Je suis trop en retard... j'ai JAMAIS été autant en retard ! Je suis désolée... En plus ce chapitre n'est pas spécialement long... j'a honte :(
En tout cas, dans le chapitre précédent, Liva a rencontré Arathorn en sortant de Mirkwood.
ENJOY !
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Chapitre 9
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Arathorn s'assied sur l'un des rochers qui entoure le ruisseau, me fixant avec un léger sourire sur les lèvres. Je me contente d'éviter de croiser son regard et je fais des noeuds dans une corde de rechange pour mon arc, trouvée dans la pochette de ma ceinture. Les noeuds sont un excellent moyen de décompression. On peut ainsi s'occuper les mains à faire autre chose que de trembler sans arrêt, ça fait du bien, concentre l'esprit sur les mouvements de la corde. Elle glisse entre deux courbes, rentre dans la boucle, et atterit finalement sur mon pantalon.
Le silence, profond, gêné, n'est brisé par aucun de nous. Arathorn allume sa pipe et commence à fumer, comme si il était chez lui. Je m'agite sur ma pierre mais il ne semble pas le remarquer... Heureusement, sinon je ne saurais pas comment réagir si jamais il m'adresse la parole.
Il fait bouffer ses cheveux gras (il n'a pas dû avoir l'occasion de se laver ces derniers temps, comme moi) et lève au ciel ses yeux gris et pétillants de malice.
Je soupire sans rien ajouter, et au bout de quelques minutes, deux silhouettes parfaitement identiques apparaissent en haut d'une des collines en face de nous. Je sens mes lèvres s'étirer en un sourire soulagé, et je dois me retenir pour ne pas sauter au cou d'Elrohir -ou bien Elladan- quand celui-ci s'approche d'Arathorn et moi.
- Tiens donc, on a de la visite ? observe immédiatement Elladan.
Arathorn s'est levé et éloigné de moi avant qu'ils n'arrivent, à croire qu'il avait déjà entendu leurs pas. Je suis aussi debout mais je n'en mène pas large.
- Il m'est tombé dessus, dis-je.
- Ravi de vous revoir ! lance Elrohir en enlaçant une accolade monstre à Arathorn.
- Mais...je bredouille.
- Mais quoi, la souris ? rigole Elladan.
- Rien, laisse tomber.
Vexée, je croise les bras et me contente de contempler leurs retrouvailles. J'ignorais qu'ils se connaissaent. A vrai dire, je n'ai pas cherché à savoir pourquoi Arathorn semblait si détendu, je n'ai même pas cherché à lui parler. Je grimace pendant que les trois hommes commencent à se raconter en Westron les événements les plus récents. En me concentrant, je repère les mots «Orc», «Village», «Barahir» et «Arador».
Je monte la garde, neveuse, en m'asseyant à l'écart de leur petit groupe. Ils allument un feu et Elrohir suspend un lapin plutôt dodu sur une tige de bois, afin de faire cuire l'animal. Je replie mes jambes contre moi et essaye de cacher mon visage dans mes bras croisés, boudeuse. Encore une fois, Elladan et Elrohir me laissent pour rester avec leur ami. Ou allié. Je n'en sais rien et c'est cela qui m'énerve le plus. D'Arathorn, je sais juste qu'il est l'héritier d'Isildur. C'est peu, trop peu pour que je puisse lui faire confiance.
Je fixe le sol d'un air de reproche. Même mon père commence à me manquer. Je regrette mon royaume, ma forêt. Une vraie forêt avec de vrais arbres centenaires, immenses, des baies et des racines en abondance, des araignées, certes, mais une forêt. Et c'était chez moi. J'imagine le bruissement des feuilles, le vent glacé qui parcourt parfois la forêt, je l'imagine en train de siffler dans mes oreilles, de me caresser les joues, de les rendre rouges. Elrohir se lève soudain et s'installe à côté de moi.
- Tiens, dit-il en me tendant une branche au bout de laquelle est fiché une part de viande grillée.
- Merci.
Quand le bout de viande n'est plus qu'un souvenir pour tout le monde, il entreprend de me masser les épaules et je me détends un peu.
- Qu'est-ce qui ne va pas, Liva ? demande Elrohir.
- Rien.
- Raconte.
