REDEMPTION


CHAPITRE 2 : Voisinage

Partie I

Sofia se réveilla tôt dans la nuit, aux alentours de quatre heures. Elle ignorait ce qui l'avait tirée de son sommeil, mais elle avait une sensation étrange d'étouffement et d'oppression. C'était une simple angoisse, et elle devinait d'où elle pouvait provenir.

Tâchant de respirer profondément et calmement, elle tourna la tête sur le côté et posa le regard sur son amant, profondément endormi pour sa part. La jeune femme se redressa tout en continuant de l'observer. Allongé sur le flanc, il semblait paisible.

Avec tendresse, elle passa ses doigts dans les cheveux de son compagnon puis déposa un baiser sur son front. Elle le sentit frémir, émettant un bruit de gorge, mais il ne se réveilla pas. A le contempler ainsi, serein, elle pourrait presque revoir le lycéen dont elle était tombée amoureuse bien des années plus tôt.

Oui, presque.

Pourtant, même si elle l'aimait toujours, ils n'étaient plus les mêmes. Et c'était probablement la cause de son angoisse nocturne. Se remémorer les souvenirs de leur rencontre la veille l'avait inconsciemment amenée au constat que tout avait changé depuis cette époque, eux compris.

Marco était devenu quelqu'un de réputé dans son travail de notaire, sans parler de son image publique qui avait explosé depuis qu'il était devenu membre du Conseil de la ville. Un retour à la notoriété, surtout auprès de la gent féminine, que Sofia voyait d'un œil circonspect. Pour elle, le voir redevenir un élément populaire, comme avant leur rencontre. Une sorte de retour en arrière à ses yeux, qui lui apportait un sentiment étrange.

D'un côté, elle était ravie pour lui d'avoir du succès dans sa vie, mais avait le sentiment d'un léger éloignement. D'où les disputes de plus en plus fréquente. Surtout que, même si elle s'efforçait de lui faire confiance, elle devait avouer ne pas très bien vivre le fait que de plus en plus de femmes l'approchent et l'abordent.

Elle ne voulait pas tomber dans la paranoïa ou devenir une de ces compagnes mortellement jalouses et possessives, mais elle ressentait tout de même une légère pointe d'appréhension. D'autant que Marco était un peu plus distant ces derniers temps.

Cela ne signifiait rien, il avait beaucoup de travail et de choses à gérer entre ses différentes casquettes, mais cela provoquait chez Sofia un état d'alerte. Ou peut-être cette impression d'éloignement était-il dû à l'un des sujets revenants fréquemment sur la table ces temps.

Avoir un enfant.

En effet, bien qu'elle ait toujours cru et dit qu'elle ne se voyait pas avoir de bébé, quelque chose dans son subconscient avait changé depuis qu'elle avait dépassé la trentaine. Était-ce dû à son horloge biologique, une chose à laquelle elle ne pouvait échapper ? Ou simplement le désir de fonder une famille, tout à fait légitime après plus d'une décennie avec le même partenaire ?

Elle ne savait pas, mais en tout cas, depuis un peu plus d'un an, cela occupait une petite part de ses pensées. Elle commençait à sérieusement envisager de devenir mère. Et ça la pesait de plus en plus.

Petit hic dans cette histoire, Marco, lui, ne semblait pas partager ce désir. Pour lui, un enfant représentait un engagement total et un travail constant. Avec tout ce qui l'occupait déjà, il ne se voyait pas franchement relever ce défi.

Pas encore, comme il aimait le rappeler. Une façon polie de dire « jamais », sous-entendue par le ton employé pour le dire. Un leurre pour tenter de couper court à la discussion qu'il ne voulait pas avoir. Une fuite qui était au cœur de leurs tensions récentes.

A la limite, ce refus de même envisager la chose de la part de Marco aurait pu être plus supportable s'il acceptait au moins de s'enger totalement. Par une demande en mariage. Mais ça non plus, il ne voulait pas en entendre parler. De son point de vu, le mariage était une prison dont il préférait éviter de connaître les barreaux.

