G-boys toujours pas à moi... Bonne lecture.
9. Et si c'était un rêve...
Après le départ de Lady Une et la douche des filles, le pouvoir de Wei fut le premier sujet abordé ce soir-là. Wufei avait déjà rapporté à ses coéquipiers l'épisode de la flûte à champagne et la Chinoise leur raconta ensuite, Bianca à l'appui, comment elle avait fait bouillir le café de sa tasse.
« Ce doit être de la thermos-kynésie » commenta Quatre «Généralement, il est plus facile d'agir sur les matières instables, comme les gaz ou les liquides, mais ce doit être possible sur des solides comme les métaux ou le bois
Tous l'écoutaient attentivement. Il quitta le salon et revint avec un verre d'eau.
« Tu pourrais essayer avec ce verre d'eau ? »
Tous les regards se tournèrent vers elle. Elle se concentra sur le verre et mit toute sa volonté pour en geler le contenu, en vain. Percevant l'échange de regards dubitatifs de ses amis, elle redoubla d'efforts.
Mais rien.
Elle se mit à paniquer et commença à s'énerver contre elle. Pourquoi ça ne voulait pas marcher ? Tous la fixaient dans l'attente. Elle se sentait honteuse. La fatigue aidant, elle avait envie de pleurer.
« Tant pis pour cette fois... » souffla Quatre qui percevait sa détresse.
Mais c'est là que l'eau se mit non pas à geler, mais à bouillir.
« C'est l'émotion qui te fait faire ça ? » questionna le blond étonné.
« C'est la meilleure ! » s'exclama Duo.
« Non, la meilleure c'était de voir sa tête lorsque le verre de son Don Juan s'est brisé en morceaux » se moqua gentiment Wufei.
« Mon Don Juan ? Ma tête ? T'as pas vu la tienne ? Et depuis quand tu me surveilles ? »
« Vous êtes de vraies catastrophes ambulantes. Comment pourrait-on faire autrement ? »
Les autres filles baissèrent la tête et ne dirent rien. Elles ne pouvaient pas nier le fiasco de la veille à Sank. Bianca était d'une pâleur étrangement anormale. Mais Wei n'avait rien à se reprocher et elle reprit en colère :
« Des catastrophes ambulantes ? Homme sans cervelle ! Tu te crois toujours plus malin que les autres. Tu nous insultes alors que tu ne sais rien de nous et... »
« Je vous insulte, moi ? C'est toi qui n'arrête pas à longueur de journée ! Homme sans cervelle ! nia nia nia »
« Ha ? Parce que ONNA c'est pas une insulte peut-être ? »
Une scène très pittoresque.
L'échange se poursuivit sur le même ton devant des spectateurs affligés. Heero n'aurait jamais pu imaginer Wufei se mettre dans un état pareil pour de telles bêtises, lui qui d'ordinaire était un modèle de tenue et de respectabilité. Les deux Chinois piétinaient en place public l'honneur qui leur était si cher.
« Tu te prends pour le sauveur du monde ? Pauvre type ! »
« Je te rappelle que je t'ai épargné un tour à l'hôpital, voire au cimetière. Respect ton aîné, Onna ! »
« Non, mais je rêve ! J'aurais très bien pu... me... pro...téger...seule...»
Neuf paires d'yeux étaient maintenant rivées sur l'eau qui avait cessé de bouillir pour rapidement se cristalliser dans le verre et enfin devenir dur comme la glace !
« Ho ! Mon Dieu ! » murmura Bianca de plus en plus pâle en s'asseyant.
« C'est pas dramatique tu sais Bianca. C'est même plutôt une bonne chose » la rassura Duo.
Celle-ci semblait complètement perdue.
«Au moins on a une idée de ce qui déclenche ce pouvoir. Va falloir contrôler tes émotions ma
petite Wei. Sinon tu vas tous nous congeler un jour » plaisanta-t-il.
