8.

- Cette fois c'est certain, son père ne me loupera pas !

- Allons, ne te formalise donc pas. Les cicatrisants feront vite disparaître cette balafre de sa joue ! temporisa Marina tout en caressant tendrement le bras de l'homme qu'elle aimait.

Mais debout derrière la vitre sans tain de la chambre du centre hospitalier, Warius continuait de maugréer !

- Ce gamin est une calamité ambulante ! poursuivit-il en tournant en boucle le même discours depuis vingt-quatre heures. J'aurais dû le réaliser quand il s'est embarqué clandestinement ! Et toutes ces élucubrations qu'il m'a racontées sur ses visions. Je devais le faire interner, oui !

- Ne te fais donc pas plus mauvais que tu n'es. Tu as fait au mieux. Quant à ce qui est arrivé, cela sera pire si les Erguls l'emportent ! Au moins ici, le petit est sur un cuirassé militaire qui peut le protéger !

- Ah oui, ça se voit ! grinça Warius. Et qu'il ne lui vienne pas la soudaine envie de claquer, il n'a aucune idée de la paperasse que ça peut entraîner, même et surtout pour un clandestin !

- Ne déclare pas son décès et évacue son cadavre avec les ordures, suggéra Marina.

- De quoi ? ! Tu es folle ! se révolta alors Warius. Oh, ne joue donc avec mes sentiments, tu sais que je souhaite uniquement qu'il s'en tire bien !

- Je n'en doute pas. Sinon je ne t'aurais pas provoqué. Et toi tu ne serais pas cet être généreux si tu ne t'étais pas récrié d'horreur à ma suggestion ! Tu as vu le rapport médical de Doc Machinar : il va se remettre.

- Oui. Et Doc lui a filé assez de médocs pour qu'il dorme au minimum une semaine. Je vais avoir la paix !

- Ça te permettra de t'occuper du Karyu, comme tu as toujours su si bien y faire, sourit la Mécanoïde. Le cuirassé et son équipage ont besoin de toi. Alérian n'a besoin que des soins de Machinar. Laisse-lui le temps de guérir.

- Il m'a fait une de ces peurs, ce gosse ! Qu'il ne recommence jamais sinon je l'étrangle une bonne fois pour toutes !

- Mon violent ami qui ne ferait pas de mal à une mouche.

- Possible… Mais à un moustique… Et à tous les Erguls qui se dresseront sur mon chemin !

- Pour eux, aucune pitié, gronda Marina, le regard noir. Je ne leur pardonnerai jamais ce qu'ils ont obligé de faire à Alérian ! Ce gamin est totalement innocent dans cette guerre !

- En effet. Je me demande d'ailleurs ce qu'un scribouillard comme lui peut bien espérer de son père en lui remettant le grappin dessus…

- Tu n'as rien trouvé sur lui ?

- Rien dans les Archives de la Flotte Indépendante. Tu sais, Marina, je n'avais qu'une petite dizaine d'années quand il a disparu de la circulation ! Et toi, à ton âge vénérable, aucun écho de cet Albator ?

- J'étais manutentionnaire dans une usine. Celle-là même qui m'avait produite… Je ne sais même pas si les souvenirs implantés de Miraicélia sont réels ! Au moins, Alérian a une foi absolue en ses visions. Je l'envie.

Warius caressa doucement le front de la belle Mécanoïde.

- Qu'importent tes réminiscences du passé. C'est un avenir commun que nous construisons. Et c'est tout ce qui importe !

- Comme j'aime t'entendre parler ainsi. Comme je t'aime tout court !


- Ma jambe…

- Tu peux t'estimer heureux de t'en sortir à si bon compte, siffla le vainqueur du duel. Tu ne dois qu'au grand cœur de Lunia et au fait que je n'aurais pu te tuer de sang-froid sous ses yeux, d'être encore en vie !

- C'est sensé me faire plaisir ? Tu ne voudrais pas en plus que je te remercie de m'avoir épargné ?

- Non, car ce n'était pas mon intention première. Mais Lunia est la lumière de ma vie – et je ne dis pas ça parce qu'elle a une chevelure d'or – elle sera à jamais ma rose. C'est elle que j'ai voulu préservé ce jour-là, n'aie pas plus d'espoir sur mon niveau de pitié ! Tu l'as harcelée, tu l'as bousculée dans cette forêt, je ne veux pas courir le risque que tu ailles plus loin… Tu guériras, tu pourras sans doute même revenir à l'Académie Militaire ensuite. Mais entretemps Lunia sera en paix et c'est tout ce qui m'importe ! Et un jour, elle et moi serons dans la mer d'étoiles pour y donner le meilleur de nous-mêmes. J'ai hâte que ce jour arrive !

- Ravale tes beaux discours, qui sonnent creux, cracha Myldon en comprimant sa cuisse traversée de part en part. Tu es un boucher, c'est en toi… Tu es sorti de nulle part et je peux, moi, t'assurer que tu seras toujours en marge de la société car elle n'a que faire de fous furieux dans ton genre ! Ce que tu m'as fait ce jour…

- Je t'avais pourtant averti, gronda sourdement Albator en rangeant son arme, sans plus alors un regard pour son adversaire défait.

Il se rapprocha de Lunia qui même si elle avait peu douté de l'issue du duel, avait eu le cœur serré et son regard azur était toujours inquiet… avant qu'une panique absolue n'y éclate.

- Albator, attention ! hurla en même temps Gaven.

Avant d'avoir pu comprendre et réagir, Albator ressentit à la joue une atroce morsure, l'impression qu'on lui ouvrait le visage en deux du côté gauche et s'affaissa inconscient contre Lunia dont il inonda les vêtements de sang.

Pas fâché de lui, Myldon laissa retomber son bras et le pistolet dont il avait usé une seconde fois et en traître, contre toute éthique.

D'ailleurs, au final, même si le renvoi le guettait, il avait désormais marqué à vie, en plein visage et donc de la façon la plus flagrante qui soit et à vie, son rival amoureux, et ce n'était pas si mal que cela !

Dans son sommeil Alérian sourit à l'évocation du souvenir dont il venait d'avoir la vision.

« La même balafre que toi, papa. La même ! ».