Non, vous ne rêvez pas, c'est moi, je suis vivante et non, je n'ai pas abandonné cette fiction. Je sais que ça fait très longtemps que je n'ai pas posté de chapitre, mais j'ai été assez occupée et puis, tout simplement, j'ai été prise d'une immense flemme et surtout d'inspiration concernant Shingeki no Kyojin, un super manga que je vous invite à lire si vous ne connaissez pas. (donc oui, la vérité, c'est que je me suis concentré sur autre chose que cette fiction, je suis impardonnable.)

Bref, voici enfin le chapitre huit, que je me suis dépêchée de finir pour pouvoir le poster aujourd'hui, car en ce jour, cette fiction fête ses un an ! J'ai écrit le prologue il y a un an de ça, et je voulais fêter ça en vous offrant (enfin, il faut le dire) ce chapitre !

Merci à tous pour vos commentaires adorables qui m'ont incroyablement motivée, et aussi pour votre patience ! Je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre huit : L'attente

Art. 10-1 : Seul le maître de guilde peut décider du renvoi d'un membre. Tout renvoi doit pouvoir être justifié auprès du conseil, qui se réserve le droit d'annuler ou non la sentence.

10-2 : Un membre banni peut rejoindre une autre guilde ou réintégrer son ancienne guilde, tout dépendant de la gravité de la faute commise.

Extrait de la Constitution des Guildes Officielles du Royaume de Fiore. (CGO)


Un silence pesant régnait en maître dans la salle où se trouvaient tous les membres de Sabertooth. Sting s'était effondré au sol à l'endroit où Lector avait disparu, fou de douleur tandis que tous les autres mages regardaient avec horreur le maître étendu sur les dalles froides et qui semblait ne plus respirer. Minerva, un léger sourire sur les lèvres, semblait se porter étrangement bien.

« Dobengal ? Demanda-t-elle en lançant un coup d'œil au mage choqué.

-Oui, mademoiselle ?

-Je pense que mon père a besoin de soins. Prends quelqu'un avec toi s'il le faut mais transporte-le à l'infirmerie, d'accord ?

-Bien. »

Le ninja fit signe à deux de ses camarades et ils soulevèrent, tant bien que mal, le corps imposant du maître. Dobengal en profita pour poser une main sur la poitrine de Genma et sentit son pouls battre faiblement. Il soupira, sans savoir s'il était soulagé ou pas, et vit avec effroi les yeux du maître s'entrouvrir soudain.

« Minerva... Qu'est-ce que tu... crois faire... »

Sa voix sifflante rappela aux mages son état critique mais Minerva se contenta d'agrémenter son sourire froid en parlant d'un ton absolument détaché :

« Votre époque est désormais révolue, père. Je doute que vous soyez jamais en état de vous occuper à nouveau de Sabertooth. Sting vous a battu, il est donc plus apte que vous à être maître de la guilde, n'est-ce pas ? »

Genma tenta de bouger mais ne put que retomber à terre, impuissant.

« Minerva...

-Quoi ? Cette guilde n'a pas besoin de perdants, père. Ce n'est pas parce que vous en êtes le maître -non, étiez- que cette règle ne s'applique pas à vous. Vous avez compris, vous tous, clama-t-elle en se tournant vers les tigres, Sting est désormais notre nouveau maître ! »

Personne ne bougea, puis une voix acclama le dragon blanc, suivie d'une autre, jusqu'à ce que toutes les voix scandent en rythme le nom du blond. Genma, profondément hébété par la tournure des événements, ferma les yeux, épuisé, en maudissant Minerva de savoir si bien tourner les choses à son avantage. Il grogna une dernière menace, inaudible, puis sa tête tangua dangereusement et il retomba définitivement, face contre le sol. A côté de lui, Dobengal et ses deux coéquipiers partirent furtivement de la salle, emmenant sans que personne ne les remarque le maître déchu.

« Mademoiselle...

-Sting, sais-tu pourquoi tu es incapable de battre Natsu ? Il te manque son pouvoir. Le pouvoir des sentiments, dit froidement Minerva. Mais à l'instant, tes sentiments pour Lector se sont transformés en pouvoir, et tu as pu battre mon père. »

Le dragon blanc baissa la tête, amer. Si c'était le prix à payer pour battre Natsu, il préférait rester faible. Lector n'aurait jamais du mourir.

