Chapitre 9

PARTIE I

Sur un banc, dans un des nombreux couloirs de la base, j'étais assise avec la Générale, les mains dans les siennes, pendant qu'elle me dévisageait comme si je détenais la vérité. Il était toutefois important de signaler que son regard n'était pas malveillant, bien au contraire, il montrait rassurant. Les tremblements de mes mains dénonçaient mon angoisse, et d'être en face de la Générale me déstabilisait fortement. J'évitais de croiser son regard qui était rempli d'espoirs.

- Vous avez vu mon fils, n'est-ce pas ? me lança-t-elle de but en blanc.

Je redressai vivement la tête. Cette question me mettait mal à l'aise. Que pouvais-je bien répondre ? Elle était si brutale que mon cœur s'était arrêté durant quelques secondes. La générale n'en démordait par son regard fixé sur moi.

- Vous pouvez m'en parler, je sais que vous l'avez vu. Je reconnaitrais entre mille ses méthodes de tortures. Certains, ici, en ont déjà fait l'expérience.

- Mais pourquoi me demandez-vous ça ? À moi ?

- Dameron ne le comprendrait pas…

Il était tout aussi difficile pour la Générale pour moi de parler de ce genre de ces choses-là à une personne telle que Poe Dameron.

Eh bien ! Nous avons au moins un point commun.

- Vous ne lui faites pas confiance ?

- Bien sûr que si ! Je lui donnerais ma vie si c'était nécessaire.

- Alors, pourquoi ?

La Générale se raidit.

- Pour être honnête, je sais qui vous êtes. Je l'ai senti dès que vous avez franchi le système d'Ileenium.

J'arquai un sourcil. Que voulait-elle dire par là ?

- Je ne comprends pas…

- C'est très simple. Je suis réceptive à la Force.

- Mais, je n'en ai pas, je ne suis qu'une simple humaine. Comment auriez-vous pu sentir la Force, si ce n'est pas le cas ?

- Oh si, vous l'avez ! Vous le savez très bien, vous ne voulez pas l'avouer, tout simplement.

Je grimaçai et répondis :

- Je ne suis pas un Jedi. Vous vous trompez !

La Générale claqua sa langue contre ses dents et se repositionna droitement.

- Écoutez, Clara… Je ne parle pas de la Force qu'ont les Jedi. Vous êtes réceptive ça, c'est une certitude. Je parlais de la Connaissance.

- La Con… nai… ssance ? formulai-je, stupéfaite, accentuant les syllabes du dernier mot.

Je n'en revenais pas de la tournure que prenait cette discussion.

- Il existe dans notre galaxie une Force. Celle que les Jedi utilisent. Cependant, il en existe une autre. La vôtre est très spéciale. Vous savez des choses, Clara, qu'aucun d'entre nous ne savons.

Il semblerait cette fois-ci, Clara, que tu sois réellement fichue. Si c'est ce à quoi tu penses, tu ne peux plus (ou pas) lui mentir.

- Tout le monde ici connait beaucoup de choses, me justifiai-je. En quoi cela serait-il différent pour moi ?

- N'essayez pas de me duper, Clara.

- Ce n'est pas le cas, je ne me le permettrais pas.

- Venons-en aux faits. Si je vous dis ça, c'est parce que mon fils a dû sentir exactement la même chose, d'où le fait que vous aviez été capturée sur Jakku et qu'il vous ait torturé.

La Générale savait de quoi elle parlait. Lors de mon interrogatoire, Kylo avait reçu des informations qui n'auraient jamais dû lui être destinées.

- C'est pour cela que je vous parlais directement de mon fils, continua-t-elle. Vous savez qui il est, même si vous tentez de me prouver le contraire. Vous ne faites pas partie de notre monde. Vous ne saviez même pas pourquoi vous étiez sur Jakku. Quant à vos vêtements, bien que ressemblant aux nôtres, ils sont totalement différents. Clara, j'ai vécu plus de trente ans dans cette galaxie, je connais par cœur les tenues humaines, traditionnelles ou non.

Le visage de la vieille femme devint plus sérieux que jamais.

- Clara, en me retrouvant devant vous, j'ai eu la nette impression que je pouvais tout vous dire. Enfin, vous dévoiler sans prendre le risque d'être jugée sur mes actions ou mes paroles, parce que je suis une femme haut placée. Je l'ai rarement ressenti. La dernière fois remontait lors de ma…

Elle marqua une pause, cette pensée l'attristait, au vu de son expression qui venait de changer.

