Bon, voilà, je suis enfin en vacances!
Mais au vu du boulot que j'ai à faire, je suis désolée de vous dire que je suis rendue à la fin. Il ne me reste plus qu'un chapitre en cours d'écriture. C'est la fin. J'espère que j'arriverai à le boucler d'ici dimanche prochain… Autrement, vous aurez, malheureusement, droit à une nouvelle semaine de pause...
Sorry.
Réponse au review :
Irenee Moriarty - Hum. Peut-être? Et puis t'inquiète, je comprends, parfois on a pas le temps. Je suis un peu pareille avec les gens que je suis, malheureusement… Allez, en espérant que ce chapitre te plaise!
Disclamer : Je ne possède rien à part Sander. Oui, je commence à être à cours d'imagination…
Un silence trop profond pèse sur notre refuge. Sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Bucky est parti dans ses pensées. Un peu trop loin pour que je le récupère. Il fait quelque chose que je n'aime pas. Je n'aime pas ça parce que je sais ce qu'il fait. Une liste. Une simple liste dans son esprit. De ce dont il doit se repentir. Encore. Bruce faisait ça souvent. Ca m'énervait parfois. Tout le temps en vérité. Mais j'étais incapable de lui dire de ne pas le faire. Parce qu'à l'époque je me répétais en boucle les noms de ceux que j'ai effacé. Parce que j'inscrivais à chaque vie de prise un nombre dans mon esprit. Un chiffre qui s'ajoutai aux autres. Un chiffre accompagné d'un nom, dont je cherchais les proches. Ca formait une histoire. Celle des gens dont j'ai prit la vie. Il y en avait beaucoup. Trop. Pourtant je les comptais, pour m'en souvenir. J'ai arrêté de leurs donner une existence quand ils sont partis. Ou c'est ce que je me dis, pour me rassurer un peu. Mais j'ai toujours ce nombre dans la tête, qui flotte, qui m'obsède presque. Parce que je les compte malgré moi. Même si je me dis que ça ne veut rien dire. Ces morts ont quand même un sens pour moi.
-34.
Il lève ses yeux sur moi. Pour comprendre. Mais je ne peux pas le regarder en retour. Je ne peux pas lui dire ce que ça signifie exactement. Il va devoir deviner. Parce que j'ai beau m'ouvrir un peu, avouer le chiffre pour la première fois à voix haute, je ne suis pas prête à en dire plus.
-C'est mon nombre à moi. Et toi?
-594.
Je secoue la tête. Plante mes yeux dans les siens. J'y vois tant de douleur. Tant de haine aussi. Ca me coupe un peu le souffle. Parce qu'en soit, nous sommes pareils. Exactement pareils. Et que la dernière personne pour laquelle j'ai pensé ça, a fini morte dans un cercueil blanc. Je tente de respirer un peu plus fort pour me donner du courage. Il n'est pas question de moi. Pas plus qu'il n'est question de Pietro. C'est de Bucky dont je dois m'occuper, maintenant. C'est Bucky qui a besoin de moi. Et pas l'inverse. Ou peut-être que nos peines peuvent s'annuler entre elles? Ce serait stupide. Inconsidéré de même évoquer cette idée. Elles ne peuvent que grandir, parce qu'il prendra de ma douleur et je prendrai de la sienne et nous serons deux monstres engloutis par des chagrins que nous ne comprendrons pas vraiment, puisque ce ne sera pas vraiment le nôtre.
-Combien avant HYDRA?
Il fronce les sourcils. Mais répond quand même à ma question.
-22.
-Combien après HYDRA?
-Zéro.
Je me lève.
-Alors tu n'as tué que 22 personnes dans ta vie, James Buchanan Barnes. Les autres, c'est le Soldat de l'Hiver qui les a tué. Et je suis sûre d'une chose…
Je tends ma main vers lui, pour l'aider à se relever. Il l'attrape de son bras de chair. Soulève sa carcasse un peu trop lourde. Je lève la tête, parce qu'il est trop grand pour moi, comme tout mon entourage. Et que j'ai quelque chose d'important à lui dire.
-C'est que ce n'est pas toi. Sinon tu ne t'en voudrais pas à ce point.
