J'espère avoir donné le meilleur de moi-même pour ce neuvième chapitre. Enfin, c'est à vous d'en juger.
Xo,
IACB.
"Love...War...How is it fair ?
You kill me when I'm with you,
I'm dead when you aren't there."
Il n'y eut plus aucun bruit dans la salle à manger pendant presque cinq minutes. Aucun. Et personne ne fit un seul geste. Personne.
Puis Nina éclata en sanglots, sa voix cristalline se répercutant en écho d'église dans tous les recoins de la pièce. Et là encore, personne ne bougea. Personne ne parla. Personne ne respira.
Alors Nina se mit à hurler de tous ses poumons, frappant ses petits poings contre la table, la figure rouge. Narcissa se leva alors de son siège et la prit dans ses bras.
« Allez, c'est fini mon cœur, c'est fini… » lui chuchota-t-elle en entreprenant de la bercer.
Elle passa juste devant Hermione et Draco, leur lança tout deux une œillade meurtrière puis se dirigea d'un pas pressé vers la porte où Blaise se tenait toujours. Lucius ne fut pas long à la rejoindre et fit lui aussi une halte juste devant le couple.
« Si vous aimiez un tant soit peu votre fille, vous auriez pu attendre ne serait-ce que le lendemain de son anniversaire pour régler vos petits différents de lycéens au lieu de ruiner l'un des seuls jours où vous aviez l'opportunité de la voir. »
« On essaiera de s'en souvenir. » répliqua Draco en lui tenant tête.
Lucius se rapprocha alors de son fils, les sourcils froncés, l'air de vouloir le clouer littéralement sur le sol de cette salle.
« Toi, tu ferais mieux de te la boucler et faire profil bas. » lui murmura-t-il glacialement.
Il recula lentement, le mitraillant toujours des yeux, puis se dirigea lui aussi vers la porte, laissant le trio face à eux-mêmes. Et là encore, la pièce qui avait pourtant connu cris de joie et rires quelques minutes plus tôt, se retrouva prise d'assaut par un silence de mort.
L'air était électrique et lourd à la fois, comme à la suite d'une explosion nucléaire. S'alliant à cette atmosphère de tension, le ciel au dehors se couvrait progressivement, des nuages gris foncés effaçant les lueurs violettes laissées par le coucher de soleil et accélérant la venue de la nuit. Et lorsqu'un retentissant coup de tonnerre fit vibrer les fondations du Manoir, Hermione initia le premier mouvement. Elle porta lentement ses doigts à sa main gauche, manœuvra comme si elle y ôtait quelque chose puis leva légèrement son bras en avant. L'instant d'après, sa bague de fiançailles roula au sol. L'objet s'arrêta à quelques centimètres des pieds de Draco.
Dehors, la pluie s'était mise à tomber, le flot de goutes s'épaississant de secondes en secondes, tapant dans un bruit de roulement de tambour contre les vitres. Peut-être était-ce cela qui rendit démentiel le rire qui passa les lèvres de Draco la seconde suivante.
De qui se moquait-il ? D'Hermione ? De son geste ? De l'attitude Théo ? Ou alors tout simplement de lui-même ? De sa bêtise ? Mystère.
Et c'était hystérique. C'était nerveux. Il ne pouvait plus s'arrêter. Et le tonnerre grondait toujours au dehors. La pluie tombait avec un bruit d'averse torrentielle. Et il ne parvenait plus à s'arrêter de rire. L'écho de sa voix grave, déformée par son l'hilarité, ricochant sur tous les murs de la pièce. Il en perdait son souffle. Il se retenait à la table, la main sur le ventre, des larmes aux yeux.
Au bout d'une minute toute entière, il réussit à se calmer, peu à peu, haletant. Puis il se tourna vers Hermione, essoufflé, et articula :
« Tout…ça…pour…ça… ! »
Il émit un petit rire à nouveau, un peu amer, puis, après avoir régulé sa respiration, se baissa pour ramasser la bague en question.
« Tu sais ce que j'en fais de ça ? » demanda-t-il avant de prendre son élan et de jeter le bijou de toute ses forces, de toute sa violence et de toute sa fureur contre le mur en pierre, juste en face. « Voilà ce que j'en fais de cette merde. »
Hermione ne se contenta que de hausser des épaules.
« Il n'y a que toi qui est perdant dans tout ça. »
« Ah ouais ? Vraiment ? »
Il prit alors le portable qu'Hermione avait laissé sur la table et l'éclata sauvagement par terre. La propriétaire l'observa calmement faire, un rictus méprisant aux lèvres.
« Bravo. Remarquable. » siffla-t-elle en l'applaudissant.
Draco renversa une chaise, la reprit puis la lança à travers la pièce. Il fit de même avec trois autres sièges puis renversa carrément la table. Lorsque le bruit assourdissant du meuble effondré face contre terre s'estompa, on put clairement entendre Hermione éclater de rire. Le visage crispé par la haine, Draco se retourna lentement vers elle. Hermione le fixait avec moquerie.
« Allez » fit-elle, provocatrice « vas-y. Essaie de me blesser un peu, pour voir. Essaie de m'atteindre, de me faire pleurer, qu'on rigole. »
De la manière dont Draco regardait Hermione, on pouvait deviner qu'il voulait l'assassiner le plus sanguinairement possible en ce même instant. Il en était capable. Bon sang ce qu'il en était capable.
« T'as déjà eu le pervers de ton putain d'asile pour le faire, pourquoi est-ce que je devrais encore me fatiguer ? » répliqua-t-il.
Le sourire d'Hermione s'effrita à la seconde.
« DRACO ! » tonna immédiatement la voix de Blaise qui était resté silencieux jusque là.
Mais lorsque le guitariste était hors de lui, ce n'était plus lui qui parlait. C'était son venin d'aspic, son goût de la destruction d'estime, sa langue acérée suffisant à briser le plus équilibré des hommes. Et il était comme en transe.
« Il te blessait bien lui, hein ? Il te faisait pleurer nuit et jour, n'est-ce pas ? Ce n'était pas lui qui te battait ? Qui te faisait des choses totalement dégueulasses ? » continua-t-il tout en avançant vers elle, les yeux plissés. « Et tu reveux encore des larmes ? T'es masochiste à ce point ? Tu veux vraiment que je m'y mette ? Et que je te brise en mille morceaux ? C'est ça que tu veux ? T'y tiens vraiment Hermione, dis-moi ? Ou tu n'as que de la gueule ? Parce que moi, je te blesse quand tu veux. Tu sais très bien que j'en suis capable. »
« Draco, arrête ça. Arrête ! » s'exclama Blase depuis la porte.
« Non seulement je te blesse, Granger, mais je te brise. Tu m'entends ? Je te brise en mille morceaux. Et je t'écrase ensuite. Je te broie. Je te réduis à néant. Sans aucun problème. »
« Et ben alors qu'est-ce que t'attends ? » chuchota Hermione.
« Mais ça commence, ma belle, ça ne fait que commencer. Mademoiselle Je Jette Ma Bague Sur Le Mur En Signe De Protestation. Espèce d'hypocrite. Y'en a pas deux comme toi. »
Il s'avança encore vers elle, accusateur.
« Tu SAIS tout ce dont je suis capable pour toi. Tu le sais. Tu sais à quel point je peux être un parfait connard, même avec Blaise, lorsqu'il s'agit de toi. Et tu savais pour Dean Thomas. Ne me dis pas le contraire, s'il te plaît, ce serait mentir à ta conscience. Et est-ce que tu as parlé pour autant ? Hein ? ! Est-ce que tu l'as dit à Théo ? »
« Je l'ai prévenu que Dean n'était p… »
« Tiens donc ! » s'esclaffa Draco. « Elle l'a 'prévenu'. Comme c'est sympathique de sa part. Dommage que Théo ait eu le temps de tenter de se foutre en l'air deux fois avant ça. »
« J'espère que tu n'es pas en train de retourner la situation contre moi parce que là, ce serait le monde à l'envers. »
« Et ben peut-être bien. Peut-être que tout n'est que de ta faute. Peut-être que si tu n'avais jamais existé, peut-être que si tu n'étais jamais née, peut-être que si tu n'avais pas tué ta mère, peut-être que si tu n'avais pas débarqué à POUDLARD, peut-être que si tu n'avais pas poignardé ton père, peut-être que si tu n'avais pas chanté ce soir là, à la fête du lycée, peut-être que si tu n'avais jamais croisé nos chemins, tout serait allé pour le mieux. »
Hermione émit un petit rire narquois.
« Vous auriez tout de même été bien malheureux, sans moi. »
Draco la dévisagea longuement avant de reprendre.
« Tu sais ce que la phrase qui vient de sortir de ta bouche prouve ? » dit-il lentement. « Ca prouve que tu sais pertinemment que tu es la ligne de départ et celle d'arrivée de ce groupe. »
« …Dois-je prendre ça comme un compliment ? »
« Ca prouve que tu as une estime de toi démesurée. » continua-t-il sans prendre en compte ce qu'elle venait de dire. « Tu sais que tout tourne autour de toi dans Nine. Et tu aimes ça. Avoue-le. »
« C'est plutôt toi qui devrais te l'avouer. » rétorqua Hermione.
« T'aime lorsque tout gravite autour de ta personne. T'aime faire des caprices parce que tu sais que sans toi, rien ne fonctionne. T'aime te sentir au cœur de tout. Au même titre que tu aimes me rendre jaloux parce que tu sais que je serais capable de n'importe quoi. Tu veux que je te dise pourquoi tu n'as rien dit à Théodore au sujet de Dean ? »
Ils n'étaient qu'à une poignée de centimètres l'un l'autre.
« Parce qu'au fond, ça t'a fait plaisir de me voir user de tant de stratagèmes rien que pour t'avoir dans mon périmètre de sécurité. Ca t'amuse. Ca te flatte. Mais tu te sens tout de même un peu, un tout petit peu coupable d'être à l'origine de ça parce qu'au fond, tu tiens quand même à Théodore. Alors tu le 'préviens', sans trop approfondir. Parce que me voir me plier en quatre juste pour ton joli sourire surpasse de loin tous tes remords. »
Hermione s'était braquée, la figure impassible. Draco pencha alors sa tête de côté, un sourire victorieux aux lèvres.
« Ose seulement dire que j'ai tord. »
Rien ne sortit de la bouche d'Hermione. Le sourire de Draco s'élargit encore.
« Ose me dire que tu n'as pas utilisé le prétexte du pétage de câble de Theodore – dont tu connaissais parfaitement la cause – pour rompre ces fiançailles. »
Et là, Hermione détourna des yeux. Draco se rapprocha encore un peu plus, leurs visages se frôlant presque.
« Ca doit être tellement, tellement compliqué d'être Hermione Granger tout de même. » murmura-t-il. « Mais ce n'est pas le plus difficile. Le plus difficile, c'est d'aimer cette Hermione Granger. Mais ce n'est pas le plus dur. Le plus dur, c'est de deviner si cette Hermione Granger vous aime réellement en retour. »
La figure d'Hermione se tordit en une moue attristée.
« Je ne fais que détruire tout ce que je touche. » avoua-t-elle à voix basse. « Je ne vois vraiment pas ce que tu trouve d'attrayant en moi. »
Draco eut un léger sourire puis chassa délicatement une boucle noire jais qui lui tombait sur l'œil gauche.
« Tout. Je trouve absolument tout d'attrayant chez toi. Ton nez, ta bouche, tes yeux, tes oreilles, ta voix, ta façon de parler, de marcher, de sourire, de t'endormir. Même tes pulsions destructrices. J'aime tout chez toi, Hermione Granger. » lui répondit-il avant de doucement prendre d'assaut ses lèvres.
Hermione ferma immédiatement les yeux et répondit progressivement à son baiser tandis que Draco l'approfondissait en passant une main sur sa nuque, juste à l'emplacement du tatouage qu'elle s'était faite faire une semaine après la naissance de leur fille, l'autre reposant fermement contre ses hanches. Il l'enleva quelques secondes, le temps de tirer à l'aveuglette une des seules chaises qu'il n'avait pas balancé dans son accès de rage et, ne brisant pour rien au monde leur contact, s'y assit. Hermione vînt alors le rejoindre en s'installant à califourchon sur lui et dès lors, leurs gestes s'enflammèrent. Draco glissa ses mains en dessous de son débardeur, ses doigts parcourant le dos de son amante jusqu'à l'attache de son soutien-gorge tandis qu'Hermione passait fiévreusement ses mains dans la chevelure dorée du guitariste.
Et lorsque la bouche de Draco descendit sur son cou, Blaise ferma avec le moins de bruit possible la porte de la salle à manger derrière lui.
« Pas grand intérêt ? ! » répéta Jenny, ses sourcils haussés de stupéfaction. « Allez dire ça à vos millions de fans qui n'attendent que de vous voir former un couple. Même lorsque je vous vois là, assis côte à côte, je ne peux m'empêcher de me dire : 'Bon sang, ce qu'ils iraient bien ensemble'. »
Sa remarque fut suivie d'une salve d'applaudissements approbateurs dans les gradins des spectateurs.
« L'engouement général que provoque l'hypothèse que nous formions un couple restera toujours quelque chose qui me dépasse. » dit alors Hermione, un silence total s'installant comme toujours lorsqu'elle prenait la parole. « Je ne sais pas d'où est-ce que cette rumeur a commencé. Je ne sais pas pourquoi est-ce que les gens s'évertuent à voir de l'amour partout. Je ne crois pas vraiment en l'amour, sous toutes ses formes. Ayant presque tous été désillusionnés dans ce groupe, je pense que je ne suis pas la seule à partager cet avis. Le professionnel et le passionnel ne se marient que dans de rares cas. Dans le reste des cas, cela aboutit au désastre. J'aimerais épargner ce désastre à Nine. »
« …L'amour sous toutes ses formes, c'est-à-dire ? » demanda Jenny.
Hermione perdit son regard dans les coulisses, comme réfléchissant à la réponse la plus concise et intelligente à dire.
« Je n'ai pas eu le temps de connaître pleinement l'amour maternel, et quant à l'amour paternel, il était quasiment inexistant. Mes relations amoureuses ont, la plupart du temps, mal tournées, très mal même, et lorsqu'on me manifeste plus d'affection que je ne peux en donner, je ne sais pas quoi en faire et ça me fait paniquer. Je ne sais donc pas tellement comment aimer. Je ne pourrais même pas donner une parfaite définition de ce mot. Je me rééduque jour après jour mais, vous savez, lorsque vous n'avez jamais connu ça et que du jour au lendemain, quelqu'un vient…par exemple…vous demander en mariage…c'est plutôt bizarre. C'est même effrayant. Vous acceptez pour ne pas blesser la personne et puis parce que ça vous fait tout de même chaud au cœur d'être aimée…mais étant donné qu'on ne vous a jamais appris comment rendre cet amour…vous paniquez la seconde suivante. »
Elle rangea quelques mèches de cheveux derrière son oreille puis continua :
« Mais ce n'est pas mathématique et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas. Disons que j'essaie, et avec l'aide du groupe, de me soigner petit à petit. Et puis avoir tant de fans nous manifestant un amour inconditionnel des quatre coins du globe, ça aide. Ca aide vraiment. »
« Mais vous disiez pourtant que recevoir un trop-plein d'affection vous faisait angoisser ? »
Hermione ouvrit la bouche mais ne parla pas de suite.
« …Il est vrai que c'est angoissant. Lorsque vous entrez sur scène et que des milliers de personnes sont là, à hurler votre nom, à chanter vos chansons par cœur, à attendre des heures et des heures dans le froid juste pour vous voir deux petites minutes à la sortie du concert et espérer un autographe, juste avant que l'on monte dans le bus de tournée…c'est une expérience unique et effrayante à la fois. Quelques fois – tout le temps – on en arrive à se demander : Mais est-ce que l'on mérite réellement tout ça ? Qu'a-t-on fait pour que toutes ces personnes nous aiment à ce point ? Nous ne sommes pourtant pas des dieux. Nous ne nous contentons que de faire la musique. Pourquoi une telle folie ? »
Draco hochait également la tête, totalement d'accord avec ce que la chanteuse disait.
« Mais ça vous pousse, ça vous donne des ailes. Vous voulez rendre à chacune des personnes présentes l'affection qu'elle vous porte, au milligramme près. Et c'est en ça que ça nous apprend à aimer. »
Jenny hocha lentement la tête à son tour, apparemment marquée par la sagesse des paroles d'Hermione.
« C'est très beau ce que vous dites en tout cas. Très inspirant. » fit-elle tandis que le public applaudissait derrière. « On sent vraiment que vous avez tous un passé, une base, et que malgré…malgré tous les différents coups durs que vous avez enduré, votre solidarité et l'amour de votre public a aidé Nine à tout surmonter. Et maintenant vous êtes là, debout sur vos deux pieds, un quatrième album au compteur ! »
Hermione eut un rare sourire.
« Exact. Body, Mind & Soul. »
« Sortie officielle le 9, et outre-Atlantique le 11 ! Je compte sur vous ! »
Au même instant, la pochette du nouvel opus amplement anticipé du groupe fut projetée sur le grand écran du plateau. Et pour la première fois depuis leur premier album, Hermione n'en était pas la vedette. Théodore avait pris sa place sur la jaquette et, le regard grave, les cheveux ébouriffés, habillé d'un jean noir ainsi que d'un débardeur blanc lacéré, tâché, troué, il fixait l'objectif comme s'il avait le pouvoir de sonder l'âme de la personne qui s'apprêtait à ouvrir le boîtier. Il y avait quelque chose de poignant dans ses yeux verts vous fixant pour ne plus jamais vous lâcher. Quelque chose de suppliant. C'était comme s'il appelait à l'aide. Une lourde chaîne en fer était enroulée autour de sa main droite, sa main gauche entrouverte et légèrement tendue en l'air, comme s'il voulait que quelqu'un la lui attrape. Que quelqu'un le sauve.
