Disclaimer : tout est à JKR….etc,
Avertissement : l'ensemble de la fic est classée M, mais vous le savez déjà.
9. Le retour du serpent
Je reprends mes esprits quelques secondes plus tard.
L'homme me tend un verre d'eau, et y verse quelques gouttes. Il me dit :
- Bois ça, Harry, ça ira mieux.
- On se connaît ? Qui êtes-vous ?
- Oui, on se connaît. On était à Poudlard ensemble, tu ne te souviens pas ?
- Non. J'ai oublié Poudlard.
Il sursaute légèrement.
Je continue :
- Mais je vous ai vu sur des photos. On était amis ?
- Pas vraiment. Mais maintenant, oui. Tu revenais de chez moi quand tu as eu ton accident. Tu le sais ?
- Non.
- Tu étais venu me ramener mon fils, que vous aviez gardé lors de la naissance de ma fille, en avril. Je suis le père du meilleur ami d'Albus.
En un quart de seconde, je revois un berceau en dentelle blanche. Celui dont je rêve chaque nuit. Un bébé à l'intérieur, un scorpion sur le drap.
Cet homme me met mal à l'aise. Je me sens transpercé par son regard argent. Ginny ne voulait pas que je le rencontre. Il doit être dangereux.
Il se penche vers moi, et me dévisage d'un air préoccupé.
- Harry, dis moi ce qui ne va pas. Je peux peut-être t'aider.
- Ce qui ne va pas ? Rien. Tout va bien…je n'ai juste plus…envie. Vous êtes médecin ?
- Pas du tout. Je fais juste des potions pour aider des gens. Mais il faut que je sache ce qui ne va pas.
L'homme me dévisage gravement :
- Tu n'as plus envie de quoi ?
- De rien. De tout. Il faut vraiment que je réponde à toutes ces questions ?
- Tu as mal quelque part ?
- Non, je ne sens pas vraiment mon corps, de toute façon.
- Pas de maux de tête ?
- Si, parfois.
- Des idées noires ?
- Oui…grises, plutôt.
- Tu dors bien la nuit ?
- Oui…non. Je fais des cauchemars…
- Quel type de cauchemar ?
- Un serpent gris tourne autour d'un berceau…on me vole mon fils. Un serpent gris et un scorpion me volent mon fils.
L'homme écarquille les yeux et pâlit, dirait-on. Qu'est-ce que j'ai dit ?
Il fronce les sourcils et continue à me poser des questions : ma date de naissance, mes goûts dans tous les domaines….
Je réponds au hasard à la plupart des questions. En fait, souvent, je ne me rappelle pas ce que j'aime ou pas, ce que j'ai fait ou pas. A sa tête, j'ai l'impression d'avoir donné de mauvaises réponses.
- Bon, je vois…je crois que je peux peut-être préparer une potion pour t'aider, mais il faut que tu y mettes du tien aussi. Il faut que tu veuilles guérir…
- Guérir de quoi ? Je ne suis pas malade...je marche presque normalement maintenant. Je suis juste très fatigué.
- D'accord. Je voudrais juste essayer quelque chose. Prends cette baguette.
Il tend la baguette vers moi, je la prends. Je sens comme une brûlure. L'image du serpent me revient comme un flash. Je la lâche et elle tombe par terre.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- La baguette…elle m'a brûlé.
- Reprends-la, s'il te plaît
- Non. Je n'en veux pas.
- Tu n'as pas confiance ?
- Si, mais on se connaît pas…
Il ferme les yeux, douloureusement. Il ramasse la baguette et la pose à côté de moi avec un soupir :
- Ecoute, garde-la à côté de toi. Elle pourra peut-être t'aider…plus tard.
Cette mascarade commence à m'ennuyer, mais quand il me regarde je lis tellement de désarroi dans ce regard gris que mon cœur se serre. Etions-nous si proches que ça lui fait de la peine que je ne le reconnaisse pas ?
Il me demande, doucement :
- Harry, veux-tu que je t'aide à te sentir mieux ?
- Je voudrais juste que ça s'arrête…
- Quoi ?
- Le vide en moi. Les cauchemars…le serpent gris.
A ce moment Ginny entre et pousse une exclamation étouffée :
- Qu'est ce que tu fais là ? Qui t'a fait entrer ?
- Albus. C'était son idée. Je vais partir, je suis désolé.
- Pourquoi il t'a demandé de venir ?
J'ai rarement vu Ginny aussi mécontente. L'homme baisse la tête.
