Chapitre 8
21 septembre 2012 - très tôt dans la matinée
Il avait très mal dormi cette nuit là, comme toutes ces mêmes nuits depuis presque cinq ans, il savait que le message qu'il attendait allait bientôt arriver, et généralement il passait la journée terré dans sa maison ou dans une chambre d'hôtel, ne souhaitant qu'une chose, qu'elle finisse vite.
Il savait que Catherine était en sécurité, ils ne se voyaient jamais à cette date précise, et depuis tout ce temps ils n'avaient jamais plus discuté de ce qui c'était passé cette nuit-là.
Quelques pas pressants dans le salon lui firent comprendre que Danny était là, il était passé le
chercher, il avait oublié... oublié que tous les 21 septembre depuis deux ans étaient bannis du calendrier, mais il ne pouvait pas savoir... et Steve n'était pas prêt à le lui expliquer.
Non, il n'était décidément pas prêt...
Il s'habilla très vite, prit son arme, sa plaque et les clés de la voiture que Danny lui tendait, il ne dit pas un mot et resta silencieux le temps du voyage vers leur QG.
Il salua Kono avant d'aller s'enfermer dans son bureau, mais il avait senti qu'elle ne laisserait pas passer l'occasion de venir lui poser des questions, et de lui demander pourquoi il semblait tout à coup si lointain et tellement silencieux, quelques minutes de répit seraient donc les bienvenues.
Il la vit discuter avec Danny, on aurait dit qu'elle lui en voulait un peu, comme s'il avait été l'instigateur de tout cela, mais il n'y pouvait rien, si seulement elle savait.
Quelques secondes plus tard, le message arriva, toujours le même depuis cinq ans...
Un frisson le parcourut quand il sentit cette douleur lui vriller l'épaule, le téléphone toujours dans la main, il composa le numéro de Catherine, puis il raccrocha, pourquoi aujourd'hui avait-il envie de lui parler plus que les autres fois, il ne pouvait répondre à cette question, mais il décida quand même de la rappeler et lui laissa un message, message qu'il soupçonna Kono d'avoir entendu, en partie, car elle se tourna de nouveau vers Danny pour le questionner.
Steve les avait ensuite perdu de vue tous les deux, et le regard rêveur s'était adossé à la grande bibliothèque juste à côté de son bureau.
Il avait beaucoup pensé à Catherine ces derniers temps, il savait qu'elle aurait bientôt un choix difficile à faire, celui de rempiler sur un autre bateau, ou de demander un poste à Pearl afin de poser enfin ses valises.
Il respecterait son choix mais il souhaitait plus que tout au monde la savoir proche de lui. Il lui en avait parlé à demi-mots juste avant la saint Valentin, il ne voulait pas lui mettre encore plus de pression, ce serait sa décision.
Mais il avait bien vu à quel point elle avait aimé passer cette soirée avec ses amis cette fois-là, combien elle avait apprécié leur compagnie, combien elle avait aimé être juste là, et il avait aperçu ce regard rêveur lorsqu'elle avait compris quelle relation particulière l'unissait à Grace, pourtant il y avait eu cette petite phrase qu'il lui avait chuchotée:
"On en reparlera... un de ces jours!"
A cet instant, il avait croisé son regard et il y avait lu un éclair de déception!
Elle avait hoché la tête, s'était rapprochée de lui et lui avait glissé à l'oreille:
"N'attends pas trop longtemps, matelot..."
Il avait compris le message, elle avait l'art et la manière. Il l'aimait comme ça!
Lorsque son équipe avait voulu connaître les balbutiements de leur histoire, elle était restée très évasive, discrète... personne n'avait jamais su et personne ne saurait jamais. Il était tellement difficile de garder un secret dans la Navy, et surtout de cacher précieusement ce que l'on avait de plus cher!
Elle lui avait terriblement manqué ces derniers mois, et il avait eu beaucoup de mal à accepter son départ pour le golfe presqu'une année plus tôt.
Quelque chose de profond, quelque chose de sérieux commençait à se dessiner dans leur relation et les avait beaucoup perturbés tous les deux ce jour-là, il avait senti son trouble, son désarroi. Elle avait probablement senti elle aussi sa tristesse.
Oui, ils se retrouveraient tous les deux à mi-chemin quand elle aurait une permission.
Oui, ils passeraient comme à chaque fois la nuit ensemble sans rien se dire, sans rien construire.
Une histoire qui ne les engageait pas formellement, c'était un choix qu'ils avaient assumé tous les deux il y a longtemps, mais qu'il n'assumait plus, lui, aujourd'hui.
Mais qui ferait le premier pas, qui baisserait sa garde en premier, qui ouvrirait son cœur à l'autre avant qu'il ne soit définitivement trop tard?
Il ferma les yeux et il se souvint qu'elle n'avait pas encore répondu à la question qu'il lui avait posée six ans plus tôt.
Il n'avait jamais connu qu'elle, presque 17 ans depuis qu'elle l'avait abordé à Annapolis, une permission qu'elle avait décidé de passer à la base plutôt que seule dans la maison de ses parents.
Et quelque chose d'indéfinissable les avait rapprochés, depuis, ils ne s'étaient plus quittés.
Et bien que leurs relations furent des plus épisodiques, ils ne pouvaient se passer l'un de l'autre.
Et depuis qu'il était revenu sur son île, il sentait qu'il était temps d'être plus sérieux, de passer à autre chose, et il avait senti qu'elle était prête... Enfin, il l'espérait...
TBC
Un trop long chapitre que j'ai coupé en deux, le temps de peaufiner le suivant... merci pour tous vos petits messages... désolée du temps que cela a pris... Enjoy!
