CHAPITRE NINE

Big merci à ma bêta Evalyre, et à tous ceux et toutes celles qui me suivent avec patience et courage.


Jack avait été surpris par le changement de comportement radical de Ianto après cette première expérience intime. Contrairement à ce qu'il aurait espéré, Ianto prit ses distances avec son chef. Il était soudain devenu taciturne, réticent, et constamment fuyant. Jack avait peut-être trop brusqué les choses. Il se devait de lui laisser encore le temps de digérer la main mise de Jack Harkness sur son corps.

C'est donc avec regret qu'il avait abandonné la chasse, mais la promiscuité permanente avec jeune homme ne l'avait pas aidé pas à faire le deuil , même provisoire, de cette ébauche d'histoire. Prenant sur lui, il avait accordé à Ianto le temps de la réflexion, priant qu'elle finirait pas le faire revenir vers lui. Mais Ianto était comme une anguille prise dans un filet, il lui glissait des mains. Et lui glissait sous le nez. Il affichait une attitude désinvolte et délestée de toute connotation sexuelle. Ianto le repoussait, poliment mais fermement.

Suzie et Tosh, intuitives jusqu'au bout des ongles, avaient parfaitement repéré la valse hésitation entre les deux hommes. Owen, quant à lui, n'y voyait que du feu.

Jack avait continué malgré tout à lui tourner autour sans le relancer. Il avait certes très envie de lui mais il était trop fier pour supplier quiconque sur un terrain qu'il fréquentait avec une science et une habileté exemplaires.

Il avait rapidement eu l'explication de ce retournement de situation. Lisa. A cette époque, le jeune homme équivoque avait été démasqué en même temps que sa trahison aux conséquences dramatiques.

Bafoué, meurtri, Jack lui avait pourtant pardonné à la seconde où les risques encourus par lui et son équipe, sans parler de la race humaine, avaient été écartés. Il comprit le déchirement intérieur de Ianto et probablement la raison de son échec à vouloir le séduire. Ianto avait porté un fardeau trop lourd pour un seul homme. Jack lui avait pardonné d'autant plus facilement qu'il se souvenait des mots durs du jeune homme. Des mots de haine qui n'avaient visé que son Capitaine, sans aucun doute possible. Ianto lui avait reproché de ne s'être jamais intéressé à sa vie en dehors de Torchwood. Il lui avait reproché de ne voir en lui qu'un objet de désir et non un être humain seul, ligué contre tous. Ianto avait raison. Mais il n'était pas l'exception. Jack ne demandait jamais rien à ses employés, hormis ce qui concernait leur travail à Torchwood.

Il aurait peut-être gagné la confiance de Ianto en commençant par là. Le questionner sur sa vie, sa famille, ses amours passés. Sur ce dernier point, le voile avait été levé lorsque Lisa avait été découverte dans les sous sols de la base.

Plusieurs semaines s'étaient écoulées sans que ni Jack ni Ianto ne se parlent en privé. Après leur affrontements contre les cannibales, Jack déjà ébranlé par l'horreur, n'avait pas estimé utile de jouer au psychologue du dimanche. Laissant à chacun le soin d'exorciser ses peurs profondes à sa manière. Il ne s'était autorisé aucune ingérence dans leur vie privée. Il ne l'avait jamais fait auparavant et ne se sentait pas la force de remettre en cause la neutralité de son commandement.

L'ambiance sinistre dans le Hub avait pesé lourd sur les consciences esseulées. Et le travail avait été le meilleur exutoire possible pour tous.

À sa grande et oh combien agréable surprise, ce fut Ianto qui brisa la glace, le soir où Suzie, ressuscitée, avait dû regagner sa place de morte définitive dans la morgue de la base. Ianto rédigeait le rapport de décès de la jeune femme quand il avait évoqué, sans crier gare, les nombreuses utilisations coquines qu'un chronomètre pouvait offrir. Le regard de Jack s'était allumé derechef et, n'écoutant que son corps, il avait invité Ianto à venir développer cette théorie dans son bureau.

- C'est fou, mais j'en ai fait toute une liste et je continue à en trouver de nouvelles chaque jour…avait expliqué Ianto, une fois seul avec Jack dans le bureau, en jouant joyeusement avec le chrono.

- Et tu penses à qui quand tu cherches ces usages détournés ? Lui avait demandé un Jack tout feu tout flamme, assis à sa place fétiche, face à lui.

Ianto avait levé les yeux vers lui, drôlement réjoui par la question.

- Cela dépend. La première idée qui m'est venue à l'esprit, je vous la dois.

- Vraiment? Tu attises ma curiosité, tu le sais?

- Combien de temps pouvez-vous rester sans me toucher? Avait-il lancé sur un ton provocateur.

- Des semaines entières. Je ne t'ai pas touché depuis des semaines, lui avait rappelé Jack en riant.

Ianto avait acquiescé et s'était levé pour venir s'asseoir sur le bord du bureau, tout près de lui.

- Je le sais. Ce n'est pas comme ça que j'aurais dû poser la question. Je voulais dire combien de temps sans me toucher si je fais ça?

Ianto s'était penché et l'avait embrassé sauvagement, tenant le visage de Jack dans ses mains après avoir posé le chrono sur le bureau. La sensation de n'avoir jamais quitté les lèvres douces du jeune homme avait submergé Jack de bonheur. Il s'était langui de cette délicieuse langue sucrée depuis si longtemps. Il avait attrapé Ianto par la nuque pour approfondir l'échange mais ce dernier s'était dérobé et avait stoppé le chrono.