« Tu vas tous nous congeler... » répéta Bianca blanche comme un linge en fixant sur l'Américain des yeux éberlués.
« Bianca ? » appela Quatre qui la sentait partir « Ca ne va pas ? »
« Non » dit-elle les yeux exorbités « Ca va pas du tout. Je vais monter m'allonger un moment »
Quatre voulut l'accompagner, mais elle refusa fermement et quitta discrètement le salon où les commentaires allaient bon train sur le nouveau pouvoir de Wei.
« Qu'a-t-elle » interrogea Heero à qui rien n'échappait.
« Je crois qu'elle nous cache quelque chose. Ce serait en rapport avec son pouvoir que ça ne m'étonnerait pas du tout »
Après quelques plaisanteries de l'Américain et quelques commentaires désagréables du Chinois, le sérieux reprit ses droits et le Japonais commença l'exposé de la situation.
« Sept explosions simultanées se sont produites il y a 48 heures qui visaient directement l'institution des Preventers. Elles ont été revendiquées par un groupe du nom de Oz »
« Oz ! » s'exclama Lynn ?
« Non, ce n'est pas l'organisation que nous connaissons tous et qui a mené la guerre d'AC 195. Nous en sommes persuadés, car nous avons participé à son démantèlement et la mort de Treize Kushrenada a définitivement mis sous terre ce groupe et ses ambitions » continua Quatre « Nous sommes quasiment certains qu'il s'agit d'une nouvelle organisation, avec ses propres ambitions et qui a symboliquement choisi le nom de Oz »
« Ils sont tarés les gars ! »
« Le QG a reçu ensuite de nouvelles menaces mais sans la moindre revendication. De prochains attentats viseront des civils »
« Ils sont vraiment tarés… »
« Le centre biologique de L731, a détecté par hasard il y a quelque temps une concentration anormale de Quartz Fluo sur la colonie voisine L707 » poursuivit Heero sans se préoccuper des remarques de l'Allemande « Il a alors averti la Centrale de recherche de la Terre »
« C'est dangereux ça, le Quartz Fluo ? » demanda Lynn
« Non. Absolument pas a priori » répondit le Japonais « Mais cette concentration toujours croissante sur L707 était anormale et a finalement amené Lady Une à faire le déplacement afin d'interroger les dirigeants de la colonie »
« C'est là que les choses deviennent drôles » continua Duo « Aux dires de ces messieurs, ils effectueraient des recherches sur ce Quartz, afin de développer un médicament minéral. C'est bien connu qu'il faut des tonnes de Quartz Fluo pour ça » ironisa-t-il
«C'est alors que ce sont produits les attentats. Lady Une a rapidement fait un rapprochement. Elle pense qu'en fait L707 travaille au développement d'une nouvelle source d'énergie pour le compte d'une personne ou d'un groupe dont nous ignorons l'identité »
« Ça pourrait être cette organisation Oz ? » questionna Lynn.
« C'est une possibilité à vérifier » fit Quatre « Et nous n'avons pas d'autres pistes pour l'instant »
« Mais qu'est ce qui vous fait dire ça ? » s'étonna Wei « Pas mal de minéraux sont aujourd'hui utilisés pour fabriquer des produits thérapeutiques »
« La lumière aveuglante au moment de l'explosion » expliqua Wufei « Souviens-toi !Une bombe ordinaire, avec un rayonnement pareil aurait dû raser le palais. Or, l'explosion à été minime comparativement »
« Cette forte émission lumineusement lors de l'explosion peut parfaitement s'expliquer par la libération d'un minéral phosphorescent » compléta Heero.
Mais comment savaient-ils tout ça ? Les filles commençaient d'être largué. Lynn et Tanja n'avaient même pas vu l'explosion. Le silence qui suivit fut assez édifiant.
« Et qu'est-ce qu'on est censé faire maintenant ? » demanda l'Américaine.
