Disclaimer : A part Isyl et la parenté de Vincent vis à vis de Sephiroth, tous les personnages appartiennent à Square Enix !

Bonne lecture !


Infiltration

"Pour que demeure le secret
Nous tairons jusqu'au silence."

Max-Pol Fouchet
Extrait de Demeure le secret

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- PoV Sephiroth -

Nous sortîmes discrètement par la sortie de service, à l'arrière du petit immeuble. Le rez-de-chaussée était occupé par une boutique d'armes ; pour faciliter les livraisons, une porte s'ouvrait sur une cour cerclée de bâtiments qui donnait elle-même sur la rue. Aucun d'entre nous ne voulait se faire remarquer par cette nuit claire, c'est pourquoi nous nous séparâmes de Vincent à quelques rues du siège de la W.R.O.

-Couvrez-vous la tête, nous dit-il, et veillez à ce que personne ne vous reconnaisse. Si cela se passait mal, vous seriez les premiers suspectés.

Isyl et moi nous étions quelques fois rendus ici. J'étais caché sous ma fausse apparence, bien sûr, mais il suffisait que quelqu'un remarque nos yeux luisant dans la pénombre pour se rappeler de nous. Rares étaient les Ôkannis qui s'aventuraient sur le continent Est. Surtout pour venir à Edge…

-Lorsque vous serez prêts, envoyez-moi un signal mental, ajouta Vincent.

-Comment faire ? s'étonna Isyl. Si aucune cellule de Jenova n'est présente en vous, nous ne pourrons pas avoir de connexion télépathique.

« Ne t'en fais pas pour ça. Il y a d'autres moyens de communiquer à votre façon. »

-Tu y'arrives ? m'étonnai-je à mon tour. Pourtant…

-Chaos m'offre certaines dispositions… Surtout depuis que j'ai récupéré la protomatéria, qui me donne la possibilité de le contrôler en permanence. Nous pourrons ainsi rester en contact sans avoir besoin de PHS.

J'étais en quelque sorte soulagé de pouvoir communiquer avec lui durant toute la durée de notre infiltration. Vincent connaissait mieux que nous le siège de la W.R.O. qui, d'après lui, était un véritable labyrinthe truffé de caméras et de soldats prêts à intercepter tout intrus.

-Je vous tiendrai au courant de la situation à l'extérieur. Mais une fois que vous serez entrés, je ne pourrai plus faire diversion, alors vous devrez vous débrouiller pour éviter les caméras et les gardes. Soyez prudents, et n'hésitez pas à me demander des conseils.

-Merci, Vincent, répondit Isyl avec un sourire anxieux.

Il hocha la tête à l'instant où une camionnette chargée de sacs en toile traversait la rue. Lorsque le véhicule eut tourné au croisement, il avait déjà disparu. Nous prîmes alors la direction opposée à la sienne. En faisant un détour, nous pourrions arriver devant l'immeuble peu après lui, ce qui nous laissait un certain temps pour réfléchir à la façon dont nous allions nous y infiltrer.

Puisque quelques passants traînaient encore dans la ville, je pensai qu'il serait plus judicieux de passer par les toits plats et couverts d'arbres et de fleurs des immeubles. Les habitants entendraient à peine le bruit de nos pas sur le béton. Isyl me suivit sans hésiter, bien que je sentis sa peur d'être découverte. Mais si nous avions tout bien calculé, tout se déroulerait sans problème. Et dans le cas contraire, nous trouverions bien un moyen de nous échapper.

Pour monter sur les toits, nous empruntâmes l'escalier de service en colimaçon menant au dernier étage d'un des immeubles ; par chance, rien n'était verrouillé. Comme prévu, nous découvrîmes une échelle qui nous conduirait de nouveau sous le clair de lune. Ensuite, il nous suffit de sauter furtivement de toit en toit, ceux-ci n'étant pas très éloignés les uns des autres. Autrefois, j'y étais habitué, et je savais qu'Isyl s'était beaucoup entraînée dans les rues sablonneuses de Pharos, sur la planète Alyssa.

Enfin, j'aperçus le sommet de la W.R.O. Nous redescendîmes au sol dans l'ombre des bâtiments. La lune ne nous était d'aucune aide, ce soir… Néanmoins, elle me permit de distinguer la silhouette de Vincent se glisser près de l'entrée. Deux hommes en armes et vêtus de l'uniforme le plus courant, celui des soldats de base, montaient la garde devant l'immeuble.

