MusiQ
Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Je vais arrêter de m'excuser pour le retard car je pense que vous aurez compris que mes posts vont être d'une nature très irrégulière, contrairement à ce que je prévoyais au départ. Même si je vais faire mon possible pour ne plus mettre deux mois entre chaques chapitres. ^^'
Disclaimer : Merci à Paul et Linda McCartney, au groupe Wings et au producteur George Martin pour ce morceau, dont l'OS une fois de plus ne s'inspire que de manière assez lointaine.
Remerciements : Merci à Gentiane94 pour sa relecture à la fois efficace et très rapide.
Rating : K+ (pour ce chapitre)
Bonne lecture !
Chapitre 9 : Live and Let Die - Vivre et laisser mourir
« Monsieur Bond ? C'est à votre tour. »
James quitta des yeux le journal qu'il lisait et se leva en le posant sur la table basse, rapidement plié. Une jeune femme habillée d'un tailleur gris foncé ouvrit la porte à côté de son bureau, avant de se rasseoir et de se replonger dans son magazine. En entrant, le blond croisa un jeune homme, qui le salua d'un petit mouvement de tête avant de sortir de la salle. Il avait les traits tirés, des cernes énormes lui mangeaient la moitié du visage et ses épaules étaient voutées. James se souvint qu'une mission était revenue du Moyen-Orient dernièrement. Peut-être en avait-il fait partie.
L'agent referma la porte derrière lui avant de se tourner vers la personne qui occupait le bureau. Arthur Stonebridge était le plus vieux membres membre de l'équipe médicale du MI6. Psychologue, il officiait depuis près de trente ans et s'était spécialisé dans les traumatismes post-missions des agents de terrain, ainsi que dans le traitement des égos des double-zéros. Il était devenu obligatoire pour ces derniers de rendre visite à Stonebridge depuis que, dix-neuf ans auparavant, 002 s'était suicidé avec un prototype du secteur Q au retour d'une mission dont il avait assuré qu'elle s'était déroulée sans problème. Et même James, le plus vieil agent encore en service, ne dérogeait pas à la règle. Au fil des années, il avait noué une relation particulière avec l'homme sans âge, qui semblait n'avoir pas changé depuis la première fois qu'il l'avait rencontré, au retour de sa première mission.
« Ah James, s'exclama Stonebridge en se levant. Comment vas-tu ? »
Les deux hommes avaient depuis longtemps abandonné le formalisme qui devait unir médecin et patient, et l'agent serra chaleureusement la main qui lui était tendue.
« Comme un vieux qui se voit accorder deux semaines de vacances parce qu'il rentre d'une mission de trois malheureux jours, répondit le blond avec un sourire en coin et en s'asseyant dans le fauteuil qui faisait face au bureau.
- Ne te plains pas, pense aux pauvres agents qui travaillent dans des bureaux et qui, pour trois jours de mission, ont des mois de préparation avant et des semaines d'archivage derrière, rétorqua le psychologue en s'approchant du petit placard qui occupait le milieu de la bibliothèque. Un whisky ?
- Si tu n'as pas peur de te faire taper sur les doigts par ce cher M, volontiers.
- Oh mais il est le premier à venir en profiter, rit légèrement Stonebridge en versant le liquide ambré dans deux verres. Et puis, tout ancien du service que je suis, j'ai bien besoin d'un remontant après ce que je viens d'entendre. Rappelle-moi, avec ou sans glace ? demanda-t-il en interrompant son geste.
- Sans. Nouvel agent ? ajouta James en acceptant le verre tendu.
- À peine sorti de l'école militaire, souffla le médecin en s'asseyant. Il faisait partie d'une mission qui était censée évacuer un village menacé à la frontière israélo-palestinienne. La mission est arrivée trop tard, le village avait été bombardé, tu imagines l'effet que des enfants et des femmes morts à chaque coin de rue ont pu faire sur un jeune esprit. Et comme si ce n'était pas assez, il a vu le lendemain la moitié de son groupe sauter sur une mine. Je lui ai imposé un mois d'arrêt minimum.
- Depuis quand est-ce que tu t'occupes des militaires ? demanda le blond en fronçant les sourcils.
- Depuis que le MI6 se permet d'envoyer des militaires accomplir ce genre de missions pour les tester, répondit le psychologue d'un ton grave en faisant tourner le reste de son whisky dans son verre. Je n'aime pas les méthodes de Mallory, ce n'est pas en envoyant des hommes au front qu'on évalue leur courage et surtout leur valeur. Les bons espions ne font pas forcément de bons soldats, tu en es la preuve vivante, mais l'inverse est encore plus vrai.