Mais il était seul, enfermé à double tours dans cette image de papier plastifié, gardien d'un CD qui allait passer la barre du million de vente la semaine même de sa sortie.
[THEODORE]
.
Lorsque je suis entrée dans la baraque, ils avaient mis de la house à plein régime. C'était assourdissant. Je ne m'entendais même plus penser – tant mieux, d'ailleurs, mais tout de même. Remarque, au point où j'en étais, je m'en contrefoutais. Les gens sautillaient tout autour de moi, les pupilles dilatées au max, leurs corps transpirant à l'unisson. J'enjambais les bouteilles vides par terre, je lorgnais quelque fois les cachets étalés un peu n'importe comment sur les tables basses, j'esquivais les épaves qui sortaient de la salle de bain, le teint livide, titubant. Ma capuche était rabattue sur ma tête, mes mains étaient plongées dans mes poches. Mon but à moi, c'était la chambre du fond. Lorsque j'en poussais la porte, je trouvais Dash en train d'échanger un petit sachet contre une liasse de billet avec une grande blonde dont la robe ne laissait rien à l'imagination.
« Hey Nott ! Le batteur de tous les temps ! Ca fait un bail, dis-moi ! » me salua-t-il d'une tape à l'épaule juste après que la fille soit sortie en me bousculant.
J'avais tenu presque deux semaines sans rien prendre, après l'anniversaire de Nina. Au début je sortais pour me promener, me dégourdir les jambes et penser à autre chose. Et ça marchait. Puis lorsque je rentrais, je mettais la télévision à fond pour ne pas ressentir la solitude, je me commandais à manger puis j'avalais des somnifères pour dormir directement après et ne pas être tenté.
Au début ça marchait.
Puis j'ai recommencé à penser. A l'anniversaire. A la tête d'enfoiré de Draco. A Hermione. Au lycée. A Dean. Et je n'ai plus eu envie de penser. Et je suis devenu nerveux. Et je suis sorti, j'ai marché, j'ai couru, juste pour me vider la tête, mais même après deux heures et une entorse au pied, je me sentais toujours mal. Et le manque venait se rajouter à ça.
J'ai essayé de me raisonner.
Je me suis barricadé chez moi. Je tournais en rond. Je n'avais plus faim j'étais tout simplement en manque. Il me restait un tout petit peu de poudre quelque part alors j'en ai pris, juste pour me calmer. Ce n'était pas si grave, après tout. Hermione et moi en prenions quelques fois sous le coup de l'adrénaline, juste avant de monter sur scène. Rien de méchant.
Erreur. Tout n'a fait que s'accentuer. Mon corps en a voulu plus. Beaucoup plus.
Je me suis enfermé dans ma chambre. Je tremblais. J'avais froid alors que le chauffage avait été poussé au maximum. Je n'arrêtais pas de trembler de tous mes membres. Je passais mes journées à fermer les yeux, à tenter de me concentrer sur quelque chose – n'importe quoi – qui me ferait oublier toutes ces vilaines pensées. Ca a marché pendant dix minutes. Pendant dix minutes, j'ai oublié que je n'étais qu'un pauvre drogué de merde, pas fichu de rester clean ne serait-ce que trois petites semaines. Puis, à la onzième minute, j'ai craqué.
Et j'ai appelé Dash.
« Alors, ce sera comme d'habitude pour toi ? » me demanda-t-il.
J'ai hoché la tête, impatient. Mes mains, fourrées dans les poches de mon sweat, tremblaient comme si j'étais à la retraite. Je l'ai regardé me transvaser ma dose dans une enveloppe kraft puis je me suis entendu lui dire :
« En fait, t'aurais pas quelque chose de plus fort ? »
Dash continuait toujours à remplir l'enveloppe.
« Plus fort comment ? »
« Je sais pas. Quelque chose qui pourrait te faire arrêter de trop penser. »
Dash eut un petit sourire en coin. Il me tendit mon enveloppe puis sortit quelque chose de sa poche arrière. C'était une gélule transparente.
« J'appelle ça : 'le Bonheur'. C'est puissant comme truc, je te jure. C'est comme si tu prenais cent comprimés d'ecsta, sauf que là, en plus de l'euphorie, tu touches vraiment le ciel. Littéralement. Et ça dure longtemps. »
« Combien de temps ? »
« Oh…Quatre heures. »
Je haussais des sourcils.
« Quatre heures ? ! »
« Ouaip. » Il éloigna la pilule tandis que je tendais la main pour la ravir. « Crache le blé d'abord, por favor. »
Je lui ai donné ce qu'il voulait et il m'a donné ce que je voulais. En sortant, il m'a hélé une dernière fois pour me dire :
« Nott, fais tout de même gaffe. La descente peut être un peu rude. Enfin, tout dépend de ton état d'esprit avant de l'avaler. »
« T'inquiète. »
Et à nouveau, la musique vînt m'agresser les tympans. Mais, mon enveloppe dans la poche, ma pilule dans la main, tout me semblait un peu plus supportable.
.
Ce ne fut pas rude comme descente.
Non.
Ce fut d'une violence jamais encore atteinte.
J'étais dans un monde technicolor, merveilleux, ou il ne pouvait rien m'arriver de mal et l'instant d'après, je me retrouvais allongé sur le carrelage froid de ma cuisine, paralysé, le réveil indiquant quatre heures quarante quatre du matin, toutes lumières éteintes.
J'ai tout d'abord cligné des yeux. Mes paupières étaient aussi lourdes que si quelqu'un m'avait administré un cocard. J'ai ensuite bougé mes lèvres, tout doucement. Ma bouche était sèche, aride. J'ai pris conscience de mon corps tout entier et il a bien fallut cinq minutes pour que je me redresse.
Et assis, là, sur ce sol glacial, je me suis senti si petit face à mes meubles, ma table, mes tabourets de bar, ma fenêtre. C'était ridicule. Il n'y avait même pas une minute, le monde auquel j'appartenais m'avait donné l'impression, pour une fois depuis des années, d'avoir les rennes de ce qui m'arrivait. D'être le maître de la situation et de pouvoir faire ce que je voulais, sans me préoccuper des conséquences. Et là, je me sentais écrasé, bas, minuscule, inutile. Si inutile que ça me fit pleurer. Et je n'arrivais plus à m'arrêter. J'hoquetais de larmes, je ne voyais presque plus rien et l'appartement tout entier était plongé dans la pénombre nocturne.
Et je ne parvenais pas à m'arrêter de chialer comme un môme.
Toutes les mauvaises passes emmagasinées en moi depuis ma naissance ont alors ressurgies comme si elles n'attendaient que l'ouverture du bocal depuis des décennies. Et, en vrac, je revoyais mon père m'annoncer son cancer, ma mère claquer la porte de notre maison, Dean s'asseoir à ma table, ma sœur suivre ma mère en pleurant, Dean me repousser, Draco me traiter de junky, Hermione me tourner le dos…tout. D'un seul coup. Et j'ai laissé cette phrase, cette toute petite phrase qui gravitait depuis plusieurs semaines dans ma tête, m'atteindre.
A quoi bon vivre ? Pour qui ?
Je me suis traîné comme une loque jusqu'à la fenêtre, j'ai eu de la peine à l'ouvrir mais lorsque le vent m'a accueilli à bras ouvert, je me suis hissé sur le rebord du neuvième étage. J'ai regardé en bas. Les voitures allaient et venaient à toute vitesse mais mes yeux embués ne parvenaient à distinguer qu'un bal de lumières rouges et blanches sur fond de bruit de moteur et de ciel étoilé. J'ai lâché l'embrasure de la fenêtre et ai essayé de me vider l'esprit en me tenant en équilibre, à plusieurs mètres du sol.
Et, au moment de sauter, ce fut comme si la voix de Bellatrix Lestrange fut portée par le vent car j'entendis son timbre éraillé me chuchoter à l'oreille :
« Plus dure sera la chute, Théodore. Tâche de survivre. »
« On en revient à nos petites questions ? » proposa Jenny en croisant des jambes.
Le public acclama cette suggestion tandis que les quatre invités installés sur le fauteuil acquiesçaient.
« Nous en sommes pour l'instant à quatre sur neuf requêtes d'internautes. »
« Attaquons la cinquième, dans ce cas. » engagea Draco.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les roulements de tambours du AskJenny s'emparèrent du plateau et tout le monde eut les yeux rivés sur l'écran la seconde suivante. Mais, pour une raison indéterminée, on annonça prématurément à la présentatrice le nom qui allait s'y afficher via son oreillette. Elle attendit néanmoins que « BLAISE » apparaisse en grand avant de se tourner vers lui avec un grand sourire.
« Aah ! Blaise Zabini. Voyons ce qui vous a été demandé… » s'exclama-t-elle avant de lire la question : « Mr le Bassiste de Nine, je dois vous avouer que votre personnage m'intriguera toujours. Pour moi, vous êtes le plus charismatique du groupe car le plus réservé. On ne vous entend pas mais lorsque vous ouvrez la bouche, vous allez droit à l'essentiel. Et c'est une faculté que j'admire et que je considère comme synonyme de sagesse. J'ai une question pour vous : si vous deviez vous définir en deux mots, quels seraient-ils ? Très bonne continuation au groupe mais, surtout, à vous. Signé Miyabi de Katana-Obe, Japon. »
Blaise émit une petite exclamation surprise.
« Japon ? ! » répéta-t-il en haussant des sourcils.
« Eh oui, que croyez-vous ? Même du fin fond de la Sibérie, nos chers internautes peuvent visionner en direct le Jenny Dillinger Show et poser leurs questions ! »
« C'est impressionnant. » souffla-t-il en hochant lentement la tête.
Jenny croisa des jambes dans sa direction, ses mains sur les cuisses.
« Alors Mr le Bassiste de Nine, quels seraient ces deux mots qui vous définiraient à merveille ? »
Blaise se gratta distraitement le front, pensif.
« Je dirais… »
Ses yeux firent le tour du plateau tandis qu'ils réfléchissaient toujours aux termes qui le correspondraient le mieux.
« Je dirais Ange Gardien. »
« Ange gardien… c'est bizarre, je vous aurais aussi qualifiés en ces termes. » sourit-elle.
Blaise fit une moue bizarre, dans un mélange d'amusement et d'étonnement.
« Ah bon ? Pourquoi ? » voulut-il savoir.
« Je ne sais pas…je dirais que c'est parce que vous avez l'air assez protecteur envers le reste du groupe. Comme vous me l'aviez précédemment dit, vous aimez être l'homme de l'ombre – ce qui peut en quelques sortes expliquer le fait que vous soyez à la basse – mais, au bout du compte, lorsqu'on observe tout d'un peu plus près, c'est un peu vous qui tenez les ficelles de l'équilibre du groupe. Vous êtes un peu l'ange gardien d'Hermione, Draco et Theodore. Vous veillez en permanence sur eux. Après, je ne sais pas…je ne fais que dire ce que je constate. »
Théodore était assez choqué d'en être arrivé à la même conclusion, au collège, lorsqu'il avait passé les premières semaines de son arrivée à POUDLARD à essayer de percer le secret de la relation entre Blaise et Draco. A l'époque, Blaise était comme l'ange gardien de Draco.
« …C'est à peu près ça. » répondit Blaise qui, lui aussi, était assez étonné par la poussée de réflexion de Jenny Dillinger.
« C'est même tout à fait exact. » renchérit Théo.
[THEODORE]
.
« Comment vous sentez-vous ? »
Je haussais des épaules.
« Bien ? »
Je haussais à nouveau des épaules.
« Mal ? »
Je regardais par la fenêtre.
« Voulez-vous être ici ? »
Je haussais des épaules.
« Auriez-vous préféré être ailleurs ? »
Je haussais encore et toujours des épaules.
« Pensez-vous que vos problèmes se résoudront ici ? »
A nouveau, haussement d'épaules.
« Avez-vous envie que vos problèmes se résolvent ? »
Je haussais des épaules.
« Vous n'avez pas envie que vos problèmes se résolvent. »
Après les deux semaines d'isolement de coutûme, on m'a annoncé que j'avais de la visite. C'était mon père. Mon père et sa copine. On est allé marcher un peu dans le jardin et, au début, ni l'un ni l'autre ne parlait. Puis il m'a fait signe de m'asseoir sur un banc, près du lac. Je me suis assis et il m'a rejoint. Nous n'avons toujours pas parlé.
« Pourquoi n'avez-vous pas envie que vos problèmes se résolvent ? »
« Je n'ai jamais dit ça. »
La psychothérapeute arbora alors un sourire victorieux en entendant enfin le son de ma voix. C'était une ex-toxico soi disant reconvertie depuis une dizaine d'année et qui pensait pouvoir se permettre de me donner des leçons de morale. Elle s'appelait Garance Newton et elle était moche.
« C'est pourtant l'image que vous renvoyez. »
Je me remis à hausser des épaules.
« Vous voyez ? Vous avez l'air de vous en ficher. »
Je soupirais d'agacement sans répondre.
« Et j'ai l'air de vous ennuyer. Ce qui ne fait que confirmer l'hypothèse que vous vous confortez dans vos problèmes. »
« Vous allez interpréter mes faits et gestes comme ça pendant longtemps ? »
« Si ça peut m'aider à traduire ce que vous gardez cadenassé au fond de vous, oui. »
« Je garde rien cadenassé au fond de moi. »
« C'est faux, Theodore. »
« On a acheté une maison. »
Ce fut la première phrase qui passa les lèvres de mon père.
« Ah ouais ? » fis-je, sans grand enthousiasme. « Où ça ? »
« Dans l'Est de Londres. C'est un peu huppé alors ça nous fait un peu bizarre. Mais elle est belle. Et il y a un grand jardin. Et quatre chambres. »
« Quatre ? Pour quoi faire ? »
Mon père s'est un peu raclé la gorge, l'air mal à l'aise.
« Nicole est enceinte. Elle attend des jumeaux. »
J'ai hoché lentement, très lentement la tête, assimilant la nouvelle. Sa copine était enceinte. De jumeaux. OK.
« Félicitation. » fis-je, d'une voix blanche. « Je suis content pour vous. »
Mais c'était faux. Je n'étais pas content pour eux. Je n'étais content pour personne, d'ailleurs. J'avais l'esprit vide.
« Vous commencez à me faire chier. Si je vous dis que je n'ai rien, c'est que c'est la vérité. »
« Pourquoi serais-je forcée de vous croire ? »
Je la dévisageais comme si elle venait de poser la question la plus idiote du monde.
« Tout simplement parce que vous n'êtes pas dans ma tête. »
« Aimeriez-vous que je le sois ? »
« Ca devient ridicule. »
« Répondez à ma question, Theodore. »
« J'ai pas envie. »
« Vous aimeriez que je sois dans votre tête afin de pouvoir deviner ce qui vous tracasse sans que vous ayez à le dire. »
J'eus un rire méprisant.
« Alors ça va être chaque fois comme ça ? Lorsque je ne répondrais pas, vous allez vous mettre à interpréter à ma place ? Qui vous a donné votre diplôme de psy ? »
« Pourquoi êtes-vous tout à coup agressif, Theodore ? »
« Parce que vous m'énervez. »
« Pourquoi est-ce que je vous énerve ? »
« Parce que vous respirez. »
Il a continué de parler.
Ils allaient faire des travaux un peu partout et faire des achats pour que tout soit prêt à leur naissance. Nicole croisait des doigts pour que ce soit des filles, Papa pour que ce soit des garçons. Et il projetait de faire un jardin potager parce que lorsque les produits sont bios, c'est bien meilleur. Et Nicole était végétarienne de toute façon. Et au boulot, les paris étaient déjà ouverts quant au sexe des deux bébés. Et il prévoyait de faire fusionner les deux chambres du rez-de-chaussée mais il ne savait pas si les travaux seraient prêts à temps. Et Nicole préférait plutôt laisser les chambres comme ça. Et tu verras, Théo, la maison est vraiment grande, on vous accueillera lorsque tout ne sera plus en chantier.
Je suis resté silencieux. Devant moi, un cygne frottait affectueusement sa tête contre celle de son petit.
« Parce que je respire ? » répéta-t-elle.
J'en avais marre. Ca tournait en rond.
« Pourquoi est-ce que je vous énerve ? »
Je me remis à hausser des épaules.
« Qu'est-ce qui vous énerve en général ? »
« Les interrogatoires. »
« Pourquoi ? Vous n'aimez pas parler de vous ? »
« J'en sais rien. »
« Parlez-moi de vous, Theodore. »
« J'ai pas envie. »
« Pourquoi ? »
« Putain mais vous me faites vraiment chier ! »
« Qu'est-ce qui vous dérange ? Je ne fais que vous demander de parler de vous-même. »
« Ouais ben j'ai pas envie, bon sang. Qu'est-ce qu'il y a de si difficile à comprendre dedans ? »
« De quoi avez-vous envie de parler, alors ? »
« De rien. Je n'ai pas envie de parler. Je veux juste me tirer d'ici. »
Et il a parlé, parlé, parlé. Et j'ai eu la politesse de l'écouter jusqu'au bout. Mais dans mon esprit, je faisais le vide. Le vide complet. Sa voix entrait par une oreille puis sortait de l'autre sans que l'information ne s'imprime dans mon cortex cérébral. Et à un moment donné, il s'est levé. Il devait accompagner Nicole quelque part mais il espérait que je me rétablisse vite et la superficialité de ces paroles m'a presque fait rire car ce n'était pas comme si j'étais dans un putain d'hôpital pour une grippe.
