Le lendemain, 18 octobre, était un samedi, journée de pluie et de vent.

Cameron en chirurgie avait eu une pensée pour House. C'est vrai qu'hier il lui avait paru presque normal, plus doux, conciliant. Elle ne savait véritablement s'il lui fallait s'en attribuer le mérite. Elle espérait juste qu'avec le temps, il deviendrait plus raisonnable.

Cette pensée l'obséda une bonne partie de la matinée. Lorsqu'elle retrouva Chase, celui-ci remarqua très vite qu'elle était soucieuse.

- Il avait vraiment l'air malheureux lorsque je suis allée le voir.

- Tu sais, je crois que pour lui, la journée est perdue quand il n'a pas insulté Wilson avant le déjeuner. Ou quelqu'un d'autre. Il devait simplement s'ennuyer, voilà tout.

- Ça reste triste, comme situation.

- Il l'a bien cherché, non ? fit Chase, moins complaisant. Entre nous, tu ne crois pas qu'il a tout fait pour se retrouver seul ?

- Ce n'est pas pour ça qu'on doit l'abandonner !

- Tu sais comment il réagit. La dernière fois qu'on s'est montré prévenant avec lui, il nous a rembarré aussi sec. Tu te rappelles quand on a cru qu'il avait le cancer ? On s'est décarcassé pour le sauver, et tout ce qu'il a eu comme commentaire c'est « Je vais me coucher ». Y a mieux pour établir une relation aimable…

- Ça fait partie du lot, dit-elle songeuse. Je crois que je commence à comprendre Wilson.

- Ça ne sert à rien de te donner de la peine pour lui. Hey…

Il la prit dans ses bras pour tourner son visage vers lui :

- Tu as fait tout ce que tu pouvais. Inutile d'en rajouter.

- Mais elle paraissait sincèrement inquiète. Peut-être même qu'elle pensait toujours à House, au fond… Cette pensée lui était intolérable.

- Allison… Je peux te poser une question ?

Elle leva la tête, intriguée, embarrassée. Chase prit une inspiration :

- Will you marry me ?


House cloîtré dans son bureau jouait à sa PSP. Sa grande interrogation concernait la possibilité d'atteindre le niveau 64 avant la fin de sa journée de travail. Ça devenait une habitude, venir à l'hôpital pour ne rien faire. Il était vaguement allé en consultation le matin. Un dialogue mémorable.

- Ma femme ne me touche plus. Qu'est-ce que je dois faire ?

- Il y a une chapelle, à l'étage.

Pour se reposer de ce laborieux échange, House préférait consacrer l'après-midi à l'extermination de l'ennemi sur PSP. Ou alors à regarder General Hospital. Le beau docteur se réconciliait avec tous ses amis, aujourd'hui. Un épisode tarte, comme il n'y en avait que dans General Hospital. Mais au moins, ç'avait l'avantage d'être plus intéressant que dans la vraie vie.

C'était sans doute ça, en fait, le plus gros problème de House : dealing with real life.

Et la console était un bon moyen de ne pas y songer.

Il frissonnait aussi. Il s'était rendu compte ce matin que la fenêtre de la pièce adjacente fermait mal ; l'air froid s'engouffrait dans le bureau par la grande ouverture du mur… Il faudrait veiller à fermer cette plaie, aussi.

- House…

Le leva la tête. C'était Cuddy.

Il n'eut pas le temps de dire un mot ; comme de juste le trou de la cloison ne passa pas inaperçu :

- House ! Qu'est-ce qui s'est passé ici ?!

- Je me suis battu. Un combat héroïque. Vous connaissez mon formidable jeu de jambes.

Il eut la satisfaction de lui voir un sourire triste mais qui ne dura guère :

- Expliquez-moi au moins pourquoi vous n'avez pas jugé bon de faire venir un vitrier ?!

- Parce que ça ressemble à de l'art moderne, du coup toutes les femmes s'arrêtent quand elles passent devant. Je n'ai même plus besoin d'aller aux p…

- Cessez d'être grossier.

- Et vous, cessez d'éviter le sujet… Je peux savoir ce qui vous amène ici ?

