J'ai réfléchi. J'ai réfléchi et l'idée s'est imposée à moi comme une évidence. Si je ne m'adresse pas à James, au moins vais-je tout œuvrer pour qu'il m'oublie. Le caser, donc. Et pas avec n'importe qui ! Ma victime ? Lily.
Mais pour cela il me faut un complice pour jouer un rôle de premier plan. Mettre Galadriel dans le coup serait trop suspect. Nous avons beau tenter de nous séparer par instants, il est rapidement devenu difficile d'envisager l'un sans l'autre.
En plus, je ne vous l'ai pas encore dit, mais Galadriel commence déjà à s'intéresser de très près à la gente féminine de l'école. A chacune il s'adresse avec une voix douce et enjôleuse, qui lui a rapidement donné droit à un fan club au moins équivalent à celui de Sirius Black.
Black…en parlant de lui, je le cherche. James a dû chapitrer ses amis, car – si ils ont renoncé à me faire parler – ils me surveillent. Oh, je pourrais aisément les semer. L'idée m'en a d'abord effleurée, mais j'ai vite remarqué que si ils me gardent à l'œil, c'est pour me protéger. Souvent, lorsque je vais à la bibliothèque, j'y trouve Lupin. Il ne m'accorde pas plus qu'un grognement désapprobateur de mon comportement vis-à-vis de James, mais tout au long de mon séjour je sens son regard peser sur moi.
Si jamais je sors dans le couloir, c'est l'odeur de Black qui paraît me harceler. Mais si je lui en parlais, le fait que je le croise à chaque angle ne paraîtrait qu'un hasard fortuit, bien évidemment.
A table, alors que je m'installe le plus souvent aux côtés de Lily, James ne me lâche pas des yeux. Son excuse lui est toute trouvée. Lily même s'est habituée à être contemplée ainsi, et elle ne remarque pas qu'en restant à mes côtés elle fait une pierre deux coups.
Enfin, les rares fois où je pointe mon nez dans le parc, le plus souvent avec Galadriel, de légers pas, accompagnés de couinements inaudibles pour le commun des mortels, m'accompagnent. Pettigrow.
Je suis donc piégée. Même si ils ne paraissent vouloir que ma sécurité, les Maraudeurs sont prodigieusement encombrants. Ils ont commencé cette mission de surveillance après que j'aie endossé la responsabilité d'une bêtise de James à sa place. Comprenant que je ne devais pas lui être aussi indifférente qu'il n'y paraissait, mon frère a mis ce système en place. Tout l'inconvénient est de pouvoir discuter tranquille avec Galadriel. Pis encore, il reste le problème de nos crises irrégulières. J'aimerais pouvoir calmer Galadriel par ma simple présence, il est assez énervé en ce moment. Alors, quand je veux le voir en privé, j'effleure mon tatouage. Gal n'a plus qu'à se diriger vers les toilettes des filles du deuxième étage, celles de Mimi Geignarde. Je l'y rejoins une dizaine de minutes après, et nous pouvons parler. Mimi Geignarde me fuit comme la peste depuis que je l'ai emprisonnée dans une bulle, la première fois que nous sommes venus.
L'ennui – car il y en a toujours un – c'est que les Maraudeurs – encore eux – paraissent avoir un moyen personnel de savoir avec qui je suis. Hum, je fouillerais bien dans leur tête pour savoir de quoi il s'agit…oui enfin bref, je disais donc que par un curieux hasard, Sirius ou Peter semblent pris lorsque je suis là d'une envie si pressante que les toilettes pour garçon leur paraissent trop loin. Ils m'excèdent, et aussi je ne tarde pas à m'en aller, en bonne compagnie de Galadriel.
Il m'est plusieurs fois arrivé de tomber nez à nez avec James au moment où je m'y attends le moins. Non pas que mes sens soient en brutale baisse, rassurez-vous, mais je me perds si souvent dans mes pensées que je ne le sens pas toujours (et pourtant il est difficile de le rater !) La dernière fois, c'était en descendant manger. Lily m'avait envoyée en reconnaissance avant de pointer son nez hors du dortoir, histoire d'échapper à un énième « Tu sors avec moi, Evans ? » Je suis donc descendue en grognant. Et là, Bingo ! Devinez qui je croise dans l'escalier ? Mon cher frère qui montait ! Or, vous savez tous que l'escalier est si étroit qu'il ne peut y passer qu'une personne à la fois. James s'est donc au maximum collé contre le mur de manière à me laisser passer. Au moment où je tentais à grand peine de me frayer un chemin (c'est qu'il est gros, le frangin !), et alors que j'inhalais à plein nez l'odeur si étrange de mon jumeau, j'ai senti que quelque chose tentait d'accéder à ma main. J'ai attrapé par réflexe. Dès que je fus passée, James monta les marches quatre à quatre.