- Il a pensé que je pourrais peut-être trouver un remède…
- Depuis quand tu es médicomage ?
- Je fais des potions, c'est tout. Je voulais juste l'aider…
Elle le scrute, longuement, et il me semble qu'il rougit. Qui est cet homme pour elle ?
- Et tu penses que tu peux quelque chose pour lui ? Tu connais un remède ?
- Pour la dépression ? En théorie, oui…mais je ne sais pas si…vues les circonstances…
Ginny et lui s'affrontent du regard. Il souffle :
- Franchement, je ne sais pas si c'est une bonne idée…j'ai beaucoup hésité…je ne suis pas sûr d'être la bonne personne pour l'aider. Si tu préfères, je peux partir.
Ginny hésite. Ils se dévisagent avec anxiété.
J'ai l'impression qu'ils ont peur. Peur de quoi ? Que me cachent-ils ? Ils parlent à voix basse, entre eux, comme si je n'étais pas là. Déjà plus là.
Finalement Ginny soupire :
- Pourquoi ne pas essayer….Ca ne peut pas durer comme ça, de toute façon…et pour la mémoire ?
- A mon avis les deux sont liés, mais je ne suis pas un spécialiste... Tu as bien réfléchi ? lui demande-t-il doucement.
- Je ne sais pas, je ne sais plus, Draco…Je crois que je n'ai pas le choix. Rien ne marche. Fais pour le mieux, mais ne le fais pas souffrir, s'il te plaît.
Il acquiesce, baisse la tête et je pressens beaucoup de non-dits dans cette conversation. J'ai plus que jamais l'impression que cet homme a la clé du problème.
Elle se retourne vers moi :
- Harry, c'est quoi ton dernier souvenir ?
- Avant l'accident ?
- Oui.
- Je suis sur un quai de gare…j'accompagne les enfants. Et Albus part en courant…il m'échappe. Je ne sais pas pourquoi.
- C'était quand ?
- Je…je ne sais pas.
- Est-ce que tu acceptes que Draco t'aide ?
Je les regarde, tous les deux. Ils sont bizarres. Ils me font peur. Je ne réponds pas. Il se lève, et dit :
- Bon, je ne vais pas t'embêter plus longtemps. Réfléchis. Réfléchissez. Je vais confectionner une potion, et je vous l'amènerai…si vous voulez.
Il commence à s'éloigner. Cet homme m'inquiète, le malaise persiste. Qui est-il ?
- Comment vous appelez-vous ?
- Draco Malfoy. Et mon fils s'appelle Skorpius. C'est l'ami d'Albus.
Je le dévisage, inquiet. Skorpius ? Serait-il le scorpion de mes cauchemars ?
Pourtant, il a l'air gentil. Et Albus est son meilleur ami, d'après ce que j'ai compris.
L'homme échange quelques mots avec Ginny. Ils se sourient faiblement. Le serpent c'est lui, j'en suis sûr.
Et je sais bien, moi, que dans mon rêve le serpent et le scorpion veulent me voler mon fils.
Qu'ils sont dangereux.
Qu'ils nous tournent autour, en ce moment même.
ooooOOOOOooooOOOOOoooooOOOO
Après son départ, le soir, j'ai repris la baguette. Etrange, cette sensation. Pas une brûlure, cette fois, mais une sensation douce et triste. Nostalgique. Comme des fourmis qui monteraient le long de mon bras, et envahiraient mon corps. Comme une vague tiède.
Je ferme les yeux, et je me laisse aller à rêver.
Je regarde passer les nuages par la fenêtre, lentement, et mon esprit flotte. J'entends les enfants jouer, à côté.
Je repense à l'hôpital. Tous ces gens autour de moi, pendant que je me débattais dans mes rêves.
Cette voix qui me parlait, longuement. Qui me racontait cette histoire…cette histoire tellement triste qu'elle me faisait peur. Qui parlait d'une perte je crois, ou d'une absence.
C'était quoi cette histoire ? C'était l'histoire de deux garçons il me semble…je ferme les yeux. Qui étaient ces garçons ? Deux garçons perdus….malheureux.
Quand je pense à deux garçons, à Poudlard, je vois une tête blonde et une tête brune.
Je souris…bien sûr.
Albus et Skorpius. Deux garçons en uniforme, l'un en rouge et or, l'autre en vert et argent, mais amis.
Albus m'en parle si souvent, de son copain. Ca me réchauffe le cœur de voir briller ses yeux. C'est vrai qu'il a l'air gentil.