« On attend les ordres »
« Demain, nos deux divisions sont convoquées au QG à la première heure » précisa l'empathe en s'assombrissant.
À la même heure, ce soir-là, se tenait le Conseil de la Paix à Sank. Lady Une, en tant que dirigeante des Preventers, avait la possibilité d'y assister à titre consultatif. Depuis les récents évènements, le Conseil avait été réuni plusieurs fois et sa présence avait été vivement sollicitée. Les Preventers étaient paradoxalement une force armée, mais aussi un instrument de Paix au service du Conseil.
Miliardo Peacecraft, le frère de Réléna, en était également membre, mais à titre honorifique seulement. Le capitaine le plus connu et le plus respecté des Preventers se révélait être aussi un habile politicien, devenu défenseur des idées familiales, et qui épaulait sa sœur du mieux qu'il le pouvait.
La Charte du Conseil de la Paix interdisait en effet le cumul des carrières militaire et politique, afin de réduire autant que possible l'éventualité d'un putsch. C'est pour cette raison que Ziben, le Premier Ministre de Réléna, avait dû renoncer un peu à contrecœur à sa carrière militaire. Jeune général de l'Alliance pendant la guerre, Ziben était aujourd'hui âgé de 35 ans. Il était le plus charismatique, mais aussi le plus controversé des Ministres de Réléna et n'était pas sans rappeler le devenu légendaire Treize Kushrenada. Beaucoup lui reprochaient son ambition. Sa grande expérience militaire était un atout comme un inconvénient, son caractère de meneur et sa forte personnalité générait autant d'enthousiasme que de critiques.
Dès son arrivée au Conseil, par exemple, il avait soulevé les cœurs en s'opposant farouchement à la restauration des lieux de culte détruits pendant la guerre. Selon lui, les fonds devaient êtres prioritairement investis dans des projets sérieux et tangibles. Alors que d'un côté la moitié de la presse l'encensait pour ses idées avant-gardistes, l'autre moitié avait publié, après une enquête qui n'a jamais été avérée, qu'il avait subi pendant son enfance un traumatisme causé par une éducation religieuse sévère, à la limite de l'intégrisme.
Une controverse parmi d'autres.
Quoi qu'il en soi, aujourd'hui, il semblait s'être dévoué à la cause pacifique des Peacecraft et était toujours le premier défenseur des idées de Réléna auprès des médias.
Lady Une ne portait pas Ziben dans son cœur. Certaines affinités naturelles se créent parfois au fil du temps entre les personnes. Ce n'était absolument pas le cas ici. Elle le détestait cordialement depuis le premier jour, car selon elle, il n'avait pas sa place au Conseil. En tant qu'ancien gradé militaire, s'il avait voulu faire du zèle pour la paix, il aurait dû intégrer les Preventers, plutôt que d'engager une carrière politique sous les projecteurs. Il y avait également le fait qu'on le compare à Treize qui révoltait intérieurement la jeune femme. Le brillant général était mort et personne ne pourrait arriver à sa hauteur avant longtemps, surtout pas ce pseudo-politicien.
« Il faut qu'une force armée secrète protège le Royaume et les colonies » insista Ziben.
« Nous avons les Preventers pour ça ! » répliqua rageusement Lady Une, en se levant de son siège.
« Et nous en apprécions toute l'efficacité depuis 48 heures »
Elle se mordait les lèvres pour ne pas l'insulter. Elle aurait voulu lui cracher à la figure que cette force armée secrète existait déjà bel et bien et sans lui, qu'il s'agissait d'une division de new-types. Cela il l'ignorait.
Il l'ignorait.
Elle se délectait de cette idée.
« Reconnaissez que la police préventive a atteint ses limites » poursuivit-il en se radoucissant.
« Vraiment, tu crois ! » pensa-t-elle ironiquement.
