Emmeline leva la tête en entendant un bec frapper contre la fenêtre de son bureau. Elle était penchée sur un parchemin de la plus haute importance concernant les relations entre Sorciers et Moldus, et elle ne s'attendait pas à être dérangée aussi tard.

Faisant craquer sa nuque en se levant, elle ouvrit la fenêtre d'un geste souple et grimaça lorsque le hibou entra, trempé de pluie, faisant voleter des gouttes partout sur son passage. Elle agita sa baguette afin de le sécher et de réparer les dégâts, et détacha précautionneusement le morceau de parchemin accroché à sa cheville.

L'oiseau repartit aussitôt dans la tempête au-dehors, et elle regarda un instant la fenêtre, pensive, avant de la refermer. Se rasseyant dans son siège confortable, elle déroula le parchemin et le lut en se frottant la tempe.

Toute trace de lassitude disparut alors qu'elle lisait la longue missive. Ainsi, il avait décidé de trahir, au final. Son cœur se serra. Elle avait pourtant une haute opinion de son ancien camarade de classe, malgré sa réputation de mage noir et ses manières parfois brusques, pour le moins.

Elle soupira une dernière fois avant de se relever et de faire voler sa cape vers elle d'un revers de la main. Elle avait du travail. En pensant avec lassitude à son lit moelleux et accueillant qui l'attendait. Puis, secouant la tête, elle transplana vers l'appartement de son binôme, Halmer.


Théa frissonna dans le froid presque hivernal, grimaçant lorsqu'elle sentit la neige pénétrer ses chaussures et glacer ses chaussettes. Ils se tenaient tous les deux, dans l'aube tremblante, sur la colline que constituait le cimetière de Little Hangleton. Les tombes s'élevaient tout autour d'eux, fantomatiques et presque menaçantes, et elle jeta un regard en biais à un mausolée non loin, dont la statue semblait la toiser.

'C'est celle-ci,' jeta-t-elle en désignant du menton une impressionnante stèle, marquée des noms de la famille Jedusor, massacrée par leur descendant des années auparavant. Inexplicablement nerveuse, Théa regarda autour d'elle. Dans la brume matinale, elle distinguait au loin l'imposant Manoir des Jedusor, se tenant au-dessus du village encore endormi, et inhabité depuis des années. Elle eut une pensée pour Frank Bryce, qui terminerait assassiné dans un peu plus de dix ans. Elle se demanda un instant comment elle pourrait faire pour le sauver, mais se vit mal aller le voir et lui dire de ne pas s'approcher de la lumière, dans dix ans. Elle soupira.

'Tout va bien?' demanda Severus en inspectant la tombe avec sa baguette, cherchant probablement un piège.

Théa grogna son approbation tout en continuant à scruter les alentours. Elle sortit sa baguette et la serra dans sa main.

'Hominum Revelio,' murmura-t-elle à tout hasard.

D'une façon étrange, elle sut que personne ne se trouvait dans les parages, comme si la magie le lui indiquait directement. Elle se détendit un peu et baissa sa baguette. Pendant ce temps-là, Severus fit bouger la dalle recouverte de terre qui masquait les ossements des Jedusor, et détruisit l'intérieur d'un geste de baguette. Théa eut une moue dégoûtée, mais ne dit rien, tandis que le jeune homme masquait toute trace de son passage.

Elle allait lui proposer de discuter de la suite du plan, quand un bruit de Transplanage la fit sursauter.

Severus se retourna, baguette levée, sa cape tourbillonnant derrière lui. La neige s'était remise à tomber, et son visage pâle reflétait la fureur plus que la peur.

Maugrey Fol-Oeil se tenait devant eux, baguette levée également, son œil magique tourbillonnant dans tous les sens.

'Tiens, tiens,' chantonna-t-il d'un air satisfait. 'Comme on se retrouve, Snape. Tu t'es trouvée une petite amie?'

Théa lui jeta un regard de défi, mais ne dit rien.

'Ne t'en fais pas, ma jolie, on a une cellule à Azkaban prête à t'accueillir.'

Sur ces mots, deux autres Aurors apparurent à quelques mètres, baguettes brandies. L'un d'entre eux marmonna une incantation, et un nuage argenté apparut avant de se dissiper rapidement dans l'air hivernal. Severus grogna.

'Pas d'échappatoire, cette fois-ci, j'en ai bien peur, Snape. Ni d'effet de surprise,' dit Fol-Œil du même air satisfait. Il jeta un regard noir à Théa. 'Je suppose que c'est toi qui m'as assommé.'

'Et j'y ai pris un plaisir infini,' rétorqua la jeune femme du tac au tac.

