Note : Coucou à toutes et à tous ! Je dois vous prévenir que mon rythme de publication va être allongé à partir de maintenant. Avant, je pouvais me permettre d'écrire un chapitre toutes les semaines mais là j'ai commencé le taff et j'ai nettement moins de temps. Ce chapitre a carrément été écrit dans les transports en commun ! Bref, je vais essayer de poster au moins un chapitre toutes les deux semaines.

Voilà ! J'espère que l'histoire vous plaît toujours. N'hésitez pas à laisser un petit message pour me dire ce que vous en pensez !


Chapitre 9 : The Old Smoke

I've been reading books of old

The legends and the myths

Achilles and his gold

Hercules and his gifts

Spiderman's control

And Batman with his fists

And clearly I don't see myself upon that list

Something just like this, The Chainsmokers


Le coude posé sur le rebord de la fenêtre de la voiture, je regarde la ville défiler sous mes yeux. Les noms de rues s'enchaînent dans une sorte de tourbillon, jusqu'à ce que la voiture s'arrête à un feu rouge, me permettant de distinguer à nouveau les détails au dehors.

J'ai l'impression que cela fait une éternité que nous roulons dans cette atmosphère pesante. Potter n'a pas décroché un mot. De mon côté, je n'ose pas briser le silence. J'essaie de me concentrer sur la ville à l'extérieur, pour oublier les milliards de questions qui se bousculent dans ma tête.

N'importe qui vous le dira : Londres est une ville magnifique. Certes, elle n'a pas le charme tapageur de Paris, ni la brillante modernité de New York, mais c'est une ville qui a son propre caractère et qui sait séduire les visiteurs à sa façon. Si vous n'en êtes pas encore convaincus, allez vous promener du côté de St James Park. C'est dans ce genre d'endroits que je me sens pleinement heureux d'être anglais, malgré le mauvais temps, la jelly et le Brexit.

Mais je trouve que c'est la nuit surtout que Londres dévoile tous ses charmes. Elle brille de mille feux, comme tant de perles sur un bijou. La Tamise se déroule alors en un long ruban scintillant dominé par l'imposante silhouette du Tower Bridge. Dans certains quartiers, on a presque l'impression que la ville se réveille au coucher du soleil. Les lumières des lampadaires, des panneaux publicitaires et des néons de boîtes de nuit vous appellent à venir découvrir la vie nocturne. Mais tout ceci n'est qu'illusion. Dès qu'on s'éloigne un peu du centre-ville, les lumières se calment. Seuls les pubs sont des points de repère étincelants au milieu d'une ville qui est déjà tombée dans les bras de Morphée.

La voiture glisse à travers la capitale endormie. Potter est totalement silencieux. Ses mains sont crispées sur le volant. Seul le son faible de l'auto radio vient briser le silence pesant qui règne dans l'habitacle. Je sais qu'il va me demander ce que je faisais dans cette chambre, pourquoi j'étais au premier étage alors que la fête battait son plein au rez-de-chaussée. Il veut savoir si je l'ai suivi.

Il a visiblement décidé de faire un détour, car notre quartier est proche du centre. Je suppose qu'il hésite à me ramener chez nous. Dans la mesure où il ne sait pas ce que je trafiquais dans cette chambre au premier étage de l'hôtel, c'est compréhensible. Il doit certainement penser que j'avais rendez-vous avec ces gars et que ça a mal tourné.

Nous sommes à présent dans un quartier tranquille et silencieux, dans une partie excentrée de la ville. Il veut faire un grand tour pour pouvoir m'interroger avant de rentrer. Ça tombe bien, parce que moi aussi j'ai des questions à lui poser.

Je sais que je devrais être dévasté de découvrir qu'Adrian, mon ex et sans doute l'une des personnes qui a le plus compté pour moi, est l'un d'eux. Qu'Avery, qui connaît mes parents, soit aussi impliqué dans cette organisation. Seulement, à cet instant précis, ce qui me perturbe le plus, c'est l'implication de Potter dans toute cette histoire. Est-il l'un d'eux ? Devrais-je craindre pour ma vie ?

Je refuse de croire qu'il puisse être impliqué dans une organisation aussi malfaisante. Pourtant, de toute évidence, il est mêlé à quelque chose de pas net. Avait-il un rendez-vous avec eux et pourquoi ?

Je grimace de douleur lorsqu'un petit rebond de la voiture vient raviver ma douleur aux côtes. Goldstein aura beau dire tout ce qu'il voudra, ça fait un mal de chien. Je crois qu'une visite chez le médecin cette semaine s'impose. Ces connards n'y sont pas allés de main morte.

