Chapitre 9
Il arrête de parler, reste un instant courbé, respirant difficilement, puis il s'éloigne en clopinant vers le fond de la salle. Il disparaît par une petite porte, puis revient quelques minutes plus tard, traînant derrière lui un objet de métal sombre.
Il continue ainsi son va-et-vient, montant son appareil au fur et à mesure. Il l'a positionné face au Docteur Cinq et tous comprennent que c'est ce corps-là qu'il va prendre.
Au cours d'une de ses disparitions, Quatre chuchote :
« Il va mal, tenez-vous prêts, nous avons une petite chance.
– Que crois-tu que nous fassions depuis tout à l'heure ? réplique Six aigrement.
– Chut ! » intervient le Professeur.
Le Maître revient. Il assemble toujours son engin, mais ses gestes deviennent plus maladroits, son attitude fébrile. On sent qu'il s'affaiblit, et qu'il veut finir le plus vite possible.
« Pas de faux espoirs, commence-t-il. Je suis plus solide que ce que j'en ai l'air. J'aurai le temps de… »
Il reçoit le sporran de Jamie en plein visage. Pendant ses allez-et-venues, celui-ci en avait profité pour le détacher discrètement. Cependant, ce n'est pas le petit objet de tissu qui le fait chuter. Il sursaute sous l'effet de la surprise, et cela suffit à rompre un équilibre déjà hasardeux.
« Maintenant ! » crie Un.
Cinq et Six, qui sont les plus proches du corps inerte du Maître, se démènent pour arriver à le toucher avec leurs pieds. Il est à leur portée, mais tout juste et les deux hommes doivent tirer au maximum sur leurs chaînes pour parvenir à le ramener vers eux.
« Fouillez-le, il doit bien avoir la clé, ou n'importe quel objet qui puisse nous libérer, sur lui ! s'exclame Trois.
– Tu le crois donc aussi stupide ? remarque Deux. Ça m'étonnerais que vous trouviez quoi que ce soit d'utile. »
En effet, à part récupérer à nouveau le TCE, plus quelques outils dont il était en train de se servir pour son appareil, rien de ce qui se trouve dans les poches du Maître ne s'avère praticable pour les libérer.
« Laissez-moi ! » grogne-t-il d'ailleurs en reprenant connaissance. Il se débat, mais il est bien trop faible entre les mains des deux gaillards qui le tiennent solidement.
Six fait passer les chaînes qui emprisonnent ses poignets autour du cou du Maître, et siffle :
« Qui pourrait faire mourir l'autre lentement et douloureusement, maintenant ? »
Le Professeur pose sa main sur le bras de son alter ego et lui murmure :
« N'oublie pas lequel des deux est le plus coupable. »
Un intervient à son tour :
« Vous voyez où nous a menée cette escalade de violence, jeunes gens, mmh ? Nous sommes en mesure de le menacer, voire même de le tuer, comme le fait si "justement" remarquer ma sixième apparence. Mais sans son aide, nous risquons tous de mourir ici avant que quelqu'un n'ait l'idée de visiter cet endroit, qui était déjà abandonné à l'époque de notre lointaine enfance.
– Il est évident que seule une solution diplomatique s'offre à nous », confirme Quatre.
Six ôte les liens du tour du cou de leur adversaire et grommelle :
« C'était juste pour lui montrer qu'il était lui aussi à notre merci. Je n'allais pas le faire, bien entendu.
– Je crois qu'il avait compris ! Cette démonstration était superflue, réplique Trois d'un ton sec.
– Maître, reprend Un. Nos forces s'équilibrent parfaitement. Nous sommes tes prisonniers et tu es le nôtre. Si nous ne voulons pas rester dans cette impasse, il faut arriver à un accord.
– Qu'est-ce que j'y gagne ? questionne le Maître. Si j'abandonne maintenant, tous mes efforts n'auront aboutis à rien ! Je perds toutes les années de travail à préparer ce piège.
– Tu y gagnes de conserver ta misérable vie, cela ne te suffit-il pas ? gronde Quatre.
– Je crois que nous devons nous montrer plus conciliant que ça, affirme le Professeur avec douceur.
– Je suis d'accord, répondent cinq voix.
– Je suis d'accord aussi, bien entendu, soupire Quatre. Mais qu'avons-nous à offrir ?
– Peut-être des excuses déjà. Lui demander pardon, avance le Professeur.
– Et vous croyez que cela va suffire ? gronde le Maître. Que cela va effacer tout ce que j'ai subi à cause de toi ? »
À nouveau, il tente de se libérer, mais en vain.
« Pouvez-vous le faire venir par ici ? demande Trois. Attention, tenez-le bien ! »
Les Docteurs se passent leur prisonnier comme ils le feraient d'un bâton de relais, sans le lâcher. Quatre le tient par les bras et Deux par les jambes. La majorité de son corps repose sur les genoux de Trois. Celui-ci commence par appuyer sur son abdomen, ce qui lui arrache un gémissement, écoute son cœur avec un journal roulé qu'il a sorti d'une de ses vastes poches, puis du bout des doigts soulève ce qui reste des paupières.
« Qu'est-ce que tu fais à me tripoter comme ça ? grogne le Maître.
– Je t'examine. J'ai une amie, une biologiste de génie, qui pourrait peut-être faire quelque chose, si nous lui donnons les bons renseignements et les produits dont elle a besoin. De quoi stopper la dégradation et peut-être même récupérer une meilleure santé.
– Je ne veux pas de ton aide ! Je veux un corps neuf, un corps qui puisse se régénérer.
– Ça, il n'en est pas question ! rétorque Six. Je ne sacrifierais aucun de mes corps.
– Un autre Time Lord, alors. Certains ont des vies tellement inutiles !
– Qu'est-ce qui te permets de juger de l'utilité d'une vie ? » demande Deux d'une douce voix malicieuse.