« Si l'on ose s'en prendre à ceux qui nous protègent et qu'ils restent impuissants, alors la sécurité et la Paix ne peuvent plus être assurées. Cette première défaillance peut devenir la brèche par laquelle vont s'engouffrer tous les terroristes potentiels et bientôt la Paix ne sera plus qu'un souvenir »
« Ne dramatisons pas » intervint Réléna . Elle savait bien à quoi pensait Lady Une à ce moment, puisqu'elle aussi y pensait « Nous n'y sommes pas encore. Bien que cette organisation m'inquiète et que je ne comprenne pas ses intentions, j'ai confiance dans les Preventers. J'ai demandé à notre Unité Spéciale de prendre l'affaire en main »
La fameuse Unité Spéciale, celle de nos G-Boys...Elle avait le respect de tous ici. Et Réléna aurait aimé ajouter « Ainsi que la nouvelle Division New Type ». Mais elle ne devait absolument pas révéler son existence. Ce serait peut-être le Jocker qui leur sauverait la mise. Le ministre proposait une force armée secrète qui, sans qu'il le sache, existait déjà.
Lady Une un peu calmée, se rassit correctement sur son siège. Comme tous ici, elle n'avait pas cessé de réfléchir à la situation. Les Preventers aujourd'hui étaient nombreux, ils faisaient partie des institutions. Hormis le Conseil de la Paix, c'était même la seule institution commune à la Terre et à toutes les colonies... Qui voudrait les abattre ? De plus, aucune organisation, aussi bien armée soit-elle, ne réussirait à se débarrasser d'eux tant qu'ils recevraient tous les suffrages des populations.
Un éclair traversa soudain l'esprit du Commandant.
Et si on cherchait à nous décrédibiliser ?
…
Pour nous remplacer...
Lady Une respira profondément et dévisagea le Premier Ministre.
...nous remplacer par une force militaire secrète...par exemple...
« Et cette force armée serait dirigée par vous, je suppose » reprit-elle à l'adresse du Ministre.
« C'est une proposition que vous faites Commandant lady Une ? » répondit-il sur le ton de la provocation.
« Sûrement pas ! »
« Commandant Lady Une et vous Monsieur le Ministre, vous êtes mes plus précieux alliés. Dans cette crise, laissez vos animosités personnelles de côté. Nous avons besoin que toutes les bonnes volontés coopèrent »
« Excusez-moi Madame la Présidente. Je proposais seulement une solution pour endiguer la vague d'attentats qui va s'abattre sur la Terre et les colonies »
« Espérons qu'il n'en soit pas ainsi... » soupira-t-elle.
Oui, ne soit pas si présomptieux. On pourrait croire que la situation t'arrange et te réjouit..., pensa Lady Une avec défiance.« Bien. J'ajourne le Conseil jusqu'à ce que nous ayons de nouveaux éléments » conclut Réléna en se levant « Je serai au QG des Preventers. Ziben, je vous remercie de votre proposition, mais il est trop tôt pour ce genre de recours » mentit-elle.
Lynn se retournait dans son lit sans parvenir à trouver le sommeil. Elle pensait à tous ce qui était arrivé les dernières heures et toutes les informations qu'elle avait appris en si peu de temps. Sa vie avait tellement changé…Pourtant maintenant elle n'aurait aimé être nul part ailleurs. N'en pouvant plus de tourner en rond dans son lit, elle se leva.
En sortant, elle pu s'apercevoir que la lumière en bas était toujours allumée, signe que Heero n'était pas encore couché et devait taper un énième rapport.
Mais quand dormait-il ? Couché après tout le monde, levé plus tôt encore que le soleil...Elle s'apprêtait à descendre, mais elle remarqua un faible filet de lumière qui filtrait sous la porte d'une chambre. C'était apparemment celle de Duo et Heero. L'Américain ne dormait donc pas. Elle en fut ravie. Sa compagnie serait un peu plus vivante que celle du Japonais.
