Bonjour à toutes et à tous!

C'est la fin des partiels, oyez, oyez! *sort le Champagne*

Je vous poste donc le neuvième chapitre avec de l'avance, parce que je vous aime!

Merci à Sevy: merci encore pour ton assiduité! Rien n'est trop beau pour mes fidèles lecteurs, j'aimerais vous livrer toute la fiction d'un coup si je le pouvais! On rentre enfin à Poudlard, c'est pas trop tôt! ^^

Merci à Anouk: j'espère que la suite te plaira!

Merci à "Guest" (je n'ai pas ton pseudo, désolée!): merci beaucoup pour tous ces compliments! Ah n'en jetez plus! ^^ Je suis ravie que tu trouves ton compte dans ma fic, c'est toujours un grand plaisir de lire que vous aimez la réécriture! Ron embrasser Lavande? Ahah, c'est pas pour tout de suite, d'ici là, on a encore plein d'aventures à vivre ensemble!

Sur ce, bonne lecture!


Chapitre 9: Les aveux de Luna

Drago et Ron marchaient tant bien que mal dans les couloirs. Ils avaient décidé d'aller jusqu'au compartiment d'Harry, réprimandant quelques élèves surexcités, foudroyant du regard ceux qui les dévisageaient ouvertement avec curiosité et houspillant les autres qui leur posaient des questions indiscrètes sur les événements au ministère. La brunette était passablement énervée de voir que l'épisode de l'emprisonnement de son père avait fait couler beaucoup d'encre et que Potter et sa bande n'en étaient que plus populaires, et son humeur s'en ressentit.

En passant devant celui des Serpentard dans lequel Hermione était assise, ils ralentirent la cadence et Drago écarquilla les yeux devant le spectacle qu'il observait, faisant monter d'un cran sa mauvaise humeur : couchée sur les genoux de Parkinson, Hermione les insultait de la main.

Face à son geste grossier, il ouvrit la bouche d'un air outré et faillit débouler dans le compartiment pour l'incendier. Mais la main de Ron sur son épaule fit changer sa colère de direction et il reporta un regard énervé vers le rouquin.

- Allons, tu sais bien comment il est, dit-il simplement. Ça vaut pas la peine.

Mais Drago ne l'entendait pas de cette oreille-là. Il n'était pas comme ça, et il n'aimait pas que Granger lui fasse faire des choses qu'il ne ferait pas en temps normal. Y compris se vautrer allègrement sur les genoux de Parkinson. Qu'est-ce que c'était que cette tenue ? Il avait dit « proches », mais pas dans ce sens-là.

Il était toujours en colère quand ils arrivèrent dans le compartiment d'Harry. Drago balaya la pièce du regard et réprima une moue de dégoût en identifiant les personnes présentes : Londubat était là, mais Loufoca Lovegood aussi. Potter aimait vraiment les sorciers les plus nuls de leur génération. Sans doute pour se trouver mieux qu'eux. Il ne voyait que cette solution. Il les salua rapidement de la tête.

- J'aimerais bien que le chariot du déjeuner se dépêche d'arriver, je meurs de faim, dit Ron avec convoitise.

Drago faillit s'indigner devant la capacité phénoménale qu'avait le rouquin à avoir constamment faim, mais il ne dit rien. Tandis que Ron se laissait tomber à côté d'Harry dans un mouvement très gracieux, il s'assit à côté de la blonde, dont le visage était mangé par une espèce de paire de lunettes bizarres qui lui donnait l'air encore plus fou qu'elle ne l'était réellement. Quoique.

- Salut, Neville, salut, Luna. Tu sais quoi ? ajouta Ron en se tournant vers Harry. Malefoy ne remplit pas ses obligations de préfet, il reste assis dans son compartiment avec les autres Serpentard. On l'a remarqué en passant.

Drago eut une expression de surprise : bien sûr, ils n'étaient pas au courant que Dumbledore ne l'avait pas nommé préfet cette année ! Il se retint de critiquer Harry qui s'était redressé, l'air vivement intéressé. Il aimait la tournure que prenaient les événements. Il était bien plus intéressant de leur faire croire qu'il était toujours préfet. Juste pour faire mariner Harry Potter dans sa paranoïa.

- Comment a-t-il réagi quand il vous a vus ?

- Comme d'habitude, répondit Ron, indifférent en imitant le geste d'Hermione. Étonnant de sa part, non ? Enfin, pas ça, précisa-t-il en répétant le geste avec lequel il les avait accueillis. On se demande pourquoi il ne profite pas de l'occasion pour brutaliser quelques élèves de première année.

- Oui, je ne sais pas ce qui lui prend, dit Harry.

- Il préférait peut-être la brigade inquisitoriale, suggéra Drago, non sans une certaine ironie dans la voix et un sourire en coin sur les lèvres. Le travail de préfet doit lui sembler un peu insipide après ça.

- Je ne crois pas, dit Harry. Je pense qu'il est…

Mais il fut coupé dans ses avancements par une fille de troisième année qui portait des parchemins attachés de rubans violets. Drago souleva les sourcils en signe de surprise, mais ne fit aucun commentaire.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ron tandis qu'Harry déroulait son parchemin.

- Une invitation, répondit-il.

Drago réprima un petit rire ironique. Quelle personne irait inviter quelqu'un dans le Poudlard Express ?

- Qui est le professeur Slughorn ? interrogea Neville en regardant sa propre invitation d'un air interdit.

Drago perdit totalement son sourire quand il comprit que Neville était invité aussi. Et que l'invitation venait du nouveau professeur en personne. Une pointe de jalousie lui pinça le ventre. Il attendit qu'une autre fille de troisième année arrive et lui remette un parchemin, mais personne ne se montra.

- Écoute, ajouta Harry, pris d'une soudaine inspiration, on n'a qu'à mettre la cape d'invisibilité, comme ça, on pourra observer Malefoy au passage et voir ce qu'il fabrique.

Drago soupira silencieusement d'exaspération face à l'obstination de Potter, mais ne dit rien. Avec la foule d'élèves surexcitée, il ne pourrait jamais mener son plan à bien. Il n'avait rien à craindre.


Les deux bruns s'en allèrent, laissant Ron, Luna et Drago seuls. Ce dernier se sentit soudain un peu mal à l'aise. Il n'avait jamais porté d'intérêt particulier pour Lovegood, qui se faisait remarquer par ses propos déplacés et la capacité qu'elle avait à dire tout ce qu'elle pensait de la façon la plus franche et la plus décalée possibles. Il connaissait seulement cette fille par sa réputation et ne pouvait croire qu'en ce moment-même, il était dans son compartiment, à ses côtés et qu'il fallait lui faire la conversation. Ron à priori était aussi gêné que lui et jouait nerveusement avec un vieux papier de dragées surprises de Bertie Crochue.

- Tiens, salut Hermione, salut Ron ! dit Luna d'un air songeur en levant les yeux du Chicaneur.

Drago se retourna vers elle vivement, comme s'il s'apercevait tout juste de sa présence. Elle avait un sourire léger sur les lèvres, le regard rêveur. En posant ses yeux sur la revue qu'elle tenait, Drago comprit pourquoi Potter et ses amis fréquentaient cette fille. Evidemment, ce n'était que par intérêt : elle était la fille du directeur de ce torchon, l'an dernier, ils avaient pu faire imprimer un article scandaleux sur sa famille. C'était logique de garder des relations.

- Tu vas bien, Luna ? demanda Ron, un peu déboussolé qu'elle ne les ait remarqués que maintenant.

- Oh oui, parfaitement ! Et le tirage n'a jamais autant augmenté ! se réjouit-elle en élevant le magazine qu'elle tenait dans les mains avec fierté.

- Ah, c'est génial ! sourit Ron, un peu mal à l'aise, en retournant à la contemplation de son emballage de bonbon.

Un petit silence se fit, très gêné, cherchant des sujets de conversation.

- Harry dit qu'il n'y aura plus de réunion de l'A.D., cette année…, déclara-t-elle d'un air un peu triste.

