Jour 9. Mardi.
Emma Swan :
Le gamin avait un drôle d'air ce matin. Il avait un faux sourire aux lèvres et il me cachait quelque chose, je le voyais dans son regard fuyant et ses gestes maladroits. Je voyais ces choses. Personne ne pouvait me mentir, en tout cas, ils avaient été bien rare, même les plus fins stratèges et les meilleurs comédiens, ne pouvaient me cacher leurs mensonges. Je voyais toujours, sur les visages, les tics et les expressions qui les trahissaient même infimes soient-elles, même à leur insu.
Il était tôt. Au Granny's, les habitués prenaient un café et chuchotaient encore un peu endormi. Je buvais mon café et lui un chocolat chaud avant d'aller à l'école.
« J'ai une nouvelle. » Me dit-il mi content, mi morose.
« Un bonne ? »
« Ouais. On peut annuler l'opération Sac de Billes. » Poursuit-il en sortant de son sac à dos, un écrin de velours fermé par un cordelette jaune, dont la forme ne laisse aucun doute : il contenait des billes.
« Henry ! C'est génial, tu les as retrouvées ! »
« Oui, c'était idiot tous ces plans et toutes ces recherches… Maintenant on a plus de raison de se voir Sherif. » Marmonna-t-il les yeux baissés.
« Elles étaient où ? »
« A la maison. »
J'étais contente pour lui, il avait retrouvé ce bien précieux pour lequel il avait pris beaucoup de risques et je le voyais pourtant malheureux comme les pierres.
« Hey gamin ! On peut savoir ce qui ne va pas ? »
« Rien, rien. »
« Tu sais, on peut toujours se voir. Si tu as besoin de parler ou de quoique ce soit d'autre, je serais toujours dispo pour toi. » Lui ai-je dit très sincèrement car j'avais beaucoup d'affection pour ce petit bonhomme, sans trop savoir pourquoi.
« C'est vrai ? Pourquoi tu ferais ça ? »
« Bah voyons, parce que je t'aime bien gamin… et que c'est mon rôle de Sherif de veiller sur les gens. »
Il m'a fait un petit sourire et le rose a envahi ses petites joues rondes. Il a bu une gorgée de chocolat et semblait plus serein.
« Et puis … on a une chose en commun Henry, je ne connais pas mes parents biologiques non plus… » Ai-je soudain dit sans trop savoir pourquoi je me confiais ainsi.
Il a relevé la tête et il m'a regardé d'une façon si poignante que j'en ai eu mal au cœur. Je crois qu'à cet instant, il s'était sentit encore plus en confiance avec moi mais aussi un peu triste. Cet enfant était unique, dans son propre malheur, il arrivait à avoir de l'empathie pour les autres et partager leurs souffrances et même, il tentait de les réconforter.
« Vraiment ? Vous avez été abandonnée, vous aussi ? » Murmura-t-il comme un secret que l'on ne voudrait pas ébruiter.
« Oui, alors je peux te comprendre, comprendre ce que tu ressens, comprendre ce sentiment de manque qui te poursuit… mais… toi, tu as eu de la chance, tu as été adopté, tu as une maman formidable et magnifique et… »
Je me suis tû à la seconde où ses yeux devenaient ronds et où mes joues s'empourpraient. Mes paroles avaient été trop loin. J'avais vraiment dit ça ?
« Enfin Henry, ce que je veux te dire, c'est qu'il y a des tas d'enfants sans parents, des tas d'enfants perdus, mais toi tu as eu la chance d'avoir un foyer. »
« Je le sais. »
« Et ta maman t'aime, crois-moi. »
« Je le sais aussi, c'est juste qu'elle est parfois dure et intransigeante. »
« Mais au fond, elle ne veut que ton bien. »
Je jetais à coup d'œil à l'heure et je le rappelais à l'ordre. Il me fit un gentil sourire, comme si cela l'avait touché que je lui confie cette part de ma vie. Il a attrapé son sac à dos, sauté de sa chaise, et il me fit un bisou sur la joue avant de s'enfuir en courant pour attraper son bus.
J'ai posé ma main sur cette joue qui venait d'accueillir un baiser innocent d'enfant. Cette sensation était douce et me remplissait de chaleur, comme si les couleurs du printemps se déployaient devant moi pour rendre tout plus beau, comme si le son de mon cœur qui bat résonnait plus fort et plus intensément d'un seul coup. De l'affection, c'était de l'affection, un acte totalement désintéressé, qui réchauffait mon cœur depuis trop longtemps délaissé. J'avais donc tant manqué d'affection pour que ce simple geste me fige sur place ?
Regina Mills :
J'avais veillée si tard qu'en me levant ce matin, Henry était déjà parti à l'école et la maison me paraissait immense, vide et glaciale. Depuis toutes ces années, lui et moi on avait fini par seulement se croiser dans cette demeure qui avait autrefois appartenue à mes parents. Cette demeure qui m'avait vu grandir et qui me faisait de plus en plus ressembler à ma royale mère. Je trainais dans le salon en buvant mon café et j'ai posé mes yeux sur une photographie d'eux qui trônait parmi tant d'autres photos sur une commode. Henry Senior et Cora Mills.
Mon père et son père avant lui, ainsi que tous leurs ancêtres étaient des grands et bons hommes, instruit et intelligents, ils avaient fait grandir cette ville. Ils avaient participé à l'essor de Storybrook à sa grande époque. Mon arrière-arrière-grand-père avait été médecin et il avait dirigé l'hôpital que son propre frère, architecte, avait construit, ainsi que certaines belles résidences de Mifflin Street. La bibliothèque, certains commerces du centre-ville et les anciens hôtels du bord de mer, démolis depuis longtemps, avaient un jour appartenu à ma famille. Aujourd'hui, il ne me restait plus grand-chose. Les temps avaient changé et la Famille Gold avait tout fait pour nous spoiler et nous anéantir. Les rivalités entre nos deux familles remontaient à bien plus loin que mon enfance, à bien plus loin que toutes ces anecdotes et disputes que j'entendais pendant les repas de famille.