Je regarde mon reflet dans le rétroviseur : je fais peine à voir. Mon visage est tuméfié à plusieurs endroits. J'aborde un magnifique coquard à l'œil droit et ma lèvre inférieure du côté gauche est gonflée et rouge.

Voyons le bon côté des choses. Je suppose que ça me donne un petit côté mauvais garçon. Pansy dit toujours que c'est le genre de détails qui la font craquer. Bon, ça reste l'avis de Pansy. Personnellement, je mise plutôt sur le style BCBG propre sur lui. Il faudra cependant que je fasse une exception les prochaines semaines. Je pourrais peut-être même me laisser pousser la barbe pour rendre le personnage plus crédible.

Malgré tout, je bénis le ciel que mon nez soit toujours en un morceau. S'ils m'avaient cassé le nez, je crois que j'aurais piqué une crise. Finir défiguré à vie n'est pas du tout un de mes objectifs à court terme.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demande soudain Potter, brisant le silence.

Il essaye de prendre un ton léger, comme s'il n'était au courant de rien, mais sa mâchoire contractée et ses yeux qui fuient mon regard en disent autrement.

C'est maintenant que je dois la jouer fine pour le forcer à m'en dire plus.

- Des types m'ont cassé la gueule, c'est tout ce que je sais.

Ce n'est pas à moi de parler. C'est toi qui dois t'expliquer.

- Ça, je le sais déjà ! s'agace Potter. Mais vous les connaissiez, ces types ?

- Je ne les ai jamais vu de ma vie.

Potter me jette un regard dubitatif. Il paraît hésiter, puis lâche :

- Vous êtes vraiment sûr ?

Comment est-ce que… ? S'il sait que je les connais, c'est qu'il est forcément lié à tout ça. Et qu'il se méfie de moi.

En même temps, ce n'est pas très étonnant. Les apparences sont contre moi. Il doit penser que je suis de leur côté. S'il m'a vu avec Adrian, il doit même penser que je suis avec eux… Voire même l'un d'eux. Alors que je me suis contenté de monter à l'étage sans rien savoir de ce qui m'attendait.


"Et le vainqueur du prix du roman de l'année est Elphias Doge ! s'écrit Dumbledore avec enthousiasme.

Le public applaudit poliment. Je remarque que ça manque un peu d'entrain. Je suppose que les gens espéraient vraiment que Potter allait gagner. Encore une fois, le jury nous a prouvé à quel point il était vieux jeu et réfractaire à la modernité. Néanmoins, si vraiment Potter devait perdre, j'aurais aussi choisi le livre de Doge. C'est un roman passionnant sur une hypothétique République anglaise.

Doge monte sur scène pour recevoir son prix et commence un discours ronflant sur l'importance de la révolte dans la vie publique. Je fais semblant d'écouter tout en jouant à Angry Birds sur mon portable. Rien qui n'intéressera les lecteurs du Sunny Times de toute façon. Le niveau intellectuel du lectorat n'est pas si élevé, j'en ai peur.

Crivey est en train de bombarder de photos. Parfait, ça me permettra de cacher l'absence total de contenu de mon article. De toute façon les lecteurs de tabloïd sont comme les enfants : ils ne font que regarder les photos. Le texte, c'est de la déco. En tout cas, c'est comme ça que Zabini justifie notre salaire de misère. Je sais, j'ai un boulot déprimant. Mais au moins je peux boire du champagne gratos à ce genre d'événement.

La cérémonie s'achève donc sur le prix romanesque et Dumbledore nous invite tous à rester pour la célébration. Entendez par là : la grosse beuverie post-cérémonie. Le moment où les journalistes de la presse sérieuse s'en vont et le vrai boulot pour moi commence. C'est maintenant que les situations embarrassantes, paroles en l'air et coucheries éhontées vont avoir lieu.

"J'ai pris pleins de photos ! fait Crivey fièrement en me rejoignant.

- Super, mais on reste concentrés, je réponds. C'est le maintenant que ça devient intéressant.

- On surveille qui ? s'enthousiasme t-il.

Il a les yeux qui brillent, comme s'il était là pour dénicher un trésor. Pauvre gosse. Pour un peu, je le trouverai mignon. Il est arrivé il y a deux mois, c'est la fougue du débutant. Moi aussi j'étais comme ça quand j'ai commencé. Maintenant je balade un œil blasé sur la salle à la recherche d'un buzz potentiel tout en me demandant s'il ne vaut mieux pas que je démissionne pour vivre avec les allocations chômage. J'arriverai sans aucun doute à faire quelque chose de plus utile de ma vie. Les gens qui disent qu'il faut travailler pour remplir son devoir auprès de la société n'ont jamais été journalistes de tabloïd.