Jack avait soupiré de dépit.

- 8 secondes et 6 dixièmes, avait clamé Ianto, fier de lui.

- Ce n'est pas juste, je n'étais pas prêt. Je peux me contrôler plus que ça, je te jure !

Ianto avait fait la moue, nullement convaincu.

- Tu n'es pas aussi irrésistible que tu ne le penses, jeune effronté, s'était moqué Jack en se levant et en l'attirant à lui.

- Je n'en crois pas un mot. Vous me trouvez à votre goût, j'ignore pourquoi, mais c'est un fait.

- C'est vrai, j'avoue. Et j'ignore aussi pourquoi !

- Monsieur mufle !

- Alors?

- Quoi?

- Tu as pris une décision?

- Je dirais plutôt qu'elle s'est prise toute seule. Je sais que je vous ai fait beaucoup de tort à vous et aux autres, seulement…

- Seulement quoi, Ianto? Avait demandé Jack qui voulait une réponse claire et nette.

- Vous m'avez gardé. Et pardonné. J'ignore aussi pourquoi mais je vous en remercie.

- Et ceci est ta façon de me remercier?

Jack était déçu. Il ne voulait pas de la résignation du jeune homme. Il voulait de la passion. Ou de l'attirance assumée. Il n'en demandait pas plus.

- Non, j'ai eu le temps de réfléchir. Même si c'est difficile de réfléchir honnêtement quand je pense à vous.

Le visage de Jack s'était illuminé.

- Continue.

- J'aime apprendre. Je serais un apprenti motivé. Si vous êtes toujours d'accord pour m'aider à prendre une décision?

- Tu es déjà très doué, Ianto Jones. Je suis certain que tu sauras me surprendre.

- Alors on refait une partie?

Jack avait ri et avait serré son nouveau partenaire attitré, un peu plus fort.

- Avec plaisir. Teste-moi, Ianto Jones.

- C'est parti. Top chrono.

Le chemin avait été tout tracé après cet accord de principe. Les œillades et les sourires avaient abondé dans les deux sens. Naturellement, Ianto restait sur ses gardes, il valait mieux se méfier d'un Jack aussi porté sur la chose. Mais Ianto avait également dû réfréner ses élans car il était visiblement chaviré par le tournant inédit que sa vie prenait et par sa future place au sein de l'équipe, que les autres n'allaient pas tarder à découvrir. Certains allaient en proftier pour le chambrer. Prévisible Owen. D'autres allaient le cuisiner sur les aspects méconnus de leur chef, ceux qui colonisaient son intimité. Coquines Gwen… et Tosh.

Ianto trouva ses marques peu à peu. Jack le ménagea sans pour autant se priver de ce dessert incroyablement appétissant. Il estimait que les choses allaient bon train, et qu'il avait encore énormément à offrir au jeune homme de moins en moins insensible à son charme, à force de l'abrutir de tendresse et de petits jeux raisonnablement sulfureux pour le maintenir à la bonne température.

Lorsque Jack sombra dans une mort étonnement longue, après l'ouverture provoquée de la Faille et son face à face avec le Grand Dévoreur, le jeune homme réalisa à quel point le Capitaine comptait pour lui. Il ne s'était pas offert à lui par soumission, ou par curiosité, comme il l'avait pensé au début. Non, il avait cédé à ses avances parce que l'évidence de son attirance pour lui s'était imposée d'elle-même. Et parce que l'attirance physique cachait autre chose de plus noble, de plus profond. Ianto n'aimait pas les hommes. En dehors de ses fichues phéromones infernales, il éprouvait pour Jack un sentiment qui ne lui était pas étranger. Cet homme le troublait autant par son audace que par sa grande humanité. Il avait décelé dans la façon qu'avait Jack de le draguer, un authentique respect, une réelle faiblesse affective de la part de son chef. Ce dernier ratissait large, toujours gagnant, et s'il rôdait encore autour de lui, après des mois de flirt approfondi, c'est qu'il y trouvait son compte, et pas seulement sur le plan sexuel. Jack aimait la diversité, alors pourquoi persistait-il à étoffer leur relation, jour après jour, sans relâche, avec une inventivité qui ne connaissait aucune limite?

Ianto crut que sa vie à lui s'était tout simplement arrêtée et que sitôt la mort de Jack déclarée, il n'aurait plus sa place à Torchwood, ni ailleurs. Il retournerait à Londres et se laisserait probablement dévoré par le chagrin d'avoir perdu les deux personnes qui auraient peuplé sa courte vie amoureuse. Car Ianto était amoureux de Jack et le voir revenir d'entre les morts L'avait fait véritablement basculer dans le bonheur. Bonheur partagé et scellé par un baiser de pardon et de douce déclaration officielle.

La propension au pardon de Jack l'étonnait considérablement. Après tous les coups bas, les injures, les désobéissances, les attentas contre sa personne, comment cet homme pouvait-il occulter de tels agissements inqualifiables d'une simple phrase « je te pardonne » ou d'un baiser chaste et sincère?