« Maintenant, tu es même apte à battre Natsu, reprit Minerva.

-Non... vous vous trompez, je ne peux plus...

-Ne t'en fais pas Sting, sourit Minerva. »

Son ton mielleux inquiéta Sting et il se figea. Son sourire ne présageait rien de bon, et pourtant, il sentait une vague d'espérance l'envahir.

« Lector est vivant. »

Des larmes tombèrent de ses yeux alors que dans les bras de Rogue, Frosch séchait timidement ses larmes. Pourtant le dragon noir voyait d'un autre œil la phrase salvatrice de la tigresse, et devina qu'elle comptait faire chanter son partenaire. Mais en voyant l'euphorie de la petite grenouille qui croyait pouvoir revoir tout de suite son compagnon, il laissa sa certitude en suspens, juste pour faire semblant de croire, une seule seconde, que leurs ennuis étaient finis.


« Alors, qu'as-tu trouvé, Gajil-san ?

-Roh, tais-toi et suis-moi, répondit seulement le dragon d'acier à l'innocente question de Wendy. »

Depuis qu'il était venu chercher -et accessoirement frapper- Natsu, Gajil gardait une mine sérieuse, et avançait d'un pas sûr devant Natsu et Wendy qui le suivait plus ou moins calmement.

« Pourquoi seulement nous ? Questionna soudainement Natsu en se désignant lui-même ainsi que Wendy. »

Le dragon d'acier sentit sa maigre patience se fissurer. Cet imbécile de Natsu avait vraiment un don pour ne jamais comprendre qu'avec beaucoup de retard ce qu'on attendait de lui, et n'avait toujours pas fait le lien avec le fait qu'ils étaient tous trois des dragon slayers. Et bon sang, cette odeur ! L'odeur de Sting était si présente sur la peau de Natsu, qui s'était pourtant débarbouillé et avait changé de tenue, que Gajil en avait des nausées. La scène qu'il avait surpris l'avait d'abord en partie amusée, mais il devait reconnaître que maintenant, il trouvait ça plutôt pitoyable, et incongru de la part de Natsu. Depuis quand cette tête-à-flamme pensait pouvoir faire ami-ami avec un des tigres ? (et plus si affinités, et au plus grand malheur de Gajil, Sting semblait tout faire pour se trouver des affinités avec le rose...)

« Ça a quelque chose à voir avec les dragon slayers ?

-Sûrement. »

Les interventions de Happy et Lily rassurèrent Gajil. Au moins, ces deux-là avaient compris de quoi il s'agissait. Et un coup d'œil vers Lucy et Grey qui s'étaient incrustés sans qu'on le leur demande lui fit comprendre qu'eux aussi s'en doutaient. Même Wendy, malgré son jeune âge, avait une plus grande jugeote que Natsu.

« C'est là, dit finalement Gajil en s'arrêtant devant une sorte de grotte aux allures de clairière. »

Une exclamation de surprise s'échappa des lèvres de Wendy qui mit la main sur sa bouche, soudainement assaillie par d'anciens relents bien connu des trois chasseurs de dragons. Lucy, étonnée, hasarda une remarque :

« On dirait... des os d'animaux... »

Elle secoua la tête dans l'espoir de s'être fourvoyée mais quant elle rouvrit les yeux, c'était toujours le même paysage morbide qui s'offrait à sa vue. A côté d'elle, Natsu écarquilla vaguement les yeux alors que l'odeur frappait également ses sens.

« Des os de dragons... Un cimetière de dragons. »

Ils retinrent leur souffle. Devant eux, les ossements gigantesques et anciens conféraient au lieu une allure presque sacrée. Natsu semblait enfin réaliser toute l'étendue de la découverte de Gajil et fixait les ossements majestueux en silence, ses yeux allant d'un squelette à l'autre dans un mouvement lent et choqué. Wendy ferma ses yeux marron et eut un geste de recul que Gajil perçut sans mal. Elle tenta de reculer, mais trébucha et se serait écrasée au sol si le brun ne l'avait pas rattrapée. Il sentait la peur suinter de tous les pores de la peau pâle de la jeune dragonne qui essayait de se boucher les oreilles, comme agressée par un bruit qu'elle seule percevait.

