Chapitre 9

Il était 4 h 30 du matin, la nuit était fraiche malgré la veste en cuir qu'elle portait sur elle. Shaw surveillait, avec ennui, la voie d'accès d'un entrepôt où 5 petites frappes étaient entrées, pour dérober des cartons remplis de matériels high-tech. Elle savait que sa collaboration avec cette équipe allait s'arrêter. Elle n'avait aucun intérêt, tout comme sa vie en ce moment d'ailleurs. Ces deux mois où elle s'était posée avaient été ennuyeux. Elle s'était donnée les moyens de repartir sur autre chose, mais s'était fourvoyée. Il fallait qu'elle trouve mieux, qu'elle cherche un moyen plus intense pour stopper ce qui venait la court-circuiter régulièrement.

Elle avait essayé de passer à autre chose, de s'organiser une nouvelle vie mais Root était partout. Toujours. Comme à cet instant, où seule, enveloppée de la nuit et de sa veste dans laquelle se trouvait encore un flacon de vernis noir asséché, son esprit s'égarait. Dans ces moments, elle enfonçait sa main dans sa poche pour toucher cette sorte de talisman. Elle ne le sortait jamais. Le contact était suffisant, rassurant. Ses pensées n'avaient jamais été capturées de la sorte avant Root. Elle ne connaissait pas cet état et ne savait pas le nommer. Elle se rappelait de ce qu'elle ressentait avant sa capture par Samaritain. A l'époque, Root l'énervait comme l'attirait. Les deux sentiments n'étaient jamais loin de l'autre. Certaines fois, l'un prenait le dessus sur l'autre, l'un s'effaçait mais ils cohabitaient le plus souvent en menant un combat qu'elle avait du mal à départager.

Ce baiser volé avant son sacrifice, en avait été le point culminant le symbole de cette lutte continuelle qu'elle menait avec difficulté. Avec le recul, elle cherchait à comprendre ce qui l'avait provoqué. Il était, sans nulle doute, la conséquence de la rage qui était montée en elle quand Root avait commencé à lui faire son plan drague, au milieu des tirs, à lui proposer l'impensable.

Pire encore, quand elle avait voulu l'empêcher de faire, ce qu'elle avait à faire. Elle avait voulu la faire taire.

Mais pourquoi ce baiser. Parce qu'au milieu de cette rage, elle avait aussi vu ce visage inquiet, ce regard implorant, cet amour qu'elle essayait de dissimuler avec des propositions grandiloquentes ou des pointes d'humour. Quand elle s'arrêtait dessus, elle se disait que tous ces éléments avaient dû conduire à se baiser violent, volé, idiot comme un adieu.

Root méritait tellement mieux.

Inexorablement, sa pseudo analyse la conduisait jusqu'aux souvenirs de rage et de désir, laissés par les simulations. Toutes ces choses enfouies qui étaient remontées pour se transformer en un désir violent exacerbé. Son inconscient avait joliment fait son travail. Tout la ramenait à Root, même dans ses rêves fomentés par Samaritain. C'est ce que Greer cherchait, mais il avait dû être surpris de voir où ces retrouvailles la menaient à chaque fois.

Cette rage de plier, de céder cette peur de ne plus rien contrôler, de rompre et de donner davantage. Ce désir, cette attirance latente depuis trop longtemps. Tous ces sentiments enfouis avaient débouché sur un désir sauvage.

Inconsciemment, elle s'était réfugié dans la facilité : du sexe pour du sexe. Un désir à assouvir sans sentiments. Un compromis.

Etait-elle faite pour autre chose ?

Sans doute que non. Ces souvenirs parlaient pour eux. Pourtant, au fond d'elle-même, elle savait aussi qu'elle avait changé. Elle avait appris à découvrir la douleur du manque, le mal qu'il provoque dans un corps pourtant sain mais aussi l'angoisse, la peur que l'on ressent pour l'autre.

Elle s'était tuée pour elle.

Elle avait découvert le plaisir simple d'un frôlement, d'un sourire, d'un timbre de voix, de la connivence d'un regard.

Toutes ces choses qui la poursuivaient où qu'elle aille, quoi qu'elle fasse.

Etait-il possible de mettre un mot sur tout ça ? Pouvait elle,même, simplement y penser ?

Ce n'était pas fait pour elle. Ce n'était pas elle.

Elle n'avait jamais fait ça. Elle ne savait pas.

Root attendait tellement. Le jeu qu'elle avait mis en place à son encontre, lui a longtemps fait croire qu'il ne s'agissait que de ça. A son retour, après son absence provoquée par Samaritain, elle s'était rendue compte qu'il s'agissait bien d'autre chose. Elle n'avait pas su voir, avant, la force des sentiments de Root.