- Ma rencontre avec Luke Skywalker et Han Solo, murmura-t-elle.

Se souvenir faisait mal à la Générale, de l'eau avait coulé sous les ponts en trente ans. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Qu'est-ce qui leur avait échappé ?

Je pinçai les lèvres et me levai. Je me pris la tête dans les mains.

Je craquai, irrémédiablement.

La Générale m'avait cerné et m'avait ému dans sa façon de raconter son ressenti. Je me tournai vers elle, dépitée, et je me rassis.

- Écoutez… c'est vrai que je ne fais pas partie de votre monde, que je connais beaucoup de chose. Ce que je me demande depuis que je suis ici c'est : est-ce que je devrais finir par tout vous raconter ? J'ai lutté pendant de longues heures pour ne rien dire à votre commandant. Je me suis, la plupart du temps, ravisée de le faire au dernier moment. Les informations que je détiens, madame la Générale, sont extrêmement importantes. Ce qui me désole le plus dans cette histoire, c'est de savoir que votre fils a réussi à en obtenir quelques-unes. Alors, d'ici le temps qu'il les comprenne, la Résistance n'existera plus.

Mon épaule se fit plus lourde puisque la main du général s'y nicha.

- D'ordinaire, j'aurais accepté qu'on me donne ce type d'informations dites « déterminantes » sur l'avenir de la Résistance, toutefois, au vu de votre réaction, il est nécessaire que vous gardiez cela pour vous. La Résistance doit se débrouiller le plus honnêtement possible.

Cette réponse ne me plaisait pas. Je me souvins que Finn avait autant d'informations semblables aux miennes pour que la Générale puisse s'en servir, afin de détruire le Premier Ordre. J'avais, dans un élan d'espoir, espéré que la Générale m'ordonne de tout lui avouer.

- Je ne sais pas, ma Générale, si vous vous rendez réellement compte de l'importance du mot différence qui pèse sur mes petites épaules.

Son sourcil droit recourbé semblait montrer que sa curiosité avait été piquée.

- Que voulez-vous dire par là, Clara ?

- Serait-ce raisonnable de vous dire ce qui me tracasse concrètement, depuis que, je suis arrivée sur Jakku ?

- Je dois avoir une entière confiance en vous. Il n'y a que vous qui puissiez vous en donner les moyens.

Je poussai un soupir, attrapai les mains de la Générale et me lançai :

Allez, Clara, respire, respire, respire. Je suis enceinte, madame la Générale, d'un Stormtrooper ! Mais non, je plaisante.

- Vous n'existez pas !

Un silence apparu, plombant l'ambiance déjà tendue. Avais-je fait le bon choix de lui avouer mon plus grand secret, elle qui me demandait de ne pas en dire davantage ? Je me devais de rester le plus vague possible. La Générale entrouvrit la bouche et répondit d'une voix calme :

- Expliquez-vous.

- Si je suis différente de vous, c'est parce que vous n'êtes pas réels. Vous êtes des personnages fictifs venus d'un film que j'étais en train de regarder dans un cinéma. Vous avez été inventé.

Je voyais le visage de la Générale pâlir au fur et à mesure de mes explications. Quant à moi, d'une part, ces paroles sonnaient comme une libération, mais de l'autre, cela me déchirait le cœur.

- Qu'est-ce que c'est qu'un film ?

- Une vidéo projection, comme vous avez avec les hologrammes, mais sur un écran plus grand.

Elle était désorientée.

- Tenez, regardez ! Je vais vous le prouver autrement.

Je sortis de ma poche mon téléphone portable et le ticket collector en or que m'avait offert le directeur du cinéma. Je montrai à la Générale le ticket où le nom du film dans lequel je me trouvais était écrit.

- Vous voyez, je me trouve dans le film qui écrit ici, dans une langue étrangère : « Le réveil de la Force ». Et ça, ce n'est pas un Comlink, comme je l'ai spécifié à Poe. C'est un téléphone portable. Un moyen de communication pour appeler ses proches partout dans le monde. Vous comprenez maintenant mon embarras face à ça ?