Quant à ma mère, elle n'était pas de noble famille, et pourtant mon père l'avait épousé. Une simple fille de boulanger, « la fille du meunier » comme disait les mauvaises langues quand elle était petite. Et pourtant, elle qui avait tout fait pour se sortir de sa condition, et par la suite elle avait été impitoyable avec moi. Je devais être irréprochable, je devais être en tout point l'enfant parfaite, promise à de très grandes choses et jamais je ne l'ai comblé, jamais elle ne m'avait soutenue. J'avais dû abandonner les Arts pour le Droit, j'avais du abandonner mes rêves pour la réussite, j'avais du ravaler ma fierté et l'écouter. Et jamais elle n'avait approuvé mon amour pour Daniel. Et pour cela, je n'avais jamais eu le temps de lui pardonner.
Ma tasse vide semblait me rappeler que mon cœur était tout aussi vide à présent. J'avais tant gardé ma tristesse et ma peine, qu'aujourd'hui, il ne restait plus que le vide, maintenant que la peine et la colère s'apaisaient, je n'avais plus rien d'autre. Il n'y avait qu'Henry pour qui mon cœur battait, mais il me manquait quelque chose. Il avait dix ans, il était temps, je me sentais seule. J'avais envie de quelqu'un à mes côtés. Je ne pensais à personne en particulier, mais je pensais juste à l'idée d'avoir quelqu'un.
Emma Swan :
Je suis passée par le Poste, j'ai raconté à l'agent Nolan ma mission ''chien perdu'' du dimanche et nous avons rit ensemble. Il m'a proposé des muffins fait par sa femme, en me servant un café infame venant de la machine à qui il fallait vraiment penser à changer le filtre. Il était charmant en réalité ce David Nolan, et sa femme faisait d'excellents gâteaux.
Plus tard dans la journée, je faisais un tour à l'épicerie pour remplir les placards de ma nouvelle cuisine et puis je passais un coup de fil au concierge de mon immeuble à Boston pour qu'il me fasse livrer quelques affaires personnelles qui étaient restées dans mon appartement. Je lui faisais confiance, il avait les clefs et je savais qu'il ferait les choses bien pour me rendre ce service. A Boston, il était, je crois, je seul lien fiable et quotidien que j'entretenais, hormis mes collègues de boulot dont je ne supportais pas la moitié de l'effectif. On avait souvent regardé des matchs ou des vieux films à la télé ensemble en buvant une bière. Sa compagnie était agréable, celles de ses chats aussi, il était cultivé et malheureusement bien seul. Veuf et sans enfant. Je crois qu'on comblait mutuellement l'absence dans nos vies, il était comme un grand-père que je n'avais jamais eu. J'aimais lui rendre de petit service et il aimait veiller sur moi à sa manière. Je crois que personne d'autre ne me manquait à Boston, si ce n'était lui et Boston, elle-même.
Je savais maintenant que cette grande ville m'aidait à me voiler la face, car ici, je me sentais seule, terriblement seule. Ici, j'était réellement face à moi-même. Ici, je ne pouvais même plus me mentir, ni me dire que tout allait bien.
Je marchais donc jusqu'à ma voiture dans la grande rue de Storybrook, avec mes paquets en papier rempli dans les bras, mais je me sentais épier, pourtant il n'y avait pas grand monde dans les rues. J'ai jeté un coup d'œil aux alentours mais tout était bien calme. Un sachet de nouilles chinoises est tombé du sac, je me suis accroupi pour le ramasser et c'est là que je l'ai vu. Il y avait un chien à quelques mètres de moi sur le trottoir.
Depuis quand est-ce qu'il me suit celui-là ?
J'ai fait demi-tour et j'ai continué ma route quand ce foutu sachet de nouilles est retombé encore une fois. Et ce chien, touffu, brun, aux grands yeux noirs, était à quelques mètres de moi et me regardait tête baissée. Je le détaillais de loin sans faire de geste brusque : plutôt jeune, taille moyenne, pas de collier. Ce n'était pas le chien du vieil Albert, Avry l'épagneul breton ce n'était pas non plus celui du Professeur de piano, Mr Hopper, je l'avais croisé, il avait un Dalmatien.
J'ai continué à marcher tranquillement jusqu'à ma voiture, j'ai déposé mes courses dans le coffre et le chien m'a suivi. J'ai fouillé dans les paquets et j'ai trouvé un truc à lui donner, un morceau de poulet grillé. Je me suis agenouilée sur le trottoir et je lui ai tendu. Il a avancé craintivement, puis il a reculé rapidement, il hésitait, il tremblait de peur. Cela à pris quelques minutes et beaucoup de patience mais il a finalement approché assez prêt pour engloutir le morceau de viande en un instant. Je lui donné un autre morceau et lui ai fait sentir ma main, il s'est rapproché et s'est laissé caresser furtivement avant de se retourner avec méfiance mais sans me chiquer. Il était apeuré et craintif mais ne semblait pas traumatisé, ni agressif, mais plutôt épuisé et surement affamé.
De toute évidence, j'étais devant un deuxième cas de chien perdu. Décidément.
J'ai trouvé une corde dans mon coffre et lui ai passé doucement autour du cou en lui donnant un autre morceau de viande. J'ai fermé la voiture et on est partit ensemble dans les rues. Il me suivait en tirant un peu sa laisse improvisée mais sembla s'y faire assez vite, et sur le chemin j'ai passé un coup de fil à Nolan mais personne n'avait signaler de chien perdu au Poste de police aujourd'hui.
Je suis arrivée chez le vétérinaire de la ville et je lui ai présenté ma trouvaille. J'ai vu immédiatement qu'il était confus et qu'il ne savait pas quoi me répondre. Il a examiné l'animal mais il ne le connaissait pas. Un mâle de moins d'un an, pas encore de taille adulte, type Labrador, croisé Griffon probablement, sans collier, sans tatouage, en relative bonne santé si ce n'est une malnutrition flagrante.
