Chapitre 8
Naru ouvrit difficilement les yeux. Sa bouche était pâteuse et une sensation humide la dérangeait au creux de son cou. Un peu de salive avait glissé de ses lèvres rosées durant la nuit, mouillant ainsi le col de sa chemise blanche et formant une jolie auréole qui lui seyait à merveille. Sa tête tambourinait sournoisement et lui offrait un mal de crâne mémorable. Les événements de la veille s'emmêlaient dans son esprit tel un dessein onirique très complexe. Seul ce fichu capitaine aux cheveux roux apparaissait clairement dans sa mémoire, au bras d'une somptueuse déesse. Cette image la rebutait au plus haut point, elle sentait ses doigts piqués par de vives douleurs et ses muscles trembler de colère. Mais que lui arrivait-il ? Naru poussa pour un bref soupir. Ce capitaine avait mis une sacrée pagaille dans ses pensées, en plus de cette vieille dame, dont la présence était de très mauvais augure. Au bout de quelques secondes, Naru remarqua finalement qu'elle avait terriblement mal à la jambe depuis son réveil. Elle avait même l'impression qu'elle était coincée sous…
─ Yasopp, tu m'écrases ! gronda-t-elle furieusement.
Le pirate ne remua pas d'un poil, malgré qu'elle l'ait poussé de toutes ses forces. Son popotin écrasait toujours vilainement Naru. Ils étaient littéralement collés l'un à l'autre. Pourquoi était-il avachi sur elle ? Et pourquoi son front était-il chatouillé par les cheveux de Sabo, dont le visage frôlait presque le sien ? Naru poussa un grognement agressif, mais rien à faire, ces deux enclumes ne bougeaient pas d'un pouce. S'étaient-ils vraiment endormis sur le sol du Burni, tous les trois, dans cette position suggestive ? Naru priait que cela ne soit pas le cas. Heureusement qu'elle portait encore un pull et qu'elle n'était pas nue au milieu du bar. Qui sait ce qui s'était passé la veille…
La porte du bar s'ouvrit subitement avec fracas, manquant de sortir de ses gonds. Naru sursauta d'effroi, tandis que la tête de Yasopp vint subtilement se caler contre sa poitrine. A croire que c'était assez moelleux pour monsieur. Naru attrapa aussitôt les joues de Sabo, seul instrument à sa portée de main et tenta de le lancer en direction de l'intrus avec désespoir. Elle ne voulait pas qu'on les surprenne dans cette position, tout ceci portait réellement à confusion. Cependant, ce geste désespéré était tout à fait inutile, jamais elle n'arriverait à le soulever à la force de ses bras maigrichons. Elle préféra fermer les yeux et faire comme si elle n'existait pas. Oui, c'était la seule solution qui lui restait.
En apprenant la nouvelle, Corazon s'était empressé de retrouver Naru dans toute la baie. Il avait tellement eu peur qu'il lui soit arrivé quelque chose. Quand il se planta devant la porte du Burni, elle était fermée à clé. Il n'avait pas réfléchi longtemps. Son pied vint se loger brutalement contre la porte, l'envoyant valser contre le mur adjacent. Puis il avait cherché la jeune fille du regard, avant de s'arrêter net, devant le tas humain qui trônait au centre de la pièce. Corazon haussa un sourcil, très intrigué. Mais à quoi jouait-elle exactement ? Elle croyait paraitre discrète, mais elle ne l'était pas du tout à fermer les yeux comme si elle tentait d'écraser une mouche entre ses paupières. Il ne put s'empêcher de lâcher un petit ricanement.
─ Je ne savais pas que tu aimais ça, dit-il en la narguant d'un sourire moqueur.
─ Tais-toi le barjot ! Ce n'est pas ce que tu crois !
Naru avait reconnu la voix de Corazon. Elle rouvrit les yeux aussitôt et vrilla son regard vermeil sur lui. Devant son air sceptique, elle crut bon de rajouter un peu plus calmement, comme si la honte prenait sa gorge en tenaille :
─ Enfin je sais pourquoi il a posé sa tête là lui, dit-elle en pointant Yasopp, qui se noyait goulument entre ses seins.