« Oh ! J'oubliais ! » s'exclama-t-il juste avant de partir. « J'ai ça pour toi. »
Il me tendit une enveloppe sans nom, sans timbre et sans expéditeur. Puis il me fit un signe d'adieu de la main tandis que Nicole me souriait tout en caressant son ventre.
Leur visite n'avait même pas été utile à mon existence.
« Pourquoi voulez-vous partir d'ici alors que vous vous y êtes vous-même inscrit ? »
« Je parle de ce bureau, pas du centre. »
« Et moi je parle du centre. Pourquoi vous y êtes-vous inscrit ? »
Je haussais des épaules.
« Parce qu'ici les fenêtres sont basses, les pilules sont sous cadenas et les couteaux sont à bouts ronds. Donc pas moyen d'échapper à la vie. »
« Avez-vous déjà ressenti le besoin d'échapper à la vie ? »
« Ouais. »
« Et qu'est-ce que ça a donné ? »
« Rien de bon. »
« Auriez-vous préféré être mort, à l'heure qu'il est ? »
Là, je fus presque soufflé par la radicalité de cette interrogation.
« Pourquoi cette question ? »
« Pourquoi ne pas y répondre ? »
Je soupirais. Elle était vraiment coriace.
« Quelques fois, oui. Ca aurait facilité la vie de pas mal de gens. »
« Pourquoi ? »
Je soupirais à nouveau.
« Pourquoi toutes ces questions ? ! »
« Parce que je veux savoir. Et lorsque je saurais, je pourrais vous aider. »
« Je n'ai pas besoin d'aide. »
« Pourquoi vous êtes-vous inscrit à ce centre dans ce cas ? »
« Je ne m'y suis pas inscrit ! »
« Vous êtes pourtant là, devant moi. »
« On m'y a forcé. Je perdais ma place dans le groupe, sinon. » finis-je par avouer.
Elle eut un minuscule sourire. Elle avait, une fois de plus, réussit à m'extirper les vers du nez.
Un jour, deux jours, trois jours, quatre jours. Pliée en quatre dans la poche arrière de mon jean, j'avais complètement oublié l'existence de cette lettre jusqu'à la fin de la semaine. Glissant sans réfléchir ma main dans la poche en question juste avant de descendre diner, j'en ressortis l'enveloppe froissée, un peu noircie. Pour la jeter ensuite sur ma table de nuit. Nous avions tous les mêmes tables de nuit au Centre. Echouée à côté de mon énième tome de One Piece, je me levais et quittais la salle sans y prendre grande attention, une nouvelle fois.
« On vous y a forcé. Qui est ce 'on' ? »
Cette fois-ci, je décidais de me murer dans un profond mutisme, gardant les yeux fixés sur le pot de fleur posé sur son bureau. Elle ne m'y reprendrait pas deux fois.
« Blaise Zabini ? »
Rien.
« Hermione Granger. »
Encore rien.
« Draco Malfoy ? »
A nouveau.
« Votre père ? »
J'eus un petit rire étouffé mais rien d'autre ne sortit de ma bouche.
« Vous ne voulez pas répondre. »
Bien vu, l'aveugle.
« Je vous énerve. »
Wow. Quel éclair de lucidité ! On ne stoppe pas le progrès, comme quoi.
« Vous voulez savoir pourquoi je vous énerve ? »
Question à sens unique. Elle allait de toute façon cracher le morceau.
« Je vous énerve parce que, sans même que vous ne le vouliez, mes questions travaillent votre esprit et vous poussent quelques fois à m'avouer la vérité. »
Ah, tout compte fait non. Ce n'était pas du progrès c'était de la régression à pas de géants.
« Et vous voulez savoir ce que cela prouve ? »
Non. Sans façon.
« Cela prouve que même si vous paraissez résigné aux premiers abords, vous avez inconsciemment envie que l'on vous aide. Que l'on vous tende la main. Parce que personne n'a su le faire, ces dernières années. Du moins, personne n'a su bien le faire. »
Et voilà qu'elle se sentait unique au monde, maintenant. Pathétique.
« Vous vous rétractez, vous vous renfermez sur vous-même, vous manifestez de l'agressivité lorsque je m'approche d'un sujet brûlant, vous êtes sarcastique à souhait. »
« Merci. Ca me flatte. »
« Vous voyez ? »
Je haussais des épaules. Qu'ils aillent voir ailleurs si j'y étais, son stupide charabia de moraliste et elle.
« Vous vous protégez, Théodore. Vous vous protégez désespérément. Et vous avez peur. Tellement peur. »
Ah ! Première nouvelle.
« Mais de quoi ? Qu'est-ce qui vous fait aussi peur ? »
Mes lèvres restèrent scellées, mes yeux fixant toujours avec intensité le vase en cristal juste devant moi. Je la sentis alors se pencher sur son bureau et croiser des mais, l'air soucieuse.
« Qui a trahit votre confiance, Théodore ? » demanda-t-elle, lentement.
Mes yeux se fermèrent automatiquement.
« Vous pouvez me le dire… »
« Reculez. » fis-je d'une voix hachée, mes paupières toujours closes constituant un barrage imperméable face aux larmes qui me picotaient les yeux.
« …Comment ? »
« RECULEZ. »
J'entendis le bruit de son fauteuil de bureau s'éloigner un peu et elle continua.
« Ca y est, Théodore. J'ai reculé. C'est bon. »
« Pas comme ça. Reculez. Sortez de ma tête. »
« N'était-ce pas ce que vous vouliez, au fond ? Que j'entre dans vos pensées afin de pouvoir détermin… »
« Non. Ce n'est pas ce que je voulais. Ca n'a jamais été ce que je voulais. Vous dîtes n'importe quoi. »
« Théodore… Soyez vrai avec vous-même. Pour une fois. »
« Contentez-vous de reculer. De vous tenir à distance. Et ne vous approchez plus jamais, à moins que je ne vous l'aie autorisé. »
« Théod… »
« Ne vous approchez plus. »
Remontant dans ma chambre, juste après le dîner, je suis à nouveau retombé sur l'enveloppe de mon père. Je l'ai prise, j'ai soupiré, puis je me suis dit : oh et puis merde. Et je l'ai ouverte avec brusquerie. Si c'était du fric, je le jetterai. Je n'étais plus un môme de quinze ans à qui il fallait donner de l'argent de poche – mon compte en banque souffrait, à vrai dire, d'obésité. Si c'était un cliché photo de Nicole, son gros ventre de nana heureuse et lui, il allait finir en quatre-cent quatre-vingt quatorze lambeaux au-dessus de la première benne à ordure que je trouverai. Si c'était une lettre – je doutais que cela puisse être une lettre.
Et c'était justement une lettre. L'écriture penchée, un peu brouillonne, disait :
« Théodore,
Lorsque ta mère nous a laissé seuls, toi et moi, je me suis juré de remplir les deux rôles. Je me suis efforcé d'être le père que je n'ai jamais eu et la mère que tu as toujours voulu avoir. J'ai économisé pour t'inscrire dans une grande école parce que cela pouvait te garantir un meilleur avenir que celui qui t'attendais. J'ai aussi tenu à ce que tu continues coûte que coûte la batterie – tu te souviens lorsque tu voulais tout arrêter ? – parce que je savais que c'était dans la musique que tu trouverais ton épanouissement.
Lorsque Nine a commencé – répétitions dans le garage, concerts dans les bars, refus des maisons de disques – je dois t'avouer que je n'y croyais pas trop. Mais comme je savais que tu ne t'investissais jamais à fond dans quelque chose pour rien et que tes notes restaient à peu près correctes, je ne me suis pas trop inquiété. Il y avait forcément une mine d'or derrière tout ce travail acharné. Et cela s'est confirmé lorsque, du jour au lendemain, le succès de Nine a explosé dans le monde entier. J'ai été fier (et je le suis toujours) ce jour-là de te voir à la télévision, en affiche, partout dans le pays.
Je suis fier de toi, Théodore. Je ne te l'ai sans doute jamais dit mais je suis fier, extrêmement fier de toi. Et je suis fier du groupe, je suis fier d'avoir été là pour vous voir grandir et devenir les superstars internationales que vous êtes maintenant.
Mais il y a des hauts, il y a des bas. C'est la vie et c'est naturel. Il y a des personnes qui nous tournent le dos. D'autres non. Certains restent. Certains partent. Et le monde continue de tourner. Le soleil continue de se lever et quelque part, sur cette Terre, peut-être que quelqu'un souffre beaucoup plus que nous mais qu'il puise son bonheur dans le simple fait de se réveiller chaque jour en vie.
Tu sais que je suis là, Théodore, s'il y a quoi que ce soit. Est-ce que tu le sais, ça ? Que je suis là ?
Papa. »
Je dus m'y reprendre une quinzaine de fois pour relire cette lettre sans pleurer. Et là, je n'avais aucun cachet, aucun joint, aucune goûte d'alcool pour noyer ma douleur.
Est-ce que tu le sais, ça ? Que je suis là ?
03h12 du matin.
Recroquevillé contre lui-même, le dos contre le mur, Théodore ne parvient toujours pas à se calmer. Ses épaules se secouent au rythme de ses larmes, larmes dont les écluses ne semblent pas vouloir se refermer. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas pleuré comme ça. Ca lui faisait du bien. Ca lui faisait du mal. Il avait un stylo coincé entre son index et son majeur, une feuille posée au sol, juste devant lui. Mais ses mains tremblent trop. Beaucoup trop.
C'est donc avec beaucoup de difficultés qu'il parvient à écrire :
« Papa,
Non, je ne le savais pas, jusque maintenant.
Merci. Merci beaucoup. Ca va passer. Tout va bien se passer, maintenant.
Théo. »
La Jaguar noire aux vitres fumées stationna, le temps que le grand portail imposant du Centre Alexander Fitzgerald ne se coulisse, puis pénétra dans l'enceinte du bâtiment et atteignit en une microseconde le premier barrage. On fit signe au conducteur de baisser sa vitre, ce qu'il ne fit que de trois petit centimètres.
« Quelle est la nature de votre visite ? » lui demanda le gardien en uniforme, depuis la vitre de sa petite cabine.
Une carte apparut à l'embrasure de la vitre, maintenue en équilibre entre deux doigts. Le gardien l'analysa puis lui fit signe d'attendre.
« Vous êtes venu pour rendre visite à un pensionnaire, c'est ça ? » lui demanda-t-il tout en appuyant sur le bouton d'appel relié à l'accueil même du Centre.
« Exact. » répondit une voix masculine.
Le gardien parla quelques secondes à l'interphone puis hocha la tête et ouvrit la barrière pour que la voiture puisse passer. L'instant d'après, le bolide avait disparu, dans un tourbillon de fumée et de rugissement de moteur.
.
« Is there a cure for this pain ?
Maybe I should have something to eat
But food won't take this emptiness away… »
Plongé dans sa musique, sa chambre plongée dans le noir total, Théodore contemplait le plafond sans vraiment le voir. Depuis combien de temps était-il dans cette position ? Dieu seul savait.
Il faisait le vide. Comme toujours. Le vide. Complet.
Un rayon de lumière orange vînt soudain troubler l'obscurité apaisante de la pièce, une silhouette se dessinant sur le plafond. Elle était grande, allongée par l'effet d'ombre, et restait immobile sur le pas de la porte. Théodore finit par ôter un de ses écouteurs et se redressa sur ses coudes. Vêtu d'un long manteau noir, des lunettes de soleil noires également sur le nez, Blaise le fixait en retour. Il eut un demi-sourire. Théodore enleva son second écouteur puis s'assit sur son lit. Il appuya sur le bouton près de la fenêtre et, aussitôt après, les stores se relevèrent, laissant les rayons de soleil éclairer vivement la pièce. Se retournant vers Blaise, il lui lança :
« Reste pas planté là. Entre. »
Le bassiste enleva tout d'abord son manteau avant d'obtempérer. Il observa silencieusement tout autour de lui, enleva finalement ses lunettes puis posa précautionneusement le tout sur une chaise. Théodore eut un petit rire nerveux en ouvrant grand les bras.
« Bienvenue dans mon humble prison ! Je t'en prie, fais comme chez toi. »
« C'est un honneur. » répondit Blaise et en entendant cette voix si posée, si calme en toutes circonstances, si familière, le batteur réalisa à quel point Nine lui manquait, malgré tout.
Blaise marcha jusqu'à la fenêtre et admira la vue.
Le Centre Fitzgerald était réputé pour son cadre de vie reposant, son personnel hautement qualifié et, surtout, sa discrétion. Personne, en dehors de l'enceinte de la bâtisse, ne connaissait l'identité des pensionnaires y résidant et les employés étaient tenus au secret professionnel. De nombreuses stars étaient donc venues se faire soigner incognito ici, sans que la presse ou même leur famille ne soient au courant.
« C'est reposant, ici. » remarqua Blaise en collant son front contre la vitre.
Derrière lui, Théodore haussa des épaules. Il ne pouvait s'empêcher de fixer Blaise comme un élève attendant un compliment, une remarque encourageante venant de son professeur.
« Ouais. Un peu trop. On étouffe, quelques fois. »
« Le silence peut être oppressant pour celui qui a peur de la solitude ou ne se sent pas bien avec sa conscience. »
« T'es venu pour me faire la morale ? » se braqua Théodore d'un ton cinglant.
Blaise se retourna alors vers lui, un sourire amusé aux lèvres. Il marcha vers le jeune homme et lui ébouriffa affectueusement les cheveux.
« Mais non, petit Théo. Pas le moins du monde. » lui assura-t-il.
.
« Alors, hum…comment ça se passe…avec le groupe ? » demanda Théodore tout en shootant dans un caillou.
Bien que le soleil soit à son zénith, Blaise avait tout de même revêtu son manteau lorsque son hôte lui avait proposé d'aller se promener dans le gigantesque parc situé derrière le bâtiment.
« Ca se passe. » répondit-il simplement. « On nous a donné un break de trois semaines avant de rentrer à nouveau en studio pour entamer Body, Mind & Soul. »
« Ah. Ok. Tout le monde est en vacance, donc ? »
« Oui. Draco et Nina sont partis à Bali, je crois, Hermione est restée à Londres et puis je pars demain après-midi pour Barcelone. C'est pour cela que je voulais en profiter pour venir te voir avant. »
Théodore hocha la tête, ses mains enfoncées dans ses poches de jean.
« C'est gentil. »
Blaise eut un petit sourire.
« C'est tout naturel. Tu nous manque, tu sais ? »
Théodore eut un rictus amer.
« Toi, je veux bien te croire. Mais Hermione et Draco, permets-moi d'en douter. »
« Je t'assure que tu leur manques, Théo. »
Il haussa des épaules et concentra son regard sur la clairière devant eux.
« Il ne faut pas en vouloir à Draco. Je sais que c'est totalement insensé de te dire ça alors qu'il est à 50% responsable de toute cette déchéance…mais je t'en prie, ne lui en veut pas. »
A côté de lui, Théodore restait silencieux. Mais les traits de son visage s'étaient durcis à l'évocation du guitariste de Nine.
« Tu sais » continua Blaise « Draco, je dois le connaître depuis la dernière année de maternelle. En primaire, personne ne l'aimait. »
Malgré lui, Théodore haussa des sourcils.
« Personne ne l'aimait ? » répéta-t-il.
« Non. Personne. J'étais pratiquement le seul à traîner avec lui. Tous les autres étaient jaloux de lui. »
« Jaloux de quoi ? »
« Jaloux de sa richesse. Draco venait en Porsche à l'école, accompagné d'un chauffeur, et ne portait que des écharpes Burberry avec ses initiales cousus en fils d'or dessus. Et je ne caricature rien. »
« Pourquoi est-ce que tu es resté avec lui, alors ? »
« Parce qu'ils ne m'aimaient pas non plus. »
« Toi ? Mais pourquoi ? ! »
Blaise se contenta de pointer du doigt le dos de sa main. Au début, Théodore ne comprit pas ce qu'il désignait – il n'y avait rien d'autre que sa peau – puis il secoua la tête, dépité. C'était justement sa couleur de peau, le « problème ».
« Merde. Ca craint. »
« Tu l'as dit. Mais j'étais habitué, donc ça va. Je m'en fichais un peu, en fait. Mais voir ce petit blondinet en mocassins proprets et chemise impeccable tout le temps seul dans la cour, jetant des regards de chien battu tout autour de lui…je sais pas. Ca m'a fait mal, un peu. Ou ça m'a fait pitié. Alors je suis allé le voir et je lui ai tenu compagnie. Il n'avait pas un seul gramme de confiance en lui à l'époque. Pas un seul. Il n'arrivait même pas à placer une phrase sans rougir, bégayer et s'excuser. »
« Vraiment ? » fit Théodore, légèrement amusé par ce qu'il apprenait. « Alors derrière toute cette arrogance, tout ce trop-plein d'égo, il n'y a que du vent ? »
« Ho non ! Point du tout. Il s'est tout simplement réinventé. Je l'ai aidé à se réinventer. A être Draco Malfoy. Je l'ai aidé à construire les premières bases, les premiers fondements du personnage et il y a ajouté ses variantes par la suite. »
« Et quels sont ces premiers fondements ? »
« Prendre conscience qu'il était Draco Malfoy, tout d'abord. Pas dans le sens : je suis héritier et je nage dans le luxe. Non. Plus dans le sens : Je suis Draco Malfoy. Je suis un être humain. J'existe. Lorsqu'on est rabaissé ou rejeté des autres, on a tendance à oublier cette notion qui est pourtant vitale. Je me rappelle que lorsqu'on se moquait de moi, qu'on me traitait de 'Sale Noir' etc, au début je pleurais et je me sentais plus bas que Terre, plus inférieur encore que les animaux ou même les plantes. Tu vois un peu comme ce genre de choses peut en pâtir sur l'estime de soi ? Il fallait donc déjà remettre cette vérité en place dans sa conscience avant toutes choses.