« Hey, gamine, ça va ? S'enquit Gajil en fronçant les sourcils.

-Leurs voix... Ils murmurent tous... »

Elle s'écroula au sol en laissant des larmes couler sur ses joues et secoua la tête en continuant à chuchoter dans le silence ambiant :

« Je n'arrive pas à comprendre ce qu'ils disent... »

Gajil comprit alors que les pouvoirs de Wendy s'étaient sûrement manifestés en partie sans son accord, lui faisant entendre des échos des voix des dragons morts ici. Natsu s'approcha de la bleutée, et posa une main rassurante sur son épaule, jouant le rôle du grand frère protecteur que Gajil ne voulait pas jouer.

« Ça va aller, Wendy, dit-il doucement à son intention. On est tous là, non ? »

Elle acquiesça, séchant au passage ses quelques larmes. Charuru la serra dans ses bras, et la jeune fille lui rendit son étreinte. Soudain, elle rouvrit les yeux et se releva d'un bond, la chatte blanche toujours dans les bras :

« Voie Lactée... »

Lucy fronça les sourcils, intriguée :

« Wendy ? Qu'y a-t-il ?

-A l'instant... les voix que j'ai entendu... Je suis certaine que c'est ça ! C'est la Voie Lactée, la technique que Grandine m'a léguée ! »

Charuru se dégagea des bras de son amie et se laissa retomber au sol dans un mouvement souple. Aussitôt, Wendy se mit en quête de quelque chose qui pouvant lui permettre de graver sur la terre froide les signes dont elle avait besoin pour accomplir le rituel magique.

« Je croyais que c'était une attaque offensive, mais j'avais tort ! La Voie Lactée est sûrement une technique qui permet d'entendre les voix des dragons défunts. A l'instant... je suis sûr que c'est ce que le vent me murmurait... »

Et sous le regard étonné de ses camarades, elle commença à tracer des symboles sur le sol, se concentrant pour ne pas se tromper dans le rituel. Tous la regardaient avec stupeur, et n'osaient dire mot. L'air déterminé et confiant de Wendy les laissait bouche bée. Elle avait grandi, et n'avait plus rien de la petite fille introvertie et hésitante que Natsu avait rencontré lors de l'affaire de Nirvana.

Gajil ne sentait déjà plus l'odeur de la peur qui avait envahi Wendy quelques instants auparavant. Dans ses yeux couleur noisette brillaient la force et également la confiance. Ses mouvements étaient vifs et ses sens exacerbés. Son air sérieux lui conférait un nouveau charme et il se dégageait d'elle une aura, presque animale, qui impressionna les mages de Fairy Tail. Autour de Wendy, le vent dansait, et Gajil et Natsu se lancèrent un regard étonné et cependant fier.

C'était comme si, pour la première fois, ils prenaient conscience que Wendy n'était pas une petite fille, mais bien ce qu'elle avait toujours été, et qu'elle avait refoulé au plus profond d'elle : une Dragonne.


Sting enfouit la tête dans son oreiller, ignorant délibérément Rogue qui l'appelait. Il se sentait vide. Vide, désespérément triste et d'une humeur à engloutir tout l'alcool qui pourrait lui tomber sous la main. Alcool qu'il n'avait pas.

« Sting... »

La voix de son partenaire lui parvint à travers la porte. Le blond s'était replié dans sa chambre et refusait absolument d'en sortir.

« Fous-moi la paix, Rogue. »

Clair et net. Il entendit son colocataire s'éloigner de la porte de sa chambre puis en ouvrir une autre -sûrement celle de sa propre chambre- avant de la claquer avec force. Un comportement qui ne ressemblait absolument pas à celui de son coéquipier en temps normal, mais Sting ne s'en formalisa pas. Depuis quand cette putain de situation était normale ?

Il voulait Lector. Il voulait que Minerva revienne sur ses paroles et lui rende Lector, maintenant.