Il y avait tellement de qualités à admirer chez ce patron indispensable, que Ianto n'avait pas une seule fois culpabilisé d'avoir viré sa cuti. Pour Jack, il était capable de tout. Capable de prêter le flanc aux simagrées de son entourage proche. Prêt à accuser les coups de griffes verbales du médecin plein de gouaille. Prêt à accepter les sobriquets les plus offensants, comme « chewing-gum », dernier surnom en date sorti de la caboche d'Owen qui le comparait à un vieux chewing-gum collé à la semelle du Capitaine. Tout, Ianto acceptait tout. Et Jack lui avait brisé le cœur, le jour même de sa résurrection, en disparaissant sans autre forme de procès. Sans un au revoir. Comme le casse-cou libre et irréductible qu'il avait toujours été et qu'il resterait. Avec ou sans son chewing-gum.

Seulement Jack n'était pas parti sur un coup de tête, et Ianto l'ignorait. Comme les autres, il avait dû se résoudre à vivre sans ses ordres. Sans lui pour continuer à travailler, bon gré mal gré.

Lorsque Jack était revenu, après une année d'absence, Ianto était trop heureux pour lui en vouloir vraiment. Jack avait retrouvé son Docteur et peut-être avait-il enfin eu les réponses qu'il avait attendues si longtemps?

La relation provisoirement suspendue avait repris de plus belle. Avec une invitation à dîner et plus car affinités. Ianto s'était plongé corps et âme dans le boulot. Il n'avait fréquenté personne durant cette longue disette sentimentale. Il ne voulait que Jack, il ne pensait qu'à Jack, certain qu'un jour il reviendrait. Jack était trop bienveillant, trop charitable, trop secourable pour les abandonner définitivement.

Jack s'était assuré dès son retour que Ianto était resté le même. À savoir, Pénélope attendant son Ulysse, et il avait été ravi de constater que rien n'avait altéré son intérêt pour lui.

Le Capitaine avait mis les bouchées doubles et le coup porté à la fidélité de Ianto, quand un certain expert Écossais était venu jeter le trouble dans la vie de Jack, n'avait pas entamé la force de ses sentiments pour son amant inconstant. Comme Jack, Ianto avait fini par lui pardonner. La clémence en amour devait exister dans les deux camps. Puisqu'il ne s'agissait plus de sexe, on ne devient pas abstinent du jour au lendemain par orgueil, ni par lassitude. On choisit de le devenir si on aime et si on s'accroche à l'espoir fou de retrouver tôt ou tard l'être aimé.

Ianto l'avait retrouvé tel qu'il l'avait quitté. Flamboyant, impertinent et toujours épris de son réceptionniste. La vie vous jouait parfois de mauvais tours pleins de cruauté, mais elle n'en était que plus belle quand elle décidait de calmer le jeu.

Jack avait eu le temps de réfléchir, entre autres choses, lors de son emprisonnement par le Seigneur du Temps, avec lequel, en dehors du Docteur lui-même, il partageait malgré lui la même solitude destructrice, le même objectif indéfini et hors d'atteinte.

Quand il était revenu de la mission « sauver le monde encore une fois, avec le Doc et ses compagnons », et après avoir renvoyé John Hart, un démon de son passé, dans une autre dimension lointaine et, espérait-il, nuisible aux trublions de son espèce, Jack était résolument conscient de ce qu'il l'attendait et surtout de ce que lui désirait vivre à cette période. Du calme, voire de l'ennui, quelques visites sportives pour entretenir sa ligne, et puis courir après les weevils. Ne pas avoir à assumer trop de pertes humaines ni même alien, et commencer quelque chose de concret, quelque chose qui incarnait à ses yeux le sésame pour une nouvelle vie ordinaire, relativement ordinaire.

Ianto n'était pas si ordinaire que cela , après réflexion.

Facile de synthétiser de tels projets dans sa tête. Moins facile de les mettre en pratique. D'une part, Jack était tributaire de la Faille, et d'autre part, il était loin d'avoir assiégé le cœur de Ianto, mais c'était en bonne voie. Le jeune amant, fidèle et patient, avait facilement amené Jack à la confession. Ce dernier lui avait dit tout ce qu'il avait appris du Docteur et de sa condition d'aberration éternelle.

Au fil des mois, Jack avouait même à demi mots son attachement sincère et inconditionnel pour son équipe, et pour Ianto en particulier.

Les mots tant galvaudés ne sortaient jamais de sa bouche, et restaient aussi coincés dans la gorge du jeune homme. Pour le plus grand plaisir du Capitaine qui bourgeonnait d'idées plus ludiques pour se faire comprendre.

Le sexe avec Ianto devint simple, évident, réconfortant.

Quelques fois, néanmoins, Ianto semblait vouloir entendre ces mots magiques. Par surprise il venait tâter le terrain et demandait à savoir à quel point son Jack était honnête quand il lui jurait que pour rien au monde il ne quitterait ni Torchwood ni Ianto. Un regard de lui, un sourire nourri et le jeune amant repartait satisfait et revigoré.

Ianto avait de la suite dans les idées.

Jack avait rêvé d'Alec McNeil, qui l'avait humilié en le ligotant au lit de leur chambre d'hôtel. Devant la figure allongée de la jeune réceptionniste imaginaire, Jack avait accusé Alec de vouloir le découper pour une expérience secrète et peu scientifique. Alec lui avait répliqué que non, il ne cherchait pas à le découper, et qu'il le préférait entier et tout à lui.