-J'espère que ça va aller, chuchota Isyl, accroupie derrière un groupe électrogène.

-Vincent sait ce qu'il fait. A mon avis, dans sa carrière de Turk, il a dû en voir d'autres…

La jeune femme acquiesça d'un hochement de tête. Puis, sans raison apparente, elle se mit à rire doucement.

-Qu'y a-t-il ?

-D'un seul coup, on dirait que tu le connais mieux que quiconque !

-Tu as raison. Je n'oserais pas prétendre que c'est comme si je le connaissais depuis toujours, mais j'ai parfois l'impression de lire en lui comme dans un livre ouvert.

-Tu dois bien être la seule personne à en être capable.

Je souris, et répondis :

-Et pourtant, je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse être mon père.

-Pour moi aussi, c'est étrange… devrions-nous porter le nom de Crescent, ou bien celui de Valentine ?

J'allais répondre, lorsque des éclats de voix étouffés et portés par le vent parvinrent jusqu'à nous.

-Vous dites qu'ils sont arrivés par le nord ? Ils étaient donc plusieurs ?

-Eh bien… il y avait cet homme, répondit un des deux gardes, apparemment le plus jeune. Mais il était accompagné par ces sortes d'ombres…

-Des ombres ? répéta Vincent.

L'autre garde s'avança à son tour, et déclara d'une voix encore teintée de peur :

-On n'a pas bien vu ce que c'était, on aurait dit que leur forme changeait sans cesse. Je vous jure, ça faisait froid dans le dos… Elles ont enlevé plusieurs de nos gars, allez savoir où, et puis elles ont disparu. Bon sang, j'aurais pas aimé être à leur place !

Des ombres… voilà qui était étrange. Je n'avais pas le souvenir que Genesis eût un jour invoqué ce genre de créatures, du temps où il était SOLDAT. Et quand bien même, à ce jour, aucune matéria d'invocation connue ne permettait d'en appeler dans le monde des vivants.

-Cet homme a-t-il réussi à pénétrer dans l'immeuble ?

-Non… il a disparu en même temps que les bestioles qui le suivaient. Vous savez, ça me rappelle ces jeunes qui s'étaient mis à invoquer leurs chimères sur la place centrale… Ce jour-là, on avait eu un mal fou à toutes les refroidir !

-Ils sont morts, coupa Vincent d'un ton sec. Ca ne peut pas être eux.

L'autre acquiesça avant d'allumer une cigarette. Je n'aimais pas la tournure que la conversation prenait, mais Vincent avait su y couper court. Dans quelques minutes, ce serait à nous d'entrer en scène. Isyl se prépara à se faufiler dans l'ombre des bâtiments bordant la W.R.O. Ces derniers n'étaient jamais surveillés et le lieu était quasiment désert, mais d'après Vincent, des caméras filmaient à toute heure la zone proche du portail principal.

Le plan était simple : Vincent devait distraire les gardes le temps que nous arrivions. Lorsque nous serions devant la façade sud et qu'il nous apercevrait, il ferait diversion pour nous permettre de passer par l'entrée principale, qui restait ouverte de jour comme de nuit. Ensuite, l'opération deviendrait plus délicate. Suites aux assauts et aux infiltrations des soldats de Deepground trois ans auparavant, la surveillance avait été renforcée. Mais ces derniers temps, à cause de la paix qui, bien qu'en ne tenant qu'à un fil, persistait jour après jour, tout le monde avait tendance à relâcher sa concentration. Une aubaine qu'il ne fallait pas négliger…

D'après Vincent, un escalier emprunté chaque jour par les femmes de ménage du siège de la W.R.O. menait jusqu'au dernier étage. Les documents confidentiels y étaient conservés mais il ne serait pas aisé d'y parvenir. Nous devions tout de même le faire. Selon toute vraisemblance, Genesis convoitait quelque chose, quelque part dans cet immeuble, et nous allions trouver ce dont il s'agissait. Et s'il comptait s'emparer des documents que nous cherchions, alors il faudrait les récupérer avant lui.

