Ce chapitre a été uploadé après que l'on m'aille signalé que j'avais mis deux fois le chapitre sept plutôt que celui-ci. Navré pour cette erreur.
Chapitre huit
Radioactif
Je reste assis à même le sol sans bouger, trop choqué pour envisager de me lever. Que vient-il exactement de se passer? Je ne cesse de me répéter en contemplant la dépouille du commandant des Infernaux. Cette dernière aborde désormais un masque sanguinolent si ravagé par l'assaut qu'il est impossible d'identifier le visage là-dessous. Qui était cet inconnu encapuchonné, et pourquoi m'a-t-il aidé ainsi? Le mercenaire m'avait à ma merci, et après avoir tenté trop de fois le destin, j'étais finalement venu à bout de chance et de tours…puis le destin a décidé d'intervenir en personne.
Les jambes un peu tremblantes, je me décide finalement à me remettre sur mes pieds en m'assistant d'un coin de mur. L'armure a au moins autant souffert des coups de l'inconnu que le corps en dessus, ce qui ne manque pas de m'ébahir. C'était une protection en métal, et la manière dont elle est tordue contredit le fait que l'inconnu se battait de ses poings nus. Quelle force faut-il posséder pour ça?
Et, encore une fois, pourquoi m'aider pour finalement disparaître sans laisser de traces?!
Étrangement, la voix de ma mère, qui croyait en Dieu, me revient à l'esprit. Elle disait souvent qu'un ange gardien veillait sur notre famille, la protégeant du mal. J'ai cessé de croire à ces conneries après la morts de mes parents, mais cette intervention miraculeuse me fait revenir ces dogmes à l'esprit.
Un ange gardien qui tabasse à morts mes ennemis. Et puis quoi encore?
Je chasse de mon esprit ces pensées lorsque la douleur provenant de mes blessures revient en force, m'arrachant une plainte sourde. Je retombe au sol et me traîne à moitié en rampant jusqu'à retrouver mon sac à dos. Par chance, mes affaires ont échappée à l'explosion des grenades, et je récupère avec soulagement le kit spécial d'Eldar. En examinant ma plaie à la hanche, je constate que là aussi, j'ai eu de la chance : un shrapnel s'est contenté de me frôler, provoquant une entaille profonde, mais sans gravité. Après avoir désinfecté du mieux que je peux, j'enfonce dans ma chair un stimpack, ces formules médicales et antiseptiques créées dans l'avant-guerre. Aussitôt, une vague de froid apaisant se répand dans mes veines, engourdissant la douleur et tarissant presque entièrement le saignement.
Je secoue violemment la tête, luttant contre les effets du sédatif qui semble être inclu dans le médicament. Je ne peux pas me permettre de m'endormir dans ce charnier, il faut que je fiche le camp au plus vite…
Puis, je m'immobilise. Cet idiot de chef mercenaire m'a obligeamment avoué que lui et son groupe étaient les derniers survivants. Me tenant à sa merci, il n'avait aucune raison de bluffer. La Démone va probablement envoyé d'autres fiers-à-bras à mes trousses, je n'ai aucun doute là-dessus, mais pour le moment…je suis libre.
Le soulagement éclaire mes traits et je pousse un cri de défi victorieux au ciel nuageux. Réalisant soudain ma bêtise, je m'interromps et tend l'oreille, m'attendant à voir surgir tous les monstres du Wasteland excités par le vacarme. Rien ne bouge, à part le vent, dont le sifflement semble se moquer de ma paranoïa. Qu'importe.
Sans trop me presser désormais, je prends le temps de fouiller chaque corps et rassemble tout ce qui pourrait être utile, mettant à jour un véritable trésor en capsules, munitions, vivres et équipement. Je suis même pris de stupeur en découvrant dans un des sac à dos un ensemble de tricot. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences.
Faire l'inventaire complet me prend un moment, car il est évident que je ne pourrai jamais tout emporter. Après tout, je ne possède pas une brahmin de trait.