- Ah oui, Ombrage n'est plus là, répondit Ron, incertain. On n'en a plus besoin, je pense, maintenant…

- C'est dommage, vraiment…, reprit Luna, d'un air absent. Mais peut-être qu'on pourra se retrouver encore ? De nombreux dangers nous menacent encore, vous savez, continua-t-elle, l'air très sérieux, notamment depuis que les Berkostilles ailés ont déclenché la guerre aux Flagadouchsques nains… Les chaussettes ne sont plus des endroits sûrs, croyez-moi…

A l'évidence, Ron appréciait autant la conversation de Luna que Drago qui la dévisageait gravement d'un air méfiant, se demandant si sa maladie était contagieuse. Il ne souhaitait même pas savoir ce qu'était un Berkostille ailé, ni à quoi ressemblait un Flagadouchsque nain.

- Oh, le chariot à confiseries ! s'exclama le rouquin, comme s'il sortait d'une longue méditation.

Apparemment ravi de pouvoir s'enfuir, il se glissa sans attendre hors du compartiment, laissant Drago seul avec Luna, bouillant sur place de se faire ainsi abandonné. Ça, Weasley, tu me le paieras, pensa-t-il amèrement.

- Tu a l'air différent, Hermione, sourit Luna en enlevant ses Lorgnospectres.

Drago se retourna vivement vers elle, en sursautant légèrement. Il la scruta, impassible. Elle avait un sourire pensif, ses grands yeux protubérants fixés sur lui à la manière d'une chouette. Si elle se démêlait un jour les cheveux et qu'elle arrêtait d'être aussi perchée, peut-être aurait-elle du succès auprès de la gente masculine, se surprit à penser Drago. Après tout, elle était d'ascendance pure, elle aussi. Mais ses paroles le dérangeaient vraiment : qu'insinuait-elle ? Non, Loufoca n'avait certainement pas la capacité de Kathleen à lire en lui.

- C… Comment ça ? demanda-t-il, mal à l'aise d'être percé à jour une nouvelle fois, en s'agitant sur son siège.

- On dirait une autre personne, dit simplement Luna en reportant son attention sur Le Chicaneur. Tu m'amuses beaucoup, j'espère qu'on se reverra souvent.

Drago se racla la gorge, un peu déboussolé. Non seulement, il n'aimait pas entendre qu'il amusait cette dingue, mais en plus, il souhaitait plus que tout ne plus retomber sur elle à l'avenir seul à seule comme ils étaient en train de le faire.

- Je… t'amuse ? s'indigna-t-il, méprisant et offensé.

- Oui…, dit Luna d'un air évasif en tournant la page de son journal. Tu parles peu… Tu as l'air soucieux… Et tu fais souvent ça, ajouta-t-elle en se tournant vers lui et en mimant une moue de mécontentement typiquement malefoyenne.

Elle eut un rire cristallin devant la mine déconfite de Drago qui se mit à froncer les sourcils.

- Tu te moques de moi ? s'offusqua-t-il, vexé d'avoir été autant observé sans même l'avoir remarqué et dans un laps de temps si restreint.

- Oh non, nia la jeune fille blonde en levant les yeux vers lui. Tu dois avoir quelque chose à cacher et ça ne me regarde pas… Mais, poursuivit-elle devant l'air interdit de la brunette, si vraiment tu ne veux pas qu'on le découvre, sois plus discrète.

Elle lui sourit largement, d'un air distrait. Puis elle se pencha vers lui, sur le ton de la confidence.

- Ne t'inquiète pas, Hermione, je sais ce qui te travaille, et pour tout t'avouer, moi aussi je cherche un moyen pour m'en débarrasser, révéla-t-elle d'un ton sérieux.

- Hein ? s'exclama Drago, en lui adressant un regard d'effroi.

Que venait de dire cette écervelée de Serdaigle ? Il fut saisi, se refusant de comprendre. Qu'est-ce que c'était que cette nouvelle plaisanterie ? Luna fixait ses yeux bruns et son sourire rêveur avait totalement disparu de ses lèvres.

- Bah oui, murmura-t-elle d'un ton froid, tu veux t'en débarrasser aussi, non ? Il devient vraiment pénible, ces derniers temps.

Drago s'était figé, encore sous le choc de ce que lui confiait la jeune fille. Cette dernière jetait des petits coups furtifs vers le couloir et se pencha un peu plus sur lui, plantant ses yeux saillants de chauve-souris dans les siens.

- Ça se trouve, dit-elle à voix encore plus basse, il t'a rendu visite pendant ces vacances ?

La brunette déglutit difficilement. Elle jetait des regards d'incompréhension et d'horreur à son interlocutrice. De qui parlait-elle ?

- Et il serait certainement là ce soir aussi.

Une mine de dégoût se dessina sur le visage habituellement placide de Luna et Drago fronça les sourcils, acquiesçant, peu désireux de continuer cette conversation.

- Je trouve qu'il a créé assez de problèmes comme ça, continuait Luna, d'un ton catégorique, il est temps d'en finir.

Il ouvrit la bouche pour lui demander l'identité de la personne qu'elle comptait supprimer, mais elle ne lui en laissa pas le temps.

- Surtout que le ministère ne l'apprécie vraiment pas, ricana-t-elle, ce ne sera pas dur de le faire tomber.

Drago était bouche bée : il contemplait une nouvelle Luna, qui arborait un sourire sardonique et dont les yeux si vides étaient désormais pétillants de haine. Il se sentait dans une insécurité grandissante, et la dernière phrase de Luna ne le rassurait pas. Il était évident qu'elle parlait de Dumbledore, et parler de ce genre de projets avec elle ne l'enchantait pas le moins du monde, surtout quand il apprenait qu'elle méditait la même chose qu'eux. Il en ignorait les raisons, et à vrai dire, il s'en fichait. Il ne souhaitait qu'une chose : finir cette conversation au plus vite et en faire part à Granger. Les signaux rouges de danger s'actionnaient beaucoup trop près de lui.

- Tu ne trouves pas que j'ai raison, Hermione ? demanda Luna, qui avait repris son air rêveur.

La brunette hocha la tête, mal à l'aise. Une question lui brûla les lèvres, cependant.

- Mais tu… comptes t'en occuper toute seule ? s'enquit-elle, en lui adressant un regard en coin.

- Evidemment, répondit la blonde en se passant une main dans les cheveux, les yeux dans le vague et l'air songeur, moins on est sur le coup, plus on a de chances de l'avoir. Mais avec ton aide, c'est différent.

De plus en plus mal à l'aise, Drago décida de se lancer pour chercher un moyen de savoir comment et pourquoi la Serdaigle avait décidé de passer à l'acte : qui lui en avait donné l'ordre ? Voldemort ? Etait-elle en contact avec lui ? Devaient-ils faire équipe avec elle ?

- Et tu comptes t'y prendre comment ? questionna-t-il, innocemment.

Luna mit quelques secondes à répondre, plongée de nouveau dans la lecture de son journal. Elle leva les yeux et sembla réfléchir.

- Attendre sagement en fermant les yeux qu'il vienne près de moi, et au moment où il s'y attendra le moins, lui sauter dessus et le désarmer, dit-elle simplement en baissant à nouveau la tête.

Drago eut une mine un peu déconfite : c'était sans doute une des idées les plus téméraires et les stupides qu'il n'avait jamais entendues, mais il ne s'étonnait plus de rien : après tout, il était en grande discussion avec Luna Lovegood. Il était à présent certain qu'ils ne pourraient jamais l'inclure dans leurs projets.

- Et ensuite ? demanda-t-il, incertain de vouloir connaître la suite.

- Ensuite, articula Luna, un sourire doux sur les lèvres, je le dénoncerai au Magenmagot et il finira sa vie à Azkaban, finit-elle d'un ton méditatif.

Drago eut un regain de réalité : Voldemort ne pouvait être dans la partie, si elle comptait simplement l'envoyer à la justice magique. Il commençait à voir ce qui n'allait pas dans cette conversation.

- Tu ne comptes pas le tuer ? l'interrogea-t-il, étonné.

- Oh non, rit Luna, un peu surprise de cette question inconvenante, il pourrira entouré de Détraqueurs. Ça lui apprendra à être fétichiste.