J'examinais ce qu'il m'avait remis. C'était deux lettres, cachetées du sceau des Potter. L'une d'elle – dont l'écriture ne m'était pas familière – était officiellement adressée à James, et portait en haut la mention « de la part de nos parents ». L'enfoiré avait vendu la mèche. Mais au moins avais-je une paix toute relative : ils ne s'étaient pas déplacés. L'autre missive, plus épaisse, ne portait que mon nom. Je n'ai encore eu le courage de lire ni l'une ni l'autre.
Donc je cherche Black. Pas pour n'importe quoi. Vous savez déjà que je suis un peu tête brûlée, et je vais une nouvelle fois vous le prouver. En effet, ma belle résolution d'obéir aux ordres de Brocéliande et de chercher celui qui saura plus tard me calmer n'a été que passagère. Je ne me sens à présent aucunement disposée à me livrer à pareille quête, d'autant plus que je sais de source sûre qu'elle comportera largement son quota de larmes et d'inquiétudes.
Mon avenir ? Vous me parlez de mon avenir ? Tranquillisez-vous. Des cas comme le mien existent. Je suis puissante. Intelligente, quoi que je puisse montrer. Habile. Belle aussi, mais cela est une autre histoire. Par conséquent, je remplis tous les critères requis pour être…espionne.
Mais je m'égare encore. J'ai dit que je renonçais à l'amour, mais pas au bonheur. J'aime incroyablement mon frère, malgré ce que disent les apparences. Je ne demande qu'à pouvoir me rapprocher de lui. Alors, je vais faire un acte si inconsidéré que j'ai jugé préférable de ne rien en dire à Galadriel : faire passer James avant moi. Mon année à Poudlard ne sera pas perdue. Je n'y trouverai pas ce pourquoi je suis venue, mais foi d'Ambre Potter, j'accorderai à James son bonheur.
J'ai besoin de Black. Cela fait au moins trois fois que je le dis, vous avez dû le retenir. Je lui ai réservé une place de choix dans mon plan. Il est le meilleur ami de mon frère, sa complicité avec James est la même que celle que nous partagions enfants. Aussi sera-t-il mon plus fidèle assistant. J'ai dit le plus fidèle, car Lupin et Pettigrow seront probablement amenés à jouer leur rôle dans l'union. Mais l'heure n'est pas à cela.
Tous sens en éveil, je parcours les couloirs dans l'espoir de rencontrer Black. Il faut avouer qu'aujourd'hui est jour de sortie à Préaulard, et même si je dispose d'une autorisation je n'ai aucune envie de mettre mon nez dehors. J'ai abandonné Galadriel à la bibliothèque où nous grattions tous les deux des kilomètres de parchemins. Lupin était comme à son habitude occupé à m'observer, ce qui me fait penser que les Maraudeurs sont encore dans l'enceinte de l'école. Il m'a exaspérée, aussi est-ce la raison officielle de mon départ soudain.
Une odeur familière atteint mes narines. Personne d'autre aux alentours. Hourra ! Black n'est plus loin. Il doit se cacher, car je sens de fins mouvements d'air qui indiquent que quelqu'un se déplace dans l'espoir d'être discret. Pas avec moi, mon coco ! Si tu crois que tu es le seul à avoir des trucs pour trouver les gens, tu te fiches le bras dans l'œil !
C'est pourquoi, aussi calmement que possible, je me fie à mon odorat. Lentement mais sûrement, je me rapproche d'une classe vide. Je peux à présent entendre le cœur de Black battre plus fort. Il doit sentir ma présence, et craindre que je découvre sa filature. Tiens, si je lui faisais un peu peur ? Ouvrons donc la porte…
- Tiens, Sirius, mais qu'est ce que tu fais ici ?
Ajoutez à cela une mine faussement étonnée et vous aurez une idée de la splendide comédie que je suis en train de jouer. Black, lui, cache en hâte un parchemin et tente de garder contenance.