Après avoir réduit ma sélection à tout ce que je peux emporter de munitions pour mes propres armes, les capsules et une partie des vivres, j'ai une soudaine idée en voyant les armures forgée des mercenaires. À Big Town, j'ai développé un certain talent pour la fabrication d'objets utiles à partir d'une pile de détritus. Je fais donc une nouvelle tournée du butin, récupère les pièces qui me semble adéquates et me prépare à monter le camp.
Devant les lueurs de mon petit feu, je commence le difficile travail d'assembler des pièces de métal diverses et asymétrique sur ma veste de cuir, renforçant certaines partie stratégiques comme je peux, incluant les épaules, l'aine et le dessus de la poitrine, où se trouve mon cœur. Je m'arrête pour dormir, et reprend ma tâche dès le lendemain.
Le résultat final n'est pas particulièrement beau à voir d'un point de vue esthétique, mais a une certaine allure guerrière. J'enfile l'attirail dans un vacarme de casseroles s'entrechoquant et m'accroupit devant une mare d'eau radioactive pour examiner mon reflet. En effet, le mélange de plaques métalliques asymétriques et grossièrement assemblées me donne une apparence négligée qui, curieusement, cadre très bien dans le Wasteland. Avec mon chapeau et le duvet sombre s'étalant sur mes joues, j'ai définitivement l'air d'un nomade des terres désolées. Mais il y a quelque chose de plus, et il me faut un moment pour mettre le doigt dessus.
J'ai beaucoup changé au cours des quelques semaines qui se sont écoulées depuis mon départ en douce de Big Town. J'ai perdu du poids, déjà, ce qui se traduit par un visage aux dernières rondeurs enfantines définitivement fondues. Je n'avais jamais réalisé avant à quel point j'étais bien nourris chez moi. Mais le plus impressionnant, ce sont mes yeux bleus. Le regard que me renvoie mon reflet est dur, aussi tranchant qu'un poignard et voilé par la violence dont j'ai été exposée. J'ai vu la mort de près et j'ai tué à de multiples occasions; d'une manière subtile mais indéniable, cela m'a changé.
Je me relève, envahis par une certaine satisfaction. Je suis devenu un homme dans le Wasteland. Et ça me plaît. Une partie de mes doutes s'évanouissent, et lorsque j'abandonne les ruines, c'est avec un pas déterminé que je m'avance.
Aidé par mon nouveau Pip-Boy, je retrouve rapidement la route vers les ruines de Springvale, ville abandonnée décrite par Timio. Deux jours après mon affrontement avec les mercenaires, l'escalade d'une colline me révèle un territoire ravagé, dénué de vie humaine ou animale. Quelques vestiges de bâtiments tenant miraculeusement debout indiquent encore que l'homme a un jour vécu ici. Je consulte ma carte et confirme ainsi que je suis arrivé à destination : Springvale.
C'est dans ces environs que se trouve le quartier général de la confrérie de l'acier, si je fais la corrélation entre la carte que m'a montré Anna et celle de mon Pip-Boy. Malheureusement, personne parmi le personnel de l'hosto n'a pu me renseigner quant à la position exact de mes «alliés».
Jugeant que je finirai bien par trouver des indices en explorant les alentours, j'entreprends prudemment la descente le long de cette abrupte cuvette formée par l'affaissement d'un large pan de terrain. Sous mes pieds se trouve un fragment d'autoroute penché à la diagonale dans un angle improbable, ce qui me porte à penser que l'environnement a radicalement changé depuis la guerre.
J'atteins le fond de la cuvette en glissant sur les derniers centimètres de la pente et commence à déambuler parmi les ruines. Des piles de pierres et de bois pourri jonchent le sol partout, et à l'occasion, je tombe sur une carcasse de voiture renversée. Mon attention est soudain attirée par des aboiements de chien qui me poussent aussitôt sur la défensive.
