Chapitre 8
Loki arriva à Asgard une semaine après son départ et se rendit immédiatement sur le chantier. La muraille construite par le géant était presque terminée et elle était énorme. Il avait réussi à faire ça en moins de trois mois ?
Il installa sont camp dans la forêt bordant le mur et observa le travail du géant. Il nota rapidement la présence du cheval noir Svadilfari, le géant l'utilisait beaucoup.
Au début, il pensait distraire le géant lui-même, mais maintenant un autre plan se fit dans son esprit, ce n'était pas le géant qu'il devait distraire, c'était le cheval, mais comment ? Son regard se posa sur Kementari, puis il se mordit la lèvre alors qu'une idée folle lui venait. Il s'approcha de sa jument et avec douceur bougea la tête pour lui faire face.
- Je vais avoir besoin de ton aide ma vieille amie, si tu le veux bien.
La jument l'observa un instant avant de bouger sa tête de bas en haut.
- Il faut distraire l'étalon pendant trois jours et trois nuits, et pour cela je vais avoir besoin de toi. Je vais déclencher une période de chaleur et on le fuira pendant ce temps, si tu veux bien.
La jument acquiesça de nouveau, tout pour aider son maître qui prenait si bien soin d'elle depuis un siècle. Loki attendit que le vent soit dans le bon sens et déclencha la chaleur de sa jument avec sa magie puis, il monta en selle sans quitter des yeux le chantier. Un hennissement soudain lui indiqua que Svadilfari avait bien senti Kementari, il observait avec un large sourire le géant hurler après son étalon avant de lancer sa jument au galop laissant l'étalon le courser.
Les trois jours suivant furent un jeu de chat et de la souris entre les deux chevaux. Et finalement à l'aube du quatrième jour, Loki fit ralentir sa monture. Il s'apprêtait à stopper la chaleur lorsqu'il fut jeté à terre et qu'un coup de sabot le cueille au visage. La dernière chose dont il eut conscience fut le hennissement puissant de Svadilfari.
Lorsqu'il reprit conscience, Loki sentit quelque chose de poisseux contre son visage, levant sa main vers sa tête avant de la placer devant ses yeux, il grimaça en voyant le sang dessus. Puis, il se souvint. Kementari. Svadilfari. Faisant fi de ses vertiges et même de la nausée qui le prit, il se redressa et chercha sa jument des yeux.
Kementari était un peu plus loin avec un Svadilfari apaisé. Lorsqu'elle vit que son maître était réveillé, la jument s'approcha de lui pour venir frotter sa tête contre son épaule.
- Tu vas bien, ma belle ? demanda doucement le jeune Ase.
La jument acquiesça avant de lâcher un souffle joueur sur le visage de son maître. Loki eut un léger rire avant d'essayer de se lever. Il lui fallut plusieurs essais et le soutient de sa jument pour y arriver. L'étalon n'y était pas aller de main morte avec son coup de sabot.
- Tu as de la chance que je doive me faire discret sinon je t'aurais fait payer le sang que tu m'as fait verser, grommela Loki.
L'étalon se contenta de lâcher un hennissement moqueur avant de repartir par où il était venu, sans doute pour rejoindre son maître. Loki l'observa faire avant de lâcher un juron et de monter laborieusement à cheval. Il profita du fait de Kementari connaisse la route pour laver sa blessure et mettre de la pommade cicatrisante sur la plaie. Il faudra qu'il laisse un Shaman y jeter un coup d'œil à son retour, mais d'ici là, il n'aurait qu'à garder la blessure propre.
Il croisa pendant son voyage de retour plusieurs marchands qui lui apprirent que le géant était mort, tué par Thor. Évidemment, cette brute épaisse ne savait rien faire d'autre à part tuer. Les Ases devaient l'acclamer pour son acte héroïque, alors que leur honneur avait été déjà sauf et surtout que Freyja était sans danger.