« Comment ça vous ne savez pas ? » Demandais-je en insistant lourdement.
« Eh bien oui, je n'en sais rien, je connais tous les animaux domestiques des habitants de Storybrook, je connais même les chevaux du ranch des sœurs Harris et les vaches du pré de Mr Stanford, mais lui, je ne l'ai jamais vu en consultation, je ne sais pas à qui il est ! »
« Bon très bien, je vous crois, mais qu'est-ce que je fais-moi maintenant ? »
« Je vais faire des affiches et quelqu'un finira par se manifester… Laissez-moi prendre une photo de lui. » A-t-il proposé en sortant un appareil photo d'un tiroir et en se mettant à genoux pour prendre le chien de face, chose plutôt facile, car il était assis tranquillement à mes pieds, appuyé de tout son poids sur ma jambe.
« Bien, merci… et comment dire, vous faites refuge aussi ? Vous avez un box pour lui en attendant ? »
« Oh… heu… et bien, ça va être compliqué, les cages de l'infirmerie sont toutes prises par les chats des Sœurs du Convent qui ont chopés une intoxication alimentaire, et le Bull Terrier d'Eddy à avaler une balle de tennis entière ! Et puis mes boxes extérieurs sont pris par la meute de chien de chasse de Mr Carl, le notaire, pour leurs vermifuges et… »
« Ok j'ai compris, laissez tombez ! »
J'ai repris la laisse du chien en main et je suis reparti avec lui.
J'avais bien vu qu'il n'avait pas envie d'une charge de travail en plus, étonnant mais bon vu les miaulements de chats et les gémissements de chiens qui résonnaient dans l'arrière salle, je pensais qu'il avait déjà beaucoup à faire.
Une fois dans la rue, je le regardais et il me regardait, comme si l'on se demandait ce qu'on allait bien pouvoir faire maintenant. Je me demandais ce que j'allais faire de lui mais hors de question de le laisser dans la rue.
« Attend-moi là, je reviens. »
Je l'ai enfermé dans ma voiture et je suis retournée à l'épicerie.
Regina Mills :
Cette journée avait vraiment mal commencé, je m'étais perdu en digressions spirituelles dès le petit déjeuné. Je me sentais mal à l'aise, j'étais énervée pour un rien et en retard à la Mairie pour le briefing de fin de matinée.
En arrivant, Camille me lança un regard réprobateur et étonné mais je n'y fis pas attention, sinon je me laisserai facilement aller à la renvoyer. J'ai remis mon masque de Maire, hautain et autoritaire, j'ai repris le pouvoir qui était à moi et j'ai repris le contrôle de la réunion du personnel de la Mairie.
Je n'avais rien laissé transparaitre de mes récents changements d'humeur, je n'avais pas laissé voir les épreuves que je traversais, ni les troubles et la peine que je ressentais. J'étais égal à moi-même, intransigeante et manipulatrice, et une fois que tous les plans d'action et plannings de la semaine furent mise en place, je suis partie m'enfermer dans mon bureau pendant une bonne partie de l'après-midi.
Plus tard, je suis passé au centre-ville, pour faire quelques emplettes. Je fus accostée par Mr Hopper, qui me reprocha les absences répété d'Henry en même temps qu'il me félicitait pour ses progrès. J'avais du mal à cerner où il voulait en venir, alors je l'ai laissé en plan au milieu du rayon des fruits et légumes.
En sortant, et en rangeant mes courses dans le coffre, j'ai aperçu le Sherif Swan sur le trottoir d'en face. Je ne sais pas pourquoi, je me suis précipitée dans ma voiture pour qu'elle ne me voit pas et je suis restée là, planquée et presque paniquée, le dos collé au siège. Qu'est-ce qui me prenait ? Jamais rien, ni personne, ne m'avait mise dans une telle situation, mais il était clair que je n'étais pas en état de la voir.
J'ai jeté un coup d'œil vers la rue, tout en restant le plus discrète possible et je l'ai regardé. Emma Swan. Elle m'avait intrigué dès le premier jour, insolente et charmante, distante et froide, presque intouchable, pourtant tout en elle rayonnait d'une force indescriptible, comme s'il émanait d'elle une force et des convictions inviolables, comme si elle pouvait me pénétrer et voir mes tords et mes mensonges, comme si devant elle, j'avais cette affreuse sensation, d'être nue, totalement mise à nue. Comme si avec elle je ne pouvais ni jouer ni mentir. Elle me prenait toujours au dépourvu, elle me faisait perdre mes mots, et parfois même, elle me faisait sourire et j'avais horreur de cela.
Je la regardais comme un détective privé pourrait observer sa cible. Je m'étonnais de la voire faire monter un chien crasseux dans sa voiture, je m'étonnais encore plus de la voir parler à ce chien. Elle était si belle et altruiste, elle était au service de la justice et je me rendais compte qu'elle avait un réel sens du devoir et de l'éthique. Elle était bienveillante dans chacun de ses actes. Je me surpris à sourire à la voir ainsi. Elle était donc réellement une sauveuse.
Je me faisais la réflexion après quelques minutes, que je ne connaissais pas ce chien, c'était étrange, mais de toute évidence, il était entre de bonnes mains. Je me suis senti tout d'un coup mal à l'aise de l'avoir épié alors j'ai fini par démarrer la voiture et partir en vitesse sans qu'elle ne me voie alors qu'elle entrait dans l'épicerie.
Emma Swan :
J'étais retournée au magasin pour acheter des croquettes, une gamelle, une laisse, un harnais et un gros panier pour chien, puis j'avais fait quelques recherches dans le quartier. Une heure plus tard, j'avais vérifié les avis de rechercher et les petites annonces du panneau d'affichage près de la Mairie, mais rien j'avais discuté avec quelques personnes croisées dans la rue et près du Couvent, mais toujours rien, alors j'avais fini par rentrer à la maison avant la tombée de la nuit… avec le chien bien évidement.
