Retransmission

AVIS A TOUS LES LECTEURS !!

Berlingotte a écrit un OS sur le couple Peter/Valentine : « Un tour au bord du lac » http// www . fanfiction . net / s / 2977045 / 1 / (on enlève les espaces) Il est vraiment très bien fait, respectant les persos tels que je les vois et mettant même en avant des faits "récurrents" de ma fic. A lire absolument ! (j'ai laissé une review si certains veulent connaître mon avis plus complet sur cet OS très bien écrit ;-) )

Fin de la retransmission (lol)

°O°

Bon, l'aura eu du mal à arriver celui-là, entre les cours et une abominable gérance du temps, mais vous ne rêvez pas, il est bien là ! Par contre, je ne donne aucune date pour le prochain :-S

Hem… bon, puisque je l'ai promis, ceux à qui j'avais dit que le chapitre serait là au pire le 15 septembre peuvent me torturer. Je tiens juste à dire avant que la torture peut entraîner des séquelles physiques et psychiques qui pourraient être handicapantes dans la pratique de l'écriture, mais ce n'est qu'à titre indicatif que je dis cela, hein ! ;-)

Vu tout le tps que ça m'a pris pour poster ce chapitre, je n'ai pas pu répondre à toutes les reviews, merci pour vos commentaires Patmola, la femme flambi, Raziel Tepes, Toulouse, Po et Yamael . :-)

oOo

Chapitre 8 : Franchise (titre temporaire, je cherche mieux:-S)

Le menton dans la main, la pointe du stylo tapotant régulièrement le bureau, Pétunia Evans fixait son livre de cours sans le voir. Sa sœur était repartie pour son école le matin même suite à des fêtes de fin d'année qui s'étaient étrangement bien déroulées du point de vue de leurs relations, contrairement à l'ordinaire où elles s'entendaient comme chien et chat.

Rien n'avait laissé présager, au retour de Lily, que les choses évolueraient dans le bon sens. Lorsque sa sœur avait franchi le seuil de la maison, Pétunia l'avait ignorée, comme d'habitude, Lily en avait fait de même, comme d'habitude, et les premiers jours avaient vu naître quelques disputes dès que Pétunia surprenait Lily en train d'avoir une quelconque activité en relation avec la magie, comme d'habitude. C'était dans l'ordre des choses que tout contact entre elles se déroule de cette manière et Pétunia savait très bien que sa sœur n'était pas en reste pour la provoquer dès qu'elle le pouvait.

Tout cela avait pourtant changé après Noël, ou plus précisément, c'était l'attitude de Lily qui s'était modifiée. Elle n'avait plus renchéri sur les attaques de Pétunia, s'était enfermée à double tour dans sa chambre dès qu'elle étudiait et, au fil des jours qui passaient, avait semblé de plus en plus inquiète pour des raisons obscures.

Pétunia avait été plus choqué de tout cela qu'elle ne l'aurait jamais admis. Elle aurait dû être heureuse et soulagée que cette peste ne la taquine plus et ne fasse plus autant la fière, mais c'était l'effet inverse qui s'était produit. Certes, elle se sentait plus en sécurité puisqu'elle ne risquait plus de tomber sur une quelconque manifestation de magie, mais dans le même temps l'air soucieux de sa sœur avait déteint sur elle comme elle n'avait pas l'habitude de la voir ainsi.

Quelques jours avaient passé ainsi sans que Pétunia n'ose aller demander des explications à sa sœur – elle avait tout de même une certaine fierté à conserver – et ce n'était que deux jours plus tôt que tout s'était éclairé, lorsque leur mère s'était inquiétée de l'air sombre de Lily.

L'aînée des Evans avait appris que son père devait se rendre dans une prison sorcière du nom d'Azkaban le jour même du départ de Lily, visite qui comprenait certains risques. Pétunia devait reconnaître qu'elle n'avait pas tout saisi, entre la raison pour laquelle leur père devait se rendre là-bas et en quoi cela représentait un danger pour lui, mais la peur de sa sœur s'était propagée à elle, au point qu'elle avait été la voir le lendemain pour lui demander quelques explications. Lily ne l'avait pas envoyé balader, mais elle ne lui avait pas non plus vraiment répondu, après un instant de silence, elle s'était contentée de lui dire qu'elle devait se faire du souci pour pas grand-chose au final et la discussion avait été close.

Un regard vers son réveil lui indiqua qu'il était sept heures du soir passé et elle se demanda s'il était normal que son père ne soit toujours pas revenu. Sa mère était quant à elle rentrée plus tôt de son travail, prétextant qu'ils avaient bouclé une recherche en avance, mais Pétunia avait bien senti qu'elle mentait et s'inquiétait également de son mari. Bizarrement, Pétunia aurait préféré que Lily soit présente aujourd'hui.

La sonnette d'entrée retentit et la jeune fille cessa soudain de taper son stylo contre la table, tendant l'oreille. Les pas précipités de sa mère montèrent jusqu'à l'étage, puis le bruit de la porte d'entrée suivi d'un silence. Ce silence parut extrêmement oppressant à Pétunia comme en toute logique sa mère aurait dû dire quelque chose pour accueillir la personne, quelle qu'elle soit, si pesant en fait que lorsque la femme se mit soudainement à répéter plusieurs fois le nom de son mari d'une voix effrayée, Pétunia eut un sursaut et lâcha le stylo qui tomba sur le bureau avec un bruit sec.

Une voix inconnue qui se voulait apaisante résonna dans l'entrée sans que Pétunia en comprenne le sens, la porte se referma et les bruits de conversation s'éloignèrent jusqu'à se taire après que la porte du salon ait été fermée. La jeune fille était figée sur son siège avec l'impression qu'un énorme poids la maintenait en place. Son esprit lui hurlait de descendre voir ce qu'il se passait mais son corps ne voulait pas bouger, pétrifié dans une angoisse de ce qui l'attendait en bas.

Ce fut le bruit d'un volet claquant sous l'effet du vent qui la sortit de sa tétanie d'une manière assez brutale puisqu'elle sauta sur ses pieds pour se précipiter hors de sa chambre. Elle ralentit néanmoins le pas pour descendre les escaliers le plus discrètement possible et observer ce qu'il se passait dans la cuisine sans se faire remarquer.

D'où elle était, elle pouvait voir sa mère agenouillée devant une chaise, en train d'appeler son mari par son nom, mais une personne vêtue d'une longue robe et qui lui tournait le dos bouchait la vue à Pétunia pour voir son père.

- Ne vous inquiétez pas, il sera complètement rétabli d'ici deux trois jours, indiqua le sorcier d'une voix rassurante. Les détraqueurs ne l'ont pas touché mais le simple fait de les approcher a des répercussions.