Elle entre-bailla la porte de la chambre et passa doucement la tête pour regarder, quand une larme de vingt centimètres vint se planter à quelques pouces de sa frimousse. Elle ne put retenir une exclamation de frayeur et ouvrit grand la porte. Ses yeux tombèrent sur Duo qui tenait trois autres lames similaires dans la main gauche. Son regard était sombre dans la chambre mal éclairée, ses améthystes étaient devenues presque noires. Il la fixa un instant, comme s'il ne la reconnaissait pas. Puis il baissa les yeux et se dirigea vers elle. Lynn sentit son cœur s'accélérer. Son compatriote était... bizarre, elle avait peur.
Il s'arrêta à côté d'elle et, sans lui jeter le moindre regard, s'employa à arracher de l'embrasure de la porte la lame qu'il venait de planter. Lynn ne bougeait toujours pas. Elle se sentait pétrifiée. Le jeune homme dégageait une aura si puissante et si noire... Instinctivement, ses yeux furent attirés par les longues lames qui brillaient autour de sa taille. Que faisait-il avec un attirail pareil ?
Il tourna enfin les yeux vers elle.
« Tu ne devrais pas entrer comme ça »
« … »
Sans un mot de plus, il fit demi-tour et se dirigea vers son lit. Puis, il détacha doucement la ceinture à laquelle étaient suspendues de multiples armes blanches de toutes tailles et la posa délicatement sur le lit.
« Entre »
Elle s'exécuta. Duo inspira un grand coup en fermant les yeux et s'assit sur son lit, les coudes sur ses cuisses et les doigts croisés.
« Est-ce que ça va, Duo ? »
« Oui, ne t'en fais pas » répondit-il avec un sourire en coin en fixant ses mains, avant d'ajouter pour lui-même « Ca faisait longtemps… »
Elle s'approcha, après avoir refermé la porte, et s'apprêtant à s'asseoir sur le lit en face de lui, il lui suggéra :
« Non, à ta place je ne m'assairais pas là. C'est le lit de Heero » sourit-il « Tu ne sais pas comment il est en colère »
Pourquoi Heero ne voudrait-il pas qu'on s'assoit sur son lit ? Encore un mystère à élucider sur le ténébreux Japonais, pensa-t-elle. Cependant, elle préféra écouter le conseil et s'assit sur le lit du natté.
Duo semblait revenir peu à peu à lui-même. En vérité, il se sentait fatigué et une certaine incertitude mêlée de mélancolie, flottait maintenant dans ses yeux. Lynn, désignant du doigt la ceinture qui était déposée près d'eux demanda « Je peux ? »
Il hocha la tête et elle tira par la poignée une grosse dague pour en regarder la lame.
« Un vieux souvenir de la guerre. Je les utilisais beaucoup il y a quelques années »
« Tu ne t'en sers plus ? »
« Si, mais on m'a suggéré d'éviter... Disons que ce n'est pas un moyen d'action très académique chez les Preventers » Il avait retrouvé son habituel sourire « Je les sors seulement pour les missions exceptionnelles, quand on a carte blanche. C'est marrant comme dans ces cas le mode d'action n'est plus primordial, dans la mesure où on remplit l'ordre de mission »
Est-ce qu'il était blasé ?« Moi, ce que je vois dans ses moments, c'est qu'on risque d'y laisser nos peaux. Alors ça me fait deux bonnes raisons d'être efficacement armé, si je veux rentrer vivant au bercail »
« Efficacement armé, tu dis ? »
Il sourit à nouveau.
« Moi, je connais rien de plus efficace ! Tu t'apercevras lors de certaines missions que le gentil Quatre, par exemple, à toujours au moins trois flingues sur lui ou que Wufei refuse catégoriquement de se séparer de son sabre. On sait trop bien ce qui nous attend parfois »
Lynn écoutait attentivement. Si Duo avait ressorti ses lames, c'est qu'il allait y avoir une mission, et qui plus est une mission sûrement dangereuse. Il poursuivit comme s'il lisait dans ses pensées.