Et puis, ensuite, lorsque nous sommes entrés au collège de POUDLARD, tout s'est passé dans l'exact contraire. Dès le premier jour, la moitié des filles de l'établissement avaient jeté leur dévolu sur lui tandis que les garçons faisaient de leur possible pour être le plus ami possible avec lui. Etrange hein, lorsqu'on considère qu'il n'y avait même pas un trimestre, on lui marchait sur les pieds tout en le bousculant, sans même s'excuser. Comme quoi, ça ne tenait vraiment qu'à un fil.
J'ai alors commencé à m'éloigner : ma tâche avec lui était terminée. Et puis, de toute façon, avec toute cette notoriété nouvelle dont il bénéficiait, que pouvait-il en avoir encore à foutre de moi ? Je me suis détaché progressivement de lui. Et c'est lui qui s'est raccroché à moi, contre toutes attentes, malgré la tonne d'amis que sa popularité lui avait apportés. Tu sais pourquoi ? »
Théodore fit non de la tête.
« Parce que personne avant ne lui avait donné de l'importance. Sa mère le noyait sous les vêtements de luxe, son père ne s'intéressait pas vraiment à lui, mis à part lorsque son carnet de note arrivait à la maison. Personne ne l'avait réellement considéré. Personne à part moi. »
« Pourquoi est-ce que tu me racontes tout ça ? »
« Pour que tu comprennes un peu qui est Draco et pourquoi est-ce qu'il fonctionne comme ça. Pourquoi est-ce qu'il croit que tout lui est dû, que tout s'arrange soit avec de l'argent, soit en manipulant. Ses parents l'ont en quelques sortes éduqué comme ça. Il a baigné dans une mentalité clamant que tout s'achète et que tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. »
Théodore haussa des épaules.
« Tu as plus de chances que lui, Théo. Crois-le ou non, tu es dix fois plus chanceux que Draco, et dès la naissance. Tes parents – ton père, pardon – t'a inculqué des valeurs dès le plus jeune âge et ces valeurs dictent ta morale jusque maintenant. J'ai presque dû apprendre à Draco la définition de ces deux mots. Tu as été trahi par lui une fois. Est-ce que tu veux que je te cite le nombre de fois où Draco m'a planté le couteau dans le dos malgré tout ce que j'ai fait pour lui ? La liste va être très longue. Cependant, ne te méprends pas : je ne minimise en aucun cas ce qu'il t'a fait en disant ça, au contraire. J'essaie simplement de te faire comprendre qui est Draco. »
« Même si j'arrivais à cerner sa véritable nature, ça m'étonnerait que j'en arrive à ne plus le haïr. »
« Dans ce cas, tu me haïras également. »
Le jeune homme se retourna vers son aîné, interloqué.
« Quoi ? Mais non ! Pourquoi est-ce que je devrais te haïr ? »
Blaise s'arrêta alors de marcher. Ses yeux se fixèrent sur l'étang aux cygnes au bord duquel Théodore et son père avaient marché la fois dernière.
« J'étais au courant pour Dean. Depuis le début. » dit-il alors d'une voix calme. « J'étais au courant et je n'ai rien fait, je ne t'ai rien dit, j'ai patiemment attendu que tout explose. Je te dois des excuses, Théodore. »
Un silence s'abattit sur eux. Même les oiseaux perchés dans les arbres ne chantaient plus. Le vent soufflait silencieusement, faisant voleter les quelques feuilles mortes entassées sur la pelouse. Blaise ferma les paupières, attendant un verdict, n'importe lequel.
Verdict qui ne vînt pas. Il ouvrit un œil. Puis un deuxième. Théodore le fixait droit dans les yeux.
« Et Hermione ? » demanda-t-il, la voix pleine d'amertume. « Hermione aussi, elle le savait ? »
« Non. » mentit Blaise. « Elle n'était pas au courant. »
« Menteur. »
« Je comprends très bien que tu ne puisses plus m'accorder ta confiance. »
Théodore enfonça ses doigts dans ses cheveux bruns en bataille, totalement perdu. Il secoua la tête puis fit les cent pas et s'arrêta.
« Putain mais qu'est-ce que je vous ai fait pour que vous puissiez en vouloir à mon épanouissement comme ça ? »
Il secoua à nouveau la tête, l'air d'être dans l'incompréhension la plus totale.
« Qu'est-ce que je vous ai fait, bon sang ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? J'ai absolument rien demandé. J'ai toujours bien fait mon boulot aux batteries, même lorsqu'on était encore dans The Golden Filter. J'ai toujours été irréprochable. Pourquoi est-ce que vous me détestez autant ? ! »
« Je ne te détes… »
« Si, Blaise. Je suis désolé mais si. Parce que pour m'avoir laissé dans l'ignorance la plus totale pendant au moins sept ans, il fallait vraiment me détester et vouloir ma perte. »
« Ni l'un ni l'autre. »
« …punaise mais qu'est-ce que j'ai bien pu vous faire ? »
« Rien, Théodore ! Rien du tout. C'est jusque que par ordre de priorité, Draco passait bien avant toi à l'époque. Je me contentais de couvrir mon meilleur ami. »
« Tiens donc. Et tu vas me dire que maintenant, je passe avant lui dans ton ordre de priorité, c'est ça ? »
« Tout à fait exact. »
Théodore haussa des sourcils, stupéfait.
« Q-quoi ? » bredouilla-t-il.
« Tu passes avant Draco, maintenant. Après l'anniversaire de Nina, je me suis senti comme une merde. J'étais en colère contre moi, même pas contre Draco. Contre moi-même. Parce qu'en restant silencieux, j'avais invariablement cautionné toutes ses manigances. Une fois de plus. Tu te souviens de ce que je t'ai dis dans la chambre, tout à l'heure ? Le silence peut être oppressant pour celui qui a peur de la solitude ou ne se sent pas bien avec sa conscience. Je ne me sentais pas du tout bien avec ma conscience après ça. Beaucoup plus qu'avant. Je devais à tout prix venir te le dire, peu importe la façon dont tu allais réagir. Et ne pense pas une seule seconde que Draco se la coule douce, la figure au soleil, en ce moment même. Lui, c'est depuis ta première tentative de suicide, celle avant le concert, que la culpabilité le ronge. Tu n'as pas vu à quel point il buvait et à quel point ses rapports avec Hermione se détérioraient au cour du Meths Wonderland Tour ? Tout cela n'est le fruit que des remords. Aussi connard qu'il peut être, n'oublie pas que Draco a une conscience. Et que sa conscience ne le lâche pas une seule microseconde. »
« Ah ! J'ai comme l'impression que vous avez sous-estimé mon pouvoir d'observation. » constata Jenny, fière comme tout de voir Blaise et Théodore l'observer avec une curiosité toute nouvelle.
« Un peu. » rit Blaise, l'Ange Gardien. « Mais c'est bien. J'aime être surpris. »
« Et moi donc ! D'ailleurs ce petit jeu de définition me plaît bien ! » embraya Jenny en coinçant machinalement quelques mèches de cheveux derrière ses oreilles. « Ca vous ennuie si je pose cette même question qui vous a été posé un autre de vos camarades ? »
« …Pas le moins du monde. »
« Parfait ! »
Elle leva son index, comme s'apprêtant à annoncer une nouvelle cruciale.
« Sauf que, petit changement, au lieu de demander à la personne en question de s'auto-définir, je vais demander à son voisin de s'en charger. Cela sera une manière intéressante de voir le regard que vous portez les uns sur les autres. Ready ? »
Le public applaudit tandis que les quatre invités acquiesçaient volontiers.
« Hmmm alors voyons-voir… Et si, au hasard, nous demandions à Draco Malfoy de définir Hermione Granger ? »
Oh, quel parfait hasard. Théodore eut un rictus en coin en voyant des étoiles, des astéroïdes ainsi que toute une voie lactée naître dans les pupilles de Jenny lorsque Draco se retourna vers Hermione.
Mais il était vrai que la scène était assez prenante. Si prenante que personne ne faisait de bruit sur le plateau. Draco et Hermione se faisaient face et se regardaient, yeux dans les yeux, d'égal à égal, sans cligner.
« En combien de mots ? » demanda le guitariste de Nine, ses yeux toujours plantés dans ceux de la chanteuse.
« Deux. Tout comme ce qui a été demandé à Blaise. »
« Deux mots… »
Hermione, au bout d'un instant, se mordit la lèvre, comme résistant à une irrépressible envie de rire. Elle réussit cependant à se calmer et Draco répondit alors :
« Feu. Glace. »
Draco écrasa sa paume de main contre le bouton métallique et, la seconde suivante, une cascade d'eau brûlante se déversa sur lui. Il baissa la tête en fermant des yeux, laissant le jet d'eau le baptiser de la tête aux pieds. Puis il leva son visage vers le plafond, les yeux toujours clos, et passa ses mains dans ses cheveux blonds mouillés, les plaquant ainsi en arrière. Et tout autour de lui, la vapeur montait, montait, montait. Une fumée blanche opaque l'entourait et embaumait la pièce. Draco reposa son front contre le mur, laissant toujours l'eau bouillonnante rouler sur sa peau.
Il sentit alors ses mains. Sur son dos. Puis sur son torse. Son index suivant lentement le contour de ses abdominaux.
Puis son corps. Sa poitrine. Ses hanches. Ses longs cheveux mouillés. Pressés contre son dos.
Sa bouche. Ses lèvres. Sur le haut de son dos. Puis sur sa nuque. Puis à la naissance de ses cheveux.
Ses dents. Mordre dans son cou.
Draco eut un frisson tout en se redressant. Il cligna des yeux et regarda tout autour de lui.
Il était seul.
.
Draco enroula une serviette blanche autour de sa taille, la coinça sur sa hanche gauche puis ouvrit la porte de la salle de bain. Il tomba sur la chambre de la suite royale du Hilton de Bali qu'il occupait depuis maintenant huit jours. Il marcha jusqu'au grand lit King Size défait, la moquette feutrant le bruit de ses pas, et se pencha légèrement au-dessus du petit amoncellement de draps en coton égyptien situé au milieu du matelas. Nina Hazel dormait profondément, tous ses traits détendus, son pouce coincé entre ses deux petites lèvres roses, ses longues boucles or répandue tout autour de sa figure telle des tentacules dorées. Draco s'agenouilla juste devant elle et reposa sa tête mouillée sur le matelas, ne quittant pas une seule seconde sa fille des yeux. Il pouvait l'observer dormir des heures et des heures.
.
« Oh ! Un 'ion ! »
Nina était totalement déchaînée. Elle sautillait sur place devant l'enclos du roi des animaux, son éléphant en peluche à la main. C'était une famille toute entière qui vivait là, dans ce petit bout de jungle aménagé. Une lionne était allongée contre l'arbre du milieu de l'enclos et gardait un œil vigilant sur ses lionceaux qui se chamaillaient entre eux, juste à côté. Le lion, quant à lui, faisait la ronde tout autour de sa prison, secouant quelques fois de la crinière pour chasser les moustiques qui tentaient d'y élire domicile. Lorsque l'impressionnante bête passa à quelques centimètres seulement de Nina, cette-dernière sauta d'un bond en arrière et courut se réfugier dans les bras de son père.
« Hahaha non ! Il ne faut pas avoir peur, il ne va rien te faire ! » lui assura Draco en la portant contre lui. « Regarde, ce n'est rien qu'une gentille et inoffensive petite peluche… »
Le guitariste tapa son index contre la vitre de l'enclos et récolta pour récompense un féroce rugissement qui le fit tressaillir. Il n'en fallut pas plus par contre pour Nina qui fondit en sanglot la seconde suivante.
« …OK, pas si inoffensive que ça, tout compte fait. »
.
« C'est bon ? »
De la glace jusqu'au bout du nez, Nina dévorait le cornet chocolat-vanille-fraise que venait de lui acheter son père pour la consoler. Draco croqua quant à lui dans sa pomme d'amour et regarda tout autour de lui. Il n'y avait quasiment personne, et pour cause : le zoo n'était pas censé être ouvert ce jour-là. Il avait été réservé rien que pour sa fille et lui, de façon à ce qu'ils ne soient pas assaillis par fans et paparazzis en tous genres.
Draco croqua à nouveau dans sa confiserie tout en reportant son regard sur Hazel. Cette-dernière venait de terminer sa boule à la fraise, une énorme moustache rose lui ornant par conséquent le haut de la bouche.
« En tout cas toi, tu avais faim ! » s'exclama-t-il en lui ébouriffant les cheveux.
Il passa son doigt sur le haut de la lèvre supérieure de Nina et le porta à sa bouche, récupérant ce qu'il restait de glace à la fraise.
« Mmmh ! Délicieux. »
Sa fille éclata de rire. Ses yeux ambrés en amande étaient plissés et de jolies pommettes toutes roses se formaient sur ses joues. Le portrait craché d'Hermione.
.
"Salut. J'espère que tu vas bien. Nina te demande. Et moi aussi. Je t'..."
Draco effaça l'intégralité du message.
"Nina te demande."
Envoyé.
« Papa ! »
Draco releva la tête tout en glissant son portable dans sa poche. Perchée sur l'estrade des cabines d'essayages, Nina tournait gracieusement sur elle-même, vêtue d'une véritable réplique de la robe de Cendrillon, un diadème perchée sur sa cascade de boucles blondes. Draco eut un sourire attendri.
« Ca te plaît ? »
« 'Ui ! » jubila la petite Hazel en se tenant maladroitement à la vendeuse, prise de tournis.
« Eh bien on embarque. »
Arrivés à la caisse, Draco tendit sa carte bancaire tout en surveillant sa fille du coin de l'œil. Cette-dernière avait ôté le diadème de ses cheveux et le scrutait sous toutes ses coutures. Il était en or blanc et orné de cristaux de diamant. Le prix devait culminer dans les milliers. Draco s'accroupit devant elle.
« Ca aussi, tu le veux ? »
Nina leva lentement les yeux vers lui, l'air de ne pas oser dire oui. Elle finit néanmoins par hocher la tête.
« Alors il est à toi. »
Son père lui prit délicatement la couronne des mains pour la percher à nouveau sur sa petite tête blonde. Nina avait l'air véritablement aux anges.
« L'essentiel, c'est que tu sois heureuse. » lui dit-il en arrangeant l'objet luxueux de quelques petits millimètres pour qu'il soit parfaitement installé. « Totalement heureuse. »
.
Draco était pensif. En permanence. Même lorsqu'il souriait, même lorsqu'il câlinait sa fille, même lorsqu'il parlait à un membre du personnel de l'hôtel. Il avait la tête ailleurs. En permanence.
Et il ne voulait pas, surtout pas appeler Blaise. Il avait ses raisons.
.
« Steady as she goes, steady as she goes… »
Draco déposa une noisette de shampooing sur sa paume de main et massa doucement le cuir chevelu de Nina avec tandis que cette-dernière organisait une véritable conférence nautique avec sa congrégation de jouets en plastiques.
« …wellhere we go again, you find yourself a friend who knows you well… »
Pour une raison indéterminée, cette chanson des The Raconteurs lui avait trotté dans la tête durant toute la fin d'après-midi. Elle était sortie en 2006, quelque chose comme ça. Draco s'en souvenait car, à l'époque, ils étaient en préparation de leur troisième album et il s'était inspiré de quelques uns des accords pour « Red War », la troisième chanson du disque. Pour le reste, Théodore s'était carrément surpassé aux batter…
Bref.
Draco inspira. Expira. Se concentra sur le bruit de l'eau, sur les gazouillis incompréhensibles de Nina, sur le bruit de la mousse dans ses cheveux, sur les clapotis que créaient chacun de ses mouvements. Sur quelque chose. Sur n'importe quoi.
.
Draco se gratta le menton, les sourcils froncés.
« Mais…où est passé Hazel ? »
Il souleva la couette. En vain. Regarda sous la table de nuit. Rien. Se baissa pour vérifier sous le lit. Pas de Nina.
« Où a-t-elle bien pu passer ? ! » s'exclama-t-il en posant ses mains sur ses hanches.
Un gloussement provenant de la tête de lit parvînt alors à ses oreilles. Draco haussa des sourcils.
« Ho ho, je crois maintenant savoir où elle se cache… »
Il monta sur le lit et tâta partout autour de lui tout en avançant vers l'armée d'oreillers.
« …peut-être bien qu'elle se cache… »
Il ôta d'un coup le plus gros oreiller et découvrit Nina recroquevillée sur elle-même.
« …ICI ! »
Draco sauta sur elle et lui administra sa sentence. Des centaines de milliers de chatouilles. Nina se contorsionnait pour échapper à l'étreinte de son père tout en hurlant de rire, des larmes roulant sur ses joues roses. Mais Draco était bien déterminé à mettre sa punition à exécution.
