Chapitre neuf :
Persée ne s'était jamais attendu à ce que ce jour arrive.
Le jour où il serait jugé pour piraterie.
Il s'était déroulé quatre ans depuis ce jour à Conttoyor. Les choses s'étaient bien passées pour Persée et les pirates. Maintenant que les pirates avaient une force puissante, ils s'étaient grandement étendus. La majorité des bateaux qu'ils avaient pillés finirent par se rendre et rejoindre la flotte de Persée. Avec plus de navires, ils pouvaient maintenant faire leurs propres patrouilles et garder les Forts navals en permanence. Avec l'aide d'Annabeth et ses contacts dans d'autres villes, ils réussirent même à créer leur propre système de commerce. Le Great Inagua que Persée avait fondé il y a bien des années devint un endroit prospère pour les Pirates et les marchands privés.
Persée avait gardé contact avec Annabeth. À chaque fois qu'il allait à Kingston, il mettait un point d'honneur à la visiter. Ils parlaient quelquefois de leur commerce, des Nightingale, et d'autres choses importantes, mais la plupart du temps, ils parlaient simplement de rien d'important. Pour Persée, c'était une pause agréable de la vie imprévisible de pirate. Il était heureux et à l'aise auprès d'elle, et il pouvait voir qu'elle l'était aussi. Durant les dernières années, il sembla qu'il avait mis un point d'honneur à venir toutes les semaines ou presque, simplement pour passer un jour ou deux avec elle.
Ce n'était pas inhabituel pour Annabeth de l'accompagner sur les missions où elle l'envoyait de temps en temps. Ils avaient rapidement appris à lire l'autre et ça fonctionnait bien lors des missions d'infiltration comme celle-ci. La nuit de l'arrestation de Persée, ils ne durent partir nul part, comme ils cherchaient quelqu'un à Kingston. Tout ce qu'ils devaient faire, c'était d'entrer, trouver l'information qu'ils voulaient, interroger l'homme retenu là-bas, et sortir. Pourtant, Persée n'était pas préparé à être embusqué par derrière. Le garde s'était faufilé derrière lui, l'avait frappé à l'arrière de la tête, lui faisant perdre connaissance.
La prison était un endroit misérable. C'était sombre, comme la lumière d'une unique bougie éclairait le lieu. Les rats et les insectes avaient établi domicile dans les cellules. Bien qu'il ne puisse voir personne d'autre, il pouvait entendre les autres prisonniers gémir de douleur, ou se parler à eux-mêmes dans une hébétude cinglée. L'air était épais à cause de la poussière et d'autres odeurs innommables.
Au début de son séjour ici, ils essayèrent d'obtenir des informations sur les autres pirates et son travail, mais Persée garda le silence. Ils finirent par le laisser seul, peut-être dans l'espoir qu'il perde la tête. Il perdit rapidement le compte des jours qu'il avait passés dans sa cellule.
Dans les moments où il était éveillé, il se posait des questions à propos d'Annabeth, Grover, et son équipage. Il se demandait si elle avait elle aussi été capturée ou si elle avait réussi à s'en sortir. Il entendit quelques fois les gardes parler d'une prisonnière, mais n'était jamais parvenu à déterminer s'ils parlaient d'Annabeth. Persée n'était pas du genre religieux, n'avait jamais cru en une force plus grande, mais même lui pria pour que quelqu'un l'entende, qu'elle ne soit pas également enfermée ici.
Il s'inquiéta pour Grover et l'équipage du Blackjack. Savaient-ils qu'il était en prison, ou pensaient-ils qu'il les avait abandonnés ? Même si son équipage était férocement loyal, il n'attendait pas d'eux d'organiser une mission de sauvetage. C'était impossible, et ça les tuerait probablement de le faire. Ils pouvaient tout aussi bien supposer qu'il était déjà mort, parce qu'il le sera suffisamment tôt, de maladie, ou pendu pour ses crimes.
« Lève-toi », grogna un garde, en le soulevant.