Elle avait l'air gêné, et indécis.

- Pour commencer, fit House plus sec mais chagrin, rien ne vous forçait à me renvoyer hier soir comme vous l'avait fait.

- J'avais besoin de réfléchir. A midi, vous m'embrassez sans mot dire, et à six heures, vous venez me faire une déclaration à laquelle je ne m'attendais pas du tout…

- Quoi ? choquée ? surprise ? énervée ? Ou est-ce que vous venez me dire que ça ne me mènera à rien ?…

Elle se rapprochait de lui. Plus tard il devait se rappeler son tailleur rose, ses boucles d'oreille et son collier d'ambre qui se balançait tandis qu'elle penchait vers lui, et son décolleté tout d'un coup trèèèèès généreux…

- J'ai besoin se savoir si tout cela était réel, lâcha-t-elle.

- Et ensuite ? Le dire à Wilson ? Il a tout vu hier. Il ne vous a pas contacté depuis ?… A moins que vous n'ayez cherché à le faire ?

- Vous êtes en train de me dire que vous êtes jaloux de votre meilleur ami ?

- Je me pose des questions. Je voudrais aussi éviter les répliques mélo.

- Moi aussi, donc j'ai besoin d'une réponse claire et nette. House…

Il leva vers elle ses yeux bleus.

- Etiez-vous sérieux lorsque vous m'avez parlé hier soir ?

Il prit son temps avant de répondre. Puis un sourire se dessina sur ses lèvres minces :

- C'est vraiment dommage que vous ne m'ayez pas permis de m'expliquer hier soir. Parce que je sais très bien ce qui va se passer. Je vais devoir m'expliquer dans cette pièce, vous raconter que oui, tout ça était bien réel, et que oui, j'ai très envie de vous, et comme je sais que les effusions ça annonce toujours autre chose, on va être réduit à coucher ensemble sur ma moquette – alors que j'ai toujours rêvé d'utiliser la vôtre pour ça.


Le soir venu, James Wilson, qui s'était attardé à l'hôpital, sortit plus tard qu'à l'accoutumée. Il s'était arrangé pour ne croiser ni House ni Cuddy de la journée. Lorsqu'il se fut engouffré dans sa voiture, il démarra et mécaniquement prit la route de son hôtel. La pluie redoublait. Arrivé à la moitié du trajet environ, saisi d'une inspiration soudaine, il changea d'avis et prit la direction opposée. Après vingt minutes il arriva devant chez House. Ayant trouvé à se garer, il constata que les lumières étaient allumées. House était bien chez lui. Il sortit et parut là seulement se rendre compte de la pluie battante. Il se prit à sourire. Effectivement, l'automne était la saison de toutes les absurdités. Il se précipita de l'autre côté de la route et se cala contre le mur du 221b1. Il se disait qu'il avait l'air ridicule, à patienter sous la pluie comme un amant éconduit. Mais il avait vraiment besoin de parler avec House. Il y avait trop d'interrogations pour les laisser en suspens.

Après une vague hésitation il franchit les degrés, poussa une première porte, et frappa celle de l'appartement de House.

- Je sais que tu es là…

Il entendit du bruit, comme si quelqu'un remuait à l'intérieur.

- House, fais pas le con !

La porte finit par s'ouvrir. House et Wilson se trouvèrent face à face. Une petite minute s'écoula.

- Entre, tu vas attraper la crève, lâcha finalement House en s'éloignant.

Wilson ne se fit pas prier ; il se débarrassa de son manteau trempé et le suspendit à côté de l'entrée, fermant la porte derrière lui. Il était navré cependant de constater que House était toujours défiant. Celui-ci en effet, sans lui adresser une parole, se tenait à l'autre bout de la pièce, les bras croisés, sa canne reposant contre le mur de la cuisine.

- Ecoute, je… commença Wilson maladroitement, pour dire quelque chose. Je sais qu'il y a un match de foot ce soir à la télévision. Aussi je ne vais pas rester trop longtemps… Je t'imagine très bien en train de fixer des yeux ta pendule en attendant mon départ.