Mais que pouvait-elle faire, face à l'intensité du regard de Root, lors de leur retrouvaille, dans ce parc, de nuit face à ses larmes, à son sourire. Que faire de ces mains sur sa joue, dans ses cheveux, face à ce besoin qu'elle avait eu de la toucher comme pour se persuader qu'elle ne rêvait pas. Que faire quand on vous dit qu'on ne peut pas vivre sans vous, qu'on est prête à mourir avec vous. Comment réagir quand on vous prend la main, en vous faisant comprendre qu'on a trouvé ce que l'on cherchait.

Elle n'avait pas su réagir. Elle n'en avait pas eu vraiment le temps, mais elle savait aussi qu'elle n'avait pas su faire avec la présence de Root à ses côtés à sa sortie d'hôpital. Avec le recul, elle voyait qu'elle n'avait pas su cueillir tout ça.

Root lui avait montré ce qu'elle représentait pour elle. Le jeu était finit. Elle avait eu les cartes en main, mais elle n'avait pas su quoi en faire.

Le saurait-elle un jour ? En avait-elle envie ?

Cela faisait un moment qu'elle poireautait dans le froid, en les attendant. C'était n'importe quoi. Elle allait y mettre un terme, dès ce soir. Cet engagement ne lui apportait rien du tout, même les soirs où il y avait un peu de bagarres ou quelques balles de tirer, elle ne ressentait aucun frisson, aucun plaisir.

Elle appela un des type à l'aide d'un talkie :

- Vous faites la sieste ?

- Non. On a presque terminé à charger. Encore quelques cartons et on sort.

- Remuez-vous ! Vous avez encore 3 minutes. Ensuite, je me tire.

Elle n'eut pas le temps d'attendre autant. Quatre voitures de police silencieuses tournaient au coin de la rue dans sa direction.

Tout en courant pour se dissimuler à leur vue, elle envoya :

- Police les gars ! dans 30 secondes à l'entrepôt. Je vous conseille d'être plus rapide.

Les policiers passèrent à vive allure à ses côté, sans la voir. Elle partit à pied sans attendre son reste, et surtout sans se soucier de l'avenir des connards qui étaient dans l'entrepôt. En marchant d'abord, puis avec l'aide d'un taxi, elle gagna le bord du lac Michigan. Elle continua à pieds encore un moment, avant de retrouver l'endroit exact grâce à son GPS, où elle avait enterré armes, billets et passeport. Seuls l'argent et sa fausse pièce d'identité allaient lui être nécessaires, elle laissa le reste.

Depuis son retour à New-York, Root séjournait d'hôtels chics en hôtels très chics, où elle passait beaucoup de temps sur son écran à chercher des traces d'Harold, sans succès. Quand cela était nécessaire, elle s'organisait pour dérober une valise pleine de billets à un homme d'affaire ou un avocat véreux.

Elle avait essayé, à plusieurs reprises, de reprendre contact avec la machine mais celle-ci restait muette. Elle avait besoin de comprendre ce qui s'était passé pendant son absence, ce qu'avait fait son Dieu. Rester dans l'ignorance l'agaçait.

Elle se sentait inutile et désœuvrée.

Si elle avait osé, elle aurait même dit qu'elle se sentait seule et abandonnée.

Pourtant, ce n'était pas le silence de la machine qui provoquait cet état, mais elle ne voulait pas trop y penser, car cela faisait trop mal. Peut-être un jour arrivera-elle à penser à Sameen sans avoir envie de pleurer. Peut-être. Dans 20 ans peut-être.

A quoi bon avoir survécue pour en arriver là, seule dans de beaux hôtels devant un ordinateur, à ressasser ce qu'elle avait perdue.

Le combat pour sauver le futur était fini. Qu'en était-il du sien ? Arriverait-elle à vivre sans elle ? Elle avait beau essayer, s'obliger à ne pas y penser, Sameen était toujours là, avec elle, comme pour lui rappeler ce qu'elle avait abandonné. Elle lui avait clairement dit qu'elle ne pouvait pas vivre sans elle. C'était de plus en plus vrai, et ce constat en amenait un autre, quand elle se voyait perdue au milieu de ces chambres impersonnelles.

Pourquoi s'être attaché ainsi ? L'amour pouvait être magique mais il pouvait être aussi terriblement destructeur. Durant ces moments douloureux, où rien ne pouvait lui faire entrevoir autre chose, Root aurait aimé ne jamais la connaitre. Ne jamais connaitre la passion qui embrase le corps à sa simple présence, le plaisir d'un sourire, l'émerveillement d'un regard. Elle aurait aimé retrouvé le confort de la solitude, si familière. Elle lui avait pesé, mais elle était finalement plus reposante que le manque de l'absence.