« Mais qu'est-ce que je suis con merde... »

Il se sentait pitoyable. Il n'était qu'un dragon slayer raté, incapable de battre celui qu'il avait tant voulu dépasser et un ami déloyal qui avait laisser son chat disparaître sans rien faire.

Il raffermit sa prise sur son oreiller, pour ne pas que Rogue entende ses sanglots qui se perdaient désormais dans l'étoffe moelleuse. Mais malheureusement pour lui, le dragon de l'ombre avait l'ouïe très fine et percevait sans mal les gémissements de son camarade. Dans ses bras d'ailleurs, Frosch se lovait en boule, miaulant avec tristesse le nom de Lector.

Rogue soupira et ferma les yeux. Minerva était allée trop loin, et Sting en avait fait les frais. La condition pour qu'elle lui rende Lector était simple : Sting devait gagner. Mais plus il entendait les pleurs incontrôlables de son frère d'arme déchirer le silence, plus il avait lui-même l'impression que Lector était disparu à jamais, et ce constat lui donnait des frissons. Alors, sentant sans doute l'angoisse de Rogue malgré son manque d'expression habituel, Frosch murmura :

« Est-ce que Rogue pense que si Fro va faire un câlin à Sting, il ira mieux ?

Le dragon noir eut un faible sourire face à la candeur de Frosch et il n'osa pas lui répondre que ce n'était pas d'un câlin dont Sting avait besoin, mais de Lector, tout simplement.


« Lucy a été capturée par le royaume. »

La nouvelle tomba comme un couperet, et tous les membres de Fairy Tail se regroupèrent autour des mages qui avaient été présents lors de sa capture. L'auberge où ils se trouvaient sembla soudain silencieuse et froide.

« Je n'ai pas vraiment compris, mais elle a été accusée d'être une complice du mystérieux projet, continua Grey, l'air grave.

-Donc il faut qu'on gagne le tournoi si on veut la récupérer ? Demanda Laxus, qui, les bras croisés, paraissait ne pas trop s'en faire.

-Je ne sais pas si nous pouvons compter sur ça. »

Les mages se regardèrent. Ils avaient l'habitude des problèmes, mais celui-ci était épineux. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient librement s'attaquer au pouvoir en place.

« Comme j'ai dit, en s'en fout de ça ! Je vais la récupérer tout de suite, et c'est pas des gardes qui m'en empêcheront ! »

Makarov regarda Natsu qui se débattait, solidement attaché à un poteau par une corde résistante au feu. Et en voyant le dragon de feu qui n'arrêtait pas de hurler à tout va qu'il sauverait Lucy et qu'il n'en avait rien à faire que ce soit une affaire d'état, il se dit que finalement, le problème le plus épineux serait sans doute de réussir à contrôler Natsu.

« Natsu-san, calme-toi, tenta doucement Wendy pour apaiser la fureur du rose.

-Ton ennemi est le royaume tout entier, acquiesça Charuru en bonne conseillère. »

Natsu grommela pour la énième fois que rien ne l'empêcherait d'aller sauver son amie avant de se taire et de lancer un regard furibond aux autres mages qui tentaient d'établir un plan. Il avait horreur d'être ignoré ainsi, mais il ne pouvait pas faire grand-chose en étant attaché.

Si seulement on l'avait écouté, alors Lucy serait déjà libérée ! Vraiment, ce que ces soi-disantes réflexions pouvaient l'énerver. Son plan à lui avait le mérite de ne pas nécessiter de longues et ennuyantes explications et il était persuadé que foncer dans le tas avait ses avantages. Bon, certes, les dommages collatéraux étaient souvent nombreux et la facture salée mais au moins ce plan était applicable n'importe quand et surtout quelle que soit la situation, pensait-il.

Le dragon de feu essaya d'enflammer ses poings mais Wendy lui lança un regard de réprimande et Natsu ne tenta plus rien. Depuis quand cette gamine était devenue si persuasive ? Elle avait bien changé ces derniers temps, et son comportement dans le cimetière des dragons l'avait bien prouvé. Un drôle de truc que ce cimetière d'ailleurs. Natsu s'était senti nostalgique en voyant tous ces ossements, et l'odeur caractéristique des dragons défunts emplissait toujours ses narines, comme si la senteur s'était accrochée à ses vêtements.