La bête en question bondit sur un capot portant encore des écailles de peinture bleue et aboie férocement à mon intention. D'un geste, je dégaine mon pistolet et tend une main devant moi, soutenant le regard du chien. Contrairement aux fauves rachitiques que j'ai affronté il y a plusieurs jours, ce chien-ci est d'une autre race, arbore une musculature plus ferme et un poil moins terne. Son regard est vif et dénué de maladie, et un collier de cuir enserre sa gorge, achevant de me confirmer qu'il s'agit sans doute d'un animal domestiqué. Ce qui ne me pousse pas plus à baisser ma garde, sachant par expérience que des humains peuvent s'avérer bien plus dangereux.
La voix rauque d'un homme s'élève, multipliant les marmonnements et les jurons. Lorsque le nouveau venu apparaît dans un concert de bruits métalliques, je me détends légèrement. Homme à la peau tannée et doté d'une barbe mal entretenue, il est vêtu d'habits de toile et de cuir chargés de ceintures et de pochettes. Un fusil rafistolé à l'épaule, l'attirail est complété par un chariot de courses métallique débordant de débris divers sans doute prélevé dans les ruines. À n'en pas douter, j'ai ici affaire à un récupérateur indépendant. Avec la mise en place de caravanes organisées, il s'agit d'une espèce en voie de disparition. En effet, la plupart des récupérateurs finissent tôt ou tard par reconnaître que l'union fait la force, quitte à devoir verser une partie de leurs profits à la guilde des récupérateurs de l'est.
-Qu'est-ce que tu veux? Siffle-t-il avec colère et méfiance. T'viens pas voler le vieux Mike?
-Je vous assure que non, monsieur…
-C'est mon coin ici! À moi! Rien pour toi…
-Je ne suis pas venu vous voler, monsieur. Je cherche quelqu'un.
Il ricane un peu avant d'être prit d'une quinte de toux. Pendant ce temps, le chien calmé s'allonge sur la voiture et m'observe en haletant.
-Personne ici. Non non non. Juste le vieux Mike. Personne.
-Ce n'est pas ce qu'on m'a dit. Je cherche la confrérie de l'acier.
Son regard s'éclaire, mais il fait la moue.
-Le vieux Mike ne sait plus...mémoire de vieux Mike défaillante…
Voyant clair à travers ce stratagème vieux comme le monde, je prends ma bourse de capsules et la fait tinter devant ses yeux avides.
-Est-ce que cinquante capsules peuvent aider votre mémoire?
-Ah! Oui…oui, bien sûr…les chevaliers du métal…en armure clinquante. Belles armes, dangereuses…ah, mortelles!
-Oui, voilà. Où sont-ils?
Il pointe son index dans une direction à l'ouest et m'explique avec son accent pénible et son début de sénilité que je les trouverais à proximité du cratère, en bordure des ruines, mais que je devais faire attention au «mal invisible». Quand je demande ce qu'il entend par là, ses explications colorées me permettent difficilement de comprendre qu'une importante poche de radiations se trouve à proximité du cratère. Combien de temps faut-il à l'humanité pour oublier à ce point ce qu'est la radioactivité dans le Wasteland?
Après lui avoir payé les cinquante capsules promises, nous prenons chacun notre propre chemin. Le cratère lui-même n'est pas très difficile à trouver, car il se trouve au centre de cette cuvette affaissée. Il s'agit essentiellement d'un immense gouffre à peu près circulaire, son centre remplit de débris métalliques tordus et noircis. En l'observant, je remarque que la dévastation autour de moi prend sa naissance dans ce cratère.
Mon Pip-Boy se met à crépiter doucement alors que je m'approche à une soixantaine de mètres du cratère. Je m'immobilise et constate que l'aiguille du compteur Geiger intégré s'agite doucement, surtout lorsque je pointe le bracelet vers le gouffre. Voilà donc la source des radiations. Par prudence, je recule de quelques pas, et manque de déraper sur une plaque métallique sournoisement enterrée dans le sable.