- Oui, il… il m'a dit qu'il risquait de revenir ainsi et qu'il ne fallait pas que je m'inquiète, acquiesça Naomi Evans d'une voix un peu tremblante. Ces… détraqueurs sont des gardiens, c'est ça ? Pourquoi font-ils ça à ceux qui ne sont pas prisonniers ?

Pétunia avait déjà vu sa mère perdre son sang-froid, mais c'était pour se mettre en colère, jamais par peur de quoi que ce soit, et pourtant, en cet instant, elle lui semblait plus fragile que jamais, prête à s'effondrer en pleurs. Si elle n'avait pas eu si peur de s'attirer l'attention du sorcier en entrant dans la pièce, Pétunia se serait précipitée pour voir son père, se rassurer, mais alors qu'elle commençait à songer à bouger, le sorcier se déplaça pour tendre quelque chose à sa mère, lui offrant une vue parfaite sur son père assis sur une chaise.

Elle étouffa un cri dans sa main en découvrant l'air horrible de l'homme. Il avait le teint cireux, presque transparent, un visage totalement vide d'expression, de même que ses yeux complètement ternes, eux qui étaient si pétillants d'ordinaire, il se tenait sur sa chaise comme un mannequin désarticulé et Pétunia surprit à un moment un bref sursaut de son corps où ses yeux s'ouvrirent brusquement en une expression d'horreur avant de revenir à son état apathique.

- Donnez lui à manger beaucoup de ce chocolat, cela lui fera le plus grand bien et l'aidera à se remettre.

D'un mouvement lent qu'elle n'eut même pas conscience de faire, la jeune fille dériva son regard vers le sorcier pour découvrir un vieil homme possédant une grande barbe blanche et des lorgnons sur le nez. Sa sœur et son père en avaient tellement parlé qu'elle ne douta pas un instant de se trouver en présence d'Albus Dumbledore, le directeur de Poudlard et celui qui avait aidé Edouard Evans dans ses activités d'ambassadeur. Lorsque son regard tomba à nouveau sur son père, la jeune fille sentit une profonde haine monter en elle à l'égard de ce soi-disant puissant sorcier pour l'avoir ramené dans cet état.

- Si ces détraqueurs existent, combien d'autres créatures du même genre avez-vous dans votre monde ? demanda Mme Evans, ramenant sa fille à la conversation dont elle avait manqué un bout.

- Les détraqueurs sont les pires qui existent, mais je vous mentirai en vous disant qu'elles sont les seules dangereuses. Ce sont néanmoins des risques avec lesquels nous vivons depuis des siècles, de même que vous avez vos propres problèmes. Je vous ai déjà assuré de la sécurité de Lily dans l'enceinte de l'école et je ne reviendrai pas sur mes mots.

- Lily est une très bonne élève, n'est-ce pas ? Elle saurait se défendre en de nombreuses circonstances ?

- Elle possède un énorme potentiel, en effet.

- Mais mon mari n'est qu'un humain comme les au… un humain sans pouvoir, se reprit la femme. Monsieur Dumbledore, j'aime ma famille plus que tout et j'ai réellement été heureuse de voir que ma fille n'était pas la seule à savoir utiliser la magie, j'étais ravie de la voir partir pour votre école car je savais que là-bas, elle pourrait pleinement s'épanouir. Cependant je dois vous avouer qu'il n'en a pas été de même lorsqu'Edouard m'a annoncé qu'il désirait également faire partie intégrante de ce monde. Mon mari a toujours été un éternel rêveur, un peu idéaliste, et c'est une des nombreuses raisons qui font que je l'aime, de même que sa nature à toujours aller au bout de tout ce qu'il fait. Nos filles ne le savent pas mais j'ai tenté de le dissuader de faire ce travail d'ambassadeur. Je ne m'inquiète pas plus pour lui que pour ma fille mais il me semblait plus approprié que des personnes déjà sur place, habituées à ces situations, prennent les choses en main. Sans doute est-ce assez irresponsable de ma part mais j'étais prête à remettre en toute confiance ma fille entre vos mains, surtout que je la connais bien ainsi que la plupart de ses limites.

- Vous n'aimez pas notre monde, Mme Evans, n'est-ce pas ? remarqua le sorcier d'un ton doux.

- Je suis désolée, sourit la femme sans quitter son mari des yeux et en caressant du bout des doigts sa joue. Je ne peux refuser à Lily de l'écouter parler de ses cours, mais je n'aime pas ça, je ne peux empêcher Edouard d'aller rencontrer tous ces gens étranges, mais je ne le supporte pas. Il m'a déjà été difficile de reconnaître que Lily possédait des pouvoirs surnaturels, ce n'est pas que cela me faisait peur mais je suis une scientifique, ce genre de choses ne pouvait qu'avoir une explication autre que la magie. J'ai fini par tenir ce fait comme… l'exception qui confirme la règle, si je puis dire, et je n'ai pas cherché beaucoup plus loin, contrairement à mon mari. Je ne peux aimer votre monde parce qu'avant que nous n'entrions en contact avec lui, tout allait bien, même si Lily était spéciale, nous vivions heureux et sans crainte. Je ne peux dire que nous sommes malheureux mais la peur, elle, est désormais bien présente. Je donnerai n'importe quoi aujourd'hui, pour faire en sorte que Lily n'ait jamais été une sorcière, non par honte ou par dégoût, mais pour retrouver la vie calme et normale que nous avions avant. Comment… comment puis-je voir l'avenir de notre famille lorsqu'on me parle de guerre et de choses auxquelles je n'entends rien ?

- Peut-être devriez-vous en parler à votre mari ? suggéra le vieil homme.

La mère de Pétunia eut un faible sourire et leva les yeux vers lui. Sa fille, toujours dissimulée à l'entrée, n'en revenait pas de son discours, elle avait toujours cru que sa mère aimait autant que sa sœur et son père le monde de la magie, elle n'aurait jamais imaginé qu'elle pense cela.

- C'est que je l'aime, voyez-vous ? Tout comme j'aime mes filles. Il m'est impensable de me mettre en travers des routes qu'ils choisissent, même si celles-ci me font peur. J'ai déjà essayé et échoué, c'est donc que ce désir était plus fort que celui qui les pousse vers moi. Comment pourrai-je aller à l'encontre de leurs rêves ? Je n'aime pas cela, plus que de la peur, cela m'inspire de l'horreur au fil du temps, mais… ma faiblesse aussi bien que ma force vient de l'amour que je leur porte, alors ça n'a pas tellement d'importance au final. Je me dis parfois que ce serait plus simple si je haïssais Edouard parce qu'il ne m'a pas écouté, si Lily me dégoûtait pour ce qu'elle est, parce que je pourrai alors facilement les empêcher de faire ce qu'ils veulent, d'être ce qu'ils désirent, mais je ne peux pas faire cela, parce que jamais je ne pourrais ressentir cela à leur égard, parce que je suis fière de ma fille et de mon mari justement pour ce qu'ils sont et font, alors je ne peux que détester le monde de la magie et toutes ses horreurs en silence. Je ne peux que… les regarder s'éloigner.