Elle aurait aimé avoir un but, des projets à mener pour s'occuper davantage l'esprit. C'était le seul moyen de maintenir la tête au-dessus de l'eau. La machine devait comprendre qu''il était nécessaire qu'elle la sauve. Il fallait qu'elle se donne les moyens, pour retrouver ce contact. C'était son seul espoir. Après ces deux mois à ressasser, il était nécessaire de prendre une décision, avant de chuter définitivement.

Elle avait déjà prouvé à la machine qu'elle était prête à tout, même à mourir pour obtenir un signe. Il allait être facile de remettre ses menaces à exécution. Elle n'avait rien à perdre, surtout maintenant.

Dieu n'avait peut-être pas envie de jouer, mais il fallait simplement lui offrir un nouveau jeu intéressant.

Une arme dans une main et quelques balles dans une autre, elle s'adressa à son ordinateur ouvert devant elle, qu'elle quittait de moins en moins, tout comme ces chambres d'hôtel d'ailleurs.

- Tu connais Christopher Walken ?

….ah oui c'est vrai. Tu ne veux pas me parler…..Je vais donc faire comme si tu ne savais pas qui c'est…J'ai bien dit comme si, rassures toi !... Cela me laisse le plaisir de te raconter ma petite histoire.

Plus jeune, beaucoup plus jeune, j'ai regardé un film sur la guerre du Vietnam au titre évocateur : « Voyage au bout de l'enfer ». ….Il y a une séquence qui m'a marqué dedans. Pas qu'à moi d'ailleurs, je pense…. Cela concerne un jeu. …..

…..Et tu sais comme j'aime jouer ! ….Je me rappelle d'une table ronde, d'une arme qu'on fait tourner dessus et dont le canon s'arrête au hasard devant quelqu'un…

…C'est là que le jeu est intéressant ! Celui désigné doit empoigner l'arme et se tirer dans le crâne.

Rassures toi ! Le barillet n'est pas plein, autrement ce ne serait pas drôle. Non ! C'est finalement un jeu de hasard comme beaucoup d'autres. ….A ceci près que celui qui perd , meurt. …

…..Forcément, ça a un peu plus de poids qu'un simple jeu de loterie.

Tout en récitant son monologue, Root chargeait le revolver, qu'elle avait dans la main, avec 2 balles placées au hasard.

- Je commence réellement à m'ennuyer. Je me suis dit que cela pouvait nous distraire. Par contre, étant donné que je suis seule, je ne vais pas avoir besoin de faire tourner l'arme…..on perd un peu de suspense. …..L'avantage non négligeable, c'est que j'aurai l'arme toujours à la main, je ne vais pas avoir à attendre pour tirer.

Tout en faisant tourner le barillet une dernière fois, elle ajouta :

- Es-tu prête à t'amuser ?

Alors qu'elle portait le canon du revolver sur son crâne, elle entendit une voix lui parler distinctement

- Que cherches-tu à prouver ?

Root fut surprise d'avoir ce type d'échange avec la machine. Sameen lui avait parlé des changements qui étaient intervenus, mais l'entendre ainsi, la surprit quand même.

- Rien de particulier. Mais s'il faut en arriver là pour t'entendre ! Sympa cette voix… Est-ce que tu t'es également trouvé un prénom ou un petit nom ?

- Non

- Laisse-moi t'aider. Je suis certaine qu'on pourrait te trouver un truc sympa.

- Ce n'est pas nécessaire

Après un bref silence, Root enchaîna :

- C'est pas grave. Ce n'est pas urgent. Tu as le temps d'y penser.

- Root, ce n'est pas de moi dont tu as besoin pour le moment.

Le visage crispé, Root interrogea la machine :

- Pardon ? Mais j'ai toujours besoin de toi. De quoi veux-tu me punir en m'ignorant ? Pourquoi ne veux-tu pas répondre à mes questions ? Pourquoi ne veux-tu pas m'expliquer ce qui s'est passé entre mon arrêt devant le barrage policier et mon réveil à l'hôpital ? …..et où est Harold ?

- Harold n'est pas en danger. Il a choisi de s'éloigner pour le moment. Il faut le respecter.

Toutes les questions que tu m'adresses sont sans importances. Les réponses, que je pourrais te donner, ne t'aideront pas à aller mieux.

Je te le répète Root, ce n'est pas de moi dont tu as besoin….. et tu le sais déjà.

….Je reprendrai contact avec toi, quand le moment sera venu.

