A travers l'immense labyrinthe que constituaient les couloirs du Manoir du dieu des Enfers, un serviteur marchait à vive allure sur les dalles de pierre qu'il avait appris à connaître par cœur durant toutes ces années, ces siècles, peut-être ces millénaires à servir la divinité toute puissante de ces lieux. Il avait perdu la notion du temps il y a bien longtemps, dans cet endroit où les notions de vie et d'existence avaient perdu tout leur sens...
Au fur et à mesure de sa progression, l'esclave d'Hades sentait de longs frissons parcourir sa peau et était pris de nombreuses sueurs froides. A son grand damne, il était en charge de porter les dernières nouvelles de la guerre qui se préparait au Maître des lieux, Marshall D. Teach.
Arrivé devant l'immense porte de la Grande Salle du manoir où se trouvait le dieu des Enfers, il s'accorda un moment pour tenter de calmer les tremblements qui le parcouraient puis frappa trois coups sur le battant qui s'ouvrit, le laissant pénétrer la pièce.
Il y découvrit comme à l'habitude son maître installé sur son traditionnel fauteuil rouge qui trônait face à la grande cheminée rougeoyante aux flammes inquiétantes. A ses côtés se tenait Jewelry Bonney et son aura emplie de colère. Il s'inclina aussitôt profondément, évitant de croiser le regard du dieu qui, il en était sûr, n'apprécierait pas les nouvelles qu'il venait lui apporter.
« Parle, lui ordonna Teach.
-Pardonnez-moi de vous déranger, Maître. J'ai de mauvaises nouvelles provenant de Shiryu, Lafitte et Catarina... Les dieux ont renforcé la protection du garçon, il est désormais impossible de l'atteindre.
-Renforcé ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Demanda la divinité en tournant la tête pour faire face à son serviteur.
-Il a été emmené dans un endroit contrôlé par Doflamingo et vit constamment au côté du Messager des dieux. L'immeuble est surveillé de très près par le dieu de la Stratégie, le dieu de la Juste Colère, le dieu des Iles et le dieu de la Neige et des Glaces...
-Zihahaha ! J'aurais dû me douter qu'après l'apparition sur Terre de Lafitte, Shiryu et Catarina, ils réagiraient ainsi... Quoi d'autres ?
-Et bien... »
Le sous-fifre eut du mal à déglutir sous l'aura menaçante qui s'élevait du dieu des Enfers. Il ne manqua pas le regard empli de pitié de Bonney, derrière Teach, qui semblait éprouver un semblant de peine pour ce qu'il allait prochainement subir.
« Il semblerait que vos frères aient pris la décision de contre-attaquer... Outre les parasites que nous envoyons et qu'ils éliminent, il se trouve que certains dieux dont Eustass Kidd, le dieu de la Guerre, ont pénétré les Enfers à notre insu et...
-A notre insu ? Le coupa Teach d'une voix menaçante. »
Le dieu se leva pour faire face au misérable insecte dans la pièce, le dominant de toute sa hauteur. Le serviteur écarquilla les yeux devant sa propre bêtise et se fit le plus petit possible devant son imposant maître et l'aura monstrueuse qu'il dégageait, l'étouffant presque au point de suffoquer. Il lui semblait que l'air se raréfiait autour de lui et que la température atteignait des sommets. Son corps se mit à trembler lorsqu'il sentit le dieu des Enfers se rapprocher lentement de lui.
« Selon toi, il est possible de pénétrer les Enfers, d'entrer dans Mon monde sans que je m'en aperçoive ? Relata le dieu des Enfers qui se délectait de la peur émanant de la punaise à ses pieds.
-N-non... Non, bi-bien sûr que non, mon Maître, jamais je n'aurais...
-Approche-toi. »
Le visage de l'esclave se statufia de peur et il se recroquevilla sur lui-même, tentant de se protéger de l'infâme aura qui lui glaçait les entrailles mais chauffait sa peau à l'en faire presque hurler. Il entendit plus qu'il ne vit Bonney s'éloigner de son mari à reculons. Cette dernière fixait Teach avec toute la haine dont elle était capable et qu'elle emmagasinait en elle depuis qu'elle était enchaînée à lui, serrant les poings à s'en faire blanchir les jointures devant l'inhumanité dont faisait encore preuve la divinité des enfers.
« Je t'ai demandé de t'approcher. », répéta Teach.
L'individu se redressa tant bien que mal avant de se jeter aux pieds du dieu de ce monde en l'implorant.
« Maître, pardonnez-moi, je vous en prie...
-Tu m'ordonnes de te pardonner, à présent ? »
Son regard se figea devant sa nouvelle erreur et ses tremblements doublèrent en intensité. Doucement et sans un bruit, une ombre s'éleva de la main du dieu des Enfers sous les yeux horrifiés et figés du serviteur à ses pieds, Bonney ayant déjà détourné les siens, ne souhaitant pas voir se répéter le scénario auquel elle assistait bien trop régulièrement.
« J'ai horreur des parasites qui ne savent pas garder leur place. »
La voix du dieu des Enfers résonna dans l'esprit de son serviteur telle une sentence. Ce dernier vit l'ombre glissait doucement vers le sol, sournoisement, comme si elle souhaitait que cet être à la vie sans importance voit lentement arriver sa fin imminente. L'esclave vit de ses yeux apeurés l'ombre noire semblant posséder une vie propre s'avançait vers lui et il ferma les yeux, adressant une dernière fois ses prières à un dieu quelconque qui pourrait peut-être l'entendre, avant de prendre conscience qu'aucunes d'entre-elles n'avaient été exaucé. Les dieux de l'Olympe avait depuis longtemps abandonné les Enfers et Hadès.
Un hurlement abominable retentit alors à travers le manoir, glaçant le sang des serviteurs et réjouissant les divinités raffolant de ces cris de douleur et de peur. Un serviteur venait à nouveau de goûter à la colère du dieu des Enfers.
Tokyo, la veille de Noël.
Comme chaque nuit, les grandes lumières du centre-ville de Tokyo illuminaient les quartiers de la capitale qui accueillaient encore malgré l'heure tardive les touristes et habitants profitant des décorations de Noël. Un chant traditionnel diffusait doucement dans les rues de la ville qui s'enneigeait peu à peu, donnant le sourire aux passants qui se baladaient sous de fins flocons blancs tombant de la voûte céleste.
Non loin d'eux, près d'une petite boutique qui affichait « fermée » se tenaient deux garçons à peine sortis de l'adolescence emmitouflés dans de grande cape beige pour se protéger du froid de décembre. L'un deux était blond aux yeux verts et semblait chercher quelque chose du regard, tandis que l'autre était brun, les yeux jaunes perçant et se tenait appuyé contre le mur de la boutique.
« Eleana met du temps à revenir... dit le blond d'un ton détaché mais où l'inquiétude perçait. »
Son compagnon leva les yeux au ciel avant de regarder l'autre d'un air blasé.
« Liam, elle est partie i peine quinze minutes.
-Elle est seulement censée repérer qui est sur les lieux, se défendit Liam.
-Que veux-tu qu'il lui arrive ? On est dans le périmètre le plus sécurisé et surveillé au monde. Tout ce qu'on risque, c'est de se faire massacrer par Mihawk ou Garp si on nous trouve ici. »
Liam soupira et regarda une énième fois l'immense building qui se tenait devant eux à une centaine de mètre. Josh avait raison, il s'inquiétait un peu trop souvent quand il s'agissait d'Eleana... Chassant son anxiété, il regarda plus attentivement le bâtiment qui leur faisait face, ce même-bâtiment qui abritait actuellement le fils des deux plus grandes Divinités Primordiales, Portgas D. Ace.
A première vue, il n'y avait rien à signaler et tout semblait être ce qu'il y avait de plus normal mais pas pour des demi-dieux entraînés à maitriser les pouvoirs qu'ils avaient hérités de leur parent divin. Ils pouvaient ressentir la présence de dizaines de divinités toutes plus fortes les unes que les autres autour du building si bien que Liam en avait froid dans le dos. Jamais encore il n'avait entendu parler d'un tel déploiement de force de la part des dieux et les multiples auras qu'il ressentait l'impressionnaient plus que ce qu'il voulait bien admettre.
« Tu as peur ? Demanda Josh qui regardait aussi le bâtiment.
-Peur de quoi ?
-De te retrouver face à ton père. »
A la remarque de Josh, Liam fronça les sourcils et continua de regarder l'immeuble dans lequel se trouvait l'enfant des Divinités Primordiales mais également son géniteur. Inconsciemment, il serra les poings et son regard se fit plus dur.
« Non. Du peu que j'ai pu en voir ou en apprendre, il ne m'inspire que l'indifférence, voir le mépris. Certainement pas la peur. »
Le blond put voir le fin sourire se dessiner sur les lèvres de son ami et il savait qu'il le comprenait parfaitement et s'attendait à cette réponse. Liam et Josh éprouvaient exactement la même chose envers leur paternel, une indifférence mêlée à un certain mépris qu'ils avaient appris à accepter au fil du temps, ne se laissant plus distraire par un quelconque sentiment d'abandon de la part de leur parent divin.
« Il faudra quand même qu'on se méfie de lui, soupira Josh. Il est capable de discerner toutes les âmes, il nous sentira approcher.
-Il ne pourra pas sentir la présence de Nana, personne ne le peut... »
Eleana avait hérité de certains pouvoirs de sa mère, la déesse de la chasse, Nami. Elle savait se faire discrète quand il le fallait et personne ne savait mieux masquer son aura que la jeune fille au cheveux roux. Même si la majorité des demi-dieux restaient des mortels, la plupart d'entre-eux avaient hérité de quelques pouvoirs de leur parent divin, d'où l'intérêt du camp des demi-dieux où Mihawk et Garp étaient en charge de leur apprendre à les maîtriser.
Liam aperçut finalement une personne revenir vers eux à la hâte, couverte également d'une grande cape beige d'où une longue chevelure rouge s'échappait. Il se sentit aussitôt soulagé et adressa un sourire à Eleana lorsque celle-ci retira sa capuche à quelques pas d'eux.
« Mission accomplie ! S'exclama la demi-déesse avec un grand sourire.
-Tu n'as pas eu de problèmes ? L'interrogea Liam.
-Aucun, ils sont bien trop occupés à tenter de repérer des dieux des enfers pour faire attention à l'aura d'un demi-dieu ! »
Liam ne manqua pas le regard de Josh dans lequel il pouvait lire « Je te l'avais bien dit. » et le fusilla du regard.
« Alors, combien sont-ils ? Lui demanda le brun aux yeux de faucon.
-Cinq si on exclut le Messager des dieux. Mihawk parcourt continuellement les alentours de l'immeuble, Trafalgar Law et Lucky Roo sont sur le toit et Doflamingo est à l'intérieur de l'immeuble, au dernier étage, énuméra Eleana. »
Josh poussa un profond soupir, la contrariété se voyait sur son visage. Passer devant tous ces dieux étaient clairement du suicide, même pour Eleana.
« Il nous faudrait une diversion, en conclut le brun. Attendre qu'un dieu des enfers se pointe et les éloigne d'ici. Je ne pense pas qu'ils soient assez stupides pour laisser le garçon qu'ils gardent seul mais ça nous ferait déjà quelques obstacles de moins à franchir... »
Liam regarda tour à tour ses amis et l'immeuble devant eux. Une force phénoménale se dressait entre eux et le garçon qu'ils voulaient à tout prix atteindre et il leur fallait absolument un moyen de la contourner. Une chose lui fit alors tilt et il observa Eleana en fronçant les sourcils.
« Et le cinquième ? » Demanda-t-il.
Aussitôt, les joues de la rousse s'empourprèrent et elle détourna les yeux, comportement qui renforça les doutes de Liam elle ne pouvait jamais le regarder dans les yeux lorsqu'elle lui cachait quelque chose.
« Hein ?
-Tu as dit qu'ils étaient cinq, en plus du pigeon. »
Josh ricana au surnom que Liam donna à son paternel tandis qu'Eleana eut l'air de plus en plus gênée.
« Et bien... Le cinquième est derrière l'immeuble... Il n'a pas l'air très attentif alors on ne devrait pas avoir trop de problèmes avec lui si on fait attention...
-Eleana, soupira Liam. Qui ? »
La rousse fit un instant la moue elle savait que son meilleur ami ne l'appelait par son prénom que lorsqu'il commençait à perdre patience avec elle, ce qui n'arrivait que très rarement et qui n'était jamais bon signe, même pour Eleana qui arrivait pourtant toujours à l'avoir avec ses petites mimiques.
« Ao Kiji... murmura-t-elle. »
Ao Kiji, dieu de la Neige et de la Glace, ce même dieu qui avait enfermé par mégarde la mère de Liam dans ses glaces il y a maintenant plus d'un siècle, la laissant pour presque morte lorsqu'elle avait été découverte il y a de cela vingt ans, enceinte du dernier fils du Messager des dieux.
Liam resta figé à ce nom et un flot de souvenirs traversa son esprit, notamment le jour où Mihawk lui avait raconté cela suite à ses nombreuses demandes pour comprendre pourquoi sa mère l'avait abandonné comme son père.
« Liam ?
-Ca n'a aucune importance, finit par dire le blond, fermé. Partons d'ici avant que Mihawk ne nous trouve.
-Tu sais, il nous trouvera sans peine quand quelqu'un s'apercevra de notre absence au camp, que ce soit lui ou Garp, remarqua Josh alors que les trois commençaient à s'éloigner de l'immeuble.
-Alors nous agirons avant, affirma Eleana avec une voix déterminée. Ils n'ont pas le droit de lui cacher la vérité, Ace est en droit de savoir qui sont ses parents et qui il est ! »
Liam eut un fin sourire et tourna la tête vers son meilleur ami.