C'est exactement ce que Ianto recherchait dans sa relation avec Jack. Il le voulait entier, pour lui seul. Il refuserait de devoir le partager avec qui que ce soit. Bercé par la voix chaude de son amant magnifique, lorsque celui-ci lui avait raconté ses souvenirs, Ianto avait parlé si posément, si ouvertement que Jack, terrassé par sa propre fatigue et sa soudaine prise de conscience, avait coulé à pic dans la nébuleuse onirique qui venait de l'envoyer en enfer.

Comme dans ce premier rêve avec Alec, son amant bouillonnant mais marié, Jack avait crié haut et fort qu'il lui serait fort simple de se partager entre Glasgow et Ianto. Rien de plus normal. Mais la réalité primait sur l'excentricité.

Soit. Alec McNeil, mari jusque là modèle et père de famille comblé, ressemblait trop à Jack. Leurs points communs étaient pléthoriques. Son rêve émouvant avec le vrai Capitaine Jack Harkness le lui avait rappelé, judicieusement. Jack n'avait pas besoin d'un alter ego physique et intellectuel, ni même sexuel. Du moins, un tel partenaire ne sublimerait pas le meilleur de Jack, à long terme. Jack était destiné à protéger, à secourir les faibles, à écarter les dangers, à faire en sorte que tout autour de lui soit calme et en sécurité. Tout et tout le monde. Alec McNeil était un grand gaillard, fantasque, inoubliable, mais il était en passe de venir le chef de Torchwood Glasgow et Jack le savait téméraire et professionnel, à l'image de ses performances au lit.

Un Jack Harkness à l'accent effrité et à la situation sociale et matrimoniale bien enracinée. L'heure était venue pour Jack d'en faire autant. Aussi abracadabrant que cela lui parut.

Consterné au moment du rêve qui l'avait opposé à John Hart, venu récupérer une fiole fictive remplie d'un sperme allégorique, Jack eut la confirmation de ses récentes déductions. John Hart symbolisait l'alter ego parfait du Jack d'avant Torchwood. Escroc manipulateur, aventurier intrépide et séducteur dans l'âme, ce Capitaine-là lui renvoyait son propre reflet d'ex-solitaire funeste et peu recommandable. La profusion de sperme gâché et supposé appartenir à un peuple fabuleusement lubrique devait impérativement disparaître de sa vie en même temps que John Hart.

Ianto et ses questions sur sa progéniture !

Jack sourit en repensant à son rêve avec le Docteur. Ce dernier, ami indéfectible et d'une intelligence foudroyante, s'était bel et bien planté dans son brillant exposé. Jack ne devait pas faire le deuil d'une de ses vies amoureuses, ni même celui de toutes ses vies amoureuses. Dans quel but? Non. L'explication était somme toute enfantine mais dix fois plus dure à entendre. D'où la présence rassurante du Docteur dans ce rêve détonnant. Jack était face à son avenir, et dans cet avenir proche, il n'y aurait plus autant de liberté qu'auparavant. Contrairement au loup solitaire mais libre qu'était le Docteur, Jack allait sacrifier sa liberté séculaire d'amant papillon pour le repos de l'esprit, du corps et celui de Ianto.

Bizarre attitude de devoir mettre toutes ses billes dans le même sac, non? Peu à peu, Jack s'y était habitué, et y prenait un certain goût. Il s'appliquait à ne pas fanfaronner autant qu'avant dès qu'une jolie silhouette se présentait à lui. Féminine ou masculine. Il pensait boulot au boulot et Ianto avec Ianto, et au boulot. Insidieusement la silhouette de Ianto le suivait comme son ombre, puis elle le devança légèrement avant de dessiner le profil idéal qui, superposée à sa propre silhouette, formait un parfait calque de velours. Leurs destinées étaient unies pour le meilleur et pour le pire.

C'est Ianto qui l'écoutait, attentivement, s'épancher soir après soir. C'est Ianto qui le secondait dans des missions délicates comme le sauvetage des rescapés de la Faille sur l'île de Flat Holm. C'est Ianto qui lui racontait des films au charme désuet qui le faisait rire ou au contraire méditer sur tel ou tel sujet de fond. C'est Ianto qui lui faisait un café magique et lui concoctait des douceurs diverses et variées. Bref, C'est Ianto qui le complétait le mieux et le plus naturellement possible.

C'est Ianto Jones qui le menottait à lui. Et Jack adorait son geôlier. Après ses rêves d'une fuite inutile, Il ne chercherait plus à s'évader de la cellule la plus fermée et la plus intransigeante que la base Torchwood n'ait jamais comptée.

Ianto et sa prison de l'amour?

Deux seuls points obscurs dans toute cette pagaille onirique. Owen Harper, risiblement excité. Et sa rupture douloureuse d'avec Alec.

Jack ne s'attarda pas sur le premier, son expérience infructueuse du spray l'en avait découragé. Et il penchait pour quelques fantaisies longtemps confinées dans son esprit parfois malsain qui se seraient invitées au ballet dansant de ses songes névrosés.