Ginny ne m'a jamais parlé du père, en revanche. Pourtant il devait être à Poudlard, lui aussi. On doit avoir le même âge. Etions nous amis ? Sommes-nous amis ?
Je ne me rappelle pas de lui à côté de moi, sur les photos. Il y a Ron, Hermione, Neville. Pas lui.
Ca n'a pas d'importance, sans doute. Ou peut-être qu'on ne se connaissait pas vraiment, à l'époque.
Petit à petit je m'endors, la baguette posée sur mes genoux.
Je suis dans une forêt, je marche à côté d'un garçon blond. Il fait nuit, on a peur, tous les deux. Des animaux nous frôlent. Je vois des araignées. Des serpents. On est trop jeunes pour les affronter.
Puis je rêve que je suis dans un lit, dans un dortoir. J'ai parlé avec un serpent, cet après-midi, sans m'en rendre compte, après un duel.
Et ce soir, le serpent est revenu. Est-ce que je l'avais appelé ?
Il s'est faufilé sous la porte, et il a rampé jusqu'à mon lit. Tout est noir, je ne vois que sa peau qui luit légèrement dans l'obscurité.
Il grimpe silencieusement le long de mon lit, se glisse sous mon drap, remonte le long de ma jambe…je suis tétanisé, je ne peux pas bouger.
Le serpent frôle ma jambe, et je frémis. Le contact est d'abord déplaisant, froid, visqueux. Mon cœur s'accélère. Il remonte le long de mon corps, lentement, et il me parait de plus en plus long, de plus en plus lourd. Plus tiède aussi. Ses yeux fendus me fascinent. Mon regard se voile.
Il glisse dans mon cou, jusqu'à mon oreille, et j'entends son doux sifflement, qui me trouble. Je pose ma main sur lui et contre toute attente, il est doux, chaud sous mes doigts. Il se faufile dans ma main, et redescend lentement sur ma poitrine, mon ventre, pour me caresser.
Oui, caresse-moi…
Son contact est étrangement agréable, maintenant. J'ai envie qu'il passe partout sur moi. Son frôlement envoie des milliers d'ondes merveilleuses sur chaque centimètre de ma peau.
Quand il atteint mon pénis, il s'enroule doucement autour de lui, et ses contractions me font chavirer et gémir. Il glisse partout, sur mon ventre, mes fesses, mon sexe et je n'ai jamais rien vécu d'aussi excitant.
Je m'agrippe à mes draps, dans mon dortoir, et j'ai peur de réveiller les autres.
Finalement je jouis dans un soupir, je sens ma semence gicler sur les draps, et c'est la première fois.
ooooOOOOooooOOOOoooooOOOOO
Une onde de plaisir me réveille dans ce fauteuil, et je vois la baguette sur mes genoux, comme un serpent immobile. Quand je la prends en main je ressens encore des fourmis, et je la dépose sur la table basse à côté de moi.
C'est la première fois depuis mon accident que j'ai un orgasme. Je ne sais pas si je dois m'en réjouir…en rêvant d'un serpent, c'est plutôt inquiétant.
Avec difficultés, en boitant, je vais me coucher aux côtés de Ginny. Je repense aux évènements de la journée. A cet homme pâle, sombre, qui est venu vers moi.
Je ne suis pas sûr de vouloir le revoir. Ginny le regarde étrangement….Il dit qu'il veut m'aider, mais j'ai peur.
Le lendemain, j'interroge Ginny :
- C'était qui, cet homme, hier ?
- Draco ? Le père de Skorpius, l'ami de ton fils.
- Oui, ça je sais. Mais tu le connais bien ?
- Moi ? Non…
- Il était à Poudlard avec moi ?
- Oui
- Et on était amis ?
- Non, pas à l'époque. Pas du tout, même, je crois.
- Vraiment ? Alors pourquoi on se fréquente, maintenant ?
- Disons…à cause de nos fils.
Le silence s'installe quelques instants. Je décide de poursuivre :
- Il est bizarre, non ?
- Tu trouves ?
- Il me fait peur…comme il t'a regardé hier, c'était …étrange. Il y a quelque chose entre vous ?
- Quoi ? Mais t'es fou…pas du tout. C'est pas du tout mon genre. Harry, arrête de dire n'importe quoi.
- Il est séduisant, non ?
- Tu le trouves séduisant ? Rassure-toi, je pense que je ne suis pas son type de beauté. Il ne m'attire pas, bien au contraire.
Son œil vif me regarde avec curiosité, d'un coup. Elle continue :
- Tu veux qu'il essaie de t'aider, ou non ?