Le dragon de feu respira plus fortement, pour garder l'odeur en mémoire, et sentit alors une autre effluve collée à sa peau, forte et persistante. Il cligna des yeux, reconnaissant avec stupeur l'odeur de Sting qui ne l'avait pas quitté depuis son entrevue avec le tigre. Pourtant, il avait changé de vêtements et s'était lavé !

Il retint son souffle pendant une seconde, avant de regarder avec étonnement son écharpe. Oh. Son échange passionné avec Sting lui revint en mémoire, et il rougit avant de marmonner une insulte contre le blond. La façon dont Sting s'était outrageusement collé à lui, et toutes ses tentatives pour marquer sa peau d'une façon ou d'une autre. Même si le dragon blanc avait l'interdiction de toucher à l'écharpe, cette dernière portait les stigmates du désir que Sting lui portait.

Marqué. Natsu était marqué. Sting avait voulu le marquer, laisser une trace de son passage comme s'il n'était qu'une putain de proie.

« Raah, je peux pas rester assis à écouter ces conneries, je vais la sauver ! »

Natsu réussit enfin à défaire les liens qui le retenait prisonnier et se redressa, encore plus furieux qu'avant pour une raison inconnue. Sauver Lucy. Il devait sauver Lucy, et arrêter de penser à ce connard de Sting. Pourtant, comme pour le narguer, l'odeur de Sting restait dans l'air, et accrochait impitoyablement ses narines.

Décidément, ça tombait bien cet enlèvement. Il se jura d'aller cogner les types qui avaient enlevé Lucy ; ça lui ferait un entraînement. Ensuite, il irait voir Sting. En détruisant tout sur son passage et en faisant bien comprendre au dragon blanc qu'il ne le laisserait pas se moquer de lui plus longtemps. Ouais, ce plan-là lui plaisait bien.


Sting se réveilla le matin avec la forte impression d'avoir la gueule de bois. Il avait les paupières poisseuses et les yeux douloureux, le corps engourdi et accessoirement la légère impression d'être passé sous un rouleau compresseur. Sauf qu'il n'avait rien bu et qu'il se souvenait parfaitement de la soirée de la veille. Pour une fois que j'aurais voulu oublier, songea-t-il, amer, en tentant de sortir de son lit. Mais ses muscles douloureux lui rappelèrent son combat éprouvant contre Natsu et refusèrent tout simplement de lui obéir. Il fit quelques pas, vacillant, avant de tomber sur le parquet, nez en avant.

« Putain de merde ! »

Il la sentait mal, cette journée. Le dragon blanc frotta son nez mal en point et s'assit sur le sol en essayant de trouver la position la moins inconfortable possible, et celle qui sollicitait le minimum syndical de muscles à bouger. Quand il parvint à un résultat à peu près correct, il entreprit de s'étirer, redécouvrant avec souffrance que le corps, en plus d'être un instrument de combat très pratique, était aussi quelque chose d'usuel dont on avait toujours besoin et qu'il valait mieux en prendre soin. Il se remémora quelques passages de son combat de la veille et parvint à la conclusion évidente qu'une bataille de cet acabit ne s'appelait pas prendre soin de son corps.

Il ferma les yeux un instant, et se massa les tempes. Voilà que la migraine pointait le bout de son nez, la saleté. Et quand il tourna la tête pour regarder le temps qu'il faisait par la fenêtre, il entendit un énorme craquement provenant de son cou et gémit sous le coup de la douleur. Vraiment, il se le jura, c'était la dernière fois qu'il disputait un match pareil.

Mais alors qu'il pensait ça, la souffrance physique devint plus supportable, laissant enfin son esprit embrumé constater le vide de sa chambre. Lector n'était plus là. Plus sur le lit en train de se rouler en boule sous la couverture en miaulant que Sting devrait ronfler moins fort la nuit, plus en train de se lisser les moustaches devant le miroir ou encore en train de ronronner de plaisir dans les bras de son ami.