Je me rattrape de justesse et constate que des lettres sont peints sur la plaque. Du plat de la main, j'écarte le sable, révélant d'autres lettres jusqu'à former un mot partiellement effacé : Megaton.
Ce n'est pas un nom qui m'est étranger. Parmi toutes les histoires de coin de feu, celle de Megaton en est une qui enflamme les conteurs, car en réalité, on ne sait peu de chose de ce drame pourtant majeur. Megaton était une colonie du Wasteland parmi les plus anciennes et les plus sûres. Bâtie au fond d'un cratère et entourée de hauts murs, cette ville n'avait qu'une seule ombre à son tableau : une authentique bombe atomique, inerte depuis la Grande Guerre, gisait en son centre. Par prudence, la plupart des habitants s'efforçaient d'ignorer son existence et d'éviter de l'approcher. Pendant deux siècles, elle est restée ainsi.
Puis, trente-cinq ans auparavant, l'engin a finalement explosé, comme beaucoup le redoutait, rasant la colonie et soufflant d'un coup la vie de tous ses habitants.
Étant donné qu'il n'y a eu aucun survivants, il est impossible d'être certain de ce qui a provoqué cette tragédie. La théorie la plus raisonnable est que l'arme nucléaire, toujours active, a finit par succomber à la corrosion et c'est l'âge qui a provoqué l'explosion. D'autres personnes prétendent que la bombe n'aurait pas pu détoner toute seule, pas après si longtemps. Que cet événement se soit déroulé durant l'époque de la Démone donne malheureusement du poids à cette théorie pessimiste. Mais dans ce cas, qu'aurait eu à gagner la Démone à détruire Megaton?
C'est une question que personne ne pourra jamais résoudre.
M'assurant de bien contourner la région irradiée, je traverse la zone du cratère non sans avoir prit un produit anti-radiations du kit spécial, par prudence.
Enfin, je trouve des signes encourageant sous la forme, ironique, d'un panneau m'interdisant d'aller plus loin. Cette pancarte a été dressée récemment, ce qui m'encourage à désobéir et à avancer le long de l'autoroute fissurée. Plus je progresse, plus je remarque la présence de voitures repoussée sur les côtés de la route, à la fois dégageant le chemin et formant un goulot d'étranglement des plus efficace. Finalement, la route de béton est interrompue par une barricade et un chemin de terre battu s'élance vers la droite pour escalader une colline.
Du haut d'une formation rocheuse jaillissant de la butte, un chevalier de l'acier assis sur une caisse métallique m'observe de derrière son masque impassible.
-Tu sais lire, wastelander? Me demande-t-il à travers son filtre électronique.
-Je vous demande pardon?
-J'ai dis : tu sais lire?
-Bien sûr que je sais lire.
Le chevalier émet un reniflement moqueur.
-Alors tu as volontairement choisis d'ignorer la demi-douzaine de panneaux qui t'ordonnaient de faire demi-tour?
-On peut dire ça, oui.
-Écoute petit, je vais te faire une fleur. Tu n'as pas l'air d'un raider, sinon je t'aurais déjà réduis en cendres fumantes. Je vais me contenter d'un avertissement : fais demi-tour et retourne d'où tu es venu. Il n'y a rien pour toi ici.
-Je suis bien au quartier général de la confrérie de l'acier?
-Exact. Et tu n'as rien à y faire.
-Au contraire, je suis attendu.
-C'est ça, et moi, je suis un hippopotame.
Je hausse un sourcil, confus. Un quoi? Un Hippo…truc? C'est la première fois que j'entends ce mot, et je me demande s'il s'agit d'une espèce de mutant. Mais de toute évidence, ce gardien n'est pas d'humeur à éclairer ma lanterne. Déjà, je constate que l'impatience le fait caresser la crosse du fusil laser appuyé contre sa hanche.
-C'est le paladin Anna DeLoria qui m'a dit de venir ici. Allez lui demander, dites-lui que William Wilks de Big Town est là.