Je dis ça parce que je sais ce que ça fait. Je sais que quand on tue un peu trop, on y pense plus vraiment. C'est juste un nombre dans la tête, qu'on met à jour de temps en temps. C'est un nombre qui fait un peu peur, qu'on essaie de garder caché, au plus profond de soi même. Qu'on écoute même plus, parce qu'on a plus vraiment de conscience. Lui, il en a une. Je le sais. Je le vois dans ses yeux trop bleus. Qui font tant de mal, à me parler autant. A me dire que j'ai tout faux. Qu'il a assisté à chacun des assassinats qu'on lui attribu. Que c'est son corps qui les a perpétré. Ils me hurlent que je devrais dire qu'il a plus de morts à se reprocher que moi. Parce que je suis jeune. Et qu'être jeune veut dire être innocent. Sauf que je ne le suis pas. Innocente. Je ne peux pas me trouver d'excuses. Juste une addiction et une douleur trop grande pour mon petit corps et mon petit esprit. J'aimerai lui dire tout ça, comme il aimerait me dire de me taire. Mais il n'y a que nos yeux pour nous parler, pour nous intoxiquer. Il se rapproche. Tend sa main humaine vers moi. Pour essayer de me dire que j'ai tord. Pour essayer de me dire d'arrêter de me faire du mal. Mais il ne comprend pas. Je pensais qu'il pourrait comprendre. Comprendre que quand on est brisé, on ne peut plus être réparé. On ne veut plus être réparé. On se contente de tomber en ruine. Un peu plus chaque jour. A chaque fois à cause de nous et pas à cause des autres. Mais lui, il essaie quand même. Il essaie de m'atteindre. De m'aider. Sans même écouter les morceaux de verre qui tombent de mon corps, qui éclatent sur le sol, à chaque fois que je vois, à chaque fois que je respire, à chaque fois que j'entends. A chaque fois que je vis.
-On a un plan.
Voix de Steve qui me fait sursauter. Il entre, en compagnie de Sam. Impose sa présence dans la pièce, avec son aura de Capitaine qui nous écrase, pauvres soldats que nous sommes. Les yeux de Bucky quittent les miens. J'écoute sans vraiment participer à cette conversation. Parce qu'on a l'impression d'être une enfant face à papa maman. Qui nous disent quoi faire. Quoi penser. Je n'aime pas ça. Je ne garde pas mon attention sur Steve jusqu'à la fin. J'ai mon rôle. Je dois appeler Clint dans une demi heure, savoir s'il a rempli sa mission. Ca me va. En attendant, je me mets dans un coin, avec mon téléphone dans la main. On va se battre contre les autres. Contre Stark, Nat' et Vision. Et je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait de la peine. Je pense à Tony. A son regard, plein de haine et plein de regret, dans ce quartier général. Je pense aux yeux trop verts de Natasha, écarquillés de frayeur quand j'ai traversé la vitre. Je pense à Vision, qui ne pense pas, qui ne juge pas, jamais, et qui pourtant porte un avis sur tout.
-On est dans la merde.
Exclamation que je ne peux réprimer. Et Bucky acquiesce, avec ses fantômes dans les yeux. Je n'avais pas vu qu'il était là, à attendre sans un bruit que le temps passe. Inexorablement. Jusqu'à ce qu'il doive faire quelque chose, comme nous tous je suppose.
-Tu as eu tes instructions toi aussi?
Il hoche la tête.
-Me taire et faire joli en attendant la bataille.
Je grimace. La bataille. Je déteste ce mot. Pour moi, il ne me rappelle qu'une chose. La bataille de New York. Celle qui a tout construit et tout détruit en même temps. Celle qui a démolie la moitié d'une ville un peu trop peuplée. Qui a réuni des héros un peu trop paumés. Enfin des héros… Je soupire. Il soupire en même temps que moi. Et nos regards se croisent. Juste une fraction de seconde, mais c'est déjà trop. Assez pour que je me dise qu'il me ressemble. Ou plutôt qu'il me ressemblais. J'ai l'impression que j'étais comme lui, avant. Et que maintenant, je ne suis plus qu'une ombre. Pâle. Goudronneuse. Accrochée à une vie qui n'est pas censée être la mienne. Je pensais en avoir fini moi aussi. Des guerres, des batailles, de mon sang qui coule dans les rues crades. Je pensais pouvoir me cacher, dans les entrailles du monde, pour vivre une petite vie tranquille. Mais il faut croire que je me suis trompée. Et que lui aussi. Que nous ne sommes que deux âmes vagabondes à la recherche de répit. Un sourire se fige sur ses lèvres, moqueur, pour cacher les fantômes de ses yeux.
-Tu sais, si tu veux parler, t'as une bouche. J'arriverai pas à deviner rien qu'en te regardant..