« Ouh ! » soupira-t-il en lui rendant sa liberté. « Ca y est, je déclare forfait. »
Ils s'effondrèrent sur le lit en même temps, côte à côte, tout deux essoufflés. Puis, toujours dans la même synchronisation, ils tournèrent chacun leur tête du côté de l'autre et se regardèrent. Draco lui sourit en enroulant une mèche de ses cheveux tout autour de son index. Nina vînt alors se blottir contre son torse, son oreille collée à l'emplacement de son cœur.
.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Draco se redressa d'un coup sur son lit, manquant au passage de réveiller Hazel qui dormait à poings fermés sur lui. Il était sans doute deux heures du matin et son portable venait de sonner. Il n'avait même pas eu le temps de dire 'Allo' que la voix d'Hermione avait retentit à l'autre bout du fil.
Son cœur se mit à battre à neuf cent à l'heure et il s'humecta les lèvres tout en se passant la main dans les cheveux.
« Je…Hum, bah je dors. Enfin, je dormais. »
Il se racla la gorge.
« Et toi ? »
Il y eut un long moment silencieux, si long que Draco eut peur qu'elle ait raccroché.
« Je sais pas. Je pense. »
Draco se redressa un peu plus. Il adorait sa voix, maintenant, à 2h02 du matin. Elle était encore plus cassée que d'habitude et le fait qu'il n'y ait absolument aucun bruit d'un côté comme de l'autre donnait l'impression qu'elle lui chuchotait dans le creux de l'oreille.
« A quoi est-ce que tu pense ? »
« A tout. Et à rien. »
« Et au milieu de tout ça, est-ce que j'ai une petite place ? »
Elle eut un faible rire.
« Tu le sais très bien. »
« Non, je ne sais pas. Je ne sais jamais rien avec toi. »
Elle soupira.
« Bien sûr, Dray, que je pense à toi. »
Draco dû se calmer.
Il dû agripper les draps, les froisser de ses mains, serrer des dents, s'intimer de rester calme. Calme. Calme.
Mais cette voix, bon sang, et cette façon particulière qu'elle avait de prononcer son nom…c'était plus qu'il n'en pouvait endurer.
Il la voulait. Maintenant. Là. Devant lui.
« Hermione, où est-ce que tu es ? Tu es resté sur Londres ? Tu comptes rester ? »
« Tu veux me voir ? » lui demanda-t-elle et Draco jura qu'elle avait fait exprès de forcer sur le timbre cassé de sa voix pour le rendre cinquante fois plus dingue.
« Où est-ce que tu es ? »
« Je suis avec Blaise. »
Là, Draco se redressa complètement, réveillant au passage Nina qui retomba mollement de l'autre côté du matelas, ronflant à nouveau la seconde d'après.
« Tu es avec Blaise ? » répéta-t-il d'une voix hachée.
« Oui. »
« Pourquoi ? »
« J'en sais rien. Parce que j'en ai envie. »
« Hermione, pourquoi est-ce que tu es avec Blaise ? »
Elle sembla hésiter quelques secondes avant de répondre :
« Pour rien. C'est faux. Je suis chez moi. »
« Tu mens. » rugit Draco.
« Puisque je te dis que c'est faux. »
« Putain Hermione, ne me prends vraiment pas pour un con s'il te plaît. Dis-moi simplement ce que tu fous chez lui. »
« Je dois y aller. »
« Hermione ! »
« Je t'aime. »
« HERMI… »
« Tûûûût tûûût tûûût… »
.
Les vitres de la cabine commençaient à se recouvrir de buée tandis que la vapeur d'eau s'élevait jusqu'au plafond de la salle de bain. Draco ne savait pas depuis combien de temps il était là, debout, le front collé au mur, un jet d'eau brûlante lui consumant la peau. Ses émotions ruisselaient sur son corps jusqu'au sol et se perdaient à ses pieds. Une teinte rougeâtre prenait elle-aussi part à cette procession. Après l'appel d'Hermione, Draco avait rentré son poing dans le miroir de l'entrée de la suite, s'ouvrant sans doute quelque chose mais n'assouvissant pas sa colère.
Et il ne savait toujours pas depuis combien de temps il était là.
Mais il sentait son souffle, contre son oreille. Contre sa nuque. Contre son dos.
Ses ongles. Longs, peints en noir. Griffer son torse.
Sa langue. Chaude. Remonter le long de son cou.
Ses lèvres. Ses dents. Ses mains. Sa poitrine. Sa voix.
Il ouvrit grands ses yeux en haletant.
Il était seul. Une fois encore.
« Feu et glace… » répéta Jenny, l'air de méditer sur ces paroles. « Choix intéressant mais…pourriez-vous développer ? »
Draco ouvrit la bouche mais sembla chercher ses mots.
« …Non, justement. Je crois bien que je suis incapable de développer. C'est…comme ça. Elle est comme ça. Elle est une antithèse. »
« Oh ! Je vois. » fit Jenny qui ne voyait absolument rien du tout. « Comme c'est intéressant. Êtes-vous d'accord avec ce que vient d'affirmer Draco, Hermione ? »
Cette-dernière n'arrivait pas à se départir de ce sourire amusé qui l'avait prise lorsque Draco et elle s'était mis à se regarder, yeux dans les yeux.
« S'il le dit, c'est que c'est vrai. Il a rarement tord à propos de moi. »
Jenny vit une nouvelle brèche.
« Ah oui ? Il vous connait par cœur ? »
« Non. Je dis juste qu'il a rarement tord à propos de moi. »
Et comme Hermione avait le chic pour prendre un ton sans appel lorsqu'elle ne voulait pas développer quoi que ce soit, Jenny dût, à contrecœur, lâcher la piste qu'elle reniflait.
« …Bien. Il ne nous reste plus que trois petites questions. Êtes-vous tous prêts ? »
Et voilà que le manège du AskJenny reprenait une nouvelle fois d'assaut le plateau, l'écran volant pour quelques secondes la vedette à Jenny. Lorsque « BLAISE » apparut à nouveau, elle tapa dans ses mains.
« Blaise, à nouveau ! Mais c'est que vous avez du succès aujourd'hui, dites-moi ! »
Ce-dernier affichait un grand sourire, lui-aussi tout aussi surpris.
« Il faut croire, oui. » répondit-il alors que la question s'affichait déjà à l'écran.
« Blaise, tu as toujours l'air d'être le plus sage et le plus modéré du groupe mais je suis sûre qu'après deux ou trois verres de trop, tu dois être certainement le plus fou des quatre. N'ai-je pas raison ? Signé Bethany de Bristol, Angleterre. J'avoue que je serais moi aussi curieuse de savoir. »
Blaise eut un petit rire.
« A vrai dire, je ne bois que si j'y suis forcé. Je ne suis pas très alcool, cigarette ou quoi que ce soit. »
« Oh, à d'autre ! » s'exclama Jenny.
« Je confirme. Blaise est un esprit sain dans un corps sain. » dit alors Draco. « C'est une espèce très recherchée, ces derniers temps. » ajouta-t-il, provoquant au passage quelques rires.
« Ah oui ? Vraiment ? » fit Jenny qui refusait apparemment de le croire. « Êtes-vous réellement aussi saint que vous en avez l'air, Blaise ? »
« Je n'ai jamais clamé être un saint ! » démentit alors ce-dernier. « Je suis même loin, très loin d'en être un. »
[THEODORE]
.
Longtemps après que Blaise m'ait lâché comme une bombe qu'il était au courant des manigances de Draco, nous avons continué à marcher côte à côte, silencieusement, chacun plongé dans ses pensées ou tentant de déchiffrer celles de l'autre. J'avais envie d'être énervé contre lui, j'avais envie de le haïr lui aussi…mais je n'y arrivais tout simplement pas. Parce qu'au fond, je savais – c'était même une évidence – que Blaise était au courant pour Dean. Je les avais assez observé, Draco et lui, pendant tout le temps du lycée pour savoir qu'ils n'avaient pratiquement pas de secrets l'un pour l'autre.
C'était une évidence.
« Je dois m'excuser aussi. »
Blaise s'immobilisa immédiatement puis se tourna vers moi, l'air interloqué.
« T'excuser ? Pour quoi ? »
Je fis disparaître mes mains dans le fond de mes poches.
« Ce que je t'ai dis à l'anniversaire de Nina. A propos d'Hermione. Ce n'était pas…c'était nul. Je suis désolé. »
Blaise secoua la tête, un petit sourire aux lèvres.
« C'est rien, petit Théo. Je ne l'ai même pas pris mal, de toute façon. »
« …Ah bon ? » Je me grattais la nuque, sincèrement surpris. « Comment est-ce que tu l'as pris, dans ce cas ? »
« Disons…que j'étais un peu sur le cul. Mais rien de bien grave, après tout. »
« Je suis vraiment désolé. »
« Rien de grave, je te dis. C'est oublié. »
Nous continuâmes à marcher encore quelques instants et je fus à nouveau celui qui brisa le silence.
« Est-ce que je…enfin, ça te dérange si je… »
« Dis ce que tu as à dire, Théodore. »
« …OK. »
Je pris alors une grande inspiration avant de me lancer.
« Ca te fait quoi de voir Hermione et Draco ensemble ? Par exemple, lorsqu'il l'a demandé en mariage et qu'Hermione a dit oui, comment est-ce que tu t'es senti à propos de ça ? Tu ne t'es pas senti jaloux ? Qu'est-ce que ça te fait lorsque tu les vois, je sais pas, s'embrasser par exemple ? Ca te fait mal ? Comment est-ce que tu arrive à gérer tout ça ? Comment est-ce que tu te sens par rapport à Draco ? Est-ce qu'Hermione est un point de discorde entre vous ? Comment est-ce que tu réussi à tout gérer ? »
« Wow. Que de questions. »
« Ouais. Désolé. » m'excusais-je pour la troisième fois avec un petit rire nerveux. « Mais je voulais te les poser depuis trop longtemps. »
« A laquelle dois-je donc répondre en premier ? »
Je haussais des épaules.
« Celle que tu veux. Et si tu veux, bien évidemment. »
« Faisons plutôt comme ça : une seule réponse pour tes neufs questions. »
« …Euh oui, oui si tu veux. D'accord. »
« On s'assoit ? »
Blaise désigna le même banc où je m'étais assis quelques semaines plus tôt, en compagnie de mon paternel. Après avoir sortit mes mains de mes poches, je m'assis juste à côté de lui.
« Depuis combien de temps exactement est-ce que tu es au courant de…ça ? » me demanda alors Blaise.
Je fis mine de réfléchir.
« Je ne sais pas. Longtemps. »
« Combien de temps ? » insista Blaise d'une voix trahissant une émotion que je n'arrivais pas à déterminer.
« Je m'en doutais depuis le lycée et j'en ai eu la confirmation lors de la soirée où Malfoy a demandé la main d'Hermione. »
Blaise hocha lentement la tête, comme calculant la portée de ce que je venais de dire.
« Pourquoi est-ce que tu as eu la confirmation ce soir là ? »
« Parce que tu n'arrêtais pas de fixer Hermione, mais tu lui adressais à peine la parole durant la soirée, comme si tu te préservais de lui déclarer quelque chose qu'il ne fallait pas. Puis, lorsque vous êtes revenus des toilettes, Draco et toi, tu la dévisageais comme si elle était la quatrième merveille du monde. Plus intensément même que Draco. Alors…je me suis dis que…enfin, ça m'a conforté dans ce que je pensais. »
Blaise opina à nouveau du chef, plus lentement encore. Je mourrais d'envie de savoir à quoi est-ce qu'il pensait.
« Tu sais que je devrais te tuer pour m'avoir aussi bien percé à jour ? »
« A ce point ? »
« A ce point. »
« Tu ne serais pas capable de tuer une mouche. » tentais-je de blaguer en voyant comme Blaise devenait tout à coup soucieux.
« Détrompe-toi. »
Il joua un instant avec l'une des rares feuilles mortes rescapées de l'automne qui venait de se poser sur son épaule, passa délicatement son index sur les nervures, puis sur les contours. Avant de la broyer férocement dans la paume de sa main.
« J'ai… » commença-t-il sans finir.
Il rouvrit son poing et laissa charge au vent de disperser les minuscules copaux de feuille.
« Depuis la naissance, je fonctionne d'une façon bizarre : je mets les priorités et les besoins des autres avant les miens. J'ai envie de tout régler tout autour de moi avant de régler ce qui ne tourne pas rond chez moi. Ce qui peut donner la fausse impression que je veux tout commander, tout contrôler. Ma mère me le reprochait, Hermione me le reproche, et tu me l'as reproché aussi, ce soir-là. Mais c'est faux. Je ne suis pas un chef tyrannique ni un mec qui éprouve le besoin de tout connaître pour pouvoir tout dominer. Je veux juste que tout aille bien, que tout se déroule dans l'ordre des choses, que personne ne souffre tout autour de moi, entre guillemets. C'est un peu utopique, je sais, et j'avoue que ça peut être maladif quelques fois.
Concernant Hermione et Draco, depuis le premier jour où Nine est né – ce qui correspond à l'instant même où Hermione a remplacé Luna – j'ai appliqué cette manière de fonctionner au groupe. Je ne pense jamais à mon intérêt personnel tant que celui du groupe n'est pas servi. Alors mes émotions, mes pensées, mes avis, j'ai appris à les cadenasser au profit du groupe. Granger et Malfoy, c'est un couple qui va dans l'ordre des choses. Même s'ils passent la moitié de leur temps à se détruire, ils sont faits pour être ensemble. Je pense à leur intérêt avant de penser au mien. Et tout va bien, jusque là. »
Je me contentais de hocher la tête en fixant mes tennis. Et tout va bien, jusque là.
« Blaise, quand est-ce que tu penseras à toi ? »
Il eut un petit rire tout en rejetant sa tête en arrière.
« J'en sais rien. Il faudrait que j'apprenne. Tu sais comment on fait, toi ? »
Putain, ce que cette phrase me fit mal. Ce fut comme une claque dont je ressortis groggy. En une seconde, je réalisais que la personne qui devait avoir le plus souffert dans le groupe, c'était Blaise, et de loin. Beaucoup plus que moi. Je me fis d'ailleurs pitié à voir, enfermé dans un Centre juste pour une minable petite peine de cœur alors que Blaise… bon sang. Je me sentis totalement pitoyable, déplorable par rapport à lui.
Si je savais comment penser à soi ? N'était-ce pas ce que je m'amusais à faire depuis ces derniers mois ? Accaparer l'attention de tout le monde en prenant le chemin direct pour l'overdose ? Je ramenais toute l'attention sur moi, sans même le vouloir. Deux tentatives de suicides, putain, mais quel intérêt, mis à part inquiéter tout le monde et mettre le groupe en péril à plusieurs reprises ? Quelle attitude d'égoïste.
A côté de Blaise, je me sentais vraiment lamentable.
« Mais ne t'inquiète pas pour moi, petit Théo. » me fit-il, ayant sans doute remarqué à quel point ses paroles tournaient en moi. « Ne t'inquiète surtout pas pour moi. »
Il se tourna vers moi et m'offrit un sourire censé m'apaiser avant de m'ébouriffer les cheveux à nouveau.
Blaise appuya sur la sonnette de l'accueil et, la seconde d'après, l'hôtesse apparut, un gros registre à la main, apparemment occupée dans une autre pièce.
« Oui ? »
Le bassiste se contenta de poser le Pass Visiteur qu'on lui avait donné pour pouvoir circuler dans les locaux.
« Ah, d'accord. Merci beaucoup. » fit l'hôtesse en attrapant la carte pour la ranger dans une boîte, alignée à côté de centaines d'autres Pass. « Passez une bonne fin de journée ! »
Blaise, qui s'engageait déjà vers les portes vitrées de l'entrée, la salua d'un geste, de dos. Lorsqu'il sortit, sa Jaguar noire était toujours garée juste devant l'entrée. Il fit le tour jusqu'à la portière passager puis s'engouffra dans l'intérieur tout en cuir et luxe de sa voiture. Il attacha minutieusement sa ceinture avant de faire un dérapage de marche-arrière à 390° et s'engager dans l'autre sens.
« Il va bien ? »
Blaise hocha la tête tout en regardant comme le portail d'entrée du Centre s'ébranlait avec lenteur. Dès qu'il y eut assez de place pour que le bolide puisse passer, il s'engagea dehors et rejoignit la Nationale en un clin d'œil. Au bout d'une demi-heure de route, il jeta un coup d'œil au siège occupé à côté de lui.
« T'es fatiguée ? »
La tête reposée contre la vitre, les yeux mi-clos, Hermione opina.
« Tu peux dormir, je veille. »
Au milieu de sa torpeur, la chanteuse eut une ébauche de sourire.
« Je sais. » murmura-t-elle.
Hermione profondément endormie dans les bras, Blaise tenta tant bien que mal d'ouvrir la porte de son appartement. Au bout du huitième essai vain, il rabattit doucement la tête d'Hermione contre son torse pour pouvoir se servir de ses deux mains et réussit à pousser la porte blindée. Il entra puis poussa la porte du pied. Le loft était plongé dans la pénombre bleutée de la nuit mais les grandes portes-fenêtres laissées ouvertes dans le salon apportaient une source de lumière nécessaires. Blaise ne fermait presque jamais ses fenêtres.