Cela ne sembla pas apaiser l'Auror.

'Oh, je prendrai un grand plaisir aussi à te faire cracher toutes les informations que tu possèdes, sois-en sûre,' susurra Maugrey.

'Les renforts arrivent, Fol-Œil,' dit un Auror en les gardant en joue. 'Ils sont faits comme des rats.'

Théa raffermit sa prise sur sa baguette, prête à vendre chèrement sa peau. Elle savait très bien que tout voyage à Azkaban serait un aller simple, et elle n'allait pas se laisser prendre aussi facilement. Severus se rapprocha d'elle imperceptiblement, et elle se sentit soudain un peu plus forte et un peu moins vulnérable. La détermination brilla dans ses yeux noisette.

Elle savait que Severus était un duelliste émérite, et qu'il ne se laisserait pas avoir facilement non plus. Deux contre trois, ils avaient une chance. Ténue, mais une chance tout de même. Tant qu'ils agissaient vite.

'Snape, ça se termine maintenant,' gronda Maugrey, concentré lui aussi à présent. 'Expelliarmus !'

Severus conjura rapidement un bouclier autour d'eux, et Théa en profita.

'Obscuro !' s'écria-t-elle en visant Maugrey. Elle ne prit pas le temps de vérifier si son sortilège avait fonctionné et pointa sa baguette vers l'Auror le plus proche d'elle. 'Stupéfix !'

Son Stupéfix manqua, mais le sortilège d'aveuglement aveugla correctement Maugrey, qui gronda avant de marmonner le contre sort. L'Auror qu'elle avait visé lui lança un sort inconnu, qu'elle évita en se baissant, tandis que Severus lançait des sortilèges informulés.

'Petrificus Totalus,' marmonna Théa en visant les jambes de son adversaire. Celui-ci fut touché, mais la puissance de son sortilège était quelque peu amoindrie puisqu'il ne fit que trébucher. Elle ne perdit pas de temps à pester contre l'inefficacité de sa magie et lança une salve de sorts, qui semblèrent ne fonctionner que très peu.

Du coin de l'oeil, elle vit que Severus, ayant neutralisé l'autre Auror inconnu, se battait à présent contre Maugrey, qui lui donnait du fil à retordre. Elle évita de justesse un autre sort d'une couleur violette légèrement malsaine, quand elle fut touchée par un sort de Maugrey.

Lorsque toute sa volonté sembla disparaître de son corps, elle sentit une pointe de terreur ravager la part de son esprit qui lui appartenait encore. Elle entendait la voix rocailleuse de l'Auror borgne lui murmurer dans son esprit de se tourner vers Severus et de le tuer d'un Avada Kedavra. Elle vit qu'il continuait à se battre, tout en la contrôlant, et elle se tournait à moitié vers Severus quand elle se souvint de ses leçons d'Occlumancie. Soudain, la terreur de lui faire du mal l'envahit, et elle gagna une visibilité inédite sur son esprit, s'arrêtant en plein milieu de son mouvement, luttant contre cette présence étrangère et envahissante.

'Allez, allez... Tue-le... Tue-le, tout ira bien ensuite...' susurrait la voix de Fol-Oeil dans sa tête.

Théa érigea ses boucliers un par un, dans un effort surhumain pour le garder à l'extérieur, et, petit à petit, brique après brique, elle réussit à le repousser. Elle sentit sa présence s'affaiblir, s'altérer, et sa rage rompit un peu sa concentration, la laissant gagner un peu plus de terrain ; et il s'interrompit une fraction de seconde, elle le vit à travers ses yeux vides, et pointa sa baguette vers elle avant de lancer un sort inconnu tandis qu'elle regagnait le contrôle total de son corps et de son esprit.

Le sort, d'une lumière violette nimbée de noir, la toucha en bas du ventre, et sur la cuisse. Alors que Théa exultait en retrouvant la mobilité de son corps, elle sentit une douleur fulgurante lui déchirer la peau et les organes, la ravageant complètement ; et, pendant quelques secondes d'agonie, elle vit dans une brume de plus en plus épaisse Severus pousser un hurlement surhumain, un rugissement presque, tandis que Maugrey Fol-Œil attrapait l'Auror encore vaillant et transplanait.

Puis, elle s'effondra dans la neige nimbée de rouge, dans un oubli salvateur.


Severus paniquait.