Je suis rentrée et il m'a suivi timidement. J'ai déposé les courses dans la cuisine, j'ai enlevé ma veste et j'ai déposé le panier près de la cheminée. J'ai allumé un feu et je suis retournée en cuisine. Il me suivait comme mon ombre, où que j'aille. Il me fit même trébucher une ou deux fois, au point que je pris vite le pli de faire attention qu'il ne soit pas dans mes jambes. Il semblait bien moins craintif depuis que je lui avais passer la corde autour du cou, il semblait ragaillardi par l'éventualité d'une gamelle bien rempli. J'ai rangé mes achats et puis j'ai déposé dans un recoin de la pièce la gamelle où j'ai versé une montagne de croquettes.
Il s'est mis à frétiller énergiquement de la queue en s'approchant. Il en a englouti une bonne moitié avant de se lasser et de continuer à me suivre partout où j'allais.
Un peu plus tard, j'étais sur le canapé devant les informations internationales à la télé, avec un verre de vin et une assiette d'ailes de poulet que j'avais réchauffé au micro-onde. Je survolais les malheurs du monde en me demandant comment tout ça allait finir. Le chien était à mes pieds - attendant un autre bout de poulet fris qui ne tarda pas à arriver – Je ne pouvais pas résister à ses yeux de chien perdu et il l'avait bien compris. Je crois même qu'il a eu une plus grosse part de poulet que moi ce soir-là mais peu importe, un élan de bonne humeur me portait quand je le voyais se régaler. De toute évidence, il avait vécu dehors ou dans de mauvaises conditions, il avait eu faim et froid, et pouvoir lui apporter le confort d'un panier près des flammes et d'une gamelle pleine me réconfortait autant que lui.
Je savais que je m'embarquais dans une histoire que je m'étais toujours refusé, mais je n'avais pas pu le laisser au refuge et encore moins dehors. J'avais bonne espoir de retrouver ses maitres, et j'avais de bonnes raisons de ne pas vouloir trop m'attacher.
« Hein cabot ?! » Dis-je au chien qui releva simplement le regard dans ma direction, repus et en passe de s'endormir à mes pieds.
Et voilà que ce soir, j'étais si seule que je parlais à un chien, et j'avais le sourire rien qu'en le regardant. Comme quoi tout pouvait encore arriver.
Regina Mills :
Encore une fois, je m'étais repliée sur moi-même. Je me pensais indétrônable, et sûr de moi juste en faisant en sorte de ne jamais me retrouver dans ce genre de situations, incontrôlables, incompréhensibles et instinctives. Pourtant là, je ne contrôlais ni mes pensées, ni mes actes.
J'étais dans ma chambre, j'avais envoyé Henry se coucher sur un excès de colère mal placé. Je me détestais. Je me détestais de n'avoir pas eu le courage d'affronter le Sherif, je m'étais lâchement cachée, je détestais ce que je ressentais en sa présence, comme si je perdais mon pouvoir, comme si elle me gouvernait. Je ne pouvais pas l'affronter, comme si son regard voyait trop loin en moi, voyait ce que je ne voulais pas que l'on voie.
J'étais à la fenêtre de ma chambre, je devinais par-dessus les toits, la position du Port et de la plage, et plus loin la Corniche et le champ de Pensées qui entoure la maison. Dans le ciel, le soleil se couchait derrière d'épais nuages qui se chevauchaient, ses rayons les transperçaient en éclair rouge-orangé, sur un fond bleu qui subsistait quelques secondes avant de laisser place à la nuit noire. Je voyais les couleurs se dérober et mon courage avec, je me désespérais en même temps que le jour se couchait. Je ne l'aurais vu que de loin aujourd'hui. Que m'arrivait-il ? Je refusais de l'affronter et pourtant l'envi de la voir me tiraillait et m'affaiblissait comme une mauvaise blessure sur le champ de bataille, j'étais à terre et n'arrivais pas à me relever.
Je suis restée longtemps là, devant la fenêtre et puis j'ai dû respirer lentement pour ne pas me laisser m'emporter par une crise de nerfs.
Et puis dans un élan de courage et de folie, j'ai serré le poing et je me suis redressée. J'ai essuyé quelques larmes que la colère avait laissé échapper et je suis reparti au cœur de cette bataille, dans cette guerre que je menais contre moi-même pour je-ne-sais-quelle raison. J'ai remis mes bottes et réajuster mon chemisier. J'ai dévalé les escaliers et attraper mes clefs et ma veste accrochée dans l'entrée.
Quelques minutes plus tard, j'étais sur la route qui longe la plage. J'avais roulé vite pour ne pas perdre l'élan qui m'animait et qui rythmait mon cœur dans une course folle. J'étais incapable de raisonner correctement, mon esprit me disait tout et son contraire. Je voulais rester calme et pourtant je bouillais d'impatience, et de colère, mêlé d'excitation. Comme au cœur d'une bataille où chaque soldat serait moi. Je me répétais des phrases cohérentes pour aborder le sujet de ces recherches secrètes avec mon fils et de ses journées d'école buissonnières mais rien ne me satisfaisait, comme si j'avais une autre raison de m'empresser de débarquer chez elle à une heure pareille. Et je n'avais rien de concluant en tête en arrêtant le moteur.
Une fois garée devant chez elle, mon cœur loupa un battement, je ne savais même plus pourquoi j'étais folle de rage, et pourquoi j'étais venue jusqu'ici. J'ai soupiré lourdement. Je me détestais. J'allais redémarrer et faire demi-tour quand on tapa au carreau de la voiture et que j'ai sursauté stupidement.
La nuit était tombée et le réverbère de la corniche me faisait contrejour mais je reconnue immédiatement le Sherif Swan et j'ai baissé la vitre.
« Madame Mills ? Qu'est-ce que vous faites ici à cette heure-là ? Quelque chose ne va pas ? » Me demande-t-elle avec méfiance.
« Oh Sherif, Bonsoir, désolé, je … je ne savais pas si vous étiez chez vous, je ne voulais pas vous déranger. »
« Et moi, j'voulais pas vous faire peur. »
« Ce n'est rien. »
J'étais totalement confuse et désemparée. Elle avait remarqué mon sursaut, mais jusqu'où avait-elle perçu mon trouble ? Je ne savais plus quoi lui dire quand elle fut attirée en arrière et que j'ai remarqué la laisse et le chien qui tirait au bout.