- Au risque de les perdre, termina Dumbledore pour elle.

- N'est-ce pas cela l'amour ? Peut-être pas… mais c'est ainsi que je le conçois.

Edouard Evans eut un spasme un peu plus violent et long que les autres et sa femme fut rapidement sur lui pour l'entourer de ses bras, le corps tremblant.

- Pardonnez-moi, souffla-t-elle au vieux sorcier, je crois que j'avais besoin de sortir toutes ces choses, et je ne disais pas cela spécialement pour vous.

- Ce n'est en aucune façon une gêne, croyez le. Je me doute…

- Pourquoi tu t'excuses ? s'écria Pétunia en sortant de l'ombre, le regard furieux. Si c'est ce que tu penses, tu devrais empêcher papa de faire tout ça ! Tu devrais cloîtrer Lily dans sa chambre, non ?

- Pétunia, tu… commença sa mère.

- Moi aussi je les déteste ! Je les hais ! C'est pas normal tout ça ! Et toi tu le sais bien, y'a que la science qui compte, pas vrai ? Pourquoi tu laisses papa se faire avoir aussi facilement alors ?

- Mademoiselle, vous devriez comprendre que…

- Taisez-vous ! rugit Pétunia, les larmes aux yeux en se tournant vers Dumbledore. Est-ce que vous avez vu dans quel état est mon père ? Vous n'aviez pas le droit de l'amener dans cette prison, dans cette Azkaban, avec toutes ces créatures, puisque vous saviez ce qui allait arriver ! Je vous hais ! Tout ce que votre monde a apporté, c'est le malheur sur ma famille ! Moi, si je pouvais utiliser votre ignoble magie, la seule chose que j'en ferai serait de tous vous jeter une malédiction ! J'espère que votre guerre vous exterminera tous ou que vous vous retrouverez dans un état pire que mon père !

Sans attendre la réaction des adultes, elle remonta dans sa chambre en claquant la porte et se jeta sur son lit pour pleurer tout son soûl. Elle n'aurait jamais dû voir son père comme ça, il n'aurait jamais dû se retrouver dans cet état, tout ça à cause de ces détraqueurs, de ces sorciers ! Elle les haïssait, et elle haïssait sa sœur qui avait fait entrer sa famille et ce monde abject en contact. Sans elle, jamais rien de tout cela ne serait arrivé.

o

Ce fut sous une myriade de flocons de neige que les élèves sortirent du Poudlard Express arrivé à Pré-au-Lard. On n'y voyait pas à trois mètres et James fut déçu de ce fait comme il n'avait pas réussi à trouver Evans dans le train et espérait l'aborder à l'arrivée.

- Tu la verras au château ! le consola Sirius avec un grand sourire, ravi qu'il était d'être revenu à Poudlard.

- On aura peut-être la chance de pouvoir s'échapper pour ne pas voir le désastre, souffla Remus avec une note de désespoir.

- Je ne vois pas pourquoi, remarqua Peter. Il y a quand même une chance qu'Evans accepte, non ?

- Exactement ! Jusqu'alors, elle ne pouvait me croire car elle doutait des intentions que je portais à son égard, j'en suis sûr ! Maintenant que moi-même je le sais, je lui en fais part et le tour est joué, déclara James, tout à fait sûr de lui. Dépêchons nous de prendre une calèche !

Il se précipita vers la carriole la plus proche, ses amis le suivant avec plus de modération.

- Dis-moi Sirius, je me pose une question, je pensais que tu n'aimerais pas vraiment que James s'entiche d'une fille, pourtant tu as l'air de l'encourager…

- Oh, et bien, comme tu l'as dit, à combien sont les chances de réussite de James en ce qui concerne cette fille particulière, n'est-ce pas ? répondit Sirius avec un sourire amusé.

Remus le regarda avec des yeux ronds, ne s'attendant pas à cette réplique – bien que très logique en soi.

- Mises à part les histoires de cœur du meilleur joueur de Quidditch de tous les temps, je ne pense pas me tromper en disant que la prochaine pleine lune est dans quelques jours ? remarqua Sirius lorsque la calèche se mit en route.

- Aucune erreur là-dessus, soupira Remus. Vous êtes toujours aussi décidés à venir ?

- Il manquerait plus que le contraire arrive ! s'exclama James en prenant un air offusqué. Mais c'est bien, tu as l'air de l'accepter maintenant, ajouta-t-il d'un ton guilleret.

- Résignation serait plus exact qu'acceptation, le reprit Remus. Après tout, je vous connais depuis assez longtemps pour savoir que vous n'en ferez qu'à votre tête quoi que je dise.

- Tu n'as pas tort, mais ce n'est pas le genre de choses qui t'arrête pour nous remettre dans le droit chemin d'ordinaire, remarqua Sirius. Allez, avoue que tu en as autant envie que nous !

Remus regarda ses trois amis qui l'observaient avec des yeux avides puis se détourna avec une certaine gêne.

- Je suis peut-être un peu curieux, c'est vrai, reconnut-il faiblement.

- Héhé ! Je le savais bien, t'es pas un Maraudeur pour rien !

Ils arrivèrent rapidement au château et James se mit aussitôt à la tâche de retrouver Lily. Par chance – pour lui tout du moins – elle se trouvait avec ses amies dans une des calèches qui étaient parties en même temps que la leur et il l'aborda directement, dans le hall.

- Evans ! Evans, il faut que je te parle !

- Potter… Je peux savoir ce qui me vaut l'insigne honneur de te retrouver si vite au retour des vacances ? demanda-t-elle avec une certaine lassitude.

- Je savais bien que je te manquerai, sourit James sans relever l'ironie. J'ai enfin réalisé ce que tu essayais de me faire comprendre en me rejetant de la sorte !

Lily le regarda avec suspicion et posa ses yeux sur Remus qui se dépêcha de regarder ailleurs, ce qui lui fit penser que Potter allait encore lui sortir une bêtise plus grosse que ses chevilles.

- Je t'écoute, dit-elle en décidant de lui laisser une chance.

- Tout est affaire de franchise ! J'ai bien compris qu'avec toutes les farces que nous faisons, tu ne pensais pas que je voulais réellement simplement m'entraîner avec toi, c'est tout à fait légitime de ta part ! Mais pendant ces vacances, j'ai réalisé quelque chose qui fait que tu ne pourras plus douter de ma sincérité !