Drago retomba lourdement des nues d'où il flottait depuis de nombreuses minutes. Dumbledore, fétichiste ? Allons bon !

- Hein ? Mais de qui tu parles ? s'exclama-t-il, en sursautant.

- Du grand Lunulopathe, bien sûr ! répondit Luna, comme s'il s'agissait d'une évidence. Celui qui se glisse doucement dans le lit des jeunes filles pour leur couper les ongles de pieds pendant leur sommeil. Oh, c'est un véritable pervers, et une fois qu'il a touché sa victime, il peut la repérer à trois milles lieues à la ronde ! Il faut vraiment mieux être prudent…

Drago recommença à respirer et soupira longuement en remerciant Merlin que cette conversation ne fût qu'un simple quiproquo. Il l'avait échappé belle. Un peu plus et il aurait parlé de leur mission. Heureusement que Loufoca est bien folle : qu'est-ce qui lui avait pris d'avoir pu penser qu'elle avait deux noises d'intelligence et être au service du mage noir ? Elle vivrait à jamais dans son monde !

- Pourquoi ? lança Luna sur un air dubitatif. Tu parlais de quelqu'un d'autre, toi ?

La conversation n'était pas terminée, il fallait jouer le jeu jusqu'au bout. La brunette se ressaisit. Maintenant qu'elle savait qu'elle n'était plus en danger, il était plus facile de prendre part à la discussion.

- Non, non… Au contraire ! s'exclama Drago, se voulant convaincant. Et justement, quelqu'un comme ça, l'enfermer juste comme ça… C'est trop doux, comme punition, non ?

Luna sembla le détailler un instant. Elle pencha la tête de côté et fixa sans ciller Drago qui recommençait à être mal à l'aise.

- Oui, sans doute, tu as raison, dit-elle en baissant les yeux vers Le Chicaneur. Papa va faire un article bientôt pour mettre en garde les lectrices. Mais je suis déjà sur ses traces.

Drago ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, il n'avait pas encore d'idées, mais ça n'allait pas tarder. Cependant, alors qu'il allait prononcer les premières syllabes de sa phrase, la porte du wagon s'ouvrit et la tête d'un rouquin dépassa de l'entrebâillement.

- Hermione ? appela-t-il en agitant un morceau de papier. Je crois qu'on doit y aller, je viens de recevoir un parchemin, McGonagall nous a déjà donné pas mal de tâches à faire…

Ravi de pouvoir se soustraire à cette ambiance étrange, Drago bondit de la banquette en hochant la tête. Il se tourna vers Luna.

- A plus tard… Luna, salua maladroitement la brune.

- A bientôt, Hermione, répondit Luna, doucement.

Et avant de replonger dans Le Chicaneur et de remettre ses affreuses lunettes qui lui donnaient l'air encore plus désaxé, elle lui fit un petit sourire. Un sourire mystérieux, qui semblait anodin, mais qui en disait long. Sans demander son reste, Drago franchit la porte et rejoignit son propre compartiment aux côtés de Ron. Encore un peu éberlué par cet échange, il soupira, très fatigué.

- Cette Luna… Elle est vraiment siphonnée, grommela-t-il.

- Et oui… C'est Luna, lâcha Ron d'un air songeur, un sourire goguenard sur les lèvres.

L'espace d'un instant, Drago suspecta Ron de n'avoir reçu aucun papier de McGonagall et d'avoir attendu le moment propice pour extirper la brunette des idées farfelues de Luna Lovegood. Doute qui se confirma quand ils revinrent dans leur compartiment : Ron s'affala sans ménagement sur la banquette et effraya une bande de troisième-année qui se tenait timidement devant leur porte, des exemplaires de La Gazette du Sorcier dans les mains, espérant, eux aussi, sans doute que les deux préfets de Gryffondor leur racontassent plus en détails la nuit au ministère. Il réprima un sourire. Jamais, au grand jamais, Drago Malefoy ne remercierait Ronald Weasley. De son vivant, de sa tombe, et même dans l'au-delà.

- Dis-moi… T'en penses quoi, des suspicions d'Harry, toi ? demanda Ron subitement.

La brunette le dévisagea un court instant, puis haussa les épaules. Elle récupéra son livre coincé dans le filet à bagages et ouvrit une page au hasard.

- Bof…, grogna-t-elle, les yeux baissés. Il n'a jamais pu supporter Malefoy – nous non plus d'ailleurs. Je suis sûr qu'il cherche un prétexte pour alimenter sa rancœur.

- Oui…, approuva Ron d'un ton rêveur. Tu as sans doute raison. C'est absurde.

Drago leva les yeux vers le rouquin et hésita à rétorquer quelque chose. Mais Ron était plongé dans la contemplation de son minuscule hibou qu'il avait libéré de sa cage. Toujours silencieux, Drago détourna le regard : au loin, le soleil déclinait lentement.


La nuit était tombée, à en juger par la végétation sauvage qu'on apercevait à travers les fenêtres, la gare de Pré-au-Lard n'était plus qu'à une demi-heure. Finalement, les Serpentard que Drago tolérait n'étaient pas si affreux que ça : Pansy la traitait avec beaucoup d'égard et n'était pas si stupide qu'elle s'était imaginée à le croire lorsqu'elle l'entendait glousser dans les couloirs de Poudlard : elle avait même quelques traits d'esprit – rares, cependant. Quant à Crabbe et Goyle, ils savaient tenir leurs langues quand il fallait. Alors que Crabbe était plongé dans une bande dessinée – qui ne semblait pas très futée, mais il avait au moins le mérite de lire –, elle avait eu la stupeur de constater que Goyle brodait. Et que, comble de l'abomination, il était même plutôt doué. A côté, les petits couvre-chefs qu'elle tricotait pour les elfes de maison de Poudlard faisaient pâle figure. Elle en aurait avalé sa langue de surprise, mais s'était bien gardé de faire la moindre remarque. Malefoy devait déjà être au courant de ce à quoi son gorille numéro deux occupait son temps libre. D'ailleurs, ce devait être un passe-temps secret, au vu de son expression horrifiée quand il rangea précipitamment son ouvrage en entendant la porte grincer.

C'est avec un déplaisir évident qu'Hermione vit revenir Zabini un peu trop rapidement à son goût : elle avait fortement apprécié le silence régnant, lui permettant d'extrapoler sur les événements à venir, sur les étapes prochaines de son plan quand ils débarqueraient à Pré-au-Lard. Cependant, quelque chose attira son attention, face au comportement étrange de l'adolescent. En effet, la porte du compartiment ne se fermait plus, peu importe le nombre de fois où il la poussait.

- Qu'est-ce qui se passe ? s'impatienta Zabini.

La porte s'ouvrit brutalement, le faisant tomber sur les genoux de Goyle qui se trouvait à côté et visiblement peu enclin à le recevoir, encore énervé d'avoir dû ranger si vite son point compté. Hermione se redressa vivement et suivit la scène d'un air amusé : à priori, Goyle n'aimait pas non plus Zabini et profitait de l'occasion pour lui tomber dessus (dans le sen figuré, cette fois). Elle eut un élan d'empathie pour Goyle, mais son regard fut soudain happé par une basket blanche qui disparut très vite, à la place vide de Zabini. Son sourire se perdit et elle se figea. Ils avaient un invité. A l'évidence, quelqu'un qui le soupçonnait et qui avait la possibilité de devenir invisible grâce à une cape offerte en première année de Poudlard. La réponse fut évidente. Qui d'autre que Harry Potter était entré dans leur compartiment ? Elle glissa un regard vers le filet à bagages et observa qu'il bougeait légèrement tout seul, par magie. Elle soupira et reposa son regard sur Goyle qui refermait la porte d'un coup sec, avant de repousser violemment Zabini qui s'effondrait sur son propre siège. Hermione rit sous cape en toisant le grand noir : il avait perdu de sa superbe, tout à coup.

Le calme revint rapidement dans le compartiment, Crabbe se replongea dans sa bande dessinée, et Hermione se rallongeant, la tête sur les genoux de Pansy. Le silence se fit pesant tout à coup. Il fallait briser la glace.