Tandis qu'il se dirigeait vers l'escalier en verre menant à sa chambre, Hermione décolla sa tête de son torse et la laissa pendre dans le vide, totalement endormie. Blaise monta les marches une à une, précautionneusement, puis shoota dans les baskets qu'il avait laissé juste au palier de l'étage supérieur. Il marcha ensuite vers le grand lit et y déposa Hermione en faisant bien attention à ne pas la réveiller. Cette-dernière se tourna immédiatement de côté, serrant le coussin contre elle. Blaise entreprit alors de lui enlever ses Doc, doucement, défaisant lacets par lacets. Il posa ensuite les chaussures côte à côte juste en-dessous du lit et lui ôta ses chaussettes qu'il mit à l'intérieur de chaque chaussure. Avec difficulté, il décoinça le bras que Hermione avait callé sous sa tête et vérifia ce qu'elle portait en-dessous de son pull. Un débardeur. Bon. Elle pouvait avoir chaud avec cette laine. Il se pencha alors sur elle et tenta d'enlever son pull le plus doucement possible, passant presque cinq minutes à passer sa tête par l'encolure du vêtement. Hermione en profita pour changer de position.
« Mmmh 'raco… » marmonna-t-elle.
Elle coinça ses bras autour du cou du batteur, le ramenant contre elle. Blaise se retînt de justesse au lit pour ne pas l'écraser. Mais Hermione le serrait encore plus fort contre elle, toujours dans un état second.
« 'suis désolée Draco… » balbutia-t-elle encore.
« Dors, Hermione. » chuchota Blaise en tentant de reloger les bras qu'elle avait cimenté autour de sa nuque.
« …désolée… »
Elle fit elle-même retomber ses bras de chaque côté de son corps, tel un ange, ses longues boucles noires encerclant sa figure endormie. Blaise passa une minute toute entière à l'observer. Il se rendit ensuite compte de sa position et se redressa pour quitter le lit. Il sortit une seconde couette de son armoire puis, après avoir à nouveau jeté un long coup d'œil à Hermione, le bassiste dévala les escaliers et élit domicile sur le canapé pour le restant de la nuit.
« Je mourrai d'envie de voir le véritable Blaise Zabini œuvrer à l'extérieur de ce plateau, au naturel. Je suis sûre et certaine que ce sera le jour et la nuit. » assura Jenny.
« Oh, pas tant que ça… En fait, je suis tellement rasoir que vous vous ennuieriez si vous me connaissiez en réalité. »
« Quel menteur… » soupira alors Draco en secouant la tête. « De ma vie, je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi drôle que Blaise. »
« Ne dis pas de bêtises… »
« C'est juste qu'il fait le timide devant vous mais hors caméra…c'est un vrai petit comédien de stand-up ! »
« Ah ben voilà ! Je me disais bien qu'il devait y avoir une toute autre personne cachée derrière ces lunettes noires. » s'exclama Jenny. « Ca attise vraiment ma curiosité ! »*
« Très franchement, il n'y a pas de quoi réveiller votre curiosité. Je sors une blague, une fois de temps en temps. Et ils ont la gentillesse de rire. C'est tout. »
« Comme il est modeste… » soupira Jenny d'un ton mielleux. « Et donc, pour en revenir à la question de Bethany de Bristol, je suppose que vous avez dû, au moins une fois dans votre vie, boire un verre de trop et faire des choses folles…non ? »
Blaise fit mine de réfléchir. Au bout d'un instant, un sourire traversa sa figure, se remémorant apparemment les vestiges d'une soirée alcoolisée.
« …Oui… je me rappelle d'une fois…
« Houra ! » jubila Jenny en mimant le V de la victoire.
« …mais bon, ça remonte vraiment. »
« Peu importe ! Racontez-nous. Nous sommes tout ouïs. »
« OK. »
Il se racla la gorge. Son sourire était maintenant hilare.
« Bon. Alors c'était en Seconde… »
« Attends : qu'est-ce que tu t'apprêtes à raconter, là ? » l'interrompit Draco.
« L'histoire avec le charriot. »
Draco fronça des sourcils, comme tentant de se rappeler cette fameuse péripétie. Puis il éclata de rire et se couvrit le visage la seconde suivante.
« Oh mince, on a réellement déconné ce jour là. »
[BLAISE]
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – on s'ennuyait.
Une fille de la classe avait invité Draco à son anniversaire et il m'avait supplié pour que je l'accompagne. Je savais d'avance que ça allait être une fête de merde – j'avais, comment dire ? Comme un flair pour ça. Mais au final je l'ai suivi car c'était soit ça, soit assister aux préparatifs de meurtre que ma mère préparait pour mon septième beau-père.
Dès l'entrée, la couleur était annoncée. Britney Spears et Las Ketchup à fond, saladier de nounours et bouteilles de grenadine sur la table, chaussures à laisser dans le vestibule de l'entrée.
« OK, t'as un meilleur plan à proposer, peut-être ? » me lança Draco en surprenant mon regard.
Eh non. Je n'avais rien de meilleur à proposer. Il se prit un verre de limonade.
« Au pire » me hurla-t-il car le DJ de douze ans venait de mettre le hit des Spice Girls, à la demande générale « y'a du potentiel donc on reste un peu, histoire de voir s'il y a moyen, puis on se tire après. »
Traduction : Au pire, il y a légions de jolies demoiselles foisonnant tout autour de nous, restons donc un peu et avisons si nous pouvons forniquer avec l'une d'entre elles afin de pouvoir ensuite s'éclipser, notre tache accomplie.
Je me contentais de hausser des épaules. Il n'y avait rien qui pouvait m'intéresser ici. Ou, du moins, celle qui m'intéressait ne se trouvait point en ces lieux. Mais à peine avais-je le dos tourné que Draco s'était mis à draguer une blonde aux yeux bleus dotée d'une poitrine fournie et dont le physique aurait été parfait si la forme de sa figure et l'avancement de ses dents ne lui faisaient pas ressembler à un phacochère.
Je portais mon verre de grenadine au citron aux lèvres tout en observant ce dans quoi j'avais atterri. Un rassemblement de collégien se frottant les uns contre les autres en jean et débardeur Petit Bateau. Mother of God.
Tournant la tête de côté, j'entrevis Draco suivre sa conquête de quelques minutes vers l'étage, cette-dernière le tenant par la main. Arrivé près de la porte il se retourna vers moi et me tira la langue puis mima de ses lèvres : « JACKPOT ! ».
Amuse-toi bien, va.
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – je m'ennuyais.
Alors, pour ne pas m'endormir debout, les fesses collées contre la table du buffet, j'entrepris de faire le tour de la maison en question. La fille qui y habitait – ne me demandez pas son nom, c'est au-dessus de mes capacités – devait être une fille de grand patron ou d'ambassadeur ou n'importe quel métier rimant avec salaire-à-cinq-zéros à en juger la taille de son habitacle. Au fur et à mesure que je m'enfonçais dans les méandres des couloirs, la musique du salon s'estompait et le son se mettait en sourdine pour laisser pleine place au craquement du parquet sous mes pieds.
Je trouvais toujours trouvé ça de me promener dans les maisons étrangères. Je remarquais des choses que les propriétaires des lieux, habitués à leur locaux, ne remarquait peut-être pas assez. J me mettais quelques fois dans leur peau et imaginais ce qu'il devait penser en traversant tel couloir, en s'asseyant sur telle chaise, en se perchant sur tel balcon.
Et puis, mine de rien, cette petite exploration ne se révéla pas vaine car je découvris, dans l'un des placards de leur second salon, un véritable défilé de bouteilles d'alcool.
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – je m'ennuyais.
Alors, en revenant dans la salle de fête, je me donnais du courage en avalant une rasade de…de quoi déjà ? Ah, ça aussi, je ne m'en rappelais plus. Bref. Toujours est-il que le liquide me brûla la gorge et me donna l'impression de marcher sur du coton la seconde suivante. Au même moment, Draco réapparut au seuil de la porte où il s'était éclipsé en douce compagnie, quelques minutes plus tôt. Il parcouru la pièce des yeux tout en remettant sa ceinture. Puis, lorsque ses yeux s'arrêtèrent sur moi, il fonça dans ma direction, un grand sourire satisfait aux lèvres.
« Mec ! » s'exclama-t-il avant de se lancer dans une description crue et détaillée de ses ébats.
C'était comme un rituel. Chaque fois qu'il couchait avec une nouvelle fille – donc, chaque semaine environ – il devait me raconter tout dans les moindres détails. Je remerciais les trois gorgées d'alcools me montant dors et déjà à la tête qui me firent un peu oublier le récit que me contait Draco.
« Peut-on partir, s'il te plaît ? » demandais-je à bout de nerfs, l'interrompant alors qu'il me décrivait la forme de ses seins.
« Attends. Accompagne-moi aux toilettes. »
« Dray, t'as pas quatre ans. »
« Non mais accompagne-moi, deux secondes. »
Je soupirais puis le suivais tandis qu'il s'aventurait dans les couloirs, l'air de connaître apparemment les lieux. Il poussa une porte qui donna sur une grande salle de bain, ouvrit l'armoire-glace surplombant le lavabo et fouilla dedans, jetant sans ménagement les flacons de parfums et compagnie dans le bidet.
« Tadam ! » s'exclama-t-il en brandissant une petite boîte bleue.
« Qu'est-ce que c'est ? » fis-je en la lui prenant des mains puis, après avoir lu le nom : « Non, Draco. Non. »
Ce-dernier affichait un sourire sanguinaire.
« Si Blaise. Si. »
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – on s'ennuyait.
Mais, je le jure Mr le Juge, l'idée ne venait pas de moi. Ou plutôt si, l'idée originale venait de moi. Celle de mettre des laxatifs dans le café du prof de maths lorsqu'il avait le dos tourné. Mais celle remasterisée version Draco Malfoy – à savoir enfoncer des laxatifs dans le derrière des petits nounours gélatineux multicolores du buffet – promis ! Je n'en étais pas à le concepteur.
Mais bon, c'était tout de même drôle à voir. C'était même carrément tordant. Hilarant. De plus, nous étions un tantinet bourrés, ce qui ajoutait à notre fou rire.
Les bonbons ont fait fureur, surtout auprès des filles. Nous en avions quasiment mal à l'estomac pour elles lorsqu'on en voyait quelques unes revenir en reprendre. Puis on les observait danser sur la piste, devenir tout à coup blêmes et foncer dehors en démarche de pingouin. On en avait des crampes au ventre tant on riait.
Puis soudain, Draco m'a dit d'attendre deux secondes et s'est levé. Lorsqu'il est revenu, environ cinq minutes plus tard, treize filles – j'ai compté – avait eu le temps de clopiner jusqu'aux toilettes.
« Là, le spectacle peut commencer. » rit-il en me piquant la bouteille des mains pour en boire une longue gorgée.
« Qu'est-ce que t'as fait ? » fis-je en observant une petite brune fausser compagnie à son cavalier pour sortir elle aussi.
Draco s'essuya la bouche puis me rendit mon bien.
« Trois fois rien. J'ai juste bloqué la porte menant au couloir des WC. »
« Bon sang, ce que tu peux être une ordure. »
« Et maintenant, que le véritable spectacle commence… »
Et pour commencer, il commença. La salle commençait à se vider au fur et à mesure qu'on pouvait entrevoir le fond du saladier de bonbons. On pouvait entendre, par-dessus la musique, des gens tambouriner à la porte condamnée en hurlant tandis que d'autres faisaient les cent pas en trépignant. Et, au fur et à mesure que les nounours disparaissaient, la file d'attente s'allongeait, jusqu'à empiéter sur le pas de la porte du salon. Un mec en pantalon rouge flash et coupe au bol fit rapidement une halte tout autour de lui. Puis, après s'être assuré que personne ne le regardait vraiment, il marcha à reculons vers l'angle perpendiculaire que formaient le canapé et le mur et se baissa.
« Oh…mon…Dieu… ! » fit Draco, les yeux exorbités.
« Ne le fixe pas comme ça, débile ! » sifflais-je en craignant qu'il puisse nous remarquer. « Sinon il risq…Bordel de merde. Est-ce qu'il est vraiment en train de… »
Je n'eus même pas le temps de finir ma phrase qu'il baissa furtivement son pantalon pour orner la moquette du salon. Malgré mon taux d'alcoolémie croissant, je fus estomaqué. Ce mec venait tout juste de chier sur la moquette de ce salon. Il fallait le voir pour le croire.
« Incroyable. » souffla Draco, presque ému. « Incroyable. Ca va rentrer dans les annales. »
« C'est bien le cas de le dire. » pouffais-je.
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – on s'ennuyait.
Mais lorsqu'on est sorti de cette villa, nous étions pliés en huit. Nous n'arrivions même plus à nous redresser ou placer un pied devant l'autre. Nous nous sommes tout bonnement écroulés sur le trottoir, agonisant de rire. Puis, au bout d'une dizaine de minutes, je me suis redressé, à peu près calmé.
« Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? »
.
Nous avons marché jusqu'au centre-ville de Goddricks Hollow, légèrement éméché, éclatant aléatoirement de rire lorsque l'image de ce mec s'essuyant contre le cuir du canapé nous revenait en tête. Puis Draco a voulu acheter une nouvelle bouteille et nous nous sommes rendus à la supérette du coin. Il devait être facilement minuit.
« Oulala, mais quel âge avez-vous, comme ça ? » s'enquit la vendeuse en dévisageant les deux bouteilles de vodkas puis en nous dévisageant, nous.
« L'âge que tu voudras nous donner, bébé. » lui répondit d'une voix de braise Draco en lui caressant la joue.
On les a pas eues, au final, nos deux bouteilles de vodkas. Mais qu'à cela ne tienne, il nous restait toujours un petit fond d'alcool et j'avais réussi à chiper des chewing-gums – très utile, me direz-vous. Nous avons marché le long de la côte, en équilibre sur les bordures, tout en se partageant le reste de la bouteille. Nous parlions de tout, de rien, manquant de nous faire écraser par une voiture toutes les une minute cinquante environ, la vue partiellement trouble. Au bout d'un instant, arrivés près de la zone industrielle où une tripotée de clochards avaient élu domicile, nous sommes tombé sur un charriot. Enfin, un caddie de supermarché. Draco a eu un lent sourire.
« Tu penses à ce que je pense ? » me demanda-t-il.
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – on s'ennuyait.
Mais ça, c'était au départ. Parce que maintenant, assis à l'intérieur du caddie rouillé, Draco poussant comme un dingue derrière, nous hurlions tels des tarés sortis d'asile tout en dévalant l'une des routes en pente de la zone industrielle. L'endroit était si désert que nos voix se répercutaient en écho dans tout le secteur mais, soûls et remplis d'adrénaline comme nous étions, nous ne nous en rendions même pas compte. Ce ne fut que lorsqu'un des SDF du coin vînt à notre rencontre d'une démarche précaire, une bouteille à la main, que notre folie sembla se tasser un peu.
« C'est un pédophile ? » murmura Draco en reculant alors que nous poussions le charriot vers le haut de la pente pour remettre ça.
« Sois pas bête. » sifflais-je alors que j'avais pensé à la même chose. « Le regarde pas, OK ? »
« Mais attends, il vient vers nous là. »
« Le regarde pas, je te dis. »
« Purée Blaise, si il t'attaque, je me tire, je te préviens. »
« J'ai toujours su que tu avais un sens de l'amitié très fort. »
« N'y voit absolument rien de personnel. Je ne fais que sauver ma peau. »
« Ce fut un plaisir de te connaître, dans ce cas. »
Et le clochard marchait toujours dans notre direction en faisant de grand signe.
« Eh…eh les j-j-jeunes… ! »
« PutainBlaisequ'estcequ'onfaitbordel ? »
« Chut. Reste calme. Si ça se peut, il veut juste nous parler. »
« MAIS JE VEUX PAS LUI PARLER. »
« Eh ! Eh les jeunots ! Eh ! »
Il eut un grand sourire. Deux dents se battaient en duel sur sa gencive supérieure.
« Eh ! Moi aussi j'veux jouer, eh ! Moi aussi ! V'pouvez m'pousser, dites ? »
.
Au départ – et ça commence toujours comme ça – on s'ennuyait.
Et, vu l'odeur qui se dégageait du vieillard, peut-être aurions-nous dû continuer à nous ennuyer. C'était infect. Une abomination. L'odeur d'un rat crevé pouvait passer pour une fragrance de luxe à côté de…de…ça. On a voulu le pousser tout de suite pour être débarrassé mais il nous a indiqué du doigt une autre route, encore plus pentue que celle que nous empruntions. Draco et moi nous sommes regardés. La pente était presque droite sur celle qu'il voulait dévaler. Mais bon, si c'était là ses dernières volontés…
Nous nous sommes empressés d'amarrer le charriot en haut de la colline en question et le clochard s'est hissé à l'intérieur comme un grand – Dieu merci, nous ne voulions pour rien au monde le porter.
« Allez ! Allez moussaillons ! » hurla-t-il alors en frappant contre le grillage de la cage, enthousiaste comme à son anniversaire.
Nous nous sommes mis à deux, Draco et moi, pour le pousser tandis que le SDF faisait un bruit de moteur de moto avec sa bouche, ses deux mains refermées sur des manettes imaginaires.
C'était de la folie. Le charriot allait à cent à l'heure et nous avons fini par nous y accrocher, la gravité et le poids du vieillard créant un contrepoids à l'avant. De la folie à l'état pur. Tout allait vite, c'était même cinquante fois plus intense que sur l'autre route. Draco a finit par éclater de rire puis a rejeté sa tête en arrière en hurlant comme une rockstar. Et nous foncions toujours vers l'inconnu avec la vitesse d'un train. Puis, soudain, Draco s'est jeté sur moi, me forçant à lâcher prise et nous faisant atterrir de la plus douloureuse manière qu'il soit sur le goudron. Je me redressais juste à temps pour entrevoir le caddie quitter la route, échapper à un camion de justesse puis venir violemment se fracasser contre un tronc d'arbre.