Le chevalier de l'acier pousse un long soupir avant d'appuyer sur son oreillette, parlant avec un interlocuteur invisible. J'attends poliment le verdict de ce dialogue.
-Chef? On a un wastelander ici à l'entrée qui…oui, je sais que c'est une zone interdite, mais…oui, je lui ai dis. Non, il refuse de partir. Il a spécifiquement demandé à parler au paladin DeLoria. Je sais, j'ai été surpris. Oui, j'attends confirmation.
Un silence inconfortable s'installe, l'un et l'autre ne sachant que dire. Je remarque quand même que ce gardien porte un modèle d'armure amplifiée différent de celui que j'ai déjà vu. Les épaulettes sont plus larges, le casque plus allongé et le plastron plus lourd. À tous les coups, cette carapace offre une meilleure protection, mais une mobilité réduite.
Le gardien de la porte reçoit finalement une réponse, et il ne cache pas sa surprise en l'entendant. Après un «bien comprit» dit à contre-cœur, il se tourne vers moi et il indique du pouce la piste s'étendant derrière lui.
-C'est bon, William Wilks. Je ne sais pas d'où tu connais DeLoria, mais apparemment, elle vient de confirmer ton histoire. Elle va te rejoindre à l'entrée. Bienvenue au Donjon.
Je le remercie d'un signe de la tête et l'abandonne à sa vigie solitaire, escaladant à grands pas le sentier. Je ne tarde pas à tomber sur l'entrée d'une caverne s'enfonçant dans les entrailles de la colline, cette dernière s'avérant beaucoup plus large que je le croyais. Si le tunnel dans lequel je m'engage est dans l'ensemble presque naturel, des plaques de métal rouillées permettent de rendre le sol plus droit et des lampes électriques chassent les ténèbres. Après avoir suivit ce chemin adoptant une légère pente vers le bas, j'arrive devant une structure qui me laisse pantois.
Le fond de la caverne devient soudainement un large et sans doute épais mur de béton armé, lisse contrairement aux autres murs. En son centre, encadré par deux autres gardes armés chacun d'un minigun menaçant, se dresse la plus immense porte de métal que j'aille vu de toute ma vie. En forme d'engrenage, le lourd battant blindé est frappé du nombre 101. Il s'agit d'un abri de la Vault-Tec!
Tout le monde connaît ces abris construits dans l'éventualité d'une guerre nucléaire. Les heureux élus ayant été en mesure de se réfugier sous terre avec plusieurs kilomètres de béton et d'acier au-dessus de leur tête on pu être protégé des bombes. Personne ne sait combien d'abris la Vault-Tec a construit dans le temps, ni où ceux-ci se trouvent. La plupart se sont ouverts depuis longtemps, mais tous sont une source de richesses potentielles pour le récupérateur assez chanceux pour en trouver un.
Alors que je m'avance timidement, une alarme étouffée retentit, suivit par un bruit de machinerie bruyant. Du moins, je crois que c'était bruyant avant qu'un son déchirant de métal à l'agonie ne me pousse à me boucher les oreilles en gémissant, tandis que des étincelles jaillissent des rebords de la porte qui est péniblement tirée en arrière. Après de pénibles secondes, le bruit cesse et la porte coulisse dans un cadre, libérant le passage vers l'intérieur.
Une jeune femme s'avance, déclenchant un double salut militaire de la part des gardes, et je reconnais rapidement Anna sans son armure amplifiée. Aujourd'hui, elle arbore une combinaison bleue et jaune très fonctionnelle, à défaut d'être élégante. Bien qu'elle soit athlétique, probablement à cause d'un entraînement régulier, elle me paraît beaucoup plus menue que ce dont je m'imaginais. Sans doute le choc de la voir sans la carrure monstrueuse de l'armure.
Anna elle-même semble surprise en me voyant. Après m'avoir dévisagé de la tête aux pieds, elle plisse les yeux et demande :
-Will? C'est toi?