Elle avait perdu sa langue, le temps probablement pour elle d'assimiler tout ça. Moi-même, cela me faisait mal de le dire. J'avais peur d'une possible réaction négative. Puis, au bout de quelques secondes, elle retrouva la parole.

- Vous avez menti au commandant Dameron au sujet de cet objet ?

Et c'est tout ce qu'elle trouve à dire ? Oui, c'est moche de lui avoir menti, je le sais et je le vis très mal.

J'acquiesçai ses propos en hochant la tête.

- Vous devriez peut-être lui dire à lui aussi, ce que vous m'avez raconté.

- Ce n'est pas une bonne idée et votre réaction m'a convaincu de ne pas le faire. Vous aussi, vous gardez bien des secrets envers votre commandant.

Je me sentais coupable de tout ceci.

- Je suis tellement désolée, ajoutai-je. Si je pouvais, je ne vous aurais rien dit. Je comprendrais parfaitement que vous ne m'aimiez plus après ça.

- Vous avez été honnête, Clara, je n'en demandais pas moins. Maintenant, que souhaitez-vous faire ?

- C'est-à-dire ?

- Admettons que nous gardions ce secret entre nous et que vous gardez le second, celui avec les informations capitales dont vous disposez. Vous avez posé les pieds sur la base de la Résistance. Le commandant Dameron m'a raconté que vous n'apparteniez à aucun clan.

La balance ! J'aurais dû m'en douter qu'il allait tout lui raconter !

- Il ne vous a pas menti, confirmai-je.

- Très bien. Il va de soi que je suis là pour décider de votre avenir dans notre base, mais il est aussi de mon devoir de savoir si vous allez vous battre à nos côtés, contre le Premier Ordre. La Résistance accepte toute nouvelle recrue, peu importe son ethnie et sa différence. Plus nous serons nombreux à les combattre, plus la victoire sera proche.

- Je ne sais pas, vôtre altesse.

Ce mot m'avait échappé de la bouche.

- Altesse, dit-elle, à mi-voix. Ça faisait longtemps que l'on ne m'avait pas appelé comme ça.

- Pour moi, vous resterez toujours une princesse, même si trente années se sont écoulées et que vous êtes devenu général.

La Générale rougit légèrement.

- Vous voyez, votre discours confirme ce que je vous disais plus tôt. Contrairement à Poe, je peux parler avec vous de tout sans risque. Mais ne changez pas de sujet, Clara. Allez-vous, oui ou non, nous rejoindre ?

- Et je vous ai répondu que je ne savais pas !

- Votre collier n'a donc rien à voir avec la Résistance ?

- Exactement. C'est mon père qui me l'a offert.

- Vous devriez tout de même réfléchir à ma proposition. Pour le moment, vous êtes la bienvenue sur D'Qar.

- Merci beaucoup Générale, je vais y songer.

- Je suis également désolée de ce que mon fils vous a fait subir.

- Ne soyez pas désolée pour quelqu'un qui n'en a que faire des personnes qu'il capture. C'est son choix. Le principal, c'est que nous soyons là, sains et saufs.

La Générale me décrocha un sourire compatissant.

À l'issu de cet entretien, nous décidâmes de quitter la pièce et d'aller à l'extérieur tout en papotant sur le fonctionnement de la base et sur les victoires que la Résistance a eu en trente ans. Elle était contente de pouvoir en parler avec quelqu'un qui avait un point de vue extérieur à son équipe. Au moins, elle était sûre qu'aucune louange n'allait lui être chantée pour chaque moment glorieux passé.

Debout sur les marches nous amenant à la plate-forme, nous observâmes les alentours.

- Comment… comment faites-vous pour maintenir votre Résistance à flot ? Surtout que beaucoup ont des personnalités divergentes.

- Il est arrivé parfois qu'au début, certains d'entre eux se disputent ou se battent. Nous leur rappelons le but initial de leur présence. Nous ne les punissons plus pour cela, car cela ne servait à rien. Après, il est tout à fait normal que ce genre de choses arrivent. Ils viennent de tout horizon.

- Je vois…

L'arrivée de Jessika suspendit notre discussion, elle avait apparemment terminé la sienne avec son groupe. J'avais tellement de choses à demander à la Générale, pour mieux comprendre ce que les films nous cachaient, mais j'avais peur de lui faire perdre son temps, c'était une femme très demandée et occupée.