« Wow. » fut ma seule réaction.
Bien sûr, Blaise enjoliva la situation et omit de raconter deux ou trois - ou quatre – petits détails, mais même en version censurée, le récit décrocha des larmes de rire à l'assistance comme à la présentatrice.
« Oh mon Dieu, vous êtes de vrais compères vous deux, alors ! » dit Jenny tout en s'éventant. « Cacher des laxatifs dans des confiseries ? Je savais que vous n'étiez pas aussi sage que vous en aviez l'air. »
« Mais nous n'en avons même pas l'air, c'est ça le truc. Je ne comprends pas ces étiquettes qu'on tente de nous administrer en permanence. Personne n'est un ange, sur ce fauteuil. » affirma Théodore.
« Oh ça, je veux bien le croire ! » haleta Jenny. « Je crois que je n'ai jamais autant ri depuis des semaines. Bravo ! »
« Tout le plaisir est pour nous. » répondit Blaise, un rictus amusé aux lèvres.
« Je crois qu'on va attaquer la huitième question tout de suite, histoire de se changer les idées. Sinon je vais repenser à vos âneries et lorsque j'ai une crise de rire, je ne m'arrête plus ! »
Le public se mit à rire lui aussi mais bientôt, le roulement de tambour vînt remettre un peu de sérieux sur le plateau. Et ce fut un tonnerre d'applaudissements et d'exclamations qui vinrent accueillir l'apparition de « DRACO » en grand, sur les écrans.
« Tiens tiens, en parlant justement du loup… » secoua la tête Jenny avant de lire : « Ave au plus bel homme de la Terre, d'après ma copine. A défaut de ne pas pouvoir t'avoir, elle a accepté de se fiancer avec moi – comme quoi, le malheur des uns… Sinon, j'aurais tout de même voulu savoir : y'a-t-il une chose que, de toute ta vie, tu ne feras pour rien au monde ? Simple curiosité. Très bonne continuation. Vincent d'Ottawa, Canada. »
« Sans conteste, taper mon nom sur Internet. » répondit automatiquement Draco et les autres membres eurent l'air d'être totalement d'accord avec lui.
« Ah bon ? Pourquoi donc ? »
« Vous ne pouvez pas savoir le nombre de bêtises qu'on peut y trouver à notre sujet. »
« Parti pour Barcelone ce matin. Reste ici autant que tu veux. Il y a assez de nourriture pour nourrir un régiment. Fais comme chez toi. Ne fous juste pas le feu à la maison.
Besos,
Blaise.
PS : T'es toute mignonne quand tu dors. »
Hermione eut un petit sourire en lisant la note de fin griffonnée sur le papier laissé en évidence sur la table basse du salon. Elle s'étira et bailla à s'en décrocher la mâchoire. Remettant bout à bout les souvenirs qui lui restaient de la veille, elle devina qu'elle avait dû s'endormir sur le trajet du retour du Centre où Blaise était allé visiter Théo.
Théo.
Les bras d'Hermione retombèrent mollement le long de son corps et son cœur se serra. Elle allait aller le voir. Un jour. Un beau jour. Elle allait avoir le courage de passer ces portes. Mais pas maintenant. Elle n'était pas encore prête.
La journée se déroula de façon assez calme. Blaise n'avait pas de télévision, et de toute façon, Hermione ne la regardait que rarement. Elle s'occupa alors en jouant à un jeu de billes, assise en tailleur sur le sol du salon, faisant quelques allers-retours en direction de la cuisine pour piquer de quoi grignoter. Puis elle fit le poirier contre un mur. Elle mit la musique à fond et dansa pendant presqu'une heure toute entière. Elle fit une sieste. Elle mangea. Elle observa les passants. Elle fit la roue. Elle joua aux billes. Il était déjà 21 heures.
.
Hermione parcouru mollement sa page Twitter, affalée sur le canapé en cuir noir du salon. Elle avait allumé des bougies au lieu d'utiliser les interrupteurs et le livreur de sushis n'allait pas tarder à arriver. Les mentions s'égrenaient à la vitesse du son elle avait à peine le temps de lire le message qui lui était envoyé qu'il était remplacé par un autre. Peut-être était-ce ça, la notoriété. Ca et le petit truc bleu qui était placé juste à côté de son nom.
Hermione soupira en rejetant sa tête en arrière. Elle ferma les yeux et Nina se matérialisa sous ses paupières, éclatant de rire sur les genoux de son père. Elle rouvrit les yeux. Reporta son regard sur l'écran de son Mac Book, chercha « Draco Malfoy » dans ses abonnements, cliqua. Ce-dernier venait à peine de poster une photo de lui via Instagram. On pouvait le voir croquer à pleines dents dans une pomme d'amour, le visage tout bronzé, ses yeux bleus plissés et rieurs fixant l'objectif. Le nombre de Retweet culminait dans les dix mille – ne parlons pas des mises en favoris.
Hermione s'apprêta à remettre le curseur sur le bouton Accueil lorsqu'une pensée assez folle lui traversa la tête. Et si…et si elle remontait juste un tout petit peu son curseur pour le mettre sur la barre de recherche et qu'elle tapait, comme ça, juste pour voir, « Draco Malfoy » ? Allez, ça n'allait pas faire de mal…après tout.
Ce fut donc en se mordant profondément la lèvre qu'Hermione pianota le nom du guitariste et appuya sur Entrée.
Des sites, des sites et des sites. Des photos, certaines de lui tout seul ou accompagné de ses trois autres collègues. Des photos de lui torse nu. Des photos de lui acceptant un Award pour le groupe. Des photos de lui avec des fans. Des photos de lui sur scène. Des photos de lui prises sur le vif. Des photos de lui avec Hermione. Des photos de lui avec Hermione. Des photos de lui avec Hermione.
Cette-dernière tapa alors « Draco Malfoy Hermione Granger ». Que n'avait-elle pas tapé là ! Les résultats la firent halluciner. S'alignaient sur la première page de recherche une dizaine de blogs consacrés à eux, à leur supposée love story. Côté images, des montages éhontés avaient été réalisés les mettant en scène en train de s'embrasser. Certaines photos avaient été prises hors de leur contexte pour illustrer une possible histoire d'amour – par exemple, si Draco se penchait vers elle pour lui dire quelque chose à l'oreille, le cliché donnait l'impression qu'il se penchait pour l'embrasser. Un enfant leur avait même été attribué. Dramione Malfoy. Hermione se passa la main sur le front. Misère de misère.
Rajoutant « Nine » à la barre de recherche, elle découvrit alors la pleine folie de cet engouement. Elle cliqua sur le premier lien s'affichant et tomba sur un site de…de quoi ? Elle plissa des yeux pour bien être sûre de ce qu'elle voyait. Oui, c'était bien ça. Un site de fanfiction. La fiction en question s'appelait : « Nine, les Débuts d'une Légende ». Elle parcourut le résumé, médusée, puis lut en diagonale les neufs chapitres, hallucinant de plus en plus. Bon sang mais…mais qu'est-ce que c'était…qu'est-ce que c'était que CA ? ! ! Ils écrivaient des fictions sur eux, maintenant ? Ils leur imaginaient des vies ? ! Qu'est-ce que c'était que cette folie ? ! !
Hermione ferma d'un coup sec le clapet de son ordinateur, pétrifiée. Psychopathes. Ces gens étaient des psychopathes.
Lorsque son portable se mit à vibrer, quelques secondes plus tard, elle manqua de hurler. Elle l'attrapa vivement puis ouvrit le message. Message qui provenait de Draco.
"Nina te demande."
« Ah oui, il est vrai qu'on peut dire absolument tout et n'importe quoi sur la toile. »
« Oui et ce n'est pas ça le plus alarmant : le plus alarmant c'est de penser que quelque part, certaines personnes peuvent croire à ce qui est dit. » continua Draco. « Le nombre de rumeurs qui naissent chaque jour sur Internet à notre propos est assez effrayant. »
« Si vous aviez un Top 3, justement, des plus folles rumeurs, quelles seraient-elles ? »
Les quatre s'entreregardèrent puis Hermione prit la parole en première.
« Dans les deux premiers, je dirais celle affirmant que j'étais enceinte. »
« Ah, j'en ai eu vent, de cette rumeur. »
« C'était même plus qu'une rumeur, c'était un véritable tapage médiatique pour rien. Certains magazines allaient même jusqu'à nous offrir des millions pour avoir l'exclusivité des images d'un enfant qui n'existait pas. On recevait des cartes et des messages de félicitations, des habits de nourrissons…c'était de la folie. »
« J'imagine que ça a dû vous faire beaucoup rire ! »
« Eh bien, sur le coup, l'engouement de cette intox nous faisait assez peur mais oui, à la fin, nous riions plus qu'autre chose. »
« Bien ! C'est classé à la seconde place. Des candidats pour les deux places vacantes ? »
Les autres se mirent à réfléchir.
« Après…il y a celle de la séparation du groupe mais, comme je l'ai dit plus tôt, c'est un classique. Je ne pense même pas qu'il soit nécessaire de l'ajouter à votre liste. » intervînt Blaise.
« Oh mais si, bien sûr que c'est nécessaire. Vous en pouvez pas imaginer le vent de folie qui secoue le monde de l'industrie musicale lorsque cette rumeur revient au goût du jour. » insista Jenny. « Elle sera classée en première place. »
« Il y a aussi celle proclamant que Draco et moi sommes les pires ennemis que la Terre n'ait jamais créé. » ajouta Théodore.
Jenny hocha lentement la tête.
« Ah, je ne la connaissais pas celle-ci. Comment a-t-elle pu voir le jour ? »
« Honnêtement, vous nous posez une colle. » avoua Draco.
[THEODORE]
.
« Comment vous sentez-vous ? »
« Bien. »
« Vraiment ? »
« Oui. Enfin, je crois. »
« Définissez. »
« Ben…je sais pas…je pense moins qu'avant…je veux dire, mes pensées sont beaucoup moins polluées qu'avant…et j'arrive à me concentrer sur une seule chose à la fois, ce qui ne m'étais pas arrivé depuis longtemps…puis je ressens plus trop ce manque…même plus du tout – enfin, peut-être que c'est trop tôt pour en juger…mais ouais, ça va. Je veux dire, je me sens bien. Là, maintenant. »
Garance eut un large sourire en secouant la tête.
« Vous m'en voyez ravie, Théodore. Ravie. »
Je n'avais plus qu'une semaine à passer ici. Théoriquement. Et ça me faisait bizarre parce que j'avais commencé à m'habituer à ces lieux. A cette chambre donnant sur le jardin. A cet immense parc. Au lac. Aux promenades. A ces séances de thérapies. A cette psy. A ce silence. A tout.
Je me suis demandé comment se sentaient les prisonniers qui avaient purgé une lourde peine et se retrouvait lâché en société alors qu'ils n'avaient connu presque que les barreaux. Ne regrettaient-ils pas justement ces barreaux ?
Je me suis assis en tailleurs près du lac. Il y avait plus de cygne que d'habitude, aujourd'hui. Mais ils étaient tous aussi magnifiques. J'ai pris une grande inspiration.
Oui. Cet endroit allait me manquer.
Deux jours avant ma sortie, juste après le déjeuner, la réceptionniste du niveau a toqué à la porte de ma chambre. Comme d'habitude, j'avais ma musique à fond dans les oreilles. Je rangeais également toutes mes affaires dans mes sacs. Elle dut alors ouvrir précautionneusement la porte et me tapoter le dos pour que je ne me retourne et…
« AH ! »
…qu'elle me fasse la peur de ma vie. Je posais la main sur mon cœur en reprenant mon souffle puis éclatais de rire.
« Je suis désolée ! » s'exclama-t-elle.
« Non ! C'est moi. Je suis un trouillard né. »
« C'était juste pour vous prévenir que quelqu'un vous demandait. Au téléphone. »
« …OK. »
Tout en marchant derrière elle, je me creusais la tête pour deviner qui avait eu la bonté de se souvenir de mon existence. Elle me tendit le combiné avec un sourire puis s'eclipsa de la salle.
« Allo ? » fis-je d'un ton prudent.
Il y eut un petit moment de silence puis :
« Théo ? C'est moi. »
C'était Draco.
Plus qu'un jour avant que je ne parte. Cette nuit-là, je fis le tour entier du par cet regrettais de ne pas m'y être pris plus tôt. C'était magnifique, un véritable havre de paix. Je fus tenté de rester là, planqué au milieu de cette flore. Au fond, qui allait me chercher ? Mais je finis tout de même par rentrer, non sans avoir fait un dernier crochet par le lac de cygne. Je n'allais tout de même pas partir sans leur avoir dit au revoir.
« Vous allez me manquer. »
« Vraiment, Théodore ? »
« Ouais. Vous êtes chiante, mais pas pour rien. »
Elle eut un petit rire aigu.
« Je prends ça pour un compliment, alors. »
« Et si je fais une rechute ? »
« Il y a 70% de chances que vous fassiez une rechute dans les semaines à venir. C'est un processus normal, en quelques sortes. Il ne tiendra ensuite qu'à vous de choisir le chemin que vous voulez emprunter. La rédemption ou… »
« …la mort. »
« Nous nous sommes compris. »
« Comment ça s'est passé pour vous ? »
Elle prit une grande inspiration, semblant chercher les bons mots.
« Disons que dans la mort, j'ai trouvé la rédemption. »
« Et vous ressentez toujours le besoin de…vous savez. »
« Me droguer ? »
« Oui. »
« Je vous retourne la question. Ressentez-vous toujours le besoin de vous droguer, Théodore ? »
Je haussais des épaules.
« Non. Enfin, pour l'instant. Je ne vois plus trop l'intérêt, en fait. »
« Vous avez répondu à votre propre question tout seul. »
J'ai fermé la porte, descendu les escaliers, redonné les clés de ma chambre, empoigné mes sacs et je me suis rendu dans le hall d'entrée pour attendre mon taxi. Dans ma tête, je faisais le vide. C'était devenu une habitude, à présent. Lorsque je ne voulais plus trop penser. Je m'asseyais et je me vidais l'esprit en me concentrant une seule chose. Là, mes yeux étaient fixés sur les portes vitrées de l'entrée. Et je ne pensais à rien d'autre que ces portes. Puis, au fur et à mesure, mon esprit se déconnectait et je n'y pensais même plus. Elles étaient là mais elles n'étaient pas là.
Le vide. Enfin.
« 'Éo ! »
Sursaut. La réalité me submergea la seconde suivante. Nina apparut alors dans mon champ de vision et, avant même que je ne puisse faire un seul geste, elle me sauta sur les genoux et encercla ses bras autour de mon cou. Je relevais la tête, totalement abasourdi, et mes yeux tombèrent sur Draco. Il m'adressa un sourire en coin. Il était bronzé comme pas permis. D'un signe de tête, il me fit signe de sortir. Puis, baissant les yeux sur mes bagages, il me rejoignit en trois enjambées et attrapa les trois sacs bourrés à craquer.
« C'est…gentil d'être venus. » fis-je. « Du coup, j'attendais un taxi mais je ne sais pas si… »
« Laisse. On s'occupe de tout. » m'assura-t-il en me faisant un clin d'œil. « On te doit bien ça. »
Il empoigna mes sacs et les hissa sur ses épaules puis me précéda à la sortie. Nina ne semblant pas vouloir se détacher de mon cou, je la portais contre moi. Et je ne savais pas trop quoi penser. Je n'arrivais pas à faire le vide. Je n'étais pas triste et j'étais trop pris au dépourvu pour dire que j'étais content. Tout s'embrouillait dans ma tête. Lorsque je passais moi aussi les portes du Centre Fitzgerald pour la dernière fois, Nina resserra son étreinte et passa sa petite main dans mes cheveux.
La Hummer de Draco était garée juste devant l'entrée et ce-dernier chargeait déjà les bagages dans le coffre. Appuyée contre l'imposante 4x4, ses cheveux ramenés en arrière, Hermione me fixait. Et, tandis que j'avançais vers elle, je me rendis compte à quel point ils m'avaient manqué. Tous. Même Blaise, qui n'était pas là. Lorsque je fus à sa hauteur, Hermione leva la tête vers moi, les yeux brillants.
« On rentre à la maison, maintenant. » articula-t-elle et je m'empressais de lui essuyer la larme solitaire qui venait de rouler sur sa joue.
Peine perdue car la seconde suivante, elle me serrais dans ses bras en éclatant en sanglots. Je dus jouer avec l'équilibre pour maintenir Nina d'une main, l'autre reposant sur la tête d'Hermione. Et elle continuait de pleurer, sa tête reposant contre mon torse. Je baissais la tête pour lui embrasser le haut du crane.
Oui, on rentrait à la maison, maintenant.
« Mais bon, du moment que cela permet à nos fans de se rappeler de notre existence, d'un album à l'autre, je n'y vois pas trop d'inconvénient. » blagua Théodore.
« Ne dites pas ça ! » s'exclama aussitôt Jenny. « Comment voulez-vous que l'on vous oublie ne serait-ce qu'une seule seconde ? ! Vous êtes un groupe mythique, il serait peut-être temps que vous vous en rendiez pleinement compte ! »
Les spectateurs acclamèrent avec entrain cette phrase.
« Vous voyez, je ne suis pas la seule à le penser ! »
« Chaque nouvel album est une confirmation, vous savez. Je trouve que ça ne veut rien dire de dire que nous sommes mythiques maintenant alors que les chances sont grandes pour que certains soient déçus de Body, Mind & Soul. » objectiva Blaise.
