CHAPITRE 7. Réveil
Première partie
POV Bella
Je me préparais tranquillement dans la salle de bain lorsque trois coups de klaxon retentirent. Je laissai en plan mes préparatifs et courrai jusqu'à la fenêtre de ma chambre. Comme promis, il m'attendait adossé au capot de sa Volvo, son magnifique sourire au coin des lèvres, le regard fixé sur moi. Nous étions jeudi matin, le soleil avait enfin dénié refaire surface et je retournais au lycée pour la première fois depuis les évènements de samedi dernier. Edward ne m'avait pratiquement pas quitté durant les quatrejours qui avaient suivis. Une véritable garde rapprochée. J'appréhendais ce retour vers la civilisation mais savoir qu'il ne me lâcherait pas d'une semelle était réconfortant, sans lui je n'aurais jamais pu refaire surface. Il était à présent ma bouffée d'oxygène, ma béquille, il m'était devenu indispensable tout simplement. Je ne m'étais jamais sentie aussi vulnérable que dimanche dernier, je n'arrivais pas à me calmer et mes pleurs refusaient de s'arrêter, le retour à la réalité fut une véritable épreuve.
Mon corps tout entier me faisait souffrir, mes muscles ankylosés étaient agités par des crampes et ma gorge me brulait, un véritable supplice. Je ressentais une intense fatigue et mes paupières refusaient de s'ouvrir. Consciente de tout ce qui m'entourait et pourtant incapable de m'éveiller, je fus parcourue d'un frisson. Mon lit était froid et le drap qui me couvrait légèrement humide. J'étais frigorifiée. Pas assez couverte à mon goût, je tentai d'attraper une couverture. Ma main passa sur mon ventre et rencontra alors celle de quelqu'un d'autre. Pareille à un électrochoc, j'ouvrai les yeux derechef et en un bond m'extirpai du lit. Face à l'intrus, j'ouvris la bouche mais étais incapable d'émettre le moindre son. Ma respiration s'accéléra à la vue d'Edward allongé sur le sommier, un sourire rassurant sur les lèvres. Je vis l'interrogation dans son regard mêlé à une pointe de gène. Je baissai alors furtivement la tête et pris conscience de ma nudité quasi totale. J'émis un gémissement de peur, couvrais ma poitrine avec mes bras, croisai les jambes et tentai de me recroqueviller sur moi-même. Edward se leva doucement du lit, attrapa la serviette éponge qui trainait sur le sol et la plaça sur mes épaules. Je le fixai sans cligner des yeux. En retour, il plongea son regard dans le mien et commença à me frictionner doucement. Le contact de ses mains sur la serviette recouvrant mes bras me réchauffait, je ne le quittai pas des yeux et me mise à trembler quelque peu. Je ne comprenais absolument rien à ce qui était en train de se passer. Ma tête se faisait de plus en plus lourde et je ressentais les prémisses d'une migraine. J'avais beau me concentrer pour comprendre les raisons de la situation actuelle, rien ne me revenait. Je pris alors conscience que je n'avais aucun souvenir de la soirée de la veille.
Edward me laissa quelques instants pour recouvrir mes esprits et pour me préparer puis m'invita à prendre le petit-déjeuner en ville. Charlie dormait encore, il devait probablement récupérer de sa soirée pleine de testostérones. Je lui laissai un mot sur la table de la cuisine et sortis de la maison. En entrant dans la Volvo, une ribambelle de sentiments m'envahie. J'étais partagée entre l'angoisse, la peur, l'incrédulité et une pointe d'enthousiasme. N'avoir aucun souvenir des douze dernières heures était plus que déstabilisant mais je m'étais tout de même réveillée aux côtés de l'objet de tous mes désirs. Je n'avais pas prononcé un mot et me contentais de répondre aux questionnements d'Edward par des hochements de tête. Nous roulâmes quelques minutes puis il rangea la voiture sur le parking d'un des rares cafés de notre petite ville.
J'étais toujours incapable de prononcer le moindre mot, mon appareil phonatoire refusait de se montrer coopératif. Paradoxalement, mon esprit carburait, les interrogations fusaient dans ma tête. Je me sentais bien, la présence d'Edward m'apaisait. J'étais enchantée, mais il m'était impossible de lui dire quoi que ce soit, une vraie torture. Nous étions assis face à face depuis une bonne demi-heure à nous regarder dans le blanc des yeux. Mon compagnon semblait préoccupé mais son expression se voulait rassurante. Son café refroidi dans les mains, il s'amusait avec l'anse de la tasse. Il m'avait commandé un petit déjeuner complet que je m'étais empressée d'engloutir. Etrangement, qu'il me voit dans une posture aussi peu avantageuse ne me gênais pas le moins du monde. Ce qui m'angoissait, c'était que lui non plus ne parlait pas. Il me fixait tendrement sans rien dire, mais ses yeux trahissaient son inquiétude. Je tentais de le rassurer en lui souriant, mais c'était peine perdue. L'angoisse montait en moi, les souvenirs occultés n'étaient peut-être pas si anodins que ça. Pourtant, je n'avais plus envie de me rappeler quoi que soit, je voulais savourer ce moment jusqu'à la dernière seconde. Le reste n'avait plus d'importance. A cet instant précis j'étais heureuse, pourquoi vouloir que ça change ? En une fraction de seconde, l'expression d'Edward changea du tout au tout. Calme et rassurante, elle se voulait à présent grave et assurée. Il ne semblait pas particulièrement étonné par ma situation d'aphone. Il ouvrit la bouche et le plus délicatement du monde entama le récit des évènements de la veille.