« On va être envoyé en mission spéciale. Ce n'est qu'une question de temps » déclara-t-il tranquillement en se basculant sur le dos « On n'a pas eu de crise pareille depuis la fin de la guerre... Combien de morts encore...» songea-t-il en fixant le plafond. Puis il se redressa et la regarda.
« Et vous serez de la partie. Tu comprends ce que ça veut dire ? » interrogea-t-il plus gravement.
Elle resta silencieuse, ne comprenant que trop bien. Elle commençait à ressentir que leur action à elles aussi serait décisive.
« Apprends-moi ! »
Il la regarda incrédule.
« Apprends-moi ! Je veux pas mourir avant l'heure, si ce que tu dis est vrai... »
« Tu veux que je t'apprenne quoi ? À planter des lames dans les cœurs ? Dans les têtes ? À couper des carotides ? Sois raisonnable ! Il y a des pratiques plus humaines »
« C'est pas pire qu'un flingue ! »
« Détrompe-toi ! On en sort beaucoup moins propre »
« Le résultat est le même ! Mort pour mort ! »
Il la jaugea des yeux, mais elle était belle et bien décidée.
« Je crains pas le sang » ajouta-t-elle pour finir de le convaincre.
Elle a des tripes, pensa-t-il.
« Très bien. Je t'aurai prévenu »
Il se leva et lui saisit la dague des mains « C'est Hee-chan qui va être content »
« Tu es ironique ? »
« Non » souria-t-il « Heero Yui apprécie à leur juste valeur toutes les méthodes efficaces et silencieuses qui ont fait leurs preuves »
Et sur ces mots, il envoya la lame se planter à nouveau dans l'embrasure de la porte.
Le petit matin arriva. Un matin difficile. Une fois n'était pas coutume, ce fut Tanja qui réveilla Bianca. La Française semblait ne pas pouvoir ouvrir les yeux. Elle finit pourtant par les ouvrir.
« Vas-y... J'arrive... » dit péniblement la Française.
« T'as une sale tête ce matin »
« J'ai fait un cauchemar horrible. Je vous massacrais tous à coups de revolver... J'espère que ça arrivera pas »
« Sûrement pas de sitôt » se moqua Tanja « Allez, lève-toi, sinon lovely Gun-man va monter et te sortir du lit »
Bianca grimaça. Sa compagne de chambre avait parfois un humour douteux. Mais ne voulant pas voir rappliquer Heero ou même Wufei, elle se sortit du lit.
« Je vous rejoins tout de suite »
L'Allemande quitta donc la chambre en sifflotant et rejoignit son petit monde à la cuisine pour le traditionnel petit déjeuné. Rares étaient les matins où ils le prenaient tous ensemble. Heero et son journal. Quatre affairé autour de la cuisinière. Trowa, la tour d'observation, jetait des regards intrigués sur Lynn. Il faut dire que cette dernière s'amusait avec le couteau à beurre, sous les yeux amusés de l'Américain. Son nouveau jeu, pensa l'Allemande qui ne s'étonnait plus de rien. Wufei, droit comme un I, buvait son café.
Ha non !
Rectification. Il crachait son café.
Un sourire de satisfaction se dessina sur le visage de Wei et ses yeux se parèrent de joie et de fierté.
« Onna... Tu as le cœur à jouer, mais ça va pas durer » Lui-même n'avait pas envie de répliquer davantage. Il était déjà plongé mentalement dans le travail.
« T'aimes pas l'ice coffee, Wuffy ?»
« Tu as déjà compris le truc ? » demanda Trowa à la Chinoise en s'étonnant.
« Hum... Disons que je m'entraîne et que les résultats sont assez concluants »
Wufei avait le regard mauvais et vraiment pas le cœur à rire.
«Ahhhh Sensei » compatit Tanja. Elle aimait l'appeler ainsi « Tu n'as jamais été du matin » le taquina-t-elle en secouant la tête.