- Absolument rien ! réplique-t-il.
Hum, oui, et moi je suis la fée Morgane !
- Peu importe de toute façon, je reprends, tu tombes bien.
- Hein ?
C'est moi ou Black est un crétin ?
- J'ai dit que tu tombes bien ! Je voulais te voir.
Silence. Black est un crétin.
- Ah…Heu…d'accord. Tu veux quoi ?
- Parler. Ou plus exactement parler de James.
Ah, Black vire couleur neige. Le sujet paraît sensible… Peu importe, je continue :
- Je voudrais le caser avec Lily Evans.
Bon, je sais, je ne fais rien dans la dentelle. Mais c'est dit c'est dit. Black ne paraît pas digérer l'information. Le temps que ça monte au cerveau et j'ai le temps de m'ennuyer ferme.
- On t'a déjà dit que tu as du culot ? demande-t-il finalement.
- Merci pour le compliment, je rétorque.
- Pourquoi tu te mêles de ça ? Depuis un mois que tu es là, tu l'évites royalement. C'est à peine si tu acceptes de croiser son regard. Et puis voilà que tu te mets brusquement en tête de lui trouver une copine ! J'avoue que je ne comprends plus.
Je me mords la lèvre. Tout l'enjeu est là : attirer Sirius à mes vues sans lui paraître suspecte.
- Il vaudrait mieux pour toi que tu ne comprennes pas, je murmure d'une voix si basse que, instinctivement, Black se rapproche de moi pour mieux entendre. Mais enfin…James t'a-t-il dit pourquoi il avait tu mon existence jusqu'à maintenant ?
Alors là, si j'ai faux, je suis dans le pétrin jusqu'au cou. Voire plus…Quitte ou double !
- Ben…il a bredouillé une histoire de danger, de mort et de secret…
YES!
- Avant de parler d'autre chose ? je continue sur un ton presque trop enjoué pour être naturel. Bien sûr. Le fait est que je crois qu'il ne savait même pas que je suis en vie. Nos parents ont dû lui raconter, lors de mon départ, que j'étais morte…il avait sept ans. La réalité – c'est-à-dire que j'ai été éloignée parce que j'étais malade – ne pouvait que le mettre en danger. Il n'a pas dû être compliqué de lui faire jurer de ne plus jamais prononcer mon nom, de crainte de raviver des souvenirs trop profondément enfouis.
- Mais ça ne te dispense pas d'aller le voir maintenant ! Il souffre, tu ne peux pas te rendre compte ! Tu es sa sœur, n'oublie pas ! Il t'adore et tu le fuis ! C'est…
- Inhumain, je te l'accorde. Mais je n'ai pas le choix. J'agis ainsi car on m'a ordonné de le faire.
Mensonge numéro un ! Black avale sans sourciller. Si j'ai globalement suivi ce qui devait être la vérité jusqu'alors, il n'en est plus question.
- Je suis globalement guérie, tu comprends, aussi est-ce pour cette raison que j'ai pu venir achever mes études à Poudlard. Cependant, je suis encore assez…sensible aux personnes qui m'ont jadis été proches. On m'a donc interdit de les approcher, pour leur sécurité.
Waouh ! Quatre fadaises dans la même phrase ! Je m'améliore !
- Et ton copain, il a la même maladie ?
Merlin, non ! Tout sauf cette question ! Il va falloir que je mette Gal au parfum maintenant…
- Je suis abasourdie par tant d'intelligence, dis-je avec un rire sec. Sauf que Galadriel n'est je le répète pas mon copain mais mon meilleur ami. Il a été moins gravement atteint que moi, aussi l'interdiction est-elle avec lui moins rigoureuse.
Je croise les doigts. Espérons que ça passera…Quoique je n'en sois maintenant plus à un mensonge près.
- Donc, si je comprends bien, récapitule Black (éclair de génie !), tu veux jeter Evans dans les bras de ton frère pour…le consoler ?
- Il y a de ça. Sauf que je ne vais pas la jeter dans les bras de James. Elle est déjà amoureuse de lui. Le tout c'est qu'elle l'accepte…Et tu vas m'aider !
Nouveau silence. L'information monte au cerveau…
- Ça marche !
Nous topons. L'équipe de choc est constituée. Avec ça, James et Lily n'ont qu'à bien se tenir !