Elle fit quelques pas en arrière, entrainée par le chien, et je suis sorti de la voiture pour continuer de lui parler poliment mais je ne savais plus où me mettre.
« Je vous offre un verre ? J'ai fini la balade du Cabot. »
« Mais qu'est-ce que c'est que ce chien Sherif ?! »
« Bah j'en sais rien justement ! Je l'ai trouvé, personne ne sait à qui il est ? … Vous ne savez pas, vous ? »
« Non, Non, bien sûr que non, sinon je ne vous poserais pas la question ! »
« Hm… Alors… un verre ? Puisque vous êtes là, rentrons à l'intérieur, il commence à faire froid… »
« Oui, il se pourrait qu'il pleuve bientôt qui plus est. »
C'était absurde. Je me sentais idiote, totalement idiote, je n'avais rien trouvé de mieux que de la prendre de haut et puis de parler du temps qu'il fait, et pourtant elle restait courtoise. J'avais envie de me gifler mais j'ai pris mon courage à deux mains, courage qui d'ordinaire ne me manquait pas mais qui me faisait cruellement défaut ce soir, et je l'ai suivi à l'intérieur.
Emma Swan :
Je me demandais bien ce que faisait la voiture du Maire devant chez moi à cette heure tardive et en la faisant entrer, je n'en savais toujours pas plus.
Elle est entrée, je l'ai débarrassé de son manteau et elle a posé ses yeux sur le salon comme si elle venait ici pour la première fois. C'est mon empreinte sur les lieux qu'elle observait. Je savais qu'elle cherchait ses choses qui me représentaient, ces choses qui pourraient l'aider à me définir ou me cerner. Elle restait muette et attentive aux moindres détails, jusqu'à ce qu'elle pose le regard sur l'énorme panier près de la cheminée où le Cabot s'était vite réinstallé.
« Sérieusement ? Sherif ? »
« Eh bien quoi ? »
« Ce panier est bien trop grand pour lui ! Et … franchement … des étoiles de shérif comme motif ?! »
Elle se moquait ouvertement de moi, avec un sourire fascinant sur les lèvres, au point que je n'ai pas pu me vexer plus de cinq seconde avant de rire. Son visage s'illuminait quand elle souriait, ça avait l'air plutôt rare mais dans ses moments-là, la petite cicatrice sur le dessus de sa lèvre était plus marquée et je trouvais cela adorable. Mais le ton de sa voix moqueuse n'eut pas l'air de plaire au chien, car couché dans son panier, il se mit à grogner légèrement entre ses babines. Je le sentais tendu et quand elle fit quelques pas vers lui, il releva la tête et aboya fortement.
« Hey le chien, ça suffit ! » Ai-je dit sur le ton le plus autoritaire que j'avais en réserve, généralement utilisé contre les crétins en garde à vue, et il a cessé sur le champ.
« Il a du caractère ! Tout comme vous, vous vous êtes bien trouvé on dirait ! »
« Quoi ? Mais non ! Contrairement à ce que vous pensez, je ne m'attache pas à ce chien, je compte bien retrouver ses propriétaires. »
« Oh mais je ne pense rien moi ! » Ria-t-elle discrètement.
« Et puis pour les étoiles de shérif, il n'y avait pas énormément de choix au magasin et j'ai trouvé ça approprié ! Et pour la taille du panier, il est encore jeune, je vous signale et il va grandir… et… »
Je me suis tue, je lui ai tendu un verre de ce même whisky que nous avions entamé lors de notre première visite de la maison et elle me dévisageait tant, que ça en devenait embarrassant. Je lui ai souri poliment, je me suis esquivée et je l'ai invité à s'installer où elle voulait.
« Merci » Me dit-elle en faisait élégamment le tour de la table basse pour prendre place à l'autre bout du canapé.
J'ai déposé un dessous de verre devant elle et elle m'a remercié, étonnée de mon attention et de ma maniaquerie cachée.
« Pourquoi vous êtes là ? » Ai-je sorti un peu brutalement sans réfléchir pour mettre fin au suspense qui m'embrouillait légèrement la tête.
Elle m'a regardé, embarrassée, elle gardait encore le silence, c'était étrange. Je me suis assise à l'autre bout du canapé.
« Eh bien, c'est un peu délicat… »
Elle s'est réinstallée maladroitement et a réajusté le col de son chemisier avant de poursuivre.
« J'ai appris que mon fils avait séché l'école une bonne partie de la semaine… »
Et merde. Voilà, c'était le moment où mes relations amicales, ou quel qu'elles soient, avec Madame le Maire se terminaient. C'était l'instant où le peu de bons rapports que j'entretenais avec la première figure d'autorité de la ville allaient partir en fumée. Je sentais les reproches et les leçons de moral arrivées à grands pas.
« … et surtout, qu'il avait perdu quelque chose d'important à ses yeux. Ce qui n'excuse en rien l'absentéisme croyez-moi, mais… j'ai aussi appris que vous l'aviez aidé … »
Voilà, je ne savais plus où me mettre. J'avais été étonné, agréablement étonnée de la voir débarquer ce soir, bien trop agréablement étonnée d'ailleurs, mais c'était toujours très étrange, en sa présence, j'avais l'impression de ne plus rien maitriser du tout. Mais maintenant, je regrettais de ne pas pouvoir fuir ma propre maison - si je pouvais déjà considérer cet endroit comme ma maison. J'étais perdue et dans ma tête, les phrases d'explication se bousculaient sans qu'aucune de convaincante ne sorte de ma bouche. J'avais, à la place, l'envie de remonter le temps et de ne pas l'inviter à boire ce fichu verre. Mais qu'est-ce que j'avais cru ? Hein ?