- Alors, Zabini, dit Hermione d'une voix traînante, qu'est-ce que voulait Slughorn ?

- Il essayait simplement de se faire bien voir par les fils de bonne famille, répondit ce dernier qui continuait de lancer à Goyle des regards furieux. Mais il n'a pas réussi à en trouver beaucoup.

Hermione fixa le grand noir d'un air d'incompréhension. Qu'est-ce que c'était que cette réunion ? Qu'est-ce que ce professeur voulait ? Elle fronça les sourcils.

- Qui étaient les autres invités ? demanda-t-elle, négligemment.

- McLaggen, de Gryffondor.

Cormac McLaggen ? Hermione activa rapidement sa mémoire : un garçon massif, aux cheveux drus, qui avait un an de plus qu'elle et qui n'hésitait pas à se vanter à chaque fois qu'elle le voyait, entouré d'un groupe de filles chaque fois différent. Qu'est-ce que ce garçon avait d'une famille de bonne famille ?

- Ah ouais, son oncle est une huile du ministère, commenta-t-elle (au moins, elle ne se mouillait pas, la plupart des familles de sorciers travaillant au ministère).

- … un autre qui s'appelle Belby, de Serdaigle…

- Ah non, pas lui, c'est un abruti ! s'exclama Pansy.

Hermione leva un regard étonné devant la mine révoltée de la brune qui lançait des éclairs, mais elle reporta rapidement son attention sur Zabini qui finissait la liste des invités.

- … et aussi Londubat, Potter et la fille Weasley, acheva ce dernier.

Hermione se redressa brusquement, écartant d'un coup sec la main de Pansy. Cette révélation ne l'amusa pas du tout. Qu'est-ce que Neville faisait dans l'histoire ?

- Il a invité Londubat ?

Elle foudroya le Serpentard comme s'il était responsable de cet incident.

- J'imagine, puisqu'il était là, dit Zabini d'un air indifférent.

- En quoi Londubat peut-il bien intéresser Slughorn ?

Zabini haussa les épaules. Hermione se reprit, prenant conscience que si jamais ils se rendaient compte du pourquoi de son anxiété, elle perdrait toute crédibilité. Zabini avait parlé de Potter et de la fille Weasley, donc Harry et Ginny avaient aussi été conviés. Dans un sens, ça la rassurait. Neville n'avait pas été tout seul. Mais pourquoi ? Elle eut une moue de dédain.

- Potter, le précieux petit Potter, ça évidemment, il voulait voir à quoi ressemble l'Élu, poursuivit-elle, avec un rictus méprisant, mais la petite Weasley ! Qu'est-ce qu'elle a de spécial, celle-là ?

- Il y a plein de garçons qui l'aiment bien, assura Pansy en jetant au grand blond un regard en biais pour voir sa réaction.

Hermione faillit s'étouffer : quoi, même à Serpentard, Ginny avait une réputation ? Elle eut un regard choqué que Pansy interpréta autrement.

- Même toi, Blaise, continua la brune, tu dis qu'elle est jolie et tout le monde sait à quel point il est difficile de te plaire !

- Je ne toucherai jamais à une fille qui a ignoblement trahi son sang, même si elle est jolie, affirma Zabini avec froideur.

Pansy eut un petit sourire satisfait et Hermione reposa la tête sur ses genoux, la laissant à nouveau lui caresser les cheveux. Mais elle réfléchissait. Qu'est-ce que Slughorn voulait faire ? Qu'est-ce que c'était que cette drôle d'invitation ? A l'évidence, ce devait être quelqu'un que Lucius Malefoy connaissait. A l'évidence, il en avait parlé à Drago Malefoy. A l'évidence, si Slughorn faisait des réunions en petit comité pour toucher la noblesse sorcière, Malefoy devait être au courant et mourir d'envie d'y participer. Elle réfléchit. Il fallait qu'elle dise quelque chose de crédible.

- Le mauvais goût de Slughorn me fait pitié, lâcha-t-elle avec tout le mépris dont elle était capable. Peut-être qu'il devient un peu gâteux. Dommage, mon père, qui était un de ses élèves préférés, a toujours dit qu'il était un bon sorcier en son temps. Slughorn ne doit pas savoir que je suis dans le train, sinon…

Zabini la coupa froidement, ses yeux en amande rivés sur les siens.

- À ta place, je ne compterais pas sur une invitation. Quand je suis arrivé, il m'a demandé des nouvelles du père de Nott. Ils étaient amis, apparemment, mais quand il a appris qu'il avait été arrêté au ministère, il ne semblait pas très content et Nott n'a pas été invité. Je ne crois pas que Slughorn s'intéresse aux Mangemorts.

Hermione le toisa avec colère : Merlin qu'elle détestait le ton condescendant de ce Zabini. Nott… Elle se souvenait de ce mangemort qu'elle avait stupéfixé au ministère avant l'été… Alors, c'était son fils, à Poudlard ? Elle eut un rire forcé, pour se donner une contenance, un rire singulièrement dépourvu d'humour. Ne pas s'éparpiller. Surtout, il fallait qu'elle montrât à quel point ce Slughorn était méprisable.

- Personne ne se soucie de ce qui l'intéresse ou pas. Qui est-il, quand on y réfléchit ? Un imbécile de prof, rien de plus.

Elle bâilla avec ostentation. Il fallait changer de sujet. Elle réfléchit quelques instants. Harry se trouvait dans le filet à bagages au-dessus d'eux. Tant qu'il n'aurait rien trouvé à se mettre sous la dent, il continuerait de les traquer. Une fois sûr de lui, il arrêterait pour un temps de fouiner. Il fallait qu'elle confirmât ses doutes pour qu'elle pût avoir une marge de manœuvre plus importante. Elle allait mettre en pratique ce que lui avait suggéré Drago. Ainsi, elle aurait un sursis avec Harry. Et elle conserverait sa crédibilité aux yeux des Serpentard qui se pendraient à ses lèvres. Elle réfléchit à ce qu'elle allait révéler. De toute façon, il était persuadé que Malefoy avait reçu une mission du mage noir. Elle ne dirait rien de plus que ça. Au final, il n'en saurait pas plus. Elle eut un rictus.

- Peut-être que je ne serai même plus à Poudlard l'année prochaine, lâcha-t-elle innocemment, alors qu'est-ce que ça peut me faire qu'un vieux fossile obèse m'aime ou pas ?

C'eut l'effet d'une bombe. D'un côté, elle ne disait pas totalement faux, en se demandant si jamais elle réussirait à vaincre Dumbledore et garder la vie sauve.

- Qu'est-ce que tu veux dire, tu ne seras peut-être plus à Poudlard l'année prochaine ? s'exclama Pansy d'un ton indigné en interrompant ses caresses.

Hermione sourit : ils commençaient à tomber dans le panneau.

- On ne sait jamais, répondit-elle, évasive, avec l'ombre d'un sourire. Il est possible que… heu… je m'occupe de choses plus importantes et plus intéressantes.

Des choses plus importantes et plus intéressantes ? Elle n'avait rien trouvé de mieux ? C'était une blague ? Qui pourrait croire ça ? Elle se maudit elle-même intérieurement, et jeta un coup d'œil furtif aux Serpentard. Mais à sa surprise, cela eut l'effet escompté et Hermione s'en réjouit, détaillant l'expression d'incrédulité de Goyle et Crabbe, la curiosité naissante de Zabini et l'indignation de Pansy. Elle sentait même le cœur d'Harry dans le filet à bagages qui cognait plus fortement.

- Tu veux dire… Lui ? demanda Pansy dans un murmure.

Hermione haussa les épaules : elle jubilait intérieurement, qu'ils aient autant mordu à l'hameçon. Elle n'avait rien dit par rapport à sa mission, ils ne faisaient qu'extrapoler. Restait juste à leur faire imaginer les pires choses par rapport à Voldemort.