Elle lui octroya un coup de sandales sur la tête, mais Yasopp n'avait décidément pas envie de se réveiller.
─ Aide-moi le barjot au lieu de me regarder comme ça ! ronchonna-t-elle.
Corazon souffla une bouffée de fumée et entreprit de s'approcher d'eux, toujours aussi moqueur. Il riait de sa gêne évidente, mais aussi de ses joues rondelettes et enflammées d'une jolie teinte écarlate. Elle avait l'air tellement ridicule. Il était presque agenouillé à la hauteur du visage de la jeune femme, quand malheureusement, il glissa et tomba à la renverse. Corazon gisait juste devant elle, les quatre fers en l'air.
─ Tu l'as fait exprès, j'en suis sûre, dit-elle d'une voix monotone.
─ Eh Naru ! Tu me casses les oreilles, se plaignit Sabo en retirant enfin son bras de la taille de la jeune femme.
La jeune femme fulminait mais laissa le soin à Sabo de lui ôter le poids mort (c'est-à-dire cette très chère serpillère) qui l'empêchait de se mouvoir. Naru put enfin se redresser et se rhabiller correctement.
Corazon s'était démêlé les pinceaux et était maintenant assis en face d'elle. Il défiait Naru de ses prunelles sombres et brillantes. Elle eut du mal à soutenir son regard tant il était intense. Pourquoi fallait-il qu'il la dévisage comme un bout de viande ? Peut-être que ce qu'il venait de voir l'avait émoustillé... Naru baissa les yeux, soudainement très gênée, alors que Carozon affichait un sourire satisfait. Elle chercha à tout prix un sujet de conversation, afin de briser cette tension étouffante entre eux. Ce qu'elle dénicha plutôt rapidement :
─ C'est bizarre, pourquoi Geda ne nous a pas réveillé ? Où est-elle passée ?
Corazon semblait pensif, mais il se leva machinalement en allumant une cigarette. Il se dirigea ensuite dans le fond de la salle et contourna le bar tranquillement. Il comprit enfin ce qui s'était passé, tout ce qui s'était passé. Geda était allongée derrière le comptoir, entre quelques bouteilles vide et un seau d'eau.
─ C'est bizarre, Yasopp ne se réveille pas, même après tous les coups que je lui ai mis, s'inquiéta Naru.
L'ancien marine s'agenouilla auprès de Geda. Il tâta son pouls, qui était des plus réguliers, avec délicatesse et habileté. Elle était simplement endormie. Ce n'était donc pas une coïncidence. Tout ce qui s'était passé sur l'île cette nuit était lié. Une colère indescriptible envahit son être à mesure qu'il imaginait le scénario potentiel de cette tragédie. Il n'y avait que lui pour faire une chose pareille.
─ On nous a endormi avec du gaz cette nuit, déclara Corazon en se relevant, d'un ton monocorde.
─ Pourquoi ? rétorqua Sabo, encore légèrement plongé dans le coltard.
─ Allez voir dehors, c'est un vrai massacre. C'est pour ça que je suis venu te chercher Naru.
Il leur tourna le dos, sans rien ajouter de plus, et souleva Geda dans ses bras. Corazon la posa délicatement sur l'une des tables, tandis que les deux révolutionnaires se lançaient des regards anxieux. De quoi parlait-il exactement ? Le stress gagna immédiatement Naru, car une petite idée avait germé au creux de son esprit. Une odeur âcre stagnait dans l'air, vicieuse et dérangeante. Se pourrait-il qu'elle ait un rapport avec toute cette histoire ? Naru en eut le cœur retourné, car elle comprenait bien que quelque chose de très grave était arrivé. Yasopp choisit d'ailleurs ce moment pour émerger doucement de son sommeil, s'accrochant à la blouse de Naru dans un geste doux et protecteur.