Je grogne. Il sourit un peu plus.
-Ca non plus ça compte pas.
Je roule des yeux.
-Pourquoi est-ce que j'aurai envie de te parler, vieillard?
Il prend un air faussement choqué. Et je me mets à rire. Ca éclate, comme des bulles de quelque chose. De quoi, je ne sais pas. Je sais simplement qu'à mon rire s'ajoute le sien. Un peu parce que ça fait du bien parfois. On rit sans but. Sans promesse. Sans ce dire que ça ira mieux. Juste qu'on en a besoin. Et puis le temps passe. Je retrouve ma place assise contre le mur. Je prends des nouvelles de Clint. Apprends qu'il est avec Wanda, qu'ils nous rejoignent après un dernier arrêt, pour aller chercher un homme insecte. Je parle peu, hoche souvent la tête. Il doit s'inquiéter. Mais je n'ai pas envie de lui raconter ma vie. Elle n'a plus de sens, il devrait l'avoir compris depuis le temps. Et pourtant il fait semblant. Il plaisante, comme avant. Il fait des blagues que seuls lui et Tony savent faire. De celles qui me donnaient tant de joie avant mais qui n'ont qu'un arrière goût de nostalgie. Je raccroche, parce que je ne peux faire que ça. Que je ne pense à faire que ça. Je prends une gorgée de vodka, qui me brûle la gorge. Qui pique, mais qui fait tant de bien… Et au dessus, je sens un regard trop bleu, trop perdu, qui me juge un peu. Mais pas trop. Pas autant que les autres. Que tous les autres.
Un klaxon retentit dans le lointain. Notre carrosse est arrivé, je suppose. Bucky me tend sa main. Me relève comme la brindille que je suis. Un peu trop facilement. Avec un peu trop de force. Mais ce n'est pas vraiment grave. Je prends mon sac, sur le sol. Vérifie une dernière fois que nous n'avons rien oublié. Et aperçois une voiture pour le moins incongrue devant notre porte. Un vieux modèle, un genre de coccinelle bleu foncé. Voyante. Je grimace, sans rien dire. Conduire cette carlingue semble faire plaisir à Steve. Et je ne peux pas lui ôter cette joie si simple alors que dehors les tambours grondent, annonçant une bataille qui n'aura ni perdants ni gagnants… Peur qui me troue les entrailles. On s'entasse dans la vieille bagnole, les uns sur les autres. Je n'arrive pas à comprendre notre conducteur. Pourquoi choisir une voiture si petite pour autant de monde? Encore, avec des gens de taille normale, je comprends, mais pour trois mecs aussi balaise? Aucune logique. Mais on a plus le temps de se plaindre. Les tambours grondent. La bataille se rapproche à grands pas. L'engin grogne. Rouspète. Et puis se met en marche.
-On doit faire un arrêt avant d'aller à l'aéroport.
Je ne pose pas de question. Il faut que je me repose avant que tout n'explose. Pour m'en ressortir. En plus, ça fait longtemps que je n'ai pas dormi. Une petite sieste me ferait du bien. Je crois. Je me recroqueville en une petite boule compacte. M'endors sans un bruit. Avant que Morphée ne s'empare de moi, je sens mon corps se pencher sur le côté. Sur Bucky. Et je me surprends à trouver son épaule confortable. Noir qui me force à plonger au pays de mes rêves. Un pays froid et brûlant à la fois. Plein de cris d'agonie, de hurlement de douleurs. D'éclats d'un argent surréels et d'impulsions vertes. La voiture s'arrête. Je me réveille en sursaut, des gouttes de sueurs ruisselants sur mon front.
-Ca va?
Je fronce les sourcils. Mets un peu de temps pour savoir où je suis. Où j'en suis. Pour me rappeler que je vais à la guerre et que je viens de fermer les yeux. Avec trop peu d'alcool dans mon sang pour me permettre d'éviter les cauchemars. J'ai dû en faire un. De ceux que je ne peux pas fuir. Auxquels je ne peux pas m'échapper et qui ressasse mon passé déjà trop lourd à porter.
-Ca va.