Je suffoquais, comment avais-je pu oublier des actes aussi graves ? Comment m'étais-je retrouvée dans pareilles situations ? Les images qui envahissaient ma tête n'étaient que des bribes de souvenirs, des flashs relatés par mon imagination suite au compte rendu d'Edward. Je ne me souvenais de rien et c'était encore pire, je ne pouvais qu'imaginer l'horreur que j'avais vécu. Une nouvelle fois, mes larmes se mirent à perler sur mes joues. Sentant la crise d'angoisse arriver, Edward m'attrapa par la taille, sorti et m'installa dans la voiture. Mon cœur palpitait, je n'arrivais plus à respirer. Les yeux embués de larmes, j'étais perdue. Je sentis une violente accélération, la Volvo avançait à toute vitesse. Après quelques minutes, j'étais toujours incapable de retrouver mon calme, la voiture changea de direction, peu à peu ralenti, puis s'arrêta définitivement. La portière s'ouvrit à la volée et je fus soulevée du sol. Je sentais le vent sur ma peau, mes larmes coulaient toujours et mes râles bruyants pour tenter de recouvrir ma respiration étaient de plus en plus effrayants. Notre course fut brève. Edward m'assit sur ce que j'imaginais être un rocher. Me soutenant à bout de bras, il s'installa face à moi et plaça mes doigts grelottants dans sa main libre. Nous restâmes dans cette position quelques instants, jusqu'à ce que mes sanglots se calmes. Ma respiration était toujours haletante,mais je sentais que la crise d'angoisse prenait fin. Lorsque j'ouvris les yeux, nous étions en plein cœur de la forêt. Je ne distinguais pas la voiture ni aucun autre élément pouvant m'être familier, seul Edward restait là, impassible. Il s'approcha doucement de moi puis me pris dans ses bras. C'était une étreinte étrangement glacée, mais ce rapprochement me réchauffait le cœur. Il devenait mon point de repère, il s'était attribué ce rôle volontairement en refusant de m'abandonner à mon sort. Des images défilaient devant mes yeux, des extraits furtifs de mon horrible soirée. Je me voyais dans les bras d'Edward hurlant de toutes mes forces, assise dans ma chambre les yeux rivés sur le pied de mon lit, allongée sur la table de la cuisine à moitié nue, sous la douche pratiquement inconsciente… De brefs souvenirs de quelques secondes mais suffisants pour me faire réaliser l'étendue des dégâts.
J'avais de plus en plus froid et je commençais à tousser à m'en arracher les poumons. Mon chevalier servant me prit à nouveau dans ses bras et m'emporta jusqu'à sa voiture. Sur le chemin, envahis par le trop plein d'émotions, je m'endormis. Je me réveillai dans mon lit quelques heures plus tard. Edward était installé dans mon fauteuil de bureau et m'admirait tendrement. Je fus instantanément rassurée, un marteau-piqueur s'agitait sous mon crâne, j'avais la nausée et tous les muscles de mon corps me lançaient. Pourtant, je savais que tout irait mieux, ce ne serait pas immédiat mais c'était irréfutable. Des milliards de questions raisonnaient dans ma tête amplifiant ma migraine. Comment Edward s'était-il expliqué avec Charlie ? Que se passerait-il à mon retour au lycée ? Edward serait-il toujours aussi protecteur une fois que je serais rétablie ou bien m'abandonnerait-il une nouvelle fois ? Et Mike ? Je ne savais rien de ce qu'il était advenu de lui mais quelque part, je ne voulais rien savoir. Les questions emplissant mon esprit, je m'endormis une nouvelle fois sous le regard bienveillant de l'homme de ma vie.
J'étais dans un état pitoyable, exténuée et incapable de rester concentrée plus d'une dizaine de minutes. Charlie, en père aimant, avait aménagé ma chambre de façon à ce que l'ensemble de mes besoins (quels qu'ils soient) fussent à ma disposition immédiatement. Même Edward était toujours là. Je me doutais bien que Charlie n'avait rien à voir avec sa présence, mais ce trop plein d'attentions était jouissif. Je n'avais aucune idée de la manière dont Edward évitait Charlie pour me rendre visite mais cela n'avait pas réellement d'importance, il était présent et c'est ce qui comptait, je réfléchirais à la question plus tard. Mon prince charmant tentait précautionneusement de me faire recouvrir la mémoire. Ses instants étaient toujours pénibles pour moi, mais malheureusement, ils étaient aussi indispensables. Je ne pourrais pas rester toute ma vie cloitrée à éviter Mike. Je devrais bien lui faire face un jour et Edward serait là pour me soutenir.