- Ma mère veut que je finisse mes études mais personnellement, je ne crois pas que ce soit si utile, de nos jours. Réfléchissez un peu… Quand le Seigneur des Ténèbres aura pris le pouvoir, vous croyez qu'il s'occupera de savoir combien de BUSE et d'ASPIC chacun peut avoir ? Bien sûr que non… Ce qui comptera, c'est le genre de services qu'on lui aura rendus, le degré de dévotion qu'on lui aura montré.

Elle énonçait des vérités, et ils se faisaient leurs propres films. Elle se délecta de l'effet qu'elle avait sur eux. Enfin, sur tous sauf un.

- Et tu crois que toi, tu seras capable de faire quelque chose pour lui ? demanda Zabini d'un ton cinglant. Seize ans et même pas encore diplômé ?

Elle lança un regard exaspéré vers ce Zabini qui commençait vraiment à l'énerver. C'était apparemment le seul censé de la bande, celui qui savait prendre du recul, et elle le saluait pour ça. Mais elle n'en avait pas besoin maintenant.

- Je viens de te le dire, non ? répliqua-t-elle, excédée. Peut-être qu'il s'en fiche que je sois diplômé ou pas. Peut-être que le travail qu'il veut me confier ne nécessite pas de diplôme, finit-elle à voix basse.

Ça y était, elle en avait trop dit. Malefoy lui avait bien dit de rester évasive. Il fallait changer de sujet à présent. Le silence dans la pièce était palpable.

- J'aperçois Poudlard, dit Hermione d'un ton détaché, presque innocent, en montrant du doigt la fenêtre obscurcie par la nuit tombante. Il est temps de mettre nos robes.

Son cœur se serra. Ils allaient bientôt arrivés. Et elle allait devoir mettre la deuxième partie du plan en application. Un hoquet de douleur provenant du filet à bagages attira l'attention d'Hermione qui s'était levée, alors que Goyle récupérait sa valise. Elle fronça les sourcils. Maintenant qu'elle lui avait insinué tout ça dans la tête, elle ne pouvait laisser décemment partir Harry. Oui, mais pas avec tous ces Serpentard autour d'eux. Elle attendrait qu'ils soient seuls. Elle reporta son attention sur sa valise qu'elle ouvrit pour défroisser la robe de sorcier qu'elle revêtit en même temps que les autres.

Le train réduisait son allure. Ils étaient bientôt arrivés. En attachant autour de son cou l'épaisse cape de voyage toute neuve, cadeau inattendu de Narcissa, Hermione réfléchissait, inquiète. La mission qu'elle devait effectuer et réussir ce soir ne lui laissait que peu de marge de manœuvre. Elle devait être rapide. Le train s'immobilisa et Goyle ouvrit la porte avec force en jouant des muscles pour se frayer un chemin parmi une foule d'élèves de deuxième année qu'il écarta à coups de poing. Crabbe et Zabini le suivirent, sans un regard en arrière. Hermione inspira profondément. C'était le moment. Pansy lui tendit la main, espérant avec témérité que les marques d'affection qu'elle lui avait prodiguées continueraient.

- Pars devant, lui dit-elle, en ignorant son geste. Je veux simplement vérifier quelque chose.

Pansy s'en alla, l'air un peu déçu. À présent, ils étaient seuls dans le compartiment. Des élèves passaient dans le couloir, descendant sur le quai plongé dans l'obscurité.

Lentement, peu pressée de faire ce qu'elle allait faire, Hermione s'approcha de la porte et tira les stores pour qu'on ne puisse rien voir de l'extérieur. Avec des gestes plus que lents, elle se pencha sur sa valise et l'ouvrit à nouveau. Berner Harry pour l'amener à être sans défense. Trois… deux… un…

- Petrificus totalus !

Hermione avait lancé son sort avec une rapidité déconcertante et elle se félicita de sa dextérité. Harry bascula lourdement du filet à bagages et tomba à ses pieds, faisant glisser la cape d'invisibilité.

Hermione affichait un large sourire, très contente de son intuition.

- C'est bien ce que je pensais, jubila-t-elle. J'ai entendu la valise de Goyle te cogner. Et j'ai cru voir passer un éclair blanc après le retour de Zabini…

Ses yeux s'attardèrent un instant sur les baskets d'Harry.

- Je suppose que c'était toi qui bloquais la porte quand Zabini est revenu ?

Un instant, Hermione se figea, et eut un regard d'horreur en se rendant compte de la situation : venait-elle de lancer son sortilège préféré, le sortilège du saucisson ? Elle observa Harry un moment, incertaine qu'il fasse le rapprochement. Mais il le savait, c'était le sortilège qu'elle avait utilisé pour se débarrasser de Neville en première année. C'était son sortilège fétiche. Et Malefoy, elle en était certaine, ne l'utilisait pratiquement jamais. Pourtant, dans la précipitation, Harry n'irait quand même pas imaginer qu'il avait Hermione Granger devant lui ? Mais s'il ressassait autant, comme l'avait souligné Malefoy, peut-être qu'il y repenserait et trouverait ça louche ? Temps d'hésitation. On ne savait jamais. De plus, elle avait peu de temps. Elle décida de le malmener un peu : le frapper semblait une bonne solution. Juste un petit coup de pied. Après tout, Malefoy avait sûrement dû rêver d'avoir Harry Potter à ses pieds, impuissant et à sa merci ? Désolée, Harry, pensa Hermione avec amertume, je ne peux pas me faire reconnaître, il va donc falloir que tu sois sûr que je suis bien Malefoy.

- Tu n'as rien pu entendre d'important, Potter. Mais puisque tu es là…

Un peu honteuse de ce qu'elle allait faire, elle lui donna un coup de pied en plein visage. A priori, elle ne contrôlait pas la force du corps de Malefoy : un craquement lui confirma qu'elle venait de lui casser le nez et du sang tacha le bas de sa robe. Elle fut la première surprise. Une pointe de remords l'envahit. Oups… Etait-elle allée un peu trop fort ? A l'évidence, oui. Mais plus moyen de reculer. Elle ne pouvait plus s'excuser. Et elle ne pouvait en aucun cas essayer de le soigner. Il fallait assumer. Au moins, de cette façon, Hermione était sûre qu'il penserait avoir affaire au vrai Malefoy. rougissant intérieurement, honteuse à souhait, elle se dit que ce geste pourrait compenser son « petrificus totalus ». L'avenir le lui dira.

- De la part de mon père, s'excusa-t-elle. Et maintenant…

Complètement désemparée, Hermione réfléchit un autre instant : elle aperçut la cape sous Harry et eut une idée très malefoyenne. Il fallait jouer le jeu jusqu'au bout. A contrecœur, se détestant elle-même, elle dégagea la cape coincée sous le corps immobile d'Harry, et la jeta sur lui.

- Je pense qu'ils ne te retrouveront pas avant que le train soit rentré à Londres, dit-elle à voix basse. À un de ces jours, Potter… ou peut-être pas.

Puis, elle se retourna, faillit perdre l'équilibre en marchant sur quelque chose de mou – un autre craquement lui confirma qu'elle venait de broyer la main droite d'Harry avec ses chaussures – et quitta le compartiment sans un regard en arrière. Un remord profond l'assaillit, mais elle n'avait plus le temps de se poser des questions. Elle atterrit sur le quai en souplesse.


Avec une joie non dissimulée, l'adolescent blond vit Tonks sur le quai, scruter en fronçant les sourcils les divers élèves qui sortaient du train. Il fallait qu'elle l'avertît. Elle se rapprocha en douceur de l'Auror qui le regardait d'un air suspicieux, presque hargneux, sans comprendre les raisons exactes de cette aversion. Hermione réfléchit cinq secondes à la façon de l'aborder, puis décida d'opter pour le sarcasme.

- Tiens, tiens, une des plus grandes fanatiques d'Harry Potter…, ricana-t-elle. C'est étrange, non ? Il n'est toujours pas descendu… Vraiment, vraiment surprenant…

Et elle laissa en plan la jeune femme aux cheveux gris, complètement interdite. Hermione fit quelques pas et se glissa dans un recoin sombre un peu en retrait pour observer l'efficacité de son plan : en effet, Tonks se précipitait vers le train qui commençait à s'activer à nouveau, là où les stores étaient baissés, sans doute pour vérifier les dires d'Hermione. Soupirant légèrement de soulagement, Hermione vérifia que personne ne la surveillait : elle enfila sa capuche, vérifia l'heure, sortit précautionneusement le minuscule sablier de sous son pull et le retourna deux fois lentement. Deux heures de battement, c'était largement assez.