Jessika salua la Générale dans une petite révérence.

- Jessika, si tu m'emmenais à l'infirmerie ? proposai-je.

- Avec plaisir, sourit-elle.

La Générale Organa posa une dernière fois une main chaleureuse sur mon épaule. Je lui rendis son geste par un sourire dès plus amicaux et suivi Jessika.

oOo

À l'infirmerie, une femme appelée Kaloma s'occupait de penser mes plaies. J'avais revêtu une petite blouse bleue le temps qu'elle soigne, les blessures qui se trouvaient un peu partout sur mon corps. L'endroit qui avait été le plus touché était le visage. Par chance, cela ne s'était pas infecté. Le soleil avait dû assécher les blessures.

- Vous avez eu beaucoup de chance d'avoir survécu à une telle chute.

- Je le dois à quelqu'un.

Il était inconcevable pour moi que je ne lui rende pas. Il avait mis tous ses efforts dans ma survie. Au fil de ma réflexion à ce sujet, je ne comprenais pas pourquoi j'avais été aussi imbu de ma personne envers lui. Ce n'était pas l'image de moi que je connaissais et que je véhiculais depuis quelques années. La panique ? Le doute ? Si c'était le cas, je ne pensais pas que ce genre de sentiment pouvait me faire agir de la sorte. J'avais beau m'être excusée un peu tardivement auprès de lui, je trouvais ça très limite comme façon de le remercier.

Jessika sourit à ma réponse et paru songeuse à son tour.

Quand le médecin passa aux choses sérieuses, c'est-à-dire recoudre les plaies, je faisais moins la fière et gémissais chaque fois qu'elle essayait d'en recoudre une. Devant ma réaction, Jessika et Kaloma rirent de bon cœur.

- Allons, nous avons bientôt terminé. Il ne nous en reste plus que trois.

- Je ne te pensais pas si douillette, ricana Jessika.

- C'est ça, moque-toi de moi ! J'ai toujours eu une peur bleue des aiguilles.

- Tu sais, à force de combattre le Premier Ordre, on finit par s'y habituer.

Je grognai une nouvelle fois quand elle toucha ma peau avec son aiguille.

- Et voilà. Nous avons terminé, attesta Kaloma.

- Ouf, enfin ! Merci beaucoup, madame. Jessika…

- Oui ?

- Je meurs de faim, maintenant !

- Ça tombe à pic, c'est l'heure à laquelle nous dinons avec l'équipe. Et pour ne pas te mentir, j'ai faim aussi.

Mon sourire se fit plus grand à cette déclaration.

oOo

Cette cantine était immense et plus d'une vingtaine de tables rectangulaires remplissaient l'espace. Je suivis Jessika et attrapai un plateau, des couverts, une serviette et un verre, avant de faire la queue pour récupérer nos plats.

Mais qu'est-ce que c'est que tous ces plats bizarres ?

Devant mon air hésitant, Jessika s'empressa de répondre :

- Ici, tu as dans les plats chauds du Dewback steak, c'est de la viande rouge. De l'autre côté, du poisson. Nous avons aussi des légumes, si tu veux.

J'optai finalement pour le Dewback steak avec un assortiment de patates et de légumes. Je vis Jessika prendre une sorte de vin nommé Chimbak». Je pris la même chose. Dans mon monde, cela ressemblerait plus à du vin blanc. Était-ce le même goût ?

Le plateau rempli, en allant nous assoir, nous remarquâmes qu'il ne restait que deux malheureuses places près de celle où toute l'équipe de Poe s'y trouvait. Je reconnaitrai n'importe où sa coiffure. Notre table, quant à elle, était quasi pleine d'officiers. Nous n'avions pas le choix. La cantine était pleine à craquer.

Nous nous assîmes et commençâmes à diner toutes les deux, cependant, il fut de courte durée.

- Tu as été à l'infirmerie, à ce que je vois, fis remarquer Poe, se trouvant à la table réservée aux pilotes de l'Alliance Rebelle.

- Oui. Kaloma a fait du bon travail.

- C'est une experte en la matière.

- Je ne te dis pas comment Clara a chouiné lorsque l'aiguille est arrivée, rigola Jessika, se remémorant la scène.

Poe éclata de rire également.

- Très drôle, Jessika. Merci.

- Je te rassure, on s'y habitue à force, répondit aussitôt Poe.