« Et puis dans le pire des cas, Josh n'aura qu'à faire les yeux doux à son papounet chéri pour qu'il nous pardonne et... »
Le blond s'abaissa rapidement et esquiva de justesse le coup de pied du brun. Dans un réflexe, il lui saisit la jambe et voulut répliquer par un coup de coude dans l'estomac qui fut à son tour bloqué à quelques centimètres du corps du fils du dieu de la Juste Colère. Josh sourit dangereusement, exactement de la même manière que Liam et approcha son visage de celui-ci de manière à ce qu'il soit le seul à pouvoir l'entendre :
« Dommage que tu n'aies pas hérité des talents de ton papa chéri pour attirer les filles dans ton lit, ça t'aurait été grandement utile pour notre meilleure amie rousse... »
Liam écarquilla imperceptiblement les yeux, ça c'était un coup bas...
« Elle a dit quelque chose, la tête de faucon ? »
Aussitôt, les deux garçons se jetèrent à nouveau l'un sur l'autre sous le regard médusé d'Eleana qui se reprit bien vite :
« Eh ! Vous battez pas sans moi ! »
Appartement de Marco, quelques heures plus tard.
« Robin, tu peux m'expliquer comment tu arrives à te retrouver à dormir sur moi alors que le lit fait au moins trois mètres de large?
-J'ai froid la nuit.
-Monte le chauffage.
-Je préfère t'utiliser comme bouillotte.
-Va pioncer dans ta chambre.
-Je t'aime ? »
Ace fusilla sa meilleure amie du regard qui était confortablement allongée sur lui alors qu'il venait à peine de se réveiller de sa courte nuit de sommeil. Elle reposait sur son torse et le regardait avec son habituel sourire, la tête appuyée sur ses bras croisées, une petite lueur de gaieté au fond des yeux qu'Ace parvenait à distinguer malgré la pénombre de sa chambre... Ou plutôt de l'une des chambres que Marco lui avait concédé.
« T'as encore fait un cauchemar ? Demanda Ace à sa meilleure amie en se frottant les yeux.
-Non, étant donné que j'ai dormi avec toi, sourit Robin.
-Comment tu fais pour être aussi réveillée dès le matin ? Marmonna le brun en passant ses bras autour de la jeune femme, la resserrant contre lui.
-C'est le réveillon, Ace ! C'est ce soir que ton grand-père et tes frères viennent ici pour célébrer l'événement !
-Je crois... », répondit le brun qui bailla à s'en décrocher la mâchoire.
Cela faisait désormais trois jours que Robin et lui avaient emménagé chez Marco suite à l'incident qui avait ravagé leur appartement. Les choses avaient été plus que compliquées au début et Ace s'était occupé de tout afin que son amie ne soit pas plus bouleversée qu'elle ne l'était déjà après avoir perdu tout ce qu'ils possédaient. Il avait lui-même appelé les assurances, s'était chargé de rendre compte de tout ce qu'ils avaient perdu et avait appelé son grand-père pour le prévenir des récents événements... La destruction de leur appartement dans un écoulement de lave en plein centre-ville de Tokyo.
Contrairement à ce qu'il avait pensé, Garp n'avait pas rappliqué immédiatement sur la capitale et avait semblé accepter avec résignation le fait que Robin et lui aillent vivre chez Marco, ce qui n'avait pas manqué d'éveiller la curiosité d'Ace qui ne voyait pas en quoi cela pouvait déranger son grand-père.
Puis il y avait eu le blond... Durant ces trois derniers jours, Ace avait découvert une nouvelle facette de Marco qu'il ne lui connaissait pas lorsqu'il vivait chez eux. Il avait été presque... attentionné et serviable avec eux. Ou avec lui, comme aimait souvent le faire remarquer Robin avec un petit sourire en coin.
Marco l'avait accompagné dans chacune de ses démarches, ne le laissant jamais seul. Mais alors qu'Ace avait trouvé cette manie plus qu'agaçante lorsqu'il avait commencé à fréquenter le trentenaire, aujourd'hui il se surprenait et peinait encore à admettre qu'il commençait à l'apprécier.
Malgré ses airs nonchalant et son expression flegmatique, Ace aimait de plus en plus tenir la conversation à Marco - conversation qui consistait bien souvent à tenter d'avoir le dernier mot dans des échanges de phrases où l'un provoquait l'autre. Etrangement, lorsqu'Ace essayait d'en savoir un peu plus sur lui et ce qu'il avait fait de sa vie, le blond restait toujours vague et déviait sur un autre sujet où Ace réagissait au quart de tour, avant de se rendre compte bien plus tard que Marco avait encore réussi à changer de conversation. Le brun avait alors cesser d'insister, même si un sentiment étrange le tiraillait à chaque fois qu'il souhaitait en savoir un peu plus sur le plus vieux...
Ace avait également remarqué que Marco était différent sur un autre point... Depuis quelques jours, le blond habituellement si sûr de lui semblait... préoccupé. Lorsqu'il le surprenait seul devant la grande baie vitrée, il le découvrait souvent avec un visage contrarié, comme s'il songeait à quelque chose qui ne lui plaisait absolument pas.
« A ce propos, Ace... commença Robin en perdant son sourire. Ton cadeau de Noël... Il était dans l'appartement, je suis désolée... »
Sortant de ses pensées, Ace donna une pichenette sur le front de la brune qui cligna des yeux.
« Passer Noël avec toi chaque année me suffit largement... expliqua Ace avant de prendre une tête alarmée. Mon dieu, cette réplique ressemble à celle d'un vieux couple de film qu'adore regarder le vieux...
-Seigneur, s'effraya faussement Robin avant de rire. Et sinon...
-Non.
-Oh s'il te plaît, Ace !
-Non, Robin.
-S'il te plaît, s'il te plaît ! Je ferais la vaisselle, le ménage dans ta chambre, la cuisine... »
Ace s'horrifia.
« La cuisine ? Je croyais que tu me donnais des arguments pour en savoir plus sur ton cadeau ! »
En réponse à sa moquerie, la brune donna un coup de poing sur le torse d'Ace qui coinça ses bras dans son dos.
« Dis-moi Ace, s'il te plaît ! Même Marco-san n'a rien voulu me dire...
-J'ai l'impression d'avoir deux meilleures amies... Une à Noël et une autre pendant le reste de l'année. Tu sauras ce soir, en même temps que tout le monde ! Attends... T'as été jusqu'à demander à Marco ce que je t'avais acheté ?! »
Robin afficha un sourire faussement désolé et Ace se pinça l'arête du nez.
« Qu'est ce qu'on va faire de toi...
-D'ailleurs... On devrait peut-être aller acheter quelque chose pour Marco-san ? Il nous héberge et nous accueille chez lui pour Noël alors... »
Aussitôt, Ace rougit et détourna les yeux, ce qui n'échappa visiblement pas au regard perspicace de Robin qui haussa les sourcils.
« Quand est-ce que tu as trouvé le temps... ?
-Quand est-ce que j'ai échappé à sa surveillance, tu veux dire ? Marmonna Ace. Lorsqu'il m'a accompagné pour aller faire les courses pour ce soir...
-Alors tu avoues qu'il te plaît, finalem... »
Cette fois-ci, Ace attrapa un oreiller et l'abattit sur la tête de la jeune femme qui étouffa un rire dans le tissu.
« Qu'est ce que j'ai fait à dieu dans une autre vie pour qu'on se retrouve ensemble à l'orphelinat?
-De bonnes choses, si tu veux mon avis... dit Robin en dégageant l'oreiller. Je vais me laver, profites-en pour descendre dire bonjour à notre blond préféré ! »
Ace leva les yeux au ciel, trop habitué désormais pour répliquer. Robin roula sur le côté avant de sortir du lit d'un bond sous le regard du brun qui observa sa meilleure amie s'engouffrer dans la salle de bain adjacente à la pièce. Il poussa un soupir puis se leva à son tour – plus difficilement que la jeune femme – pour aller tirer les rideaux, éclairant ainsi la pièce.
A la vue du paysage qui s'offrit alors à lui, son regard s'illumina – Devant lui s'étendait le tableau blanc qu'était désormais la ville de Tokyo recouverte de neige qui tombait lentement sur la capitale du Japon et il ne put s'empêcher de sourire à ce spectacle. Il n'y avait rien de tel qu'un vrai Noël sous les flocons pour faire oublier à Robin toute cette mauvaise histoire le temps d'un instant.
Bien décidé à profiter de cette journée de réveillon, Ace sortit de sa chambre et s'aventura dans le long couloir de l'étage où se trouvait une multitude de portes menant à différentes pièces qu'il ne connaissait toujours pas. Le brun se fit soudainement la réflexion qu'il ne savait même pas où se trouvait la chambre de Marco...
Lorsqu'il atteignit les escaliers, Ace aperçut aussitôt le blond qui se tenait comme à l'habitude devant la grande baie vitrée de l'immense loft qu'ils occupaient. Il ne le voyait que de dos et pouvait discerner de là où il était une partie de son visage tourné vers le ciel, regardant la neige se laissant tomber doucement des nuages blancs.
Son expression habituellement neutre semblait encore différente en cette journée de réveillon et Ace ne put s'empêcher de l'observer, redessinant les courbes de son visage, de ses yeux où la préoccupation était visible jusqu'à sa mâchoire qu'il devinait légèrement crispé devant ce qui devait certainement le contrarier. La tête du blond se tourna alors vers lui, plongeant aussitôt ses yeux marrons dans ceux, noirs, d'Ace qui sursauta.
« Tu es plutôt matinal aujourd'hui, yoi, fit Marco en reprenant son traditionnel flegme.
-Et toi, ça t'arrive de dormir parfois ? » Marmonna la brun.
Évitant habilement son regard, Ace descendit les escaliers et s'installa dans la cuisine au style américain pour prendre son petit-déjeuner. Marco vint s'installer à côté de lui et le plus jeune le vit appuyer sa tête contre sa main, accoudé sur le bar qui faisait office de table chaque matin.
Tentant le coup, Ace essaya d'en savoir plus sur ce qui semblait occuper toutes ses pensées ces derniers temps.
« Vous avez l'air préoccupé... fit remarquer le brun en se saisissant d'un bol. Des problèmes avec le boulot ?
-Ace, décide-toi entre le tutoiement et le vouvoiement, marmonna Marco alors qu'Ace piquait un fard. Je ne suis pas préoccupé... Ou peut-être légèrement. Et non, pas avec le boulot... Enfin si, indirectement... Ou complètement. J'en sais rien en fait. »
Complètement sidéré, le brun regarda Marco soupirer lourdement et il en aurait presque lâché le bol qu'il tenait entre les mains face au discours du blond.
« T'es malade ? Lâcha-t-il.
-Pourquoi le serai-je ? » Demanda Marco en le fixant dans les yeux, sceptique.
Que le blond paraisse fatigué, c'était une chose plutôt normal au vu de son flegme habituel, qu'il paraisse soucieux, c'était nouveau mais Ace pouvait s'y faire... Qu'il perde son caractère si sûr de lui et qu'il hésite, c'était impossible pour la personne qu'il connaissait.
« Je suis juste un peu... excédé par mon travail. Ace, es-tu en conflit avec les t-shirts pour ne jamais en mettre? »
Ace piqua à nouveau un fard et fusilla Marco des yeux.
« Et toi c'est quoi ton problème avec le fait que je n'en mette pas ?! » répliqua-t-il.
Ace se retint de crier victoire lorsque Marco détourna les yeux et poussa un long soupir, appuyant sa tête sur ses deux mains, le regard perdu dans le vide.
De son côté, le blond n'en menait pas large. Depuis que Mihawk lui avait annoncé la funeste nouvelle, Marco redoutait chaque jour un peu plus le moment où le fils des divinités primordiales apprendrait toute la vérité et la supercherie montée de toutes pièces par les divinités censées le protéger, plus particulièrement lorsqu'Ace comprendrait que Marco Fennikusu n'avait été qu'un personnage inventé à l'occasion, dans le but de veiller sur lui et d'attendre patiemment sa mort...
Lorsque Thatch et Mihawk l'avait quitté il y a trois jours, c'était résolu à se montrer plus avenant avec Ace qu'il était allé à sa rencontre... pour le découvrir à nouveau vêtu uniquement d'une fine serviette de bain blanche accroché à ses hanches, signe plus que flagrant que le plus jeune sortait à peine de sa douche. Il avait à nouveau laissé son regard traîner sur le corps si désirable du plus jeune avant de s'infliger une correction mentale et laisser le brun seul avec un marmonnement inaudible.
Et comme si savoir qu'un tel corps existait à ses côtés ne suffisait pas, il fallait qu'Ace soit un fervent partisan de la doctrine « Moins je porte de vêtement, mieux j'me sens. » et se ballade chaque jour devant Marco, vêtu uniquement d'un simple short – short que le blond s'était imaginé retirer plus d'une fois avant de reprendre difficilement ses esprits pour empêcher son imagination de dériver plus loin, beaucoup plus loin.
Telle était la situation actuelle de « Hermès », partagé entre son manque affolant « d'affection », son obsession pour le fils des divinités primordiales qui risquait de lui coûter cher si jamais il venait à poser la main sur lui et cette sensation désagréable qui le prenait au ventre lorsqu'il songeait à la réaction qu'aurait le brun lorsqu'il apprendrait qu'il n'avait fait que lui mentir et se jouer de lui...
« Gamin.
-Vieux con.
-Exhibitionniste.
-Vieux bourgeois coincé. »
Marco soupira à nouveau. Si seulement Ace savait...
« Ouais, en fait, « coincé » c'est pas très approprié si toutes tes maîtresses ressemblent à cette Boa... » marmonna le brun dans son bol.
A cette remarque, Marco laissa sa tête tomber sur la table dans un bruit sourd qui résonna dans la grande pièce, faisant sursauter Ace.
« Euh... Un problème ?
