9.

Resplendissante de rousseur, Chalandra accueillit les deux balafrés à leur arrivée devant les portes de l'appartement du Leader de la communauté sous-terraine d'Heiligenstadt.

- Je vous précède.

- Chalandra, il ne fallait pas, glissa Albator.

- Je le devais ! rectifia la jeune femme. Jureng est mon père !

- Toujours des surprises de dernière minute, marmonnèrent Alérian et Albator en la suivant.

Grand, massif même, chauve, le visage buriné par les années de vie et d'expérience, Jureng Kendroff tendit la main à ses étranges visiteurs et hôtes depuis vingt-quatre heures.

- Vous m'apportez des infos, je vous écoute. Ça peut aider ma communauté ?

Il se racla la gorge.

- Mais je manque à mes plus élémentaires devoirs. Je suis Jureng Kendroff. Vous êtes Albator le renommé capitaine de l'Arcadia, et vous… ?

- Je suis son fils, Alérian.

- Doublement bienvenue à vous deux. Au vu de ce que j'ai tout lu des archives, vous êtes exceptionnel, capitaine Albator ! Vous pouvez nous aider ?

- Je ferai de mon mieux. Discutons donc.

Jureng s'arrêta un instant alors qu'il revenait vers le fauteuil de sa salle de réunion.

- Votre fils ! Il ne peut s'agir que du capitaine Alérian Rheindenbach, le héros de la République Indépendante ?

- Je n'ai plus de commandement, plus de Destroyer, je suis juste un Marin, aux ordres de mon capitaine.

- Vous êtes tous les deux de précieux cadeaux des dieux. Nous vous remercions de votre arrivée. J'ai tous les renseignements que vous voudrez ! Prenez place. Ma fille va nous servir quelques boissons.

- Je peux le faire, fit Alérian. Votre fille fait merveille aux patrouilles extérieures, elle a sûrement du travail ?

- Oui. Je pensais simplement qu'elle vous aurait mis en confiance…

- Nous sommes à vos ordres, dans la mesure de mon indiscipline de Pirate. Votre fille et le Parlementaire Schormel m'ont recommandé à vous, j'ai confiance, assura Albator.

Alérian se leva.

- Je vais patrouiller moi aussi à l'extérieur, histoire que les Erguls ne s'approchent pas au plus près en effectuant leurs propres rondes…

Le jeune homme se raidit.

- Je sens qu'ils tentent quelque chose, la République et la Terre sont des cibles symboliques, ils en ont perdu une, ils se vengent sur la seconde… Papa, j'ai compris !

- Alie, cesse de délirer !

- Papa, nul besoin de tenter de parvenir à Orgguédon ! La véritable nouvelle Symphora est sur Terre. C'est là que nous avons à frapper !

Dans un réflexe, Alérian frémit à nouveau et ses ailes de libellules se déployèrent soudain.

- Alie, s'inquiéta son père, avant que le jeune homme ne s'écroule comme une masse, les joues blêmes de façon inquiétantes, le corps glacé.


Revenu pour quelques heures à son bord, Albator avait été, par réflexe, voir son ami de toujours.

- Toshy ?

- Le petit a raison, mais je n'ai rien de concret ou de logique à te proposer… Mais en effet, il y a un dégagement phénoménal d'énergie depuis le sol. Au départ, je l'ai pris pour du parasitage…

- Toshy, une Symphora, sur Terre ! ? s'affola Albator.

- Oui, avec les infos des Résistants de Jureng Kendroff, sans le moindre doute sauf qu'ils n'avaient aucune idée de ce à quoi ils avaient affaire !

- Que peut-on faire ?

- Je n'ai jamais su formuler de solution face à une telle horreur, je suis désolé, je te fais faux bond.

- Bien, je vais voir Alérian, s'il a récupéré de son malaise.

- Alérian n'est plus à bord.

- De quoi ?

- Il est parti, c'est tout ce que je sais.

- Toshy tu es nul au possible, je veux mon fils, compris ! ?

- Je ne peux pas…

- Toshy…

- Albator, ton fils est parti, en refusant qu'on les suive, Beebop et lui, voilà tout.