Une larme s'échappa, puis deux, pour enfin laisser place à des torrents qui dévalèrent les joues de Sting pour se perdre sur le parquet. Le dragon blanc était quelqu'un de fier et d'orgueilleux. Suffisamment pour se vanter d'avoir tué son dragon alors qu'il n'avait jamais été aussi triste qu'à ce moment de sa vie, ou encore pour rabaisser la personne qu'il admirait plus que tout lors de leur première rencontre. Mais c'était une façade.

Sting était fatigué de ces apparences, et il se laissa pleurer, étalant toute sa détresse et sa solitude dans des sanglots incontrôlés.

« Sting... »

La porte s'ouvrit et Frosch entra, de son petit pas hésitant. Le chat vert semblait inquiet et dépité, et se précipita vers Sting en écartant grand les pattes. Il voulait son câlin, et même si Rogue avait raison -Rogue avait toujours raison- et que Frosch ne pouvait pas réconforter Sting, il voulait tout de même essayer. Lector n'aurait pas voulu voir Sting dans cet état.

« Sting. »

La voix du chat se fit plus insistante devant le dragon blanc qui paraissait l'ignorer, et ce dernier releva finalement la tête, laissant voir à Frosch ses yeux embués de larmes et cerclés par des cernes noires. Le blond regarda avec étonnement le chat vert et secoua la tête, comme s'il se réveillait d'un rêve. Voyant les pattes toujours écartées du chat, il comprit enfin sa volonté et le prit doucement dans les bras, s'autorisant un mince sourire à travers ses larmes.

Debout dans le couloir, Rogue contemplait la scène par l'intermédiaire de la porte grande ouverte, et murmura :

« Lector est vivant, Sting. Ne l'oublie pas. »

Le blond, toujours avec Frosch dans les bras, dévisagea un moment son partenaire et acquiesça.

« Je sais, répondit-il d'une voix rauque, mais... je... »

Il n'acheva pas. Rogue avait déjà compris ce qu'il voulait dire : Lector avait beau être encore vivant, rien n'était gagné et Sting l'avait vu disparaître sous ses yeux, de quoi traumatiser plus d'une personne.

« Merci d'être là. »

Ce n'était qu'un souffle, si tenu que Frosch et Rogue crurent l'avoir rêvé. Mais la grenouille se lova un peu plus dans les bras de Sting tandis que Rogue, montrant enfin une expression décente, sourit légèrement. Ils retrouveraient Lector. Ce n'était qu'une question de temps.


La ville de Crocus était en pleine effervescence. Le beau temps et les festivités avaient amenés avec eux des flots de touristes, venus parfois de l'autre bout du pays voire même de contrées étrangères. Dans les rues, des stands éphémères vendaient des produits officiels du tournoi et aussi des couronnes de fleurs, symbole connu de la capitale. De nombreux promeneurs s'attardaient devant ces endroits colorés et attirants, et leurs sourires ravis laissaient voir combien ils appréciaient leur séjour dans la région.

Les marchands, eux, rivalisaient d'ingéniosité pour vendre leurs produits, et profitaient un maximum de ce jour de repos laissé aux participants du tournoi pour améliorer leur chiffre d'affaire déjà conséquent.

Pourtant, dans une des allées marchandes populaires, Sting arborait une mine triste et désœuvrée, regardant sans plaisir les boutiques aux couleur chatoyantes et aux enseignes tape-à-l'œil. Il passa devant un célèbre glacier et sa mine devint encore plus sombre. Lector adorait cette boutique, et traînait souvent Sting là-bas pour déguster une glace plus grosse que lui.

Tout dans cette ville lui rappelait Lector et il pensa qu'il aurait mieux fait de rester à l'auberge attitrée des Sabertooth plutôt que de passer la nuit dans l'appartement qu'il occupait avec Rogue et les deux chats. Rien ne semblait pouvoir le dérider, et il entra dans un bar discret où il savait qu'il ne serait pas dérangé.

Il commanda un verre d'alcool -quelque chose de suffisamment fort pour le requinquer- mais prit la sage décision de ne pas noyer son chagrin dedans pour autant. Ses courbatures le faisaient suffisamment souffrir comme ça pour qu'il ajoute lui-même à son mal. Il but donc à petites gorgées le verre qu'on lui avait apporté, ses yeux se reposant dans l'ambiance feutrée et quelque peu obscure du bar. Il y avait assez peu de clients à cette heure-ci de la journée, les gens profitant du beau temps, et Sting en était bien content. Ici, il avait peu de chance d'être reconnu, et donc de devoir essuyer une conversation ennuyante avec un fan de magie.