- C'est ce que Jessika m'a dit.

Instinctivement, nous nous lançâmes un petit sourire. J'avais tellement faim et la nourriture n'était pas si mauvaise.

- Alors, Clara, comme ça, tu vas rejoindre la Résistance ? s'exclama Temmin, assis à côté de Poe.

- Qu'est-ce qui te fait dire que je vais vous rejoindre ?

- Généralement, tous ceux qui finissent leur séjour dans la Résistance la rejoignent...

- Figure-toi que je n'ai pas encore donné ma réponse à la Générale.

Je continuai de manger, bouchée par bouchée, pendant que Temmin et Asty discutaient de ma présence sur D'Qar. Mais visiblement, Temmin n'était pas le seul à qui mon manque de réponse définitive gênait. En dehors d'Asty, même s'il ne disait rien, Poe n'en pensait pas moins et cela pouvait se comprendre, après la discussion que nous avions eue plus tôt dans la journée.

- Ne fait pas attention à ce qu'ils disent, ils aiment bien parfois se moquer des personnes. Tu sais, quand je suis arrivée ici, ils m'ont fait exactement la même chose. Encore plus quand ils ont vu que des femmes savaient piloter des X-Wing et qu'elles savaient combattre. Ils pensent que nous en sommes incapables et que c'est plus un travail pour les hommes.

- Mais la Générale est une femme et complote bien pour nuire au Premier Ordre, pourquoi n'agissent-ils pas comme ça avec elle ?

- Parce que la Générale est au-dessus d'eux. Une fois que tu auras fait tes preuves comme moi, ils te laisseront tranquille.

- C'est complètement idiot et sexiste…

- C'est leur manière à eux de s'occuper.

- Ça n'en reste pas moins idiot.

Je savais pertinemment que ces messieurs m'avaient entendu. J'entendis un grognement lointain venant de Temmin.

Poe fut le premier à quitter ses amis. Je jetai un coup d'œil dans sa direction, me délectant de cette vue de dos, qui était parfaite. Je soupirai et finissais mon assiette. Je n'avais pas pris de dessert. Peut-être la prochaine fois.

Nous fûmes les dernières du groupe à partir. Nous décidâmes d'errer dans la base afin de faire passer le temps. Jessika eut la bonne idée de me montrer son X-Wing qu'elle chérissait comme la prunelle de ses yeux. Elle me raconta ce qui avait été le plus difficile en matière de combat contre le Premier Ordre et son intégration dans l'équipe. Cette jeune femme était pleine de vie et ne cachait rien, à l'inverse de moi. Il était plaisant d'apprendre des choses sur elles qui m'étaient jusque-là inconnues. Dire que cette petite allait avoir du fil à retordre très prochainement…

Actuellement, plusieurs choix s'offraient à moi : aider la Résistance sans rien dévoiler, où partir à la recherche de Kylo de mon côté et faire mon possible pour qu'il arrête toute cette mascarade. Choix cornélien. Alors que certaines décisions se terminaient par être prises, de nouvelles apparaissaient. Était-ce cela, la vie adulte ? Avoir continuellement des décisions à prendre pour le bien de l'avenir ? Je regrettais par moment le temps où j'étais naïve, innocente, et que je ne comprenais pas toutes ces choses. Avoir entre ses mains la vie de tous ces gens n'avait rien de réjouissant. Je faisais même preuve de lâcheté et cela me rajouta une pression supplémentaire.

Avec la permission de Jessika, je l'aidai à entretenir son X-Wing. Ce n'était pas grand-chose d'astiquer un tel monstre, mais c'était déjà un bon début pour moi et quelque part, cela me rendait fière. J'imaginai tous ceux qui pourraient m'envier ce moment-là si Star Wars existait encore.

- Jessika, aurais-tu une clé de huit ? Je ne retrouve plus la mienne.

La voix de Poe résonnait dans mes oreilles comme une chanson agréable à écouter.

- Oui, je te donne ça.

Je l'entendai fouiller dans sa boite à outils. À peine venais-je de me retourner pour nettoyer la partie avant du X-Wing, que je remarquai Poe, les yeux rivés sur moi.

- Je voulais m'excuser, si Temmin peut paraitre parfois un peu trop…

- Un peu trop idiot et sexiste sur les bords ? le coupai-je.

