9.
Bien qu'il ait exigé une réunion immédiate, Alérian était d'abord passé par les cases décrassage, repas copieux, avant de revêtir un uniforme tout frais du pressing.
Posant sa casquette sur la table, il s'assit.
- La solution est juste devant nous, et je n'y comprends rien, avoua d'entrée le jeune homme.
Ses deux lieutenants et Hulle Dagot le fixèrent, un instant interloqués.
- Nous vous écoutons, capitaine, pria le vétéran.
- Ma mère m'a guidé dans ce labyrinthe. Je serais bien incapable de retracer mon parcours dans cette Ruche Originelle, je n'avais aucun point de repère, et nous ne disposons d'aucun relevé interne.
- Ce n'est pas le plus important, glissa le second du Starlight. Nous aurons les dessins des lieux où vous êtes passé, capitaine ! Ce seront déjà de bonnes indications.
- Votre père et ses amis sont prisonniers, et ils sont entièrement biologiques. Donc nous pourrons tirer sans aucune réticence sur l'Arcadia quand nous le reverrons, gronda Hulle.
- Et nous aurons aussi à canarder la Ruche dès que l'occasion se présentera, compléta Alérian en buvant son café et continuant d'avaler des sandwiches comme si sa faim ne pouvait pas être rassasiée. Le rendez-vous avec le Karyu est prévu pour dans moins de cinq jours à présent, nous aurons à tenter notre chance en une frappe coordonnée avant de filer au plus vite.
Alérian passa l'index sur ses lèvres.
- Les maigres renseignements collectés sont en cours de transfert à notre base dans la queue de la comète. Nous tâcherons néanmoins de rentrer en un seul morceau !
- Capitaine, pouvons-nous connaître les conclusions de vos observations ? intervint Hulle Dagot en recentrant la discussion.
- Non, c'est trop tôt. J'ai vu, mais je n'ai pas compris, comme je l'ai déjà dit. Le spectre de ma mère affirme que j'ai eu la solution mais je ne suis pas capable de l'analyser… Et inutile de me fixer avec ces yeux ronds, le fantôme de ma mère était bien là, il y a des précédents !
- Mais pour vaincre les Erguls, nous avons besoin de faits et d'armes concrètes ! gronda Oshryn. Je n'étais moi aussi qu'un ado lors de leurs premières frappes, mais j'ai grandi avec l'ombre de ces monstres. Et je doute que les fantômes nous aident.
- Et vous avez dit que votre mère s'était effacée dès que vous avez lancé votre signal, capitaine, intervint Danéïre. Juste avant que cette Murhie ne fasse irruption dans ce labo à l'abandon !
- Oui, cette télé psychopathe Jurassienne n'a pas su projeter sa puissance destructrice, je me suis effacé juste à temps. Maigre consolation…
Alérian passa les mains sur son visage.
- Murhie a recouvré la pire force dévastatrice, et Clio est plus faible qu'un nouveau-né Jurassien… En cas d'attaque frontale, les prisonniers sont condamnés… Je n'ai pas pu sauver mon père, je ne sais pas où l'Arcadia première génération est caché… Les prisonniers sont condamnés, par mon unique faute, alors qu'avant que je ne découvre la vérité ils étaient encore un chouya en sécurité…
Le jeune homme serra les poings.
- Mais nous ne pourrons faire aucun quartier, le moment venu. Je crains que bien qu'il n'ait rien dit, peut-être qu'il ne réalisait pas encore à cet instant, mais mon père a dû le comprendre, le savoir sans aucun doute possible. Il m'a botté le cul, pour me sauver, comme il l'a toujours fait depuis que nous nous sommes retrouvés, comme lorsqu'il voulait que je reste sur la planète de la Déesse, mais ni lui ni moi n'étions finalement fait pour une planète idéale… Lumiane l'a toujours su… Elle nous a encouragés à partir, à parcourir la mer d'étoiles, à être les guerriers de nos balafres. Sa planète n'était que pour un temps de repos, pour se reconstruire, rien de plus.
Alérian se leva, frottant machinalement et légèrement son cache-œil.
- J'ai à me présenter à notre médecin-chef pour examiner mon globe oculaire. Lieutenants Ludjinchraft et Moryvis, préparez notre départ, notre attaque. Je vous remercie.
- A vos ordres, capitaine.
Alérian fixa interminablement son reflet dans l'un des miroirs de sa salle de bain.
« J'ai mes deux yeux. Mon œil blessé recommence à fonctionner, bien qu'il me relaye des images encore un peu floues. Mais je retrouve ma vision. C'est important ! J'ai à être en possession de mes moyens pour ce combat de folie ! ».
De la main, le jeune homme effaça la buée sur la glace.
« Pour gagner, je vais devoir sacrifier mon père… Je ne pourrai jamais, mais je le dois, et je le ferai ! ».
