Chapitre 9

J'étais sur le point de mourir sur place. Si ça se savait, j'étais foutu. Ma carrière serait foutue, et ma vie le serait tout autant. J'avais entièrement oublié l'espoir de trouver la personne qui me rendrait heureux. Tout ce que je voulais, c'est que ça ne se sache pas. J'étais prêt et résolu à tout faire pour cela. Mais c'était peut-être trop tard...

Sho : Il nous a dit que tu étais dans une impasse en ce moment.

Moi : Eh ? C'est tout ?

Sho : Oui. C'est pour ça que je voulais en savoir plus.

Je finis par lâcher son bras qui retomba le long de son corps, puis poussai un long soupir.

Moi : Je ne veux pas en parler. Parce que si ça se sait... je serai vraiment dans la merde.

Sho : Pourquoi ? C'est grave alors ?

Moi : Je sais pas si on peux vraiment dire que c'est grave, ou du moins ça dépend du point de vue... Mais je veux qu'on me laisse tranquille avec ça.

La pièce redevint calme et silencieuse. Sho croisa les bras et fit la moue tandis qu'il réfléchissait à mes paroles.

Sho : Tu sais, tout problème a une solution. Si tu ne veux pas que l'on se mêle de cette histoire, il va falloir que tu trouves par toi-même qu'elle est la solution à ton problème. Ça peut très bien être difficile, comme ça peut être facile à trouver. Comme je ne sais rien de ce qu'il se passe, je ne peux pas t'aider plus que ça.

J'acquiesçai en silence. Il avait raison. C'était bien beau de se morfondre en me disant que j'avais des problèmes, mais si c'en était réellement, il devrait y avoir des solutions. Y en avait-il pour moi ? Pouvais-je vivre sans me préoccuper de ce que j'étais ? Ou devrais-je me cacher pour pouvoir connaître le bonheur ? Je voulais être heureux, quel qu'en soit le prix, quel que soit le temps à attendre pour pouvoir l'atteindre. La vision de la personne qui m'était destinée me revint, et son regard reprit sa place dans mon esprit. Je l'aimais déjà. Je ne savais pas à qui il appartenait, mais je ressentais déjà des sentiments forts pour cette personne. Elle serait celle qui m'aimerait, qui m'aiderait, me conseillerait, et croirait en moi. Et je ferai la même chose pour elle.

Un fin sourire s'étira sur mon visage. L'espoir était revenu, je pouvais de nouveau vivre.

Sho : Tu as l'air d'aller un peu mieux.

Moi : Oui, merci pour tout.

Sho : Je peux te poser une dernière question ? Est-ce que par hasard ton problème serait le même que celui de Nino ?

Moi : Eh ?

Je feignis en me tournant vers le miroir afin de me passer de l'eau sur le visage et arranger un peu mes cheveux salés par les larmes. Je vis du coin de l'œil Sho esquisser un sourire avant de se tourner vers moi en affichant un autre beaucoup plus franc.

Sho : C'est impossible, pas vrai ?

Moi : Ouais, c'est impossible...

Il m'adressa alors une tape amicale sur l'épaule, puis se dirigea vers la porte qu'il ouvrit en grand.

Sho : Je retourne dans la salle de répétition, ne tarde pas trop à nous rejoindre.

Moi : Ouais, j'arrive.

Sho : Je dirai aux autres de ne pas te poser de questions sur ce qu'il s'est passé.

Moi : Merci, ça m'arrange.

Je revins donc quelques minutes plus tard dans la salle où se trouvaient les quatre autres membres et nous commençâmes la répétition pour notre future tournée. C'était Jun qui s'occupait des costumes cette fois, et ils étaient plutôt bien choisis, ce qui allégea l'ambiance dans la salle, parce que nous nous amusions à les comparer et à jouer avec, bien sûr sous les cris réprobateurs de notre cher costumier. Ohno inscrivait sur une feuille l'ordre des chansons pour les concerts, ainsi qu'une multitude de notes et de rappels. Quand à Sho, Nino et moi, nous nous amusions comme des fous, comme si nous avions retrouvé l'époque insouciante de nos débuts.

J'allais bien. Pas d'ombre au tableau, tout se passait pour le mieux. Pour le moment, du moins.