-Je donnerais n'importe quoi pour voir Boa... N'importe qui... » soupira le blond.
Ace leva les yeux au ciel.
« Je préfère ne même pas imaginer à quoi t'es en train de penser.
-Au paradis... »
Le brun afficha une grimace significative et éprouva un certain dégoût à l'idée que Marco puisse être en train de penser à cette femme à la beauté surnaturelle, juste à côté de lui.
Alors qu'Ace fixait plus ou moins discrètement le blond appuyé sur la table, la sonnerie de l'appartement se fit entendre. Il regarda Marco d'un air surpris, l'interrogeant du regard pour savoir s'il attendait quelqu'un. Il le vit afficher un air contrarié et se douta que non.
« Tu fais toujours cette tête quand quelqu'un vient sonner chez toi ? Lui demanda finalement le brun. »
Marco ne répondit rien et alla appuyer sur le bouton de l'interphone alors qu'intérieurement, il se concentrait grâce à son Haki pour tenter d'identifier l'individu venant le déranger. Personne n'était censé venir directement à sa rencontre, encore moins en présence d'Ace.
« Qui est... »
« Maaaaaaarcooooo ! C'est moiiiiiii ! » s'exclama une voix masculine de l'interphone.
Le visage de Marco se statufia aussitôt à l'entente de la voix enjouée et Ace put voir ses yeux se figer d'horreur, ce qui ne manqua pas d'éveiller sa curiosité quant à l'identité de la personne de l'autre côté de la porte.
« Izou... Qu'est-ce que tu veux ?
-Que tu m'ouvres ?
-Crève, yoi. Qu'est-ce que tu veux ?
-Oh Marco, tu me blesses ! S'exclama ledit Izou d'une voix qui n'avait pas du tout l'air affectée. J'ai des nouvelles du travail pour toi... Oh ! C'est marrant ça, j'ai un message pour le Messager ! »
Ace haussa un sourcil puis un deuxième lorsqu'il vit Marco se frapper le front de la paume de sa main dans un geste las. Le blond laissa l'interphone et alla dans l'entrée sous le regard curieux du brun qui se demandait qui pouvait bien venir rendre visite au blond un jour de réveillon. Et c'était quoi cette histoire de Messager ?
Lorsque Marco revint dans la pièce principale, ce fut accompagné - ou plutôt agrippé - par une personne qu'Ace aurait aisément pu prendre pour une femme s'il n'avait pas entendu une voix masculine à l'interphone un instant plus tôt. Cette personne portait de longs cheveux noirs relevés en un chignon ainsi qu'un long kimono rose féminin qui pouvait facilement porter à confusion.
Sans réellement comprendre pourquoi, Ace ressentit un léger pincement dans sa poitrine en voyant le travesti accroché au bras du blond qui ne semblait pas se débattre.
« Oh, mais tu dois être le fameux Ace ! S'exclama soudainement l'inconnu en apercevant le brun, lâchant le bras de Marco.
-C'est moi... dit prudemment Ace en voyant l'individu en approche.
-Ah, depuis le temps que Marco nous parle de toi, ravi de te rencontrer ! Je suis Izou, un collègue de travail ! »
Ace pria pour ne pas rougir une énième fois et marmonna un vague « enchanté » à l'adresse du travesti.
« J'ai beaucoup d'admiration pour toi, ça doit pas être évident de vivre tous les jours aux côtés d'Apollon ! »
Derrière eux, Marco manqua de s'étouffer et fusilla Izou du regard qui l'ignora royalement.
« C'est-à-dire que...
-Oh, tu peux me le dire, tu sais ! Je suis sûr qu'il est tout le temps grincheux et irritable depuis qu'il ne peut plus voir Boa à sa guise ! »
La piqure de rappel concernant son abstinence termina de remplir le vase qui menaçait de déborder depuis un moment déjà chez le blond. Marco allait tuer Izou. A l'instant où il se retrouverait seul avec le dieu de l'Amour, il allait se débrouiller pour prendre l'une des flèches de Cupidon et la lui planter dans un endroit où ce serait vraiment, vraiment douloureux.
Avant de le laisser rajouter quoique ce soit d'autres qui pourrait s'avérer peu agréable à entendre, Marco attrapa Izou par une manche de son kimono sous un cri de protestation et le tira à sa suite vers une pièce adjacente.
« Hey, j'étais en train de discuter ! Tu vois, qu'est-ce que je te disais ? C'est la frustration ça, Marco ! D'ailleurs, on raconte que t'as tapé dans l'oeil de Shirahoshi, tu voudrais pas...
-C'est ça, j'en parlerais à Shanks, je suis sûr qu'il sera ravi de me prêter sa femme, le coupa le blond d'un ton cassant. »
Ace observa les deux hommes s'engouffrer dans le bureau adjacent à la pièce et sursauta lorsque Marco claqua la porte.
« Fallait le dire si je gênais surtout » marmonna Ace en retournant à son petit-déjeuner, seul.
« Ah, depuis le temps que Marco nous parle de toi ! » Etrangement, le brun avait du mal à imaginer que Marco puisse parler de lui avec ses collègues de travail... Peut-être était-ce parce qu'il avait déjà du mal à l'imaginer travailler tout court finalement.
Il jeta un coup d'oeil à la porte de la pièce où étaient rentrés Marco et son « ami » et Ace s'insulta momentanément d'imbécile lorsqu'il commença à se faire des films sur ce qu'ils pouvaient bien se dire et faire à côté.
Il termina alors son petit-déjeuner, essayant d'évacuer ses pensées, lorsqu'un détail auquel il n'avait pas prêté attention lui fit tilt. Shanks... Il en était sûr, où avait-il déjà entendu ce prénom ?
« Izou, t'as cinq minutes pour m'expliquer ce que tu fous là avant que l'une de tes flèches s'approche un peu trop près d'un endroit sensible, yoi. »
Le dieu de l'Amour soupira face à la colère du Messager des dieux et se laissa tomber dans l'un des canapés en cuirs du grand bureau, se laissant aller contre l'un des accoudoirs du sofa.
« Thatch avait raison, ça ne te réussit vraiment pas la vie humaine, Marco. Je viens t'informer de ce qu'il se passe autour de toi pendant que tu restes enfermé, expliqua finalement Izou.
-Et pourquoi on se fait chier à utiliser des téléphones portables depuis le début si tu te ramènes ici ?
-Tu les veux, ces nouvelles ou pas? »
Agacé, Marco glissa une main derrière sa nuque et poussa un long soupir pour essayer de rester calme. Il n'avait pas eu la moindre nouvelle de ce qu'il se passait chez les dieux depuis trois jours et cela l'agaçait profondément, lui qui habituellement était le premier à être mis au courant de l'état des choses.
« Je t'écoute, yoi.
-Parfait ! Eustass, Akainu et Nami ont réussi à pénétrer les Enfers et y ont mis un joyeux bordel, on raconte que Teach est dans une fureur noire...
-Ils ont réussi ? Comment ont-ils fait pour y entrer sans passer par Brook? »
Mis à part le Messager des dieux dont le rôle était également d'apporter les âmes déchus aux enfers, personne ne pouvait traverser la rivière du Styx sans avoir recours à l'aide du gardien des Enfers, Brook et sa fameuse barque qui guidait les âmes des morts et des vivants le long du fleuve du bas-monde.
« A ton avis ? A part toi, qui est de notre côté et connait les Enfers comme sa poche ? »
Il fallut quelques secondes à Marco pour réfléchir puis lorsqu'il comprit, un sourire se forma aussitôt sur ses lèvres et il se traita d'imbécile pour ne pas y avoir pensé plus tôt. Evidemment... il n'y avait aucun doute que Jewelry Bonney ne resterait pas inactive durant cette guerre.
« Je pense que tu te doutes de la suite...
-Ils sont passé devant Cerbère. »
Izou lui sourit pour approuver alors que Marco eut une grimace de dégoût à l'évocation du chien à trois tête. Ce « chien » était la chose la plus immonde qui lui avait été donné de voir jusqu'ici, en plus de puer la mort et de baver comme une bête enragée... ce qu'il était à priori.
« Je suppose que Kidd s'en est chargé, yoi ?
-Détrompe-toi... Nami s'est visiblement fait plaisir et l'aurait salement amoché. »
Nami, déesse de la chasse, que Marco avait tenté maintes et maintes fois de mettre dans son lit sans jamais y parvenir...
« Quoi d'autres ?
-De mauvaises nouvelles. »
Le phénix leva les yeux au ciel et se retint de jurer. Il avait l'impression d'avoir déjà vécu cette situation il y a trop peu de temps.
« Nami a pu avancer assez loin dans les enfers sans se faire repérer par Teach et y a aperçut une sentinelle de monstre que Barbe Noire aurait visiblement l'intention d'envoyer sur Terre. Elle y a entre autre vu l'Hydre de Lerne, la Chimère, des Harpies et j'en passe... »
Marco sentit un frisson le parcourir. L'hydre... Si Teach envoyait son dragon sur Terre, ils allaient avoir du mal à cacher leur présence aux humains.
« Qu'en dit Trafalgar ? Demanda-t-il finalement à Izou.
-Il est plutôt énervé... Teach prépare un grand coup, c'est certain mais il est impossible de prévoir lequel. La présence de Shiryu, Lafitte et Catarina est ce qui le préoccupe le plus, ils sont là depuis plusieurs jours mais aucun d'entre eux n'a encore bougé. Trafalgar suppose que Barbe Noire est en train de mettre en place ses pions avant de mettre son plan à exécution. »
Le blond fixa à travers la fenêtre la neige tomber d'un regard songeur. Teach n'était pas assez fou pour attaquer directement Ace, il en était certain. Il n'avait pas la force nécessaire pour vaincre les dieux de la Terre et de l'Olympe et il le savait... Il allait donc essayer d'avoir recours à sa fourberie et de les avoir à revers.
« Combien de temps Ao Kiji va-t-il laisser tomber toute cette neige? Souffla alors Marco qui détestait ne pas pouvoir voir son ciel bleu.
-Quand il se réveillera, je suppose... Et puis arrête d'être ronchon, Marco ! Tu vas passer Noël sous la neige, c'est le rêve de tout le monde !
-C'est le rêve de tout humain, corrigea le blond. Et tu parles d'un rêve, passer un dîner en face de Garp qui aimerait voir ma tête entre ses poings, je m'en passerais bien, yoi.
-Et bien sûr, il n'a aucune raison valable pour vouloir te tuer, lança d'un ton ironique le dieu de l'Amour avec un regard narquois. »
Marco haussa un sourcil et fixa Izou qui semblait en savoir beaucoup.
« Thatch a encore trop parlé, c'est ça ?
-Tu sais bien comment il est quand il est ivre, c'est-à-dire un peu près quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps... Et puis ça crève les yeux à la façon dont tu bouffes le gamin du regard, même Boa te fait pas cet effet-là ! Alors comme ça, il te plaît bien ? »
Le blond soupira et se fit la promesse d'aller toucher deux mots au dieu du Vin lorsque sa mission serait terminée.
« C'est vrai que ce gamin est plutôt bien foutu... Finalement, c'est plutôt pour toi que ça doit pas être évident de vivre à ses côtés ! Et puis peut-être que tu pourrais enfin...
-Izou, avant même que tu n'ailles plus loin et te retrouves avec un certain problème dans l'cul, je te conseille de prendre tes cliques et tes flèches et de te diriger vers la porte.
-La frustration, Marco, la frustration, ricana Izou avant de s'arrêter tout de suite sous l'aura un peu plus imposante du Messager des dieux. D'accord, d'accord, sujet sensible... Je dois aussi t'avertir que Garp a commencé à prendre les mesures nécessaires pour le jour où tu devras... où on devra annoncer la vérité au gamin. A première vue, il va intégrer le camp des demi-dieux jusqu'à ce qu'il perde son enveloppe charnelle et...
-Yoi, stop, le coupa Marco qui fronçait les sourcils. Lui faire intégrer le camp des demi-dieux ? Et comment compte-t-il s'y prendre ? En l'assommant ?
-Euh... Je ne suis pas au courant de cette étape là, pourquoi ? Demanda Izou, un vague air inquiet inscrit sur le visage.
-Oh, pour rien, j'imagine juste sa réaction, « Salut, gamin ! J'ai omis de te dire ces douze dernières années qu'en réalité, je connais tes parents qui sont entre autre la Terre et le Ciel et que tu as au creux de toi un pouvoir suffisamment puissant pour raser toutes traces d'existence dans l'univers. Bien sûr, tes frères sont également au courant et tu es surveillé depuis toujours. Oh, et au passage, un dieu des Enfers essaye de te tuer et un innocent demi-dieu a déjà donné sa vie pour toi. Bien sûr, tu n'as pas à t'en faire, je t'emmène au camp des demi-dieux afin que tu y meurs avant de monter sur l'Olympe, yoi. ». »
Marco avait dit tout cela d'une traite sous les yeux d'Izou qui s'étaient écarquillés un peu plus à chaque mot prononcé par le phénix. Celui-ci semblait profondément agacé, ce qui était plutôt rare chez le Messager.
« Je ne sais pas ce qui est le plus flippant entre le fait que tu fasses de l'humour et ce que tu viens de dire...
-Prends le comme tu veux, yoi. »
Un silence s'abattit dans la pièce où les deux divinités étaient préoccupés par l'avenir qui se dessinait devant eux peu à peu avec plus de précision. Tous savaient parfaitement que les choses ne se passeraient pas aussi facilement qu'ils l'espéraient... Le tout était de savoir à quel point la situation allait dégénérer le moment venu.
« Parfois, je me demande si ce n'était pas ça au final, la punition de Roger, finit par dire Marco.
-Que veux-tu dire ?