Soudain, tout autour d'elle se dispersa. Un tourbillon de couleurs et de formes l'enveloppa. Le sang lui battit aux tempes durant quelques instants. Le sol se fit dur à nouveau sous ses pieds et elle regarda autour d'elle : elle était devant la Cabane Hurlante. Le soleil était encore haut dans le ciel. Elle se glissa dans l'unique allée et put constater, un peu rassurée, que personne ne s'attardait dehors.

En se dirigeant vers l'auberge des Trois-Balais, Hermione jetait des coups d'œil furtifs, l'esprit alerte, la baguette magique de Drago Malefoy tenue fermement sous sa cape. Elle poussa doucement la porte du pub et se réjouit de le trouver quasi désert : les clients se résumaient en un seul sorcier, un peu éméché, et qui faisait la cour à Madame Rosmerta. Derrière le comptoir, cette dernière le gratifiait de clins d'œil explicites. S'attablant dans un coin, sa capuche toujours rabattue sur son visage, Hermione attendit patiemment : Rosmerta ne devait pas la reconnaître, sinon tout son plan risquait de tomber à l'eau. Sa main vint farfouiller dans sa poche de pantalon et elle frémit au contact d'une bourse qu'elle venait d'effleurer.

Enfin, le sorcier bruyant sortit en titubant du bar pour chantonner sur la place. Madame Rosmerta, un sourire aux lèvres, s'approcha d'Hermione.

- Ce sera quoi pour le voyageur ? dit-elle d'un ton gouailleur en s'essuyant les mains dans un torchon.

L'encapuchonné tourna ses yeux gris et froids vers elle, mais ne répondit pas. A priori, elle ne le reconnaissait pas. Tant mieux. Il devait à présent user de ses charmes.

- Il paraît que vous avez le meilleur hydromel de la région, dit-il poliment.

- Bien sûr, se gaussa la tenancière, un sourire de fierté sur ses lèvres pulpeuses. On vient de loin pour y goûter !

- J'aimerais m'y essayer, dit Hermione d'une voix suave.

- Avec plaisir ! s'exclama la patronne des Trois-Balais.

Hermione réfléchissait tandis que Madame Rosmerta s'en allait précipitamment. Il fallait qu'elle fasse vite, mais en même temps, elle ne voulait pas la brusquer. Celle-ci revint rapidement avec un petit verre qu'elle déposa sur la table.

- Et voilà, claironna-t-elle d'une voix enjouée.

Hermione la remercia d'un signe de tête et commença à siroter son verre. Elle avait hésité à goûter ce breuvage alcoolisé, mais elle se surprit à trouver ça exquis. Madame Rosmerta n'avait plus qu'elle comme cliente, aussi elle resta un instant pour s'entretenir avec elle.

- C'est calme, aujourd'hui, commenta Hermione d'un air monotone.

- M'en parlez pas, renchérit Rosmerta avec une pointe de mécontentement. Avec les nouvelles normes, on peut dire que les clients se font rares… Enfin, j'espère qu'ils laisseront quand même les élèves sortir de Poudlard…

L'encapuchonné opina du chef et souleva son verre, regardant à travers comme un connaisseur, la liqueur dorée. Heureusement que Mr Granger était amateur de vin, il l'avait vu maintes fois remuer le verre, humer le parfum et détailler le contenu du savoureux nectar. Aussi l'imita-t-il du plus sérieux qu'il put.

- Votre hydromel est en effet délicieux, complimenta-t-il avec un sourire charmeur. J'en prendrais volontiers plusieurs tonneaux. Lesquels me conseilleriez-vous ? J'imagine que certaines années valent mieux que d'autres…

Madame Rosmerta le considéra avec un nouvel intérêt, ses yeux sombres papillonnant d'extase.

- Ah, je vois que Monsieur est un connaisseur… Oui, en effet, tout dépend des cuvées. L'idéal serait que vous veniez les goûter à la cave. Si ça vous convient de me suivre… ?

Hermione se leva, hochant la tête. L'instant rêvé était enfin arrivé.

- J'en serais honoré, répondit-elle d'un ton courtois.

La cave jouxtait les toilettes de la clientèle, nota Hermione. Une fois descendues, Rosmerta alluma d'un coup de baguette magique la salle qui renfermait une odeur de bois humide, et qu'elle rangea dans son tablier. Quand elle se retourna vers le jeune homme, elle poussa un cri de surprise : Hermione venait d'enlever sa capuche, dévoilant ses cheveux d'un blond presque blanc.

- Mr… Malefoy ? Mais que…, bredouilla-t-elle.

- Impero ! lança Hermione avant que Rosmerta ait pu réagir.

La tenancière se figea, cligna des yeux et regarda Hermione d'un regard vide. Celle-ci abaissa légèrement sa baguette. Ça y était. Elle l'avait fait. Et elle avait réussi.

- Bien, Rosmerta, à partir de maintenant, vous obéirez à mes ordres.

La jolie femme acquiesça lentement. Hermione se concentra en respirant profondément.

- Vous vous comporterez normalement, et ce tout au long de l'année.

Rosmerta sembla reprendre vie et redevenir normale. Hermione aurait douté de son sortilège, si elle n'était pas sûre et certaine que Rosmerta était désormais entièrement à sa disposition : son regard avait perdu une certaine lueur.

- Vous me ferez un rapport complet à chaque fois qu'il y aura un événement suspect. Ou tout lien avec Dumbledore. Pour ce faire, vous utiliserez ceci.

Hermione ouvrit alors la bourse qu'elle avait dans la poche de son pantalon et sortit deux gallions similaires à ceux qu'elle avait utilisés l'an dernier pour les membres de l'Armée de Dumbledore. Sauf qu'après les houspillements de Malefoy, elle l'avait légèrement modifié : un peu plus gros que des gallions normaux, elle avait réussi à ensorceler les pièces de monnaie de sorte à ce qu'on puisse enregistrer sa voix et ainsi faire passer le message souhaité. Comme une sorte de messagerie portable. Elle lui en tendit un.

- Vous n'aurez qu'à porter ce gallion à votre bouche et il m'informera de tout ce qui vous paraît suspect. Est-ce clair ?

Rosmerta acquiesça et prit le gallion tendu. La porte d'entrée grinça et plusieurs bruits de pas résonnèrent dans le pub.

- Bien. Ce sera tout pour le moment. Mais je reviendrai rapidement vers vous pour plus d'instructions. Ne vous faîtes pas remarquer et comportez-vous normalement en présence d'autres personnes.

Rosmerta hocha la tête, sembla reprendre conscience des choses et se dépêcha de monter les escaliers pour accueillir ses clients comme il se devait. Hermione fut satisfaite : d'après ce que lui avait dit Narcissa, le maléfice n'était pas d'une durée déterminée. On pouvait choisir à loisir les effets de l'Imperium, à condition de le rappeler au bon souvenir de la victime assez régulièrement.

Hermione tendit l'oreille quelques instants : Rosmerta parlait normalement à ses clients et elle soupira de soulagement. Elle venait de réussir la seconde étape du plan. Elle consulta la montre à gousset de Malefoy : il lui restait environ une demi-heure. Rabattant la capuche sur son visage, Hermione remonta l'escalier en bois, comme si elle sortait des toilettes des hommes. N'adressant aucun regard à la clientèle de Rosmerta, elle sortit en trombe du pub.

Elle se dépêcha sur le chemin du retour, contournant le château de Poudlard : la nuit était tombée et elle dut user de toutes ses facultés pour ne pas trébucher dans l'obscurité, refusant de se guider à l'aide de sa baguette magique, trop effrayée de se faire démasquer si quelqu'un était dans les parages.