Persée ne dit rien, et se contenta de regarder droit devant lui, tandis qu'ils le conduisirent à l'extérieur. La lumière du soleil l'aveugla quelques instants quand la porte s'ouvrit. Plusieurs rangées de bancs avaient été installées face à une table, posée sur une plate-forme, pour que tout le monde puisse voir. Les gardes firent défiler Persée devant la foule assise sur les bancs, et l'arrêtèrent devant la plate-forme surélevée.
« Persée Jackson ! annonça bruyamment l'homme à la table. Né en Angleterre, de Paul et Sally Jackson. Tu as été jugé coupable d'avoir attaqué nos navires, dévalisé nos entrepôts, et détruit nos plus grands Forts Navals ! Qu'as-tu à dire ? »
Persée garda la tête haute, parcourant la foule du regard. Il n'y avait pas de visage familier, non pas qu'il s'attendait à en trouver un.
« J'ai fait ce qui était juste. Vous, les rebuts de l'Olympe, prenez et volez tout ce qui appartient aux gens que vous prétendez diriger. Je l'ai récupéré et ai travaillé à ce que cet endroit redevienne le leur.
— Menteur ! Tu es une ordure de pirate ! » cria quelqu'un dans la foule.
Plusieurs autres se joignirent à lui, dans une protestation énervée.
« Silence ! Je dois avoir le silence ! »
Le juge écrasa son maillet de bois sur la table quelques fois, et la foule redevint silencieuse.
« Tu as été condamné à mort, Persée Jackson ! Tu pourriras ici, jusqu'à qu'un navire puisse te ramener là d'où tu viens. Là-bas, tu seras pendu, jusqu'à que tu sois mort ! »
« Persée Jackson ? »
Une voix grave le tira de son sommeil. Ne reconnaissant pas la voix des gardes, il ouvrit les yeux pour voir un homme âgé, avec des stries de cheveux gris, se tenir à la porte de sa cellule.
« Qui me demande ? » dit Persée en s'asseyant.
Le vieil homme regarda autour de lui, avant de sortir un jeu de clés, déverrouillant sa porte.
« Je suis un ami d'Annabeth.
— Annabeth ? »
Il sauta sur ses pieds et se précipita vers la porte ouverte.
« Elle va bien ? Elle est là ? »
Le vieil homme secoua la tête.
« Elle n'a pas été arrêtée cette nuit-là. Elle va bien, et m'a supplié de te secourir. Maintenant, il faut se dépêcher. »
Silencieusement, ils coururent à travers les couloirs sans fin de la prison. Persée ne savait pas comment cet étranger retrouvait son chemin ici, mais il ne posa pas plus de questions. Puisqu'ils étaient en pleine nuit, du moins c'était ce que Persée pensait, il n'y avait que quelques gardes surveillant les cellules. Brusquement, il s'arrêta à une cellule avec un visage familier.
« Léo », chuchota-t-il, regardant tristement l'ancien pirate.
Il y a longtemps, ils avaient supposé que Léo était parti et n'avaient plus jamais pensé à lui. Pourtant, Léo était là, enfermé, se parlant à lui-même, inconscient du monde autour de lui.
« Je suis désolé que tu aies fini ici, mon vieil ami. J'aurais aimé que tu trouves la paix dans un endroit que tu aurais rendu tien. »
Il soupira et continua à marcher. L'étranger le fixa un instant, avant de le suivre.
« Le connaissais-tu bien ? » demanda l'homme.
Persée secoua la tête.
« Pas autant que je l'aurais voulu. Je connaissais son nom et sa réputation. Même en tant que pirate, il préférait garder sa vie secrète. »
L'étranger acquiesça. S'échapper de la prison fut difficile, mais ils y arrivèrent. L'étranger abattit silencieusement les gardes, en utilisant la même sarbacane qu'Annabeth avait utilisée la nuit où ils se s'étaient rencontrés pour la première fois. Il y avait un petit mur autour de la prison, mais ils en trouvèrent une partie effondrée. Tout près, les attendait un petit canot à rames. Au loin, l'on distinguait la silhouette d'un navire. Pendant un instant, Persée espéra qu'il s'agisse du Blackjack, mais le bateau était trop petit pour être le sien.
« Où allons-nous ? » demanda Persée, alors qu'ils grimpaient dans le petit bateau.
Derrière eux, les alarmes du fort retentirent dans la nuit.