-S'occuper de son fils. Faire ce que les dieux n'ont jamais su faire, s'occuper de quelqu'un d'autres que leur propre personne, tout en étant sûr de na pas parvenir à lui offrir une vie convenable... Ce gamin n'aura rien connu de bon dans la vie. Les humains ne lui ont rien donné, ses frères lui ont menti toute sa vie, un jour où l'autre, il verra sa seule amie mourir car il sera un être immortel mais pas elle. Il apprendra que ses parents se sont servis de lui pour se venger des Trois Frères... soupira Marco.
-Ok, Marco... Là, t'es carrément flippant. En moins de cinq minutes, je viens de te voir en colère, dépité, ironique et atterré. »
Marco ne releva même pas la remarque et continua de fixer d'un air vague la neige qui tombait doucement au dehors. Quelques flocons venaient parfois se déposer sur la fenêtre de la pièce avant de se désagréger lentement en goutte d'eau et de glisser le long de la vitre sous le regard absent du Messager des dieux qui songeait à ce que l'avenir leur réservait et où toute cette histoire les mènerait...
« On dirait que t'as fini par t'y attacher à ce gamin... souffla finalement Izou.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda Marco, détachant son regard de la fenêtre.
-Tu ne t'es jamais intéressé à quelqu'un d'autres que toi auparavant...
-Merci, Izou, j'apprécie.
-Tais-toi, tu sais très bien que ce n'est pas ainsi que je l'entendais, répliqua Cupidon avec un sérieux qui étonna un instant le phénix. Je n'ai toujours connu qu'un seul Marco, celui qui suivait les ordres de Barbe Blanche et qui s'occupait de satisfaire sa libido débordante.
-Je n'ai pas changé, je fais tout ceci sous les ordres de Père. Et pour ma libido, j'ai pas vraiment le choix, yoi.
-C'est faux, on t'a seulement ordonné de ne jamais quitter le garçon, pas de t'inquiéter pour lui ni de faire en sorte qu'il t'apprécie ! Expliqua Izou.
-Et j'aurais du m'y prendre comment pour passer tout mon temps avec lui si j'étais resté un parfait inconnu ? S'agaça Marco qui ne voyait pas où voulait en venir la divinité.
-Nom de Barbe Blanche, tu es encore plus borné que ma mère !
-Va te faire, Izou.
-Tu t'es attaché à lui ! Tu apprécies sa présence et tu n'aimes pas l'idée qu'il puisse souffrir, tu...
-Tu commences à me taper sur le système, Cupidon, yoi.
-Mais c'est pas possible d'être aussi buté, bordel ! »
Marco haussa un sourcil à la phrase presque criée par Izou. Un bruit dans la pièce d'à côté attira son attention et il fit signe à l'autre divinité de baisser d'un ton s'il ne voulait pas avoir la désagréable surprise d'apprendre avoir été écouté.
-A moins que tu n'aies autre chose à me dire, reprit Marco d'un ton plus calme, tu devrais y aller avant qu'Ace ne se pose des questions.
Izou soupira et se contenta d'hausser les épaules de dépit avant d'aborder une mine bien plus sérieuse, fronçant légèrement les sourcils.
-J'ai encore un message à te transmettre, je pense que tu vas comprendre assez rapidement pourquoi Barbe Blanche a tenu à ce qu'un dieu se déplace pour te l'apprendre.
Marco n'aima pas du tout le ton qu'employa le dieu de l'Amour et sentit qu'il n'allait pas non plus apprécier la suite. Jamais il n'avait vu un tel sérieux dans son regard et ce n'était certainement pas pour lui parler des dernières conquêtes de Boa Hancock qu'il avait adopté cette attitude qui ne collait pas avec son tempérament habituel.
« Je t'écoute, yoi.
-Cela concerne la jolie colocataire de notre fils des divinités primordiales. »
Ce ne fut qu'en milieu d'après-midi, alors qu'Ace était allongé – pour ne pas dire complètement avachi – sur l'un des canapés en cuir blanc de la pièce à regarder la télévision, que le brun vit sortir du bureau Marco avec un air passablement énervé suivi de son collègue de travail qui devait l'être tout autant au vu de leur expression respective.
Alors qu'il allait demander s'il y avait un problème – et assurément qu'il y en avait un – Marco le coupa dans son élan.
« Où est Robin ?
-Descendue à la réception, pourquoi ? Demanda Ace en se redressant sur le canapé.
-A la réception ?
-Oui, il y a une boutique de vêtement au standing, elle veut acheter une robe pour ce soir, pourquoi ? Répéta-t-il.
-Une robe ? Demanda Marco en haussant un sourcil. Pour quoi faire ?
-J'sais pas, truc de fille... marmonna Ace qui n'avait pas l'intention non plus de faire un effort vestimentaire pour le réveillon.
-Vous ne comprenez vraiment rien, soupira alors Izou en regardant les deux autres, un air désespéré devant leur incompétence masculine. Je vous quitte ici, j'ai encore des choses à faire. Je transmettrais tes mots au grand patron, Marco. On compte sur toi.
-J'ai cru comprendre, yoi.
-Et n'oublies pas de souhaiter un joyeux réveillon à Garp de ma part, ce soir ! Ajouta avec un clin d'oeil Izou. »
Sous les regards des deux habitants restants de l'appartement, le travesti partit à la hâte d'un pas pressé, les pans clairs de son kimono voltigeant derrière lui. Ace fixa alors tour à tour l'endroit par lequel venait de sortir Izou puis Marco, qui se tenait debout près de lui, avant de froncer les sourcils.
« Il connaît Garp ?
-Oublie... Ça sent bon, d'où est-ce que ça vient?
-J'ai commencé à préparer des trucs pour ce soir comme je ne peux pas laisser Robin s'approcher d'une cuisine et que je n'allais pas vous... te demander de m'aider alors que tu nous héberges déjà chez toi...
-Ca ne me dérange pas, yoi.»
Ace se redressa difficilement du confortable canapé sur lequel il avait passé une bonne partie de la journée déjà bien entamée et observa Marco se laisser tomber lourdement à ses côtés dans un soupir à s'en fendre l'âme.
« Votre conversation avait l'air d'être... mouvementée, tenta Ace.
-On a de... gros soucis avec le boulot, soupira le blond, un regard las sur le visage. »
Alors qu'il lui avait trouvé un air énervé et agacé il y a quelques minutes, Ace trouvait désormais que Marco semblait exténué, les yeux fatigués, semblant usé par la situation.
« Ca va bien finir par s'arranger, non ? »
Sans un mot, le blond tourna la tête vers le brun et plongea ses yeux aux iris sombres dans ceux d'Ace qui eut du mal à déglutir devant la profondeur du regard de Marco Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il y discernait mais une sensation étrange s'installa au creux de son ventre et il se sentit soudainement gêné d'être ainsi scruté mais ne parvint pas à détourner les yeux. Un long silence s'installa dans la pièce avant d'être brisé par un soupir de la part du blond qui brisa le contact visuel.
« La façon dont évolueront les choses dépendra d'une tierce personne et de la réaction qu'elle aura lorsqu'elle découvrira certaines de nos... activités, yoi, finit par dire Marco.
-Ahah ! S'exclama Ace d'un ton victorieux, faisant presque sursauter le blond. J'étais sûr que tu devais traîner dans des trucs pas clairs pour avoir tout cet argent à disposition ! »
Marco haussa les sourcils, surpris par la direction que prenaient les déductions d'Ace et finalement, éclata de rire devant l'air satisfait qu'affichait le brun, certain d'avoir découvert le pot aux roses.
« Et dans quel genre de « trucs pas clairs » je pourrais bien avoir une activité, yoi ?
-J'en sais rien, t'es déjà un type pas clair alors tu pourrais très bien trafiquer dans n'importe quoi... Au fait, le vieux a appelé tout à l'heure, il arrivera avec Luffy et Sabo vers 20 heures au plus tard.
-Ah. Il a ajouté quelque chose ?
-Non, rien d'important... Quoiqu'il a parlé d'un truc étrange à un moment, j'ai pas vraiment compris maintenant que j'y pense...
-Ah bon ? Demanda Marco, se tendant imperceptiblement.
-Oui, une histoire de poulet grillé, j'ai pas tout saisi, je pensais qu'il parlait du repas de ce soir mais visiblement, il était assez énervé...
-Ah. »
Poulet grillé... Sous les yeux curieux d'Ace, Marco ferma les siens et adressa silencieusement une injure à l'attention du dieu de la Force et se promit de lui faire payer la comparaison; la soirée s'annonçait déjà longue et fastidieuse, et il était certain qu'elle ne serait pas de tout repos face au grand-père adoptif d'Ace qui, il le savait, n'allait pas se montrer tendre avec lui tant qu'il n'aurait pas obtenu la promesse de la part du blond de ne jamais poser la main sur son petit-fils... chose que Marco n'était pas certain de pouvoir lui promettre.
Appartement de Marco, 20h00.
Comme chaque soir depuis qu'il occupait l'immense loft de Marco, Ace se tenait debout, appuyé sur le dossier de l'un des grands canapés de la pièce principale et contemplait la vue des plus somptueuses qui s'offrait à lui sous le grand ciel noir, à travers l'imposante baie vitrée sur laquelle se reflétait le paysage urbain.
Les lumières de Tokyo et ses décorations de Noël brillaient de toutes part, illuminant le centre-ville de guirlandes, de petites étoiles accrochées aux arbres et aux fenêtres et les grands sapins richement décorés à cette occasion. Mais plus encore et pour la première fois depuis qu'il était ici, il pouvait voir ces ondes lumineuses se refléter sur les gros flocons de neige blancs qui n'avaient cessé de tomber depuis le matin-même et cette vision le rendait euphorique comme il ne l'avait pas été depuis un long moment...
Du moins, dans ses nombreuses pensées, il essayait inconsciemment de se convaincre que cette sensation n'était dû qu'à la magie de Noël et à l'ambiance qu'elle amenait avec elle...
« Je déteste la neige, yoi. »
Ace sursauta et se tourna brutalement vers la source de sa frayeur avant de sentir ses joues s'échauffer brusquement à la vue de Marco qui était sorti d'il ne savait où.
Il était visiblement parti se changer et avait enfilé à la place de sa traditionnelle veste aux couleurs sombres une chemise de coton blanc dont il n'avait pas fermé les boutons, lassant apercevoir à la guise de quiconque le torse tatoué et la musculature merveilleusement bien dessinée et marquée du blond qui ne semblait absolument pas s'en formaliser, regardant la neige qui tombait toujours au dehors.
Déglutissant difficilement, Ace ne put s'empêcher de laisser son regard vagabonder sur ces abdominaux finement taillés et mis en valeur par les contours bleutés du tatouage trônant fièrement au milieu de la poitrine du trentenaire. Il pouvait sentir ses joues s'échauffer et une douce chaleur envahir son ventre tandis qu'il contemplait la vue qui s'offrait à lui, plus attrayante encore que celle de la ville, et bien plus agréable à voir...
Constatant qu'un silence étrange s'était installé dans la pièce, Marco tourna la tête discrètement et observa Ace le regarder sans grande discrétion et laissa un fin sourire suffisant prendre place sur son visage.
«Garp et tes frères arrivent bientôt ? L'interrogea-t-il finalement, regardant avec amusement Ace sursauter comme s'il venait de se rendre compte de ce qu'il faisait.
-Ils devraient être là dans cinq minutes... » marmonna le brun, détournant les yeux.
Ace n'avait pas manqué le sourire en coin du blond et se retint de s'insulter à voix haute pour son comportement d'adolescent face à son premier béguin... D'accord, Marco était peut-être la première personne à lui faire autant d'effet – il avait bien été obligé de l'admettre – mais il avait tout de même une certaine fierté qu'il avait l'impression de piétiner lorsqu'il se retrouvait face au trentenaire.
« Robin n'est pas encore prête ?
-Le simple fait de poser cette question prouve que tu ne l'as connais pas assez... »
Ace soupira et se dirigea vers les escaliers sous le regard curieux de Marco, sachant parfaitement que la démarche était inutile. Après tout, le même scénario se répétait tous les ans.
« Robin, t'es prête ? Cria le brun du bas des escaliers pour que son amie l'entende.
-Dans cinq minutes ! entendit-il de là-haut.
-Elle n'a pas dit la même chose il y a une demi-heure ? Demanda Marco en haussant un sourcil.
-Il y a trois quart d'heure aussi, fit remarquer Ace.
-Qu'est-ce qu'elle fait ?
-Elle se prépare.
-Mais...
-C'est Robin. Et c'est une fille. » termina le brun comme si cette réponse expliquait tout.
L'incompréhension fut lisible dans les yeux de Marco puis celui-ci haussa finalement les épaules, ne cherchant pas à comprendre.
Il fut cependant intrigué par le comportement étrange d'Ace qui avait détourné les yeux et regardait obstinément les escaliers, comme s'il les trouvait soudainement très intéressant et faisait tout son possible pour ne pas porter son attention dans une autre direction de la pièce. Il eut finalement une illumination lorsque le regard du brun glissa subrepticement vers lui, plus particulièrement sur son torse découvert et le blond eut énormément de mal à réprimer un nouveau sourire sur son visage.
« A moins que tu ne te sois embrouillé avec tes boutons, tu devrais fermer ta chemise, je ne suis pas sûr que ce soit le trip du vieux, les tatouages... dit alors Ace, les joues colorées.
-Il y survivra, yoi. » se contenta de répondre Marco, amusé par la réaction du brun qui continuait de fixer un point à l'opposé.
Au même moment, la sonnerie de l'appartement résonna dans la grande pièce et un immense sourire fit de suite place à la gêne sur le visage d'Ace qui s'illumina avant de se tourner vers l'entrée.
« Ils sont là ! »
D'une démarche rapide et enjouée, le brun se dirigea à la hâte vers la grande entrée de l'appartement, suivi de loin par Marco qui perdit son sourire suffisant lorsqu'il sentit l'aura du dieu de la Force s'élever non loin de lui. Il déglutit et s'avança à la suite d'Ace, se préparant mentalement à l'affrontement, qui, il en était sûr, aurait lieu, que le brun soit présent ou non.