Elle arriva prestement sur le quai, au moment-même où le Poudlard Express entrait en gare. Se cachant dans un recoin, la capuche bien rabaissée pour être sûre de ne pas être reconnue, elle attendit que les flots d'élèves descendent du train. Quelques minutes s'écoulèrent, puis elle se vit, de loin, se diriger vers Tonks. Détournant ses pas, elle se vit disparaître dans l'obscurité.
Soulagée, Hermione pressa le pas, en direction des diligences.

- Ah, Drago ! Tu étais là ! Viens vite, je t'attendais…, s'exclama une voix familière.

Hermione se retourna et tomba nez à nez avec Pansy Parkinson qui lui offrait son plus beau sourire. Elle hocha la tête d'un air entendu et ils s'engouffrèrent dans une diligence sans dire un mot.


- Tu rêves, Hermione ? lança Ron, amusé.

- N-non.

Drago balayait le quai du regard, anxieux de ne pas voir Hermione sortir. Mais son rôle de préfet ne lui permettait pas de l'attendre indéfiniment. Surtout que ça paraîtrait bizarre. Il rejoignit Ron dans une diligence sombre et ne répondit pas quand le rouquin lui demanda s'il avait vu Harry passer. Une vague d'inquiétude passa dans ses yeux bruns : que s'était-il passé ?

La Grande Salle, avec ses quatre longues tables – une pour chaque maison – et celle, tout au bout, réservée aux professeurs, était décorée comme d'habitude de chandelles qui flottaient dans les airs et dont la clarté étincelait sur les assiettes. Drago soupira de soulagement de retrouver enfin un lieu familier dans lequel il se sentait bien.

Il prit place, non sans une certaine hésitation, à la place des Gryffondor, et constata avec soulagement qu'Hermione venait d'arriver dans la Grande Salle en compagnie de Pansy Parkinson, alors que le Choixpeau magique entonnait sa traditionnelle chanson annuelle.

Ô, combien d'années ont passé

Depuis que l'on m'a confectionné

Et vous n'étiez même pas nés,

Que déjà à Poudlard, je régnais.

Cette résidence pourtant si sûre,

A connu des jours plus purs,

Grâce à quatre sorciers envieux

De construire un monde heureux.

Gryffondor en ces lieux fit

Pour les plus braves un bon logis,

Serdaigle saluait avec énergie

La volubilité de tous les érudits,

Poufsouffle, personne, ne trompait,

Et enseignait à tous sans compter.

Serpentard, ah ! Quant à lui,

Qu'aux ambitieux ne répondit.

Mais ces quatre amis,

Si dévoués, si hardis,

Finirent par s'affronter

Et Poudlard transformer.

A la fin d'un combat,

Serpentard s'en alla,

Laissant les trois compères

S'accabler de misère.

Et rien ne redevint comme avant,

Un silence lourd, un froid mordant,

Dans des temps troublés,

Le château fut entraîné.

Voyez-vous, cette année,

Ne semble pas si inchangée,

Le mal est aux portes,

De quelle manière ? De quelle sorte ?

Ne vous laissez pas enveloppé

Par d'épaisses ténèbres glacées,

Car vous le savez, malgré les peurs,

Le choix du cœur est le meilleur.

Si mes paroles, vous assimilez

Alors de chanter, j'arrêterai,

Et c'est maintenant que je me lance,

Que la répartition commence !

Un bruit sourd résonna dans la salle et la masse imposante d'Hagrid dont les cheveux hirsutes retombaient en paquets emmêlés sur ses épaules s'avança jusqu'à la table des professeurs, où il prit place à côté de la chaise vide du professeur McGonagall. Drago la vit alors s'avancer en réprimant un soupir d'agacement. D'un regard encore plus sévère que d'habitude, elle déroula la longue liste des nouvelles recrues.

- Adamson, Jayden.

Le garçon aux cheveux noirs qui les avait dérangés dans le train s'avança timidement vers le Choixpeau et s'assit sur le tabouret.

- Poufsouffle ! hurla le Choixpeau.

La table concernée applaudit chaleureusement le nouveau venu qui prenait place avec fébrilité parmi eux. Tandis que McGonagall appelait un à un les nouveaux venus, Drago fixait intensément le grand blond qui évitait soigneusement son regard. Avait-elle réussi ? Avait-elle échoué ? Pourquoi ne le regardait-elle pas ? Son cœur se serra, la fixant avec anxiété.

- Collins, Ava.

- Serdaigle ! s'écria le Choixpeau, alors que la demoiselle aux cheveux châtain qui était avec Jayden Adamson se dirigeait rapidement vers la table qui l'applaudissait.

Hermione tripotait maladroitement ses couverts et jetait de nombreux coups d'œil en direction de la table des Gryffondor. Mais à chaque fois qu'elle croisait le regard de Drago, elle détournait soigneusement les yeux, rendant furieux la brunette. Pourquoi Harry n'était-il toujours pas là ? Se pouvait-il que Tonks ne l'ait pas trouvé ?

- Rodriguez, Atticus.

- Serpentard ! s'emporta le Choixpeau, alors qu'un garçon au teint pâle s'assit au bout de la table qui l'accueillit avec fierté.

Drago vit Hermione applaudir avec du retard le nouveau venu et le doute s'insinua en lui. Avait-elle réussi ou avait-elle échoué ? Pourquoi évitait-elle son regard ? Que cela signifiait-il ? Il commençait à bouillir sérieusement.

- Young, Abigail.

- Gryffondor !

Le professeur McGonagall remporta le Choixpeau, alors qu'une jeune fille blond foncé se rapprochait de Drago, sous une salve d'applaudissements chaleureux. Lorsque Dumbledore se leva pour annoncer le début du banquet, Drago ne voyait qu'une solution aux regards répétitifs mais fuyants d'Hermione : elle avait échoué. Faisant ses propres conclusions, il perdit à moitié l'appétit et Ron à côté de lui qui engloutissait cuisses de poulet sur cuisses de poulet lui coupa l'autre moitié. Il se demanda d'ailleurs comment il pouvait encore s'empiffrer, alors qu'il avait mastiqué tout l'après-midi dans le train.

C'est alors qu'il s'en rendît compte : le repas était déjà bien commencé, et aucune trace de Potter. Bien que Drago ne se préoccupât de cette disparition, et qu'il la trouvait pour le moins reposante, il comprit soudain les coups d'œil répétitifs d'Hermione à la table des Serpentard. Fronçant les sourcils, il se demanda si elle s'inquiétait pour son ami ou s'il s'était passé quelque chose entre eux. La tournure des événements ne lui plaisait pas…

Un brusque coup de vent : Harry Potter se trouva à leurs côtés, l'air passablement énervé et jetant des regards mauvais à la table des Serpentard, tandis que Severus Rogue rejoignait la table des professeurs d'un pas vif.

- Où est-ce que tu… Ça alors, qu'est-ce que tu as sur la figure ? s'étonna Ron en le regardant les yeux écarquillés, comme tous ceux qui étaient assis à leurs côtés.

- Pourquoi, il y a quelque chose qui ne va pas ? s'inquiéta Harry en prenant une cuillère, les yeux plissés pour regarder son reflet déformé.

- Tu es couvert de sang ! s'exclama Drago, en le dévisageant.

Il avait hésité à le laisser ainsi, tout barbouillé, mais il se dit que ce n'était certainement pas une attitude de Granger. A regret, il soupira.

- Viens là…

Il leva sa baguette, prononça la formule : « Tergeo ! » et fit disparaître le sang séché. A l'évidence, Potter venait d'échapper à une situation délicate. Et les regards furtifs qu'un grand blond à la table des Serpentard leur lançait lui en firent comprendre doucement les raisons.

- Merci, dit Harry en passant la main sur son visage propre. Et mon nez, ça va ?

- Il est normal, répondit Drago d'un ton anxieux, se demandant ce qu'il s'était réellement passé avec Hermione. Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé, Harry ? On a eu une peur bleue !

- Je vous raconterai plus tard, répliqua-t-il sèchement.

Le ton d'Harry Potter ne plut pas du tout à Drago.

- Mais…, dit-il d'un air indigné.