- T'as pas l'air sûre…pourquoi ?
- Parce que…je ne sais pas.
-Ginny, je sens que tu ne l'aimes pas et que tu te méfies de lui, mais tu veux qu'il m'aide…c'est contradictoire. Pourquoi tu ne me dis pas la vérité sur Draco Malfoy ?
Elle sourit amèrement :
- Parce que la vérité, Harry, je ne la connais pas. Mais je pense que s'il dit qu'il peut t'aider, on peut le croire. Si toi tu le veux…
J'ai l'impression qu'elle est sur le point d'ajouter quelque chose, mais elle se tait. Je repense au serpent. Le serpent veut me voler mon fils, mais le serpent m'a donné du plaisir, dans mon rêve. Je ne comprends pas ce que ça signifie. Je décide de ne rien décider, pour l'instant.
ooooOOOOooooOOOOooooOOOOO
Mi août, nous partons accompagner Albus qui doit passer deux semaines chez les Malfoy. James et Lily sont chez leurs grands parents.
C'est Ginny qui conduit, désormais, et je sens qu'elle est nerveuse. Elle ne voulait pas qu'Albus aille chez son copain. Il a fallu qu'il pleure pendant tout un week-end et insiste auprès de moi pour qu'elle accepte finalement.
Je rêve en regardant par la fenêtre. Je ne me rappelle pas du Manoir Malfoy, dernier endroit où j'ai été avant mon accident. Je ne me rappelle pas d'Isadora ou du bébé, et à peine de Draco.
Je ne l'ai pas rappelé. Je n'ai rien décidé. Je n'ai toujours envie de rien. Ma vie est un long désert sans oasis. Je ne ressens rien, les cauchemars se sont estompés mais sont remplacés par des insomnies.
Parfois je saisis la baguette qu'il m'a donnée et je suis traversé par une vague agréable, comme un léger frisson.
J'ai même parfois l'impression que je suis au bord de quelque chose, d'un souvenir. Mais ça s'estompe vite.
Draco Malfoy a demandé à Ginny que je l'amène, cette baguette, alors elle est dans ma valise, mais ça me semble ridicule.
J'ai oublié tous les sorts, qu'est-ce que je vais en faire ?
On arrive, et je suis étonné par la richesse du Manoir. Je ne reconnais rien. Nos hôtes semblent empruntés, mal à l'aise. Pourtant je croyais qu'on avait déjà passé des week-ends ensemble ?
Albus et Skorpius sont fous de joie de se revoir, et ça nous fait sourire. Ils courent ensemble dans le parc, avec le chien.
Après avoir déposé les bagages dans les chambres, on se retrouve sur la terrasse.
Heureusement le bébé attire tous les regards, monopolise les conversations et peu à peu l'atmosphère s'allège. Elle a quatre mois et elle est adorable. Isadora et Ginny sont intarissables à son sujet, mais je ne les écoute pas vraiment.
Je goûte le calme de cette terrasse, le chant des oiseaux, la légère brise.
Albus et Skorpius sont inséparables, toujours en train de chuchoter, de rire ensemble. Ils décident de partir en expédition dans le parc pour trouver des plantes rares, pour préparer une potion le lendemain. Leur complicité fait plaisir à voir.
D'après ce que j'en pressens, Skorpius s'est ouvert à la vie avec mon fils, il est plus enjoué, et Albus, lui, approfondit son goût pour l'étude, la magie. Je suis surpris d'entendre combien leurs conversations tournent autour de la sorcellerie, des rites. Ils cherchent sur un calendrier quand sera la prochaine pleine lune. Finalement ça ne me dérange plus trop, cet intérêt pour la magie. S'il est heureux comme ça…
Draco reste un long moment absent, puis nous rejoint.
Je l'observe, il me paraît particulièrement inoffensif. Banal. Pourquoi l'ai-je comparé à un serpent la première fois que je l'ai vu ?
Il ne parle pas, il prend sa fille dans ses bras et l'embrasse. Il la tient serrée contre lui. Ils se dévorent des yeux, dirait-on, et elle a le même regard bleu gris que lui. Charmant spectacle. Je souris.
Je les regarde longuement, tous les deux, et je les trouve attendrissants.
Il ne me regarde pas, il n'a d'yeux que pour sa fille. Finalement je recommence à rêver en fixant les nuages. Ca me fait du bien d'être là, je crois.
A suivre….
Merci de suivre cette fic, et doublement merci aux reviewers….la suite très bientôt, promis !!