- En quelque sorte. En vrai, c'est un type bien. J'espère que vous finirez par vous apprécier et prendrez le temps de vous connaitre.

- Je veux bien te croire.

- Tiens, Poe, dit Jessika, la clé de huit dans la main.

- Merci, Jessika, je te la rendrai demain.

Il récupéra la clé et me lança un dernier regard avant de retourner ensuite près de son vaisseau, afin de bricoler un peu dessus.

oOo

La nuit tombant sur la base, et épuisée par cette journée mouvementée, je proposai à Jessika de m'accompagner jusqu'au dortoir. Je ne connaissais pas encore pas par cœur le chemin et préférais ne pas prendre de risque. Je me voyais très mal demander toutes les cinq minutes si je me trouvais dans la bonne direction.

Démunie de vêtements pour dormir, Jessika me prêta une chemise de nuit longue et noire, où l'emblème de la Résistance était imprimé dessus. J'étais loin de m'imaginer que Jessika me suivrait finalement dans mon action : celle d'aller se coucher.

J'étais allongée sur le côté et discutais avec elle le temps de trouver le sommeil. J'étais vraiment contente d'avoir trouvé comme guide cette jeune femme, plutôt que Bastian. Je ne pouvais pas tomber mieux. Oui, elle était plus jeune que moi, mais cela me réconfortait. Avec Poe ou Bastian, cela aurait été un peu plus difficile et différent. Je n'aurais pas pu parler de choses que seules les filles comprenaient entre elles.

- Dis-moi Clara, que penses-tu de Poe ?

Je fus prise de court. Je n'aimais pas ce genre de question. Vivre ici changeait toute la donne. Je ressentais doublement leurs doutes, leurs réactions, leurs sentiments. Comme s'ils étaient enfin de compte humain et, sans m'en apercevoir, je rentrai dans leur jeu. Que je le veuille ou pas, je ne pouvais pas y rester éternellement insensible. Après la Générale, qui s'était dévoilée à moi, maintenant, c'était autour de Jessika. Celle-ci me prenait comme si j'étais un membre de son équipe.

- Tu parles de Poe ? Poe Dameron ?

Les joues de Jessika se mirent à rougir.

- Oui ! Tu as dû remarquer qu'il avait un physique très avantageux.

- C'est sûr qu'il doit plaire à beaucoup de femmes de la Résistance, mais tu ne serais pas un peu jeune pour lui ?

- De quelques années seulement, après rien ne m'empêche de fantasmer sur lui. Ici, tout le monde sait qu'il est célibataire. Il n'y a donc aucune objection pour le faire. Je suis sûre que tu le trouves aussi séduisant que nous… tu ne veux simplement pas le dire.

« Je suis sûre que tu le trouves aussi séduisant que nous… tu ne veux simplement pas le dire. » Jessika ne pensait pas si bien dire. Des souvenirs de nos heures passées ensemble sur Jakku et sur le Destroyer Stellaire remontaient dans ma mémoire.

- Clara ?

A l'appel de mon prénom, je repris mes esprits.

- Je le connais à peine, et notre rencontre n'a pas été des plus agréables.

- À cause de votre capture sur le Destroyer ?

J'acquiesçai d'un signe de tête. Nous entendîmes tout à coup, des voix s'élever depuis la porte de notre dortoir.

- À ce qu'il parait, nous avons une nouvelle recrue aujourd'hui, fit remarquer une voix féminine.

- Tiens, il semblerait que Kaydel, Korr et Pamich soient là, releva Jessika depuis son lit.

La porte s'ouvrit et, en effet, trois jeunes femmes entrèrent, souriantes, jusqu'à ce que leur regard se pose sur nous deux. Ma voisine de lit se redressa et me présenta.

- Nous ne savions pas que la nouvelle recrue allait dormir dans notre dortoir, réagit une jeune femme à la peau métissée et au chignon parfaitement coiffé, tiré vers l'arrière.

Je m'assis sur le lit et leur lançai un sourire craintif.

- Les filles, je vous présente Clara.

- Clara Berthelot, rectifiai-je.

- Nous sommes enchantées de te connaitre enfin, fit une autre jeune femme, pas plus âgée que Jessika et à la chevelure blonde, tressée comme la Générale.

- Pire, nous sommes très heureuses d'apprendre que nous avons une nouvelle colocataire, notifia la troisième avec des cheveux courts et châtains.