Mais je crois qu'il sait que je dis ça uniquement pour qu'il me laisse tranquille. Il soupire. Pose une main sur mon épaule. Je la dégage. Pas besoin de sa pitié. Pas besoin de ses remarques, de ses regards. Je vais pour le lui balancer à la tronche quand je tombe dans ses yeux. Ses yeux si bleus, si lasses. Si pleins de doutes, de douleur. Et je n'arrive qu'à voir mon reflet en lui. Comment pouvons-nous être aussi semblables et si différents à la fois? Il a tout perdu, il retrouve lentement. Moi, je n'ai fais que perdre. Il a fait du mal, tente de se racheter. Je tente de faire du mal pour ne pas penser au bien que j'ai fait. Pareils. Nous sommes pareils. Si semblables que s'en est douloureux. Steve sort de la voiture. Rompt notre contact silencieux sans même s'en rendre compte. Une fois de plus. Je me concentre sur la scène devant nous. Parce que j'ai peur de me perdre totalement dans la glace de ses yeux. De tomber, pour ne jamais retrouver la sortie, noyée à jamais dedans… Blondie attend notre soldat, fesse sur sa caisse, avec un sourire trop grand, trop aguicheur. Berk. Elle ouvre son coffre. Nos affaires. Un bouclier étincelant. Des ailes de carbone. Et mon sac. Mon énorme sac. Je pensais l'avoir perdu pour toujours… Soulagement. Bucky bouge soudainement ses jambes. Il grogne comme un ours.
-Est ce que tu pourrais ravancer ton siège, demande-t-il à Sam, au bout d'un moment.
-Non.
Je roule des yeux. Imbéciles. Mon voisin regarde tout autour de lui. Evalue le terrain. Un sourire conquérant se dessine sur ses lèvres. Il se rapproche de moi. Un peu trop. Je sens mes joues me brûler. Ce n'est pas le moment. Pas du tout. Et le pire, c'est que je suis sûre qu'il ricane intérieurement. Il sait très bien que je n'aime pas ça. Que ça me dérange, d'être aussi près de quelqu'un que je ne connais pas encore assez. Je soupire. Comment un homme de presque cent ans peut-il être aussi enfantin dans son comportement? Je fige mon attention sur notre Captain pour oublier la cuisse de Bucky qui touche la mienne. Et que son contact me brûle tant il est chaud. Steve parle avec l'ex agent un peu trop blonde pour moi. Il l'embrasse, un peu timidement. Comme un collégien, qui ne sait pas trop comment faire mais qui sait qu'il doit le faire avant qu'elle ne lui file entre les doigts. Vague de chaleur qui m'inonde. Je sens mes lèvres s'étirer quand montent mes mains, les pouces en avant. Bien joué. Il se détourne, après lui avoir un peu parlé. Un rictus amusé teinte son visage en nous voyant. Il transvase nos affaires de la voiture de sa compagne à celle que nous occupons. Son baiser est le nouveau sujet de conversation. Et moi, je me contente de prendre mon énorme sac sur mes genoux. Je fouille dedans. Ignore mes livres de sciences, que je sors tellement qu'ils en sont devenus cornés. Parce que ce n'est pas ce que je cherche. Je fouille jusqu'au fond, en dessous de mes contes mythologiques et religieux. Pour sortir un petit bout de tissu tout jaune. Assez grand pour recouvrir l'enfant de onze ans que j'étais, malingre et trop petite. Mais pas assez pour que je me blotisse entièrement dedans à présent. Je porte l'étoffe à mes narines. Mélange de savoir et de tisane. Elle sent comme lui, ma si petite couverture. Elle sent comme lui. Je sens des larmes poindrent. Il n'est pas l'heure. Et pourtant, qu'est ce que j'en ai envie. Me perdre, encore et toujours, dans le passé qui est le mien.
-Sander?
Bucky. Je lève les yeux vers lui. Il a les sourcils froncés, le visage fermé. Et il me prend dans ses bras. Comme ça. Sans rien dire. Il me prend dans ses bras et sert un peu trop fort. Je ne comprends pas. Je vois les regards concernés des deux autres. Leurs lèvres pincées. Je croise mon reflet dans le rétroviseur. Je pleure. Merde. Mes poings se serrent. Je me mords la lèvre. Ca ne sert à rien. Toute cette tristesse. Elle ne me sert à rien. Je me dégage comme je peux. Range cette couverture qui me fait tant de mal, avec son odeur de tisane. Il faut que je me reprenne. Les tambours grondent trop forts pour que je me brise maintenant. Ce n'est plus l'heure de faire parti des victimes. Il faut que je fasse partie des soldats.
Alors, que pensez-vous de Sander et Bucky? Hâte de voir ce qui va suivre? Prêts pour la bataille de l'aéroport?
Bon, bah je vous laisse, je vais écrire tant que j'ai le temps :)