« Sherif ? »
« Eh, ok, Madame Mills, écoutez… je … »
« Racontez-moi comment vous en êtes arrivée à tisser des liens avec mon fils dans mon dos, au point que vous en sachiez plus sur ses foutes billes perdues et sur ses heures d'école buissonnière que moi, sa mère ? »
« Ok attendez ! Tout d'abord, je n'ai pas tout de suite su que c'était votre fils, ensuite, j'ai surpris un petit garçon triste, tout seul au restaurant, alors j'ai voulu en savoir plus… »
« Triste ? »
« Oui, il avait perdu ses billes…et puis, quand j'ai compris qu'il séchait les cours, j'ai tout fait pour qu'il y retourne… »
« En le couvrant ? En faisant des recherches avec lui ? »
« Oui bon, je n'ai rien dit les premiers jours, et il m'a permis de chercher avec lui. Je voulais garder un œil sur lui puisqu'il n'était pas à l'école … et puis une fois qu'il a eu confiance en moi, je lui ai proposé de retourner à l'école dès le lendemain pendant que je continuerai les investigations à sa place. Je voulais seulement l'aider. »
« Vous avez vraiment fait ça ? »
« Bien évidement, croyez-moi, je voulais qu'il répare ses erreurs lui-même avant d'aller cafter à ses parents, mais s'il n'était pas retourné très vite en classe, je l'aurais forcé ! Ramené en classe par la peau des fesses par le Shérif de la ville, ses petits camarades et lui s'en seraient souvenu pendant longtemps ! »
Elle a souri, elle a compris que je plaisantais mais elle semblait se faire vraiment beaucoup de souci derrière cette colère affichée.
« Il n'a pas trop d'ami, ça ne l'aurait pas aidé, je crois. »
« J'ai cru comprendre. Mais il y est retourné tout seul alors j'ai préféré rien dire. »
« Pourquoi vous avez fait ça ? »
« Fait quoi ? »
« Prendre le temps pour lui ? »
« Hm, je ne sais pas, il avait l'air… affecté par la perte de ses billes alors j'ai juste voulu l'aider comme je pouvais. »
Elle porta son regard vaguement vers le liquide ambré de son verre. Elle semblait réfléchir, elle semblait être en train de se raviser sur la sentence à prononcer, comme si elle ravalait la colère qu'elle s'apprêtait à déployer sur moi.
« Bien, alors en réalité, je devrais vous remercier. »
« Oh non, ça, vous n'avez pas à le faire. »
Elle a planté ses yeux noirs sur moi comme on plante une lame dans un cœur. Comme si, me remercier, était douloureux à faire, comme si c'était la seule chose qu'elle était incapable de faire, car en même temps elle devait s'avouer qu'elle avait échoué quelque part dans l'éducation de son fils.
« Quelque chose ne va pas ? » M'inquiétais-je devant son air perdu.
« Non, non, tout va bien… Merci, Sherif Swan, merci beaucoup. » Articula-t-elle difficilement en posant son verre et en prenant la fuite.
J'ai rattrapé son bras et l'ai forcé à se rasseoir aussi vite.
« Non, ne refaite pas ça ! S'il vous plait ! » Ais-je dit sans réfléchir.
« Faire quoi ? »
« Partir comme ça, en plein milieu de la conversation, comme si quelque chose vous poussez à vous éloigner de moi ? »
« Je ne fais pas ça… simplement, il est tard…et… »
« Oh non, arrêtez, c'est vous qui êtes venu… »
« Je sais… et de toute évidence, je n'aurais pas dû. Nous aurions pu avoir cette conversation plus tard et en un autre endroit. »
Elle a tenté de fuir à nouveau mais je l'ai rattrapé, en lui bloquant le passage vers la sortie, elle était prise au piège entre le dossier du canapé et le mur. Elle était distraite et évasive, comme mal à l'aise, ce qui n'avait pas l'air d'être son genre. Elle fuyait mon regard. Elle passait du chaud au froid en un quart de seconde, elle passait du sourire à la colère en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire.
« Attendez, je ne pensais pas mal agir avec votre fils, je voulais l'aider à retrouver ses billes, c'est tout… »
« Oui, et bien il aurait dû m'en parler au lieu de ratisser toute la ville… en plus, les foutues billes étaient dans un tiroir de la cuisine à la maison… et vous, vous l'avez encouragé dans ses folles investigations, … j'ai vu la carte, il avait l'intention d'aller dans la forêt jusqu'à l'ancien Pont à Péage ou même jusqu'aux Mines… ça aurait pu être dangereux… »
« Et si vous avez bien regardé cette carte, il a commencé par le centre-ville, son jardin, son école ou le Granny's Diner avant d'aller plus loin. C'est un garçon intelligent, et je lui avais promis de m'occuper de tous ces coins reculés et potentiellement dangereux justement… »
« Vous … oui c'est vrai, je l'ai vu. Je m'excuse, j'ai seulement eu peur pour lui. »
« Et ça, c'est tout à fait normal pour une mère… »
« Hm, une peur absurde, après que les évènements se soient passés, Henry ne s'était jamais comporté comme ça avant, il change… »
« Il grandit, il va avoir envie et besoin de nouvelles choses, et vous serez là pour le comprendre et l'aider. Mais il n'a que dix ans, il n'en a pas conscience, mais il a encore besoin de sa maman. »
Elle m'a regardé avec étonnement mais aussi avec une grande compassion.
« Vous feriez une très bonne mère… » A-t-elle dit comme ça.
Voilà une chose que je n'aimais pas entendre. Non je n'aurais pas fait une bonne mère. J'avais été en prison et en réalité, je ne l'avais jamais vraiment quitté, j'avais laissé mon enfant là-bas, pour ne plus jamais le revoir. J'avais pris ma décision, je ne l'avais jamais regretté mais certaines choses et certaines phrases me faisaient chavirer vers un ailleurs qui n'avait jamais existé, un ailleurs où je l'aurais gardé. Ce genre de phrase me rappelait qu'une partie de moi n'avait jamais quitté cette prison et cet enfant.
« Hm, non je ne crois pas. » Murmurais-je avec un petit sourire gêné.