─ Merci pour le coussin, souffla-t-il tout bas.
L'œil de Naru s'illumina d'une dangereuse lueur, exacerbée par l'inquiétude qui lui rongeait les sangs.
─ Tu n'étais plus endormi par le gaz ? demanda-t-elle avec un sourire inquiétant.
─ Bien sûr que non, tu crois quoi ? Je suis un pirate, pas une chiffe-molle, rétorqua-t-il en baillant.
─ Tu ne perds pour rien pour attendre, espèce de pervers.
Yasopp évita un énième coup de sandales avec facilité.
─ Calme-toi voyons, je ne dirai rien au patron…
Il lui souriait d'un air atrocement ironique, ce qui énerva Naru à la rendre rouge comme une tomate. Ce subordonné était aussi stupide que son capitaine ! Elle abrégea la discussion d'un coup de tête désintéressé et reporta toute son attention sur Sabo. Il était déjà sorti du Burni avec ses cheveux en pétard. Naru plongea instinctivement ses prunelles sur Corazon, qui lui indiquait la porte d'un air ferme et résolu. Elle déglutit, n'ayant aucune envie d'être confrontée à la réalité qui touchait de plein fouet l'île. La révolutionnaire emprunta le même chemin que Sabo, le cœur lourd, sous le regard inquisiteur de Corazon, qui se contenta de rester à l'intérieur du Burni.
Naru jaillit dans la lumière feutrée de ce matin estival, le souffle coupé. Des cadavres, partout, jonchaient le sol de sang et de déchets organiques non identifiés. C'était tout bonnement atroce. Des cris retentissaient partout dans la baie. Des enfants, des parents. Elle les entendait à présent, lancinants et terriblement misérables par la douleur qu'ils véhiculaient. Les voix se mélangeaient, s'unissaient, pour ne former qu'une seule et unique plainte.
« Ils sont tous morts ».
Tout le monde était sous le choc. Certains de ces cadavres étaient des villageois, d'autres étaient des pirates. Naru n'en fut que plus abasourdie. Qui pouvait pleurer la mort d'un pirate ? Ce n'était que des êtres sanguinaires. Et pourtant, aujourd'hui, ils se mélangeaient tous comme s'il n'y avait eu aucune distinction entre eux dès le départ. C'étaient tous des humains en fin de compte. On dénombrait environ une vingtaine de corps, éparpillés dans la rue. C'était impensable.
Les jambes de Naru vacillèrent sous son poids et elle tomba à genoux, dans une flaque de sang. Jamais elle n'avait vécu un tel massacre, même lorsqu'elle recevait les blessés sur Bartigo. Non, elle n'avait rien vu d'aussi atroce de sa courte vie. Elle prit quelques secondes pour réguler son souffle, s'accommoder du bruit, des cris et de l'odeur de chair brûlée. Une fois le choc passé, elle s'approcha d'un cadavre et examina rapidement ce qu'il en restait. La peau était écorchée, on ne reconnaissait même plus le visage de la personne. Son cœur se serra. Heureusement que Corazon et Sabo était sains et sauf. Mais qu'en était-il de Lergo ? Elle espérait seulement qu'il ne soit pas mort dans d'atroces souffrances comme toutes ces personnes. Naru se pencha sur le torse du cadavre, retenant le contenu de son estomac du mieux qu'elle put. Les organes de son patient avaient été transpercés par la lame d'une épée. C'était donc l'œuvre d'un être vivant. Naru en éprouva une profonde injustice, mais elle était également soulagée. Ce n'était peut-être pas la créature qui l'avait tué. Néanmoins, la révolutionnaire était quand même terrifiée à l'idée de savoir qu'il pouvait exister un être vivant assez fou pour faire un tel carnage.