C'était nouveau, il n'avait pas ressenti ça depuis la mort de Lily. Son sang s'était liquéfié dans ses veines, glacé, sa tête s'était vidée de toute pensée cohérente, tandis qu'il voyait son sortilège, son propre sortilège, frapper sa partenaire, son amie. Il n'avait pu que hurler, un puissant son de rage et de terreur, en la voyant tituber, les yeux dans le vide, après qu'elle ait si vaillamment combattu le sortilège de l'Imperium - il avait été si fier, si fier, que ce petit bout de Moldue soit capable de repousser l'un des Aurors les plus redoutables de Grande Bretagne.

Et maintenant, il avait si peur.

Il ligota d'un geste de baguette l'Auror restant à une pierre tombale, avant de se précipiter dans un même mouvement vers Théa. Le Sectumsempra. Evidemment. Raclure de Fol-Oeil, pensa-t-il avec toute la colère dont il était capable. Sa main tremblante raffermit sa prise sur sa baguette tandis qu'il la promenait sur les blessures les plus profondes. Le sang coulait à bouillons épais, chaud, presque fumant dans l'air glacial, et trempait de rouge la neige qui tombait dru à présent.

'Vulnera Sanentur,' murmura Severus d'une voix étranglée, tout en écartant de sa main libre les mèches de cheveux roux du visage de plus en plus pâle de Théa. 'Vulnera Sanentur. Vulnera Sanentur...'

Les plaies se refermaient doucement, laissant des cicatrices larges comme le pouce et écarlates sur le ventre à présent exposé de son amie. La cuisse n'était pas belle à voir. Severus répéta encore le sortilège, prenant son pouls de sa main gauche, soupirant de soulagement lorsqu'il sentit le sang battre, doucement mais régulièrement, dans ses veines. Il referma enfin l'ultime entaille sur sa cuisse, et lança dans la foulée des sorts de diagnostic.

Ce qu'il vit arrêta presque son cœur, et il se hâta de saisir leur sac et de fouiller à l'intérieur. Il mit finalement la main sur la fiole tant cherchée, et ouvrit la bouche de la jeune femme avec son pouce, tendrement, avant de lui verser le contenu de la fiole dans la gorge. La potion glissa difficilement, et il massa sa gorge du bout des doigts afin de la faire déglutir.

Il vit avec soulagement Théa reprendre des couleurs, légèrement, et son cœur reprendre de l'assurance. Il lança de nouveaux sorts de diagnostic et, voyant qu'elle était désormais stable, se permit de respirer.

L'Auror commençait à remuer, et Severus lui jeta un sortilège de Stupéfixion, avant de lui décocher un bon coup de pied en même temps. Il avait des envies de meurtre. Il ne souhaitait rien de plus que de tuer cet Auror sur le champ, pour venger son amie, pour envoyer un message, pour satisfaire son envie de vengeance, sa soif de violence. La magie noire picotait ses doigts dans une supplique subtile pour être délivrée, mais il tint bon. Pas par pitié, mais pour pouvoir lui arracher des informations plus tard.

Severus ramassa précautionneusement Théa dans ses bras et la serra contre lui, déposant sa cape sur elle. Il agita ensuite sa baguette pour faire léviter l'Auror et partit rapidement du cimetière, tandis que le soleil montait doucement dans le ciel. Au bout d'un ou deux kilomètres, il attacha l'Auror à la Moldue à un Arbre, serrant les liens plus fort que nécessaire, avant de monter la tente et de déposer son précieux fardeau à l'intérieur. Non sans lancer un ou deux sortilèges sur l'Auror pour le prévenir à la seconde où il bougerait un orteil.

Une fois dans la tente, il s'agenouilla auprès de Théa, toujours dans une inconscience salutaire. Il lui faudrait la réveiller dans peu de temps, mais pour l'instant, elle faisait mieux de dormir. Il lança à nouveau des sorts de diagnostic. Son état s'améliorait légèrement, mais elle serait faible plusieurs jours. Il leur faudrait trouver un endroit où rester de façon temporaire, où ils seraient à peu près en sécurité.

Severus fouilla dans le sac et y trouva de l'Essence de Dictame. Il arracha un peu plus ses vêtements afin d'avoir un accès à ses cicatrices, essayant de ne pas remarquer sa quasi-nudité, et appliqua le baume sur les marques violacées, qui prirent au bout de quelques minutes une couleur plus saine. Pour faire bonne usage, il lança un autre sortilège pour réchauffer l'atmosphère.

'Enervatum,' souffla-t-il enfin en visant Théa, après l'avoir recouverte d'une couverture.


Théa inspira profondément à travers sa mâchoire serrée, produisant un sifflement douloureux. Elle avait l'impression que son corps était endolori de partout, et au niveau de son ventre, une douleur lancinante traversait ses organes et picotait sa peau. Elle leva une main pour essayer d'évaluer les dégâts, mais de longs doigts fins l'en empêchèrent.