La Gryffondor observa le visage rayonnant du garçon avec l'étrange impression que la meilleure solution en cet instant précis était la fuite pure et simple, mais comme, justement, elle était à Gryffondor, cette décision quoi que sûrement la plus sage n'était guère acceptable.

- Et donc… demanda-t-elle tout en jetant un coup d'œil à ses amies qui suivaient l'échange avec beaucoup d'attention, de même que de nombreux autres élèves.

- Evans, je t'aime ! Sors avec moi !

Il y eut un énorme blanc suite à cette déclaration si ce n'est un faible claquement lorsque Remus laissa tomber son front dans une main avec désespoir. S'il s'était agi d'autres personnes, aucun doute que les filles alentours auraient poussé des cris d'excitation et que les garçons auraient parlé entre eux pour commenter le "courage" de James Potter, mais il se trouvait que la fille à qui était adressée la proposition était Lily Evans, ce qui rendait cette déclaration non pas courageuse mais proprement suicidaire de la part de ce prétendant en particulier, aussi chacun attendait-il la réaction de la jeune fille.

- Potter… commença-t-elle d'une voix très calme après quelques secondes.

- Je sais, j'aurai dû attendre que nous soyons seuls pour cela, je ne voulais pas t'intimider mais je ne pouvais pas attendre tu vois ? Enfin, je comprends que ça doit faire un choc que le meilleur élève de toute l'école te propose de sortir avec lui. Après tout, tu es la première à qui ça arrive, il est donc normal que…

- Potter ! le coupa Evans plus rudement.

- Oui ? Pardon, vas-y, tu peux répondre, bien que…

- Il s'est pris combien de cognards dans la tête pendant les vacances ? demanda la jeune fille en se tournant vers Sirius, Remus et Peter.

- Pas le moindre, répondit Sirius avec un immense sourire.

- Il est sincère, Evans, tenta Peter. Peut-être…

- Merci Pettigrow, l'arrêta Lily avant de reporter son attention sur Potter. Bien, monsieur le centre incontesté de l'univers, je ne sais pas ce qu'il s'est passé dans ton cerveau enflé qui ne fonctionne qu'à un millième des capacités normales de tout être humain pour avoir imaginé ne serait-ce qu'une seconde que je répondrai oui à ta grotesque demande. Je vais mettre ça sur le compte d'une de tes si innombrables mauvaises connexions neuronales et l'incident est clos, d'accord ? Maintenant, si tu veux bien m'excuser.

Elle lui passa devant suivie par Millea qui était morte de rire et Fiona et Océane qui adressèrent un sourire contrit à James qui ne semblait pas vraiment réaliser la situation.

- Euh…

- Elle t'a jeté Potter, au cas où tu n'aurais pas compris, ce qui est fort probable vu qu'elle a été très optimiste en t'accordant un millième d'activité cérébrale.

James se retourna d'un bloc en reconnaissant la voix de Rogue.

- Servilus ! Je ne te savais pas si pressé de recevoir une de nos bonnes leçons, ricana-t-il.

Il porta sa main à sa baguette, tout comme Sirius, mais avant qu'aucun des trois n'ait pu faire quoi que ce soit, quelqu'un se projeta sur Rogue, l'entraînant vers Remus.

- Severus ! Remus ! Je suis trop contente de vous revoir ! s'exclama Tara en les enlaçant tous deux en même temps à leur grande horreur.

- Tara ! Ne me serre pas comme…

- Ah ! Severus, il faut que je te parle de quelque chose en potion. Remus, on se voit plus tard, d'ac ? Coucou Sirius ! Salut James, Peter ! A plus tard !

- Pff ! Si on peut même plus s'amuser maintenant, grommela Sirius qui semblait contrarié de n'avoir pu s'en prendre à Rogue.

- Ah oui, c'est fou ce qu'on s'amuse, remarqua Remus, encore sous le choc de s'être retrouvé si proche de Rogue par l'intermédiaire de Tara – il n'oubliait pas les propos que lui avait tenu le Serpentard lorsqu'ils avaient été liés avant les vacances.

- En tous cas, tu t'es planté avec Evans, nota Sirius alors qu'ils entraient dans la Grande Salle.

- Mais non ! C'est juste qu'il lui faut du temps pour accepter l'idée, tout va pour le mieux ! assura James.

- Je n'aurai pas dit mieux moi-même ! approuva Sirius avec gaieté.

- De toute façon, elle ne pourra que réaliser à quel point tu es unique, remarqua Peter.

- Oh, elle le sait déjà et c'est la seule qualité qu'elle lui accorde, grommela Remus, faisant rire Sirius.

- Tiens, qui c'est celui-là ? demanda Peter en désignant un Serdaigle qui discutait avec les filles de leur année, debout à côté de la table de Gryffondor.

- Il s'appelle Inch Former, il est intéressé par Fiona mais comme elle ne le connaît pas, elle lui a dit non, du coup il a décidé de passer plus de temps avec nous pour qu'elle le connaisse mieux.

- Déjà de retour Tara ?

- Oui, Severus n'était pas très content, expliqua-t-elle avec un grand sourire.

- Et je suppose que c'est moi qui vais en subir les frais ? soupira Remus.

- Exactement ! Tu vas devoir me supporter ! sourit-elle avec un clin d'œil.

- Bon, je n'ai pas vraiment le choix, je n'ai qu'à penser au dernier Noël et ça passera mieux.

- Quoi ? Quel dernier Noël ? demanda Peter, surpris.

Même Sirius et James les regardaient en attente d'une réponse mais, à leur surprise, Remus et Tara se tournèrent vers eux d'un même mouvement, avec le même sourire amusé.

- Ça c'est secret ! déclarèrent-ils ensemble.

Les trois amis écarquillèrent les yeux, faisant rire les deux autres, et ils s'installèrent enfin pour manger.

Plus tard dans la soirée, James et Sirius se trouvaient dans les couloirs de l'école en dehors du couvre-feu. Sirius avait attendu que Remus revienne d'une réunion avec les autres préfets pour annoncer son désir de faire une virée nocturne, mais le garçon avait refusé la proposition, prétextant de son bon sens de préfet et retenant Peter en lui rappelant qu'il devait lui expliquer quelque chose pour les cours.

C'était une des choses que Sirius appréciait le plus chez Remus, il semblait toujours savoir quand lui et James désiraient se retrouver seuls et n'en concluait pas immédiatement que ceux-ci ne l'appréciaient pas autant qu'ils auraient pu le laisser entendre. Ca n'était pas que les deux garçons n'aimaient pas passer le plus de temps possible avec Remus et Peter, ils se trouvaient simplement être plus sur la même longueur d'onde que les autres et aimaient à pouvoir se retrouver seuls, surtout qu'ils avaient passé les vacances tous les quatre.