Il leva les yeux vers l'écran-lacrima accroché dans un coin de la salle et sursauta légèrement en voyant que le programme n'était autre qu'une rediffusion des moments forts de la veille. Il regarda sans sourciller les moments forts de la bataille navale, se sentant cette fois-ci en colère contre Minerva et son comportement à l'égard de Lucy. Il ne l'aimait pas, soit, mais les actes de Minerva tenaient plus de la cruauté pure que d'une quelconque motivation. Enfin, les images qu'il redoutait apparurent, et il se vit à l'écran, en compagnie de Rogue et faisant face à Natsu et Gajil. Les moments choisi du combat retraçaient assez bien leur lutte, mais la fin du match le laissa pantois.

Était-ce vraiment lui, le mage étendu au sol ? Il n'y avait vraiment pas d'erreur ? Sting sentit la bile lui monter dans la gorge et détourna les yeux un instant du pitoyable spectacle qu'il avait offert à Lector. Cependant, presque indépendamment de sa volonté, il se concentra à nouveau sur l'écran, fixant avec attention et tendresse la frimousse heureuse de Natsu qui, vainqueur, souriait de toutes ses dents.

Le dragon blanc sourit à son tour à cette vue touchante, sans se douter que non loin de là, Natsu prévoyait de lui rendre la monnaie de sa pièce concernant ce qui était survenu dans les couloirs de stade.


Minerva était assise sur un des -luxueux- fauteuils de la salle commune des Sabertooth. Sa tenue et son maquillage, extravagants comme à son habitude, étaient aujourd'hui empreints de teintes plus claires qu'elle arborait peu souvent. Comme si elle voulait fêter quelque chose. Son regard impérieux allait et venait, se posant sur des mages de la guilde dont elle ne connaissait même pas le nom, ou encore sur Orga et Rufus qui discutaient dans un coin de la salle. Finalement, la porte s'ouvrit sur la silhouette de Sting, et son sourire narquois s'élargit. Elle était persuadée qu'il reviendrait la voir.

Aussitôt, son attitude changea. Elle se leva et alla accueillir Sting avec une prévenance qui ne lui ressemblait guère, et posa une main gantée sur l'épaule du dragon blanc qui la toisa avec défiance.

« Allons Sting, ne me regarde pas comme ça. Je ne suis pas mon père.

-Vous êtes pire, cracha Sting en se dégageant..

-Sting. »

Le blond la regarda et sentit à son ton qu'elle ne riait pas. Il soupira et mit les mains dans ses poches, tentant de paraître désinvolte. Mais ses yeux cernés et son visage défait ne trompaient personne, et Minerva trouvait son état lamentable.

« J'ai besoin qu'on parle, toi et moi. »

Elle ne dit rien de plus et lui fit signe de la suivre. Sting ne répondit rien et s'exécuta, saluant au passage Orga et Rufus qui firent un sourire plus ou moins compatissant. Une fois la porte refermée, les membres de Sabertooth se perdirent dans un même soupir de soulagement, et reprirent un semblant de bonne humeur. Tous étaient tristes pour Sting, mais ils étaient surtout heureux de l'annonce de Minerva. Avec Sting comme maître, leurs ennuis seraient réglés, et la guilde pourrait enfin recommencer à vivre.

Quelques mètres plus loin, les préoccupations de Sting étaient cependant très loin de ses camarades de guilde. Il suivait d'un pas lent Minerva, et finit par se rendre compte qu'ils empruntaient le chemin de l'infirmerie de la guilde. En effet, arrivés devant une porte massive et moderne qui tranchait avec le style plus classique de la bâtisse, ils s'arrêtèrent et la mage ouvrit la porte sans la moindre précaution.

La scène qui attendait Sting à l'intérieur lui coupa le souffle. Dans un lit d'hôpital, surélevé et bourré de gadgets, Genma était allongé et semblait dormir. Sa poitrine nue était recouverte de bandages et un masque à oxygène et à particules magiques lui permettait de respirer. A son bras, une perfusion diffusait goutte à goutte un liquide étrange de couleur noire aux reflets verts.