- À t'entendre, ironisa James, on croirait presque que tu regrettes le temps où on envoyait les espions récupérer les codes des ogives à tête nucléaire russes.
- Je ne suis pas si vieux que ça, rit légèrement le psychologue. Mais en un sens oui, les choses étaient plus simples avant, plus claires, continua-t-il plus gravement. Maintenant nous dansons sur un fil, contraints d'oeuvrer dans l'ombre pour pouvoir être efficaces alors que personne sur la planète n'ignore l'existence du MI6. J'ai bien peur que ce cher Mallory ne soit pas aussi subtil que notre regrettée M.
- Je n'en serais pas aussi sûr, répondit l'agent en secouant la tête. Mallory a beau être un homme d'action, il a aussi fréquenté assidûment le monde politique. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne s'adapte totalement au service.
- En espérant que ce ne soit pas le service qui s'adapte à lui, soupira Stonebridge. Cela dit, reprit-il après un instant de silence, le vent de nouveauté qui a soufflé sur le MI6 ces derniers mois n'est peut-être pas forcément un mal.
- Ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre, sourit James avant de finir son verre.
- J'avais cru comprendre en effet, répondit le médecin. Il m'est impossible de faire un pas dans tout le bâtiment sans que j'entende parler de toi ou de notre jeune Quartermaster. Et je ne peux m'empêcher de sourire à chaque fois. J'ai l'impression de retrouver le jeune agent qui a franchi le seuil de cette pièce il y a des années, et que j'avais cru disparu après Venise.
- Autant pour la distance professionnelle entre un médecin et son patient, répondit l'agent.
- Parce que tu connais beaucoup de médecins qui boivent un verre avec leur patient au cours de leur rendez-vous peut-être ? rétorqua Stonebridge ironiquement.
- Je ne peux pas vraiment dire que je connaisse beaucoup de médecins, sourit James. Sauf peut-être ceux qui m'ont recousu à la va vite lors de mes missions et ceux du MI6 qui sont tous plus ou moins portés sur les seringues.
- Je ne suis pas sûr que mes collègues apprécieraient d'entendre ça... Surtout compte tenu du nombre de fois où ils ont dû composer avec le caractère exécrable des agents double-zéros.
- Tout de suite les grands mots...
- Demande donc à ce cher Q ce qu'il en pense, je ne suis pas sûr qu'il soit entièrement de ton avis, répondit Stonebridge en se renfonçant dans son fauteuil.
- Je préfèrerais éviter, souffla l'agent, la dernière fois que je l'ai interrogé à propos des agents qu'il suivait, il a cru que je faisais une crise de jalousie mal placée.
- Je suppose que ta question ne concernait pas 005 ? demanda le psychologue en haussant un sourcil.
- Entre autres, éluda le blond.
- Et qu'elle n'avait aucun rapport de près ou de loin avec son habitude à flirter avec tout ce qui bouge, surtout quand ce qui bouge porte chandail, lunettes et cheveux ébouriffés ?
- Si j'avais su que j'allais avoir droit à un interrogatoire, j'aurais amené mon avocat, rétorqua James avec un sourire en coin.
- Je ne fais que mon métier, je pourrais être bien plus inquisiteur et te demander si tout se passe bien avec le-dit Quartermaster...
- J'ignorais que tu t'étais reconverti en conseiller conjugal.
- Maintenant qui utilise des grands mots ? s'offusqua faussement le médecin. Je veux juste savoir si tout se passe bien, étant donné que pas plus tard que la semaine dernière, Q était dans le même fauteuil que toi...
- Il est venu te voir ? s'étonna l'agent qui se redressa brusquement dans son siège.
- Je pensais que tu étais au courant, dit Stonebridge en fronçant les sourcils. Il ne m'a pas demandé d'être particulièrement discret à ce sujet alors j'ai pensé qu'il devait te l'avoir dit...
- Visiblement ce n'est pas le cas, répondit le blond. Pourquoi est-il venu ?
- Tu penses bien que le secret professionnel m'interdit de dire quoi que ce soit James, même, voire surtout, si tu es très proche de lui.
- Ce n'est pas vraiment son genre de venir voir un psy, continua l'agent presque pour lui-même. J'ose espérer que ce n'est rien de grave, il était plutôt secoué après l'affaire du gang.
- N'insiste pas, je ne peux rien te dire. Il faudra que tu lui demandes toi-même.
- À mon avis ce ne sera pas beaucoup plus efficace, s'il ne m'en a pas parlé, il ne voudra pas non plus répondre à mes questions.