Après ces dernières paroles, Root resta assise sans bouger, les yeux larmoyants, le revolver toujours à la main. Elle n'avait plus rien à dire. La machine avait clôturé cette discussion, sans appel. Alors qu'elle était dans cette position depuis au moins 20 minutes, elle fut tirée de ses pensées, par un coup à la porte. Elle n'avait rien commandé et le service d'étage était déjà passé. Méfiante, elle commença par jeter un œil à l'œilleton de la porte, pour ouvrir immédiatement, sans réfléchir.

Son visage était à la fois illuminé par la surprise, un sourire radieux et des yeux légèrement noyés de larmes, quand elle lâcha :

- Sameen ?!

- Bonjour Root.

Sameen qui était venue à elle, semblait perdue dans ce couloir, comme si elle ne savait pas ce qu'elle faisait là. Root lui attrapa alors la main et la fit rentrer aussitôt.

- Ne reste pas dehors. Rentre.

Une fois à l'intérieur, elle ne semblait pas plus à l'aise. Root ne la quittait pas des yeux, pendant que Sameen commençait à faire le tour de la chambre.

Avant que le silence ne devienne embarrassant, Sameen commenta :

- Pas mal.

Puis se tournant vers la table où Root avait laissé la relique d'un autre temps et les balles, elle embraya :

- Tu poursuis des indiens ?

Avec un sourire, Root lui répondit : -Tu me vois comme une Cowgirl ?

- Je n'y avais pas réfléchi avant…..Calamity Root !

Tout en apportant sa réponse, Sameen plongea son regard dans celui de Root dont le sourire s'estompa aussitôt. Ce fut Root qui, cette fois ci, interrompit le moment en demandant, d'une voix un peu cassé :

- C'est elle qui t'envoi ?

Devant le froncement de sourcils de Shaw, elle continua :

- La machine. C'est elle qui t'a demandé de venir me voir.

- Non

- Comment m'as-tu trouvé ?

- Je le lui ai demandé

- Et à toi, elle te répond !

Root était un peu vexée mais elle n'avait pas manqué de constater que la démarche venait de Sameen, contrairement à ce qu'elle pensait.

Sameen sourit en lui demandant : - Elle t'ignore ?

Pour toute réponse, Root haussa les épaules.

- Tu ne savais pas que j'allais venir ?

- Non mais j'en suis ravie.

- Tu ne savais pas où j'étais ?

- Non….Je ne lui ai pas demandé.

- Elle t'aurait sans doute aidé si tu avais eu envie de demander.

La tournure de la conversation commençait à se diriger vers une pente légèrement glissante, mais Sameen ne semblait pas vouloir s'arrêter là.

- Ce n'est donc pas elle qui t'a envoyé quelque part ? Tu n'es pas partie parce qu'elle t'a demandé de faire quelque chose ?

Root redoutait ce qui allait suivre et répondit par un simple :

- Non

Le visage de Sameen se ferma. Elle secoua la tête, de haut en bas, comme pour assimiler ce qu'elle venait d'entendre et déclara, tout en se dirigeant vers la porte :

- OK. Je vais y aller.

Root lui attrapa le bras à son passage. Sameen le récupéra rapidement par un mouvement d'épaule en arrière, agrémenté d'un regard noir.

- Tu ne peux pas partir si vite.

- Et pourquoi ?

-Et bien …Tu as fait la démarche de me retrouver… C'est qu'il doit bien y avoir une raison à ta venue !?

Root était tremblante. Elle savait qu'une parole mal interprétée pourrait voir Sameen partir définitivement.

Cette dernière semblait en rage, prête à bondir et ressemblait à la fois à un animal traqué. Ces deux images coexistantes ne lui ressemblaient pas du tout. La tension était palpable et Root savait qu'elle ne pouvait pas manquer cet échange.

- Tu vas bien. Je vois que tu vas bien. C'est parfait.

Et finissant les quelques pas la séparant de la porte, elle conclut simplement sans se retourner, d'une voix basse, qui cherchait à dissimuler ses tourments intérieurs:

- Au revoir Root.

Alors que Shaw avait déjà la main sur la poignée, Root décida de jouer, le tout pour le tout, une dernière fois, dans un dernier espoir :

- Non Sameen, je ne vais pas bien.

Sameen se retourna d'un coup et se mit à scruter Root, comme à la recherche d'un signe qui viendrait prouver ce qu'elle venait d'entendre. Puis, ne trouvant rien pour appuyer ce que Root venait de lui dire, elle demanda :

- Pourquoi es-tu partie ?

Root devait peser ses mots, pour ne pas l'effrayer… pas tout de suite, pas trop vite.