Elle finit par délaisser son patient pour en examiner un autre, quelques mètres plus loin. C'était un enfant. Sa petite taille lui suggérait qu'il n'avait eu qu'une dizaine d'années. Elle lâcha quelques larmes devant l'atrocité de la vie. Elles s'écrasèrent au niveau du foie du jeune garçon, nettoyant dans leurs sillages le sang encore frais qui barbouillait sa peau. Naru fronça les sourcils d'étonnement et passa sa main sur le torse dénudé. Le corps était recouvert de sang, certes, mais il ne portait aucune égratignure. Une sueur froide coula le long de son échine. Serait-ce possible que…
Il n'y avait qu'un moyen de le savoir.
Elle empoigna son scalpel, accroché à sa ceinture, et ouvrit le torse du petit garçon avec précision. Ses certitudes se confirmèrent à la vue de ses organes lacérés et gorgés de pus verdâtres. Ce n'était pas l'œuvre d'un être humain.
Son sang se glaça aussitôt.
Naru recula comme si le corps la brûlait, l'effroi se lisant sur son visage pâle. Elle voulut fuir, quitter l'île sur le premier bateau. Qu'importe la tempête, elle ne pouvait pas rester ici une minute de plus. Son esprit se colorait de rouge, elle ne sentait que le sang, collé sur sa peau, collant le long de sa bouche comme si c'était elle qui avait tué toutes ces personnes. Elle sortit de sa torpeur et de son délire en percutant les jambes de Corazon. Elle sentit les bras de ce dernier enserrer sa taille et l'aider à se relever. Naru fondit sur lui, trop choquée pour pleurer ou même crier. Elle avait juste envie de sentir une présence réconfortante à ses côtés. Il lui caressa le dos chaleureusement et lorgna le corps qu'elle venait d'ouvrir à l'aide de son scalpel. Corazon distinguait nettement le pus verdâtre, dégoulinant dans la cavité abdominale.
Bon sang, qu'est-ce que c'était ?
Il relâcha Naru doucement, afin de s'approcher de cette énigme. Naru préféra s'éloigner du carnage, comme si le goût de sang était imprégné sur ses papilles. Elle grimaçait gravement, sans aucun éclat de vie dans ses petits yeux. C'était si irréaliste. De loin, elle vit Jonzy s'agenouiller près d'un corps et pleurer en serrant les poings rageusement. Naru s'approcha gentiment de lui, la mort à l'âme.
─ C'est… ton père ? lui demanda-t-elle d'une voix étriquée.
Naru se sentit idiote de poser la question, elle savait déjà que c'était lui. Jonzy était dévasté et ne l'avait même pas écoutée. Elle posa une main sur son épaule dans le but de le réconforter. C'était un maigre effort, mais elle espérait réellement l'aider.
─ Nous sommes tous prisonniers, chuchota-t-il soudainement, le regard toujours rivé sur le cadavre de son père. Ils ne nous laisseront jamais partir…
─ De qui parles-tu ?
Jonzy ne lui répondit pas, comme si le monde s'était arrêté autour de lui. Le silence pesant, les cris étouffés, tout était devenu sans importance. Il ne voulait pas admettre que son père était mort. Il ne voulait pas admettre qu'il était à présent seul. Naru recula de quelques pas, trop affectée par ce spectacle pour pouvoir trouver les bons mots. Il n'y avait aucun mot qui pouvait décrire ce qu'elle ressentait, ni même ce qu'elle aimerait dire aux habitants de ce petit pays.
Après tout, le mystère restait entier. Naru avait vue sur de nombreux corps, certains lacérés, d'autres seulement recouverts de sang. Elle souffla un bref instant, puis chercha Sabo dans la foule. Sa touffe blonde avait disparue, tout comme celle de Corazon. Naru déambula entre les cadavres, auscultant ceux qui ne présentaient aucune blessure externe. Quelque chose les avait tués, ce même quelque chose qui avait blessé Sabo au bras. C'était tout bonnement irréaliste. Naru sortit son carnet de sa poche, prit quelques notes et ferma les paupières encore ouvertes de la victime qui gisait devant elle. Elle ne connaissait pas son identité, mais une chose était sûre, cette personne avait eu affaire à la créature qui rôdait dans les bois.
