaisselle. Il était bien content que le cuisinier ait déserté car il aurait voulu l'aider à ça n'aurait rien fait d'autre que poser un million de problème. De plus, si maintenant seuls le Marquis et Paula n'étaient pas au courant de leur secret, c'était plus évidant de parler ainsi à eux deux.

- Que désirait Monsieur Tanaka si je peux vous le demander ?

- Il a demandé à ce qu'Elizabeth reste le moins possible seule. Il n'aime pas trop le Marquis. Je le comprends. Ajouta-t-il avec amertume. Je surveillerai la chambre d'Elizabeth durant tes recherches nocturnes.

- Bien. Vous ne comptez pas vous coucher ?

- Tu m'as appris que le Pacte était plus important que tout. Plus important que nos envies, que nos principes… que notre libre arbitre.

- C'est exact. Les attentes de nos Maîtres priment sur tout ce qui existe. Même les attentes les plus stupides. Et en tant que majordome de Ciel Phantomhive… Je lui offre une de ses attentes inutiles. Puisqu'il est un démon.

Ciel haussa un sourcil et se retrouva avec une assiette surmontée de plum pudding devant les yeux. Une tasse accompagnait.

- Ce n'est pas utile, mais c'est agréable. Dit l'enfant.

Il s'éloigna vers la table et entama ce goûter très tardif. Sebastian remarqua un air ravi et il ne put réprimer un sourire plus doux qu'à l'accoutumée. Il reprit ensuite sa tâche. Ce n'est que lorsqu'il eut fini qu'ils partirent vers la chambre de Lizzy. Le majordome s'arrêta devant la porte et disparut quelques fractions de secondes. Il se courba et présenta un jeu d'échec.

- Pour vous occuper durant votre nuit de garde.

Le garçon prit un pion entre ses doigts et le fit tourner.

- Savoure les mots qui vont suivre : merci, Sebastian.

- C'est un plaisir de vous tirer ces mots. Sourit le majordome.

Il s'inclina.

- Je vais de ce pas faire les recherches que vous désiriez.

- Parfait.

Sebastian se redressa et partit à la hâte. Ciel commença à placer ses pièces. Il ne doutait pas que l'homme aurait fini en seulement une heure ou deux. Il lui permettrait peut-être de passer le reste de la nuit sans sombrer dans la nuit. Jouer aux échecs seul était vite lassant. Il connaissait tous les coups de son adversaire après tout.

µµµ

- Ci… Maltezer !

Ciel rejoignit Lizzy qui lui prit immédiatement la main alors que Paula ajustait le manteau de sa Maîtresse.

- Oui, Madame Lizzy ?

- Je suis presque prête, l'es-tu ?

Le garçon s'apprêta à opiner mais il ne portait pas encore de veste. Il chercha après son majordome.

- Sebastian ?

- Monsieur a eu besoin de son aide. Expliqua Paula.

Lizzy remarqua immédiatement que son cousin se tendait d'une façon bien peu anodine. Elle lui prit la main et lui sourit. Le jeune Comte accepta de répondre à cette étreinte et la suivit même s'il n'avait pu enfiler le moindre manteau. Il ne savait comment s'en faire mettre un par Paula sans cela. Mais de toute façon, ce n'était pas si handicapant que cela du fait qu'il demeurait un démon.

Il souffrirait de ce froid et s'en plaindrait ce soir à Sebastian en lui reprochant de s'occuper d'un autre mais il ne tomberait pas malade.

Il jeta un coup d'œil au sceau qui marquait sa peau et retint un soupir. C'était à cause de son Pacte. Ils devaient agir ainsi pour protéger Lizzy et il devait ravaler ses sentiments. Mais sa haine pour le Marquis ne cessait de croître.

Il se permit un coup d'œil vers la Marquise tandis que sa suivante ouvrait la porte puis, dès qu'elle fut refermée, trottinait rapidement pour ouvrir le fiacre.

Tenant toujours la main de l'enfant, la jeune femme rentra dans la calèche et s'installa. Dès que Paula entra dans l'habitacle, Lizzy fit démarrer la voiture.

- Où va-t-on exactement ? S'enquit le garçon.

- C'est une surprise ! Sourit-elle.

Ciel haussa un sourcil. Il n'aimait pas trop cela mais il se prêtait au jeu. Ça faisait sourire son ancienne fiancée alors il se pliait.

Le voyage dura près d'un quart d'heure avant qu'ils ne s'arrêtent. Le garçon n'avait pas besoin de plus pour reconnaître des locaux qu'il avait déjà visité bien qu'ils étaient réaménagés.

- La Funtom Company…

- Ça doit te faire très plaisir de pouvoir découvrir les locaux ! Sourit Paula. Comme tous les autres enfants !

Ciel opina à peine.

- Viens !

Lizzy se fit ouvrir la porte du fiacre et descendit prudemment sur le trottoir. Elle attendit son cousin puis avança vers le bâtiment qui lui fit ouvert à son approche.

- En plus des Peter Rabbit qui existaient déjà, nous avons sorti un modèle féminin. Nous les vendons également par couple, un peu moins cher. Je fais fabriquer des Peter Rabbit miniature qui seront vendus avec des assortiments de sucreries. J'ai fait faire des sucettes en forme de lapin pour aller avec les Peter Rabbit. On hausse légèrement les prix et on offre une sucette. De plus, j'ai fait fabriquer des moules assortis. Les gens pourront alors égayer leurs gâteaux. J'ai d'ailleurs fait préparer des mélanges d'ingrédients spéciaux. Il ne reste qu'à ajouter du lait, du beurre et des œufs pour faire soi-même de la pâtisserie. Les goûts sont variés.