Enfin, Vincent nous jeta un coup d'œil furtif. Nos regards se croisèrent durant un dixième de seconde, mais ce fut suffisant pour que je comprenne qu'il était temps d'entrer en scène. Isyl se redressa, prête à bondir vers la porte. Je la saisis par l'épaule avant qu'elle n'agisse et secouai la tête. Pas maintenant. Nous nous ferions repérer avant même d'être entrés. Isyl se ravisa, comprenant mes pensées, et continua d'observer la scène qui se déroulait sous nos yeux, immobile. Elle ne battit même pas des cils ; mais ses muscles tendus d'impatience reflétaient notre état à tous les deux. L'agitation qui nous parcourait faisait pulser la makô au rythme de notre cœur.

Vincent et les gardes parlaient toujours de l'apparition de leur mystérieux ennemi. Comme par magie, les deux hommes en uniforme blanc se détendaient de plus en plus. A présent, ils ne craignaient plus d'attaques inopinées et leur supérieur n'était pas là pour les réprimander. L'un alla même jusqu'à profiter de la présence de Vincent pour rédiger un message sur son téléphone. Je soupçonnais mon père de faire baisser la vigilance des gardes ; sûrement une astuce de Turk destinée à endormir la méfiance de l'ennemi par une série de geste ou de je ne sais quoi. Mais en l'occurrence, ces deux humains n'étaient pas nos ennemis. Hors de question de leur faire du mal.

Après une éternité durant laquelle nous retînmes difficilement notre impatience, Vincent nous tourna le dos puis porta la main derrière lui. Alors que les gardes n'avaient même pas remarqué son geste, il fit semblant de chercher quelque chose. La suite se déroula très rapidement. Le brun créa au creux de sa paume une boule de feu qui grossit peu à peu, jusqu'à atteindre la taille d'un œuf de chocobo. Heureusement que sa cape étouffait les rayons de lumière qui s'en échappait…

D'un claquement de doigts, il la fit s'envoler à toute vitesse derrière le bâtiment, de sorte à ce que personne d'autre que nous ne fusse capable de suivre des yeux ses mouvements saccadés. Cependant, les soldats levèrent les yeux en poussant des exclamations de surprise. Le sort avait laissé derrière lui, dans le ciel, une longue traînée orangée. Ils pensaient sans doute que le phénomène provenait d'un lieu éloigné. Quelques secondes plus tard, une explosion ébranla tout le bâtiment d'un fracas sourd.

-Par ici ! s'exclama Vincent en désignant les flammes qui s'élevaient déjà dans les airs.

Les deux gardes hésitèrent, puis se lancèrent vers le brasier qui, étant d'origine magique, devait se contenter de brûler sur le béton. Il n'avait rien endommagé. Tout de même, ils n'étaient pas très futés pour se lancer ainsi à l'assaut de l'inconnu… N'importe quel soldat de la Shinra aurait tout d'abord averti son supérieur, qui serait lui-même intervenu avec des renforts. Mais cette « incompétence » était pour nous un atout. Vincent prépara promptement un sort de cécité qu'il lança vers la porte. Au même instant, Isyl et moi bondissions vers l'entrée. Une épaisse fumée noire aveugla les caméras surveillant le passage ; nous nous couvrîmes les yeux d'un bras afin d'éviter d'être nous aussi atteints. Sans nous adresser un seul mot, Vincent ouvrit la porte et nous disparûmes dans les ténèbres.

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Nous nous retrouvâmes dans un long couloir large de plusieurs mètres. Plus loin, de l'autre côté, j'aperçus le hall d'entrée. Il devait être bien gardé, mais nous ne passerions pas par-là. Trop risqué. La porte se referma sèchement derrière nous. Plus question de faire demi-tour, désormais. Vincent comptait sur nous pour mener à bien notre mission. Il devait déjà être en train de scruter le bâtiment avec attention, campé sur quelque toit. L'image de sa cape aux reflets rubis claquant dans le vent du désert me donna le courage de persévérer. Au risque de trahir ses alliés, il nous avait aidés à s'infiltrer dans leur forteresse. Je ne doutais pas que les fichiers concernant Genesis l'intéressaient, mais je me devais de réussir, au moins pour lui, car les conséquences de notre échec seraient fâcheuses pour nous tous.