- Laisse ma pendule en-dehors de tout ça, coupa House. Je t'écoute.

Wilson fit quelques pas, les mains dans ses poches, embarrassé.

- Tu as réuni une équipe, finalement ?

Ce n'était certainement pas pour dire ça qu'il s'était déplacé, mais House et lui s'en contentèrent, comme moyen provisoire de rétablir un contact fragile.

- Moi ?… ça va pas ?

- Tu sais ce qui t'attend lundi prochain, alors. Cuddy va t'imposer des spécialistes de son choix. Tu l'auras cherché.

- Mouais. En même temps, ça finissait par me manquer un peu.

- Tu as fini par comprendre qu'on ne pouvait pas être chef de service sans service ?

- Exactement.

- Qu'est-ce que tu vas faire, pour Cuddy ? demanda abruptement Wilson.

House fronça un sourcil, redevenant plus sévère :

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Te fous pas de moi, House ! je t'ai vu hier. You kissed her.

- Oh ! ça

- Ouais, ça ! explosa Wilson.

- Justement, je t'ai cherché aujourd'hui. Je voulais t'en parler. Mais tu n'étais pas dans ton bureau.

- M'en parler ?… Tu voulais me dire quoi, au juste ? Que c'était une erreur ? Te repentir ?… Ou bien avouer que ce n'était qu'une comédie ? Je suis pas idiot non plus, House, et ton erreur c'est de me prendre pour un imbécile. J'ai fini par comprendre que tu avais voulu te foutre de moi, et tu t'es foutu d'elle par la même occasion. Il n'y a vraiment que toi pour inventer des combinaisons pareilles !

- Yep ! J'en suis très fier à vrai dire.

- Mais tu es dingue ?! Tu ne vas pas pouvoir, indéfiniment, jouer avec ceux qui t'entourent. Par ta faute, tu vas te retrouver avec Cuddy sur les bras, et ça, peut-être que tu ne l'avais pas prévu.

- Wilson over-protectiveThat's about time ! ça faisait un bail…

- Ce n'est plus un jeu, House ! Si tu as un problème à régler avec moi, pourquoi est-ce que tu n'agis pas comme une personne normale ? pourquoi est-ce que tu ne viens pas me voir directement ?…

- Je l'ai fait ! s'écria House, furieux. Je t'en ai déjà parlé. Mais c'est toi qui a refusé de m'écouter. J'avais essayé de te raisonner, mais toi, tu ne voulais rien entendre !…

- Je vais encore avoir droit à des commentaires sur ma personnalité foireuse ? lâcha Wilson, à bout.

House se raidit. Il paraissait avoir attendu ce moment. Il prit un air intraitable et toisa l'oncologue :

- Puisque c'est toi qui remets le sujet sur le tapis, alors allons-y. Wilson James, oncologue de son état. Symptômes : hyper-sensibilité à la douleur d'autrui, au point que parfois c'en devient maladif. Très vite, on arrive à la conclusion que tu as le désir de te montrer indispensable. C'est ce que tu recherches à tout prix. Une belle personne affligée te confie-t-elle sa douleur, et hop ! te voilà qui rappliques, qui te montres prévenant ; et même si au début il ne s'agit rien de moins que de compassion, ou parfois d'amitié, très vite ça tourne au drame. Alors tu es insistant. Tu veux montrer à la personne qu'elle ne peut pas vivre sans toi. Que tu fondes un élément crucial de son existence. Que tu es nécessaire au bon fonctionnement sa misérable vie, en somme. You eat neediness, and you need neediness. Parce que ça te donne un sens. Tu as ainsi l'illusion d'être quelqu'un d'important. Tu joues un rôle. Tu comptes pour un être sur Terre. Tu as une place assignée, une fonction. Ce qui te plaît tant dans la personne malheureuse, c'est qu'elle renvoie de toi une image de bienfaiteur, et qu'elle te permet d'exister en tant que saint potentiel.

Wilson voulait, bien inutilement, donner l'apparence de sa complète indifférence. Peine perdue. Il s'asseyait sur le canapé, prétendant regarder ailleurs ; mais dans le fait il n'était pas difficile de voir qu'il était assez troublé. Et House ne s'arrêtait pas.