- Tu serais étonné de ce que les gens peuvent dire quand on leur montre qu'on s'intéresse à eux... Je ne dis pas ça comme un reproche, ajouta rapidement le médecin en voyant l'espion lui jeter un regard peu amène, juste qu'il est parfois plus facile de répondre à une question qu'on nous pose que d'aborder le sujet soi-même.
- Tu m'excuseras si je le vois mal s'épancher sur mon épaule si jamais je lui demande s'il y a quelque chose dont il souhaiterait me parler.
- Qui sait ? dit Stonebridge en levant les mains au ciel. Après tout, je me souviens d'un jeune agent qui semblait bien décidé à se taire lors de nos séances et qui finalement en est venu à me parler de sa vie sentimentale.
- Tu as une drôle de manière d'envisager la fois où je t'ai demandé si tu connaissais un bon restaurant vietnamien.
- Disons que je te connais depuis près de vingt ans James – à ces mots l'agent grimaça légèrement – et que c'était la première fois que tu me demandais un endroit où emmener quelqu'un avec qui tu sortais. J'appelle personnellement ça un grand pas en avant. »
James ne répondit rien et se contenta de croiser les bras. Après un court instant de silence, plus agréable que gênant, Stonebridge se leva pour les resservir en whisky, ce que James accepta avec un sourire amusé.
« Pour en revenir à un sujet plus sérieux puisque je vois que l'heure tourne, reprit le médecin en se rasseyant, puis-je permettre de te demander comment s'est passée ta dernière mission ?
- Et c'est seulement au bout d'une demi-heure que tu t'en inquiètes ?
- Et dire que je pensais que ta propension à l'insolence s'était calmée quand tu avais passé le cap de la quarantaine, souffla l'homme en secouant la tête, faussement attristé.
- Je crois qu'entrer dans une relation avec un jeune génie m'a obligé à réactiver certains mécanismes, ne serait-ce que par simple défense, rit doucement James. Mais ma mission s'est bien passée puisque tu sembles vouloir donner l'impression d'être un psychologue utile, reprit-il en appuyant ses coudes sur les genoux. La mission était assez simple, il s'agissait juste de récupérer des plans dans les bâtiments plutôt mal gardés d'une organisation. J'ai même réussi à ramener la voiture que m'avait donnée Q dans un état relativement correct, il en était plutôt satisfait, finit-il avec un regard significatif.
- Des morts ? demanda doucement Stonebridge sans relever le sous-entendu.
- Trois ou quatre, répondit brièvement James. Ça fait longtemps que je ne vérifie plus si les gens sur lesquels j'ai tiré sont morts ou simplement inconscients.
- L'as-tu jamais vraiment fait ?
- Aussi bizarre que cela puisse paraître oui, commença le blond, toute envie de plaisanter momentanément oubliée. Lors de mes premières missions, je n'avais pas encore le statut de double-zéro, et je devais faire attention à ne pas tuer. Ou pas trop du moins. J'ai dû pratiquer un ou deux massages cardiaques sur de grands criminels. Puis on m'a donné le permis de tuer, et passé la première exaltation d'être « entré dans la cour des grands » comme s'est amusée à me le rappeler cette chère M, j'ai fini par être submergé par le nombre de morts. Dans un premier temps je les comptais à chaque fois. Avant d'arrêter quand j'ai dépassé la centaine, ce qui de toute façon était une borne arbitraire parce qu'il est difficile de compter quand un bâtiment explose.
- Je me souviens bien du moment où tu es devenu 007, dit lentement Stonebridge après un petit silence. C'est le moment où tu as commencé à te sortir de situations impossibles et à te créer une réputation d'indestructible, alors que tes mains tremblaient quand tu venais me raconter ta mission. Je me souviens aussi du moment où tu as commencé à te cacher derrière une série de masques, quand tu as commencé à te murer dans le cynisme tout en acquérant une réputation sans précédent au MI6 et même au-delà. Je dois avouer que le fait que tu puisses encore te présenter sous ton véritable nom sans être immédiatement arrêté est pour moi un grand mystère.
- Q dit que c'est de la bêtise qui confine à la démence. Je me contenterais de dire que c'est un mélange de culot et d'audace.
- Ce cher Quartermaster est un saint, on devrait lui donner une médaille pour réussir à te supporter.
- Oh, je peux t'assurer que nous faisons la paire, rit légèrement James. Mais ne compte pas sur moi pour en dire plus.
- Dommage, soupira le médecin. En tout cas, je ne suis pas fâché que vous vous soyez trouvés tous les deux, je commençais réellement à me faire du souci pour toi, et je n'étais pas le seul. Un agent qui n'a plus rien à perdre est un agent dangereux, ce n'est pas moi qui vais te l'apprendre.