Isyl épousseta les filaments de fumée aveuglante qui s'étaient agglutinés autour de ses vêtements. Elle ramena ses cheveux en arrière, vérifia que son sabre était toujours en place et me fit signe qu'elle était prête.

-Et maintenant, que fait-on ? murmura-t-elle. On fonce où on attend le bon moment pour agir ?

Nous n'allions bien sûr pas nous précipiter dans le hall d'accueil. Cela aurait été le meilleur moyen d'attirer tous les soldats de garde à nos trousses.

-Tu n'as pas écouté Vincent ? Il faut que l'on trouve un escalier de service… Il doit se trouver vers la gauche. Si tout se passe bien, nous devrions atteindre notre objectif d'ici quelques minutes.

-Si tout se passe bien, répéta-t-elle avec un soupir accablé.

-Faisons-nous discrets, et il n'y aura pas de raison pour qu'on échoue. Fais-moi confiance.

La jeune femme opina du chef et regarda autour d'elle. Le couloir s'étendait sur environ cinq mètres mais de chaque côté, des portes en acier devaient conduire directement aux étages supérieurs.

-Ce doit être par-là, fit Isyl en désignant la première porte.

Elle s'avança à pas de loup puis l'entrouvrit. De mon côté, j'examinai les lieux. Aucune caméra. Je pensais qu'une entrée aussi importante serait bien gardée. Tout à coup, Isyl recula en refermant brusquement la porte. Celle-ci résonna presque imperceptiblement, mais suffisamment fort pour donner l'alerte si quelqu'un se trouvait derrière.

-C'est la salle de commande de toutes les caméras, expliqua la jeune femme. On ferait mieux de chercher ailleurs…

-La salle de commande… ça me donne une idée.

Toujours à voix basse, je la lui expliquai brièvement. Dans le hall, il n'y avait aucun signe de vie.

-Le garde est à moitié endormi… mais j'ai peur de faire trop de bruit. Il donnerait facilement l'alerte.

Elle entrouvrit de nouveau la porte, et je regardai à l'intérieur. Assis devant le tableau de contrôle des centaines de caméras disséminées un peu partout, un homme nous tournait le dos. Mais il ne prêtait pas attention à ce qui se passait sur les écrans en face de lui, préférant somnoler et se tourner les pouces. L'occasion rêvée…

-Laisse-moi faire, dis-je à Isyl.

Je me faufilai sans bruit derrière l'imposant fauteuil. Le garde ne se doutait absolument de rien. Je me redressai et, saisissant l'homme par les cheveux, lui frappai le crâne contre le rebord du tableau. Il s'évanouit sans émettre le moindre bruit. La surveillance faisait vraiment pâle figure à côté de celle de la Shinra…

-Il faut trouver l'interrupteur qui désactivera toutes les caméras, dit Isyl en entrant à son tour dans la pièce mal éclairée.

-Il y a un moyen plus rapide, je crois. Mais moins silencieux…

La jeune femme comprit instantanément où je voulais en venir. Elle dégaina son fidèle Usugurai puis projeta une onde d'obscurité sur les écrans et le tableau de contrôle, assez puissante pour les faire court-circuiter. Les machines grésillèrent, s'éteignirent dans un sifflement assourdi. Désormais, plus aucune caméra ne devait fonctionner dans l'enceinte de la W.R.O. Avec un peu de chance, la tâche nous serait amplement facilitée.

-Maintenant, montons. Il ne faut pas perdre de temps, sinon Vincent s'inquiétera.

Nous ne prîmes aucun risque. Nous trouvâmes le fameux escalier dont nous avait parlé Vincent, derrière une porte à quelques mètres de l'entrée. Etrangement, il n'y avait aucun signe de vie, que ce soit dans le hall ou dans les escaliers. Pas même un employé sous-jacent… Soit ils se cachaient adroitement, soit ils n'avaient rien à faire de la sécurité de leur QG. Par contre, la cage d'escalier était truffée de caméras dissimulées derrière les poutres ou les néons. Nous avions bien fait de nous occuper de ce problème-là avant toute chose. Mais le plus dur restait à faire.

Nous montâmes quatre à quatre les marches de métal ; elles cliquetaient d'un son bruyant et froid sous nos pieds, si bien que je craignais qu'elles nous fassent repérer. Mais par chance, cela n'attira pas l'attention des employés –s'il y en avait. N'importe qui connaissant un temps soit peu le siège de la W.R.O. s'y serait infiltré sans problème. Néanmoins, la surveillance avait sans doute été renforcée aux étages supérieurs.