Alec McNeil. Dans son rêve, la rupture avait été déchirante. Alec avait fait valoir ses arguments avec ardeur et ténacité. Lui enjoignant de sacrifier Ianto plutôt que lui, en dépit de sa vie de famille respectable et enrichissante. Comme toutes les vies de famille. Le suppliant de voir la vérité - sa vérité - en face et lui rappelant la formidable fragrance de la liberté. Torturé et déchiré, Jack avait pourtant trouvé la force de l'évincer de sa vie. Avec l'énergie du désespoir sans doute. Il s'était ensuite heurté aux attaques cyniques de Ianto qui l'avait vidé pour mieux l'envahir. Et le malin gibier, devenu prédateur, la fausse victime, désormais affranchie, avait réussi son curieux manège.

Jack lui avait dit des tonnes de « je t'aime » dans ses rêves, et la ligne intangible entre rêve et réalité s'était réduite à presque rien, sur un soupir d'assentiment qui parlait pour eux. Le contrat était signé, estampillé, archivé.

Ianto était expert en archivage.

Jack était à deux doigts de trancher la question de la vie d'Alec que celui-ci lui avait racontée à l'hôtel. Sa mère courageuse, son père décédé, et Fiona, la jolie blonde initiatrice des premiers émois de l'expert. Vrai ou faux? Vrai, car Alec lui avait tout raconté, lors de leur première rencontre à Cardiff. Seul le lieu, pertinemment choisi, une chambre d'hôtel, appartenait aux fantasmes du Capitaine.

Ianto et son père plein de soupe. Jack, papa d'une kyrielle d'enfants jamais croisés. Alec, papa poule d'une ravissante Dorothy. Le père de Gwen et celui de Rhys, rencontrés lors d'un mariage épique. Jack se surprit en train de rire tout seul quand Ianto toqua à la porte.

- Oui, Ianto Jones? Entonna-t-il joyeusement, en s'asseyant correctement à son bureau.

Quand bien même ce jeune renard l'aurait attaché à ses pattes pour le reste de sa vie, Jack restait Jack. Prestige. Prestance. Presque parfait.

- On a besoin de toi en bas, dit Ianto sans franchir le pas de porte.

- Quel est le problème? Demanda Jack, d'une voix lasse.

Ses divagations mentales l'avaient épuisé.

- L'O.P.N.I.

- L'Opquoi?

- L'objet planant non identifié de la baie de Cardiff.

Jack se leva et sortit du bureau, précédé du jeune homme.

- Tu es désopilant, tu sais? Se moqua Jack, sans chercher à le séduire.

Ianto le remarqua et s'arrêta au milieu de l'escalier.

- Tu es resté un moment dans ton bureau. Tout va bien?

L'inquiétude sur le visage de Ianto, et la déception devant son amant sobre et détaché, transporta Jack d'aise.

- Parfaitement bien, Ianto. Je te remercie. Allons rejoindre les autres.

Ianto obtempéra en serrant les lèvres, ce qui, bien sûr, arracha un sourire de vive suffisance au Capitaine affectivement harnaché. Il fallait bien s'amuser un peu, vue que la partie s'était terminée sur un fameux revirement de situation. L'élève avait surpassé le mentor. Le jeune avait entraîné l'ancien au pinacle d'une existence sagement ordinaire. Le novice avait acquis ses galons de partenaire émérite et consciencieux. Le citadin avait subtilement déclaré que l'herbe était plus verte ici qu'ailleurs. Le jeune menait l'autre par le bout du nez. Jusqu'à l'asphyxier dans des délires sans fins. L'ancien avait jugé bon de tout lui accorder, par amour.

Ianto portait la culotte ?

Sur cette pensée extravagante, Jack descendit les dernières marches et, d'un geste de la main, indiqua à Ianto que l'heure de la pause café numéro six était venue.

Non mais quoi? C'était encore lui le chef ! Au moins dans le travail.

- Alors qu'est-ce qu'on a ici?

- Tiens , tu daignes enfin t'intéresser à cette enquête? Ironisa le médecin, qui s'essuyait les mains noires de cambouis à l'aide d'un chiffon tout aussi sale.

Jack sentit sur lui les regards étonnés de ses trois employés. Tosh et Gwen devant leur écran. Owen, près de Tosh, respirant avec difficulté.

- Je sais , je n'ai pas été très à l'écoute ces jours-ci. Je…je m'en excuse. Owen, pourquoi as-tu du mal à respirer? S'enquit Jack, tant pour changer de sujet que par véritable inquiétude. Owen toussotait et ses poumons semblaient engorgés. Un léger sifflement accompagnait chacune de ses inspirations.

- C'est cette merde, je fais de l'allergie. Le rassura Owen. Ou alors c'est le nouveau spray que je me suis acheté hier soir. Un après-rasage qui laisse la peau douce et fraîche toute la journée. Les filles adorent ça !

Jack s'était arrêté au …spray.

Il vit vaguement les sourires curieux que les jeunes gens échangèrent, assortis de quelques clins d'œil coquins. Il fit demi tour et alla retrouver son point d'ancrage.

- Alors, Ianto. Il est fait ce café?

Ianto lui lança un regard que Jack put traduire par « hey, tu vas t'asseoir bien sagement et tu attends que j'aie fini. Sinon , privé de dessert » . Jack bascula sensiblement en arrière et bénit la cloison qui vint accueillir son dos, et sa confusion. Il s'adossa au mur et croisa les bras. Il attendait sagement.

- Il faut que je te parle, Ianto, dit-il plus doucement.

Le jeune homme préparait les tasses et le mug rayé de Jack sur le plateau.