- Parvati Pati est ta cible numéro un. Elle a un potentiel de buzz de trois mille pour cent. Si tu la lâches une minute je te lamine.

- Ça marche ! répond t-il gaiement, visiblement pas impressionné pour deux sous.

Note pour moi-même : travailler ma crédibilité.

- Sinon, tu surveilles Potter et Lockhart. Il viennent de louper le prix tant convoité, ils vont peut-être se faire réconforter par une personne du sexe opposé.

Ou du même sexe d'ailleurs. On peut toujours rêver. Enfin, pour Potter, pas pour Lockhart.

- J'espère pas… dit Crivey en faisant la moue. Enfin, pour Potter, pas pour Lockhart.

- Je te préviens, tu ne surveilles pas que Potter. Ah, et tant que j'y pense, concentre-toi aussi sur les acteurs de la série Downtown Abbey et l'auteur du recueil de nouvelles gagnant.

- Remus Lupin ? Pourquoi ?

- Apparemment il a un amant. C'est Lavande qui m'en a parlé l'autre jour, elle enquête dessus.

- "Avait", me corrige Crivey.

- Quoi ?

- Il avait un amant. C'était Sirius Black, lâche t-il.

Whaaaat ?

- Comment tu sais ça, toi ? je demande, interloqué.

- J'ai fait mes recherches sur Potter, admet-il en rougissant. Black était son parrain. Mais ça tu le sais puisque…

- Black est le cousin de ma mère… je termine. Je… Je ne veux pas savoir comment tu sais tout ça. Et pourquoi tu n'as pas jugé bon de me le dire, pour Black et Lupin ?

- Je… Je ne pensais pas que c'était important.

- Règle numéro un du journaliste de tabloïd : tout ce qui concerne la vie privée d'une personne connue est très important.

- Ok… Je... j'y penserai la prochaine fois, fait-il, penaud.

- Parfait, dans ce cas, je vais aller jeter un œil dans le hall d'entrée. Pendant ce temps : toi, tu mitrailles !

- Bien chef ! répond t-il en faisant un salut militaire.

En réalité, j'ai juste besoin d'aller prendre un peu l'air. On étouffe dans cette salle. Tous ces corps collés les uns aux autres, ça me donne la nausée.

Je me pose sur le grand escalier en pierre à l'entrée de l'hôtel et m'allume une clope. Je ferme les yeux. Enfin un peu de calme et de sérénité. Mon mal de crâne est toujours là, mais je sens que ça se calme un peu. Je commence à me rendre compte de la connerie monumentale que je m'apprêtais à faire avec Adrian. Ça m'embête de le reconnaître, mais je dois une fière chandelle à Crivey. Le tabac fait progressivement son effet, et je me détends enfin. Si je pouvais, je resterai là et je ne retournerai pas dans cette salle bondée.

C'est le moment que choisit mon téléphone pour sonner. Je sors mon portable de ma poche : le nom de Crivey s'affiche sur l'écran. Qu'est-ce qu'il a encore ? Il peut pas rester tout seul deux minutes ?

"Quoi ? je décroche.

- Drago ? Il faut que tu viennes ! Je crois que je suis sur une piste ! me fait la voix de Crivey à travers le téléphone.

- Une piste ? De quoi tu parles ?

- C'est Potter… Drago, viens s'il-te-plaît. Je ne peux pas le chercher tout seul ! fait-il avec empressement.

- Attends… Explique-moi la situation, je ne te suis pas.

- Bon euh… J'étais en train de prendre des photos et surveiller les gens comme tu m'avais dit… Quand soudain j'ai remarqué que Potter s'éclipsait de la salle.

- Oui et… ?

- Ben, je l'ai suivi. J'aurais arrêté s'il était allé vers le parking mais au lieu de ça il est monté au premier étage. Bref, il… je ne le trouve pas. Il n'a pourtant pas réservé de chambre dans cet hôtel ! Il allait forcément voir quelqu'un. Il faut qu'on le trouve.

Crivey, bien que motivé pour des raisons qui n'ont rien à voir avec son travail, a parfaitement raison. Soit Potter a un quelconque rendez-vous galant et en tant que journaliste people, je me dois de le découvrir. Soit ça peut potentiellement avoir un rapport avec la conversation que j'ai surpris l'autre jour. Je sais, ça paraît tiré par les cheveux, mais depuis que j'ai entendu cette discussion avec ses amis, je ne peux m'empêcher de surveiller les agissements de Potter en me demandant s'ils ont un lien avec cette histoire.