« Faites attention, des gardes supplémentaires ont été placés au troisième. Ils pensent que Genesis a peut-être réussi à s'infiltrer dans le bâtiment, » nous avertit Vincent comme en écho à mes pensées.

Les avaient-ils repérés de là où il se trouvait ? Il s'était probablement rendu lui-même au QG… Au troisième étage, nous nous arrêtâmes brusquement en entendant des éclats de voix. Des soldats descendaient sans se presser, mais s'ils nous voyaient… Je saisis Isyl par le bras et l'entraînai par la porte coulissante menant aux bureaux. Une fois de l'autre côté, nous nous plaquâmes contre le mur, derrière une grande plante verte. Un couple de scientifiques passa à quelques mètres de nous. Nous nous trouvions donc à l'étage scientifique… Une fois qu'ils eurent disparu au tournant, nous soupirâmes de soulagement et nous détendîmes un instant.

-Il va falloir qu'on passe par un autre escalier, murmura Isyl. Ou bien un ascenseur.

Elle enroulait nerveusement une mèche de cheveux entre ses doigts.

-Les ascenseurs sont trop risqués à emprunter. Imagine que l'on tombe sur des employés en voulant en sortir. Et je suppose que les autres escaliers sont bien surveillés.

-Alors comment va-t-on faire pour monter ? On ne va tout de même pas se battre contre la W.R.O. !

Je secouai la tête, levai les yeux vers le plafond. Une bouche d'aération était fixée au plafond. Et qui disait bouche d'aération, disait conduits faisant le tour du bâtiment… Celle-ci était trop haute et il ne serait pas discret de l'emprunter, mais on pouvait espérer trouver un autre accès un peu plus loin.

Autant continuer vers l'avant. Au croisement, nous prîmes la droite car un garde nous tournait le dos dans le couloir de gauche. Je suivis du regard l'épais tuyau qui serpentait sous l'aération pour évacuer les eaux usées. Il traversait le mur au-dessus d'une porte tout à fait banale que j'ouvris en essayant en vain de l'empêcher de grincer. Contrairement à ce que je pensais, nous ne tombâmes pas sur un cabinet de toilette mais dans un débarras encombré de divers ustensiles. Au plafond, je vis une plaque semblable à celle que j'avais précédemment aperçue.

-Et si nous passions par-là… ? hésitai-je.

-Il doit y avoir un accès aux étages supérieurs, répondit Isyl. Je me souviens que quand j'étais petite, des amis à moi s'étaient mis en tête d'explorer les conduits d'aération. Ils se sont retrouvés deux étages au-dessus de leur point de départ, juste dans le bureau de la directrice… Je ne te dis pas à quel point ils ont eu honte d'eux !

-Si nous avons un peu plus de chance, nous atteindrons notre objectif du premier coup. Mais restons prudents.

Je montai sur une pile de carton et entrepris de faire fondre les vis maintenant la grille en place à l'aide d'un sort de feu. L'opération se révéla plus longue que je le pensais. Mais au bout de longues minutes, la plaque se décrocha ; Isyl la rattrapa avant qu'elle ne s'écrase avec fracas sur le carrelage.

J'aidai la jeune femme à se hisser dans le conduit, une fois à l'intérieur, nous avançâmes à tâtons. L'obscurité régnait en maître mais la lumière blafarde des néons la perçait de temps à autre. Des courants d'airs chauds et nauséabonds, des croisements sombres qui nous menaient vers une destination inconnue et un silence oppressant rythmaient notre progression. Nous ne savions pas vraiment ou nous allions ; mais nous nous fiions à ce qui se trouvait en dessous de nous. Nous finirions bien par trouver une sortie vers l'étage supérieur. Pour l'instant, toutes les grilles donnaient sur le troisième étage. Nous y fîmes d'ailleurs d'étranges découvertes.

-Regarde, s'exclama Isyl à voix basse en s'arrêtant devant une ouverture. Je croyais que les réserves de makô étaient à sec ; pourtant ils continuent d'en utiliser !

-Ce doivent être les derniers réservoirs. Les recherches sur le développement des énergies durables avancent vite et les réacteurs makô sont tous hors-service, maintenant.