- Je t'écoute, lui répondit-il sans le regarder, occupé à poser les cuillers et le sucrier à côté des tasses.

- J'ai revu Alec Neil, il y a une semaine. Samedi dernier. Et hier soir.

Jack ne prit pas de gants. Il devait tester une dernière théorie pour être certain du choix qu'il allait faire. Ianto ne tiqua pas, en apparence. Les tasses, quant à elles, semblèrent accuser le coup plus difficilement. Elles se mirent à s'entrechoquer, sous les doigts agités du jeune homme.

- Je sais que ce n'est ni le lieu ni le moment mais si tu me laisses parler tu vas comprendre.

Leurs regards se croisèrent. Les doigts de Ianto s'immobilisèrent au dessus du plateau.

- Je t'écoute.

La voix était calme, forte et chaude. Jack se dégonfla. Ou plutôt il ne ressentit plus l'urgence de lui parler d'Alec et de ce que son infidélité avait fait naître en lui.

- Oublie. Cela n'a pas d'importance tout compte fait.

Les pupilles de Ianto se changèrent en torpilles.

- J'en ai marre, Jack ! Marre de toi, de tes grands airs, de ta lâcheté, de tes provocations !

- Tu n'en penses pas un seul mot, dit Jack posément.

- C'est exact. Mais ça me fait du bien de le dire. Tu cherches quoi au juste? Peux-tu seulement me répondre avec sincérité, une fois dans ta vie?

- Je suis toujours sincère avec toi, Ianto Jones. C'est pour cela qu'il faut qu'on en parle.

Jack n'avait pas bougé de place, les bras toujours croisés, le visage fermé.

- J'ai une longue vie à remplir. Ta vie est si courte.

Ianto rangea ses torpilles et remplit les tasses.

- Tu es comme ce café que tu es en train de verser. Tu remplis ma vie et je n'ai pas le droit de te décevoir. Tant que tu seras en vie et avec moi.

Ianto renversa du café sur le plateau. Il pesta en silence.

- Je sais que ce sont de belles paroles qui ne veulent rien dire. Mais c'est vrai, Alec ne remplit pas ma vie.

- Il est trop loin pour ça. Railla Ianto en épongeant le trop plein de café.

- Non, rien à voir. Il est prêt à tout quitter pour moi. Il me l'a dit.

- Sérieux?

- Oui.

- Et que lui as-tu répondu? Demanda Ianto, d'une voix faible et angoissée.

- Qu'il n'aura pas à le faire car je ne suis pas prêt à tout quitter pour lui.

- Tu l'as lourdé?

- Disons qu'on s'est comportés en parfaits gentlemen. Mais que ce soit bien clair dans ta tête, Ianto, dit Jack en s'approchant. Tu peux me mener à la baguette tant que tu veux, je reste ton patron et au moindre écart de ta part, je t'expulse manu militari.

- Tu ne manques pas de souffle !

- Oh que si. Je suis resté en apnée un bon bout de temps mais tout est terminé.

- Ne change pas de conversation. Tu es allé voir ailleurs, pourquoi n'en aurais-je pas le droit?

- Je suis allé très loin, mais je suis revenu. C'est assez pour te convaincre?

- Me convaincre de quoi?

Jack sourit et arracha le chiffon imbibé des mains moites du jeune homme.

- Que je veux mon Ianto, pour le meilleur et pour le pire.

Le sourire de Jack illumina le Hub mais pas le cœur de Ianto.

- Il t'a lourdé? C'est ça qui s'est passé? Fit-il avec mordant.

- Quoi? Qu'est-ce que tu vas chercher? Personne ne m'a jamais lourdé, Jones junior ! Ne t'avise pas de créer un précédent !

- Sinon quoi?

- Sinon je te tue ! Et je t'enterre avec ta cafetière !

Les deux hommes pouffèrent et Jack s'écarta pour laisser passer Ianto et son plateau.

- Et pour ta gouverne, je vais revoir Alec dans deux jours.

Le plateau ne tomba pas des mains du jeune homme adroit, mais il pencha dangereusement sur la gauche avec toutes ses tasses qui firent un vol plané avant de s'écraser au sol.

- Oi, c'est quoi ce vacarme? Cria Owen depuis son labo.

Ianto se retourna vers son diable au corps et les torpilles brillèrent d'un éclat effrayant.

- Je suis sérieux. Nous avons rendez-vous après demain ici même! Ajouta Jack, proche de l'euphorie.

Ianto ne dit rien. Owen et Gwen approchaient pour constater les dégâts. Jack jonglait entre le remords et l'envie folle de prendre Ianto dans ses bras et l'embrasser. Jack adorait le taquiner pour mieux le consoler. Chassez le naturel…

- Bon sang , Ianto, t'as pas les yeux en face des trous ce matin !

- La ferme , Owen. Aide-nous à nettoyer! Lui lança Gwen.

Jack les observa faire, souriant et affable. Ses yeux étaient rivés sur le visage de Ianto, hermétique et triste. Honteux, Jack se précipita vers eux.

- Laissez-moi ranger. Ordonna-t-il sur un ton autoritaire. C'est de ma faute. Allez! Retournez bosser. Je m'occupe de refaire du café.

- Non, surtout pas ! Par pitié, Jack ! Le supplia Gwen.

- Au boulot!