- Dès lors, il est très facile d'y voir un traumatisme qui remonte jusqu'à l'enfance. Vous étiez trois fils Wilson, à partir ce moment-là je peux me permettre de tout inventer. Tu vois, j'ai même les coordonnées de l'un de tes frères, en me donnant un peu de mal je pourrais si aisément découvrir ce qui s'est passé. Mais ton système est le bon, tu as raison : c'est beaucoup plus drôle et plus jouissif d'enquêter sans vergogne sur l'entendement d'autrui pour lui déballer, sur la seule force de sa conviction, ses quatre vérités. Et voici, je crois, ce que l'on pourrait trouver. Si j'ai bien compris, tu étais le plus petit des trois. Avec une assez grande différence d'âge entre vous. Je crois que ta mère est morte lorsque tu étais particulièrement jeune, et je crois aussi que tu es sans doute celui qui l'a vécu le plus durement. Je crois alors que tu as commencé à développer ces sentiments de protecteur envers les femmes qui ne devaient jamais te quitter. Pas qu'envers les femmes, d'ailleurs. C'est que ce qui pourrait s'appeler, je crois, et non sans justesse, un complexe d'Œdipe sur le long terme. Le père ou la mère meurt à un âge crucial pour l'enfant du sexe opposé, qui cherchera, toute sa vie durant, à combler un vide originel en lui mais qui ne devra jamais avoir de fin – tu comprends ce que je veux dire ? Tu as perdu l'image bienveillante d'une mère dévouée, alors tu cherches à retrouver tout ce qu'elle aurait pu t'offrir d'assurance et de chaleur humaine dans la reconnaissance que peuvent t'offrir les autres. Simple comme bonjour. Il m'a fallu, en vérité, quelques minutes pour parvenir à cette conclusion.

House acheva cette réplique théâtrale comme il savait si bien le faire, avec brio et maestria. Wilson loin de lui paraissait accablé. Il était même très pâle. House sentait bien qu'on ne lui avait jamais dit des mots comme ceux-là. Des mots comme ceux-là mêmes que Wilson lui avait adressé, cinq jours auparavant, sur la relation qui les unissaient, son père et lui. Un juste retour de bâton, en somme.

Mais déjà House s'avançait vers lui, en abaissant la voix :

- Ça s'appelle de la générosité.

L'intéressé leva vers House un regard désorienté.

- Tu vois, je n'ai pas vraiment besoin de toute cette psycho-crap autour de tes antécédents familiaux. Ça, c'est à toi de les faire. Et tu me connais, je n'empiète pas volontiers sur les spécialités d'autrui… Donc je vais m'arrêter là : ta plus grande faiblesse, c'est ta générosité. Je n'ai pas besoin d'aller plus loin pour me rendre compte que c'est une qualité, et que c'est peut-être la meilleure de toutes. Voilà. You care because… you care. Point barre.

Wilson était abasourdi. C'était là un cadeau magistral de la part de House ; il y était très sensible. Pour personne d'autre, peut-être, House n'aurait renoncé à une analyse comme celle-là pour ne voir qu'un mérite. C'était peut-être un des rares témoignages de l'estime que House lui portait. Cela voulait dire beaucoup.

- Attends… fit Wilson. Tu viens de me dire…

- Profites-en d'ailleurs, parce que ça n'arrive qu'une fois par siècle, des coups comme ça. Au prochain mot que tu prononces de travers…

Il abattit sa canne comme une guillotine.

- C'est de bonne guerre… dit l'oncologue qui avait retrouvé le sourire.

Ce ne fut qu'alors que House consentit à s'installer librement sur le canapé, en étendant ses jambes au possible.

- On va pouvoir se reparler comme des adultes, maintenant ? demanda Wilson.

- Je crois. Et ça m'arrange, parce qu'il y a encore deux ou trois choses que j'aimerais t'expliquer.

- Vas-y…

- J'ai dit à Cuddy que je l'aimais.