─ Naru…
Geda posa sa main sur l'épaule de la jeune femme, sa voix douce embrumant le cœur sec de la révolutionnaire. La serveuse pleurait abondamment, son maquillage avait coulé et ne soulignait plus son joli minois. Naru ne trouvait toujours pas les mots et s'enfonçait doucement dans le désespoir. Quelles étaient les chances de retrouver Lergo vivant ? manifestement aucune. Elle n'entrevoyait plus de fin heureuse pour cette aventure.
─ Il y a quelqu'un qui te cherche, glissa la serveuse, les yeux emplis de larmes.
Naru détourna la tête, heureuse d'échapper à la peine de Geda, et vit Shanks approcher, un air indéchiffrable plaqué sur son beau visage. Elle n'avait pas envie de le voir. Curieusement, elle préférait se blottir dans les bras de Sabo ou de Corazon, en attendant que cette odeur infecte de sang et de chair brûlée ne cesse de la tourmenter. Shanks s'arrêta devant la jeune femme, qui s'était relevée, les mains en sang. Elle les essuya rapidement sur son T-shirt pour les nettoyer.
─ Je…
─ Yasopp est devant le Burni si vous le cherchez.
Naru pivota sur ses jambes flageolantes, déterminée à raconter à Sabo ce qu'elle avait découvert. Ils n'étaient pas fous, quelque chose de sombre se passait sur l'île, au plus profond de ses entrailles. Shanks insista auprès de la révolutionnaire, attrapant son bras dans un geste doux et attentionné. La main du pirate glissa un peu sur sa peau, entraînant un frisson de bien-être chez Naru, du bas de ses reins jusqu'au creux de sa nuque. Elle se délecta de cette sensation fugace avec regrets.
─ Qu'est-ce que tu sais ? demanda le pirate un peu plus fermement.
Elle comprenait qu'il était inquiet. Tous ces morts, ce n'était pas anodin, même pour un pirate de son rang.
─ On a été endormi par un gaz.
─ C'était donc ça, rétorqua-t-il les yeux braqués dans ceux dans la jeune femme.
Naru ne broncha pas. Elle ne voulait pas s'éterniser aux côtés de Shanks. Son enquête passait avant tout, même avant ses états d'âmes. Et puis, un sentiment contradictoire animait son cœur. Elle était irritée par le comportement Shanks, même si elle éprouvait du plaisir à sentir sa main sur elle.
─ Vous devez bien vous douter de la suite, continua la révolutionnaire en indiquant le corps à ses pieds.
Shanks hocha la tête, puis tira sur le bras de Naru, sa joue barbue frôlant celle de la jeune femme. Son souffle chaud chatouillait l'oreille de Naru.
─ J'ai vu quelque chose hier.
Sa voix ferme ne laissait pas de doutes à la révolutionnaire. Shanks ne plaisantait pas du tout.
─ D'accord mais pourriez-vous me lâcher ? s'enquit-t-elle nerveusement.
─ Es-tu venue sur mon navire hier dans l'après-midi ?
La voix de Shanks était glaciale, ce qui contrastait nettement avec la chaleur envoûtante de son souffle. Naru le trouvait presque effrayant sans son sourire d'idiot. Il méritait peut-être son titre d'Empereur pirate. Ce détail le rendait encore plus terrifiant aux yeux de Naru. C'était une chose qu'on lui dise qu'il était un pirate de renom, c'en était une autre d'y croire.
─ Bien sûr que non, j'ai d'autres chats à fouetter, marmonna-t-elle en tirant sur la cape du capitaine, dans l'espoir de le faire reculer de quelques centimètres.
Les craintes de Shanks se confirmèrent. Sa main lâcha le bras de Naru, pour venir sa placer agilement autour de sa taille.