Gwen et Owen se relevèrent et quittèrent la cuisine en courrant.

- Je suis désolé, Ianto. Laisse-moi réparer le mal.

- Tu parles des tasses?

Ianto continuait de ramasser les bris de vaisselle sans le regarder.

- J'ai voulu te taquiner. Alec vient pour régler une affaire personnelle. Il m'a promis de passer vous dire bonjour, c'est tout. Je te jure. Laisse-moi ranger je te dis!

Ianto se leva, les mains pleines de café et regarda son patron entasser les fragments sur le plateau. Jack gardait la tête baissée mais il sentait le regard noir de Ianto sur sa nuque.

- Quelle affaire personnelle peut-il bien avoir à régler à Cardiff? Demanda Ianto quand son chef se releva enfin avec le plateau dans les mains.

- Comment le saurais-je? C'est personnel! Je t'assure, je ne sais rien de plus.

- Il vient te relancer, puisqu'il est prêt à tout quitter pour toi. Et je l'en crois capable.

Jack alla poser le plateau et prit le chiffon pour s'essuyer.

- Non. Nous avons déjà réglé « cette » affaire. Crois-moi. Je pense plutôt qu'il aime bien notre région et qu'il vient en éclaireur, pour trouver un petit pied-à-terre quelque part par ici.

- Tu plaisantes?

- Non. Il a très envie que je rencontre sa femme et sa fille. Tu crois qu'il serait assez tordu pour me présenter à sa femme s'il ambitionnait de vivre avec moi? Ce n'est pas sérieux.

- Et tu as envie de les rencontrer?

- Oui, pourquoi pas? J'avoue que quelques mois plus tôt, j'aurais hésité mais à présent je m'en réjouis à l'avance.

- Pourquoi aurais-tu hésité?

- Parce que j'avais de la peine pour sa femme, je suppose.

- C'est uniquement pour ça?

- Affirmatif. Et à présent j'ai hâte de les rencontrer.

- Pourquoi? Répéta Ianto, machinalement.

- Parce que je vais faire la connaissance de sa famille et ils vont faire connaissance avec ma…famille.

Jack avait pris la taille de Ianto dans ses bras.

- « Ta » famille?

- Mmh. Tu veux que je te déclame un poème de Byron dans la foulée?

Les lèvres de Ianto lui caressaient la joue.

- Tu vas me rendre fou, Jack Harkness!

- Comment cela? Parce que ce n'est pas encore le cas? Insolent !

- C'est indispensable que je voie Alec et sa famille?

- Je pense que oui. Pour que tu vois qu'il n'est pas un rival, que tu n'as rien à lui envier. Tu veux bien?

- Je vais essayer, Jack.

- Merci. Et si on ne veut pas entendre Owen brailler d'une seconde à l'autre, on ferait mieux de refaire du café, non?

- Laisse. Je m'en occupe. Proposa Ianto en se dégageant à contre cœur des bras de Jack.

- Que serions-nous sans toi?

Jack l'embrassa sur la joue.

- Que serais-je sans toi?

- Un homme libre.

Jack, qui prenait la direction du Hub, fit demi tour.

- Non, Ianto. Je suis libre, libre d'aimer qui je veux.

Un nouveau bisou sur la même joue et Jack le laissa préparer le café, un soupçon de culpabilité au creux de l'estomac.

Le jour fatidique arriva beaucoup trop vite pour Jack. Aussi heureux de revoir Alec que sauvagement angoissé à l'idée de mettre un visage sur la femme qu'il trompait depuis des mois. Sans scrupules, dans le feu de l'action mais soudain frappé de malaises. Cette situation handicapante allait lui faire perdre tous ses moyens. Claire McNeil allait rencontrer un chef aux antipodes de ce que son dévoué de mari lui avait sans doute raconté.

Mais Jack Harkness possédait deux atouts inaltérables : son charisme naturel et la classe d'un parfait dandy intemporel.

Il était relativement tôt, ce matin-là, lorsque le Capitaine et son équipe furent alertés par l'arrivée de la tribu McNeil. Depuis son réveil, Jack avait préparé son speech de bienvenue à la virgule près. Mais il oublia tout dès qu'il vit Alec et sa femme, main dans la main. Jack se concentra sur les mains de tout le monde. Claire tenait la main de Dorothy, et Alec portait une valise à roulettes dans son autre main. L'image d'Épinal d'une famille unie et soudée. Les images sont parfois trompeuses.

Ianto et Owen faisaient un brin de ménage dans le labo. Tosh et Gwen finissaient leur café. Soulagé, Jack leur ordonna de continuer ce qu'ils étaient en train de faire et alla accueillir les invités, une boule au ventre et une barre entre les tempes.

De ce qu'il avait eu le temps de voir sur les caméras, Claire était blonde, assez grande et d'une peau de craie. Jack se dit qu'Alec avait décidément beaucoup de goût. La jeune Dorothy avait les cheveux châtains, ondulés et mi-longs. Elle portait une robe bleue d'un tissu mixte, entre le tweed et le coton. Claire arborait une robe noire qui avantageait ses formes généreuses. Et un chignon improvisé d'un bel effet. Jack n'avait pas regardé une seule fois le visage d'Alec. Il poussa la porte d'entrée et les invita à entrer à la hâte se réchauffer à l'intérieur de l'office de tourisme. Il referma la porte derrière lui et se présenta, un sourire des plus charmeurs sur les lèvres.

