Chapitre 8 : Les hellébores

Le château était mu d'une nouvelle effervescence. L'annonce de Dumbledore avait animé les discussions, et le rappel important que la fin d'année arrivait et qu'il fallait commencer à trouver des cadeaux pour ses amis et famille.

Hermione, diligente, avait déjà prévu de trainer Ron et Harry avec elle pour faire des achats. Elle voulait également leur demander leur avis, à propos du présent qu'elle voulait offrir pour le secret santa. Elle avait tiré le nom d'un jeune homme de Serdaigle, et hésitait quant au livre à lui procurer. Elle ne le connaissait pas vraiment, mais il faisait partie de l'équipe de quidditch : elle espérait que ses deux amis puissent l'aider.

Ron était plutôt satisfait de son secret santa : il avait tiré le nom de Dean, et après 6 ans passés dans le même dortoir lui trouver un présent n'allait pas être trop difficile.

Harry lui avait habilement évité les questions sur son secret santa, disant qu'il voulait garder le mystère comme Dumbledore avait suggéré. Mais vu son regard perdu lorsqu'il réfléchissait à quel cadeau offrir, le consensus était qu'il avait le nom d'une fille, et qu'il n'y connaissait rien. Hermione attendait le moment où il viendrait lui demander conseil, surement quelques jours avant l'échange comme d'habitude.

Quelques fervents passionnés de la rumeur de romance espéraient secrètement qu'il ait tiré le nom de Draco Malfoy.

Quoiqu'il en soit, et en attendant la sortie prochaine à Pré-au-lard, les cours poursuivaient comme à l'habitude. Flitwick apprenait aux élèves des sorts pour faire tomber de la neige, idéal pour décorer la maison en cette période des fêtes. McGonagall elle leur faisait transfigurer des billes en décorations de Noël. Festive, le professeur Chourave avait entrepris l'étude d'hellébore argentis, une sorte d'hellébore de noël magique qui chantait à la nuit tombée. Neville en avait ramené un pot pour la salle commune des Gryffondor, et la plante fredonnait chaque soir au coin du feu, relaxant tous les élèves après une dure journée de cours.

L'ambiance douce et romantique que créait les plantes faisait de la serre un nouveau lieu privilégié de retrouvailles amoureuses. Leur chanson couplée aux amaranthis, des grappes de petites fleurs rose pâle relâchant du pollen semblable à des grains de lumière, avait un certain charme en cette période de noël. Chourave avait surpris plus d'un élève dans sa serre après le couvre-feu.

C'est aussi là qu'elle surprit Harry Potter et Draco Malfoy un soir après le repas.

Pour leur défense, les deux jeunes hommes avaient des raisons valables justifiant leur présence dans les serres. Draco étudiait l'effet de certaines plantes dans les potions en compagnie du professeur Rogue, comme activité complémentaire aux cours. Le potioniste lui avait demandé de récupérer du pollen d'amaranthis, en sachant qu'il en trouverait dans la serre du professeur Chourave. Armé du justificatif de Rogue, il était descendu aux jardins pour recouvrer cet ingrédient.

Harry quant à lui venait chercher ses gants en peau de dragon qu'il avait oublié après le cours d'herbologie. C'est en déposant son sac dans les dortoirs qu'il avait réalisé son oubli, et il voulait discrètement les récupérer après le repas pour ne pas faire d'histoire.

Autant dire que pour rester discret, c'était raté.

Malfoy était déjà dans la serre lorsqu'il ouvrit la porte vitrée. Ce dernier guidait de sa baguette les grains de lumière dans la fiole qu'il tenait dans sa main. Il se tenait droit, port altier, mais serein, sans avoir besoin d'être sur ses gardes comme parmi ses camarades Serpentard.

Harry s'en voulait presque de briser son calme, et essaya de récupérer ses gants sans faire de bruit. Il pouvait les voir sur la table, près d'un pot d'hellébore.

Malheureusement, Draco avait l'ouïe fine et l'entendit. Flacon et baguette toujours en main, il pivota légèrement pour avoir Harry dans son champ de vision.

-Quelle discrétion Potter, s'amusa-t-il.

Harry sursauta en entendant sa voix, et rougit, embarrassé d'avoir été surpris.

-Désolé, marmonna le Gryffondor, je récupère mes gants et je m'en vais.

Draco n'ajouta rien, pas de pique sur son oubli, ou de moquerie sur sa maladresse. Il reprit sa tâche, suivant les mouvements de Harry du coin de l'œil, en essayant de ne pas se faire remarquer. Le Gryffondor avança vers ses gants, et les attrapa sans attendre. Il allait repartir quand il surprit Draco lui jeter un regard qu'il espérait inaperçu.

-Quelle discrétion Malfoy, dit-il avec un sourire en coin.

Le Serpentard eut la décence de paraitre gêné, mais ne pipât mot, se concentrant soudainement sur sa tache de récolte.

Harry musa que c'était une des rencontres les plus calme qu'il ait jamais eu avec Malfoy. Cela ne le dérangea pas : il commençait à en avoir assez de ces querelles inutiles. Les échanges verbaux étaient amusants bien sûr, mais s'ils pouvaient éviter les conflits … Il avait autre chose à penser, avec Voldemort et tout ça.