- Ça ne t'intrigue pas ce que Remus et Tara ont dit tout à l'heure ? demanda James alors qu'ils parcouraient un couloir qu'ils n'avaient jamais exploré, dans les cachots.

- Ce qui m'intrigue, c'est qu'il n'y a pas si longtemps, Remus avait encore énormément de mal avec Tara. Mais bon, je suppose que le fait qu'elle soit restée plus avec lui depuis le début de l'année n'est pas étranger à cette amélioration.

- Sûrement… Tu comptes faire quoi pour Pâques ? Tes parents vont sûrement te réclamer à leurs côtés, non ?

- Je te l'ai déjà dit, non ? Je ne rentrerai pas avant les vacances d'été. D'ailleurs si je pouvais même éviter de rentrer là…

- Je me demandais…

James hésita, s'attirant un regard surpris de Sirius.

- J'ai entendu ta cousine et ton oncle discuter de ton père hier.

- De mon père ? répéta Sirius en fronçant les sourcils. De ma mère tu veux dire, non ?

- Pourquoi de ta mère ?

- Pour rien. Et qu'est-ce qu'ils disaient ?

- J'avais déjà entendu ma mère parler de lui à cause des nombreuses influences qu'il a, mais Alphar et Andromeda avaient l'air de dire qu'il était vraiment un très puissant sorcier. Je veux dire, je n'en doute pas mais la façon dont ils en parlaient…

Sirius ne répondit pas immédiatement.

- Pour être tout à fait franc, j'ai longtemps pensé que mon père n'avait pour lui que des belles paroles et un esprit très manipulateur. Pour moi, c'était ma mère qui était le mieux loti pour ce qui est de la puissance magique comme je la voyais plus souvent utiliser des sortilèges que mon père, et c'est également elle qui me les enseignait, bien que mon père soit présent et me fasse parfois des démonstrations. Mais il n'y a pas si longtemps, à cause de plusieurs événements et de discussion que j'ai surpris, je me suis laissé dire qu'en effet, il devait avoir une puissance "digne d'un Black", si je puis dire. J'ai vraiment du mal à le cerner.

Il se renfrogna en prononçant ces derniers mots, comme contrarié. James avait depuis longtemps remarqué que si Sirius ne tarissait pas d'insultes à l'égard de sa mère, il était rare qu'il s'en prenne à son père autrement qu'en parlant de ses deux parents et non de Procyon Black lui-même. Quand cela arrivait, le garçon s'empêtrait dans son discours, ne parvenait pas à trouver ses mots et finissait par clore rapidement le sujet avec agacement. James n'avait jamais vraiment compris pourquoi son ami réagissait ainsi, mais il se doutait que celui-ci ne lui avait pas tout dit de ce qu'il se passait lorsqu'il rentrait chez lui.

Ils marchèrent en silence un moment jusqu'à ce que Sirius se fige brusquement en faisant signe à James d'en faire autant. Il en comprit rapidement la raison lorsqu'il entendit des bruits de pas se rapprocher. Ils se cachèrent dans l'ombre avec la certitude qu'il ne s'agissait ni de Rusard, ni d'un professeur, comme celui qui arrivait sembler tenter de se faire le plus discret possible.

- Quelle surprise… murmura Sirius avec un sourire lorsque la personne passa devant eux sans les remarquer.

- Tu joues les noctambules, Canaris ! lança-t-il à la jeune fille qui se retourna sans paraître vraiment surprise de les trouver là.

- Black et Potter… Vous retourner la remarque serait superflu.

- Maraudeurs de jour comme de nuit, confirma Sirius.

- Par contre je ne vois pas ce que toi tu fais dans les couloirs à cette heure-là, remarqua James, curieux.

- Prenez ça comme une envie de me dégourdir les jambes et je ferai semblant de ne pas comprendre pourquoi vous vous trouvez si près des dortoirs de Serpentard.

- Nous prêterais-tu de néfastes intentions ? s'offusqua Sirius.

- Aucunement, qui plus est, tout est relatif de ce point de vue. Sur ce, je vous souhaite une bonne nuit messieurs.

Elle allait se retirer lorsque Sirius la retint.

- Attends, je voulais savoir…

Il s'interrompit un instant en se rappelant de la présence de James, mais comme il n'était pas sûr de pouvoir recroiser Canaris dans des circonstances aussi propices, il poursuivit.

- Au sujet de Regulus et de ce que tu m'as dit la dernière fois. Quelles étaient tes intentions au juste ?

La Serpentard eut un sourire moqueur.

- Tu recommences à poser des questions dont tu as la réponse. Soit dit en passant, ton cher petit frère est revenu vraiment déprimé de ces vacances et il semble s'être trouvé une véritable passion pour les cours. Tu l'aurais vu travailler lorsque j'ai quitté la salle commune, c'était effrayant, cela ne me surprendrait pas qu'il s'y trouve encore à cette heure.

- Je n'arrive vraiment pas à saisir où tu veux en venir, grogna Sirius. Soit mon bien-être t'inquiète plus que tu ne veux le laisser croire, soit tu es vraiment la pire des Serpentard qui soit.

- Va savoir, mais les deux ne seraient pas forcément incompatibles à supposer que la réalité soit ainsi. Après tout, si j'ai renié ma famille, je n'ai jamais prétendu en faire autant de ma maison, bien loin de là. Mais je me sens d'humeur magnanime alors laisse-moi te dire qu'il me tarde de voir ton véritable réveil, mon cher Black. Après tout, je ne nierai pas te porter un intérêt particulier et je sais parfaitement que je ne me trompe pas en affirmant que u feras sous peu ton choix.

- Un intérêt particulier, hein ? se moqua Sirius avec un haussement de sourcil suggestif.

- Les félins sont joueurs, cela n'est un secret pour personne, mais n'oublie pas que dans le jeu, c'est à celui qui sait le mieux feinter que la victoire revient.

- Excellence des serpents, je suppose ?

- Demain nous apportera la réponse, n'est-ce pas ?

Elle adressa un signe de tête à James et s'en alla pour de bon cette fois, laissant derrière elle un Sirius au sourire pensif qui s'effaça assez vite pour laisser place à une grimace.

- Satanée perspicacité que la sienne, soupira-t-il.

- Tu m'en parleras un jour ?

Sirius tourna un regard perplexe vers James.

- De ta famille.

Le jeune Black aurait pu répondre qu'il l'avait déjà fait, mais ça aurait été jouer un jeu de sourd qu'il ne désirait aucunement vis-à-vis de James.

- Un jour, oui. Et crois-moi, il risque de venir plus vite que tu ne l'espères.

- Je n'arriverai décidément jamais à cerner ce qui te lie à cette fille. Tu te rends compte que c'est assez ambiguë comme relation, j'espère ? soupira James, qui semblait plus frustré qu'autre chose que cette situation lui échappe.