Sans prendre la peine de passer par l'interphone, Ace se précipita dans le vestibule et ouvrit grandement la porte, se retrouvant face à sa famille et à une bombe aux cheveux noirs qui lui sauta dessus, l'entourant de ses deux bras fins et pourtant à l'étreinte puissante.
« Aaaaaaace ! S'exclama Luffy.
-Tu m'étouffes, Lu' ! Répondit Ace en essayant faiblement de décrocher la sangsue qui venait de se coller à lui.
-Salut, frangin ! Se contenta de dire Sabo avec un sourire en entrant. Bonjour, Marco-san ! »
Marco se contenta d'un signe de tête puis pâlit lorsque le blond s'écarta pour faire place à son grand-père d'adoption et dieu de la Force, Monkey D. Garp. Celui-ci avait revêtu l'une de ses habituelles tenues aux couleurs blanches et affichait un immense sourire où l'on pouvait discerner sans mal toutes ses dents, bien que celui-ci n'apparaissait absolument pas sympathique aux yeux du blond qui eut cette fois-ci du mal à déglutir, s'empêchant de faire un pas en arrière devant l'expression effrayante du plus vieux.
« Marco ! s'exclama Garp en voyant le phénix, son sourire horriblement hypocrite toujours sur le visage. Comment vas-tu depuis la dernière fois que je t'ai laissé chez mon petit-fils ? »
Derrière cette agréable phrase de courtoisie, les yeux de la divinité semblaient promettre mille souffrances au blond et lorsque ce dernier le vit s'approcher, Marco constata avec horreur que celui-ci avançait vers lui en tendant les bras dans sa direction dans un geste qui ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout. Il n'allait quand même pas...
Si. Garp fit un dernier pas vers lui et l'encercla entre ses bras dans une étreinte qui aurait pu paraître paternelle, si un horrible craquement n'était pas parvenu jusqu'aux oreilles de Marco ; le Messager des dieux sentit ses scapulas craquer sous l'étau du dieu de la Force qui, il en était sûr, essayait de lui broyer les os.
« Je suis ravi de te compter parmi nous pour ce repas de famille! » dit-il d'une voix forte.
Marco tourna légèrement la tête et le regard ainsi que le sourire carnassier qu'affichaient Garp ne lui inspirèrent absolument pas la sympathie. Il n'avait pas l'air du tout content de le compter parmi eux pour Noël.
« Je vais te faire la peau, Marco, lui confirma le plus vieux en chuchotant.
-Moi aussi, je suis ravi de vous voir, yoi... » marmonna Marco.
Ace qui avait réussi à se séparer de son petit-frère, fixait son grand-père et Marco, en proie à une étreinte assez particulière et il ne put s'empêcher de lever un sourcil.
« Vous voulez qu'on vous laisse seul pour ces retrouvailles ou on reste tous dans l'entrée ? Dit-il d'un ton sceptique.
-Petit-fils ingrat ! s'exclama Garp à l'adresse d'Ace en se détachant de Marco, non sans lui promettre mille maux d'un regard que le brun ne put voir. C'est comme ça que tu salues ton grand-père après tout ce temps !
-Ca ne fait pas assez longtemps, le vieux... »
Les trois frères rirent avant d'afficher une vive grimace après avoir gouté chacun leur tour au poing de l'amour de Garp qui regarda ses petit-fils se tenir la tête sous la force du coup.
« Aaah, Noël en famille ! Et avec ce cher Marco, en plus ! » Dit Garp en passant son bras autour de l'épaule du phénix.
Ce dernier, en sentant son articulation craquer, posa sa main sur celle du dieu de la Force avec un faux sourire et enfonça violemment mais discrètement l'une de ses serres dans la paume de Garp qui manqua de lui arracher le bras en retirant vivement sa main. Le plus âgé le fusilla du regard, son sourire carnassier toujours affiché, que Marco n'hésita pas à lui rendre de manière plus subtile.
Coupant court à ce duel de regard, des bruits de pas les firent se retourner vers l'entrée menant au salon où Robin apparut, un immense sourire aux lèvres.
« Je crois que je suis encore en retard... Bonsoir, Garp-san, salua-t-elle le gris. Sabo-kun, Luffy-kun !
-Et voici la plus belle ! S'exclama fortement Garp en allant la prendre dans ses bras. J'espère que mon ingrat de petit-fils et ce fichu... et Marco ont pris soin de toi ces derniers jours » se reprit le plus vieux en se raclant la gorge.
Robin haussa les sourcils avant de rire.
« Ils ont été adorables avec moi, Garp-san, ne vous inquiétez pas ! »
Garp lança une expression plus qu'explicite à Ace et Marco qui leur annonçait des années de souffrances si jamais ce n'était pas le cas et le brun ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
« Rappelle-moi, le vieux, qui est-ce que tu as adopté il y a douze ans, déjà ? Lança le garçon d'un ton ironique.
-Toi, et je me demande parfois si je n'ai pas fait une erreur ce jour-là, répliqua Garp.
-Dans mes souvenirs, je ne me suis pas non plus battu pour que tu m'adoptes, remarqua Ace avec un sourire à la mention de ses hurlements qu'il avait poussé à l'époque, lorsqu'il avait appris que quelqu'un souhaitait le retirer de l'orphelinat. Bon, sauf si vous voulez manger dans l'entrée, on peut peut-être rentrer ? Enfin, on peut très bien rester ici, c'est pas comme si il n'y avait pas assez de place.
-Manger ! Cria Luffy en courant dans la pièce à côté. »
Tout le monde soupira, à l'exception de Marco, et observa Luffy disparaître dans l'appartement. Les mauvaises habitudes avaient la vie dure...
« Vous vous êtes fait plaisir sur les cadeaux, cette année, ou c'est une idée? Remarqua Ace en avisant tous les sacs que tenait Sabo dans ses mains alors que tous rentraient dans le grand salon.
-Je dirais que le vieux a fait son papi gâteux, comme chaque année mais peut-être encore un peu plus que d'habitude cette fois-ci, répondit Sabo avec un rire. Et comme chaque année, je dirais que trois-quart des cadeaux sont...
-...pour sa petite-fille préférée. » termina Ace en riant à son tour alors qu'il regardait Robin entourée d'un bras par Garp qui lui racontait déjà à quel point ses petit-fils l'oubliaient et qu'il aurait adoré avoir une enfant comme elle.
Quelques instants plus tard, après avoir déposé les cadeaux sur les canapés – suite aux derniers évènements, Ace n'avait pas vraiment eu la foi de demander à Marco s'il pouvait monter un sapin de noël dans l'appartement – tout le monde fut installé à table. Garp avait insisté, au grand damne de Marco, pour que ce dernier soit assis en face de lui, Ace et Luffy se trouvait juste à la droite du blond tandis que Sabo et Robin se trouvaient face à eux.
Au centre de la table trônait la plupart des plats préparés par les soins d'Ace l'après-midi même, sous les yeux emplis d'étoiles de Luffy qui salivait déjà à la vue de tout ce qu'il allait pouvoir engloutir. Etrangement, Sabo et Garp semblaient plus réservés, ce qui ne leur ressemblait habituellement pas lorsque de la nourriture était en jeu...
« Un problème ? Demanda Ace en haussant un sourcil devant les sourires gênés de deux des membres de sa famille.
-Haerm... Ca à l'air bon tout ça... commença Garp en toussotant, une fine goutte de sueur glissant le long de sa tempe.
-Oui, très bon... » marmonna Sabo en jetant un coup d'oeil à tout ce qu'il y avait sur la table.
Ace observait avec insistance son grand-père et son frère qui ne savaient visiblement pas où se mettre et qui semblaient vouloir dire quelque chose qu'ils n'osaient pas. Soudain, il eut une illumination en jetant à son tour un regard à la nourriture et se retint d'éclater de rire lorsqu'il comprit le problème.
« C'est moi qui ai fait la cuisine, cette année. » lança-t-il finalement, retenant un fou rire de le gagner.
Aussitôt, un immense soupir de soulagement se fit entendre autour de la table tandis que Robin affichait un air désespéré en comprenant où était le problème.
« C'était si terrible que ça, les années précédentes ? Demanda-t-elle, une petite moue sur le visage.
-Honnêtement... commença Sabo.
-Terrible n'est pas vraiment le mot qui convient...
-D'ailleurs, je ne trouve pas vraiment de mot adapté à la... situation.
-Ne les écoutes pas, Robin-chan ! S'exclama Garp en fusillant du regard Sabo et Ace.
-Alors je pourrais réessayer de faire quelque chose pour le jour de l'an ? Demanda Robin d'un ton empli d'espoir.
-Non ! » Crièrent les personnes attablées en cœur.
La jeune femme aux cheveux noirs éclata de rire sous les mines déconfites de la famille, gênée. Il n'en fallut cependant pas plus pour que Luffy se jeta sur la nourriture, tentant de mettre le plus de choses possibles dans son assiette, esquivant même un coup de poing de son grand-père qui lui expliquait que lorsqu'on était bien élevé, on servait les autres en premier avant de s'empiffrer.
C'est ainsi que commença le traditionnel repas du réveillon de noël dans l'appartement de Marco, où les conversations et les rires allèrent bon train, sous le regard du Messager des dieux qui tentait de se faire le plus discret possible, ne souhaitant pas déranger ce moment familial où il n'aurait pas dû avoir sa place malgré les circonstances.
Ce fut bien évidemment sans compter sur le dieu de la Force qui ne manqua pas de lui adresser l'un de ses sourires carnassiers et Marco sentit bien que celui-ci n'avait pas l'intention de le laisser s'en tirer si facilement...
-Alors Marco, s'exclama fortement Garp, une expression féroce sur le visage, parle-moi un peu du travail !
Manquant de s'étouffer, le phénix lança un regard assassin au dieu de la Force qui le lui rendit bien, se moquant éperdument du fait qu'Ace soit présent ou non. Parler du « travail » en présence du fils des divinités primordiales...
Finalement, Marco laissa un fin sourire se dessiner sur son visage alors que les yeux de Garp se faisaient méfiants. Soit, si le plus vieux souhaitait jouer sur ce terrain, le blond n'allait pas rester indifférent.
« Ma foi, ça se passe plutôt bien, yoi... Surtout au vue de ma position, j'ai la chance de pouvoir travailler chaque jour aux côtés de charmantes personnes, ce qui est plutôt appréciable au vu du rythme à tenir. » répondit Marco, observant avec un air satisfait le poing de Garp se serrer sur la table.
Celui-ci fusilla Marco du regard avant d'afficher à son tour une expression qui ne présageait rien de bon.
« Je vois, j'ai effectivement entendu parler que de nouvelles équipes avaient été formées, tu as bien de la chance de travailler en bonne compagnie... Tu fais référence à Kalifa, bien entendu ? Il est vrai que cette femme est de toute beauté... »
Coup bas. Très petit. L'expression de Marco se figea alors qu'il maudissait intérieurement le dieu de la Force et l'insultait de tous les noms qui pouvait lui passer actuellement par la tête. A côté de Garp, Sabo donna un discret coup de coude à son grand-père et lui reprocha du coin de l'oeil son attitude alors que les deux dieux n'étaient pas seuls.
« Garp-san, les interrompit alors Robin, je suis pas sûre de comprendre... Vous côtoyez le travail de Marco-san ? »
Ace observa également les deux plus âgés autour de la table alors qu'il affichait un air contrarié sur son visage qu'il ne parvenait pas à cacher. Marco lui avait dit qu'il connaissait son grand-père grâce à ses défunts parents et non pas grâce à son travail. De plus, Garp était à la retraite depuis qu'il le connaissait alors il ne comprenait pas non plus la façon dont celui-ci pouvait être concerné par le boulot du blond. Et puis... qui était cette Kalifa ?
De son côté, Marco se retint de justesse de se claquer la tête dans la paume de sa main tandis que Garp lui lançait un regard noir.
« Le patron de Marco est un vieil ami que je vois encore assez régulièrement et qui me parle souvent de son travail... Même s'il est peut-être temps pour lui de prendre sa retraite... Outch ! »
A la mention de Barbe Blanche, Marco avait dans une attitude très mature et dotée de bon sens enfoncé sous la table ses serres dans l'une des jambes du dieu de la Force sous un cri étouffé de celui-ci qui dû se retenir de toutes ses forces pour ne pas passer par dessus la surface et attraper le phénix entre ses poings, se contentant de lui promettre un avenir funeste des yeux.
« Mais dis-moi Marco... reprit Garp qui avait bien l'intention de gagner cette échange. Ce n'est pas trop dur de travailler autant ? J'ai cru comprendre que tu avais dû mettre ton loisir favori de côté ces derniers-temps... »
Une personne allait mourir ce soir, telles étaient les pensées actuelles de Marco alors que des images plus ou moins catholiques se succédaient sous ses yeux où apparaissaient à intervalles réguliers des flashs de Boa Hancock, de Jewelry Bonney suivi d'Ace assis juste à sa droite, tous dans des tenues plus ou moins couvrantes, tandis que la frustration accumulée ces derniers-temps refaisait surface.
« Vraiment ? Demanda Ace, surpris. T'as des loisirs en dehors de ton boulot ? »
Ne pas le regarder.
« Pas vraiment, yoi. Quelqu'un reprendra de la dinde ? » Demanda Marco d'une voix un peu trop rapide à son goût.
Garp eut un sourire moqueur à la mention du mot « dinde » et Marco crispa son poing autour de son verre, manquant certainement de peu de le briser entre ses doigts.
Un silence s'abattit soudainement dans la grande pièce. Le phénix haussa un sourcil et se tourna vers les trois frères qui étaient pourtant habituellement plutôt bruyant et les vit à sa grande surprise, très concentré, le regard braqué vers un unique et même point.