J'écarte légèrement les bras, un peu embarrassé.
-Ce n'est pas évident?
-Pas vraiment…dans ces habits et avec la poussière de la route…ah, excuse-moi. Je suis contente que tu ailles réussi à trouver ton chemin jusqu'ici.
-Je vais être honnête, ça n'a pas été facile.
-Tu as l'air épuisé.
-Les terres désolées ne permettent pas les nuits reposantes.
Elle me fait signe de la suivre, et je hoche de la tête avec soulagement. Dès que j'ai mis un pied à l'intérieur de l'abri, je suis surpris de découvrir une brise agréablement fraîche, pas comme celle que provoquerait un courant d'air. Lorsque j'en fais la remarque, Anna sourit.
-C'est un système d'air climatisé. Cela permet de contrôler la température ambiante à un niveau confortable toute l'année…quand il fonctionne.
-C'est possible, ça? Je m'étonne, sincèrement surpris.
-Si tu savais tout ce que la guerre nous a fait oublier…
La porte de l'abri se referme derrière nous, rendant temporairement impossible tout échange de parole. Je peux admirer tout le génie mécanique qui permet à cette porte de sceller l'abri de manière complètement étanche, offrant une protection sans faille contre les radiations et les attaques extérieures. Quelques techniciens vêtus de robes rouges surveillent une poignée de terminaux, se contentant de me jeter un bref regard.
-Les scribes sont les gardiens de nos connaissances, de nos archives et de notre science, explique Anna. Nous sommes ici au niveau le plus élevé de l'abri, qui comprend essentiellement l'entrée où nous nous trouvons, ainsi que le poste de contrôle des sorties. Nous sommes le plus proche de la surface.
Pourtant, je ne peux m'empêcher d'éprouver une pointe de claustrophobie en contemplant le plafond. Anna sourit, me rassurant en disant que c'est normal, lorsque l'on n,est pas habitué.
-C'est encore plus difficile de s'habituer au ciel à l'extérieur, crois-moi, lance une voix.
Une vieille femme aux cheveux gris vient d'entrer dans le hall, nous rejoignant d'un pas qui trahis une bonne vigueur malgré son âge. La nouvelle venue porte encore des reliefs d'une grande beauté, malgré les dégâts des ans. Elle aussi porte une combinaison bleue, comme Anna.
-Will, je te présente ma grand-mère, Amata. Grand-mère, qu'est-ce que tu viens faire ici?
-Je suis venue voir de mes propres yeux ce Will dont tu ne cesses de parler.
Elle enchaîne ensuite en me détaillant avec une minutie qui me rend mal à l'aise, mais je supporte cette inspection sans trop broncher. Un sourire étire ses lèvres, et lorsqu'elle se tourne vers sa petite-fille, Amata s'exprime avec un ton taquin.
-C'est un bien beau garçon, Anna. Je comprends pourquoi tu n'arrêtes pas d'en parler.
Je ne peux m'empêcher de rougir en baissant les yeux pour fixer la pointe de mes bottes, plus muet que jamais. Elle aussi empourprée, Anna proteste et s'exclame que ce n'est pas du tout comme ça.
-Il n'y a rien entre nous, je confirme en hochant de la tête.
-Rien du tout.
-C'est ridicule.
-En plus, nous nous connaissons à peine.
-Et elle m'effraie un peu.
-C'est vrai…attends, quoi?
La jeune femme me lance un regard féroce qui m'amuse et me terrifie en même temps. Je note mentalement d'éviter de trop la taquiner, au cas où elle serait du genre à se montrer agressive.
Amata nous observe avec amusement, les poings sur les hanches.
-Très bien, j'ai compris. Rien entre vous deux. Dommage. Vous feriez un très beau couple.
-Grand-mère!
La vieille femme éclate de rire, ravie d'avoir de nouveau réussi à embarrassée sa descendante. Les joues encore un peu rouge, Anna me fait signe de la suivre et nous nous enfonçons dans les entrailles du bunker.