Lorsqu'il arriva finalement au village de l'une des tribus, les Rangers devaient l'avoir vu arriver de loin, parce que le Shaman l'attendait déjà. Il fit descendre Loki avec l'aide de ses assistants et rapidement le jeune homme fut emmené dans la tente pour être soigné. Il fallut à Loki trois jours pour finir de se remettre de sa blessure, trois longs jours pendant lesquels il dut rester allongé. Et finalement, on le laissa partir. Il rejoignit sa jument, la caressa doucement et décida de passer dire bonjour à la tribu de Magnus qui était à quelques semaines à cheval d'ici à cette époque de l'année.
Lorsqu'il arriva en vu du village des nomades, il remarqua tout de suite l'absence des Rangers. En général c'était eux qui venaient accueillir les visiteurs, mais cela ne voulait pas dire qu'il fut mal accueilli, bien au contraire. Il eut même droit à un regard inquiet de la part de la Shaman en voyant la cicatrice sur sa tempe, qui exigea qu'il se fasse examiner. Loki obéit, pas suffisamment fou pour mettre en colère une femme si semblable à Frigga.
Son sourire se fit plus tendre alors qu'il pensait à sa mère, elle lui manquait terriblement et il était parfois tenté de retourner à Asgard pour la voir, mais il ne pouvait pas, il ne pouvait pas prendre le risque d'être pris par Odin. Le vieux roi, le ferait sans doute enfermer s'il avait de la chance, il savait parfaitement le sort réservé aux déserteurs et pour Loki il n'y avait aucun doute que c'était ce qu'il était aux yeux d'Odin.
- Tu penses à quelqu'un qui t'es précieux, remarqua la Shaman avec une voix douce.
- La plus précieuse de tous, répondit Loki.
- Tu penses souvent à elle ?
- Tous les soirs.
- Elle a de la chance de t'avoir.
- Je suis parti et ce faisant je sais que je l'ai blessée.
- Mais tu ne pouvais pas rester, remarqua la Shaman.
- Je serais mort ou pire si j'étais resté, je serais devenu le monstre que tout le monde voulait que je sois.
- Alors, tu as bien fait de partir, Loptr, parce que le jeune homme que tu es devenu est quelqu'un de très bien.
- Merci, Grand-mère, répondit Loki avec un nouveau sourire tendre. Tu me fais penser à elle, si forte et pourtant si douce. Maman n'était pas le genre de femme qu'il fallait énerver, ria doucement le jeune Ase.
La vieille Vane acquiesça doucement avec un léger sourire, elle finit d'examiner la fine cicatrice encore un peu rose et mit un peu de pommade qui aidera à la faire disparaître dessus.
- Garde la pommade jusqu'à demain matin et ça devrait rapidement s'effacer.
- Merci.
- Demain, je dois aller en forêt pour ramasser des herbes, voudrais-tu m'accompagner ?
- Bien sûr, assura aussitôt Loki.
Il pourrait en profiter pour apprendre deux trois choses sur les plantes médicinales discrètement comme ça. Les jours et les semaines passèrent et Loki était de plus en plus souvent sollicité par la Shaman pour l'aider, que ce soit pour les remèdes ou pour soigner les malades et ce faisant il découvrit une magie plus naturelle. Bien sûr la Shaman ne lui apprenait rien, mais Loki avait toujours été un bon observateur, il ne fallait pas lui montrer deux fois la même chose.
Ce fut un soir après avoir longtemps discuté avec la Shaman qu'il s'en rendit compte, elle lui enseignait. Pas de manière conventionnelle bien sûr mais ses petites remarques lui permettaient de s'améliorer en permanence, elle lui apprenait sans vraiment lui apprendre, le laissant retenir ce qu'il pouvait. Mais pourquoi ? Tous les Vanes avaient été clairs, leurs connaissances ne concernaient qu'eux, les étrangers n'avaient pas à les savoir.