Le plat au centre de la table, où ne subsistait plus qu'un seul et malheureux morceau de viande.
Alors que Marco était dans l'incompréhension total, il vit Robin regarder avec horreur le seul plat encore restant sur la surface, les autres ayant disparu sous l'appétit visiblement vorace de la famille aux quatre garçons.
Les trois frères se fixaient tour à tour avant de reporter à nouveau leur regard sur la table. Luffy semblait plus sérieux que jamais, une partie de son visage cachée par son chapeau de paille, Sabo avait l'air d'être un autre homme et Marco vit avec effarement Ace attraper discrètement sa fourchette dans l'une de ses mains.
« Les garçons, commença Robin, en reculant doucement sa chaise. Il reste quelques trucs dans le frigo, si vous voulez...
-Qu'est ce qu'il leur arrive, yoi ?
-Observe ce qu'il va arriver à ce morceau de poulet, Marco, répondit Garp, reculant légèrement à son tour. C'est ce que j'ai l'intention de te faire subir...
-AAAAAAAH ! »
Robin se leva de justesse pour éviter une jambe de Sabo qui passa à quelques centimètres d'elle alors qu'il se jetait littéralement sur la table. Ne voyant que sa cible encore intact au milieu des plats vides, il ne sentit pas Luffy venir et de ses deux mains l'envoyer valser sur son grand-père qui le renvoya d'un coup de poing en face, le jetant sur Ace qui l'esquiva habilement en se projetant sur le côté, bousculant au passage Marco qui écarquilla les yeux, perdant tout flegme devant la scène irréaliste qui se déroulait sous ses yeux.
Ace se redressa à une vitesse vertigineuse et se précipita à son tour, fourchette en main, sur le plat qui n'était plus qu'à quelques centimètres de Luffy... Il avait encore une chance, même infime... A l'instant où son frère toucherait sa cible, tout espoir serait vain mais il ne pouvait pas encore abandonné, pas si près du but...
« J'y pense Marco... fit alors Garp, pensif. Ca ne te pose aucun problème de conscience ?
-Quoi encore, yoi ?
-Je veux dire, manger de la dinde le jour de Noël... Ca s'apparente globalement à du cannibalisme, non ? »
Le verre qui éclata entre la main du blond passa inaperçu auprès des trois garçons qui étaient sur le point de s'entretuer mais pas aux yeux de Robin qui regarda en écarquillant subrepticement les yeux les centaines de morceaux de verre tomber sur la table et sur le sol dans un bruit sourd, tandis que Marco hésitait un instant sur l'attitude à tenir...
Arracher dans la discrétion la plus totale une jambe au dieu face à lui où tenter de l'égorger en enfonçant lentement ses serres aiguisées dans sa gorge offerte. Terrible dilemme.
Un coup de poing sur le crâne des trois frères finit par ramener le calme dans la grande pièce alors que Garp s'appropriait ce qu'il restait du repas en essayant, à l'aide de grands cris, d'enfoncer dans la tête de ses petit-fils la signification des mots « bienséance » et « politesse ».
Ace se frottait vivement la tête alors qu'il échangeait un sourire complice avec ses deux frères lorsqu'il se rendit compte de l'existence des morceaux de verre éparpillés sur la table près de Marco, les restes dudit verre dans la main de celui-ci.
«J'ai loupé un truc, là ?
-Je vais chercher la trousse de soin ! S'exclama Robin en se levant précipitamment.
-C'est inutile, yoi. »
Marco ouvrit ses doigts qui enserreraient encore ce qu'il restait du verre et montra, sous les yeux effarés de Robin et Ace, sa paume de main tout à fait intact et sans la moindre égratignure.
« Je vais chercher un balais, yoi, dit Marco en se levant, ignorant les regards portés sur lui.
-Je t'accompagne, Marco, fit alors Garp en se levant à son tour. Il vaut mieux que quelqu'un regarde ta main, il serait regrettable qu'un morceau de verre s'y soit glissé... »
Les regards que s'échangèrent les deux divinités sous-entendaient toute l'animosité qu'ils ressentaient l'un pour l'autre et ils avaient parfaitement conscience qu'ils n'allaient pas se retrouver seuls pour s'échanger des formules de courtoisie.
Ace observa, toujours sidéré, Marco et Garp monter à l'étage et il se retourna vers ses frères qui ne semblaient pas plus surpris que ça.
« Oï, je suis la seule personne avec un peu de bon sens ici ou quoi ? »
Luffy et Sabo le fixèrent comme s'il venait de dire une énorme bêtise alors que Robin le regardait avec un air qui signifiait clairement « Ce ne sont pas les termes que j'emploierais. »
« Ca va, j'ai compris, marmonna Ace qui entreprit de débarrasser la table. On ouvrira les cadeaux en mangeant le dessert, quand les deux vieux redescendront. Et non, Robin ! Tu vas encore attendre alors me regarde pas comme ça ! »
A l'étage.
Marco eut à peine le temps de refermer la porte en bois dans son battant qu'une poigne à la force surhumaine le retourna et le plaqua avec violence dos au mur, lui coupant d'un coup d'un seul la respiration alors qu'il étouffait un gémissement douloureux.
« Ecoutes-moi bien, maudit Messager... »
Ne lui laissant pas le temps d'en dire plus, le blond matérialisa l'une de ses ailes enflammées qu'il abattit avec force dans l'espace qui le séparait encore du dieu de la Force et repoussa celui-ci à l'aide d'une grande bourrasque de vent, envoyant valser la plupart des bibelots de la pièce qui allèrent s'écraser au sol et sur les murs dans un vacarme sourd.
« Vous feriez mieux de vous calmer si vous ne voulez pas attirer Ace ici.
-Toi... Comment as-tu osé...
-Je n'ai absolument rien fait, yoi.
-De toutes les personnes à ta disposition, il fallait que tu...
-Est-ce que vous entendez seulement ce que je dis ?
-Je n'ai pas envie de t'entendre déblatérer tes exploits !
-Dans ce cas, peut-être devrions-nous parler de vos exploits à vous ! » Répliqua Marco d'une voix plus forte qu'il ne l'aurait voulu, échauffé.
Le dieu de la Force ne sembla pas comprendre où voulait en venir le phénix car la puissance qu'émanait de son aura diminua en intensité et Marco eut la sensation de pouvoir enfin respirer plus facilement, sous l'expression d'incompréhension de Garp mais dont le visage restait toujours aussi lourd de reproche.
« Qu'insinues-tu par là, Marco ? Je te conseille de bien choisir tes prochains mots car ils pourraient être tes derniers.
-Vous n'avez pas la puissance nécessaire pour vous débarrasser d'un dieu de l'Olympe aussi facilement, yoi. Et je pense que vous savez parfaitement de quoi je veux parler. »
Les yeux de la divinité paraissaient perdu face au propos de Marco ce qui lui fit perdre un instant son aspect si impressionnant et puissant. Le Messager des dieux serra les poings devant le manque de réaction du dieu de la Force et asséna les mots qui permirent à l'autre de comprendre enfin :
« Vous avez vécu tout ce temps à ses côtés, vous l'avez laissée rentrer dans sa vie et vous n'avez jamais rien remarqué ! »
Les mots implicites s'insinuèrent doucement dans l'esprit du grand-père dont l'expression se figea lorsqu'il saisit enfin où voulait en venir le phénix. Lentement, il laissa tomber ses bras le long de son corps dans un bruissement de tissu et Marco put voir dans ses yeux un éclat de culpabilité traverser son regard alors qu'il serrait à son tour fortement les poings.
« Je refuse de croire à une telle chose... dit alors Garp d'une voix si basse qu'elle sembla n'être qu'un murmure.
-Les faits sont là, yoi. L'aura ne trompe pas, aussi infime soit-elle.
-Ca ne fait pas pour autant d'elle un ennemi !
-Elle est pourtant désormais considéré ainsi par Barbe Blanche et Shanks. »
Un lourd silence prit place dans la petite pièce où l'atmosphère était difficilement supportable. Le visage de Garp reflétait pour la première fois de la stupeur, en plus de l'incompréhension et de la culpabilité facilement lisibles.
« Qu'est-ce que...
-La décision a été prise ce matin-même. Nico Robin est dès à présent considérée comme la principale menace qui pèse sur le fils des Divinités Primordiales. »
« Mais bouges de là !
-Shishishishi, même pas en rêve !
-Luffy, bouges où je dis au vieux c'que t'as fait à la bûche de noël, que – soit dit en passant – je me suis fais chier à faire cet après-midi pour tout le monde!
-Héééé ?! Mais c'est Sabo qui m'a dit qu'on n'était pas obligé d'attendre papi et Marco pour le dessert !
-C'est ton ventre qui te fait entendre c'que tu veux comprendre! J'ai dit qu'on pouvait la sortir pour couper des parts ! A quel moment t'as entendu « Luffy, prends la bûche et fais en sorte qu'elle ne soit plus qu'un souvenir » ?! »
Ace et Sabo étaient en train de secouer Luffy à bout de bras pour essayer de comprendre comment il avait pu engloutir le seul dessert du repas en seulement quelques secondes lorsque le brun aux cheveux ondulés aperçut enfin son grand-père et Marco descendre les escaliers.
« C'est pas trop tôt ! S'exclama Ace avant de froncer les sourcils. A vos têtes, on dirait que Marco va devoir se faire amputer de la main. Souriez pas trop, on pourrait presque croire que vous êtes contents de fêter le réveillon...
-Gamin insolent ! Qu'a encore fait Luffy pour s'attirer les foudres de ses frères ? Demanda Garp en arrivant à leur hauteur.
-Notre cher frère, commença Sabo en prenant bien soin de détacher chaque syllabe sous le regard de Luffy qui eut du mal à déglutir devant son grand-père, a dans un acte très généreux, pris la décision de terminer le repas pour tout le monde.
-En d'autres termes, y a plus rien à bouffer, termina Ace.
-Comment ?! Luffy ! Qu'est-ce-que je t'ai appris jusqu'ici ?! »
Les deux frères lâchèrent aussitôt le plus jeune pour le laisser au bon soin de Garp qui l'attrapa par les épaules avant de lui servir son fameux poing de l'amour à plusieurs reprises sous les cris de protestations de Luffy.
Ace sourit devant ce spectacle auquel il avait l'habitude d'assister avant de laisser son expression se faner devant le regard pensif qu'affichait Marco depuis qu'il avait rejoint le salon.
« Ca ne va pas ? Demanda-t-il, sortant le blond de ses pensées.
-Pardon, j'étais ailleurs... Tout va bien, ma main n'a rien, yoi.
-Je suis désolé, j'aurais dû vérifier que les verres n'étaient pas fissurés en mettant la table tout à l'heure, ça aurait pu être plus grave...
-Ca n'aurait rien changé, yoi. » répondit Marco avec un semblant de sourire sur les lèvres.
Ace sentit ses joues s'échauffer face à l'expression du blond et détourna prestement les yeux. Il était trop peu habitué à voir autre chose qu'un sourire suffisant ou ironique parcourir le visage de Marco et il sentit à nouveau cette chaleur s'insinuer perfidement au creux de son ventre...
« Bon, s'exclama fortement Garp en tenant Luffy par une oreille, il semblerait que le repas se soit terminé plus vite que prévu...
-Les cadeaux ? Demanda Robin avec une lueur d'espoir dans les yeux.
-Pas l'choix... marmonna le grand-père.
-Ouais ! » S'exclamèrent les trois frères et la jeune femme en se précipitant sur les canapés où les attendaient patiemment plusieurs paquets emballés plus ou moins bien.
Marco observa les jeunes regarder et trier un par un les différents cadeaux afin d'essayer de déterminer lesquels leur appartenaient et se sentit soudainement devenir las. Tout comme Garp, il n'arrivait pas à accepter que l'une des personnes présentes dans cette pièce puisse vouloir du mal à Ace et il arrivait encore moins à imaginer le sentiment qu'éprouverait le garçon le jour où il l'apprendrait...
Le sourire qu'affichait le brun était d'une valeur inestimable à côté de tout ce qu'il vivait et allait vivre dans peu de temps, Marco ne l'avait vu que trop méfiant et sur la défensive avec les humains au cours de son séjour sur Terre...
« Marco-san, vous venez sur la photo ? » Demanda Robin en faisant un signe au blond pour qu'il revienne parmi eux, un appareil dans la main.
Marco cligna plusieurs fois des yeux avant d'aviser la famille installée sur l'un des grands canapés blancs. Garp tenait Luffy par la taille, l'empêchant de sauter sur les cadeaux et de les déballer tous d'un coup de main habile tandis que Sabo et Ace faisaient la moue, visiblement pas très heureux d'être pris en photo.
« Euh...
-Mais oui, Marco ! Viens donc à côté de moi ! Dit Garp avec une expression qui alluma un voyant « danger » dans l'esprit du blond.
-Au point où on en est, tu peux bien venir sur la photo d'famille. », grogna Ace qui avait horreur des appareils photos et de devoir sourire comme un imbécile devant l'objectif.
Sceptique, Marco s'approcha de la petite famille et s'installa à son plus grand regret à la dernière place restante, entre Ace et Garp.
Robin posa ensuite son appareil photo sur un trépied improvisé et appuya sur le bouton avant de se hâter et d'aller s'installer sur le canapé.
« Attention... Trois, deux, un...
-Dîtes, « Cheese ! », s'exclama Garp. »
« Cheese ! »
Si cette photo avait pu être développée, on aurait pu y voir Robin affichant un immense sourire, placée entre Sabo à sa droite, dont le visage ressemblait bien plus à une grimace qu'à une véritable pose, et Ace à sa gauche qui observait, les joues colorées, avec des yeux distraits le torse toujours découvert de Marco qui, quant à lui, avait une serre enfoncée dans la joue de Garp qui tentait de lui arracher un bras d'une main, l'autre étant occupé à retenir Luffy qui avait bondi en avant, tenant à peine sur le cadre, la tête déjà dans les cadeaux.