Wilson resta pétrifié :

- Wow… ça veut dire que… tu me demandes de t'aider à réparer la gaffe, ou bien…

- For Christ's sake ! J'étais sincère ! explosa House. I'm in love with her.

L'oncologue fixait sur House des yeux écarquillés :

- Tu es sérieux ?!?

- Définitivement, oui. Et si je t'ai cherché aujourd'hui, c'est parce qu'elle est venue me voir.

- Vraiment ??

- Je te le dis. Elle a pas pu résister plus longtemps à mon charme naturel. Toujours est-il que je voulais voir ta réaction.

- Mais… wow ! it's great !… Mais depuis quand est-ce que tu… avais des vues sur elle ?

- Secret-défense.

La tête de Wilson changea.

- C'est pour ça que tu voulais absolument me détourner d'elle ??

- C'est pas trop tôt ! Quand est-ce que tu aurais compris que non, tu ne figurais pas dans la liste des élus de mon cœur, et que oui, j'avais un but en tête ?? Cette métaphore sur les bonbons, c'était pas gratuit !

Wilson baissait la tête :

- Je crois que j'ai agi bêtement. Je croyais… je croyais absolument n'importe quoi pendant toute cette affaire.

- Ça tu peux le dire. A partir d'une logique dégénérée, tu tirais des raisonnements qui n'en étaient pas. Dire la vérité et jouer au prophète c'est bien, mais avoir raison c'est mieux.

- Je suppose que dans ce domaine tu es insurpassable ?

- Heureux que tu le reconnaisses !…

- Donc, lorsque je t'ai vu embrasser Cuddy…

- Oui. C'était déjà une ouverture. Ça, et aussi pour te faire chier.

- Mais, et tous ces commentaires épouvantables que tu faisais sur elle ?

- Voyons Jimmy… J'ai passé la moitié de ma vie dans cet hôpital à pourrir la sienne. Ça parlait pourtant de soi, non ?

- J'oubliais. Tu as une technique de séduction très persuasive… Tu insultes l'autre, comme ça il est obligé de te remarquer.

- N'empêche que ça a bien marché. Elle s'est retrouvée dans mes bras en moins de deux.

- Tu parles de ta directrice, je te rappelle.

- Yep.

- Et aussi de la femme avec qui tu sors.

- C'est vrai aussi – et le sourire de House s'élargissait.

- Donc, c'était ça ton vrai but ? reprit Wilson. Tu me barrais la route parce que… tu avais des vues sur Cuddy ?

- Oui, ça et autre chose – la voix de House se fit plus grave. Je vais pas y aller par quatre chemins : I'm an asshole. Je ne vaux pas grand-chose, et en plus, je savais pertinemment que je ne pouvais pas t'aimer. Mais toi tu refusais d'y voir clair. Tu n'aurais fait que t'obstiner dans cette voie, et au final, je t'aurais rendu malheureux. Je ne voulais pas te voir souffrir à cause de moi. C'est tout.

- Et… tu ne crois pas – Wilson était ému – que le plus simple, ç'aurait été de le dire ?

- Je n'aime pas voir les gens souffrir. J'aime encore moins le leur apprendre. You know me, Jimmy. I'm shy.

- Je crois surtout que ta fierté te perdra.

- Peut-être bien. Mais ce temps-là n'est pas encore arrivé. N'abat pas House qui veut.

- Même pas Gregory House lui-même.

- J'allais le dire.

Ils se regardèrent. C'était l'amitié qui revenait simplement.

- Je suis surpris, observa House, par ton manque de réaction.

- Comment ça ?…

- Je t'ai quand même planté devant une mise en scène de mon cru : Sweetheart n°1 et Sweetheart n°2 convolent. Et maintenant que tu découvres que c'est vrai, tu me félicites.

- Dans certains pays, c'est une réaction normale d'un ami au succès d'un autre ami.

- J'y crois pas trop. Pas après la semaine idiote qu'on a passé tous les deux.

- Alors je devrais faire quoi, à tes yeux ? Pleurer toutes les larmes de mon corps en hurlant : don't let me down sur l'air des Beatles ?