Il baissa son regard sur sa cape et sentit des larmes s'accumuler dans ses yeux en prenant conscience d'une chose qui lui avait échappé pendant si longtemps. Il n'était plus un étranger, s'il n'était pas un Vane par le sang, il l'était par ses choix. Il voyageait comme un Vane, chassait comme un Vane, protégeait les Vanes. Petit à petit sans même s'en rendre compte, il s'était fait une place dans ce royaume. Une larme coula de son visage pour atterrir sur sa cape verte mouchetée.
- Loptr.
Le jeune Ase se dépêcha de sécher ses larmes avant de se tourner vers Sven avec un léger sourire. Ce dernier avait l'air incertain.
- Qu'y a-t-il, Sven ?
- C'est Kementari.
Loki se figea alors avant de pâlir et de se lever.
- Qu'y a-t-il avec elle ?
- Elle est en gestation, annonça Sven avec un large sourire.
Loki se figea avant de grimacer, Kementari en gestation, ça ne voulait dire qu'une chose et bien qu'il s'en doutait, il en avait maintenant la preuve, Svadilfari avait réussi à la monter. Si jamais il croisait encore ce maudit cheval, cette fois, il le tuerait, géant de pierre ou pas.
Il rejoignit donc sa jument, offrant un signe de tête au dresseur de chevaux qui s'occupait de ceux de la tribu.
- Comment va-t-elle ?
- Ça se présente bien pour le moment, répondit le Vane, mais par prudence, il vaut mieux éviter les voyages trop longs.
- T'es coincé avec nous, lâcha Sven avec un grand sourire.
Le jeune Ranger avait toujours beaucoup aimé Loki, au grand dam d'Orvar et à l'amusement de Magnus. Il voyait en Loki un grand frère et si au début ça avait déstabilisé le jeune Ase, maintenant il en profitait grandement. Il pouvait ainsi se mettre à la place de Thor, qui avait été son grand-frère et il comprit alors tous les torts qu'il lui avait causé. Un grand frère a le droit de taquiner son cadet, mais Thor ne l'avait jamais taquiné, il l'avait toujours moqué avec ses amis et même parfois sans. Thor n'avait jamais cherché à le protéger, se moquant de lui même lorsque Loki n'arrivait pas à se protéger lui-même. Puis ça le frappa, Thor n'avait jamais été son frère, il ne l'avait jamais traité comme tel en tout cas, pour Thor il n'avait été qu'un faire-valoir et un bouc émissaire.
- Loptr, ça ne va pas ?
- Je… je dois aller faire un tour, garde un œil sur Kementari pour moi, veux-tu.
- Euh, d'accord, répondit avec hésitation le jeune Ranger.
Loki s'éloigna quittant le village et mettant un peu de distance, il devait être seul, il voulait être seul.
S'il pensait souvent à Frigga, il s'aperçut alors qu'il ne pensait pas si souvent à Thor ou à Odin. Mais maintenant il ne pouvait plus s'empêcher de penser aux moments où lui et Thor avait été ensembles, pendant leurs aventures ou au palais. Il ne pouvait pas s'empêcher de voir tout le mal que Thor lui avait fait. Loki lâcha un souffle fragile et remarqua qu'il n'était pas seul qu'une fois qu'il sentit une main douce et ridée sécher ses larmes.
- Sven m'a prévenu que quelque chose n'allait pas, commença doucement la Shaman.
- Juste certaines révélations qui…
La gorge de Loki se serra l'empêchant de continuer. La vieille Vane s'assit au côté du jeune homme.
- Certaines vérités sont difficiles à accepter, remarqua doucement la vieille Vane.
- Je pensais qu'au moins, mon frère m'aimait, même un peu, mais ce n'était pas de l'amour. La manière dont il m'a traité, je ne valais pas mieux à ses yeux qu'un serviteur.
Loki laissa ses larmes couler, se purgeant d'une peine qu'il ne pensait pas connaître un jour. Cette révélation ne fit que renforcer sa détermination à ne jamais retourner au palais d'Asgard.