- Là est tout le plaisir, s'esclaffa Sirius. On continue ?

- Après vous, mon prince, déclara James en s'inclinant pour lui laisser le passage.

Mais ils avaient peine traversé le couloir que d'autres bruits de pas se firent entendre. Alors qu'ils se dissimulaient à nouveau, James se fit la réflexion que les heures qu'ils avaient passé à rôder la nuit avaient eu un excellent impact sur leur vigilance et leur ouïe. Il se dit également que s'ils avaient reconnu la marche de celui qui arrivait, ils ne se seraient certainement pas caché, mais comme ça n'avait pas été le cas, de surprise, ils ne réagirent pas avant que la personne ait disparu de leur champ de vision.

- Ils se sont tous donnés le nom pour sortir ou quoi ?

- C'est quand même une sacrée coïncidence qu'elle et lui se trouvent ici à juste quelques minutes d'intervalles, non ?

Le ton de James était un peu trop suggestif du goût de Sirius.

- Dis pas n'importe quoi, tu sais de qui tu parles, là ?

James n'insista pas mais qu'elle qu'en soit la raison, il ne faisait aucun doute que s'ils les avaient croisé à cette heure-ci au même lieu, c'est qu'ils s'étaient retrouvés. Restait maintenant à savoir pourquoi Wanda Canaris avait rencontré au milieu de la nuit et hors de leur salle commune Severus Rogue.

Le lendemain donna raison à Wanda Canaris au moins sur un point : personne n'aurait pu contester que la présence de Sirius et James si près des dortoirs des Serpentard n'avait pas de rapport avec les différents éléments de leur visage – yeux, bouche, nez, oreilles – qui se baladaient allégrement sur l'ensemble de la figure de certains vert et argent1.

- Même si je me doutais que vous aviez préparé quelque chose, je ne m'attendais pas à ça, remarqua Remus, qui paraissait un peu impressionné.

- De toute façon, rien n'est impossible pour eux, assura joyeusement Peter.

- Evans ! Lumière de ma vie ! s'exclama soudain James en voyant sa dulcinée entrer dans la Grande Salle. Je t'ai gardé une place près de…

- C'est bon Potter, arrête les frais avant de te retrouver endetté pour rien, le coupa Lily en s'installant à côté de Tara.

- C'est votre œuvre ? demanda Millea en regardant l'aspect des Serpentard avec amusement. Pas mal du tout.

- Qui sait ? Les Serpentard sont si stupides qu'il ne serait pas étonnant qu'ils se soient fait ça eux-mêmes, vous ne croyez pas ? dit James avec innocence.

- Vous avez plutôt tendance à revendiquer vos actions d'ordinaire, s'étonna Lily avec suspicion.

- Sauf lorsqu'ils ne veulent pas même risquer d'écoper d'une retenue, et il n'y a pas trente six mille raisons pour lesquels ça pourrait être le cas, s'amusa Tara.

- Vous avez besoin de temps pour quelque chose, grimaça Fiona. Rassurez-moi, les conséquences ne seront pas trop importantes ?

- Il serait dommage de nous prêter à tords des intentions que nous n'avons pas, remarqua calmement Remus. Il n'y aura même aucune conséquence puisqu'aucun événement tel que vous l'entendez n'aura lieu.

- Je me méfie tout de même, soupira Océane.

Les filles se mirent à parler entre elles, sauf Lily qui les observait toujours avec méfiance et Tara qui se pencha vers Remus pour lui murmurer à l'oreille.

- Je ne te pensais pas si bon baratineur, Remus. "Tel qu'on l'entend", hein ? On dirait que tu apprends de mieux en mieux à jouer sur les mots.

- Tu ne devrais pas prêter aux autres toutes les aptitudes que tu as, remarqua le garçon avec un léger sourire en plantant son regard dans le sien.

Elle le regarda d'un air pensif et son sourire s'élargit.

- Décidément, Remus Lupin, vous avez plus d'une corde à votre arc. Ceci devient de plus en plus intéressant.

Elle s'intégra ensuite à la discussion entre les filles et Remus remarqua que Sirius l'observait – James était trop occupé à essayer d'attirer l'attention de Lily et Peter à appuyer sa démarche pour avoir suivi le court échange entre lui et Tara.

- Je serai tenté de dire que le fait que tu lui parles aussi naturellement est la preuve que tu t'ouvres de plus en plus, lança soudain le jeune Black.

- Je serai tenté de dire que le fait que tu fasses ce genre de lien est la preuve que James a un bon impact sur toi, répliqua Remus avec un sourire en coin.

- Tu crois qu'on saura communiquer autrement un jour ? demanda Sirius.

Remus le regarda et ils éclatèrent de rire, refusant avec amusement de répondre aux questions intriguées de leurs amis.

o

Trois jours étaient passés depuis la rentrée et la pleine lune devait avoir lieu le lendemain. Remus ne se souvenait pas avoir un jour été aussi anxieux de l'arrivée de sa transformation et des conséquences qu'elle aurait, surtout qu'aucun de ses trois amis ne lui avaient clairement expliqué ce qu'ils comptaient faire.

Ça n'était pas vraiment volontaire de leur part, ils étaient juste trop absorbés dans leur projet pour réaliser que certains de leurs propos pouvaient rester incompréhensibles à Remus. Même James n'avait pas tenté la moindre approche envers Lily aujourd'hui alors qu'il l'avait quasiment harcelée les trois derniers jours – ce qui faisait d'ailleurs s'inquiéter de nombreux élèves persuadés qu'ils préparaient un mauvais coup.

- Bon, alors on vous suit avec la cape d'invisibilité dans le tunnel, Peter sera déjà en rat pour prendre moins de place, on restera au rez-de-chaussée jusqu'à ce que Mme Pomfresh s'en aille et on te rejoindra dans la chambre, résuma James.

Ils se trouvaient tous les quatre dans leur dortoir après le dîner, à récapituler leur plan.

- Vous ne m'avez toujours pas dit ce que vous comptiez faire après, remarqua Remus.

- On en a parlé toute la semaine, tu ne vas pas te mettre à faire comme Peter ! s'exclama Sirius.

Remus adressa un regard de reproche à Sirius alors que Peter rougissait.

- Ben c'est pas bien compliqué, on se transforme et on attend que tu en fasses de même.

- Mais il reste le problème de la porte, nota Remus. Si jamais les choses tournent mal, il faudra que vous vous enfuyiez au plus vite, mais il faut aussi garder la porte de la chambre fermée pour éviter que je ne m'échappe. Je vous ai déjà dit que je n'étais pas moi-même quand je me transformais.