« Mmmh laissez moi en douter sérieusement. Vous êtes des génies de la scène rock, de toute façon. Saviez-vous qu'avant vous, je ne pouvais pas supporter le rock ? »
Draco haussa des sourcils.
« C'est la vérité ou vous cherchez simplement à nous flatter ? »
« Il n'y a pas plus vrai que ce que je viens de vous dire. Je détestais tout ce qui se rapprochait de près ou de loin au rock. J'étais plus jazz, musique classique. Puis, un jour, à un brunch je crois, quelqu'un avait mis « Insane » en fond sonore musical – je crois que ça a été le premier single de votre second album – et j'ai trouvé le titre vraiment pas mal. J'ai eu la curiosité de vouloir en entendre plus…et vous voilà assis devant moi. »
« …Waouh. C'est génial. » souffla Théodore. « Alors comme ça, on vous a converti ? »
« Eh oui, eh oui ! Comme quoi, les miracles existent ! Moi qui était anti-rock. »
« Je crois que ça mériterait même un tonnerre d'applaudissement ! » s'exclama Draco en frappant dans ses mains.
La seconde suivante, l'auditoire tout en entier s'embrasa. Jenny eut un petit rire puis mima une révérence et pria le public de se calmer.
« Je n'ai jamais vu le public aussi déchaîné qu'il l'a été durant cette émission. C'est vous qui avez opéré un exploit ! » dit-elle avec un sourire ébahi. « Je vous réinviterai plus souvent. »
« Et ce sera avec plaisir que nous reviendrons sur ce plateau. » répondit Blaise.
« Bien ! Nous allons à présent nous attaquer la neuvième et dernière question de ce AskJenny qui clôturera l'émission… »
Il y eut un « Ooooh » de déception puis Jenny reprit :
« …mais nous sommes à présent sûrs et certains que le groupe nous refera l'honneur de venir s'asseoir avec nous une très prochaine fois pour une demi-heure pleine, je l'espère, de rebondissements ! »
Signal Vert. Applaudissements. Puis, à nouveau, roulement de tambour. Et petit moment de confusion lorsque « BLAISE – DRACO – HERMIONE – THEODORE » apparut sur l'écran.
« Ah ! Une question pour l'ensemble du groupe, pour changer. » remarqua-t-elle. « Y a-t-il une seule chose qui pourrait détruire votre groupe ? Et si oui, quoi ? Question de Alice, originaire de Paris, France. »
Blaise, Draco, Hermione et Théodore s'entreregardèrent. Et la seule fille du groupe eut un petit rire tandis que les trois autres garçons répondaient en chœur :
« Hermione. »
« OK. Merde. Attends. OK. C'est bon. »
Théodore ferma les yeux puis lorsqu'il les rouvrit, il fit signe à Blaise de mettre le chronomètre en marche.
« Top ! » fit ce-dernier.
« Like A Virgin ! » s'écria alors Théodore.
« Madonna. » répondit du tac au tac Draco.
« Un point. » compta Blaise tandis que Théodore piochait un autre bout de papier.
Il lut puis se mordit la lèvre.
« Euh…euh…il vit en Inde…il est sacré… »
« …Le Taj Mahal ? »
« Non…mais il est tout aussi sacré…c'est un humain… et un symbole de paix… »
« Le dalaï lama ? »
« …Presque ! »
« Euh…merde, je crois savoir en plus… »
Draco se passa la main dans les cheveux en fermant les yeux.
« Tic tac tic tac… » fit Blaise en secouant le chrono. « Il ne vous reste plus que quinze secondes. »
« Bon, OK, passe. »
Théodore prit un autre papier. Il se mit alors à imiter une danse de strip-teaseuse en secouant des fesses, ce qui faillit faire étouffer Hermione qui buvait à ce moment là.
« Voulez-vous coucher avec moi, ce s… »
« Lady Marmelade ! »
« Ouiiii…mais… ? ! Le film ! »
« Moulin Rouge ! »
« Parfait ! »
Théodore piocha un autre bout de papier. Il posa alors une main sur sa hanche et prit une voix haut perchée de fille.
« Il est hôôôôrs de question que vous annuliez une date de concert, vous n'êtes pas… »
« PANSY ! » hurla immédiatement Draco.
« Bingo ! »
« 5 secondes ! »
Théodore prit un dernier papier et le lut aussi rapidement qu'il le put.
« Euh…euh…mince, mince… »
« Passe, c'est pas grave ! » lui fit alors Draco.
« Non, non, je l'ai ! C'est…c'est… »
« TOP ! » fit alors Blaise en brandissant le chronomètre.
Théodore s'écroula sur son transat, dégouté.
« 3 points pour l'équipe de Théo, 5 points pour la nôtre, héhé. » l'entendit-il dire.
.
Ils étaient au Plaza de Rio depuis environ une semaine. Lorsque Draco était passé prendre Théodore au Centre, il l'avait tout droit amené à l'aéroport pour un vol direction Brésil. Et les voilà qui étaient tous là, installés princièrement à la terrasse du dernier étage de l'hôtel, profitant de la vue paradisiaque sur l'océan et les collines au bord de leur propre piscine. La piscine en question était une petite merveille architecturale. Elle avait trois côtés solides - deux largeurs et une longueur - et l'eau coulait en cascade dans le vide, à l'extrémité de la terrasse.
C'était une fin d'après-midi calme. Le soleil n'allait pas tarder à se coucher à en juger les teintes violettes dont se revêtaient le ciel. Draco, Blaise et Théodore étaient allongés sur leurs chaises longues, en bordure de la piscine, lunettes de soleil sur les yeux, tandis que Nina jouait à l'intérieur avec sa nourrice.
Hermione fit alors coulisser la porte de la suite et sortit sur la terrasse. Elle était vêtue d'un maillot de bain une pièce dos nu noir, taillé en X. Elle passa devant les trois garçons tout en attachant ses cheveux, puis prit son élan et plongea. Elle fit quelques longueurs, variant le rythme et le type de nage, puis s'approcha de l'endroit où l'eau semblait couler dans le vide et regarda par-dessus bord.
Pour se jeter la seconde d'après dans le vide, elle aussi.
Draco, Blaise et Théodore se redressèrent au même moment, chacun fixant l'endroit où venait de se suicider Hermione, en état de choc. Ils n'en croyaient pas leurs yeux. Bon sang, Hermione venait tout juste de sauter dans l'inconnu, le vide intersidéral, le néant ! Et tout ça, devant eux ! Dans la tête de Théodore résonnait à nouveau la phrase de Bellatrix Lestrange, comme un coup de gong. Plus dure sera la chute, plus dure sera la chute, plus dure sera la chute. Avait-elle survécu ? Allait-elle survivre ? Il tremblait de tout son corps, sonné, et ne parvenait pas à faire un mouvement de plus. Non. Pas de drame. Pas encore. Qu'est-ce qu'ils allaient devenir ? Mais qu'est-ce qu'ils allaient devenir ? !
Draco fut le premier à réagir. Il se leva d'un bond et sauta dans la piscine. Emergeant au bout de quelques secondes, il brassa l'eau chlorée avec force jusqu'au rebord en question. Il fut rejoint la seconde suivante par ses deux comparses. Et tout trois se penchèrent craintivement en avant, redoutant ce qu'ils allaient y découvrir.
Et Hermione éclata de rire.
Baignant dans la piscine de l'étage situé juste en dessous du leur, piscine qui elle-même devait se déverser sur celle de l'étage inférieur et ainsi de suite, elle leur fit un petit coucou de la main avant d'éclater de rire à nouveau, sa tête rejetée en arrière. Ses longs cheveux noirs mouillés coulèrent en cascade dans le vide tandis que son rire, un rire au timbre cassé aussi mélodieux qu'inquiétant, s'élevait dans l'air frais de la nuit qui tombait.
FIN.
Chronologie de « Nine » :
- 9 Février 1999 : Arrivée d'Hermione Granger, 13 ans, à POUDLARD en cour d'année de 4e.
- Fin Mars – Juin 1999 : Séjour d'Hermione en hôpital psychiatrique.
- 2002 : Theodore Nott, 15 ans, déménage à Goddricks Hollow et rentre en 3e à POUDLARD. Hermione (16 ans) est en Première, Blaise Zabini (17 ans) & Draco Malfoy (16 ans ½) sont en Terminale.
- 2003 : Sortie de « The King », premier album du groupe.
- 2004 : Meurtre de Tom Jedusor.
- 2005 : Sortie de « Spleen & Idéal », second album du groupe.
- 2005 : Demande en mariage de Draco à Hermione.
- 2007 : Sortie de « Redemption Valley », troisième album du groupe.
- 9 Septembre 2009 : Naissance de Nina Hazel Malfoy.
- Décembre 2009 : Début de la tournée du Meths Wonderland Tour
- Août 2010 : Suicide de Millicent Felndner.
- 9 Septembre 2010 : Premier anniversaire de Nina Hazel Malfoy.
- Décembre 2010 : Fin de la tournée du Meths Wonderland Tour.
- Janvier – début Mars 2011 : Cure de désintoxication de Theodore.
- 2012 : Sortie de « Body, Mind & Soul », quatrième album du groupe.
Avant que vous n'envisagiez de retrouver mon adresse pour m'envoyer des lettres de menaces, écoutez ma plaidoirie. Puis jugez de vous-même si je mérite votre clémence.
J'ai LONGTEMPS pesé le pour et le contre de terminer cette histoire ici. Parce que je sais qu'il y a des questions que je laisse sans réponses et je sais que je garde délibérément des zones d'ombres sur le cas de certains personnages. Mais…c'est comme ça. Je veux dire, ce serait à l'encontre de ce que j'ai planifié de continuer avec ne serait-ce qu'un seul chapitre. Ce serait même à l'encontre de l'esprit Nine.
Parce que tout tourne autour du chiffre 9. Relisez ces quelques chapitres et vous verrez. Absolument tout. Si j'ajoute un dixième chapitre…je sais pas…c'est comme si je brisais une harmonie. Ce serait enfreindre l'une des seules lignes directrices que je me suis donnée depuis le début de cette fic. Le reste n'a été que du freestyle intensif.
Alors j'espère que vous me comprenez, j'espère franchement que vous me comprenez.
Même si je sais que non.
Mais voyez également les choses comme ça : vos célébrités préférées, savez-vous exactement tout sur eux ? Il y a toujours eu un certain mystère à propos de leur vie privée et de leurs combats personnels, n'est-ce pas ? Ou même par rapport à leur personnalité. Par rapport à ce qu'on dit d'eux dans la presse et la réalité. Qui sont-ils vraiment ? On ne le sait pas. On ne le saura jamais vraiment. Qui est Hermione ? Qui est Draco ? Qui est Théo ? Qui est Blaise ? On ne le sait pas. Eux-mêmes ne le sauront jamais vraiment.
Donc…voilà. Je n'avais pas tellement prévu le si grand engouement qu'allait engendrer cette fiction. J'étais même assez loin de l'imaginer. 9 chapitres, ça me semblait lointain mais voilà qu'on y est déjà. Et je me sens tout de même mal d'arrêter en si bon chemin.
Si vous le souhaitez, j'écrirais un OS à part qui sera comme une petite extension de Nine. Dites-moi si l'idée vous plaît. Sinon, j'abandonne. Si vous n'avez pas compris certaines choses dans ces neufs chapitres (et je répète : dans ces neufs chapitres, ne me posez pas de question sur le futur d'un des personnages car je ne répondrais pas), faites-le-moi savoir et je me ferais un plaisir d'éclairer votre lanterne (argh, désolée, j'ai pas plus ringard comme expression). Par contre, pour les anonymes, il faut que vous vous créiez un compte parce que sans ça, je ne pourrais pas vous répondre.
Voilà voilà.
Pardon de vous abandonner là.
Pardon de vous avoir pris au dépourvu si brusquement – même si, vous le savez, j'adore surprendre.
Pardon d'être égoïste au point de garder la suite de Nine coffrée dans mon imagination par un souci de logique.
Pardon, pardon, pardon.
Mais merci pour cette magnifique aventure. Merci pour ces merveilleuses reviews qui m'ont encouragée. Merci pour tous vos compliments. Merci d'avoir manifesté de l'intérêt à ce que mes petites mains écrivaient. Merci pour votre soutien immense.
Je ne vois plus rien à rajouter, que ce soit dans cette histoire comme dans cette note, mais dites-moi toutes vos impressions sur « Nine » ! En tout cas, moi, ça a été un véritable plaisir de l'écrire.
Merci encore, l'aventure a été belle…
Xo,
IACB.
Top 9 de trucs totalement aléatoires concernant « Nine » :
1) Blaise était censé avoir un face à face avec Dean au sujet de Théo et à la suite duquel quelques coups de poings se perdraient…mais non.
2) J'ai toujours imaginé Hermione en un mélange bien dosé entre Kaya Scodelario (celle qui joue Effy dans Skins) et Emma Stone parce que je trouve sa voix super sexy et ses yeux hypnotiques. Draco en Tom Felton – évidence, me direz-vous. Théodore en Tom Sturridge (avec supplément yeux verts). Et Blaise en Louis Cordice.
3) Je ne suis pas satisfaite du chapitre 8.
4) « Trahison » de Vitalic, « Carmen » & « On Our Way » de Lana Del Rey, touuuut l'album « Dummy » de Portishead, « Biding My Time » de Tinashe, « All Of Me » de Angus & Julia Stone, « Like You » de Evanescence, « Shake It Out » de Florence + The Machine remixé par The Weeknd, « Same Old Song » de The Weeknd, n'importe quel son de Sonic Youth, « We Broke Free » de Metronomy, « Sarah » de Kyo, la reprise de « Enjoy The Silence » de Linkin Park & « Protect Me From What I Want » de Placebo (je dois en oublier quelques uns) ont été mon fond sonore musical pendant toute l'écriture de Nine. Très peu de titres rock, me direz-vous.
5) La scène du couloir entre Draco & Hermione dans le chapitre 7 devait être un lemon.
6) J'ai eu le plus gros syndrome de la page blanche lors de l'écriture du chapitre 4.
7) Je n'aime pas la façon dont j'ai construit le personnage de Draco dans cette fic. Etrange, hein ?
8) Le premier flashback du troisième chapitre est, pour moi, le nœud du quiproquo amoureux Draco-Hermione-Blaise, si ce n'est le nœud de toute cette histoire.
9) Lorsque vous comptez les lettres composant le prénom « Nina Hazel », il y en a 9.
REPONSES AUX (DERNIERES) REVIEWS :
Fifie : Tes prières ont été exaucées, apparemment ! Enfin, tout dépend de la façon dont on prend les choses. 9, chiffre porte-bonheur du groupe, you got it right :) J'espère que cette histoire t'as plu, en tout cas. Merci beaucoup pour ta review et…à la prochaine, sur une autre de mes fanfic, sans doute :) IACB.
.
Amandine : C'est pas grave si tu n'as pas d'idées :) Merci pour ta review et j'espère vraiment, vraiment que « Nine » t'as plu. Du début à la fin. IACB.
.
Faith Hope : (J'aime beaucoup ton pseudo, btw !) Concernant les questions HG/DM, je crois y avoir répondu en majorité dans ce chapitre. Pour ce qui est de Regulus…eh non, on ne le verra plus. Prends un peu cette fiction comme un road movie : lorsque des personnages entrent dans la vie des héros principaux, d'autres sortent, et la route continue. Après, libre à toi de t'attacher à eux, ou non. Mais je suis contente que tu aies apprécié son apparition. Ah ! Si tu as encore pleins de choses à dire, sache que je suis tout ouïe. Dis-moi tout ce qui te passe par la tête concernant cette fic, je suis sûre qu'il y aura assez de caractères dans l'encadré des reviews :) Merci en tout cas pour ta review et pour l'intérêt que tu as porté à cette histoire. A une prochaine fois…peut-être. IACB.
.
Alice D : T'as vu, j'ai inclus ta question dans le AskJenny ! T'es une star à présent, haha. Sinon, concernant Théo, il est vrai que c'était assez vache ce qu'il a dit à Blaise – d'où les excuses qu'il lui présente par la suite. Quant à Hermione…j'espère avoir répondu à toutes tes interrogations dans ce chapitre. Oh et puis pour l'esprit créatif, ne t'inquiète pas, ça s'acquiert :) J'espère que la fin de cette fiction rentre dans les « nouvelles fracassantes » que tu attendais. En tout cas, merci de m'avoir suivie jusque là. Merci beaucoup. IACB.
.
Lh42 : …Bon. Disons que ce n'est qu'un au revoir mais sache que j'ai adoré t'avoir comme revieweuse sur cette histoire. J'aime beaucoup tes reviews parce qu'elles sont constructives et ça aide en quelques sortes l'auteur à orienter ses chapitres. Puis tu développes énormément ce que tu as à l'esprit, qualité rare. Bref, ce fut un plaisir de lire tes avis. Un véritable plaisir. Merci de m'avoir suivie jusque là. Dis-moi toutes tes impressions sur « Nine ». Dis-moi tout ce que tu veux en fait. Mais encore merci pour l'intérêt que tu as porté à cette histoire.IACB.
.
Voilà. C'est fini. Ca me fait bizarre mais disons que c'est un nouveau départ, maintenant.
Dernier conseil : si vous désirez tout relire depuis le début, oubliez que c'est moi qui ait écrit et prenez cette histoire comme si elle était entre guillemets vraie. Et…bon voyage !
IACB.
PS : Venez jeter un coup d'oeil à "Blackout", ma toute nouvelle fanfiction ;)