- J'arrive.

Je jette ma clope avec résignation et raccroche. Lorsque j'arrive au premier étage, je fais un rapide tour des couloirs à la recherche de Crivey. Il n'est nulle part. Je tente de l'appeler sur son téléphone, il ne répond pas. Qu'est-ce qu'il a bien pu lui arriver ? Et où est passé Potter ?

Je peux toujours tester les portes des chambres, voir si certaines sont ouvertes ou si j'entends du bruit à l'intérieur mais…

"Drago ? fait soudain une voix dans mon dos.

La voix est grave et rauque. Je suis sûr de l'avoir déjà entendu, mais impossible de replacer un visage dessus.

Je me retourne. Face à moi, vêtu d'un smoking noir assez classe, se tient un homme d'une soixantaine d'année aux cheveux grisonnants. Je reconnais presque immédiatement ce nez un peu déformé et ces yeux globuleux : Avery. C'est une vieille connaissance de mes parents. Il venait souvent à la maison, quand j'étais petit et que Père vivait encore avec nous. C'était il y a bien longtemps.

- C'est toi le relais ? continue t-il, incrédule.

Le relais ?

- Oui… oui, c'est moi, je mens.

S'il y a bien quelque chose que j'ai appris au cours de ma carrière, c'est que les quiproquos sont toujours les meilleures manières de soutirer des informations. Je rentre dans son jeu, et on verra bien ce que j'apprends. Du peu que je sais d'Avery, s'il y a quelque chose de louche dans le coin, il y est forcément mêlé.

Il me guide rapidement dans une des chambres et claque la porte derrière nous, non sans avoir jeté un dernier regard suspicieux dans le couloir. Puis il se retourne vers moi, un immense sourire collé au visage.

- Aaah, le digne fils de son père. Il serait fier de toi s'il était là, fait-il en me donnant une claque dans le dos - geste oh combien viril et masculin, mais très désagréable avec les types comme Avery qui tapent comme des bourrins pour montrer qui est le plus macho.

Le digne fils de mon père ? Je n'aime pas du tout la tournure que ça prend !

- Sans aucun doute, je réponds avec précaution.

- Tu lui as dit ? demande t-il.

- Dit quoi ?

- Eh bien… Que tu avais rejoins nos rangs… Les rangs de...

Oh non... Ne le dis pas s'il-te-plaît !

- Notre digne société des mangemorts ! finit-il avec enthousiasme.

Eh merde.


Croyez-moi, vous n'avez pas envie de savoir qui sont les mangemorts. S'il y a bien un nom qui rime avec désespoir, c'est le leur.

Personne ne sait vraiment quand ils ont été fondés, ni pourquoi. En revanche, tout le monde connaît le nom de leur leader charismatique, Tom Jédusor. Il fut en son temps un éminent homme politique, avant qu'on ne découvre qu'il était le chef d'une organisation criminelle. Les gens ont tendance à avoir des frissons désagréables lorsqu'ils entendent son nom, ou pire, celui que lui donnait ses fidèles : Lord Voldemort.

Visiblement ce type avait la folie des grandeurs. Il se revendiquait d'un héritage noble totalement inexistant. C'est le genre de motif comportemental qu'on retrouve chez de nombreux dictateurs, d'ailleurs.

La version officielle, celle à laquelle je croyais jusque là, c'est que cette organisation a été dissoute, après la mort de Jédusor et l'arrestation des plus éminents mangemorts. Visiblement, je me trompais.

Si les gens craignent tant les mangemorts, c'est qu'ils sont à la fois puissants, malfaisants et dangereux. En effet, Jédusor était parvenu à convaincre tout un tas d'homme influents de l'époque qu'ils devaient affirmer leur supériorité sur la plèbe grouillante en prenant le pouvoir et en instaurant un système aristocratique. Cependant, ce n'est pas tant leur projet anti démocratique ni même l'opacité et les secrets qui les entourent qui les rendent aussi effrayants. Il y a surtout de forts soupçons qui pèsent quant à leur implication dans de nombreux événements comme des assassinats d'hommes politiques, des attentats sanglants ou des coups d'états ratés…

Bref, les mangemorts ne sont pas l'organisation la plus recommandable qui soit. C'est pour ça qu'en général j'ai tendance à ne pas me vanter d'avoir l'un d'eux pour père.