- Il n'y aura pas de soucis puisque Dumbledore lui-même t'a dit que les animagus ne risquaient rien.

- Il ne pensait certainement pas que vous en seriez et je doute fortement que quelqu'un se soit amusé à tester cette hypothèse en enfermant un animagus avec un loup-garou, soupira Remus. Peut-être… Peut-être qu'on aurait dû mieux se renseigner. On devrait attendre la prochaine pleine lune pour que vous veniez et entre temps nous…

- Ah non ! On a déjà assez fait de recherches comme ça ! le coupa Sirius, que le sujet semblait vraiment énerver.

- Tu ne vas quand même pas faire machine arrière maintenant ? dit James. Tout est prêt, il n'y aura aucun souci, tu verras. Et puis quand bien même il y en aurait, tu as dit toi-même que mon cerf était assez grand pour te tenir tête et que Patmol semblait assez costaud également.

- En plus James et Sirius sont les meilleurs élèves de l'école, tu n'as vraiment rien à craindre, renchérit Peter.

Remus le regarda, toujours hésitant. Quelque part, il enviait cette confiance absolue que Peter prêtait à la force et à l'intelligence de leurs deux amis, ça aurait été plus simple s'il avait pu en faire autant. Pourtant, quand il voyait le regard assuré de Peter qui n'avait pourtant au départ pas été vraiment partant pour ce genre d'aventure, il ne pouvait s'empêcher de ressentir à moindre effet le même genre d'assurance.

- Après tout, quelle genre de personne je serai si je revenais sur ma parole, soupira-t-il. Vous avez gagné, mais promettez moi juste de ne rien faire d'inconsidéré.

- T'inquiète pas, tu nous connais ! sourit grandement James. Alors tout le monde au lit, la nuit prochaine sera blanche !

Contrairement à ce qu'il aurait pensé, Remus s'endormit rapidement, son sommeil légèrement agité n'étant sûrement dû qu'à la réflexion qui l'avait effleuré avant de se laisser porter par les bras de Morphée que James ne lui avait finalement rien promis.

- Vous semblez plus nerveux que d'ordinaire, monsieur Lupin, remarqua l'infirmière alors qu'ils étaient arrivé à la cabane hurlante. Quelque chose d'inhabituel est arrivé ?

- Non, non, tout va bien, répondit Remus en se tendant imperceptiblement. Le loup-garou est un peu nerveux ce soir, tenta-t-il.

- Vous savez que vous pouvez venir me parler quand vous voulez, n'est-ce pas ?

Remus se traita mentalement d'idiot. Depuis l'histoire avec Carvi, Mme Pomfresh se montrait plus prévenante avec lui, sûrement pour lui montrer qu'il pouvait faire confiance aux gens malgré ce qu'il s'était passé, et il n'avait vraiment pas envie de l'inquiéter.

- Ne vous en faîtes pas, je vais bien, vraiment. Ce doit être le stress des BUSE qui a des répercussions sur lui, dit-il pour la rassurer.

- Très bien, mais n'oubliez pas que je suis là pour vous écouter si vous le désirez, répéta-t-elle, ou même le professeur Dumbledore. Je vous laisse maintenant, je viendrais vous chercher aux premières lueurs de l'aube.

Le garçon ébaucha un sourire alors que la sorcière fermait la porte à clé. Depuis le premier soir où elle l'avait mené ici, elle l'avait toujours quitté sur ces mots, comme pour lui assurer qu'elle serait toujours là, et elle n'avait jamais dérogé à sa parole.

Une minute passa avant que ses trois amis n'entrent dans la pièce. La lune ne tarderait plus à se lever.

- Comme sur des roulettes, remarqua Sirius.

- Pour le moment, ajouta Remus, dont le corps tremblait légèrement.

- Ça va aller ? s'enquit Peter.

- Oui, oui.

En fait Remus était en train de réaliser qu'ils allaient être les premiers à assister à sa métamorphose et il se demanda si un point de vue extérieur rendait compte de la souffrance qu'il endurait lors de la transformation. Il espérait sincèrement que non car il ne doutait pas que les trois autres auraient pitié de lui s'ils savaient exactement ce qu'était la douleur – pour ne pas ire la torture – des mutations.

- Vous devriez vous changer maintenant, leur lança-t-il, ce serait plus prudent.

Aucun des trois ne protesta et Remus se trouva bientôt en présence d'un rat, d'un cerf et d'un chien. Il n'eut pas vraiment le temps de les observer un peu plus que sa métamorphose commença, aussi douloureuse que d'ordinaire et – ce que Remus ne savait pas – aussi abominable à observer également. Les membres qui s'allongeaient, le visage qui se résorbait et se déformait, les yeux exorbités de douleur n'étaient pas le plus agréable des spectacles, et pourtant aucun des trois animagus ne détourna les yeux.

Dès que la transformation fut achevée, le loup-garou sut que quelque chose était différent de l'habitude et il remarqua vite la présence du chien et du rat dans la même pièce que lui. Intrigué par cette nouveauté, il n'eut pas le temps de développer la rage qui venait habituellement lorsqu'il sentait l'odeur de l'humain. Cette fois, une odeur à la fois inconnue et familière l'absorbait, et elle venait des deux êtres vivants qui se trouvaient dans la même pièce que lui.

Son regard se porta d'abord vers le chien avant d'être rapidement détourné vers le rat, duquel émanait une forte odeur de peur. Malgré qu'il ne bougeât pas, les quelques frémissements trahissaient son état et l'odeur qu'il dégageait réveillait les instincts de tueur de la bête. Il fronça les narines et dévoila légèrement ses crocs, mais il ne put en faire plus comme le chien se plaça devant lui, bien campé sur ses pattes, le fixant.

Le loup-garou eut un mouvement des têtes, claqua de la mâchoire, gronda, puis se rapprocha un peu plus pour mieux renifler l'animal. Il sentait l'humain sans vraiment que ça soit cette odeur et il sentait le chien sans vraiment le sentir, c'était une odeur qu'il connaissait, une odeur qui lui ressemblait, et le rat était dans le même cas. Ces deux bêtes, quoi qu'elles soient, étaient comme lui, elles n'étaient pas des proies, elles n'étaient pas non plus vraiment des comparses, mais il pouvait les accepter.

Il s'approcha encore plus près du chien noir qui ne bougeait toujours pas, le rat sentait de plus en plus fort la peur mais le chien, lui, ne sentait rien d'autre que son odeur, alors le loup-garou donna un coup de tête à l'animal, lui mordilla l'oreille et le cou, avant de se reculer et de glapir comme pour l'inviter à aller vers lui.