- J'allais mieux…. Je ne voulais pas que tu te sentes obligée de m'assister.

- Tu as donc pris la décision pour moi. A ma place.

- Oui je le reconnais.

- Et maintenant, pourquoi viens-tu de me dire que tu ne te sens pas bien.

Le procès était ouvert. La défense devait jouer serrée. Root hésitait encore. Quelle tactique adoptée : l'évitement ou la vérité ?

Elle décida en un centième de seconde de se lancer. Elle n'avait plus rien à perdre, et resta de marbre, quand elle avoua :

- Tu me manques

Sameen ferma les yeux un court instant. Elle n'avait pas bougé. Elle était raide, immobile, les bras le long du corps. Il était impossible de déceler quoi que ce soit. Mais elle était encore là, ce qui était aux yeux de Root, un bon signe.

- Pourquoi es-tu partie ?

- Sameen, je t'ai déjà répondu…Je

D'une voix plus forte, Shaw lui coupa la parole :

- Root répond vraiment à ma question. La réponse que tu m'as donnée ne tient pas la route… surtout après ce que tu viens de me dire.

Elles étaient toujours l'une en face de l'autre, debout dans cette chambre d'hôtel, séparées par environ 5, 6 mètres.

Root avait l'impression de sentir sa poitrine se contracter, mais elle ne pouvait plus faire marche arrière.

- Je suis partie parce que…parce que …. Je n'arrivais plus à être si proche de toi et si loin à la fois.

Sameen l'écoutait avec une grande attention et attendait la suite

- Je ne voulais pas t'obliger à être là où tu ne voulais pas vraiment être.

- Qu'est ce qui t'as fait croire que je ne voulais pas être là où j'étais ?

- Sameen, tu ne t'en rends même pas compte. Tes absences parlaient pour elles. Tu as fui à ta manière. Je ne t'en blâme pas. Je ne voulais pas t'obliger à quoi que ce soit. J'ai préféré partir.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Je ne comprends pas. … Partir de la sorte … . Après tout ça !

- Je t'ai laissé un mot

La colère commençait à gagner les traits du visage de Shaw. Pourtant, c'est d'une voix calme qu'elle répondit :

- Un mot…Oui c'est que j'ai trouvé quand je suis rentrée….

Shaw ajouta, comme pour elle-même, en baissant la tête : - Je te savais au moins en vie.

Root n'était pas certaine que Sameen se soir rendue compte, qu'elle avait dit ceci à voix haute. Cet aveu, comme tous les signes qu'elle avait su déceler à l'hôpital, prouvait toute la complexité qui se cachait derrière cette façade.

Cet échange devait se poursuivre. Sameen n'avait jamais mené une conversation comme celle-ci jusqu'à présent. Root savait qu'elle devait s'accrocher à ça. Elle n'eut pas le temps de relancer, que Shaw embrayait encore.

- Qu'est-ce que tu attendais de moi ?

- Je n'ai pas le droit d'attendre quoi que ce soit.

- Répond Root.

- Qu'est-ce que tu veux que je réponde ?!

- Répond moi

De la colère nappée de tristesse émanait de Sameen.

Root était perdue. Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Elles se jaugeaient sans se regarder vraiment. Elles se savaient trop fragiles à cet instant pour pourvoir tenir le regard de l'autre.

Le silence s'installa avant que Sameen ne réattaque.

- Dis-le Root !

Elle était en rage.

- Dis pourquoi tu es partie ! Dis pourquoi je te manque !

Et là Root comprit. Sameen voulait l'entendre. Il n'était plus question de jouer, de charmer, d'avancer de 3 pas et de reculer d'autant. Sameen attendait d'elle ce qu'elle n'avait encore jamais prononcé. C'était une évidence mais elle ne pensait pas avoir à le dire.

Quel était l'intérêt d'avouer à haute voix ce qu'elle lui avait déjà laissé entendre ? Quel était l'intérêt de le lui dire, pour la voir partir en courant hors de cette chambre, hors de sa vue, hors de sa vie, dans les secondes qui allaient suivre ?

Puis, Root réalisa ce qu'elle n'avait pas compris jusqu'alors. En reprenant contact, Sameen étaient venus chercher les outils qui allaient détruire ce qu'elles avaient construits petit à petit. Elle était venue y mettre un terme reprendre sa totale liberté. Sameen semblait vouloir conclure tout ça elle-même, à son tour.

Le poids de la révélation lui fit monter les larmes aux yeux. Tout s'effondrait. L'espoir sur lequel elle s'accrochait, s'évaporait, tout comme les signes qu'elle avait mécaniquement additionnés un par un.