Jessika pointa du doigt les trois jeunes femmes en m'expliquant qui était qui. Kaydel à gauche était de taille moyenne et légèrement plus forte que ses deux compères. Korr au milieu était plus élancée et grande. Pamich à droite, semblait être une jeune femme tout à fait banale, aux courbes parfaites et au visage encore un peu enfantin. Korr donnait l'impression d'être la plus sérieuse et la plus stricte des trois, cela pouvait se voir à la façon dont elle se tenait, aussi droite que la Générale. J'avais également relevé qu'elle avait une broche sur sa veste que les autres filles n'avaient pas. Surement un emblème, indiquant qu'elle appartenait à un niveau plus élevé qu'elles.

Trois coups résonnèrent dans la chambre.

- Quelqu'un frappe, certifia Jessika.

- Kaydel, ouvre, commanda gentiment Korr, se dirigeant vers son lit pour s'y asseoir et diriger ses yeux vers la porte.

Kaydel ouvrit la porte. C'était Poe qui attendait derrière en compagnie de Temmin. Il lui adressa un large sourire avant de parcourir des yeux l'intérieur de la chambre. Elles étaient toutes présentes, il ne s'y attendait pas et montra une certaine gêne devant celle qui venait de lui ouvrir.

- Nous avons de la compagnie, annonça-t-elle en s'écartant. Entrez.

- Ça ira, j'attendrais dans le couloir, répliqua Temmin.

- Temmin, celui qui ne veut pas montrer qu'il sait être aimable, se moqua Kaydel.

Poe entra sous les rires des filles. Kaydel laissa la porte ouverte, des fois que Temmin changerait d'avis. Le commandant posa son attention sur moi et je vis ses yeux s'acheminer lentement vers le haut de mon cou. Je remontai timidement mes genoux vers ma poitrine et cachai la partie de mon corps visible avec la couverture. J'espérais qu'aucune des filles n'ait remarqué cet incident.

- Que nous vaut l'honneur de ta visite ? s'enquit Pamich, assise aussi sur son lit.

- J'étais en train de me diriger vers notre dortoir quand nous avons croisé la Générale. Elle nous a dit que Jessika l'avait amenée dans votre dortoir. Nous voulions savoir…

- Tu voulais savoir ! corrigea dans l'instant Temmin, depuis le couloir. Ce dernier admirait la scène, adossé au mur, et les bras croisés sur sa poitrine.

Poe savait très bien que, parfois, Temmin pouvait se comporter comme un gamin.

- Je voulais savoir, souffla Poe, embarrassé, si Clara s'était bien installée, et que tout se passait bien.

Les quatre filles étaient toutes aussi surprises que moi devant cette petite déclaration et la façon dont Temmin se démenait pour que nous ne l'incluions pas dans cette histoire.

- Comme tu le vois, j'ai parfaitement pris le relai et je m'occupe très bien de Clara, garantit Jessika.

- Je souhaitais m'en assurer, après ce que nous avons subit sur le Star Destroyer et sur Jakku.

- Tout va bien, Jessika s'occupe comme il faut de moi, répondis-je, en hochant la tête.

- Je… suis… rassuré, alors.

Kaydel, Korr et Pamich restèrent silencieuses.

- Je vais vous laisser dans ce cas, conclu Poe.

- Merci Poe, de t'inquiéter pour moi, le remerciai-je.

- De rien, c'est normal.

- Mesdemoiselles, passez une bonne fin de soirée ! Termina le pilote.

Elles se contentèrent d'un signe de tête et d'un large sourire. Poe rejoignit Temmin dans le couloir pendant que la porte se refermait derrière lui. Ils entendirent brusquement des rires, provenant de cette porte.

- Bravo, Poe, je pense que tu auras fait leur soirée, ironisa Temmin.

- Avance au lieu de dire des conneries !

Ils quittèrent le couloir. La porte s'ouvrit quelques secondes avant de se refermer aussitôt.

- C'est bon, ils sont partis, assura Kaydel.

- Poe est tellement mignon les filles, fantasma Korr à son tour, en allant vers une des deux armoires.

De nous cinq, si nous suivions les clichés de certains films, Korr était plus apte à avoir ses chances avec lui. Elle était commandante et gérait les opérations politiques.