- C'est qui, l'homme, au juste ? A part son statut d'héritier d'Isildur.
- Oh, lui ? C'est un vieil ami. On aide souvent les Dùnedains à repousser les Orcs, Elladan et moi. On le connait depuis qu'il est gamin, parce qu'Ada nous envoie souvent conseiller son père. Tu peux lui faire confiance, je t'assure.
Puis il me fixe intensément.
- Pourquoi lui as-tu donné un faux nom ?
Je rougis jusqu'aux racines de mes cheveux, et détourne la tête.
- Pas envie qu'il me reconnaisse.
- Qui te dit que le nom de la fille de Thranduil est connu dans toute la terre du Milieu ? Les gens connaissent ton père, pas toi ou Legolas. Même chose pour Dan', Arwen ou moi. Enfin, les gens connaissent notre soeur, parce que voilà, c'est Arwen...
Je lui lance un coup de coude dans les côtes.
- Parce que voilà ? Qu'est ce que ça veut dire ? Tu es jaloux ?
- Eh, non ! Ce n'est qu'une fille, rigole-t-il en sachant que sa réaction est totalement puérile.
- Gamin.
- Gamine toi-même.
A l'expression rigolarde d'Elrohir, on devine facilement qu'il se moque de moi, que j'ai perdu, encore. Je préfère donc m'occuper un peu de moi. J'essaie de me lever mais le simple fait de mobiliser mes jambes m'arrache un petit cri de douleur, que je tente de transformer en un cri indigné. Je voulais aller vers le ruisseau pour boire un peu mais mon corps semble avoir décidé de jouer au gamin capricieux.
- Comment fais-tu pour être aussi innocente ? demande soudain Elrohir. Tu as mille ans et pourtant tu ne connais rien de la vie.
- Oh, je n'en sais rien. Peut-être parce que mon père a toujours souhaité me maintenir à l'écart de tout.
Il s'approche de moi.
- Et donc comment as-tu fait pour supporter d'être laissée de côté ?
- Au bout d'un moment, on finit par s'y habituer, dis-je. Il suffit de ne plus regarder les gens qui s'amusent en groupe.
Toujours énervée, je me rend compte que je viens de me faire piéger par Elrohir. Il voulait montrer que ma réaction de tout à l'heure n'était pas la meilleure à adopter. Très ingénieux, tout ça. Merci, Elrohir.
- Dis, si tu n'es plus fâchée, tu pourrais rejoindre la civilisation ? demande Elladan. Oh, et j'oubliais, ce n'est pas une question, en fait.
- Ca va, j'ai compris. Vous êtes lourds, avec vos messages codés.
- Arrête un peu de te braquer, le rongeur, dit Elladan avec un grand sourire.
Il tapote ensuite l'herbe à côté de lui.
- Viens, assieds-toi et arrête de bouder comme un elfling.
- Je vais essayer, dis-je avec un sourire. Mais je ne promets rien.
Pendant toute la soirée, j'évite avec soin le regard curieux d'Arathorn qui cherche à sonder mon esprit. Je brille en racontant des légendes du Premier Age, Elladan chantonne ensuite l'hymne à Elbereth, et on finit par s'allonger les yeux fixés vers les étoiles.
Je me rend compte trop tard que les yeux d'Elrohir ne m'ont pas lâchée de toute la veillée.
Trois heures plus tard, Arathorn me secoue afin que j'assure la relève.
- A votre tour, Wilwarin, dit-il d'une voix aimable.
Je lui offre un sourire gêné.
- Désolée pour tout à l'heure.
- J'ai déjà oublié ! assure-t-il, souriant, ses deux paumes tournées vers moi en signe de paix.
Je hoche la tête sans trop savoir quoi répondre et m'installe à sa place. Le sol est encore chaud, et, à la lumière des étoiles, je devine vaguement des courbes de lettres tracées sur le sol. Gilraen, c'est le mot que je déchiffre dans ces traits hasardeux.
Tiens, on dirait que je viens de découvrir la faiblesse du nouveau venu...
Je souris à la lune en comprenant que c'est un nom. Un nom de femme, sans doute. En silence, j'écoute les grillons qui ont commencé leur concert, et je me laisse bercer par le calme de la plaine.