Je m'approchai et jetai un coup d'œil en contrebas. Un vent frais chargé des effluves familiers de la makô s'échappait du laboratoire qu'Isyl observait. Je vis deux réservoirs remplis du précieux liquide, dernier vestige de la suprématie de la Shinra sur le monde. Une demi-douzaine de scientifiques s'activait autour d'une serre placée à hauteur d'œil, au beau milieu de la pièce. Régulièrement, un gaz verdâtre et brillant se répandait sur les feuilles des plantes de différentes variétés.

-Mais…ils font des expériences, ici ! soufflai-je, incrédule. Je croyais que cela avait été interdit par la loi…

-C'est peut-être exceptionnel, répondit Isyl avec une pointe de scepticisme. On dirait qu'ils testent la réaction des végétaux face à la makô. Mais si c'est illégal, il faudra en avertir Vincent.

Elle déglutit et se détourna de la scène, puis continua sa progression. Je la suivis, presque à contrecœur. J'aurais aimé en apprendre plus sur ces expérimentations…

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Après un long moment, le conduit fit un brusque détour vers le haut. Une échelle, probablement conçue pour les techniciens, permettait de passer aux étages supérieurs. Nous l'empruntâmes en faisant le moins de bruit possible ; un autre conduit s'enfonçait dans les méandres du quatrième étage. Inutile de perdre du temps dans ce labyrinthe. Nous continuâmes de gravir les échelons. Le pesant silence était uniquement troublé par nos respirations, le grincement du métal et les bruits de pas des employés qui travaillaient de nuit. J'espérais que l'on n'entendait pas les nôtres de l'extérieur, mais à mon avis, l'alerte aurait été donnée depuis longtemps. Jusque là, tout s'était bien déroulé et il n'y avait aucune raison que cela cesse.

Nous émergeâmes enfin à l'air libre. Je repoussai la grille métallique puis aidai Isyl à sortir à son tour. Elle soupira de soulagement, regarda autour d'elle avec étonnement.

-On est où, là ? se demanda-t-elle à voix haute.

Nous nous trouvions en bas d'un immense amphithéâtre, dont les murs étaient entièrement tapissés de soie pourpre. Le trou par lequel nous étions sortis se trouvait juste devant l'écran géant, lui-même surplombé par une vingtaine de rangées de fauteuils. Heureusement que rien n'était projeté en ce moment… Mais vu que toutes les lumières étaient allumées, elle devait s'être vidée peu avant notre arrivée.

-Salle de conférence, lus-je à voix haute en désignant un panneau, un peu plus haut. Continuons.

Je lui indiquai la porte à double battant, au sommet de l'amphithéâtre. Isyl s'avança sans hésiter ; je la suivis en jetant des coups d'œil autour de moi. Soudain, j'entraperçus une ombre entre deux fauteuils. Ce fut juste un léger tressaillement, mais il suffit à éveiller mes soupçons. En temps normal, j'aurais pu croire à la défaillance d'une lampe. Mais lorsque cela se répéta, je dégainai Masamune d'un geste sec.

-Qu'est-ce qui se passe ! ? s'étonna Isyl en empoignant sa propre arme.

Une créature ténébreuse jaillit soudain d'entre deux rangées. Avec un hurlement d'outre-tombe, elle se jeta sur nous deux en rampant le long des sièges. On aurait dit un croisement entre un énorme lézard et un dragon : son corps disposait de deux ailes effilées, comme des lames amovibles, mais il se déplaçait au ras du sol. Plus surprenant, le monstre paraissait être constitué d'ombre et éprouver des difficultés à se maintenir sur sa trajectoire, à l'image d'un ballon qui se dégonfle dans les airs. Je n'avais jamais vu pareille créature et je restai quelques instant à l'observer ; néanmoins, la vue de sa queue tranchante fouettant l'air me sortit de mes pensées.

Isyl fut plus rapide. Elle bondit à la rencontre du monstre, sa lame pointée devant elle, mais le terrain n'était pas à notre avantage. Difficile de se battre entre les rangées de sièges… Je restai derrière elle, prêt à intervenir à tout moment. Elle esquiva la première attaque de son ennemi, raffermit sa prise sur Usugurai et plongea en avant. La lame d'obscurité mordit la chair ténébreuse du monstre par deux fois, apparemment sans résultat. Bizarre… Habituellement, Usugurai détruisait tous ceux qu'elle blessait. A moins que…

-Sephiroth ! s'écria Isyl en bondissant hors de portée du monstre. Ca ne lui fait rien !