- Ce que je trouve plus mignon encore, c'est de voir comment il s'inquiète pour Clara, nota Pamich. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu comme ça avec l'une d'entre nous. Même lors d'une mission qui pouvait mettre notre vie en danger.

Elles avaient toutes relevé cette différence. Je n'avais pourtant rien fait pour attirer son inquiétude et son attention. Je m'étais retrouvée tout au long de ces dernières heures dans des situations indépendantes de ma volonté.

Je leur souris et tapotai machinalement l'oreiller pour le rendre un peu plus moue. Je me couchai sur le dos et croisai mes bras sous l'oreiller. J'observai les filles se changer pour aller se coucher.

Il n'était pas si tard que ça, néanmoins, nous avions visiblement toutes passées une journée très éprouvante.

Ce qui me dérangeait à cet instant précis, c'était de sentir le frottement de mes cicatrices et des coups de soleil qui commençaient à apparaitre contre l'oreiller et le drap qui recouvrait mon lit. Ma nuit allait très certainement être mouvementée. J'étais toutefois heureuse de me retrouver dans un vrai lit, d'avoir pris une douche et d'avoir pu m'alimenter. Je retrouvai toutes les bonnes choses de la vie. J'avais ressenti durant quelques heures, ce que les sans-abris de mon monde vivaient au quotidien.

Je repensais à toutes ces péripéties, tandis que les filles parlaient entre elles de leur journée ou encore du physique de Poe.

- Au fait, j'ai quelque chose à vous dire les filles, déclara soudainement, Korr. J'ai pour la première fois, peur de le faire.

- Quoi donc ? demanda Pamich.

- Livrer tes sentiments à Poe ? se moqua Kaydel.

Nous rîmes toutes les cinq à cette remarque.

- Kaydel… Non, sérieusement. Demain je dois partir en mission sur Hosnian Prime, nous apprit-elle, le visage devenant triste.

Une pointe d'amertume me pénétra.

- Pour quoi faire ? dit Kaydal.

- Mission politique. La Générale veut m'envoyer là-bas, répondit Korr.

- Et pourquoi as-tu peur d'y aller ? demanda Pamich.

- À cause du Premier Ordre, soupira-t-elle.

- Et tu ne peux pas annuler ? intervins-je cette fois-ci.

- Pourquoi ?

- Si tu as peur à cause du Premier Ordre, je suis sûre que la Générale te comprendrait et annulerait ta mission diplomatique.

- Il n'y a plus aucune sécurité nulle part, Clara. Tu as beau faire partie de la Résistance, rien n'indique que tu ne mourras pas ou que ta planète ne se fera pas envahir par ces monstres. Et je ne suis pas du genre à me défiler.

Je soupirai face à cette réponse. Je laissai mes voisines discuter seules et, frustrée, je laissai vagabonder mon esprit afin de trouver le sommeil.


Coucou les amis.

Voilà le chapitre 9.

Comme vous l'avez vu, si je ne poste pas le mercredi, c'est le jeudi.

Il est plus long encore que les derniers et encore, j'ai été obligée de le mettre en 2 parties parce que la suite est très intéressante, plus que ce chapitre. Comme l'a signalé ma beta, oui, il n'y a pas d'action dans celui-là, j'espère que cela ne vous a pas dérangé.

Mais ce chapitre 9 était important pour l'histoire.

J'ai tout de même un peu l'impression d'en avoir perdu en route ^^ si c'est le cas, n'hésitez pas à me dire pourquoi, j'aimerais bien savoir et je suis curieuse.

Dites-moi également par quel moyen, hors site, et ma petite pub perso ici, vous avez trouvé mon histoire.

À l'heure où je vous poste le chapitre, vous avez commenté 69 fois =D. Je vous remercie encore et encore pour ces 69 reviews, toutes importantes, intéressantes, drôles.

Au passage, mon histoire a un mois d'existence, je suis trop fière, et je suis toujours là, grâce à vous.

Je remercie le courage de ma beta pour son boulot incroyable sur ce chapitre 9. Il était long et pas évident.

Petite info : dans le chapitre suivant, un chiffre symbolique d'un film d'horreur s'y glissera. À vous de me dire, si vous avez trouvé. Que je vous rassure de suite, ce ne sera pas un 666.

Sur ce, je vous fais de gros bisous et à la semaine prochaine.