« Qu'est-ce que...

-Mon père va mourir. »

Le ton détaché sur lequel Minerva avait dit ces mots parut irréel à Sting. Pourtant, quand il s'attarda sur les traits du visage de la fille du maître, il ne repéra aucun trouble, aucune émotion. Ses yeux fixaient calmement son père agonisant et elle semblait ne rien ressentir. Elle n'exhalait aucune peur ou regret. Non, ces mots tenait d'un simple constat, et cela fit mal à Sting qui se demandait quelles horribles choses Genma avait pu faire subir à Minerva pour qu'elle paraisse aussi froide envers lui alors qu'il agonisait.

« Mademoiselle, est-ce que c'est ma... faute ? »

Minerva secoua la tête en fermant les yeux.

« On pourrait le sauver. »

Le dragon blanc frémit devant l'emploi du conditionnel.

« On pourrait ? Vous n'avez tout de même pas prévu de le...

-Sting, cite-moi le nom d'une seule personne qui se chagrinerait de la mort de mon père, dit fermement Minerva. Elle attendit un peu mais rien ne franchit les lèvres de Sting. Tu comprends maintenant ? Sa mort arrange tout le monde, y compris moi. Mais s'il mourrait maintenant, il y aurait des problèmes concernant ta participation au tournoi. Dans deux jours, il me sera facile de faire passer ça pour une crise cardiaque ou quelque chose du genre. Mon père prenait peu soin de sa santé, cela n'étonnera personne.

-Et l'autopsie ? »

Sting s'en voulut tout de suite d'avoir posé cette question indiscrète et crue, mais Minerva n'était pas troublée.

« Ne t'en fais pas pour ça. Je... »

Elle s'arrêta, et Sting comprit qu'il y avait autre chose derrière cette décision surprenante.

« Mademoiselle, ne mentez pas. Que se passe-t-il réellement ?

-On peut encore sauver mon père. Mais il garderait des séquelles.

-Justement ! S'il garde des des séquelles, rien ne vous empêchera de dire à sa place qu'il prend sa retraire pour soucis de santé, il n'y a pas besoin d'en arriver là !

-Même s'il guérit, mon père ne sera plus jamais apte à utiliser la magie, Sting. Et ça, il ne le supporterait pas ! »

Elle avait presque crié ces derniers mots et Sting lut enfin une souffrance dans ses yeux.

« Une telle existence ne vaut rien pour lui. Il ne me pardonnerait pas de l'avoir sauvé. Et je ne veux pas le sauver. »

Sting, abasourdi, baissa la tête et déglutit. Il avait l'impression d'avoir vu une facette de la vraie Minerva, celle qu'il sentait exister sous le maquillage et la cruauté, et qu'il ne parvenait jamais à saisir cependant, tant son masque était épais.

« Maintenant, Sting, il ne te reste plus qu'une seule chose à faire.

-Oui ?

-Gagne le tournoi et redore le nom des Sabertooth. »

Minerva s'en alla aussitôt, prenant soin de claquer la porte derrière elle et de le laisser seul avec Genma agonisant. Sting eut un rictus et donna un coup de pied dans la commode qui contenait tous les médicaments. Certains tombèrent au sol et le dragon blanc, s'apercevant de sa maladresse, entreprit de les ramasser. En se relevant, il se cogna à une petite étagère collée au mur et le coup l'assourdit un moment.

« Putain... Lector, je suis désolé... »

Le blond arrêta enfin de se voiler la face. Il savait que Lector était vivant ; ce n'était pas pour ça qu'il pleurait. Il se sentait juste incapable de gagner.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! Il est beaucoup moins riche en action que les autres, mais il était nécessaire car il sert de transition importante pour les événements à venir. S'il vous a plu, allez-vous prosterner devant Plume, car c'est grâce à elle que vous avez pu le lire aujourd'hui, et s'il vous a déplu, incendiez-moi de critiques et allez quand même vous prosterner devant elle car elle est la Déesse du Sting/Natsu.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires/critiques/conseils, je les lis avec toujours autant de bonheur !