- Non ! fit House qui rayonnait. Ça veut dire que tu t'es remis avec Sweetheart n°3.

- Hein ?

- Hello ! Rings a bell ? Je parle de Mrs Cadavre-ambulant.

- Tu as le droit de ne pas appeler les gens par leur nom. Après tout, ce serait mon droit aussi de te nommer l'« abruti qui boite ».

- Où est-ce que tu étais, tout à l'heure, alors que tu aurais dû te trouver dans ton bureau ?…

- J'étais avec elle, c'est vrai, admit Wilson. Mais ça ne veut pas dire…

- Pourquoi tu étais avec elle ?

- Parce qu'elle me l'avait demandé.

- Vraiment ?

- Oui ! lâcha Wilson un tantinet exaspéré. Elle m'a appelé, et en tant que médecin c'était mon devoir…

- Hold the phone ! coupa House en abattant sa canne sur la table. Tu as bien dit « appelé » ?

Petite gaffe.

- J'ai pas dit « appelé » !

- Si ! claironna l'autre. Elle a ton numéro de portable.

Wilson se mordait la langue, et House commençait à se marrer.

- Tu lui as donné ton numéro ?

- J'avais pas d'autre choix… Elle était seule, désemparée…

- Oui, oui. Alors naturellement tu en as profité. Tu t'es galamment offert pour la soutenir à travers cette longue épreuve. Bref, en un mot, tu as parfaitement agi comme tu as coutume de le faire. Bravo, ce n'est jamais que la centième à qui tu fais le coup…

- Je ne t'ai pas demandé de commentaires.

- Je n'ai pas besoin de ta permission, je suis majeur… Elle t'appelle souvent, cette Felicity Morstan ?…

- Elle m'a appelé pour la première fois hier après-midi.

- C'est rapide, elle perd pas le nord…

Wilson se levait, agacé.

- Elle va s'en sortir, de toute façon.

- Elle ? Pourquoi t'as du mal avec son nom ?… J'imagine qu'elle doit même plus t'appeler « dr Wilson » que pour la forme. Entre vous ça doit être « Felicity ma chérie » et « James, mon cher James »…

- Ça suffit.

- Oh, mais je te connais ! You work very fast. C'est simple, dans un sérail, tu ferais des merveilles. T'as jamais pensé à en refonder un ?… ça doit être génial, ça, comme système…

House se leva à son tour, comme délivré d'un poids. L'un comme l'autre, ils sentaient que cette histoire absurde s'en allait derrière eux.

L'oncologue jeta à un œil à la pendule non loin :

- Il est tard, je ferais mieux de partir.

House se leva et le raccompagna jusqu'à sa voiture.

Puis lorsque Wilson eut pris le volant et que les feux rouges du véhicule se furent perdus dans le lointain, House revint chez lui en quatrième vitesse.

Il se félicitait pour son stratagème. S'il n'avait pas songé à avancer les aiguilles de cette pendule avant de faire entrer son visiteur, then Wilson n'aurait jamais décollé et lui en aurait été quitte pour rater son match.

Se réconcilier avec Wilson, oui, ça valait tout l'or du monde. Mais le match, c'était encore mieux.


1 Je n'invente rien ! Dans la saison 1, la maison de House (House's house) n'a pas de numéro. Elle finit par prendre 221, puis 221b dans la saison 2. Voir par exemple épisode 2.7, « Partie de chasse » : après le générique, il y a un gros plan sur le visage de Wilson, avec derrière la plaque du numéro… Peut-être que dans la saison 4 on verra Baker Street. Tous les espoirs sont permis ! On sait que le parallèle entre House et Sherlock Holmes est toujours sous-entendu pour les réalisateurs… L'homme qui tire sur House dans « House à terre » s'appelle en fait Moriarty. Regardez chez Conan Doyle… C'est celui qui « tue » Sherlock Holmes. L'institutrice Rebecca Adler, le premier cas de House, renvoie à l'épisode célèbre d' « Un scandale en Bohême » où Holmes affronte une aventurière nommée… Irène Adler. E tutti quanti… On peut aussi bien sûr rapprocher House/Holmes, Wilson/Watson…