« Je crois le contraire. » Me contre-dit-elle.
« Non, ne dites pas ça, je… Vous ne me connaissez pas. »
Je l'ai fixé du regard, je la défiais, elle me regardait de haut, je ne comprenais pas comment elle pouvait-être si changeante ? Comment pouvait-elle me sourire sincèrement puis me foudroyer du regard aussi froidement ? Elle chamboulait mes instincts, elle chamboulait mes repères et j'étais à mon tour sur la défensive et craintive.
Regina Mills :
J'étais mal à l'aise, puis je suis redevenu méfiante, je me suis efforcé de ne pas être blessante, au contraire, je tentais d'être aimable car finalement, j'appréciais ce qu'elle avait fait pour mon fils, et j'appréciais sa présence. Peut-être un peu trop d'ailleurs. Je crois que j'ai eu peur.
Mais elle m'avait blessée. Je ne la connaissais pas ? Non, pas depuis longtemps, certes, mais j'avais pensé qu'on s'était efforcée de le faire et de se lier d'amitié en plus de s'entendre professionnellement parlant. Je ne comprenais pas ce que je ressentais… de la colère et l'envie de lui prouver que si, justement, je pouvais la comprendre ou du moins que je voulais tenter de la comprendre si seulement elle me laissait une chance. Je venais de baisser les armes et elle se remettait sur la défensive. J'avais envie de percer cette carapace qu'elle s'était forgée au point de ne pas croire en ses propres capacités et de repousser ceux qui pourrait les apprécier.
J'avais envie de lui prouver qu'elle avait de bons instincts et qu'elle était une bonne personne mais bizarrement je crois, qu'elle ne m'aurait pas cru.
Et là, j'ai perdu le contrôle. Je ne sais pas ce qui m'a pris, elle me barrait le passage, je voulais partir et puis je n'en ai plus eu envie du tout.
Entre colère et passion, je me suis approchée d'elle, très près d'elle, comme une menace, comme l'annonce d'un combat sanglant mais une fois à quelques centimètres d'elle, ce n'était pas des coups que je voulais lui porter. Je me suis vu comme au ralenti, divaguer entre ses yeux et ses lèvres, je me suis vu prendre cette décision insensée parce que soudain je n'avais plus aucune autre manière de m'exprimer.
« Non sérieusement, vous ne me connaissez pas, vous ne savez pas le quart de ce par quoi j'ai du en passer dans la vie pour … » Continua-t-elle comme si elle ne pouvait plus cesser de parler.
Je voulais la faire taire, à tout prix. Elle me faisait sortir de mes gongs au point de n'avoir plus d'autre solution. J'ai placé mes mains de chaque côté de son visage. elle s'est tue. Et je me suis emparée de ses lèvres sans trop savoir ce que je faisais.
Comme dans un élan de folie passagère, comme dans un geste de désespoir, incontrôlable.
Elle n'avait pas reculé sous mon intimidation, elle était restée digne et droite, comme le serait resté n'importe quel flic digne de ce nom devant la menace, mais quand mes lèvres ont atteint les siennes, j'ai senti toute la surprise et l'émotion la submerger.
Elle m'a d'abords repoussé et j'ai senti ses mains s'agripper à mes bras. J'ai senti ses lèvres m'accueillir. Elle ne me repoussait pas plus que ça. Elle répondait timidement à ce baiser. Puis un second souffle nous emporta, dans mon élan, nous avons reculé de quelques pas, sans cesser de jouer avec nos lèvres, les paupières closes et le cœur battant jusqu'à presqu'en exploser.
Ella a butté contre le mur derrière elle, une impasse dans son dos, mais elle pouvait encore se défiler. Je me suis rapproché d'elle, sous mes mains, posées sur ses hanches, je sentais sa ceinture en cuir et les limites de son débardeur blanc sous ce gros pull gris, mes doigts hésitaient mais je sentais la chaleur de sa peau qui m'attirait, à quelques millimètres d'atteinte, j'y étais presque. Je l'ai senti frissonner alors que la pièce était envahie de la chaleur du feu de cheminée. J'ai senti ses mains quitter mes avants bras et cesser toute résistance, cesser de faussement tenter de me faire reculer. Je les ai senti monter pour finir dans mon cou, pour finir par me retenir la nuque, ses doigts se faufilant dans mes cheveux, pour retenir ce baiser.
Dès lors, je ne contrôlais plus rien. Je ne sentais plus mes jambes, je ne sentais plus mon corps mais seulement l'afflux de mon sang dans mes veines. Les yeux clos, j'arrivais à sentir le gout de ses lèvres et l'odeur de son parfum. Je sentais en moi une émotion jamais éprouvée, un mélange d'excitation et de danger, un mélange d'envie, de stupeur, de folie et de terreur. Puis sans comprendre comment, je me suis senti chavirer et c'était maintenant moi, qui avait le dos au mur et le souffle coupé.
Je ne contrôlais vraiment plus rien. Je sentais la force de son étreinte prendre de l'ampleur, je sentais ses mains sur mon corps qui cherchaient à passer sous la veste de mon tailleur, je sentais son bassin s'appuyer contre le mien, je sentais ses lèvres jouer avec les miennes jusqu'à en frôler nos langues, et me provoquer une simulation d'attaque cardiaque et puis… et puis plus rien. Rien que le vide sous ma bouche, plus rien, plus de lèvres, plus de corps alors j'ai ouvert les yeux.
Emma était à deux mètres de moi, se retenant au dossier du canapé derrière elle, confuse, perdue, comme un peu sonnée par ce qui venait de se passer, puis la colère traversa son regard mais ses yeux brillaient d'une lueur que je ne leur avais encore jamais vu. Elle se mordit la lèvre comme pour s'assurer que ce qui venait de se produire était bien réel. Elle serrait les poings comme pour retenir sa colère mais elle était traversée d'une vague de confusion qui la laissait immobile et terrorisée, les yeux emplis de trop d'émotions pour pouvoir toutes les distinguer.