Le chien semblait hésitant dans sa démarche, mais il finit par reproduire les mordillements sur la patte du loup-garou, guettant la moindre de ses réactions. Comme les choses se passaient bien, le rat s'avança également, la peur se faisant moins forte en lui, et il alla même jusqu'à grimper sur le dos de la bête sans qu'elle ne l'en empêche.

Lorsque les choses semblèrent assurément bien se passer, le chien émit un aboiement joyeux et se dirigea vers la porte, en se tournant plusieurs fois vers le loup-garou pour l'inviter à le suivre. Le loup-garou était méfiant comme il s'était de nombreuses fois blessé à essayer d'enfoncer cette barrière, mais le chien n'eut qu'à la pousser pour qu'elle s'ouvre et il finit par le suivre, le rat niché sur sa nuque.

L'excitation gagna le loup-garou lorsqu'il sentit le courant d'air frais qui s'échappait du tunnel dans lequel le chien l'entraînait. Ses sens lui indiquaient qu'il menait à l'extérieur et il était pressé de se retrouver à l'air libre.

Ils furent bientôt dehors et le chien appuya sur un nœud de racines de l'arbre sous lequel ils avaient débouché avant de s'élancer dans le parc, le loup-garou le suivant immédiatement. Il stoppa néanmoins brusquement en remarquant les lueurs du château et les odeurs d'humain qui s'en échappait. Tout son être lui hurlait de se rendre là-bas pour chasser, il en avait oublié le chien et le rat qui couinait dans sa fourrure, mais au moment où il allait s'élancer, une énorme masse apparut devant lui, le surprenant. Il fit un saut en arrière en grognant avant de remarquer que le nouvel arrivant avait le même genre d'odeur que les deux autres.

C'était plus déstabilisant cependant car une part du loup-garou lui disait que cet animal était une proie, une autre qu'il était trop gros pour qu'il puisse l'attaquer et une dernière qu'il pouvait être un compagnon de jeu, comme le chien et le rat. Il hésita un long moment, les humains complètement oubliés, jusqu'à ce que le chien n'aboie et ne fasse des allers et retours rapides entre lui et la lisière de la forêt. Le cerf se déplaça également dans cette direction, le rat sautant au passage sur sa tête et le loup-garou finit par les suivre.

Ils commencèrent par avancer tranquillement puis, petit à petit, une course s'engagea et ils passèrent le reste de la nuit à se courser et se mordiller en ce qui concernait le chien et le loup-garou. Ils croisèrent de nombreux animaux qui auraient pu être des proies pour le loup-garou, mais aucune rage ne l'habitait et il était trop occupé avec ses nouveaux compagnons pour les remarquer.

Peu avant le lever du soleil, ils retournèrent à la cabane hurlante, et ce ne fut pas une mince affaire que de faire accepter au loup-garou de réemprunter le passage. Il fallut au chien plusieurs minutes pour réussir à l'attirer dans le tunnel, le cerf restant à l'extérieur comme il était trop gros pour passer.

Arrivé dans la cabane cependant, le loup-garou voulut faire demi-tour et faillit attaquer le chien qui lui bloquait le passage. Ce dernier était cependant trop agile pour lui et il ne parvenait pas à le rattraper. Il le poursuivit jusque dans la chambre du haut mais arrivé là, l'odeur des humains l'assaillit. Il l'avait oublié auparavant mais mis en colère par le chien, tous ses instincts se réveillaient et déboussolaient ses sens.

Avant même que le chien ou le rat aient compris ce qu'il se passait, il se jeta contre l'endroit du mur où Remus s'était laissé tomber pour se transformer, percutant avec violence la paroi. La lune s'effaçait dans le ciel nocturne et le ciel devenait mauve à l'horizon, annonçant l'arrivée prochaine du soleil et la disparition du loup-garou. Enragé de ce fait, sentant que son esprit se retirait sans qu'il arrive à le retenir, il se mordit violemment la patte avant et s'infligea des griffures avant de s'effondrer au sol en même temps que son corps redevenait humain.

Sirius et Peter revinrent également à leur forme humaine et voulurent se précipiter vers Remus, mais James arriva à ce moment dans la pièce.

- Pomfresh arrive ! Nous…

Il s'interrompit en voyant le corps sanglant de son ami.

- Mais qu'est-ce qui…

- Pomfresh va s'en occuper, dit Sirius. La cape, vite, Peter, change toi à nouveau.

Ils eurent juste le temps de se couvrir que l'infirmière entrait et s'approchait de Remus avec une mallette à pharmacie. Elle l'examina sans chercher à le réveiller et les trois garçons la virent foncer les sourcils puis sourire, bien qu'elle semblât assez perplexe. Elle finit par réveiller assez Remus pour qu'il puisse un minimum marcher par lui-même et l'entraîna en dehors de la chambre.

Ce ne fut qu'en soirée que les garçons furent autorisés à rendre visite à Remus et ils attendirent que Pomfresh soit partie pour parler de la nuit, Peter veillant au retour de l'infirmière.

- A vrai dire, je ne me rappelle de rien, dit Remus. Mais ça s'est bien passé apparemment.

James et Sirius lui confirmèrent en racontant ce qu'il s'était passé. Remus les coupa cependant au milieu du récit, choqué.

- Vous m'avez fait sortir ! Vous êtes complètement tarés ! Je vous avez dit que…

- Relaxe toi, il ne s'est rien passé, pas vrai ? remarqua Sirius. En plus, franchement, je crois que ça se serait mal passé si on était resté enfermé toute la nuit. Confiné dans un petit espace, le loup-garou aurait fini par s'énerver, tu ne crois pas ?

Remus considéra la réflexion et voulut opposer des arguments mais il dût se rendre à l'évidence que cela se tenait.

- Après tout, si tout a été…

- Exactement ! C'est la preuve qu'on peut recommencer !

- Je me suis moins blessé que d'ordinaire, nota Remus, mais j'ai tout de même des blessures. Je ne… Je ne vous ai pas attaqué, pas vrai ?

- Non, tu t'es blessé toi-même à la fin, quand on est retourné à la cabane hurlante, indiqua Sirius. Juste avant que le soleil se lève.

- Je suppose que c'est normal alors…

Ils choisirent ensuite de parler d'autres choses et comme aucun de ses amis ne semblaient avoir la moindre pitié quand à ce qu'ils avaient vu cette nuit-là, Remus préféra ne rien demander. Après tout, il n'y avait pas eu d'accident et, s'il devait être franc, il ne s'était jamais senti aussi bien au sortir d'une pleine lune. Il commençait sincèrement à se dire que l'idée des animagus n'était décidément pas mauvaise du tout.

(à suivre…)

1 : Pour ce coup-là, je l'ai piqué à une BD : "monster allergy", tome 3 (rendons à César ce qui appartient à César)

Bisous tout le monde et de bonnes fêtes de fin d'année ! (je prévois, lol)