Si cette photo avait pu être développée, on aurait pu y voir le bonheur d'une famille réunie qui s'était bien trouvée et la joie ressentie au travers du quotidien malgré les aléas de la vie qui les avaient frappé à de nombreuses reprises...
Cependant, les évènements qui se projetaient autour des personnes présentes sur la photographie n'allait pas permettre à sa propriétaire de pouvoir un jour la contempler.
Sur l'Olympe, quelques instants plus tôt.
Pas un bruit. Pas une présence.
Les enfants et frères de Barbe Blanche avaient tous rejoint la Terre sous les ordres de Zeus.
Hormis le grand maître des lieux, ne subsistait qu'une seule divinité de l'Olympe. A travers les grands monts cotonneux que constituaient les nuages du ciel, sa silhouette se dessinait et progressait à une allure lente et régulière. Ses pas étaient légers et assurés tandis qu'elle était suivie de près par deux servantes qui gardaient la tête basse, suivant sans un bruit leur maîtresse.
Après un temps indéterminé, les trois personnes s'arrêtèrent au bord du passage qui reliait la Terre au Ciel. La grande divinité porta un instant sa main à son collier de Vie et fixa d'un regard neutre le passage qui s'ouvrait à ses pied.
« Maîtresse, que devons-nous signifier à Barbe Blanche s'il requiert votre présence ? »
La déesse fit un pas de plus et l'un de ses pieds nus effleura le grand vortex qui sembla se fluidifier sous son toucher.
« Dites-lui... que sa chère et tendre est partie régler un problème pour le soulager de tous ces maux qui l'accablent, répondit-elle d'une voix douce. Je reviendrais dans peu de temps. »
Et elle se laissa glisser doucement dans le gouffre bleu qui l'aspira sans un bruit, laissant à nouveau l'Olympe dans le plus grand silence.
Appartement de Marco, quelques heures plus tard.
D'un geste las et fatigué, Ace termina de ranger les derniers couverts du repas dans le lave-vaisselle de la cuisine. Ses frères et son grand-père s'étaient retirés quelques instants plus tôt, après qu'il ait profité durant plusieurs heures de leur présence. Ils étaient finalement repartis lorsque Robin s'était assoupie sur le canapé, ensevelie sous les cadeaux de Garp et serrant fortement dans sa main le précieux présent qu'Ace lui avait offert... Ses places qui lui offriraient un aller-retour vers la destination de ses rêves : la Grèce et son paysage aux couleurs historiques.
Ace avait par la suite porté Robin jusqu'à sa chambre et l'avait déposé sur son lit avant de s'occuper de ranger les vestiges de la soirée.
Lorsqu'il eut enfin terminé de tout nettoyer, Ace se redressa et laissa un bâillement peu discret s'échapper de ses lèvres. Il commençait sérieusement à être fatigué et le mal de tête qui lui vrillait les tympans depuis un moment ne faisait rien pour arranger les choses.
Fermant le lave-vaisselle, il avisa alors Marco, installé sur le canapé, qui regardait avec une grande attention la mappemonde étendue sur la table basse du salon. Le visage fasciné du blond apporta un vent de satisfaction chez Ace qui se sentit fier comme un coq de ne pas avoir fait d'erreur.
« J'savais pas trop si ça allait te plaire... dit-il en s'approchant de Marco. C'est juste que t'avais l'air captivé par celle qui était affichée dans la boutique la fois où tu m'as accompagné choisir le cadeau de Robin.
-C'est... surprenant, yoi. Je ne m'attendais pas vraiment à recevoir quelque chose aujourd'hui alors je n'ai pas pris la peine de...
-C'est pas grave, le coupa Ace, agacé. Et pitié, ne fais pas attention à ce que Robin a dit...
-Je n'y vois pourtant pas d'inconvénient, si elle veut une voiture de sport, je peux très bien...
-Bordel, garde ton argent pour le jour où tu devras sortir de prison quand tu te seras fait coffrer à cause de tes magouilles. » marmonna Ace en se claquant la tête dans la main.
Marco détacha finalement les yeux de la grande carte qu'il avait reçu ce soir et porta son regard sur Ace. Celui-ci avait enlevé sa chemise lorsque sa famille était partie, ne gardant que son pantalon qui tombait parfaitement sur ses hanches, dévoilant légèrement une partie de son bassin.
Marco força son visage à fixer un point plus haut et constata que des cernes commençaient à poindre le bout de leur nez sous les yeux fatigués du brun.
« Tu devrais aller te coucher, yoi. Je crois que tu en as suffisamment fait pour aujourd'hui.
-Ca va, j'suis pas encore complètement crevé, râla Ace pour la forme en manquant de peu d'étouffer un bâillement. J'ai juste un mal de crâne impossible depuis plus d'une heure, Luffy a dû me péter un tympan lorsqu'il a ouvert ses cadeaux... »
Ace repensa aux cris de son frère lorsqu'il avait découvert le dernier tome de son manga préféré « One Piece » emballé sous le papier cadeau, présent du brun à l'adresse de son petit frère.
« Et toi alors, tu dors jamais ?
-Insomniaque, yoi. »
Marco faisait tout son possible pour garder son visage impassible et cacher au mieux le mauvais pressentiment qui l'habitait depuis quelques instants déjà, l'obligeant à rester sur ses gardes, ses sens aux aguets et l'esprit vif. Comme toutes les fois où il éprouvait cette sensation, il était incapable d'affirmer avec certitude s'il y avait véritablement un danger qui le guettait mais la dernière fois qu'il avait ressenti un tel sentiment, un demi-dieu avait perdu la vie dans un combat perdu d'avance qu'il aurait pu éviter... Il n'avait pas le droit de l'ignorer cette fois-ci.
« Au fait, Marco... J'voulais t'dire... Merci pour ce soir. On n'aurait jamais pu fêter Noël si t'avais pas accepté qu'on le passe ici, Robin a pu oublier ce qu'il nous est arrivé et j'ai passé une super soirée avec mes frangins alors...
-Tu te fais beaucoup de soucis pour Robin, n'est-ce-pas ? »
Ace eut l'air un instant surpris par la question avant de soupirer.
« Ouais... Elle paraît toujours forte et inébranlable mais c'est comme ça, je ne peux pas vraiment m'empêcher de toujours m'inquiéter pour elle... Elle me répète qu'elle a de la chance de m'avoir mais moi, j'suis persuadé du contraire... C'est moi qui ait le plus de chance de l'avoir trouvée.
-Je vois, yoi... Elle n'est pas... »
Marco s'interrompit brutalement. La sensation avait été brève mais pas suffisamment pour passer au travers du Haki du Messager des dieux, constamment éveillé et aux aguets du moindre incident Une énergie qui ne devait pas être détectable venait de faire son apparition sur Terre. Ses sens en alerte, il se concentra et tenta de retrouver l'aura qu'il venait de sentir à l'instant... Ses yeux s'écarquillèrent alors lentement avec horreur, son cœur et sa respiration commencèrent à s'emballer tandis qu'un long frisson parcourut son corps. Cette émanation, il l'aurait reconnue entre mille...
« Ca ne va pas ? Demanda Ace, les sourcils froncés devant le soudain silence du blond.
-Euh... Si, si, très bien, yoi, répondit précipitamment Marco. Ace, tu devrais vraiment aller te coucher maintenant, t'as l'air complètement crevé !
-T'es sûr que ça va ? T'as vraiment l'air...
-Oui, tout va bien ! Je crois que je vais pas tarder à aller dormir aussi, je dois commencer à être fatigué.
-Ok... Bonne nuit, alors... » dit Ace en regardant étrangement le blond, une lueur inquiète dans les yeux.
Marco observa le brun monter à l'étage et sentit son corps être pris de longs tremblements alors qu'un sentiment d'insécurité l'envahissait. Il dût se retenir de justesse de rappeler le brun vers lui mais ne fit que serrer fortement les poing à s'en faire blanchir les jointures sous la pression qui envahissait doucement la pièce.
Lorsqu'Ace ne fut plus visible, un courant d'air froid remonta le long de son échine et soudainement, la lumière de la pièce s'éteignit, ne laissant pour seul éclairage que les lampadaires et décorations de la ville qui se reflétaient sur les carreaux.
Marco tourna lentement son visage vers la grande baie vitrée et vit le reflet d'un voile blanc se dessiner et danser sur le verre de la fenêtre. Il déglutit difficilement et une immense aura, emplie de fureur, commença alors à l'envelopper sans qu'il ne puisse y opposer la moindre résistance. Il savait que de toutes les manières, une telle attitude aurait été inutile et il ferma les yeux... Nul n'échappait à la colère de la plus coléreuse des divinités.
Allongé sur son lit, Ace ne parvenait pas à trouver le sommeil et fixait le plafond de sa chambre d'un regard vague son mal de tête n'avait fait qu'empirer depuis qu'il était monté se coucher et une sensation nauséeuse s'était emparée de lui depuis. Il avait bien tenté de prendre un quelconque médicament dans l'espoir de faire disparaître ses maux mais n'avait rien trouvé à l'étage s'apparentant à une trousse de pharmacie, l'obligeant à retourner se coucher sans la possibilité d'atténuer le mal qui émanait de sa boîte crânienne.
« C'est une blague, ça... Un appart' qui coûte une somme avec un nombre incalculable de zéro et même pas foutu d'avoir du paracétamol... Tsch. »
Agacé, Ace retourna machinalement son coussin dans l'espoir que la fraîcheur du tissu puisse le soulager et poussa un long soupir. Bien qu'il ne leur admettrait jamais, ses frères lui manquaient déjà...
Depuis qu'il avait emménagé à Tokyo avec Robin, au commencement de ses études supérieures, les jours où il revoyait Luffy et Sabo s'étaient considérablement espacés et c'était certainement le seul regret qu'Ace éprouvait aujourd'hui... Il ne pouvait s'empêcher de toujours se faire du soucis pour son plus jeune frère, maladroit comme il était, et il était d'une certaine manière rassuré de savoir Sabo auprès de lui pour assurer son rôle de grand frère.
Ace repensa à l'ouverture des cadeaux et au visage souriant de Sabo en découvrant les siens, un disque du dernier live des Red Hot Chili Peppers et un nouveau haut de forme en accord avec sa tenue favorite à la tête qu'avait tiré son grand-père lorsqu'il avait découvert que ses petit-fils s'étaient cotisés pour lui acheter un sac de frappe avec leurs propres photos collés dessus et à sa propre réaction lorsqu'il avait ouvert les cadeaux de Garp, soit un exemplaire des « Maths pour les nuls », du code civil et un historique des lois européennes...
Fort heureusement, ses frères avaient rattrapé le coup en lui offrant à leur tour l'accessoire de sport qu'il ne s'était jamais permis de se procurer, essayent de se convaincre qu'il n'en avait pas besoin pour limiter ses dépenses personnelles : un bracelet de cardio GPS pour ses nombreux joggings en ville et ses séances d'athlétisme grâce auquel il allait enfin pouvoir optimiser au mieux son entraînement sans l'aide de Yasopp-san, toujours aux abonnés absents.
La réaction de Robin arrivait cependant en tête de liste en terme de bonheur et de joie à l'ouverture de ses présents. Outre les nombreux cadeaux de Garp qui l'avaient déjà plus que ravie, l'expression qui s'était formé sur son visage lorsqu'elle avait ouvert la lettre d'Ace contenant ses billets d'avions pour la Grèce n'avait, aux yeux du brun, pas de prix et il n'avait absolument pas regretté son choix, même après que Robin se soit mise à pleurer sur son épaule et ait confondu sa chemise avec un mouchoir.
Ce Noël arrivait bien en tête de tous ceux qu'il avait passé jusqu'ici... Peut-être était-ce également dû à la présence d'une personne qui n'avait jamais été là auparavant... Ace n'oublierait jamais non plus les yeux de Marco qui s'étaient écarquillés sous la surprise lorsque le brun lui avait tendu un paquet cadeau assez fin, les joues rouges en marmonnant un vague « Pour toi. »... Oui, cette fête était certainement l'une des meilleures qu'il avait célébré.
Un bruit de verre brisé le tira brusquement de ses pensées et Ace se redressa d'un bond sur son lit, son cœur ayant loupé un battement sous la surprise. Soudainement parfaitement réveillé, le brun se leva et sortit en vitesse de sa chambre, inquiet. Il jeta un coup d'oeil à la porte de Robin mais n'entendit rien venant de celle-ci.
Une voix se fit alors entendre de l'étage inférieur et Ace courut en haut des escaliers, le cœur battant, avant de se stopper soudainement.
Les lumières de la pièce principale étaient éteintes, la plongeant dans une obscurité partielle, encore légèrement illuminée par les lumières de la ville qui se reflétaient et dansaient sur l'imposante baie vitrée.
Ace n'eut pas à chercher longtemps la source du bruit qui l'avait tiré de ses songes lorsqu'il remarqua des éclats de verres briller sur le sol proche de la cuisine.
Mais ce qui attira le plus son attention fut sans aucun doute la silhouette de Marco qu'il aperçut près de la pénombre de la pièce, à côté des débris. Ace ne le voyait que de dos mais une impression désagréable naquit au creux de son ventre lorsqu'il lui sembla voir les épaules du blond trembler sous sa chemise... Que faisait-il encore debout à cette heure-là ?
Un mauvais pressentiment l'envahissant, Ace voulut appeler Marco pour lui poser la question mais se retint lorsqu'il vit le blond reculer lentement. Les yeux du brun s'écarquillèrent alors quand il réalisa soudain que le plus âgé n'était pas seul...