- Pas maintenant, Hermione, coupa Harry, avec une gravité éloquente.

Drago eut une moue renfrognée.

- Tu as raté la Répartition, en tout cas, dit-il, boudeur, pour changer de sujet, tandis que Ron plongeait sur un gros gâteau au chocolat.

- Le Choixpeau a raconté quelque chose d'intéressant ? demanda Harry en prenant un morceau de tarte à la mélasse.

- Toujours pareil… il nous a conseillé de rester unis face à l'ennemi, tu vois le genre, dit Drago d'un air détaché.

- Dumbledore a parlé de Voldemort ?

- Pas encore, répondit-il, mais il réserve toujours son vrai discours pour la fin du festin. Ça ne devrait plus tarder, maintenant.

- Rogue m'a dit que Hagrid était arrivé en retard…

Drago leva des yeux étonnés et ouvrit la bouche, mais Ron le devança.

- Tu as vu Rogue ? Comment ça se fait ? s'étonna-t-il entre deux bouchées de gâteau qu'il avalait avec frénésie.

- Je suis tombé sur lui, répondit Harry, évasif.

- Hagrid n'avait que quelques minutes de retard, dit Drago, les yeux tournés vers la table des professeurs. Tiens, regarde, Harry, il te fait signe.

Hermione vit avec soulagement Harry s'attabler chez les Gryffondor.

- Tiens, Potter vient d'arriver…, fit remarquer Pansy, l'air hautain. En retard et sans culpabilité, comme d'habitude. Aussi arrogant et provocateur…

- Il était plein de sang, on se demande ce qu'il a fait…, dit Théodore Nott, qui se trouvait à côté de Pansy, en haussant les épaules.

- Oui, c'est moi. Je lui ai cassé le nez, dit Hermione d'un air détaché.

- Tu as quoi ? s'exclama Pansy, l'air effaré.

- Mime-nous donc ça ! s'esclaffa Goyle et ses petits yeux noirs brillèrent de méchanceté.

Hermione, à contrecœur, raconta la scène, et ce fut à ce moment précis qu'Harry croisa son regard, alors qu'il évitait celui du professeur Trelawney qui le fixait intensément depuis la table des professeurs.

Drago sentit une tension et se tourna vers Harry qui serrait les poings, les yeux sur sa tarte à la mélasse. Balayant la salle du regard, s'attardant sur les gestes frénétiques de l'adolescent blond, il sut que ça avait un rapport avec Granger. Mais il ne semblait pas pressé, il le découvrirait tôt ou tard.

- Alors, que voulait le professeur Slughorn ? demanda-t-il en se raclant la gorge pour détendre l'atmosphère.

- Savoir ce qui s'était vraiment passé au ministère, répondit Harry.

- Il n'est pas le seul, lança Drago avec dédain. On n'a pas arrêté de nous poser des questions là-dessus dans le train, n'est-ce pas, Ron ?

- Oui, dit Ron. Ils veulent tous savoir si tu es vraiment l'Élu…

Drago retourna à sa tarte aux pommes, alors que le fantôme des Gryffondor, Nick-Quasi-Sans-Tête, prenait part à leur conversation. Il n'avait jamais aimé ce fantôme, aussi reporta-t-il son attention sur Hermione à la table d'en face et qui semblait plus détendue.

Dumbledore se leva et prit la parole.

- Je vous souhaite chaleureusement le bonsoir ! dit-il avec un grand sourire, les bras largement écartés comme s'il avait voulu étreindre tout le monde à la fois.

- Qu'est-ce qui est arrivé à sa main ? s'inquiéta Drago en sursautant.

Il se remémora la fois où le directeur l'avait emmenée chez les Weasley. Ce soir-là, il avait remarqué qu'il cachait sa main, mais il n'avait pu voir ce que c'était. Alors, c'était ça ? Une main noire, cadavérique qui semblait carbonisée ?

- Rien d'inquiétant, assura Dumbledore d'un ton dégagé. À présent… je souhaite la bienvenue aux nouveaux élèves et je salue le retour des anciens ! Une nouvelle année d'apprentissage de la magie vous attend…

- Sa main était déjà comme ça quand je l'ai vu cet été, murmura Harry à Drago. Je pensais qu'elle serait guérie maintenant… ou que Madame Pomfresh aurait fait quelque chose.

- On dirait qu'elle est morte, remarqua la brunette avec une expression dégoûtée. Il y a des blessures qu'on ne peut pas guérir… des anciennes malédictions… il existe aussi des poisons sans antidote…

Drago ne savait que trop bien de quoi il parlait, repensant à toutes les potions et poisons que son père cachait soigneusement un peu partout dans le manoir et dont les conséquences étaient catastrophiques, sans aucun moyen d'y remédier.

- … et Mr Rusard, notre concierge, m'a chargé de vous informer que tous les objets provenant du magasin des frères Weasley, Farces pour sorciers facétieux, sont rigoureusement interdits, sans aucune exception.

Il eut un petit sourire en coin, se souvenant de l'accord préalable avec Fred Weasley lors de sa visite au magasin de farces et attrapes des jumeaux.

- Nous sommes heureux d'accueillir cette année un nouvel enseignant dans notre équipe, le professeur Slughorn.

Slughorn se leva, son crâne chauve brillant à la lumière des chandelles, son gros ventre dans son gilet, plongeant la table dans l'ombre.

- Le professeur Slughorn est un de mes vieux collègues qui a accepté de reprendre son ancien poste de maître des potions.

- Des potions ? s'exclama Drago en même temps que Ron, en tournant vers Harry un regard ébahi. Mais tu avais dit…

Alors que Dumbledore annonçait que le professeur Rogue enseignerait désormais la Défense contre les forces du mal, il reprit de plus belle.

- Harry, tu nous avais annoncé que Slughorn devait enseigner la défense contre les forces du Mal !

- C'est ce que je pensais ! assura Harry, en fouillant dans sa mémoire pour essayer de se rappeler à quel moment Dumbledore le lui avait dit mais maintenant qu'il y pensait, il était bien incapable de se souvenir d'un seul mot de Dumbledore à ce sujet.

Hermione applaudit avec dégoût à la table des Serpentard : Rogue, le nouveau professeur de défenses contre les forces du mal ? Drago, un peu hésitant à montrer son amitié envers Rogue à une table aussi hostile que celle des Gryffondor, applaudit lentement.

- Ce poste est maudit, lâcha Harry. Personne n'y est resté plus d'un an… Quirrell en est même mort. Personnellement, je vais croiser les doigts pour qu'il y ait un nouveau cadavre…

- Harry ! s'indigna Drago, outré qu'il pût souhaiter la mort de son professeur favori.

- Autre chose à présent, continua Dumbledore, comme tout le monde le sait dans cette salle, Lord Voldemort et ses partisans sont à nouveau en liberté et se renforcent de plus en plus.

Le silence devint tendu, pesant, à mesure qu'il parlait. Hermione, à la table des Serpentard, avait baissé les yeux et faisait voler sa fourchette devant lui à l'aide de sa baguette magique. Le discours de Dumbledore lui donnait la nausée et elle essaya de se concentrer sur autre chose. La mission qu'elle avait lui retournait déjà les boyaux, ce n'était pas pour que le directeur de Poudlard en rajoutât ! Elle connaissait les dangers, sa vie-même en dépendait. Le discours de Dumbledore lui semblait bien fade, tout à coup, bien peu crédible.

- Mais maintenant, des lits tièdes et confortables vous attendent et je sais que votre première priorité sera d'être parfaitement reposés pour vos cours de demain. Souhaitons-nous donc bonne nuit. Salut !

Dans l'habituel raclement assourdissant des bancs qu'on repoussait, des centaines d'élèves commencèrent à sortir de la Grande Salle pour prendre le chemin de leurs dortoirs. Drago se leva rapidement : plus vite il remplirait ses devoirs de préfet, à savoir montrer le chemin aux première-année, plus vite il pourrait rejoindre Hermione au lieu de rendez-vous pour avoir tous les tenants et les aboutissants de cette soirée.


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Le prochain chapitre est en route...

Au plaisir,

Kumi