Il repensa au cours de soins aux créatures magiques sur les veaudelunes. Là aussi le ton avait plus calme, plus agréable, un échange plutôt qu'une guerre ouverte. Harry préférait de loin ce Draco là à la façade du Serpentard. Peut-être pourraient-ils faire des efforts pour rester civils en public. Draco n'avait pas l'air opposé à l'idée d'enterrer la hache de guerre…

Perdu dans ses pensées, il manqua de cogner madame Chourave, qui venait jeter un œil à ses serres. La madone venait d'ouvrir la porte, et paraissait surprise de le trouver là.

-Monsieur Potter ? Que faites-vous ici ? Et avec qui…

Son regard balaya la pièce jusqu'à tomber sur Draco, qui finissait de boucher sa fiole pleine de pollen d'amaranthis.

-Monsieur Malfoy ?

-Bonsoir professeur Chourave. Je venais collecter du pollen d'amaranthis à la demande du professeur Rogue. Est-ce que vous m'autorisez ? finit-il en levant sa fiole.

L'herbologiste encore surprise mit quelques instants à répondre.

-Oh. Bien sûr, pas de problème vous pouvez.

Regagnant ses esprits, elle poursuivit.

-Et vous monsieur Potter que faisiez-vous ici ?

-J'avais oublié mes gants après les cours, et je voulais les récupérer sans vous déranger.

Le regard de Chourave glissa jusqu'aux mains de Harry, qui tenait les protections de jardinage. Soupirant, mais avec amusement, elle reprit.

-Venez avec moi, je vous raccompagne au château.

« Je ne vous punirez pas cette fois » était le message implicite. Les deux élèves hochèrent la tête, et la suivirent hors de la serre.

Lorsqu'ils regagnèrent le château, ils tombèrent sur le professeur McGonagall, qui avait presque l'air de les attendre. Harry se sentait un peu penaud à la vue de son professeur de métamorphose.

-Monsieur Potter, monsieur Malfoy, je croyais vous avoir demander d'éviter de sortir dehors après le couvre-feu.

-Ce n'est rien Minerva, le défendit Chourave, ils étaient tous les deux dans la serre. Monsieur Potter avait oublié ses gants après mon cours.

Le regard de la directrice de Gryffondor était sans équivoque. Elle n'appréciait pas vraiment que des élèves sortent du château à la nuit tombée, et surtout pas pour ça.

-Enfin, cette fois au moins ce n'était pas un serpent géant. Potter je vous conduis aux dortoirs.

-Je vais raccompagner monsieur Malfoy dans les donjons, suppléa l'herbologiste.

Les tableaux, qui avaient été témoin de la scène, s'empressèrent de propager la nouvelle à travers le château. Le récit se colporta à vitesse grand V, et lorsque Harry regagna son dortoir, les ragots avaient déjà gagné une bonne part des tableaux.

Harry Potter et Draco Malfoy avaient été surpris dans la serre aux hellébores.

Le festin de la grande salle était terminé, et les élèves fatigués regagnaient leurs dortoirs pour une bonne nuit de sommeil. A l'insu de tous cependant, deux élèves s'étaient échappés du lot pour se retrouver ensemble.

Draco poussa la porte de la serre aux hellébores pour trouver Harry déjà assis dans un coin de la pièce. Ses cheveux étaient comme toujours en bataille, délicieusement rebelles et donnant l'envie d'y passer la main. Ses yeux verts luisaient dans un mélange de malice et d'excitation. Ils savaient qu'ils n'avaient pas le droit d'être là, qu'on pourrait les voir, ou pire les séparer.

Le prince de Serpentard s'empressa de rejoindre son amant pour le serrer dans ses bras. Il sentit la tête du Gryffondor dans son cou, humant son parfum et s'accrochant à lui comme s'il ne l'avait pas vu de plusieurs semaines, et non pas quelques heures.

-Mmm Dracochou enfin tu es là…

-Je t'ai manqué mon ange ?

Harry s'empourpra en écoutant le ton sulfureux de l'aristocrate, renforcé par la proximité de leurs deux corps. Dans la serre à peine éclairée par quelques amaranthis, il ne manqua pas le regard carnassier de son amant.

D'un courage tout gryffondor, Harry ne se laissa pas déstabiliser et continua. Exposant sa nuque comme une invitation à le marquer, il se rapprocha de son âme sœur.

-Oui tu m'as énormément manqué… et c'est de ta faute.

Le rire cristallin de Draco se mêla aux chansons de la serre. Les hellébores avaient commencé à chanter, un son mélodieux s'échappant des nombreux pots de la serre. Draco se pencha encore plus, obligeant Harry à se cambrer contre lui.

-Et pourquoi est-ce que ma faute ? susurra-t-il, amusé.

Les deux moitiés se regardèrent quelques instants sans rien dire, dévorant l'autre du regard. Eclairé par la lune et entouré des perles de lumières des amaranthis, Draco était un demi-dieu descendu sur terre, et qui pour une raison que Harry ne comprenait pas, était venu l'aimer cette nuit.

Dans les yeux du blond, son fier gryffondor était une sublime vision, tentatrice, parfaite, une invitation conçue pour ses désirs et qu'il était le seul à découvrir. Les hellébores lui chantaient une ode, alors que Harry ne prononçait plus un mot, ses yeux émeraudes fixés sur lui, lui accordant sa pleine attention. Cette sublime créature à visage humain ne voyait que lui ce soir.

Le charme fut rompu par la rencontre de leurs lèvres au milieu de la serre. Les deux amants étaient entrelacés comme pour fusionner, et leur passion leur masqua l'arrivée du professeur d'herbologie.

-Que faites-vous ici ?