« Ça c'est sûr... » ajouta Lynn en échappant ce qu'elle avait dans les doigts.
« Arrête un peu avec ce couteau à beurre ! » réprimanda Wufei.
« Ben voilà ! Il ronchonne ! Je trouvais pas ça normal aussi. Me voilà rassurée » renchérit l'Américaine.
Quelle ambiance familiale ! Tanja aimait ces matins harmonieux et pleins de vie, moments privilégiés de communication ! Mais il se produisit soudain une chose qui n'était jamais arrivée.
On sonna.
« C'est chez nous qu'on sonne ? »
« C'est pas une planque ici normalement ? »
Heero sorti son revolver et se leva.
« J'y vais »
Mais ils quittèrent tous la table pour le suivre.
Bianca dévala les escaliers pour s'arrêter complètement paniquée sur la première marche.
« On a sonné » paniqua-t-elle.
« Ca va pas mieux toi ! » fit remarquer l'empathe.
Heero s'apprêtait à ouvrir la porte d'entrée avec précaution. Trowa était en embuscade sur le côté, juste au cas où.
« Faites qu'il y ait quelqu'un ! Faites qu'il y ait quelqu'un ! » priait-elle.
« Je préférerais que ce soit personne... » fit Duo.
Heero ouvrit brusquement en braquant son arme et...
Personne.
Bianca était tétanisée.
« Ça devait être une erreur » se rassura Duo.
« Non » corrigea Trowa « Il y a une mallette déposée sur le seuil »
« Avec la marque des Preventers » rajouta Heero en la saisissant.
La Française s'effondra sur les marches. Ses jambes ne la portaient plus, mais elle s'écria avec toute la force possible »
« IL FAUT PAS L'OUVRIR ! »
Heero lui jeta un regard en biais
« Et pourquoi ? »
« Je... Je crois que ça va sauter »
« Et comment le sais-tu »
Elle essaya de calmer sa respiration avant de répondre.
« J'en ai rêvé »
« Tu te moques de nous là ? »
« NON ! » s'écria-t-elle « Non, je suis sûre que je fais des rêves prémonitoires. Hier par exemple, quand le verre d'eau s'est gelé, l'accrochage entre Wei et Wufei... Et cette phrase « Tu vas tous nous congeler...» et pleins d'autres encore... »
Elle essayait de les convaincre avec toute l'énergie du désespoir.
« Il faut me croire... » Elle était au bord des larmes.
« On te croit » dit le Japonais.
Elle leva la tête, surprise et soulagée.
« Depuis quand fais-tu ces rêves » questionna le blond.
« Ces rêves-là remontent à plusieurs semaines, avant même que j'arrive ici... »
« En attendant, on va prendre des précautions avec ce bébé » fit Duo en désignant la mallette « Je vais chercher ce qu'il faut »
Après quelques manipulations de l'objet, Duo mis à jour le micro-détonnateur dissimulé dans le système d'ouverture. Il en coupa habillement les fils et ouvrit la mallette en toute sécurité pour mettre au jour les explosifs qu'elle contenait.
« Je ne sais pas de qui vient le cadeau, mais il nous aurait pas raté avec ça »
La situation se corsait un peu plus.
« On veut nous éliminer » commenta Trowa
« Ça serait pas la première fois » fit remarquer Duo.
« Sauf qu'on y serait sûrement passé sans l'intervention de Bianca » ajouta le Français.
La concerné sentait le poids du monde sur ses épaules. Si c'était là son don, elle en aurait largement préféré un autre, surtout après les rêves affreux qu'elle faisait les dernières nuits.
« Ne perdons pas de temps, il faut pas rester ici » intima Wufei.
Heero acquiéça « Prenez toutes vos affaires, on va au QG comme prévu »
Dix minutes plus tard, ils étaient en route. À l'arrière de la camionnette, Tanja demanda songeusement à Bianca « C'était quoi déjà ton rêve de cette nuit ? »
À suivre