Mais pour Sofia, cela aurait simplement été une évolution logique de leur relation, comme une nouvelle étape, qu'il était grand temps de franchir après tout ce temps. Peut-être était-elle trop attachée à ce schéma, à cause de la culture populaire et de l'effet culturel.

Pourtant, elle ne demandait pas la lune. Elle ne désirait pas un mariage de cinéma ou de star. Elle n'en avait que faire de la belle robe blanche hors de prix, du traiteur surcoté avec le caviar et le champagne, de la pièce montée qui défiait les lois de la gravité et promettait un diabète foudroyant.

Elle ne voulait pas d'un millier d'invités, d'église lourdement décorée, de tonnes de fleurs cruellement gâchées car à usage unique, de discours qui dureraient trois plombes ou de réception interminable aux airs de festival de canne.

Non, elle souhaitait juste se lier à l'homme qu'elle aimait, prendre un engagement, protéger par une déclaration officielle et un enregistrement de leur acquis commun – si l'un d'eux venait à disparaitre. Et peut-être un peu se rassurer sur la solidité de leur relation après leurs récentes disputes.

Malheureusement pour elle, la réponse de Marco face à ce désir était inlassablement la même : non.

Sofia soupira en songeant à tout cela. Ça la déprimait quelque peu qu'il lui résiste comme ça, qu'il refuse de lui faire plaisir. Elle se demandait parfois si elle ne ferait pas mieux de le mettre au pied du mur en le demandant elle en mariage. Après tout, pourquoi la femme ne pourrait-elle pas faire la proposition ? On était au XXIe siècle.

Oui, elle pourrait ! Mais inconsciemment, elle préférait attendre que ce soit lui qui lui pose la question. Pas forcément en mettant le genou à terre avec une envolée de violon, mais qu'il prenne par lui-même l'initiative.

Enfin, peut-être en demandait-elle trop. Avait des attentes idiotes conditionnées par la société. Ce n'était pas impossible, elle le reconnaissait. N'empêche que cela la comblerait s'il acceptait de se lier à elle de cette manière.

Agacée par toutes ces interrogations et ses espoirs non-exaucés, elle décida de quitter la chambre, tâchant de ne pas réveiller Marco. De toute manière, avec l'esprit plein comme elle l'avait, elle savait qu'elle ne réussirait pas à se rendormir tout de suite. Revêtant rapidement une chemise et un pantalon de jogging, elle sortit dans le couloir en tirant la porte en silence.

Elle remonta le corridor jusqu'à la pièce de vie, où elle trouva Neal, déjà debout, terminant son café tout en regardant lisant un épais ouvrage de chirurgie. Le jeune homme vivait avec eux depuis quelque temps, Marco lui ayant proposé d'économiser un loyer en s'installant dans la chambre d'ami.

Bien que Sofia ait d'abord eu de l'appréhension face à cette décision – presque aussi forcée que pour Andrew – elle devait admettre que Neal était un colocataire très discret. Bien qu'ayant des horaires très variable, il ne se faisait pas remarquer outre mesure lorsqu'il rentrait ou partait, même en urgence au milieu de la nuit, et passait en réalité presque tout son temps à l'hôpital, laissant ainsi le couple vivre sa vie sans y apparaitre comme un parasite.

- Salut, fit-il en la voyant arriver, levant le nez de son bouquin. Déjà debout ?

- Bonjour Neal, répondit-elle en se posant en allant au frigo. Sommeil agité. Et toi, bien dormi ?

- Ça va.

Voilà, fin de l'échange. Le jeune étudiant n'était pas très causant. Sofia se versa un verre de jus d'orange et prit un yogourt, puis s'installa à côté de lui au comptoir de la cuisine pour se sustenter.

Après quelques minutes passées dans le silence, Neal referma son livre, le glissa dans sa sacoche et quitta l'appartement en lui souhaitant une bonne journée. Il devait arriver tôt pour les visites des patients du matin.

Sofia termina son petit-déjeuner frugal, se préparant mentalement à affronter cette nouvelle journée. Elle savait qu'il y aurait du pain sur la planche, et espérait que tout le monde se donnerait au maximum. Elle priait surtout pour que David ne se braque pas et reste concentré en dépit de ses différents avec Andrew.


Votre avis sur cette accroche ?

A bientôt !