- Tu as pensé à tout.

- Je n'irai pas jusque-là. Rit-elle. Tu aurais pu avoir toutes ses idées et bien plus vite. Je pensais toutefois à essayer de sortir de nouveaux animaux mais je pensais faire une version féminine et toutes les déclinaisons pour tous les types d'animaux.

- C'est une excellente idée. Les collectionneurs se presseront et les quidams seront sur le qui-vive à parier quel sera la prochaine déclinaison.

La jeune femme sourit de plus belle et se fit ouvrir la porte de son bureau.

- Paula, peux-tu aller chercher les comptes et l'inventaire ? Tu peux aussi vérifier qu'on n'a aucun message à me faire passer ? Demanda-t-elle.

- Oui, Madame.

Elle s'inclina et s'assura que Lizzy prenait place dans son siège avant de partir en courant. Ciel ferma la porte et s'approcha d'une chaise que lui présentait sa cousine. Il s'assit, tirant la chaise lui-même en cachant son agacement, et observa les échantillons entreposés dans la salle.

- Si tu as n'importe quelle remarque, je ferai tout ce que tu désires, Ciel !

- Inutile, tu as plus d'expérience que moi à présent. Sept ans, n'est-ce pas ?

- Oui ! Mais je ne prétendrais pas à mieux que toi ! Assura-t-elle. J'aspire juste à faire des choses vraiment mignonnes et tout ce que tu as entrepris m'a permis de le faire ! Je n'ai fait que reprendre l'entreprise que tu m'as laissée.

- Je ne pensais pas que tu la reprendrais.

- C'était une des seules choses qui restait de toi, Ciel.

L'enfant la regarda et lui trouva un sourire surprenant. Elle était si radieuse, comme la fillette impatiente et surexcitée qu'il avait jadis rencontrée.

- J'ai décidé de tout rassembler ce que je pouvais. Offrir une seconde chance à tes employés, reprendre tes maisons… Maman n'était pas pour… Mais il semblerait que c'est une très bonne chose finalement. Mon époux a maintenant un bon patrimoine.

Ciel savait que sa cousine ne devait pas parler argent ou bien normalement mais c'était différent. Elle se confiait alors il l'écoutait.

- Comment cela se passe avec le… « Marquis ».

- Tu as vraiment du mal à le voir comme un Marquis, n'est-ce pas ? Rit-elle.

- Il est évident qu'il a voulu utiliser ton grade. À quoi pouvait-il prétendre ? Manquait-il d'argent ?

- Es-tu toujours Comte ?

- Je le revendique. Peu importe si je ne le suis plus aux yeux de la Reine depuis mon nouveau statut. Dit-il en portant ses doigts à son œil. Je suis Comte, je l'ai toujours été. Et puisque je ne suis plus qu'une partie de l'ombre, je peux bien prétendre à ce que je veux. Personne ne pourra attester mes écarts.

Lizzy opina en souriant. Elle tendit la main pour se saisir de celle de Ciel. Elle la serra dans la sienne, les yeux émus.

- Qu'est-ce qu'il y a, Lizzy ?

- Ciel… Est-ce qu'il y a quelqu'un que tu aimes beaucoup ?

- T…

- Non. Beaucoup. Insista-t-elle.

Ciel rougit et détourna la tête.

- Pourquoi Sebastian reste toujours avec toi ?

Le jeune Comte se frotta légèrement les cheveux.

- Ciel ?

Il ne répondit pas.

- Je n'ai jamais cessé de t'aimer, mon cher Ciel. J'ai attendu chaque jour ton retour parce que tu avais seulement disparu, parce que tu étais avec Sebastian et qu'il savait tout faire…

Le garçon fut frappé par ses mots. La façon si particulière de prononcer « aimer ». Une façon chaste, pure et profonde. Même cette main qui serrait la siennes, ces doigts qui caressaient. Il n'y avait rien de sale en elle. Elle était divinement pure et lui n'était que souillure, il s'enlisait dans des marécages de plus en plus boueux. Après tout, lui, le Noble du Mal, le Comte Phantomhive provoquait la mort de personnes plus ou moins innocentes. Mais c'était censé être pour la bonne cause…

Il regarda les yeux débordants d'affection de sa cousine.

- Lizzy, j'ai toujours eu pour toi plus de sentiment que pour n'importe quelle Lady.

Il lui fit un baisemain puis se leva, contourna le bureau et posa un baiser sur sa joue. Elle le prit dans ses bras et le serra contre son sein.

- Je sais, Ciel. L'entendre réchauffe mon cœur. Mais… Je ne veux pas te voir malheureux. Tu l'as dit, tu n'es plus qu'une partie de l'ombre. Et l'ombre n'a-t-elle pas le droit de faire ce qu'il lui plaît ?

- Lizzy…

- Tu es très attaché à lui, n'est-ce pas ? Sourit-elle en le relâchant un peu.

- C'est lui qui est attaché à moi.

La Marquise lui caressa les cheveux.

- Ciel, un jour, il faudra que tu ouvres ton cœur. Soupira-t-elle tristement.

µµµ

Se redressant, sa main blême s'enfuit dans une flaque de sang. Où que son regard se pose, seul des cadavres lui répondaient. Qui avait provoqué un bain si morbide ? Pourquoi ?

Le liquide poisseux nappait ses jambes.

- Non… Non… Non…

Une image lui revint subitement en mémoire.

Des yeux rouges, un visage trop parfait.

- Móguĭ