« Dans un endroit sûr », répondit une voix derrière lui.
Reconnaissant la voix, il se retourna et lâcha un soupir de soulagement. Se tenant derrière le gouvernail, se trouvait Annabeth.
« Annabeth ! C'est bon de te voir.
— Je suis heureuse de voir que tu es toujours en vie et que tu vas bien, dit-elle en s'approchant de lui. Viens, trouvons-toi des vêtements propres et de la nourriture. Nous devons parler de beaucoup de choses. »
Il hocha la tête, toujours ébahi de s'être échappé de prison, et d'être de nouveau avec Annabeth. Les jours les plus durs, il se concentrait sur ses souvenirs d'elle. Ses longs cheveux blonds, sa façon de pouvoir dire si elle réfléchissait par la manière dont ses yeux gris se plissaient.
Elle le guida en bas.
« Va te changer et je te trouverai à manger » indiqua-t-elle, en pointant un espace caché par un drap suspendu.
Ce qu'il voulait vraiment, c'était une longue et agréable baignade pour se débarrasser de l'odeur de la prison, mais des vêtements propres feront l'affaire. Il se changea derrière le drap et retourna là où Annabeth se trouvait. Elle était assise à une table, avec un plat rempli de pain et de fromage, ainsi que d'une bouteille de rhum. Elle poussa le plat vers lui, et en silence, le regarda se précipiter sur la nourriture. Même si la nourriture était basique, c'était la meilleure chose qu'il ait mangé depuis un long moment. Pendant son séjour en prison, il était chanceux s'il avait simplement un repas par jour. Parfois, il avait de la nourriture seulement tous les quelques jours.
« Combien de temps suis-je resté là-bas ? demanda-t-il, interrompant son repas.
— Plus de huit mois, lui répondit-elle. Nous ne savions pas si tu étais toujours en vie ou pas, jusqu'à ton procès. Une fois que nous t'avons retrouvé, nous avons commencé à préparer ton évasion.
— Nous ? Je ne t'ai pas vue à mon procès.
— Tu as raison, je n'étais pas là. Mais Chiron l'était. C'est lui qui t'a fait t'évader. »
Il prit une longue lampée de rhum avant de répondre.
« J'imagine qu'il fait partie des Nightingale.
— C'est notre mentor ; le plus proche que nous ayons d'un chef, expliqua-t-elle. Il nous encourage à faire les choses par nous-mêmes. Il est cependant toujours là quand on a besoin de conseil ou d'entraînement.
— Merci de m'avoir secouru, dit-il, en la regardant. Je ne pensais pas que quelqu'un s'inquiétait suffisamment pour risquer sa vie à le faire. »
Annabeth sourit tendrement.
« Tu serais surpris par le nombre de personnes qui se soucient de toi. As-tu oublié ton équipage, sur le Blackjack ? Ils ont attaqué tous les navires de prisonniers connus, à ta recherche. C'est comme ça qu'on a su que tu devais être ici. »
Ils restèrent silencieux un moment, profitant simplement de la présence de l'autre. Il finit de manger son repas, et continua à boire le rhum. Cela faisait si longtemps depuis la dernière fois qu'il en avait bu, il put rapidement sentir le liquide brûlant agir sur son esprit. Mais il s'en moquait. Il était sorti de prison, et Annabeth était là.
« Et toi ? »
Elle leva un sourcil.
« Quoi, moi ?
— Te soucies-tu aussi de moi ? »
Elle soupira doucement, et le regarda.
« Bien sûr que oui. Je pensais que tu le savais. »
Son cœur rata un battement en l'entendant prononcer ces mots. Il tendit la main vers la sienne, à travers la table, et elle ne se décala pas. La sensation de sa main sous la sienne lui confirma que c'était réel, et qu'elle était réellement assise devant lui.
« Je pensais à toi à chaque instant de chaque jour lorsque j'étais enfermé. Tous les jours, je me réveillais et me disais : s'il s'agit de mon dernier jour, je veux que tu sois mon dernier souvenir. Même maintenant, je me demande encore si c'est juste un rêve, ou si je suis devenu fou.
— Ce n'est pas un rêve, dit-elle tendrement. Je suis vraiment ici, et toi aussi. »