La répétition passa vite et chacun rentra chez lui ensuite, en fin d'après-midi. Je quittai joyeusement mes amis et appelai un taxi pour rentrer chez moi. La voiture s'arrêta devant l'agence, et je montai à l'intérieur en indiquant ma destination. Le véhicule partit ensuite s'aventurer dans des rues encore très animées où les panneaux lumineux commençaient à éclairer les passants de lueurs multicolores. Le taxi tourna dans un quartier plus calme et passa entre des rangées de maisons et d'immeubles dont les fenêtres, plus ou moins éclairées, semblaient être comme le reflet des diamants célestes suspendus sur l'écrin noir de l'espace. Puis, après avoir louvoyé entre un grand nombre de pâtés de maisons, la voiture ralentit et s'arrêta devant mon appartement. Je payai le conducteur et descendis du véhicule qui redémarra alors aussitôt. Pensif, je montai les marches qui menaient à mon pallier, tout en cherchant mes clefs dans ma poche. Je posai la main sur la poignée avant même de les avoir trouvé, et la porte tourna alors sur ses gonds. Étrange. J'étais pourtant certain d'avoir fermé en partant. J'entrai à l'intérieur et la lumière s'alluma brusquement, me faisant cligner des yeux.

Lorsque je pus enfin distinguer les formes et les couleurs, je vis Sho, tranquillement assit dans mon canapé, qui me souriait. Je me dirigeai vers lui sans comprendre, déposant mon sac par terre à l'entrée du salon.

Moi : Qu'est-ce que tu fais là ? Et puis, comment t'es entré ?

Sho : C'était ouvert.

Moi : Et alors ? On t'a jamais apprit à ne pas entrer chez les gens ?

Sho : Viens plutôt t'assoir.

Moi : Réponds à ma question, d'abord. Qu'est-ce que tu fous ici ?

Sho se leva et me prit par les épaules pour me forcer à m'assoir sur le canapé. Il le contourna ensuite et ramena deux verres, ainsi qu'une bouteille de champagne français. Sous mon regard incrédule, il ouvrit la bouteille, et servit les deux verres, puis m'en tendit un. Il affichait sourire vraiment radieux, je l'avais rarement vu aussi joyeux, et ça faisait plaisir à voir. Presque. Je ne comprenais toujours ce qu'il me voulait. Un verre dans la main, je l'observais sans rien dire. Il brandit le sien dans ma direction.

Sho : Joyeux anniversaire !

Moi : Eeeeh ? Mais c'est pas mon anniversaire !

Sho : Si. Depuis exactement 24 heures à partir de maintenant, tu as découvert qui tu étais vraiment.

Mon coeur fit un bon théâtral dans ma poitrine.

MERDE ! Il était au courant ! Mais comment ? Nino ?

Soudainement paniqué, je faillis renverser le contenu de mon verre sur le tapis tandis que je sentais une multitude de sueurs froides couler le long de mon dos. Non ! Je ne voulais pas ! Tout ne pouvait pas se terminer maintenant ! J'avais encore des rêves ! Je n'avais pas encore trouvé l'amour ! Dans un incroyable état de stress, je n'arrivais plus à prononcer correctement les mots.

Moi : Co-Co-Comment t'es au courant de ça ?

Sho : Attends, d'abord on trinque, et après je t'explique.

Il fit alors teinter son verre contre le mien, bu une gorgée, puis s'assit à côté de moi sur le canapé après avoir reposé son verre sur la table basse. J'étais pétrifié, tout mon monde était en train de s'écrouler. J'avais l'impression très désagréable d'une implosion à l'intérieur de moi, comme si j'étais aspiré par mes entrailles terrifiées, pour ensuite mourir sous le poids de mon propre univers. Situation étrange, il était vrai, mais c'était à peu près ce que je ressentais à ce moment là. Mon ami prit alors un regard plus sérieux tout en ne me quittant pas des yeux.

Sho : La première chose que tu dois savoir, c'est que Nino n'y est absolument pour rien. J'ai deviné tout seul.

Moi : Depuis quand ? Depuis que je suis allé chez toi hier soir ?

Sho : Non, depuis bien plus longtemps que ça. Ça doit bien faire quatre ou cinq ans maintenant.

Moi : Eh ? Combien ?

Sho : Quatre ou cinq ans, je ne sais plus. A cette époque, tu ne te doutais vraiment de rien, mais j'ai l'œil pour voir ce genre de choses. Tu avais une manière un peu spéciale de nous observer. Tu n'étais pas pensif. Tu étais contemplatif, tu appréciais de nous voir comme si nous étions un spectacle. Tu as beaucoup observé Nino, Jun et Ohno. Mais je suis celui sur lequel tu t'es le plus attardé. Tu adorais ça.

Moi : Bien sûr que non !