- Je suis le Capitaine Jack Harkness. Je suis enchanté de faire votre connaissance, Claire, lui dit-il en lui offrant une main chaleureuse qu'elle serra délicatement.

- Enchantée, Monsieur Harkness…

- Jack, appelez-moi Jack. Et tu es Dorothy? Ravi de te connaître. Ton père t'a-t-il dit que je vivais dans un endroit magique?

La petite fille, intimidée par cet immense soldat, rougit en hochant la tête. Alec écourta les politesses.

- Jack, vous n'êtes pas le meilleur guide pour faire visiter votre musée à Dot, vous marchez trop vite. Peut-être que Ianto pourrait s'en occuper?

Jack évita tout contact visuel avec l'expert. Il déclina la proposition et répondit directement à Dot en se baissant vers elle.

- Non, je travaille avec deux filles géniales, Dorothy. Tu vas voir, l'une d'elles est très bavarde mais rigolote et l'autre a fait le plein de friandises rien que pour toi. Elles te feront visiter Torchwood. Ça te dit?

Dot fit oui de la tête.

- Elle est très timide, Jack. S'excusa Alec.

- Pas de problème. Le rassura Jack, sans le regarder. Si vous voulez bien me suivre. Je vais vous présenter ma petite équipe.

- Avec plaisir, dit Claire, détendue par le naturel du Capitaine.

Jack ouvrit la marche dans le couloir souterrain. Alec était à l'autre bout de la file. Mais ils durent se serrer dans l'ascenseur et Jack retint sa respiration et verrouilla ses méninges affolées. Quand ils entrèrent par la porte hublot, Jack inspira profondément.

- Claire, Dot, je vous présente ma famille.

D'un grand geste de la main Il fit signe aux autres d'approcher et fit les présentations.

- Claire et Dorothy McNeil. Voici Gwen notre fouine domestiquée, enfin la plupart du temps. Tosh, notre génie de l'informatique. Owen, notre docteur bobo, et Ianto, notre chargé de la sécurité.

Puis à l'oreille de Dot:

- La bavarde c'est la brune avec le jeans.

Il lui fit un clin d'œil et osa un regard vers Alec qui serrait la main de Tosh, l'air heureux de revoir sa ravissante collègue..

Tous échangèrent les politesses d'usage, puis Ianto annonça le menu.

- Un petit café et des sushis pour ce midi? Cela vous convient-il?

Il s'empressa d'ajouter à l'attention de Dot, et d'Owen.

- Et des pizzas à volonté.

La petite fille sourit.

- Je veux! Clama Owen.

- Dorothy, tu veux venir voir nos machines? Demanda Gwen, déjà conquise par la jolie frimousse.

Les filles s'éloignèrent et Jack s'adressa à Claire qui admirait la vaste pièce futuriste qui s'offrait devant elle.

- C'est impressionnant, n'est-ce pas?

- C'est extraordinaire, Jack. Je suis abasourdie et j'imagine les rêves que Dot va faire une fois qu'on sera rentrées.

Jack sourit. Il tournait le dos à Alec mais sentait son regard sur lui.

- Et que nous vaut le plaisir de votre visite? S'enquit-il toujours auprès de Claire.

- C'est assez embarrassant, Jack, fit Alec en lui prenant le bras pour l'obliger à se retourner vers lui.

- Claire et moi, nous allons…divorcer.

Jack se noya dans les yeux clairs de son amant, qu'il trouva encore plus irrésistible qu'avant, si tant est que cela fut possible. Il eut le souffle coupé et Claire vint accélérer sa chute intérieure..

- Alec veut s'installer ici. Il est tombé amoureux de votre ville.

Les yeux vides, Jack resta silencieux et amorphe.

- Oh que oui , je suis fou amoureux de votre ville, Jack. Vous le saviez déjà?

L'odeur du café n'arrangea pas son malaise : elle lui rappela Ianto. Cependant il s'en servit pour dévier la conversation plus que gênante.

- Le café est prêt, je crois. Allons rejoindre les autres.

Claire le précéda et Jack attendit qu'Alec daigna avancer pour reprendre ses esprits. Mais Alec ne bougea pas et lui barra la route.

- Jack.

- Je sais que j'aurais dû vous prévenir mais j'ai eu peur que vous nous refusiez l'hospitalité Galloise que j'ai tant appréciée lors de ma première visite.

- Vous êtes fou Alec ! Qu'est-ce qui vous prend? Pourquoi allez-vous vous séparer? Pour moi?

Jack fulminait.

- Ne vous emballez pas, je vous prie. Vous n'êtes pas le centre du monde, Jack. C'est Claire qui veut divorcer. Notre amour n'est plus ce qu'il était. Je la soupçonne d'avoir un amant.

- Sans blague? Je rêve encore? Vous êtes sérieux?

- Hélas, oui.

- Et vous comptez venir vivre ici, à Cardiff?

- Absolument. Je dois visiter un petit appartement dans le centre à 14 heures.

- Pourquoi ici? Demanda Jack, irrité.

- Devinez !

Vexé, Alec alla rejoindre sa femme auprès de la famille de Jack qui s'était morcelée à l'instant où ce dernier avait entendu le mot « divorcer ».


Épilogue à venir…

REVIEWS PLIZ..