Si l'obscurité n'avait aucun effet sur l'ombre, alors peut-être que la lumière pouvait marcher. Alors qu'elle s'apprêtait à frapper Isyl, je projetai une onde de lumière d'un coup horizontal. La vague toucha de plein fouet notre adversaire ; ce dernier poussa un hurlement déchirant et s'effondra dans un nuage obscur. Puis il disparut en volutes de fumées.

-Est-ce le même monstre que ceux qui ont attaqué les soldats ? demanda Isyl.

-Possible… En tout cas, ce n'est pas une arme de la W.R.O.

Nous nous détournâmes du lieu de la bataille. Tandis que nous gravissions les marches matelassées, d'autres hurlements retentirent de tous les côtés.

-Derrière-toi ! fis-je en reculant.

Isyl se retourna, juste à temps pour éviter un coup de griffe mortel. Une demi-douzaine de monstres claquait des mâchoires en prévision du festin qui les attendaient. Ils s'étaient massés sans bruit autour de nous et nous ne pouvions plus leur échapper sans se battre. Mais nous n'allions pas les laisser nous dévorer ainsi.

-D'où est-ce qu'ils viennent ? On dirait qu'ils sortent de nulle part !

L'un d'eux fondit sur moi ; je le repoussai d'une nouvelle vague de lumière. Visiblement, ils étaient extrêmement sensibles à mes attaques ; aussi je ne me privai pas d'en envoyer plusieurs au tapis. Isyl resta de mauvais gré derrière moi, bien consciente que ses attaques étaient pour une fois inefficaces. Une créature remarqua qu'elle ne pouvait pas se défendre. Elle rugit et balança sa queue sur la jeune femme. Par réflexe, celle-ci lui envoya un sort de feu, du niveau le plus puissant qu'elle pouvait produire. Le monstre s'écroula avec un long sifflement. Parfait. Cela nous faciliterait amplement la tâche.

Lorsque la dernière créature disparut enfin, nous nous dépêchâmes de rejoindre la porte de sortie. Je la claquai derrière nous ; d'autres monstres s'étaient peut-être lancés à notre poursuite, et nous n'avions pas le temps de les combattre. La pièce suivante contrastait avec la première. Faite de métal du sol au plafond, elle contenait des dizaines de bureaux garnis d'ordinateurs. Derrière ce revêtement métallique, elle était sans doute blindée pour parer à toute éventualité.

-Nous y sommes enfin, dis-je avec un soulagement non dissimulé. Voici la salle des archives.

L'immense pièce n'était percée d'aucune fenêtre. Seuls quelques néons l'éclairaient ; je pressai l'interrupteur permettant d'éclairer la salle dans son ensemble. Et dire qu'il nous fallait examiner tout cela…

-Bon, fit Isyl, plus déterminée que jamais. Par où on commence ?

-Je suppose que les mêmes données sont regroupées dans chaque ordinateur. Mais on devrait quand même en essayer plusieurs, au cas où.

-Compris. Je prends la gauche, ça te va ?

J'acquiesçai puis me mis à la tâche. La salle des archives étant uniquement réservée à quelques élus, aucun ordinateur n'était protégé par un quelconque code. Et pour cause : il n'y avait rien. Aucune donnée, aucun dossier renfermant les secrets de la Shinra. Ils devaient bien être ailleurs… Je posai la question à Vincent, qui me répondit immédiatement :

« Regarde dans l'armoire, au bout de la pièce. »

Isyl avait aussi entendu. Elle força la serrure et l'ouvrit alors que je la rejoignais. Nous cherchâmes un instant entre les piles de dossiers et de disquettes, jusqu'à ce que la brune saisisse une enveloppe de papier kraft et me la tendisse.

-J'ai trouvé ; Projet G. C'est ça, n'est-ce pas ?

-Espérons que oui, répondis-je.

Nous retournâmes près d'un des ordinateurs. Je glissai une des trois disquettes dans l'emplacement prévu à cet effet ; un écran de démarrage s'activa. Le programme voulait absolument que j'entre un code spécifique au fichier.