Dans l'ombre de l'appartement, face à Marco, se dessinait sombrement une fine silhouette qui avançait à une allure lente vers le blond. Celui-ci continuait de reculer lentement jusqu'à buter contre l'un des canapés de la pièce, ne lui laissant plus la possibilité d'aller plus loin.
Ace plissa les yeux pour tenter d'adapter sa vue à l'obscurité tandis que son mal de tête lui vrillait les tympans avec de plus en plus de force. La silhouette face au blond sortit finalement de l'ombre et le cœur d'Ace se serra imperceptiblement dans sa poitrine lorsqu'il vit une femme faire face à Marco.
Elle était... d'une beauté spectaculaire. Ses longs cheveux blonds aux allures de cascades dorés coulaient sur ses épaules dénudés alors qu'elle ne portait qu'une simple robe blanche d'un léger tissu qui frôlait le sol de la pièce. Les voiles de sa tenue semblaient virevolter légèrement autour d'elle, lui donnant un aspect presque irréel.
Ace serra les poings, la colère s'insinuant rapidement dans ses veines comme le plus venimeux des poisons. C'était donc pour cela qu'il s'était inquiété... Pour l'une des nombreuses maîtresses de Marco ?
« Je ne m'attendais pas à une telle réponse de ta part, Marco... Tu es pourtant si sage et docile lorsqu'il s'agit de mon époux... Es-tu certain de la véracité de tes propos quant à tes dernières actions, qui, tu seras certainement d'accord avec moi, vont à l'encontre des... conseils que j'ai pu te donner ?
-... »
Ace refusa d'en entendre davantage et, ignorant l'alarme d'avertissement qu'avait provoqué en lui la voix doucereuse de l'amante de Marco, fit demi-tour pour se diriger sans plus attendre vers sa chambre...
Du moins, c'était son intention première avant de repenser au comportement de Marco un instant plus tôt. Quelque chose clochait avec l'attitude du blond... Dans un acte insensé et puérile, Ace fit soudainement un tour sur lui-même et appuya d'un coup de poing rageur sur l'interrupteur de la pièce principale, illuminant grâce aux lustres de la pièce les deux protagonistes au centre des lieux, ne manquant pas de faire sursauter brutalement Marco qui se retourna d'un bond vers le haut des escaliers.
« A-Ace, qu'est-ce que tu fous là ? Bredouilla-t-il.
-Loin de moi l'envie d'déranger, continuez comme si j'étais pas là, je participe à une chasse au trésor pour trouver une boîte de paracétamol dans ton appart'. » répondit ironiquement Ace en descendant les escaliers.
Bien qu'il eût voulu répondre sèchement et le plus froidement possible, Ace sentit sa voix trembler et fit de son mieux pour ne pas accorder pas le moindre regard à Marco, refusant catégoriquement de le regarder dans les yeux. Il savait que, peu importe ce qu'il pourrait y lire, cela le blesserait bien plus que ce qu'il voulait bien admettre et, lâchement, il ne souhait pas y faire face. Qu'avait-t-il bien pu imaginer, après tout... Que Marco allait se priver des bonnes choses durant la période où il l'hébergerait ? Qu'il allait faire une exception le soir de Noël ? Ace s'haït momentanément pour sa naïveté et sa bêtise et se trouva plus stupide que jamais devant cette constatation au goût amer.
« Attend, Ace, je t'apporte ça dans deux minutes, remonte dans...
-Pourquoi, je dérange, peut-être ?
-S'il te plaît, Ace. Ne fais pas l'enfant et retournes à l'étage. » demanda Marco d'une voix que le plus jeune ne lui connaissait pas.
Ace se tourna brutalement vers Marco et, alors qu'une réplique cinglante allait fuser de sa bouche, cette dernière resta bloquée dans sa gorge lorsqu'il aperçut alors pour la première fois le visage de Marco le regarder il était si stupéfait que la surprise le cloua sur place, tétanisant son corps. L'expression qu'affichait le blond n'était pas celle qu'Ace voyait au quotidien, il n'y avait plus de place pour la confiance en soi, l'agacement, l'inquiétude, la suffisance... Il n'y avait que de la peur et de l'angoisse dans les yeux du plus âgé qui lui faisait face, coincé entre le canapé et la femme qui se tenait devant lui.
Ace reporta aussitôt son regard vers cette dernière et il sentit un frisson désagréable parcourir son épiderme à la vue des yeux de glace de celle-ci. Un sourire étirait ses lèvres, contrastant avec le froid qui se dégageait de son attitude et lorsque son regard croisa celui d'Ace, il entendit enfin l'alarme enclenchée dans sa tête qui lui hurlait de se méfier de cette personne.
« Qui êtes-vous ? Demanda-t-il abruptement.
-Je suis ravie de te rencontrer, Ace, répondit-elle de sa voix doucereuse. Marco m'a longuement parlé de toi... »
Jamais auparavant Ace n'avait vu un sourire aussi faux sur le visage de quiconque, ni entendu une voix aussi trompeuse. La femme commença à s'avancer vers lui et le brun fronça les sourcils tandis qu'il adoptait inconsciemment une position défensive, avançant légèrement les avant-bras et se campant fermement sur ses jambes alors que ses sens s'emballaient, l'empêchant de réfléchir correctement.
« J'en oublie mes bonnes manières, je ne me suis pas présentée... Je m'appelle Kalifa, je suis de la famille de ce cher Marco. »
Elle continuait de marcher vers lui et Ace sentit un nœud se former au creux de son estomac tandis qu'il luttait intérieurement pour ne pas faire de pas en arrière. La source de son malaise s'arrêta finalement à quelques centimètres de lui, après avoir largement pénétré son espace vital.
« Tu voulais quelque chose ? »
Une voix qui se voulait douce, attentive et délicate mais où Ace ne percevait qu'un sentiment de pouvoir absolu, total, une supériorité sans limite et où une réponse non désirée ne pouvait être tolérée. Et pourtant, si Ace avait pu émettre le moindre son, il aurait hurlé à cette femme qu'il souhaitait la voir disparaître sur-le-champ plus que tout et que sa présence le rendait fébrile, méfiant, angoissé... terriblement mal. Sa tête semblait être sur le point d'exploser tant la douleur qui en émanait devenait insupportable et le brun porta une main à son crâne pour tenter d'apaiser ses souffrances.
« Rien ? Finit par dire Kalifa d'une voix mielleuse. Je vois. Dans ce cas, si tu n'y vois aucun inconvénient, nous allons nous retirer avec ce cher Marco afin que nous puissions continuer notre... petite conversation en privé. J'espère que tu ne le prendras pas mal, Ace, mais il y a certains sujets que je dois évoquer avec notre petit blond. » finit-elle par dire en accentuant son sourire.
Tout semblait se mélangeait dans l'esprit d'Ace qui ne comprenait pas où voulait en venir cette femme. Se retirer avec Marco ? Non, ce n'était pas ce qu'il voulait, au contraire, une voix dans sa tête lui hurlait qu'il désirait exactement le contraire, et cela à tout prix. Il ne voyait plus Kalifa devant lui, aveuglé par des flashs d'image qui se superposaient dans son esprit il revoyait le visage apeuré de Marco le regardant avec des yeux effrayés, les débris de verre éclatant sur le sol et... Plus que tout, il avait l'impression de percevoir quelque chose de mauvais émanant de la personne face à lui.
Cette perception était infime, comme irréelle, mais elle paraissait pourtant tout ce qu'il y avait de plus authentique sous les yeux d'Ace la chose était trouble et difforme mais elle était là, entourant comme un halo de lumière cette femme au visage angélique qui inspirait pourtant la méfiance chez le brun.
« Non. »
Un simple mot qui avait résonné dans la pièce avant même qu'Ace ne se rende compte qu'il venait de jaillir de ses propres lèvres.
Les yeux de Kalifa s'écarquillèrent imperceptiblement alors que Marco semblait sidéré devant l'audace – ou la folie – dont venait de faire preuve le brun. Celui-ci, encore trop surpris par ses propres paroles, resta totalement figé devant le regard de la femme face à lui.
« Non ? »
Sous les yeux qui trahissait la colère de Kalifa, Ace se sentit soudainement vacillé et agrippa brutalement ses cheveux à se les en arracher lorsque la douleur qui irradiait à l'intérieur de son crâne prit tout à coup une ampleur phénoménale et un long gémissement de souffrance franchit ses lèvres sans qu'il ne puisse le retenir.
L'atmosphère de la pièce devenait de moins en moins supportable tandis qu'une pression étouffante montait peu à peu dans l'appartement où l'air semblait se raréfier. Sentant la panique le gagnait, Marco constata avec horreur que l'aura monstrueuse qui commençait à se dégager avec une intensité phénoménale ne venait pas de Kalifa mais d'Ace qui se tenait devant elle, les deux mains agrippées à ses cheveux noirs dans l'espoir vain de pouvoir atténuer la douleur qui déformait les traits de son visage. Un bruit dans son dos attira le regard de Marco et celui-ci observa la baie vitrée trembler contre les murs, menaçant d'une minute à l'autre d'exploser sous la puissance dévastatrice qui émanait actuellement du fils des Divinités.
Ace avait l'impression que son crâne allait exploser d'une minute à l'autre sous la souffrance jusqu'ici jamais ressentie qui avait envahi chacune des cellules de son cerveau. Sa vision se troublait au point qu'il avait la sensation de perdre l'équilibre mais il parvint tout de même à voir l'expression de Kalifa dont le visage avait perdu toute assurance... Qu'était-il en train de se passer ? Devant l'incompréhension et la douleur, il était tétanisé par la peur de ce qui était en train de lui arriver sans qu'il puisse le comprendre un tel phénomène était absurde, impensable...
Ace écarquilla les yeux lorsqu'il vit soudainement Kalifa lever lentement l'un de ses bras et approcher sa main de lui et plus particulièrement de son visage. Il aurait voulu reculer brusquement, ne souhaitant absolument pas être touché par la menace que constituait cette femme dans son esprit, mais ne put effectuer le moindre geste, ses muscles paralysés par la peur...
Puis plus rien. La souffrance envolée dans un claquement de doigt aussi rapidement qu'elle était apparue. Plongé dans l'incompréhension et le désemparement le plus total, Ace relâcha progressivement la pression que ses mains exerçaient sur ses cheveux et écarquilla lentement les yeux lorsqu'il comprit la situation.
Il ne se retrouvait plus face au visage de la femme qu'il pensait être l'amante de Marco mais devant un tissu blanc qu'il eut du mal à identifier... La chemise de Marco.
« Ton séjour ici t'a-t-il fait perdre la tête, Marco ? Tu te dresses devant moi, désormais ? »
Le blond s'était interposé entre Ace et Kalifa et tournait le dos au brun pour faire face à cette dernière. Ace ne pouvait voir ce qu'il se passait entre les deux et ne parvenait pas à faire le moindre mouvement pour tenter de comprendre la situation.
« Je pense que vous devriez y aller, yoi... énonça la voix grave de Marco. Edward doit certainement vous attendre à l'heure qu'il est et Ace n'a pas l'air d'être au mieux de sa forme, il faut que je m'occupe de lui... »
Un silence suivit la phrase de Marco, entrecoupé par la respiration spasmodique d'Ace qui se retenait de s'agripper à la chemise du blond pour ne pas chuter.
« Je vois... Il me tarde de te voir rentrer, mon cher Marco, je pense alors que la conversation que nous aurons sera des plus... distrayantes. »
Dans un claquement de tissu, Ace sentit plus qu'il ne vit la femme aux cheveux blonds s'éloigner peu à peu de lui alors que les tremblements qui parcouraient sa peau s'atténuaient tout doucement, bien que restant présents. Il ne parvenait pas à calmer sa respiration plus que saccadée, comme s'il venait de courir une distance phénoménale à grande vitesse, et l'angoisse qu'il avait ressenti quelques instants plus tôt refusait de le quitter.
Lorsqu'il fut certain que Kalifa ne se trouvait plus dans l'appartement, Marco se retourna d'un mouvement brusque pour faire face à Ace et ce qu'il vit sur son visage le statufia. Il semblait... totalement terrorisé par ce qu'il venait de se passer. Ses yeux étaient écarquillés au possible, sa respiration bien trop rapide et ses membres figés sur la défensive.
« Qu'est-ce que... commença le brun, la voix tremblante. Qu'est-ce qu'il m'est arrivé ? Je... J'étais...
-Ace, essaye d'abord de te calmer... » répondit doucement Marco.
Pris de compassion devant la détresse qui émanait du garçon perdu, Marco porta délicatement l'une de ses mains au visage du brun et entra en contact avec la peau glacée de sa joue, provoquant un sursaut violent chez Ace qui plongea ses yeux noires dans ceux du blond.
L'inquiétude et la compassion qu'Ace put y lire calma peu à peu ses sens exacerbés et il parvint au bout de quelques secondes à caler sa respiration sur celle de Marco, s'apaisant lentement après la douleur inhumaine qui avait embrasé son corps il y a quelques instants.
Ace voulut parler, dire quelque chose mais il oublia de quoi il en retournait lorsqu'il se rendit compte de la main chaude apposé sur sa joue et de la distance si courte qui le séparait du visage du blond. Il sentit soudainement ses pommettes s'échauffer alors que sa voix restait coincée dans sa gorge devant les yeux de Marco qui voguaient lentement des siens à ses lèvres, une expression indéchiffrable sur le visage.
Une deuxième main vint alors prendre possession de son visage, enflammant un peu plus ses joues déjà rougies et il sentit pour la première fois le souffle de Marco s'échouer sur son nez et effleurer sa lèvre supérieure. Inconsciemment, Ace ferma les yeux, se laissant enivré par la sensation qui allait faire éclater son cœur dans sa poitrine tant celui-ci résonnait fortement dans son corps figé par le contact de la peau de Marco contre la sienne...