- Quand M m'a recruté, commença l'espion le regard perdu dans un coin de la pièce, je me souviens avoir pensé que je tuerais le moins possible pour que les morts ne viennent pas hanter la vie que j'avais en dehors du MI6. Puis, peu à peu, le MI6 est devenu ma vie et aujourd'hui, je tuerais n'importe qui pour la conserver.
- Je ne suis pas convaincu que tu te battes uniquement pour la reine et le pays James, murmura Stonebridge. Plus maintenant en tout cas.
- Tu as sans doute raison, mais ne va pas le crier sur tous les toits veux-tu ? Ça briserait le cœur de Mallory.
- Je suis de toute façon tenu par le secret professionnel », dit le médecin avec un clin d'oeil en se levant.
James se leva à son tour et le médecin contourna le bureau pour le raccompagner à la porte. Tout en lui tenant le battant, celui-ci lui fit une dernière remarque :
« Tu passeras le bonjour à ce cher Q de ma part et n'oublie pas, si jamais tu l'interroges, surtout fais preuve de subtilité...
- Tu me connais, subtilité est mon deuxième prénom.
- C'est bien ce qui me fait peur », marmonna Stonebridge.
James laissa échapper un rire qui fit relever brusquement la tête à la secrétaire et serra avec chaleur la main du psychologue. Puis il sortit de la salle d'attente et se dirigea vers l'aile administrative du bâtiment.
Il avait quelqu'un à interroger.
o0o
« Si je sais que Q est allé voir le psy ? répéta Eve d'un air surpris. Je ne vais pas nier lui en avoir parlé quand j'ai vu qu'il allait mal après l'affaire des diamants mais je ne pensais pas qu'il le ferait vraiment.
- Eh bien apparemment il a suivi ton conseil, répondit James. Je viens de voir Stonebridge qui a malencontreusement laissé échapper ce détail. Je voulais voir si tu en savais plus que moi.
- Je sais juste que j'ai dit que je trouvais ça stupide que seuls les agents de terrains soient obligés de prendre rendez-vous et que je pensais que ceux qui géraient les missions devraient le faire aussi. Mais je ne lui ai pas vraiment conseillé d'y aller. J'espère que ce n'est pas trop grave...
- Nous serons vite fixés, je compte bien lui en parler ce soir, dit l'espion.
- Tu me tiendras au courant, il faut que je file. Si Mallory voit que j'ai déserté mon poste, il va encore me faire une scène. On déjeune ensemble demain ?
- Si j'ai le courage de venir au MI6 seulement pour ça, avec plaisir.
- J'avais oublié que tu étais en vacances, grimaça Moneypenny. C'est quelque chose qu'on oublie vite quand on passe de l'autre côté du bureau. Je te laisse, embrasse Q pour moi ! »
o0o
« James ?
- Oui ?
- Je peux savoir pourquoi tu viens de me faire deux fois la bise ? demanda Q en haussant un sourcil perplexe, alors que l'espion venait juste de le rejoindre au sous-sol.
- Tu as le bonjour de Stonebridge et d'Eve, répondit simplement celui-ci avant d'embrasser plus sérieusement son amant. Et ça c'est pour moi.
- Je vois, sourit légèrement le brun. Ça a été ta séance ?
- Comme d'habitude, on a parlé de trucs de vieux, ironisa le blond. Et toi ?
- Tu fais référence à ma propre séance ou bien à ma journée ? s'enquit Q sur un ton amusé.
- À ta guise, rétorqua le blond en souriant également face à la perspicacité du Quartermaster.
- 003 a réussi à ramener l'intégralité de son équipement, débita Q tout en vérifiant qu'il avait bien éteint les lumières partout, R maîtrise enfin à la perfection le temps d'infusion de l'Earl Grey et j'ai bien avancé sur les données que tu m'as ramenées donc je crois que je peux appeler ça une bonne journée. Pour la séance, pas que ça te regarde, mais je voulais de l'aide pour exorciser ma culpabilité vis-à-vis du coup de filet manqué de la dernière fois et je voulais savoir si mon addiction à un certain double-zéro était normale.
- Et alors ? demanda l'espion sans arrêter de sourire.
- Je ne le sais pas plus qu'il y a une semaine mais si j'en crois le message que j'ai reçu quelques minutes avant que tu n'arrives, je dirais que je n'ai pas à m'en faire, dit le brun en marquant une légère pause. Apparemment elle est réciproque, conclut-il avant de fermer la porte du secteur technologique et d'attirer James à lui pour l'embrasser.
Et celui-ci se laissa faire sans protester.
Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à laisser un petit commentaire ! ^^ À très bientôt j'espère...