-Qu'est-ce que ça peut bien être ? Deepground… ?

J'entrai ce nom, sans résultat.

-Plus que deux tentatives, et le programme sera bloqué. Réfléchissons… Qu'est-ce qui a un lien avec le projet G ?

-Eh bien… Genesis ? hasarda Isyl.

Le code fut de nouveau refusé. La dernière entrée devrait être la bonne, sans quoi nous aurions fait tout ce chemin pour rien.

-Comment s'appelle la pièce que Genesis lisait sans cesse ? me demanda la jeune femme.

-Loveless. Oui, ça pourrait marcher…

Cette fois, le code fut accepté et le programme commença à charger les données de la disquette. Nous poussâmes à l'unisson un soupir de soulagement. Mais ce répit fut de courte durée. Je sentis sa présence avant de l'avoir reconnu. Une voix désagréablement familière s'éleva soudain :

-Je me doutais bien que vous seriez en train de fouiner là, tels des rats de laboratoires.

-Genesis…, lâchai-je en découvrant l'ex-SOLDAT qui me regardait de son habituel air condescendant. Alors c'était bien toi…

-Oh, vous avez apprécié la compagnie de mes nouveaux serviteurs ? Pas étonnant…

Isyl s'avança, son sabre à la main.

-Qu'est-ce que tu nous veux, encore ?

-Juste récupérer ce qui m'appartient de droit. Vous ne m'en voudrez donc pas si je vous emprunte ceci ?

Il leva la main ; l'autre tenait sa fidèle épée rouge. Avec un sourire satisfait, il claqua des doigts, et les trois disquettes apparurent dans sa main.

-Ces ombres, et maintenant ça… Qu'est-ce que c'est que ces pouvoirs ?

-Impressionnant, n'est-ce pas ? Ma déesse est généreuse, quand elle le veut bien.

-Ta déesse ? répéta Isyl, intriguée. Mais de quoi tu parles ?

Genesis baissa la main et rangea les disquettes dans une des ses poches. Je voulais l'empêcher de les voler, mais j'étais comme pétrifié devant ses nouveaux pouvoirs. Comment les avait-ils obtenus ?

-Vous ne tarderez pas à le savoir, si vous êtes curieux. Quoiqu'au vu de votre présence ici, j'imagine que vous l'êtes assez pour continuer à me suivre.

Je ne répondis pas. Isyl serra la poignée de Usugurai à s'en faire blanchir les jointures. Je savais qu'elle n'avait toujours pas pardonné à Genesis l'enlèvement de son amie.

Alors que j'allais lui demander les vraies raisons de sa venue, il leva les yeux vers la porte que nous avions empruntée peu de temps auparavant. Puis, sans un mot, il déplia son aile et nous toisa du regard. Après nous avoir observé un certain temps, il la replia contre lui et disparut dans un tourbillon de plumes noires. Sa voix s'éleva une dernière fois dans la salle des archives.

-Je vous conseille de sortir d'ici, si vous ne voulez pas être considérés comme des traîtres…, dit-il d'un ton narquois.

Sa présence s'évanouit peu à peu. Il n'y avait plus rien à faire ici. Nous avions échoué… Maintenant, il fallait sortir d'ici au plus vite.

-Dépêchons-nous, dis-je à Isyl.

-Ce ne sera pas nécessaire, je crois, répliqua Reeve, dans l'encadrement de la porte.

De stupeur, nous laissâmes les quatre gardes qui l'accompagnait nous lier les bras dans le dos. En voyant Isyl, son visage se figea et une ombre de tristesse survola ses traits. Mais lorsque nos regards se croisèrent, il ne parut même pas surpris. Juste… furieux. Je remarquai alors que ma capuche avait glissé sur mes épaules lors de la bataille contre les ombres. Durant l'infiltration, j'avais relâché ma concentration et repris ma véritable apparence.

D'un geste de leur supérieur, les gardes nous firent avancer vers une destination inconnue. J'essayai de contacter Vincent mentalement, en vain. Que se passait-il ?


Notes : C'est fou ce que ce chapitre me paraît court ; j'ai l'impression de n'avoir rien écrit !

Comme d'habitude, laissez-moi des review pour dire ce que vous en pensez. Merci d'avance !