─ Ça ne va pas ou bien ! s'énerva-t-elle. Je suis pas une grognasse à qui vous pouvez faire tout et n'importe…
─ On t'a vue monter sur notre bateau, enfin, on a vu quelque chose qui te ressemblait comme deux gouttes d'eux.
─ Pardon ?
─ Cette chose qui te ressemblait était entièrement nue et ne disait rien. Elle a fini par sauter dans l'eau, sous les yeux de mon second.
Naru se décomposa aussitôt. De quoi était-il en train de lui parler ? Elle n'avait pas de sosie sur l'île, et elle ne se serait jamais pointée sur leur bateau à poil. Shanks délirait complètement. A moins que…
─ Elle n'a vraiment rien dit ? rétorqua-t-elle, la gorge serrée.
─ Ben a entendu quelque chose avant qu'elle ne parte, un murmure, une voix qui l'invitait à la suivre.
Le sang de Naru se glaça dans ses veines, maintenant qu'elle avait compris de quoi il en retournait. La vieille dame à l'odeur infecte, le jeune garçon effrayé, son sosie dénudé… ils ne formaient qu'une seule et unique entité. La créature était apparue à leurs yeux, mais sous une forme différente à chaque fois. Ils l'avaient tous vue. Le vieil homme avait essayé de les prévenir, il savait ce qui se cachait dans l'ombre des arbres.
─ Quelque chose s'est réveillé dans les bois, vous l'avez vu comme moi… cette chose est dangereuse, même pour vous, elle est rapide et tue sans laisser aucune trace de son passage… regardez autour de vous, elle a déjà commencé, chuchota-t-elle, totalement paniquée.
Shanks s'apprêtait à lui répondre quand un bâton voltigea au-dessus de sa tête. Il l'évita sans peine, entraînant Naru avec lui. Elle se retrouva le nez niché dans ses pectoraux. Ses joues rougirent immédiatement alors que l'odeur du pirate enivrait ses sens de plaisir. Il sentait toujours l'alcool et la transpiration, mais ce n'était pas tout. Une odeur subtile imprégnait ses habits, c'était l'odeur qu'il dégageait naturellement.
─ Sale voyou, ne vous avisez pas de toucher ma fille !
Naru reconnut avec horreur la voix de son père. Elle s'écarta violemment de Shanks et fixa Chalry d'un air totalement ahuri.
─ Qu'est-ce que tu fais là ?
─ Tu croyais vraiment que j'allais rester dans ma chambre alors que j'entendais des cris de partout ? s'exclama-t-il, une colère noire dans le fond de ses yeux.
Il fusillait Shanks, le bâton pointé dans sa direction. Naru soupira en arrachant des mains de son père l'arme inutile qu'il brandissait. Il toussa soudainement une nouvelle vague de mucus dans le coin de sa chemise. Shanks était tout aussi surpris que Naru. Il adoucit son regard quand il devina que Charly était très malade, au vu du teint vert qu'il arborait.
─ Je reviendrai plus tard, informa-t-il simplement Naru avant de rebrousser chemin.
La jeune femme soupira de soulagement. Heureusement que Shanks n'était pas un capitaine pirate sanguinaire, sinon son père aurait déjà perdu sa tête à l'heure qu'il est. Elle fondit sa main dans celle de Charly et ils marchèrent ensemble jusqu'au Burni. Geda était encore en train de pleurer au milieu de la foule, mais Sabo était revenu et il attendait devant la porte en compagnie de Yasopp. Ce dernier eut un petit sourire mesquin en voyant la jeune femme revenir au bras de son père. Il ne s'attarda pas et partit rejoindre son capitaine au port.
─ Où est passé Corazon ? demanda-t-elle à Sabo.
─ Je ne sais pas, il a disparu.
Sabo haussa les épaules, tandis que Naru reconduisait son père à l'intérieur du bar. Il n'avait pas l'air choqué par ce qu'il avait vu. Charly avait déjà vécu beaucoup d'horreur dans sa vie. A ce jour, une seule chose lui était particulièrement intolérable :
─ Qu'est-ce que tu fichais avec ce pirate Naru ? Ce n'est pas comme ça que je t'ai élevée !