Je ne pouvais pas la quitter des yeux, j'étais aussi choquée qu'elle. Je ne savais pas moi-même ce qui m'avait pris alors je n'arrivais pas à répondre aux questions qu'elle me posait en silence aux travers de ses yeux bleus orageux.
J'avais soudain honte, terriblement honte. Je ne comprenais pas ce qui m'avait pris alors comment pourrait-elle le comprendre ? J'avais envie de disparaitre dans un nuage de fumée magique comme dans les Contes de Fée mais j'en étais incapable. J'étais figée sur place, le goût de ses lèvres encore présent sur les miennes, j'étais sans voix et totalement paniquée.
« Je… je … je suis désolé… je … je devrais partir… Au revoir Sherif Swan. »
« Non, non attendez… »
Mais trop tard, elle ne me barrait plus le passage et j'ai pris la fuite aussi vite que possible en chopant mon manteau au passage et en priant pour qu'elle n'essaie pas de me rattraper.
Je paniquais en cherchant mes clefs de voiture dans mes poches, mais je les ai trouvés à temps et j'ai quitté la corniche.
Ma mémoire et mes automatismes m'ont ramené chez moi. Je ne sais plus trop comment mais j'étais à la maison. J'ai jeté un coup d'œil dans la chambre d'Henry qui dormait paisiblement et j'ai rejoint ma chambre.
Qu'est-ce qui m'avait pris ? Qu'est-ce que j'avais fait ? Ses lèvres contre les miennes. J'étais terrifiée de mes actes, mais encore plus qu'elle y ait répondu. J'étais terrifiée de ce souvenir omniprésent et pourtant la douceur de ce baiser semblait déjà me manquer. C'était impossible. De qu'elle sorte de maléfice étais-je atteint ? A chaque seconde, à chaque instant, ce moment revenait à mon esprit, je la revoyais, échanger ce regard confus, puis fermer les yeux pour accueillir ce baiser soudain, et cesser de résister à cet assaut insensé.
Elle avait partagé ce baiser autant que je l'avais instigué. J'étais certes coupable mais elle avait été ma complice.
Sans m'en rendre compte, comme une automate, j'avais enfilé mon pyjama de soie et laisser mon tailleur sur le sol de la salle de bain. Confuse et presque en pleurs, je me suis couchée sans arriver à trouver le sommeil, sans arriver à me débarrasser de cette scène qui venait de se produire entre nous et qui me gonflait d'une émotion que je ne nommais pas encore, mais qui chamboulait d'un seul coup tout mon esprit. Mais qu'est-ce que j'avais fait ?
Emma Swan :
Je n'avais pas cherché à la poursuivre. J'étais bien trop sous le choc.
Elle m'avait embrassé ? Elle avait réellement fait ça après m'avoir à moitié engueulé puis à moitié remercié ? Je n'en revenais pas.
En réalité, je n'en revenais pas de la douceur féerique de ce baiser autant que de cette passion semblant sortir de nulle part. C'était comme gouter au fruit interdit du paradis, c'était comme déguster la définition même de la délicatesse. Un peu maladroit car complètement impulsif mais Oh combien délicieux.
J'avais fini par sortir dehors, elle était partie depuis longtemps, j'étais sonnée. Le Cabot, en entendant la porte s'ouvrir, s'était réveillé et était sorti sans demandé, ravi de cette balade nocturne improvisée. Je n'étais pas moi-même, j'ai marché jusqu'à la Corniche, la faible lueur du réverbère guidait mes pas maladroits jusqu'au banc face à la mer. Comme absente, je me suis simplement assise là.
Les embruns de la mer portés par le vent m'atteignaient et me firent frissonner, bien plus que je ne frissonnais déjà au rappel de ce baiser inattendu. J'ai cru sentir des larmes couler sur mes joues, à moins que ce ne soit la pluie qui commençait à tomber. Je ne comprenais pas mon état, je ne comprenais pas son geste et pourtant je ne faisais qu'y penser.
J'avais l'impression d'être submerger par quelque chose de plus grand et plus fort que moi. J'avais l'impression d'être enseveli dans une mer de sable, j'avais l'impression d'avoir rêvé ce moment puis de l'avoir cauchemardé mais je l'avais aimé.
Pourtant c'était totalement inconcevable. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ?
Enfin peut-être que, à bien y réfléchir, j'avais, dès la première seconde où mes yeux avaient croisé les siens, j'avais su, j'avais ressenti cet élan incandescent et surréaliste qui me liait à elle mais je n'avais pas pris conscience que cette rencontre changerait tout. Je me sentais lié à elle par un incompréhensible attachement que je ne pouvais expliquer mais il y avait autre chose, quelque chose d'encore plus indéfinissable.
Que m'arrivait-il ? Je ne pouvais pas ressentir cela, c'était tout bonnement absurde. Je me refusais d'apprécier qui que ce soit depuis bien longtemps, depuis que j'avais pris la décision d'être seul pour ne plus souffrir et faire souffrir les autres. Pourtant, j'avais accepté ce baiser, je crois même que j'avais partagé et envenimé ce baiser. Pourquoi j'avais fait ça ? Ce transfert de poste, ce changement d'air allait avoir ma peau. Je ne me reconnaissais pas, là hagard, au bord de la Corniche.
J'ai rappelé le Cabot et on est rentrés, mais l'image de Regina Mills m'embrassant me collait à la peau, le goût de ses lèvres en souvenir que je ne voulais pas effacer, la sensation de son corps contre le mien, ne serait-ce que quelques secondes, avaient été foudroyant, au point de réveiller mon corps douloureux comme après un long coma.
Je suis monté me coucher avec la bouteille de Whisky à la main et cette vision d'elle dans la tête, le souvenir de son corps qui me plaquait au mur m'enivrait autant que les gorgées de malt que j'avalais pour tout oublier. J'espérais que tout ceci ce soit qu'une divagation de mon esprit alcoolisé, j'espérais n'y voir qu'un cauchemar au réveil. Je ne devais m'attacher à personne, jamais. Mais ça semblait déjà bien trop tard.