J'essayai de nier ce qui devait être sûrement vrai. C'était vrai que je regardais beaucoup Sho, mais c'était parce que je le trouvais fascinant lorsqu'il écrivait, l'étincelle qu'il y avait dans ses yeux était un véritable spectacle.

C'était ça. Un spectacle.

Je soupirai, énervé d'avoir encore une autre chose à admettre.

Sho continua ses explications sans se préoccuper de mes réactions.

Sho : A cette époque, je ne faisais que des suppositions, beaucoup de suppositions. Puis, à partir de je-ne-sais-plus quel événement, j'ai commencé à guetter le jour où tu te réveillerais. Ça a été long ! Il a fallu plusieurs années pour que tu te rendes compte que tu ignorais tout de toi. Mais c'est grâce à Nino que tout ça a été possible. S'il ne s'était pas révélé de cette même façon, je me demande combien de temps il aurait fallu attendre. Peut-être dix ans ? D'un autre côté, le fait qu'il m'aimait était faux, c'était monté de toutes pièces pour que tu décides de l'aider.

Moi : Quoi ? Mais à quoi vous jouez, bon sang ?

Sho : Attends, tu vas comprendre. Nino était amoureux de toi, depuis bien longtemps. Un jour, il est venu me voir pour m'en parler, et j'ai concocté un plan pour faire d'une pierre deux coups : permettre à Nino de t'avouer ses sentiments, et t'aider à te révéler toi-même. C'est pour ça qu'il arrivait toujours en retard aux répétitions, il devait jouer le rôle du mec déprimé pour que tu ailles plus spontanément vers lui. Nous avions programmé que tu te retrouves seul avec lui dans l'ascenseur, et c'était prévu qu'il t'embrasse à ce moment là.

Moi : Mais t'es vraiment un enfoiré !

Sho : Laisse moi finir, s'il te plait. Le but était que tu arrêtes de te mentir, que tu voies la réalité en face, et que tu l'acceptes. Comme tu dois t'en douter, le prix à payer était que Jun et Ohno devaient aussi être au courant, pour que mon plan fonctionne comme je le souhaitais. C'est pour ça que personne ne t'as directement poursuivit quand tu t'es enfui de la répétition, et c'est aussi pour cette raison que Jun est passé chez toi hier soir.

J'avais du mal à avaler tout ça. C'était trop ! Tellement trop que je finis par accepter tout ce qu'il me sortait. Je commençais à comprendre pourquoi il avait fait tout ça. Mais une chose m'échappait toujours.

Moi : Attends, je ne comprends pas pourquoi c'était important que Jun passe chez moi.

Sho : Tout simplement pour vérifier que tout se passait bien. Et aussi pour t'empêcher d'aller trop loin, pour que tu ne regrettes rien. J'avais tout prévu, tu sais.

Moi : Je sais pas quoi dire...

Sho : C'est normal, c'est un peu soudain. Mais ce plan était essentiel, je ne supportais plus de te voir fuir l'amour. Je trouvais ça trop ridicule, et j'ai voulu t'aider. Mais ouvertement, ça aurait été trop difficile, et tu n'aurais pas voulu. C'est pourquoi je ne t'ai rien dit et que j'ai tout préparé dans ton dos. Désolé de t'avoir caché tout ça.

Moi : Ouais... En tout cas, je peux vous dire que vous êtes tous des super bons acteurs, j'avais vraiment rien capté. Mais merci, d'avoir fait tout ça pour moi.

Il m'adressa un extraordinaire sourire qui me fit tressaillir. Ce type était beau quand il souriait. Il avait un visage que je ne lui connaissait pas, et ses yeux semblaient rire de cette même beauté. Il se leva de nouveau, reprit sa coupe de champagne et la fit teinter encore contre mon verre.

Sho : Joyeux anniversaire !

Je lui retournai son sourire et vidai mon verre d'une traite, qu'il remplit juste après. J'allumai ensuite ma chaîne hi-fi et passai les meilleurs tubes des Johnnys des années précédentes, que j'avais pu récupérer auprès de l'agence. Tous les deux, nous chantâmes deux chansons en dansant une chorégraphie improvisée, puis il me prit par les épaules tandis que Truth résonnait dans l'appartement. Il me scruta avec un regard mystérieux et amusé, tandis que je l'écoutais avec attention.

Sho : Aiba-chan, je te promets une soirée inoubliable.

PS : J'espère que ce chapitre un peu plus vous aura plu, et que vous n'aurez pas trouvé les révélations de Sho trop bizarres... ;)