─ Je t'ai dit que c'est lui qui me tenait, je ne pouvais pas bouger !
─ Ce type ne perd rien pour attendre, je vais lui faire mordre la poussière, on ne touche pas à ma fille comme…
─ C'est bon papa, il a compris, crois-moi. Maintenant va te reposer, je ne pourrais pas te guérir si tu meurs de fatigue avant, lui reprocha-t-elle sévèrement.
Naru referma la porte du Burni aussitôt. Elle ne voulait pas que l'odeur de la rue n'entre dans le bar. Elle chassa son père à l'étage, puis les deux révolutionnaires se réunirent derrière le comptoir du Burni et sortirent une petite bouteille de rhum du placard. Naru donna un verre à Sabo et remplit le sien, plantant ses prunelles vermeilles dans le liquide qui barbouillait joyeusement entre ses doigts.
─ Tu le sais, n'est-ce pas ?
La voix de Naru résonnait faiblement dans la pièce, un murmure voilé par l'horreur qui se déchainait à l'extérieur. Sabo restait perplexe, ne sachant pas où sa coéquipière voulait en venir.
─ La créature est venue tuer ceux qui ont bravé ses avertissements.
Sabo n'était pas étonné. Ce que racontait Naru n'avait pas de sens, mais il avait pourtant l'étrange impression qu'elle avait raison. La révolutionnaire appuya ses coudes contre le comptoir, pensive. Quelque chose la turlupinait.
─ Certains corps ne présentaient pas de blessures externes, et d'autres si. Je me demande si ce carnage est l'œuvre d'une seule et même entité.
─ Quelqu'un d'autre est dans le coup tu crois ?
Naru hocha la tête d'un air grave.
─ Je crois que personne ne se rend compte de la menace de cette créature, car il y autre chose qui pourrit le cœur de cette île.
Sabo reposa son verre, visiblement intrigué par le raisonnement de Naru.
─ Alors Lergo serait venu à Balfredas pour une raison précise ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
─ C'est certain.
Elle se retourna, lâchant son verre dans l'évier après l'avoir bu cul-sec. Peut-être que ces satanés pirates déteignaient sur elle. Jamais elle n'aurait eu envie de boire de l'alcool, mais après un tel spectacle, elle n'avait pas trouvé d'autres solutions aux maux qui la tourmentaient.
─ Corazon n'est pas venu ici par hasard non plus. Il sait ce qui se trame dans l'ombre, comme tous les habitants de cette île. On nous berne depuis le début. Ce n'est pas le trésor maudit, ni même la créature qui pose problème sur cette île. C'est autre chose.
─ Mais pourquoi des villageois sont morts ? Pourquoi les pirates n'ont-ils pas été les seules victimes de ce massacre ?
Naru haussa les épaules. Elle n'en avait aucune idée. Sabo se rapprocha d'elle, posant une main de fer sur son bras droit. Il la fixait ardemment dans les yeux.
─ Que fait-on maintenant ?
─ Depuis le début, on essaie de nous dissuader de nous y rendre. Je crois que ce n'est pas une coïncidence.
Sabo échangea un regard entendu avec sa coéquipière.
─ Il est temps de traverser le grillage et de nous rendre dans le cœur de la forêt.
Voilà pour ce chapitre ! Je n'y ai pas passé autant de temps que les autres, j'espère qu'il reste potable. Ahah dans tous les cas, je ne promets pas que la suite arrive rapidement. Je pense plutôt poster un chapitre par mois. Désolé pour toute cette attente ! :s
Merci à Infinite Interstellar Time, Musicmyb et Lili pour leurs reviews ! Ça me fait suuuper plaisir (d'ailleurs je ne ne sais plus si j'ai répondu à vos reviews ou non, ça fait tellement longtemps, ne m'en veuillez pas si ce n'est pas le cas...) ! :)
Bonne dimanche à tous !