'Ne bouge pas,' lui parvint la voix rassurante de Severus. 'J'ai reconstitué tes tissus, mais ils sont encore très fragiles. Il faut que tu y ailles doucement.'

Théa leva une paupière, puis une autre, laissant ses yeux s'accoutumer à la lumière. Elle gémit.

'Qu'est-ce qu'il s'est passé?' parvint-elle à marmonner.

'Tu as pris un Sectumsempra,' lui répondit Severus, tout en caressant d'un geste apaisant sa main, qu'il n'avait pas lâchée. 'Ce salopard de Fol-Œil. Il a réussi à s'en aller, mais j'ai capturé un de ses copains et je l'ai ligoté.'

Elle hocha faiblement la tête.

'D-d'accord,' chuchota-t-elle. Elle fixa enfin son regard sur Severus. Il était encore plus pâle qu'à l'accoutumée, et un air inquiet vieillissait son visage. Théa lui jeta un regard aussi scrutateur que possible. 'Qu'est-ce qu'il y a? Il y a quelque chose d'autre?'

Severus sembla hésiter un long moment, puis soupira, tout en continuant à caresser sa main. Bizarrement, cela inquiéta Théa encore plus. 'Dis-moi,' murmura-t-elle.

Il soupira à nouveau.

'J'ai lancé des sorts de diagnostic... Et le sort n'a pas fait que t'ouvrir en deux. Je suis désolé, mais les dégâts internes sont... considérables. Et irréparables, à première vue...'

Les longs doigts pâles de Severus se serrèrent sur les siens, lui apportant un peu plus de force. Elle le scruta avec de grands yeux pleins de terreur contenue. 'C'est... grave? A quel point?'

'Théa... Tes organes ont été quasiment ravagés par le sort. J'ai pu reconstituer ton estomac et ton foie, mais... Tu ne pourras jamais avoir d'enfants.' Il carra les mâchoires. 'Je suis désolé.'

La jeune femme prit un moment pour digérer l'information. Elle n'avait jamais vraiment pensé au fait d'avoir des enfants, se disant qu'elle aurait tout le temps plus tard, quand elle aurait trouvé quelqu'un avec qui partager sa vie et avec qui fonder un foyer. Mais que ce choix lui soit arraché ainsi... C'était inenvisageable. Elle toucha son bas ventre du bout des doigts avec sa main libre, frissonnant lorsque ses doigts froids touchèrent sa peau encore si sensible. Puis elle se mordit les lèvres violemment tandis que les larmes montaient à ses yeux. Elle referma les paupières quelques instants, mettant toute sa volonté dans l'objectif de se contenir.

Quelques minutes plus tard, elle rouvrit les yeux, et ils n'étaient que légèrement humides. Elle força un sourire en direction de Severus.

'J'aurais pu mourir, je suppose...' le jeune homme hocha la tête pour toute réponse. 'Je ne suis pas passée loin.' Nouveau hochement de tête. 'Ce... ç'aurait pu être vraiment pire.'

Au troisième hochement de tête, elle fondit en larmes, et Severus l'entoura silencieusement de ses bras. Elle avait l'impression que quelque chose venait de se briser à l'intérieur de son âme.


Salut !

Désolée de ce si long moment que j'ai pris pour écrire ce chapitre et me remettre à cette histoire. Ma vie a été pour le moins mouvementée ces derniers temps, et j'ai eu pas mal de problèmes, notamment au niveau de mon inspiration.

J'espère que ce chapitre vous a plu. Pas mal d'action, pour me faire pardonner. J'ai écrit ce chapitre d'une traite, et je dois avouer que ce soir, je suis particulièrement fatiguée, et j'ai la flemme de corriger ^^ donc s'il y a des fautes, au temps pour moi, je relirai demain.

Je ne sais pas quand le prochain chapitre sera en ligne, à dire vrai. Entre le boulot - les fêtes arrivent, et c'est de plus en plus demandeur, étant donné que je travaille dans un magasin d'alimentation, on en PEUT PLUS, littéralement - ma situation familiale compliquée, et mon inspiration aléatoire, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je n'ai cependant absolument pas abandonné cette histoire, et ma traduction non plus, bien que j'aie perdu tous les chapitres d'avance que j'avais, et que du coup, je suis DEGOUTEE, vous vous en doutez bien. Ce n'est pas fini, et vous n'avez pas encore terminé d'entendre parler de moi, j'en ai bien peur.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Je vous embrasse et vous dis à bientôt, avec toute mon amitié.

Nastesia